Mathématiques universitaires — Licence 1 · Bachelor Year 1
11Suites
Les suites ont été manipulées dans le volume de Terminale (lycée) avec une notion de limite admise pour moitié sur parole. Ici la théorie est reconstruite sur la complétude de R (Chapitre 10) : chaque théorème classique — convergence monotone, suites adjacentes, Bolzano–Weierstrass, critère de Cauchy — est une face de ce seul axiome. Le chapitre s’achève par l’étude pratique des suites définies par un+1=f(un).
11.1 Convergence
Définition 11.1(Limite d’une suite)
Une suite (un) de réels converge vers ℓ∈R lorsque
∀ε>0,∃N∈N,∀n≥N,∣un−ℓ∣≤ε.
On écrit un→ℓ ou limun=ℓ. Une suite qui ne converge pas (vers aucun réel) diverge. Divergence vers +∞ : ∀M,∃N,∀n≥N,un≥M (de même pour −∞).
Exemple 11.2(Une démonstration en ε–N, rédigée une fois)
Puis dominons-la par quelque chose de simple : pour n≥2, 2n2−3≥n2, donc l’erreur est ≤2n25≤2n5. Étant donné ε>0, la propriété d’Archimède fournit N≥max(2,2ε5) ; pour n≥N l’erreur est ≤ε. C’est fini. L’idée à retenir : une démonstration en ε–N comporte exactement trois gestes — calculer l’erreur, la majorer par une expression élémentaire décroissante, résoudre en le seuil — et après les théorèmes de ce chapitre (opérations, encadrement) on n’écrit pratiquement plus jamais une telle démonstration : les théorèmes emballent les trois gestes une fois pour toutes.
Exemple 11.3(Divergence vers l’infini, certifiée)
Affirmation : un=n2−100n→+∞. Factorisons le terme dominant : un=n2(1−n100)≥2n2 pour n≥200. Étant donné M, prenons N=max(200,⌈2M⌉) : pour n≥N, un≥2n2≥M. Deux habitudes sont ici à l’œuvre : la factorisation par le terme dominant transforme une compétition (n2 contre −100n) en une seule échelle multipliée par un facteur tendant vers 1 ; et le seuil peut être énorme (u100=0, la suite est même négative avant n=100) — la divergence vers +∞ est une assertion sur la queue, indifférente à toute quantité finie de mauvaise conduite.
Proposition 11.4(Premières propriétés)
La limite, si elle existe, est unique.
Une suite convergente est bornée.
Si un→ℓ, toute modification d’un nombre fini de termes laisse la convergence et la limite inchangées.
Démonstration. (1) Si un→ℓ et un→ℓ′ avec ℓ=ℓ′, prenons ε=3∣ℓ−ℓ′∣ : au-delà des deux seuils, ∣ℓ−ℓ′∣≤∣ℓ−un∣+∣un−ℓ′∣≤2ε=32∣ℓ−ℓ′∣, absurde.
(2) Avec ε=1 : au-delà de N, ∣un∣≤∣ℓ∣+1 ; les termes antérieurs, en nombre fini, sont bornés eux aussi, donc ∣un∣≤max(∣u0∣,…,∣uN−1∣,∣ℓ∣+1).
(3) En détail : supposons vn=un pour n≥n0 et un→ℓ. Étant donné ε>0, prenons le seuil N de (un) : pour n≥max(N,n0), ∣vn−ℓ∣=∣un−ℓ∣≤ε. Donc vn→ℓ : la définition ne quantifie que sur n≥N, et tout préfixe fini peut être réécrit au prix d’un agrandissement du seuil. (C’est pourquoi les hypothèses « pour tout n assez grand » suffisent partout dans ce chapitre.) ∎
Démonstration.Somme :∣(un+vn)−(ℓ+m)∣≤∣un−ℓ∣+∣vn−m∣≤2ε au-delà du plus grand des deux seuils. Produit : écrivons
unvn−ℓm=(un−ℓ)vn+ℓ(vn−m);
(vn) est bornée par un certain B (Proposition 11.4), donc le membre de droite est ≤B∣un−ℓ∣+∣ℓ∣∣vn−m∣, arbitrairement petit. Quotient : il suffit de traiter vn1. Avec ε=2∣m∣ : au-delà d’un certain N0, ∣vn∣≥2∣m∣, donc
Exemple 11.6(Les opérations, plus une astuce algébrique)
Calculons lim(n2+n−n). Les deux morceaux tendent séparément vers +∞ : le théorème des opérations ne dit rien de leur différence (une forme indéterminée). Multiplions par la quantité conjuguée :
n2+n−n=n2+n+n(n2+n)−n2=n2+n+nn=1+n1+11.
Maintenant tout converge : 1+n1→1, car 0≤1+h−1=1+h+1h≤h (conjuguée encore, puis encadrement avec h=n1) ; le théorème des opérations donne alors la limite 1+11=21. L’idée à retenir : le théorème des opérations n’est pas une calculatrice universelle des limites — les formes indéterminées (∞−∞, 00, 0×∞, 1∞) doivent d’abord être transformées par l’algèbre (quantités conjuguées, factorisation du terme dominant) jusqu’à ce que chaque morceau converge ; la machine systématique pour les cas résistants est le développement limité du Chapitre 16.
Théorème 11.7(Limites et ordre)
Si un≤vn pour tout n assez grand, et si les deux convergent, alors limun≤limvn. (Les inégalités strictes ne passent pas à la limite : n1>0 mais lim=0.)
(Théorème d’encadrement) Si un≤wn≤vn pour tout n assez grand et un,vn→ℓ, alors wn→ℓ.
Si un→ℓ>0, alors un>2ℓ>0 pour tout n assez grand.
Démonstration. (1) Supposons ℓ=limun>m=limvn ; avec ε=3ℓ−m, les termes de rang assez grand vérifient vn≤m+ε<ℓ−ε≤un, ce qui contredit un≤vn.
(i) nsinn→0 : à partir de −n1≤nsinn≤n1, les deux murs s’effondrant sur 0 — inutile de comprendre le numérateur erratique. (ii) (2n+3n)1/n→3 : encadrons l’intérieur,
3n≤2n+3n≤2⋅3n⟹3≤(2n+3n)1/n≤3⋅21/n,
et 21/n=enln2→1 (comme pour 51/n dans l’Exercice 11.2) : l’encadrement livre 3. L’idée à retenir : une somme d’exponentielles en compétition se comporte comme son plus grand terme — les autres sont absorbées par un facteur constant inoffensif, que la racine n-ième efface ensuite.
