Mathematics · Book 3 · Bachelor Year 1

Mathématiques universitaires — Licence 1

Mathématiques universitaires — Licence 1 · Bachelor Year 1

21Matrices

Une matrice est une application linéaire écrite en coordonnées. Ce chapitre met en place le dictionnaire — la composition devient produit matriciel, la bijectivité devient inversibilité, le changement de base devient conjugaison — ainsi que le versant algorithmique : opérations sur les lignes, calcul de rangs et d’inverses. Rencontrées pour la première fois dans le volume de Terminale, les matrices reposent désormais sur la théorie des Chapitres 18, 19 et 20.

21.1 Matrices et applications linéaires

Définition 21.1

Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(K) est l’espace vectoriel des tableaux n×pn \times p A=(aij)A = (a_{ij}) de scalaires (ii : ligne, jj : colonne), de dimension npnp (base : les matrices EijE_{ij} n’ayant qu’un seul 11). Étant données des bases B=(e1,,ep)\mathcal{B} = (e_1, \dots, e_p) de EE et C\mathcal{C} de FF (dimF=n\dim F = n), la matrice de uL(E,F)u \in \mathcal{L}(E, F) est le tableau dont la jj-ième colonne donne les coordonnées de u(ej)u(e_j) dans C\mathcal{C} :

MatB,C(u)=(aij),u(ej)=i=1naijfi.\operatorname{Mat}_{\mathcal{B},\mathcal{C}}(u) = (a_{ij}), \qquad u(e_j) = \sum_{i=1}^{n} a_{ij}\, f_i .

L’application uMatB,C(u)u \mapsto \operatorname{Mat}_{\mathcal{B},\mathcal{C}}(u) est un isomorphisme de L(E,F)\mathcal{L}(E, F) sur Mn,p(K)\mathcal{M}_{n,p}(K) (Proposition 20.2 : une application linéaire, c’est exactement un choix des images des eje_j).

Exemple 21.2 (La dérivée, vue comme matrice)

Soit D(P)=PD(P) = P' sur R3[X]\R_3[X]. Dans la base des monômes (1,X,X2,X3)(1, X, X^2, X^3) : D(1)=0D(1) = 0, D(X)=1D(X) = 1, D(X2)=2XD(X^2) = 2X, D(X3)=3X2D(X^3) = 3X^2, donc

Mat(D)=(0100002000030000).\operatorname{Mat}(D) = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 & 0\\ 0 & 0 & 2 & 0\\ 0 & 0 & 0 & 3\\ 0 & 0 & 0 & 0 \end{pmatrix}.

Dans la base divisée (1, X, X22, X36)\bigl(1,\ X,\ \frac{X^2}2,\ \frac{X^3}6\bigr), chaque vecteur de base est envoyé sur le précédent (D(Xkk!)=Xk1(k1)!D\bigl(\frac{X^k}{k!}\bigr) = \frac{X^{k-1}}{(k-1)!}), et la matrice devient le décalage pur : des 11 sur la surdiagonale, des zéros ailleurs. Deux morales : la matrice appartient au couple (application, base), et non à l’application seule ; et une bonne base rend la structure visible d’un coup d’œil — la forme de décalage montre instantanément que D4=0D^4 = 0 sur R3[X]\R_3[X], chaque puissance de la matrice repoussant sa diagonale de 11 d’un cran vers l’extérieur.

Définition 21.3 (Produit)

Pour AMn,pA \in \mathcal{M}_{n,p} et BMp,qB \in \mathcal{M}_{p,q} :

(AB)ik=j=1paijbjk(1in, 1kq).(AB)_{ik} = \sum_{j=1}^{p} a_{ij}\, b_{jk} \qquad (1 \leq i \leq n,\ 1 \leq k \leq q).

C’est exactement la matrice de la composée : Mat(vu)=Mat(v)Mat(u)\operatorname{Mat}(v \circ u) = \operatorname{Mat}(v)\, \operatorname{Mat}(u) (les bases se recollant au milieu). De même, si XX est la colonne des coordonnées de xx, la colonne de u(x)u(x) est AXAX.

Démonstration de la formule de composition.

v(u(ek))=v(jbjkfj)=jbjkv(fj)=jbjkiaijgi=i(jaijbjk)gi.v(u(e_k)) = v\Bigl(\sum_j b_{jk} f_j\Bigr) = \sum_j b_{jk}\, v(f_j) = \sum_j b_{jk} \sum_i a_{ij}\, g_i = \sum_i \Bigl(\sum_j a_{ij} b_{jk}\Bigr) g_i . \qedhere

Proposition 21.4 (L’algèbre Mn(K)\mathcal{M}_n(K))

Les matrices carrées Mn(K)\mathcal{M}_n(K) forment un anneau (non commutatif dès que n2n \geq 2), d’élément unité InI_n ; son groupe des inversibles est le groupe linéaire GLn(K)GL_n(K), qui correspond aux endomorphismes bijectifs. Pour A,BMn(K)A, B \in \mathcal{M}_n(K) :

AB=In    AGLn(K) et B=A1AB = I_n \implies A \in GL_n(K) \text{ et } B = A^{-1}

(un inverse d’un seul côté est un inverse des deux côtés, d’après le Corollaire 20.9).

Démonstration. Les axiomes d’anneau se transportent depuis L(E)\mathcal{L}(E) par l’isomorphisme de la Définition 21.1 : il convertit la composition en produit et la somme en somme, de sorte que l’associativité, la distributivité et le rôle de InI_n sont hérités des faits correspondants sur les applications, sans aucune vérification coefficient par coefficient. Non-commutativité : E12E21=E11E22=E21E12E_{12}E_{21} = E_{11} \neq E_{22} = E_{21}E_{12}. Si AB=InAB = I_n : l’endomorphisme aa associé à AA vérifie ab=ida \circ b = \mathrm{id}, donc aa est surjective (x=a(b(x))x = a(b(x)) exhibe un antécédent de tout xx), donc bijective en dimension finie (Corollaire 20.9) ; en composant ab=ida \circ b = \mathrm{id} à gauche par a1a^{-1}, on obtient b=a1b = a^{-1}, et alors ba=idb\circ a = \mathrm{id} aussi : l’inverse d’un seul côté était depuis le début un inverse des deux côtés — une faveur strictement propre à la dimension finie.

Définition 21.5 (Transposée ; trace)

La transposée de A=(aij)Mn,pA = (a_{ij}) \in \mathcal{M}_{n,p} est AT=(aji)Mp,nA^{\mathsf T} = (a_{ji}) \in \mathcal{M}_{p,n} ; elle vérifie (AB)T=BTAT(AB)^{\mathsf T} = B^{\mathsf T} A^{\mathsf T} et (AT)T=A(A^{\mathsf T})^{\mathsf T} = A. La trace d’une matrice carrée est trA=iaii\operatorname{tr} A = \sum_i a_{ii} ; elle est linéaire, et

tr(AB)=tr(BA)(AMn,p, BMp,n).\operatorname{tr}(AB) = \operatorname{tr}(BA) \qquad (A \in \mathcal{M}_{n,p},\ B \in \mathcal{M}_{p,n}).

Démonstration de l’identité de la trace. tr(AB)=ijaijbji\operatorname{tr}(AB) = \sum_i \sum_j a_{ij} b_{ji} et tr(BA)=jibjiaij\operatorname{tr}(BA) = \sum_j \sum_i b_{ji} a_{ij} : la même somme double.