11.2 Suites monotones
Théorème 11.9(Théorème de la limite monotone)
Une suite croissante et majorée converge, vers sup{un:n∈N} ; une suite croissante non majorée diverge vers +∞. (Énoncés miroirs pour les suites décroissantes.)
Démonstration. Posons s=sup{un} (Théorème 10.2). Étant donné ε>0, la caractérisation en ε (Proposition 10.4) fournit N avec uN>s−ε ; par monotonie, s−ε<uN≤un≤s pour tout n≥N : convergence vers s. Si la suite n’est pas majorée : pour tout M il existe uN>M, et la monotonie maintient tous les termes suivants au-dessus de M. ∎
Exemple 11.10(Le théorème monotone comme machine à existence)
Soit un=∏k=1n(1+2k1). Chaque facteur dépasse 1, donc (un) est croissante. Majorée ? Prenons les logarithmes et utilisons ln(1+x)≤x (l’Exemple 14.20 l’anticipe ; ou bien l’inégalité grossière 1+x≤ex du volume de Terminale) :
lnun=k=1∑nln(1+2k1)≤k=1∑n2k1<1,
donc un<e. Croissante et bornée : (un) converge vers un certain ℓ∈(u1,e] — un nombre réel parfaitement défini, sans la moindre forme close en vue (ℓ=2.384…). L’idée à retenir : le théorème de la limite monotone est la machine à existence la moins chère de l’analyse ; c’est lui qui a nommé e lui-même (l’Exemple 11.12 ci-dessous), et au Chapitre 17 il décidera de la convergence de toute série à termes positifs par simple caractère borné.
Théorème 11.11(Suites adjacentes)
Soient (an) croissante, (bn) décroissante, avec bn−an→0. Alors les deux convergent, vers une limite communeℓ, et an≤ℓ≤bn pour tout n.
Démonstration. D’abord, an≤bn pour tout n : la suite (bn−an) est décroissante et tend vers 0, donc elle est ≥0 (un terme négatif la figerait sous 0). Ensuite (an) est croissante et majorée par b0 : elle converge vers un certain ℓ (le Théorème 11.9) ; de même (bn)→ℓ′ ; et ℓ′−ℓ=lim(bn−an)=0. Les inégalités an≤ℓ≤bn découlent de la monotonie (ℓ=supak≥an, etc.). ∎
Suites adjacentes : (an) monte, (bn) descend, et l’écart entre elles se réduit à 0. Chaque intervalle[an,bn] contient tous les suivants, et la limite commune ℓ est l’unique point qui reste dans tous les intervalles — le dessin qui se cache derrière les démonstrations par dichotomie de Bolzano–Weierstrass ci-dessous et du théorème des valeurs intermédiaires au Chapitre 13.
Exemple 11.12(Le nombre e)
Posons an=∑k=0nk!1 et bn=an+n⋅n!1 (n≥1). Alors (an) croît ; et
donc (bn) décroît, et bn−an→0 : elles sont adjacentes. Leur limite commune est (par définition ici) le nombre e≈2.71828 ; les inégalités an<e<bn sont assez fines pour prouver que e∈/Q (l’Exercice 11.9).
11.3 Suites extraites et théorème de Bolzano–Weierstrass
Définition 11.13(Suite extraite)
Une suite extraite de (un) est une suite (uφ(n)) où φ:N→N est strictement croissante (noter que φ(n)≥n, par récurrence).
Proposition 11.14
Si un→ℓ (ℓ∈R ou ±∞), toute suite extraite tend vers ℓ. Par conséquent, une suite possédant deux suites extraites de limites différentes diverge. Réciproquement, si (u2n) et (u2n+1) convergent toutes deux vers le mêmeℓ, alors un→ℓ.
Démonstration. Au-delà du seuil N de (un), tous les indices φ(n)≥n≥N conviennent (l’inégalité φ(n)≥n est la récurrence signalée dans la Définition 11.13 : φ(0)≥0, et φ(n+1)>φ(n)≥n force φ(n+1)≥n+1). Pour la réciproque : étant donné ε, prenons les deux seuils N0 (pairs) et N1 (impairs) ; un indice quelconque n≥max(2N0,2N1+1) est soit pair, n=2k avec k≥N0, soit impair, n=2k+1 avec k≥N1 — dans les deux cas ∣un−ℓ∣≤ε : tout indice est couvert par l’une des deux suites extraites, et c’est là tout le propos. ∎
Exemple 11.15(Valeurs d’adhérence)
Pour un=(−1)nn+1n : la suite extraite des indices pairs tend vers 1, celle des indices impairs vers −1, donc la suite diverge — mais elle le fait de façon organisée, en s’agglutinant autour des deux valeurs ±1. Pour un=cos32πn : les trois suites extraites d’indices 3k, 3k+1, 3k+2 sont constantes, égales à 1, −21, −21 ; l’ensemble des valeurs d’adhérence est {1,−21}. L’idée à retenir : une suite bornée converge exactement lorsqu’elle a une unique valeur d’adhérence (l’Exercice 11.8) ; la divergence d’une suite bornée signifie toujours au moins deux paquets, et Bolzano–Weierstrass ci-dessous garantit qu’il y en a au moins un.
Théorème 11.16(Bolzano–Weierstrass)
De toute suite bornée de réels on peut extraire une suite convergente.
Démonstration. Soit un∈[a,b] pour tout n. Construisons des segments emboîtés par dichotomie : posons [a0,b0]=[a,b] ; étant donné [ak,bk] contenant un pour une infinité de n, l’une de ses deux moitiés contient encore un pour une infinité de n — appelons-la [ak+1,bk+1]. Les suites (ak), (bk) sont adjacentes (bk−ak=2kb−a→0), de limite commune ℓ (le Théorème 11.11).