Exemple 21.6 (La trace à l’œuvre)

La projection du Chapitre 20 sur Vect(1,1)\operatorname{Vect}(1,1) parallèlement à Vect(0,1)\operatorname{Vect}(0,1), p(x,y)=(x,x)p(x, y) = (x, x), a pour matrice A=(1010)A = \begin{pmatrix} 1 & 0\\ 1 & 0\end{pmatrix} dans la base canonique : en effet A2=AA^2 = A, et

trA=1=rkA,\operatorname{tr} A = 1 = \operatorname{rk} A ,

ce qui illustre l’Exercice 21.8 : pour les matrices idempotentes, la trace compte la dimension de l’image, quelle que soit la base biscornue dans laquelle la matrice est écrite. Le mécanisme d’invariance est l’identité tr(AB)=tr(BA)\operatorname{tr}(AB) = \operatorname{tr}(BA) :

tr(P1(AP))=tr((AP)P1)=trA,\operatorname{tr}\bigl(P^{-1}(AP)\bigr) = \operatorname{tr}\bigl((AP)P^{-1}\bigr) = \operatorname{tr} A ,

de sorte que toutes les matrices semblables à AA ont la même trace — le premier invariant numérique d’un endomorphisme, que le déterminant rejoindra au Chapitre 22 (le couple (s,p)(s, p) du devoir maison ci-dessous).

Exemple 21.7 (Symétrique plus antisymétrique)

On dit que AA est symétrique lorsque AT=AA^{\mathsf T} = A, antisymétrique lorsque AT=AA^{\mathsf T} = -A. Toute matrice carrée se décompose de manière unique comme somme de l’une et de l’autre :

A=A+AT2symeˊtrique+AAT2antisymeˊtrique,A = \underbrace{\frac{A + A^{\mathsf T}}{2}}_{\text{symétrique}} + \underbrace{\frac{A - A^{\mathsf T}}{2}}_{\text{antisymétrique}},

et une matrice qui est les deux à la fois est nulle (A=AA = -A) : les deux ensembles sont des sous-espaces supplémentaires de Mn(K)\mathcal{M}_n(K) — l’exact analogue de la décomposition paire/impaire des fonctions (Exemple 18.11), la transposition jouant le rôle de xxx \mapsto -x. Dimensions : une matrice symétrique est libre sur la diagonale et au-dessus, une matrice antisymétrique strictement au-dessus (diagonale nulle) :

n(n+1)2+n(n1)2=n2,\frac{n(n+1)}{2} + \frac{n(n-1)}{2} = n^2 ,

et l’équilibre des comptes est la confirmation, par la formule de Grassmann, du caractère direct de la somme. Pour n=2n = 2 : (1512)=(1332)+(0220)\begin{pmatrix} 1 & 5\\ 1 & 2\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 1 & 3\\ 3 & 2\end{pmatrix} + \begin{pmatrix} 0 & 2\\ -2 & 0\end{pmatrix}. Les matrices symétriques reviennent comme données du second ordre au Chapitre 25 (le triplet de Monge r,s,tr, s, t), et celles qui sont à la fois symétriques et orthogonales sont classifiées à l’Exercice 23.12.

21.2 Changement de base

Définition 21.8

Soient B,B\mathcal{B}, \mathcal{B}' deux bases de EE. La matrice de passage P=PBBP = P_{\mathcal{B}\to\mathcal{B}'} a pour colonnes les coordonnées des vecteurs de la nouvelle base dans l’ancienne. Elle est inversible, P1=PBBP^{-1} = P_{\mathcal{B}'\to\mathcal{B}}, et les coordonnées se transforment par X=PXX = PX' (ancien == PP\,\cdot nouveau).

Exemple 21.9 (Lire la matrice de passage)

Dans R2\R^2, de la base canonique B\mathcal B à B=((1,1),(1,1))\mathcal B' = \bigl((1,1), (1,-1)\bigr) :

P=PBB=(1111)P = P_{\mathcal B\to\mathcal B'} = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1 \end{pmatrix}

(les nouveaux vecteurs écrits en anciennes coordonnées, colonne par colonne). Le vecteur d’anciennes coordonnées X=(3,1)TX = (3, 1)^{\mathsf T} a pour nouvelles coordonnées X=P1X=12(3+1, 31)T=(2,1)TX' = P^{-1}X = \frac12(3 + 1,\ 3 - 1)^{\mathsf T} = (2, 1)^{\mathsf T} : en effet 2(1,1)+1(1,1)=(3,1)2(1,1) + 1(1,-1) = (3,1). Attention au sens — la matrice PP est construite à partir de la nouvelle base, mais elle convertit les coordonnées nouvelles en anciennes (X=PXX = PX') ; passer des anciennes aux nouvelles coûte l’inverse. Écrire la vérification 2(1,1)+(1,1)=(3,1)2(1,1) + (1,-1) = (3,1) après chaque conversion permet de repérer l’erreur du PP inversé, qui est la faute la plus fréquente du chapitre.

Théorème 21.10 (Changement de base pour une application)

Soit uL(E)u \in \mathcal{L}(E), de matrice AA dans B\mathcal{B} et AA' dans B\mathcal{B}', et soit P=PBBP = P_{\mathcal{B}\to\mathcal{B}'}. Alors

A=P1AP.A' = P^{-1} A\, P .

Deux matrices ainsi reliées sont dites semblables. (Pour u ⁣:EFu \colon E \to F avec deux couples de bases, la formule est A=Q1APA' = Q^{-1} A P — matrices équivalentes.)

Démonstration. Pour tout xx : X=PXX = PX' et l’image vérifie Y=AXY = AX, Y=PYY = PY'. Donc PY=APXPY' = APX', c’est-à-dire Y=(P1AP)XY' = (P^{-1}AP)X' pour tout XX' : la matrice de uu dans la nouvelle base est P1APP^{-1}AP (prendre pour XX' les colonnes canoniques).

Exemple 21.11 (Une bonne base rend une application transparente)

Soit u(x,y)=(y,x)u(x, y) = (y, x) (l’échange), de matrice A=(0110)A = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 1 & 0\end{pmatrix} dans la base canonique. Dans la base B=((1,1),(1,1))\mathcal B' = \bigl((1,1), (1,-1)\bigr) :

P=(1111),P1=12(1111),P1AP=(1001).P = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1 \end{pmatrix}, \qquad P^{-1} = \frac12\begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1 \end{pmatrix}, \qquad P^{-1} A P = \begin{pmatrix} 1 & 0\\ 0 & -1 \end{pmatrix}.

Aucun produit matriciel n’était vraiment nécessaire : uu fixe (1,1)(1,1) et renverse (1,1)(1,-1), donc dans B\mathcal B' sa matrice doit être diag(1,1)\operatorname{diag}(1, -1) — l’échange est la symétrie par rapport à la droite y=xy = x. Trouver, pour un endomorphisme donné, une base dans laquelle sa matrice devient diagonale est le problème central du volume de Licence 2 (la théorie de la réduction) ; le devoir maison ci-dessous montre jusqu’où les seules identités polynomiales mènent déjà.