Extrayons : choisissons φ(0) avec uφ(0)∈[a0,b0], puis, par récurrence, φ(k+1)>φ(k) avec uφ(k+1)∈[ak+1,bk+1] — c’est possible puisque ce segment contient une infinité de termes. Alors ak≤uφ(k)≤bk, et le théorème d’encadrement donne uφ(k)→ℓ. ∎
Remarque 11.17(Ce que Bolzano–Weierstrass dit, et ne dit pas)
Il dit : du seul caractère borné, une suite extraite converge — une existence sans formule, comme la démonstration par dichotomie le montre bien (rien ne nous dit quels indices survivent). Il ne dit pas que la limite est unique : ((−1)n) a des suites extraites convergeant vers 1 et vers −1, et l’ensemble des valeurs d’adhérence peut même être infini (l’Exemple 11.15, et tout l’ensemble de Cantor dans le Problème 12.1). Il ne survit pas à l’absence de bornes : (n) n’a aucune suite extraite convergente — même si l’on peut toujours extraire d’une suite non bornée une suite tendant vers +∞ ou vers −∞ (choisir φ(k) avec uφ(k)≥k, par exemple). Bien utilisé, le théorème est une pompe à existence : il apparaît au cœur du critère de Cauchy ci-dessous, du théorème de Heine et du théorème des bornes atteintes — toujours pour produire un point qu’aucune construction explicite n’offre.
11.4 Suites de Cauchy et complétude
Définition 11.18
Une suite (un) est une suite de Cauchy lorsque ses termes deviennent arbitrairement proches les uns des autres :
∀ε>0,∃N,∀p,q≥N,∣up−uq∣≤ε.
Exemple 11.19(Vérifier la propriété de Cauchy à la main)
Soit un=∑k=0n2kcosk — aucune monotonie, aucune limite devinable. Pour p>q :
∣up−uq∣=k=q+1∑p2kcosk≤k=q+1∑p2k1<2q1,
par l’inégalité triangulaire, ∣cosk∣≤1 et une somme géométrique finie. Étant donné ε>0, choisissons N avec 2−N≤ε : tous les écarts au-delà de N sont ≤ε, la suite est de Cauchy, donc converge — vers une limite que personne ne sait nommer sous forme close, et c’est précisément le propos. L’idée à retenir : la domination géométrique des accroissements est la façon standard de gagner la propriété de Cauchy, et le Chapitre 17 mettra l’argument en bouteille sous le nom « la convergence absolue implique la convergence ».
Théorème 11.20(Complétude de R)
Une suite de réels converge si et seulement si c’est une suite de Cauchy.
Démonstration. (⇒) Si un→ℓ : au-delà du seuil associé à 2ε, ∣up−uq∣≤∣up−ℓ∣+∣ℓ−uq∣≤ε.
(⇐) Soit (un) de Cauchy. Elle est bornée : avec ε=1, au-delà de N tous les termes sont à distance ≤1 de uN, et la tête est finie. Extrayons : par le Théorème 11.16, une suite extraiteuφ(n)→ℓ. Concluons : étant donné ε>0, prenons N (de Cauchy, pour 2ε) et n≥N avec uφ(n)−ℓ≤2ε et φ(n)≥N ; alors pour tout p≥N :
∣up−ℓ∣≤up−uφ(n)+uφ(n)−ℓ≤ε.
∎
Remarque 11.21
La valeur du critère : il certifie la convergence sans nommer la limite. Il tombe en défaut sur Q (les troncatures décimales de 2 forment une suite de Cauchy de rationnels sans limite rationnelle) : la complétude est une propriété de R, équivalente à l’axiome de la borne supérieure. C’est aussi le cheval de trait qui tire la convergence des séries (Chapitre 17).
Exemple 11.22(Une suite de Cauchy à limite invisible)
donc au-delà de N>ε1 tous les écarts sont ≤ε : (Sn) est de Cauchy, donc converge. Remarquons ce qui vient de se passer : nous avons prouvé qu’un nombre réel précis existe sans en avoir le moindre nom. (C’est 6π2 — une célèbre identité d’Euler, démontrée dans le volume de Licence 2 ; rien dans ce chapitre ne pouvait nous l’apprendre.) Cette division du travail — l’existence maintenant, l’identification plus tard, si jamais — est tout le propos du critère de Cauchy, et le moteur de la théorie des séries au Chapitre 17.
11.5 Suites récurrentes
Méthode 11.23(Étudier un+1=f(un))
Étant donnés f et un point de départ u0 :
Intervalle stable : trouver un intervalleI avec f(I)⊆I contenant u0 : alors tous les un∈I (par récurrence).
Limites candidates : si un→ℓ∈I et si f est continue en ℓ (Chapitre 13), alors ℓ est un point fixe : f(ℓ)=ℓ. Résoudre f(x)=x.
Monotonie : si f est croissante sur I, alors (un) est monotone (croissante si u1≥u0, décroissante sinon) ; combinée au caractère borné, le Théorème 11.9 conclut. Si f est décroissante, étudier les deux suites extraites(u2n) et (u2n+1), qui sont monotones pour f∘f.
Contrôle de l’erreur : une inégalité ∣f(x)−ℓ∣≤k∣x−ℓ∣ avec k<1 donne directement ∣un−ℓ∣≤kn∣u0−ℓ∣→0.
Exemple 11.24(Méthode de Héron)
Soient u0=2 et un+1=21(un+un2) : l’antique algorithme de calcul de 2.
Stabilité : pour x>0, l’inégalité arithmético-géométrique donne 21(x+x2)≥x⋅x2=2 ; donc I=[2,+∞) est stable et contient u1 (en effet u1=23≥2).
Monotonie : pour x≥2, x−f(x)=2xx2−2≥0 : la suite décroît à partir de u1, et elle est minorée par 2 : elle converge.
Limite : les points fixes vérifient x=21(x+x2), c’est-à-dire x2=2 : sur I, ℓ=2.
Vitesse :un+1−2=2un(un−2)2≤22(un−2)2 : le nombre de décimales exactes double à peu près à chaque étape (convergence quadratique).
L’itération de Héron un+1=21(un+un2), dessinée en escalier entre le graphe de f et la diagonale y=x : partant de u0=2, les itérés glissent vers le point fixe 2.
Remarque 11.25(Pièges classiques autour des limites)
Quatre grands classiques. (i) Des petits pas n’impliquent pas la convergence : un+1−un→0 est bien plus faible que la propriété de Cauchy — les sommes harmoniques Hn ont des pas n+11→0 et divergent pourtant vers +∞ (l’Exercice 11.5) ; la condition de Cauchy contrôle ∣up−uq∣ pour tous les couples de rang assez grand, pas seulement les couples consécutifs. (ii) Les inégalités strictes meurent à la limite : de un<vn pour tout n on ne tire que limun≤limvn (le Théorème 11.7) ; n1>0 et pourtant lim=0. (iii) Bornée n’est pas convergente : ((−1)n) est bornée et diverge ; le caractère borné plus la monotonie donne la convergence, le caractère borné seul ne garantit qu’une suite extraite convergente (le Théorème 11.16). (iv) L’équation du point fixe vient en second, pas en premier : pour un+1=f(un), résoudre f(ℓ)=ℓ identifie la limite seulement après que la convergence a été prouvée. La récurrence un+1=2un a l’unique point fixe ℓ=0, et pourtant, partie de u0=1, la suite file vers +∞ : l’équation ℓ=2ℓ n’avait jamais droit à une limite. Ordre des opérations, toujours : l’existence d’abord (la Méthode 11.23, étapes 1 à 3), l’identification ensuite.
Exemple 11.26(Un f décroissant : la récurrence dorée)
Soient u0=1 et un+1=1+un1. Ici f(x)=1+x1 est décroissante, donc la suite n’est pas monotone (elle alterne autour de sa limite) ; l’étape de contraction de la Méthode 11.23 est le bon outil. Stabilité : si x∈[21,1] alors 1+x∈[23,2], donc f(x)∈[21,32]⊆[21,1], et u1=21 y place toute la suite. Point fixe : ℓ=1+ℓ1 avec ℓ>0 donne ℓ2+ℓ−1=0, c’est-à-dire
ℓ=25−1=0.6180…
(l’inverse du nombre d’or). Contraction : pour x,y∈[21,1],
donc ∣un−ℓ∣≤(94)n−1∣u1−ℓ∣→0 : convergence, à vitesse géométrique, sans aucune monotonie. L’idée à retenir : les méthodes monotones et les méthodes de contraction se partagent le monde des suites récurrentes — un f croissant donne des orbites monotones, un f décroissant des orbites alternées apprivoisées par une constante de Lipschitz <1 (la théorie systématique est l’Exercice 14.11).
Remarque 11.27(Perspectives à l’intérieur de ce volume)
Les suites sont l’instrument de mesure que tout le reste du volume approche de chaque objet. Au Chapitre 12 elles caractérisent les fermés et les compacts ; au Chapitre 13 elles transportent les limites de fonctions ; au Chapitre 15 les sommes de Riemann sont des suites convergeant vers l’intégrale ; le Chapitre 17est la théorie d’une classe particulière de suites, les sommes partielles. Même les chapitres d’algèbre les consomment : les itérées d’une matrice au Chapitre 21 forment des suites dont le comportement (convergence de An) est une question d’algèbre linéaire posée avec le vocabulaire de ce chapitre. Les deux théorèmes à emporter partout : la limite monotone (l’existence à partir de l’ordre) et Bolzano–Weierstrass (l’existence à partir du caractère borné) — entre eux deux, presque toute limite de ce livre naît.
Remarque 11.28(Suites complexes)
Une suite (zn) de nombres complexes converge vers ℓ lorsque ∣zn−ℓ∣→0 ; de façon équivalente, lorsque ℜ(zn)→ℜ(ℓ) et ℑ(zn)→ℑ(ℓ) (comparer ∣z∣ à ∣ℜz∣+∣ℑz∣). Les théorèmes qui ne font pas intervenir l’ordre — opérations, Bolzano–Weierstrass (extraire deux fois), critère de Cauchy — se transposent mot pour mot.
11.6 Exercices
Exercice 11.1★
Directement à partir de la Définition 11.1, montrer que n+32n+1→2, et que (un)=((−1)n) diverge.
Solution
Solution de Exercice 11.1.
n+32n+1−2=n+35. Étant donné ε>0, prenons N>ε5−3 (Archimède) : pour n≥N, n+35≤ε. La limite vaut donc 2.
((−1)n) : ses suites extraites(u2n)=(1) et (u2n+1)=(−1) convergent vers des limites différentes, donc la suite diverge (Proposition 11.14). (Directement : tout candidat ℓ échoue pour ε=21, puisque deux termes consécutifs sont à distance 2.)
3n−n22n+n3=1−n2/3n(2/3)n+n3/3n→1−00+0=0, en utilisant qn→0 pour ∣q∣<1 et la comparaison polynôme/géométrique (Proposition 4.6).
51/n=enln5→e0=1.
Exercice 11.3★
Démontrer la comparaison standard : si ∣q∣<1 alors qn→0(écrire ∣q∣1=1+h, h>0, et utiliser l’inégalité de Bernoulli (1+h)n≥1+nh, à démontrer par récurrence). Quels sont les comportements pour q=1, q=−1, ∣q∣>1 ?
Solution
Solution de Exercice 11.3.
Bernoulli : (1+h)n≥1+nh pour h≥−1, par récurrence — (1+h)n+1=(1+h)n(1+h)≥(1+nh)(1+h)=1+(n+1)h+nh2≥1+(n+1)h.
Pour 0<∣q∣<1 : écrivons ∣q∣1=1+h, h>0 ; alors ∣q∣n=(1+h)n1≤1+nh1→0, et l’encadrement donne qn→0 (le cas q=0 est trivial). Pour q=1 : suite constante, limite 1. Pour q=−1 : divergence (Exercice 11.1). Pour ∣q∣>1 : ∣q∣n=(1+h)n≥1+nh→+∞, donc (qn) n’est pas bornée, donc diverge (vers +∞ si q>1 ; avec des signes alternés, sans limite, si q<−1).
Exercice 11.4★
Soit un+1=2un+3, u0=0. Trouver le point fixe ℓ, montrer que vn=un−ℓ est géométrique, et donner une formule explicite ainsi que la limite de (un).
Solution
Solution de Exercice 11.4.
Point fixe : ℓ=2ℓ+3 donne ℓ=3. Alors
vn+1=un+1−3=2un+3−3=2un−3=2vn:
(vn) est géométrique de raison 21, avec v0=−3. Donc un=3−2n3→3.
Exercice 11.5★★
(Série harmonique) Soit Hn=∑k=1nk1. Montrer que H2n−Hn≥21 pour tout n≥1, et en déduire que (Hn) n’est pas une suite de Cauchy, donc diverge (vers +∞, puisqu’elle est croissante).
Solution
Solution de Exercice 11.5.