Exemple 21.12 (Changement de base, pris à l’envers)

La projection sur F=Vect(1,1)F = \operatorname{Vect}(1,1) parallèlement à G=Vect(1,1)G = \operatorname{Vect}(1,-1) a, dans la base adaptée B=((1,1),(1,1))\mathcal B' = \bigl((1,1),(1,-1)\bigr), la matrice transparente A=diag(1,0)A' = \operatorname{diag}(1, 0). Pour obtenir sa matrice dans la base canonique, on lit le Théorème 21.10 à l’envers, A=PAP1A = P A' P^{-1} :

P=(1111),P1=12(1111),A=P(1000)P1=12(1111).P = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix}, \quad P^{-1} = \frac12\begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & -1\end{pmatrix}, \quad A = P\begin{pmatrix} 1 & 0\\ 0 & 0\end{pmatrix}P^{-1} = \frac12\begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & 1\end{pmatrix}.

Vérification : A2=AA^2 = A (idempotente), trA=1=rkA\operatorname{tr} A = 1 = \operatorname{rk} A, et A(11)=(11)A\binom{1}{1} = \binom11, A(11)=0A\binom{1}{-1} = 0, comme prévu. Ce sens inverse — concevoir la matrice dans la bonne base, puis conjuguer pour revenir — est la façon dont on produit en pratique les matrices de rotation, de symétrie et de projection.

Théorème 21.13 (Forme normale du rang)

Le rang d’une matrice (le rang de ses colonnes, autrement dit celui de l’application linéaire associée) est le seul invariant de l’équivalence : toute AMn,pA \in \mathcal{M}_{n,p} de rang rr est équivalente à

Jr=(Ir000),J_r = \begin{pmatrix} I_r & 0 \\ 0 & 0 \end{pmatrix},

et rk(AT)=rk(A)\operatorname{rk}(A^{\mathsf T}) = \operatorname{rk}(A) : le rang des lignes égale le rang des colonnes.

Démonstration. Soit u ⁣:EFu \colon E \to F de rang rr. Choisissons dans EE un supplémentaire SS de keru\ker u ; il est de dimension dimS=r\dim S = r (Théorème 20.7). Prenons-en une base (e1,,er)(e_1, \dots, e_r), complétée par une base de keru\ker u en une base de EE ; les images fi=u(ei)f_i = u(e_i), iri \leq r, forment une base de imu\operatorname{im} u (la restriction est un isomorphisme), que l’on complète en une base de FF. Dans ces bases, la matrice de uu est exactement JrJ_r. Donc A=QJrP1A = Q J_r P^{-1} avec P,QP, Q inversibles.

En transposant : AT=(P1)TJrTQTA^{\mathsf T} = (P^{-1})^{\mathsf T} J_r^{\mathsf T} Q^{\mathsf T} avec JrTJ_r^{\mathsf T} de la même forme (de rang rr) et les facteurs extérieurs inversibles (la transposée d’une matrice inversible est inversible, d’après (AB)T=BTAT(AB)^{\mathsf T} = B^{\mathsf T}A^{\mathsf T} appliqué à AA1=IAA^{-1} = I) : rkAT=r\operatorname{rk} A^{\mathsf T} = r.

21.3 Opérations sur les lignes

Méthode 21.14 (Le pivot de Gauss sur les matrices)

Les trois opérations élémentaires sur les lignes — échanger deux lignes, multiplier une ligne par λ0\lambda \neq 0, ajouter à une ligne un multiple d’une autre — ne changent pas le rang (chacune est une multiplication à gauche par une matrice inversible). Algorithme : créer un pivot (le coefficient non nul le plus à gauche), annuler sa colonne en dessous, passer à la ligne et à la colonne suivantes ; le nombre de pivots de la forme échelonnée obtenue est le rang.

Calcul de l’inverse : on applique l’algorithme au bloc (AIn)(A \mid I_n) jusqu’à ce que le bloc de gauche devienne InI_n (c’est possible si et seulement si AA est inversible) ; le bloc de droite est alors A1A^{-1} — en effet le produit des matrices élémentaires utilisées vaut A1A^{-1}.

Exemple 21.15

A=(1234)A = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 3 & 4 \end{pmatrix} : réduisons (AI2)(A \mid I_2) :

(12103401)(12100231)(1021013212),\begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 & 0\\ 3 & 4 & 0 & 1 \end{pmatrix} \to \begin{pmatrix} 1 & 2 & 1 & 0\\ 0 & -2 & -3 & 1 \end{pmatrix} \to \begin{pmatrix} 1 & 0 & -2 & 1\\ 0 & 1 & \tfrac32 & -\tfrac12 \end{pmatrix},

(opérations : L2L23L1L_2 \leftarrow L_2 - 3L_1 ; puis L1L1+L2L_1 \leftarrow L_1 + L_2, L212L2L_2 \leftarrow -\frac12 L_2). Donc A1=(213212)A^{-1} = \begin{pmatrix} -2 & 1 \\ \tfrac32 & -\tfrac12\end{pmatrix}. Vérification : AA1=I2AA^{-1} = I_2.

Exemple 21.16 (Rang avec un paramètre, par les seules lignes)

Pour mRm \in \R, cherchons le rang de Mm=(11m1m1m11)M_m = \begin{pmatrix} 1 & 1 & m\\ 1 & m & 1\\ m & 1 & 1\end{pmatrix}. Réduisons : L2L2L1L_2 \leftarrow L_2 - L_1 et L3L3mL1L_3 \leftarrow L_3 - mL_1 donnent les lignes

(1, 1, m),(0, m1, 1m),(0, 1m, 1m2).(1,\ 1,\ m), \qquad (0,\ m - 1,\ 1 - m), \qquad (0,\ 1 - m,\ 1 - m^2).

Cas m=1m = 1 : les deux dernières lignes s’annulent — un seul pivot, rkM1=1\operatorname{rk} M_1 = 1 (les trois lignes de départ étaient égales). Cas m1m \neq 1 : multiplions L2L_2 par 1m1\frac1{m-1} et L3L_3 par 11m\frac1{1-m} pour obtenir (0,1,1)(0, 1, -1) et (0,1,1+m)(0, 1, 1 + m), puis L3L3L2=(0,0,m+2)L_3 \leftarrow L_3 - L_2 = (0, 0, m + 2). Si m=2m = -2 : deux pivots, rang 22 ; sinon trois pivots, rang 33. En résumé :

rkMm={1m=1,2m=2,3sinon.\operatorname{rk} M_m = \begin{cases} 1 & m = 1,\\ 2 & m = -2,\\ 3 & \text{sinon}. \end{cases}

Les mêmes seuils sortiront d’un unique calcul de déterminant au Chapitre 22 (le polynôme (m+2)(m1)2-(m+2)(m-1)^2 de l’Exercice 22.7) — mais remarquons ce que l’élimination donne et que le déterminant ne donne pas : la valeur du rang dans les cas dégénérés, et non seulement le fait qu’il a chuté.

Exemple 21.17 (Calcul de puissances)

A=(1101)=I+NA = \begin{pmatrix} 1 & 1 \\ 0 & 1\end{pmatrix} = I + N avec N=E12N = E_{12}, N2=0N^2 = 0. Comme II et NN commutent, la formule du binôme (Proposition 7.20) se tronque :

Ak=I+kN=(1k01)(kN, et kZ en utilisant A1=IN).A^k = I + kN = \begin{pmatrix} 1 & k \\ 0 & 1 \end{pmatrix} \qquad (k \in \N, \text{ et } k \in \Z \text{ en utilisant } A^{-1} = I - N).