H2n−Hn=∑k=n+12nk1≥n⋅2n1=21 (chacun des n termes est ≥2n1). Si (Hn) était de Cauchy, le choix ε=31 forcerait ∣H2n−Hn∣≤31 pour n assez grand : contradiction. Une suite croissante non convergente diverge vers +∞ (Théorème 11.9) : Hn→+∞.
Exercice 11.6★★
On suppose que (u2n), (u2n+1) et (u3n) convergent toutes trois. Montrer que (un) converge. (Trouver des suites extraites communes pour égaler les limites.)
Solution
Solution de Exercice 11.6.
Posons a=limu2n, b=limu2n+1, c=limu3n. La suite (u6n) est extraite à la fois de (u2n) et de (u3n) : sa limite vaut a et c, donc a=c. La suite (u6n+3) est extraite de (u2n+1) (indices impairs) et de (u3n) (indices 6n+3=3(2n+1)) : donc b=c. Ainsi a=b, et la Proposition 11.14 (pairs et impairs de limites égales) donne la convergence de (un).
Exercice 11.7★★
Étudier la suite u0=0, un+1=2+un : stabilité, monotonie, limite. Démontrer ensuite la majoration de l’erreur ∣un−2∣≤3n2(montrer que 2−un+1=2+2+un2−un et minorer le dénominateur par 3).
Solution
Solution de Exercice 11.7.
Stabilité et bornes :I=[0,2] est stable : pour x∈I, 2+x∈[2,2]⊆I ; et u0=0∈I.
Monotonie :f(x)=2+x est croissante et u1=2>u0 : par récurrence (un) est croissante. Croissante et majorée par 2 : elle converge (Théorème 11.9).
Limite :ℓ=2+ℓ avec ℓ≥0 donne ℓ2−ℓ−2=0, donc ℓ=2.
Majoration de l’erreur : en multipliant par la quantité conjuguée,
puisque 2+un≥2>1. Par récurrence à partir de 2−u0=2 : 0≤2−un≤3n2.
Exercice 11.8★★
Soit (un) bornée, telle que toute suite extraite convergente de (un) ait la même limite ℓ. Montrer que un→ℓ. (Raisonnement par l’absurde plus Bolzano–Weierstrass.)
Solution
Solution de Exercice 11.8.
Supposons que (un) ne converge pas vers ℓ : pour un certain ε0>0, une infinité d’indices vérifient ∣un−ℓ∣>ε0 ; ils forment une suite extraite(uφ(n)). Cette suite extraite est bornée, donc par Bolzano–Weierstrass (Théorème 11.16) on peut en extraire une suite convergente, dont la limite ℓ′ vérifie ∣ℓ′−ℓ∣≥ε0 (passage de l’inégalité à la limite, Théorème 11.7). Mais une suite extraite d’une suite extraite de (un) est une suite extraite convergente de (un), donc par hypothèse ℓ′=ℓ : contradiction.
Exercice 11.9★★★
Avec les notations de l’Exemple 11.12, supposons e=qp avec p,q∈N∗. En utilisant aq<e<bq=aq+qq!1, multiplier par q! et en tirer une contradiction entre deux entiers. Conclure : e est irrationnel.
Solution
Solution de Exercice 11.9.
Supposons e=qp, q≥1. Les inégalités strictes aq<e<aq+qq!1 (strictes puisque (an) est strictement croissante et (bn) strictement décroissante), multipliées par q!, donnent
q!aq<q!qp<q!aq+q1≤q!aq+1.
Or N=q!aq=∑k=0qk!q! est un entier (chaque k!q! est un produit d’entiers pour k≤q), et q!qp=(q−1)!p en est un aussi. L’encadrement place donc l’entier (q−1)!p strictement entre N et N+q1≤N+1 : un entier strictement à l’intérieur de (N,N+1), ce qui est impossible. Donc e∈/Q.
Exercice 11.10★★★
(Moyennes de Cesàro) Pour une suite (un)n≥1, posons cn=nu1+⋯+un.
Montrer que un→ℓ entraîne cn→ℓ(couper la somme à un seuil N ; majorer la tête par une quantité fixe divisée par n, la queue par ε).
Montrer par un exemple que la réciproque est fausse.
En déduire que si un+1−un→ℓ, alors nun→ℓ.
Solution
Solution de Exercice 11.10.
Soient ε>0 et N tel que ∣uk−ℓ∣≤2ε pour k>N. Pour n>N :
où C=∑k=1N∣uk−ℓ∣ est fixé. Pour n assez grand, nC≤2ε : alors ∣cn−ℓ∣≤ε.
un=(−1)n : la suite diverge, et pourtant cn→0 (sommes partielles majorées par 1, divisées par n).
Appliquons (1) à la suite vn=un+1−un→ℓ : sa moyenne de Cesàro est nun+1−u1→ℓ (télescopage), et nun+1=nun+1−u1+nu1→ℓ ; en renormalisant les indices (nun=n−1un⋅nn−1) on obtient nun→ℓ.
Exercice 11.11★★★
Soit (un) vérifiant 0≤um+n≤um+un pour tous m,n (sous-additivité). Montrer que (nun) converge vers infn≥1nun. (Pour m fixé, écrire n=qm+r et majorer nun à l’aide de un≤qum+ur.)
Solution
Solution de Exercice 11.11.
Posons L=infn≥1nun≥0, et soit ε>0. Choisissons m avec mum≤L+ε. Tout n s’écrit n=qm+r, 0≤r<m ; la sous-additivité (itérée) donne un≤qum+ur, donc
en utilisant qm≤n. Pour n assez grand, nCm≤ε : ainsi L≤nun≤L+2ε pour tout n assez grand, ce qui est la convergence vers L.
Exercice 11.12★★★
En utilisant la densité du sous-groupeZ+2πZ de (R,+) (l’Exercice 10.9), montrer que la suite (sinn)n∈N est dense dans [−1,1] — en particulier elle diverge.
Solution
Solution de Exercice 11.12.
Le sous-groupeG=Z+2πZ de (R,+) est dense : il n’est pas de la forme αZ, car 1=pα, 2π=qα feraient de 2π=pq un rationnel — or π∈/Q (admis ici ; une démonstration est esquissée au Chapitre 15). D’après l’Exercice 10.9, G est dense dans R.
Soient maintenant y∈[−1,1] et θ=arcsiny. Par densité, pour tout ε>0 il existe n∈Z, k∈Z avec ∣(n+2πk)−θ∣≤ε, c’est-à-dire que n est à distance ≤ε de θ−2πk ; alors, sin étant 2π-périodique et 1-lipschitzienne (∣sina−sinb∣≤∣a−b∣, d’après l’inégalité des accroissements finis du Chapitre 14),
∣sinn−y∣=∣sin(n+2πk)−sinθ∣≤∣n+2πk−θ∣≤ε.
Un détail : n parcourt Z, mais sin(−n)=−sinn et y était arbitraire dans [−1,1], donc les indices positifs suffisent (remplacer (n,y) par (−n,−y) si besoin). Ainsi {sinn:n∈N} est dense dans [−1,1] ; une suite dense dans un segment possède des suites extraites approchant des valeurs distinctes, donc elle diverge.
11.7 Problème : Cesàro, Stolz et la lente décroissance du sinus
Le théorème de Cesàro–Stolz est la règle de l’Hospital discrète : pour trouver la limite d’un quotient an/bn, il suffit de trouver la limite du quotient des accroissements(an+1−an)/(bn+1−bn). Ce problème démontre le théorème, en récolte des limites classiques, puis le braque sur une cible célèbre : la suite un+1=sinun, qui rampe vers 0 à la vitesse exactement calculable un∼3/n. Deux faits du volume de Terminale sont admis ici et honnêtement redémontrés plus loin dans ce volume : l’inégalité de la tangente
eu≥1+u(u∈R),(G1)
redémontrée par convexité au Chapitre 14, et l’encadrement du sinus
redémontré par la formule de Taylor au Chapitre 16.
Partie I — Des sommes sans formule close.
En utilisant 1+2+⋯+n=2n(n+1) et 12+⋯+n2=6n(n+1)(2n+1), calculer limn21+2+⋯+n et limn312+⋯+n2.
Soit Tn=∑k=1nk, pour laquelle il n’existe aucune formule close. Démontrer l’encadrement
221n3/2≤Tn≤n3/2
(ne garder que les termes k>2n pour la minoration). Ainsi Tn est de l’ordre de n3/2 — mais avec quelle constante ? Garder la question pour la question 8.
(Lemme télescopique) Soit (bn) strictement croissante et supposons que, pour tout k≥N,
m≤bk+1−bkak+1−ak≤M.
Montrer que m≤bn−bNan−aN≤M pour tout n>N.
Partie II — Le théorème de Cesàro–Stolz. Soit (bn) strictement croissante avec bn→+∞, et supposons bn+1−bnan+1−an→ℓ∈R.
Fixons ε>0. Montrer qu’il existe N tel que ℓ−ε≤bn−bNan−aN≤ℓ+ε pour tout n>N.
Démontrer la variante +∞ : si bn+1−bnan+1−an→+∞ (mêmes hypothèses sur (bn)), alors bnan→+∞.
Prendre bn=n : retrouver le théorème de la moyenne de Cesàro de l’Exercice 11.10. Montrer ensuite que la réciproque de Cesàro–Stolz est fausse : pour an=(−1)n, bn=n, le quotient an/bn converge alors que le quotient des accroissements n’a pas de limite. Stolz est une rue à sens unique.
Partie III — Premiers dividendes.
Démontrer (1+h)3/2−1=(1+h)3/2+13h+3h2+h3 par conjugaison, en déduire n((1+n1)3/2−1)→23, et conclure par Cesàro–Stolz :
Tn=k=1∑nk∼32n3/2,
ce qui résout le suspense de la question 2.
À partir de (G1) seule, obtenir l’encadrement du logarithme
1+tt≤ln(1+t)≤t(t>−1)
(appliquer (G1) en u=ln(1+t) puis en u=−t/(1+t)).
Montrer que bn=lnn est strictement croissante avec lnn→+∞, et démontrer par Cesàro–Stolz et la question 9 que
Hn=k=1∑nk1∼lnn.
(La structure plus fine Hn=lnn+γ+o(1) est le devoir maison du Chapitre 17.)
(Des rapports aux racines) Soit un>0 avec unun+1→L>0. À l’aide de la question 9, montrer que lnunun+1→lnL ; appliquer Cesàro pour en déduire nlnun→lnL, puis, avec (G1), que un1/n→L. Application : calculer lim(n2n)1/n.
Partie IV — La lente décroissance du sinus. Soient u0∈R et un+1=sinun.
À partir de (G2), montrer que 0<sinx<x pour 0<x≤1. En déduire : u1∈[−1,1] ; si u1=0 la suite est nulle à partir du rang 1 ; et si u1>0 (le cas u1<0 étant symétrique, sin étant impaire), alors (un)n≥1 est strictement décroissante, positive, et converge vers 0(identifier la limite via ℓ=sinℓ, en utilisant ∣sina−sinb∣≤∣a−b∣, elle-même conséquence de (G2) et de la formule de transformation produit-somme).
On suppose désormais u1∈(0,1]. Montrer par encadrement, en utilisant (G2) :
Conclure avec l’Exercice 11.10 (version accroissements) que nun21→31, puis, par un argument de conjugaison pour la racine carrée, le résultat vedette :
nun⟶3,c.-aˋ-d.un∼n3.
Quantifier la lenteur : montrer qu’à partir d’un certain rang 2/n≤un≤2/n, de sorte qu’atteindre un≤10−2 demande plus de 20000 itérations (environ 30000, d’après l’asymptotique). Comparer avec la méthode de Héron (l’Exemple 11.24) et expliquer la raison structurelle : au point fixe 0, la pente de sin vaut 1 (un point fixe neutre), alors que les itérations qui divisent l’erreur par deux réclament une pente de module<1.
Montrer que pour tout point de départ u0∈R, ou bien un=0 à partir du rang 1, ou bien ∣un∣∼3/n — la chute est universelle, seul le signe se souvient de u0.
Partie V — Le principe général. Le sinus n’est qu’un exemplaire d’une machine.
Soit un>0, un→0, et un2un−un+1→a>0. Démontrer successivement : unun+1→1 ; puis un+11−un1→a ; puis nun→a1.
(Modèle exact) Pour un+1=1+unun, u0>0 : montrer que un1 est arithmétique, résoudre exactement, et confronter la conclusion de la question 18 à la formule exacte.