Méthode 21.18 (Calculer AnA^n : les trois voies)

  1. Voie du binôme : si A=λI+NA = \lambda I + N avec NN nilpotente, la formule du binôme se tronque (Exemple 21.17, Exercice 21.5) ; elle s’applique parce que λI\lambda I commute avec tout.
  2. Voie polynomiale : trouver une identité polynomiale vérifiée par AA (en dimension 22, toujours A2=sApIA^2 = sA - pI) et réduire XnX^n modulo celle-ci ; le devoir maison ci-dessous construit entièrement cette voie.
  3. Voie de la similitude : trouver une matrice inversible PP telle que P1AP=DP^{-1}AP = D soit simple (diagonale, ou décalage), calculer DnD^n, puis revenir en arrière : An=PDnP1A^n = P D^n P^{-1} (Théorème 21.10, Exemple 21.11) ; la recherche systématique d’un tel PP est la théorie de la réduction de Licence 2.

Quelle que soit la voie, vérifier le résultat pour n=0,1,2n = 0, 1, 2 : trois tests peu coûteux qui repèrent presque toutes les étourderies.

Remarque 21.19 (Pièges classiques : le prix de la non-commutativité)

Toute identité de l’algèbre des scalaires dont la démonstration réordonne les facteurs meurt dans Mn(K)\mathcal{M}_n(K), n2n \geq 2. Carrés : (A+B)2=A2+AB+BA+B2(A + B)^2 = A^2 + AB + BA + B^2, et le terme du milieu ne se réduit à 2AB2AB que si AB=BAAB = BA (Exercice 21.1). Puissances de produits : (AB)k(AB)^k vaut ABABABAB\cdots, et non AkBkA^kB^k. Diviseurs de zéro : E12E12=0E_{12}E_{12} = 0 avec E120E_{12} \neq 0 ; par conséquent pas de simplification : AB=ACAB = AC entraîne B=CB = C seulement lorsque AA est inversible (multiplier par A1A^{-1} — du bon côté). Traces : tr(AB)=tr(BA)\operatorname{tr}(AB) = \operatorname{tr}(BA) toujours, mais tr(AB)trAtrB\operatorname{tr}(AB) \neq \operatorname{tr}A\operatorname{tr}B en général (prendre A=B=I2A = B = I_2 : 242 \neq 4), et tr(ABC)=tr(BCA)\operatorname{tr}(ABC) = \operatorname{tr}(BCA) (invariance cyclique) tandis que tr(ACB)\operatorname{tr}(ACB) peut différer. Les transposées renversent : (AB)T=BTAT(AB)^{\mathsf T} = B^{\mathsf T}A^{\mathsf T} — oublier le renversement est l’erreur la plus fréquente dans les calculs d’orthogonalité (Chapitre 23). Dans le doute, tester toute identité présumée sur E12E_{12} et E21E_{21} : la plus petite paire non commutante réfute la plupart des fausses formules en une ligne.

Remarque 21.20 (Où mène le dictionnaire)

Le dictionnaire matriciel sert sur chacune des pages restantes de ce volume : le Chapitre 22 attache à chaque matrice carrée un unique nombre qui décide de l’inversibilité, et résout AX=BAX = B systématiquement ; le Chapitre 23 isole les matrices qui préservent les longueurs (les matrices orthogonales) ; et au Chapitre 25, le comportement au second ordre d’une fonction de deux variables est une matrice symétrique 2×22 \times 2. La trace, introduite ci-dessus presque en passant, devient un invariant puissant : les Exercices 21.6 et 21.8 en donnent un premier avant-goût, et le volume de Licence 2 y adosse la théorie des valeurs propres. Le devoir maison développe l’autre cheval de bataille : les identités polynomiales vérifiées par une matrice, qui transforment le calcul de AnA^n en une récurrence linéaire à deux termes.

Remarque 21.21 (Perspectives à l’intérieur du livre 3)

Trois familles de matrices introduites ici ont rendez-vous plus loin dans ce volume. Les matrices symétriques (Exemple 21.7) portent les données du second ordre des fonctions de deux variables : le test de Monge du Chapitre 25 est un énoncé sur le comportement du signe d’une matrice symétrique 2×22\times2, et son déterminant rts2rt - s^2 se calcule par la machinerie du Chapitre 22. Les matrices orthogonales (ATA=IA^{\mathsf T}A = I) sont les isométries du Chapitre 23, où la transposée acquiert enfin son sens géométrique : elle est l’ombre algébrique du produit scalaire. Les matrices inversibles rencontrent leur test pratique au Chapitre 22 — un seul nombre, detA0\det A \neq 0 — ce qui clôt la recherche que ce chapitre a ouverte avec la réduction par lignes. La trace et le déterminant voyagent alors comme le couple d’invariants (s,p)(s, p) du devoir maison, jusqu’à la théorie des valeurs propres de Licence 2.

21.4 Exercices

Exercice 21.1

Soient A=(1201)A = \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 0 & 1 \end{pmatrix} et B=(0110)B = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0\end{pmatrix}. Calculer ABAB, BABA, A2B2A^2 - B^2 et (A+B)(AB)(A+B)(A-B) ; expliquer pourquoi les deux derniers diffèrent.

Solution

Solution de Exercice 21.1.

AB=(2110),BA=(0112),A2B2=(1401)I=(0400),AB = \begin{pmatrix} 2 & 1\\ 1 & 0\end{pmatrix}, \quad BA = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 1 & 2\end{pmatrix}, \quad A^2 - B^2 = \begin{pmatrix} 1 & 4\\ 0 & 1\end{pmatrix} - I = \begin{pmatrix} 0 & 4\\ 0 & 0\end{pmatrix},
(A+B)(AB)=A2AB+BAB2=(0400)+(2002)=(2402).(A+B)(A-B) = A^2 - AB + BA - B^2 = \begin{pmatrix} 0 & 4\\ 0 & 0\end{pmatrix} + \begin{pmatrix} -2 & 0\\ 0 & 2 \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} -2 & 4\\ 0 & 2\end{pmatrix}.

Ils diffèrent de BAAB0BA - AB \neq 0 : l’identité (a+b)(ab)=a2b2(a+b)(a-b) = a^2 - b^2 exige la commutativité, qui est ici en défaut.

Exercice 21.2

Calculer le rang de

M=(123246111),N=(110201111213).M = \begin{pmatrix} 1 & 2 & 3\\ 2 & 4 & 6\\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix}, \qquad N = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 0 & 2\\ 0 & 1 & 1 & 1\\ 1 & 2 & 1 & 3 \end{pmatrix}.
Solution

Solution de Exercice 21.2.

MM : L2L22L1L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1 annule la deuxième ligne ; L3L3L1L_3 \leftarrow L_3 - L_1 donne (0,1,2)(0, -1, -2). Deux pivots : rkM=2\operatorname{rk} M = 2.

NN : L3L3L1L_3 \leftarrow L_3 - L_1 donne (0,1,1,1)=L2(0,1,1,1) = L_2 ; puis L3L3L2=0L_3 \leftarrow L_3 - L_2 = 0. Deux pivots : rkN=2\operatorname{rk} N = 2.