Pour un+1=une−un, u0>0 : montrer que un→0, utiliser (G1) pour encadrer t1−e−t entre 1+t1 et 1 pour t>0, et conclure un∼n1.
(Contact cubique, télescope au carré) Soit un>0, un→0, un3un−un+1→a>0. Adapter la factorisation de la question 14 pour montrer que un+121−un21→2a, et conclure nun2→2a1. Vérifier que a=61 redonne la partie IV.
Partie VI — Limites de la méthode, et morales.
Montrer que l’hypothèse bn→+∞ ne peut pas être supprimée : pour an=2−2−n et bn=1−2−n, le quotient des accroissements tend vers 1 tandis que bnan→2. Désigner la ligne exacte de la démonstration de la question 5 qui casse.
(Stolz deux fois) Démontrer ∑k=1nHk∼nlnn(une application de Cesàro–Stolz, puis la question 10 ; encadrer (n+1)ln(n+1)−nlnn à l’aide de la question 9).
(Moyennes géométriques) Si un>0 et un→ℓ>0, montrer que (u1u2⋯un)1/n→ℓ ; si un→+∞, montrer que (u1⋯un)1/n→+∞. En déduire (n!)1/n→+∞.
Synthèse, une phrase pour chaque point : (i) où exactement la complétude est-elle intervenue dans ce problème ; (ii) en quel sens Cesàro–Stolz est-il une règle de l’Hospital discrète (son jumeau différentiel repose sur le théorème des accroissements finis du Chapitre 14) ; (iii) énoncer l’heuristique qui relie l’ordre de contact de f en un point fixe neutre à l’exposant de décroissance de un+1=f(un) ; (iv) remonter la constante 3 de 3/n le long de la chaîne 61→31→3.
Solution
Solution de Problème 11.1.
1.n2n(n+1)/2=21+1/n→21, et n3n(n+1)(2n+1)/6=6(1+1/n)(2+1/n)→31.
2. Majoration : chacun des n termes est ≤n, donc Tn≤nn. Minoration : les termes d’indice k>2n sont au nombre d’au moins 2n, et chacun est ≥n/2 :
Tn≥2n2n=22n3/2.
3. Pour k≥N, puisque bk+1−bk>0 : m(bk+1−bk)≤ak+1−ak≤M(bk+1−bk). En sommant pour k=N,…,n−1, les deux membres se télescopent :
4. Par définition de la limite il existe N tel que ℓ−ε≤bk+1−bkak+1−ak≤ℓ+ε pour tout k≥N ; la question 3 avec m=ℓ−ε, M=ℓ+ε transfère l’encadrement à bn−bNan−aN.
5. En développant le membre de droite de l’identité :
D’après la question 4, le second facteur du produit est majoré par ε en valeur absolue, et 0<1−bnbN≤1 pour n assez grand, donc
bnan−ℓ≤bn∣aN−ℓbN∣+ε≤2ε
dès que bn≥ε∣aN−ℓbN∣, ce qui finit par arriver puisque bn→+∞. Ainsi bnan→ℓ : c’est le théorème de Cesàro–Stolz.
6. Étant donné M, choisissons N tel que bk+1−bkak+1−ak≥M pour k≥N ; la moitié inférieure de la question 3 donne an−aN≥M(bn−bN), donc
bnan≥bnaN+M(1−bnbN)⟶M.
Au-delà d’un certain rang, bnan≥M−1 ; M étant arbitraire, bnan→+∞.
7. Avec bn=n et an=u1+⋯+un : le quotient des accroissements est un+1→ℓ, donc la moyenne de Cesàro nan tend vers ℓ : c’est la partie (1) de l’Exercice 11.10. Avec an=un : le quotient des accroissements est un+1−un, ce qui donne la partie (3). Réciproque : an=(−1)n, bn=n vérifie bnan→0, et pourtant an+1−an=±2 alterne : le quotient des accroissements n’a pas de limite.
8. Conjugaison :
((1+h)3/2−1)((1+h)3/2+1)=(1+h)3−1=3h+3h2+h3.
Pour h=n1 : n((1+n1)3/2−1)=(1+1/n)3/2+13+3/n+1/n2, et 1≤(1+n1)3/2≤(1+n1)2→1 (encadrement), donc le dénominateur tend vers 2 et l’expression vers 23. Appliquons maintenant Stolz avec an=Tn, bn=n3/2 (strictement croissante, →+∞) :
d’où Tn∼32n3/2. (L’encadrement de la question 2 avait enfermé la constante dans [0.35,1] ; Stolz l’épingle.)
9. (G1) en u=ln(1+t) : 1+t=eln(1+t)≥1+ln(1+t), donc ln(1+t)≤t. (G1) en u=−1+tt : e−t/(1+t)≥1−1+tt=1+t1>0 ; en prenant le ln (croissant) : −1+tt≥−ln(1+t), c’est-à-dire ln(1+t)≥1+tt.
10.ln est strictement croissante (Proposition 4.1), et ln(2k)=kln2 n’est pas bornée, donc lnn→+∞. Accroissements : avec t=n1 dans la question 9,
donc le quotient des accroissements ln(n+1)−lnnHn+1−Hn tend vers 1 ; Stolz donne Hn∼lnn.
11. Posons xn=unun+1→L et tn=Lxn−1→0. Question 9 : 1+tntn≤ln(1+tn)≤tn, donc lnxn−lnL=ln(1+tn)→0 par encadrement. Cesàro (question 7) appliqué à (lnxk) :
n1k=0∑n−1lnxk=nlnun−lnu0⟶lnL,
donc nlnun→lnL. Avec hn=nlnun−lnL→0 : un1/n=Lehn, et (G1) encadre 1+hn≤ehn≤1−hn1 (pour hn<1), donc ehn→1 et un1/n→L. Application : un=(n2n) donne
12. Pour 0<x≤1, (G2) donne sinx≥x(1−6x2)≥65x>0 et
x−sinx≥6x3−120x5=x3(61−120x2)≥12019x3>0:
ainsi 0<sinx<x sur (0,1]. Toujours u1=sinu0∈[−1,1]. Si u1=0, alors un=0 pour n≥1. Si u1∈(0,1] : par récurrence 0<un+1=sinun<un≤1, donc (un)n≥1 est strictement décroissante et minorée par 0 : elle converge vers un certain ℓ∈[0,1) (Théorème 11.9). La formule de transformation produit-somme et (G2) donnent ∣sina−sinb∣=2cos2a+bsin2a−b≤∣a−b∣, donc un+1=sinun→sinℓ : ℓ=sinℓ. Si ℓ>0 alors sinℓ<ℓ : impossible. Donc un→0.