Exercice 21.3

Inverser, par réduction par lignes, A=(101211111)A = \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1\\ 2 & 1 & 1\\ 1 & 1 & 1 \end{pmatrix}, et vérifier sur un produit.

Solution

Solution de Exercice 21.3.

Réduisons (AI3)(A \mid I_3) : L2L22L1L_2 \leftarrow L_2 - 2L_1, L3L3L1L_3 \leftarrow L_3 - L_1 :

(101100011210010101)L3L3L2(101100011210001111),\begin{pmatrix} 1 & 0 & 1 & 1 & 0 & 0\\ 0 & 1 & -1 & -2 & 1 & 0\\ 0 & 1 & 0 & -1 & 0 & 1 \end{pmatrix} \xrightarrow{L_3 \leftarrow L_3 - L_2} \begin{pmatrix} 1 & 0 & 1 & 1 & 0 & 0\\ 0 & 1 & -1 & -2 & 1 & 0\\ 0 & 0 & 1 & 1 & -1 & 1 \end{pmatrix},

puis L1L1L3L_1 \leftarrow L_1 - L_3, L2L2+L3L_2 \leftarrow L_2 + L_3 :

A1=(011101111).A^{-1} = \begin{pmatrix} 0 & 1 & -1\\ -1 & 0 & 1\\ 1 & -1 & 1 \end{pmatrix}.

Vérification : première ligne de AA fois première colonne de A1A^{-1} : 10+0(1)+11=11 \cdot 0 + 0\cdot(-1) + 1\cdot 1 = 1 ; fois la deuxième colonne : 101=01 - 0 - 1 = 0 ; fois la troisième : 1+0+1=0-1 + 0 + 1 = 0.

Exercice 21.4

Écrire la matrice, dans la base canonique de R2[X]\R_2[X], de l’endomorphisme u(P)=P(X+1)u(P) = P(X + 1). Expliquer, sans calcul, pourquoi il est inversible, et donner la matrice de u1u^{-1}.

Solution

Solution de Exercice 21.4.

u(1)=1u(1) = 1, u(X)=X+1u(X) = X + 1, u(X2)=X2+2X+1u(X^2) = X^2 + 2X + 1 : les colonnes de coordonnées dans (1,X,X2)(1, X, X^2) donnent

M=(111012001).M = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1\\ 0 & 1 & 2\\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

uu est inversible parce qu’il possède l’inverse évident PP(X1)P \mapsto P(X - 1) (composée de substitutions). Sa matrice s’obtient de la même façon à partir de u1(Xk)=(X1)ku^{-1}(X^k) = (X-1)^k :

M1=(111012001).M^{-1} = \begin{pmatrix} 1 & -1 & 1\\ 0 & 1 & -2\\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

Exercice 21.5 ★★

Soit A=(2102)A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 0 & 2\end{pmatrix}. Écrire A=2I+NA = 2I + N, calculer N2N^2, et en déduire AkA^k pour tout kNk \in \N par la formule du binôme.

Solution

Solution de Exercice 21.5.

N=(0100)N = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ 0 & 0\end{pmatrix}, N2=0N^2 = 0. Comme 2I2I et NN commutent, le développement du binôme se tronque après deux termes :

Ak=(2I+N)k=2kI+k2k1N=(2kk2k102k).A^k = (2I + N)^k = 2^k I + k\,2^{k-1} N = \begin{pmatrix} 2^k & k\,2^{k-1}\\ 0 & 2^k\end{pmatrix}.

(Vérification pour k=2k = 2 : A2=(4404)A^2 = \begin{pmatrix}4 & 4\\ 0 & 4\end{pmatrix}, ce que confirme le produit direct.)

Exercice 21.6 ★★

Démontrer qu’il n’existe pas de matrices A,BMn(K)A, B \in \mathcal{M}_n(K) (avec K=RK = \R ou C\C) telles que ABBA=InAB - BA = I_n. (Prendre les traces.)

Solution

Solution de Exercice 21.6.

Prenons les traces : tr(ABBA)=tr(AB)tr(BA)=0\operatorname{tr}(AB - BA) = \operatorname{tr}(AB) - \operatorname{tr}(BA) = 0 (Définition 21.5), tandis que tr(In)=n0\operatorname{tr}(I_n) = n \neq 0 dans R\R ou C\C. Aucune solution. (En dimension infinie, l’identité est réalisable — la dérivation et la multiplication par xx la vérifient — précisément parce qu’il n’y existe pas de trace.)

Exercice 21.7 ★★

Une matrice AA est dite nilpotente lorsque Am=0A^m = 0 pour un certain mm. Démontrer que IAI - A est alors inversible, avec

(IA)1=I+A+A2++Am1.(I - A)^{-1} = I + A + A^2 + \dots + A^{m-1} .

Application : inverser (123012001)\begin{pmatrix} 1 & 2 & 3\\ 0 & 1 & 2\\ 0 & 0 & 1\end{pmatrix}.

Solution

Solution de Exercice 21.7.

Produit télescopique, toutes les puissances de AA commutant :

(IA)(I+A++Am1)=IAm=I,(I - A)(I + A + \dots + A^{m-1}) = I - A^m = I ,

et la Proposition 21.4 promeut l’inverse d’un seul côté en inverse tout court. Pour l’application : la matrice donnée est I+NI + N avec

N=(023002000),N2=(004000000),N3=0,N = \begin{pmatrix} 0 & 2 & 3\\ 0 & 0 & 2\\ 0&0&0 \end{pmatrix}, \quad N^2 = \begin{pmatrix} 0&0&4\\ 0&0&0\\ 0&0&0\end{pmatrix}, \quad N^3 = 0 ,

donc, en remplaçant AA par N-N dans la formule :

(I+N)1=IN+N2=(121012001).(I + N)^{-1} = I - N + N^2 = \begin{pmatrix} 1 & -2 & 1\\ 0 & 1 & -2\\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix}.

Exercice 21.8 ★★

Soit AMn(R)A \in \mathcal{M}_n(\R) vérifiant A2=AA^2 = A (idempotente). Démontrer que trA=rkA\operatorname{tr} A = \operatorname{rk} A. (Interpréter AA comme une projection et choisir une base adaptée ; le Théorème 21.10 dit que la trace ne dépend pas de la base, puisque tr(P1MP)=trM\operatorname{tr}(P^{-1}MP) = \operatorname{tr} M.)

Solution

Solution de Exercice 21.8.

A2=AA^2 = A : l’endomorphisme aa est une projection (Théorème 20.15), E=imakeraE = \operatorname{im} a \oplus \ker a avec dimima=r=rkA\dim\operatorname{im} a = r = \operatorname{rk} A. Dans une base adaptée à cette décomposition (rr vecteurs de l’image, puis une base du noyau), la matrice de aa est (Ir000)\begin{pmatrix} I_r & 0\\ 0 & 0\end{pmatrix}, de trace rr. La trace est invariante par changement de base : tr(P1MP)=tr(MPP1)=trM\operatorname{tr}(P^{-1}MP) = \operatorname{tr}(MPP^{-1}) = \operatorname{tr} M par l’identité cyclique. D’où trA=r=rkA\operatorname{tr} A = r = \operatorname{rk} A.

Exercice 21.9 ★★★

Soit JMn(R)J \in \mathcal{M}_n(\R) la matrice dont tous les coefficients valent 11. Calculer J2J^2, et en déduire, pour a,bRa, b \in \R, la condition d’inversibilité de M=aI+bJM = aI + bJ ainsi que M1M^{-1} (chercher un inverse de la même forme αI+βJ\alpha I + \beta J).

Solution

Solution de Exercice 21.9.

J2=nJJ^2 = nJ (chaque coefficient de J2J^2 somme nn fois le nombre 11). Cherchons M1=αI+βJM^{-1} = \alpha I + \beta J :

(aI+bJ)(αI+βJ)=aαI+(aβ+bα+nbβ)J.(aI + bJ)(\alpha I + \beta J) = a\alpha\, I + (a\beta + b\alpha + nb\beta)\, J .

Ceci vaut II si et seulement si aα=1a\alpha = 1 et aβ+bα+nbβ=0a\beta + b\alpha + nb\beta = 0, c’est-à-dire α=1a\alpha = \frac1a et β(a+nb)=ba\beta(a + nb) = -\frac ba. Si a0a \neq 0 et a+nb0a + nb \neq 0 :

M1=1aIba(a+nb)J.M^{-1} = \frac 1a I - \frac{b}{a(a + nb)}\, J .

Réciproquement, si a=0a = 0 : M=bJM = bJ est de rang 1<n\leq 1 < n (pour n2n \geq 2) : non inversible (n=1n = 1 est le cas scalaire). Si a+nb=0a + nb = 0 : le vecteur v=(1,,1)Tv = (1, \dots, 1)^{\mathsf T} vérifie Mv=(a+nb)v=0Mv = (a + nb)v = 0 avec v0v \neq 0 : non inversible. Donc MGLn    a0M \in GL_n \iff a \neq 0 et a+nb0a + nb \neq 0.

Exercice 21.10 ★★★

(Inégalités sur le rang) Pour A,BMn(K)A, B \in \mathcal{M}_n(K), démontrer

rk(A+B)rkA+rkB,rk(AB)rkA+rkBn.\operatorname{rk}(A + B) \leq \operatorname{rk} A + \operatorname{rk} B, \qquad \operatorname{rk}(AB) \geq \operatorname{rk} A + \operatorname{rk} B - n .

(Pour la seconde — l’inégalité de Sylvester — appliquer le théorème du rang à la restriction de l’application de AA à imB\operatorname{im} B.)

Solution

Solution de Exercice 21.10.

Somme : im(A+B)imA+imB\operatorname{im}(A + B) \subseteq \operatorname{im} A + \operatorname{im} B (car (A+B)x=Ax+Bx(A+B)x = Ax + Bx), et la formule de Grassmann majore la dimension d’une somme par la somme des dimensions.

Sylvester : soit aa l’application de AA restreinte à V=imBV = \operatorname{im} B (de dimension rkB\operatorname{rk} B). Son image est im(AB)\operatorname{im}(AB) (car a(Bx)=ABxa(Bx) = ABx), et le théorème du rang dans VV donne :

rkB=dimker(aV)+rk(AB).\operatorname{rk} B = \dim\ker(a_{|V}) + \operatorname{rk}(AB) .

Or ker(aV)kerA\ker(a_{|V}) \subseteq \ker A, de dimension nrkAn - \operatorname{rk} A : donc

rk(AB)rkB(nrkA)=rkA+rkBn.\operatorname{rk}(AB) \geq \operatorname{rk} B - (n - \operatorname{rk} A) = \operatorname{rk} A + \operatorname{rk} B - n . \qedhere

Exercice 21.11 ★★

Soit D=diag(d1,,dn)D = \operatorname{diag}(d_1, \dots, d_n) avec les did_i deux à deux distincts.

  1. Démontrer qu’une matrice AA commute avec DD si et seulement si AA est diagonale. (Comparer les coefficients (i,j)(i,j) de ADAD et de DADA.)
  2. En déduire le centre de Mn(K)\mathcal{M}_n(K) : les matrices qui commutent avec toute matrice sont exactement les matrices scalaires λIn\lambda I_n. (Tester contre DD, puis contre les matrices EijE_{ij}.)
Solution

Solution de Exercice 21.11.

  1. Coefficient par coefficient, (AD)ij=aijdj(AD)_{ij} = a_{ij}\,d_j et (DA)ij=diaij(DA)_{ij} = d_i\,a_{ij}. Donc AD=DAAD = DA si et seulement si aij(djdi)=0a_{ij}(d_j - d_i) = 0 pour tous i,ji, j ; lorsque iji \neq j, le facteur djdid_j - d_i est non nul, ce qui force aij=0a_{ij} = 0 : AA est diagonale. Réciproquement, les matrices diagonales commutent entre elles.
  2. Si AA commute avec toute matrice, elle commute en particulier avec diag(1,2,,n)\operatorname{diag}(1, 2, \dots, n), donc A=diag(λ1,,λn)A = \operatorname{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) par (1). Alors AEij=λiEijA E_{ij} = \lambda_i E_{ij} (seule la ligne ii de EijE_{ij} survit) tandis que EijA=λjEijE_{ij} A = \lambda_j E_{ij} : commuter avec EijE_{ij} force λi=λj\lambda_i = \lambda_j. D’où A=λInA = \lambda I_n ; et les matrices scalaires commutent bien avec tout. Le centre de Mn(K)\mathcal{M}_n(K) est KInK\,I_n.

Exercice 21.12 ★★★

(Matrices de rang 11) Soit AMn(K)A \in \mathcal{M}_n(K), A0A \neq 0.

  1. Démontrer que rkA=1\operatorname{rk} A = 1 si et seulement si A=CLA = CL pour une colonne non nulle CMn,1C \in \mathcal{M}_{n,1} et une ligne non nulle LM1,nL \in \mathcal{M}_{1,n}.
  2. Pour une telle AA, démontrer que A2=(trA)AA^2 = (\operatorname{tr} A)\,A ; en déduire qu’une matrice de rang 11 est nilpotente si et seulement si sa trace est nulle.
  3. Si trA1\operatorname{tr} A \neq -1, démontrer que In+AI_n + A est inversible, avec

    (In+A)1=In11+trAA,(I_n + A)^{-1} = I_n - \frac{1}{1 + \operatorname{tr} A}\,A ,

    et que In+AI_n + A n’est pas inversible lorsque trA=1\operatorname{tr} A = -1. (Trouver un vecteur annulé par In+AI_n + A.)

Solution

Solution de Exercice 21.12.