13. En divisant (G2) par un>0 :
1−6un2≤unsinun≤1−6un2+120un4≤1,
et un→0 force par encadrement unsinun→1. En divisant x−sinx par x3 :
(vérifier les puissances de un : 3+1+(−4) contre le un2 au dénominateur et le un4 au numérateur). D’après la question 13 les trois facteurs tendent vers 61, 2, 1 : wn→31.
15.vn=un21 a pour accroissements vn+1−vn=wn→31, donc nvn→31 d’après l’Exercice 11.10 (3) : nun2→3. Alors
nun−3=nun+3nun2−3≤3nun2−3⟶0:
nun→3, c’est-à-dire un∼3/n.
16. Puisque nun2→3, on a à partir d’un certain rang 2≤nun2≤4, c’est-à-dire 2/n≤un≤2/n. Si un≤10−2 avec n dans ce régime, alors 2/n≤10−4 : n≥20000 ; et 3/n=10−2 pour n=30000. La méthode de Héron élève l’erreur au carré à chaque étape — le nombre de décimales double — parce qu’à son point fixe la pente pertinente est de module<1 (l’itération est en fait contractante). Ici sin′0=cos0=1 : le point fixe est neutre, aucune contraction géométrique n’existe, et la décroissance est régie par le premier terme non linéaire −6x3, donc polynomiale. Une étape de Héron gagne plus de précision que dix mille étapes du sinus.
17. Pour u0 quelconque : u1=sinu0∈[−1,1]. Si u1=0 la suite s’annule à partir du rang 1. Si u1>0, la partie IV s’applique mot pour mot. Si u1<0, posons vn=−un : l’imparité de sin donne vn+1=−sinun=sin(−un)=sinvn avec v1∈(0,1], donc vn∼3/n, c’est-à-dire un∼−3/n. Dans tous les cas ∣un∣∼3/n (ou bien la suite est nulle à partir d’un certain rang) : la chute est universelle, seul le signe se souvient du départ.
18. D’abord unun+1=1−un2un−un+1un→1−a⋅0=1. Ensuite
et l’Exercice 11.10 (3) donne nun1→a, c’est-à-dire nun→a1.
19.vn=un1 : vn+1=un1+un=vn+1, donc vn=v0+n et
un=1+nu0u0,nun=1+nu0nu0⟶1.
Vérification du lemme : un−un+1=1+unun2, donc un2un−un+1=1+un1→1=a, et la question 18 prédit nun→1 : accord exact.
20. Positivité par récurrence (e−u>0) ; décroissance puisque e−un<1 pour un>0 ; donc un→ℓ≥0 (Théorème 11.9). Passerelle de continuité : avec hn=ℓ−un→0, e−un=e−ℓehn→e−ℓ par l’encadrement (G1) 1+hn≤ehn≤1−hn1 ; donc ℓ=ℓe−ℓ, et ℓ>0 forcerait e−ℓ=1, ce qui est faux : ℓ=0. Pour t>0, (G1) donne e−t≥1−t et e−t≤1+t1, donc
1+t1≤t1−e−t≤1.
Avec t=un : un2un−un+1=un1−e−un→1. La question 18 avec a=1 : nun→1, donc un∼n1.
21. Comme à la question 18, unun+1=1−un3un−un+1un2→1. Ensuite
et l’Exercice 11.10 (3) donne nun21→2a : nun2→2a1. Pour le sinus, a=61 (question 13) : nun2→3, exactement la partie IV.
22. Accroissements : an+1−an=2−n−2−n−1=2−n−1=bn+1−bn, donc le quotient des accroissements vaut constamment 1. Et pourtant bnan=1−2−n2−2−n→2=1. La démonstration de la question 5 casse au terme de bord : bnaN−ℓbN→0 exigeait bn→+∞ ; ici (avec ℓ=1) aN−bN=1 et bn→1, donc ce terme tend vers 1 — précisément l’écart résiduel 2−1.
23. Stolz avec An=∑k=1nHk et Bn=nlnn : Bn+1−Bn=ln(n+1)+nln(1+n1)>0 et Bn→+∞. D’après la question 9, n+1n≤nln(1+n1)≤1, donc Bn+1−Bn=ln(n+1)+θn avec 21≤θn≤1. Par conséquent
(la question 10 pour le premier facteur ; θn bornée et ln(n+1)→∞ pour le second). Stolz conclut : ∑k=1nHk∼nlnn.
24. Si un→ℓ>0 : comme à la question 11, lnun→lnℓ (encadrement de la question 9 sur lnℓun), donc les moyennes de Cesàro n1∑k=1nlnuk→lnℓ, et la passerelle exponentielle de la question 11 donne (u1⋯un)1/n=exp(n1∑lnuk)→ℓ. Si un→+∞ : pour tout M, on a un≥eM à partir d’un certain rang, donc lnun≥M : lnun→+∞ ; le Cesàro version +∞ (question 6, bn=n) donne n1∑lnuk→+∞, et (G1) (es≥1+s) envoie la moyenne géométrique vers +∞. Avec un=n : (n!)1/n→+∞.
25. (i) La complétude n’est intervenue qu’à travers le théorème de la limite monotone, pour produire les limites des questions 12 et 20 ; le théorème de Cesàro–Stolz lui-même est de la pure gestion d’ε, valable sur Q. (ii) Stolz remplace limbnan par la limite du quotient des accroissements, exactement comme l’Hospital remplace limgf par limg′f′ — le jumeau différentiel repose sur le théorème des accroissements finis du Chapitre 14. (iii) Heuristique : si f(x)=x−axp+1+o(xp+1) au point fixe neutre 0, alors un+1p1−unp1→pa et un∼(pan)−1/p : un contact d’ordre p+1 produit une décroissance en n−1/p — plus le graphe est plat contre la diagonale, plus la chute est lente. (iv) La constante : (G2) fournit le coefficient cubique 61 ; la factorisation de la question 14 le double en l’accroissement du télescope 31 ; Cesàro transforme un21 en 3n ; l’inversion et la racine livrent 3/n.