  1. Si rkA=1\operatorname{rk} A = 1 : l’image de AA est une droite Vect(C)\operatorname{Vect}(C), C0C \neq 0, donc la jj-ième colonne de AA vaut jC\ell_j\,C pour des scalaires j\ell_j (non tous nuls), c’est-à-dire A=CLA = C L avec L=(1,,n)0L = (\ell_1, \dots, \ell_n) \neq 0. Réciproquement, si A=CL0A = CL \neq 0, toutes les colonnes sont multiples de CC : rang 11.
  2. A2=C(LC)LA^2 = C\,(L C)\,L, et LCLC est le scalaire iici=tr(CL)=trA\sum_i \ell_i c_i = \operatorname{tr}(CL) = \operatorname{tr} A. Donc A2=(trA)AA^2 = (\operatorname{tr} A)\,A, d’où par récurrence Am=(trA)m1AA^m = (\operatorname{tr} A)^{m-1} A. Si trA0\operatorname{tr} A \neq 0, aucune puissance ne s’annule ; si trA=0\operatorname{tr} A = 0, alors A2=0A^2 = 0 : une matrice de rang 11 est nilpotente si et seulement si sa trace est nulle.
  3. Avec t=trA1t = \operatorname{tr} A \neq -1 :

    (In+A)(InA1+t)=In+AA+A21+t=In+A(1+t)A1+t=In,(I_n + A)\Bigl(I_n - \frac{A}{1 + t}\Bigr) = I_n + A - \frac{A + A^2}{1 + t} = I_n + A - \frac{(1 + t)A}{1 + t} = I_n ,

    en utilisant A2=tAA^2 = tA. Si t=1t = -1 : (In+A)A=A+A2=AA=0(I_n + A)A = A + A^2 = A - A = 0 avec A0A \neq 0, donc In+AI_n + A annule toute colonne (non nulle) de AA : elle n’est pas injective, donc pas inversible.

21.5 Problème : puissances d’une matrice par division polynomiale

Problème 21.1

Calculer A100A^{100} coefficient par coefficient est sans espoir ; le calculer à l’aide d’une identité polynomiale vérifiée par AA tient en trois lignes. Ce problème construit la méthode à partir de rien : division euclidienne de XnX^n, identité A2sA+pI=0A^2 - sA + pI = 0 vérifiée par toute matrice 2×22 \times 2 (le théorème de Cayley–Hamilton en dimension 22), et dictionnaire entre puissances de matrices et récurrences linéaires — avec les nombres de Fibonacci comme exemple fil rouge.

Partie I — Le calcul des restes. Fixons s,pKs, p \in K et D=X2sX+pD = X^2 - sX + p.

  1. Justifier que pour chaque nNn \in \N il existe un unique QnK[X]Q_n \in K[X] et un unique (an,bn)K2(a_n, b_n) \in K^2 tels que

    Xn=QnD+anX+bn,X^n = Q_n\,D + a_n X + b_n ,

    et calculer (a0,b0)(a_0, b_0) et (a1,b1)(a_1, b_1).

  2. En multipliant par XX et en divisant de nouveau, établir les récurrences

    an+1=san+bn,bn+1=pan,a_{n+1} = s\,a_n + b_n, \qquad b_{n+1} = -p\,a_n ,

    et en déduire an+2=san+1pana_{n+2} = s\,a_{n+1} - p\,a_n : la suite des coefficients obéit à la récurrence linéaire attachée à DD.

  3. Supposons que DD ait deux racines distinctes λμ\lambda \neq \mu. En évaluant l’identité de division, démontrer que

    an=λnμnλμ,bn=λμnμλnλμ.a_n = \frac{\lambda^n - \mu^n}{\lambda - \mu}, \qquad b_n = \frac{\lambda\mu^n - \mu\lambda^n}{\lambda - \mu} .
  4. Supposons D=(Xλ)2D = (X - \lambda)^2. En dérivant l’identité de division, démontrer que an=nλn1a_n = n\lambda^{n-1} et bn=(1n)λnb_n = (1 - n)\lambda^{n}.
  5. Montrer que la substitution d’une matrice fixée MMk(K)M \in \mathcal{M}_k(K) dans les polynômes respecte les sommes et les produits : (PQ)(M)=P(M)Q(M)(PQ)(M) = P(M)\,Q(M). En déduire que si D(M)=0D(M) = 0, alors

    Mn=anM+bnI(nN).M^n = a_n\,M + b_n\,I \qquad (n \in \N).

Partie II — Dimension 2 : trace, nombre déterminant, Cayley–Hamilton. Pour A=(abcd)A = \begin{pmatrix} a & b\\ c & d\end{pmatrix}, posons s=a+d=trAs = a + d = \operatorname{tr} A et p=adbcp = ad - bc (le nombre que le Chapitre 22 nommera le déterminant).

  1. Vérifier par un calcul direct l’identité de Cayley–Hamilton en dimension 22 :

    A2sA+pI2=0.A^2 - s\,A + p\,I_2 = 0 .
  2. Démontrer par développement direct que pp est multiplicatif : avec des notations évidentes, p(AB)=p(A)p(B)p(AB) = p(A)\,p(B). Montrer ensuite : AA est inversible si et seulement si p0p \neq 0, et dans ce cas

    A1=1p(sI2A).A^{-1} = \frac1p\,\bigl(s\,I_2 - A\bigr).
  3. Soit A=(1102)A = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 0 & 2\end{pmatrix}. Calculer ss, pp, les racines de DD, et en déduire une formule close pour AnA^n ; la vérifier sur un calcul direct de A2A^2.
  4. Soit A=(3111)A = \begin{pmatrix} 3 & 1\\ -1 & 1\end{pmatrix}. Montrer que DD a une racine double et calculer AnA^n ; vérifier pour n=2n = 2.
  5. Soit F=(1110)F = \begin{pmatrix} 1 & 1\\ 1 & 0\end{pmatrix} et définissons les nombres de Fibonacci par F0=0F_0 = 0, F1=1F_1 = 1, Fn+2=Fn+1+FnF_{n+2} = F_{n+1} + F_n. Démontrer que

    Fn=(Fn+1FnFnFn1)(n1),F^n = \begin{pmatrix} F_{n+1} & F_n\\ F_n & F_{n-1}\end{pmatrix} \quad (n \geq 1),

    en déduire la formule de Binet Fn=φnψn5F_n = \dfrac{\varphi^n - \psi^n}{\sqrt5}φ=1+52\varphi = \frac{1 + \sqrt5}2, ψ=152\psi = \frac{1 - \sqrt5}2, puis, à l’aide de la question 7, l’identité de Cassini Fn+1Fn1Fn2=(1)nF_{n+1}F_{n-1} - F_n^2 = (-1)^n.

Partie III — Les récurrences linéaires, structurellement. Fixons s,pKs, p \in K avec p0p \neq 0, et soit EDE_D l’ensemble des suites vérifiant un+2=sun+1punu_{n+2} = s\,u_{n+1} - p\,u_n pour tout nn.

  1. Montrer que EDE_D est un espace vectoriel de dimension 22 (adapter l’Exercice 19.10).
  2. Montrer que la suite (an)(a_n) de la partie I est l’élément de EDE_D de valeurs initiales 0,10, 1, et que tout uEDu \in E_D vérifie

    un=u1an+u0bn(nN),u_n = u_1\,a_n + u_0\,b_n \qquad (n \in \N),

    avec (bn)(b_n) comme dans la partie I : les restes de division résolvent toutes les récurrences d’un seul coup.

  3. Si λμ\lambda \neq \mu sont les racines de DD, montrer que ((λn),(μn))\bigl((\lambda^n), (\mu^n)\bigr) est une base de EDE_D ; si D=(Xλ)2D = (X-\lambda)^2 avec λ0\lambda \neq 0, montrer que ((λn),(nλn))\bigl((\lambda^n), (n\lambda^n)\bigr) en est une.
  4. Résoudre complètement : un+2=un+1+6unu_{n+2} = u_{n+1} + 6u_n, u0=1u_0 = 1, u1=8u_1 = 8 ; vérifier la réponse sur u2u_2 et u3u_3.
  5. Soit C=(01ps)C = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ -p & s\end{pmatrix} (la matrice compagnon de DD). Montrer que

    (unun+1)=Cn(u0u1)(uED),\begin{pmatrix} u_{n}\\ u_{n+1}\end{pmatrix} = C^n \begin{pmatrix} u_0\\ u_1\end{pmatrix} \quad (u \in E_D),

    et que trC=s\operatorname{tr} C = s et p(C)=pp(C) = p : la récurrence et la matrice portent le même polynôme DD.

Partie IV — Le degré trois. Soit D3=X3αX2βXγD_3 = X^3 - \alpha X^2 - \beta X - \gamma et

C3=(010001γβα).C_3 = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0\\ 0 & 0 & 1\\ \gamma & \beta & \alpha \end{pmatrix}.
  1. Montrer que D3(C3)=0D_3(C_3) = 0. (Calculer les images des vecteurs de la base canonique par les puissances de C3C_3 : l’application de C3C_3 envoie e1e_1 \mapsto \dots \mapsto une combinaison imposée par la dernière ligne.)
  2. Montrer que si D3D_3 a trois racines distinctes λ1,λ2,λ3\lambda_1, \lambda_2, \lambda_3, le reste RnR_n de la division de XnX^n par D3D_3 est l’interpolant de Lagrange des valeurs λin\lambda_i^n aux nœuds λi\lambda_i (Théorème 8.23) ; en déduire que chaque coefficient de C3nC_3^{\,n} est une combinaison linéaire fixe de λ1n,λ2n,λ3n\lambda_1^n, \lambda_2^n, \lambda_3^n.
  3. Résoudre : un+3=2un+2+un+12unu_{n+3} = 2u_{n+2} + u_{n+1} - 2u_n avec u0=0u_0 = 0, u1=1u_1 = 1, u2=1u_2 = 1. (Factoriser D3=(X1)(X+1)(X2)D_3 = (X - 1)(X + 1)(X - 2).) Vérifier sur u3u_3.
  4. Calculer le reste de XnX^n modulo (Xλ)3(X - \lambda)^3 (formule de Taylor de XnX^n en λ\lambda), et en déduire une formule pour (λI+N)n(\lambda I + N)^n lorsque N3=0N^3 = 0 et que NN commute avec tout ce qui est en vue ; la comparer à la formule du binôme.
  5. Montrer que pour D3D_3 à racines distinctes, la solution générale de la récurrence d’ordre 33 est un=c1λ1n+c2λ2n+c3λ3nu_n = c_1 \lambda_1^n + c_2\lambda_2^n + c_3\lambda_3^n : démontrer que les trois suites géométriques forment une base de l’espace des solutions. (Pour la liberté, évaluer une combinaison nulle en n=0,1,2n = 0, 1, 2 et reconnaître un système d’interpolation aux nœuds distincts λi\lambda_i.)

Partie V — Les dividendes de Fibonacci, et synthèse.

  1. Démontrer que F1+F2++Fn=Fn+21F_1 + F_2 + \dots + F_n = F_{n+2} - 1.
  2. À partir de Fm+n=FmFnF^{m+n} = F^m F^n, obtenir la formule d’addition

    Fm+n=Fm+1Fn+FmFn1,F_{m+n} = F_{m+1}F_n + F_m F_{n-1},

    et en déduire F2n=Fn(Fn+1+Fn1)F_{2n} = F_n(F_{n+1} + F_{n-1}).

  3. Démontrer que FnF_n est l’entier le plus proche de φn/5\varphi^n/\sqrt5 pour tout n0n \geq 0.
  4. Soit tn=tr(Fn)=Fn+1+Fn1t_n = \operatorname{tr}(F^n) = F_{n+1} + F_{n-1} (les nombres de Lucas LnL_n). Montrer que tn+2=tn+1+tnt_{n+2} = t_{n+1} + t_n, t1=1t_1 = 1, t2=3t_2 = 3, que Ln=φn+ψnL_n = \varphi^n + \psi^n, et retrouver F2n=FnLnF_{2n} = F_n L_n.
  5. Synthèse, en quatre phrases : pourquoi les puissances d’une matrice 2×22 \times 2 vivent dans le plan Vect(I,A)\operatorname{Vect}(I, A) de M2(K)\mathcal{M}_2(K) (quel argument de dimension garantit une identité quadratique, et quelle identité explicite la partie II a produite) ; comment la division euclidienne convertit l’exponentiation en une récurrence à deux termes ; quel énoncé de ce problème est le cas n=2n = 2 d’un théorème valable en toute dimension (le nommer, et dire où il est démontré dans cette série) ; et ce que la construction de la matrice compagnon ajoute au tableau.
Solution

Solution de Problème 21.1.

1. Division euclidienne de XnX^n par le polynôme unitaire DD de degré 22 (Théorème 8.3) : le quotient et le reste existent et sont uniques, et le reste est de degré 1\leq 1 : Xn=QnD+anX+bnX^n = Q_n D + a_n X + b_n. Pour n=0n = 0 : Q0=0Q_0 = 0, (a0,b0)=(0,1)(a_0, b_0) = (0, 1) ; pour n=1n = 1 : (a1,b1)=(1,0)(a_1, b_1) = (1, 0).

2. Multiplions par XX et réduisons X2=D+sXpX^2 = D + sX - p :

Xn+1=XQnD+anX2+bnX=(XQn+an)D+(san+bn)Xpan.X^{n+1} = X Q_n D + a_n X^2 + b_n X = (X Q_n + a_n)\,D + (s\,a_n + b_n)\,X - p\,a_n .

La dernière expression a la forme d’un reste (degré 1\leq 1), donc par unicité an+1=san+bna_{n+1} = s a_n + b_n et bn+1=panb_{n+1} = -p a_n. En substituant bn+1=panb_{n+1} = -pa_n dans an+2=san+1+bn+1a_{n+2} = s a_{n+1} + b_{n+1}, on obtient an+2=san+1pana_{n+2} = s\,a_{n+1} - p\,a_n.

3. Évaluons Xn=QnD+anX+bnX^n = Q_n D + a_n X + b_n aux racines : λn=anλ+bn\lambda^n = a_n\lambda + b_n et μn=anμ+bn\mu^n = a_n\mu + b_n. En soustrayant et en divisant par λμ0\lambda - \mu \neq 0 :

an=λnμnλμ,bn=λnanλ=λμnμλnλμ.a_n = \frac{\lambda^n - \mu^n}{\lambda - \mu}, \qquad b_n = \lambda^n - a_n\lambda = \frac{\lambda\mu^n - \mu\lambda^n}{\lambda - \mu} .

4. À la racine double : λn=anλ+bn\lambda^n = a_n\lambda + b_n. En dérivant l’identité, nXn1=Qn(Xλ)2+2Qn(Xλ)+annX^{n-1} = Q_n'\,(X - \lambda)^2 + 2Q_n\,(X - \lambda) + a_n, et en évaluant en λ\lambda : an=nλn1a_n = n\lambda^{n-1} ; puis bn=λnnλn=(1n)λnb_n = \lambda^n - n\lambda^{n} = (1 - n)\lambda^{n}.

5. Pour P=ipiXiP = \sum_i p_i X^i et Q=jqjXjQ = \sum_j q_j X^j,

P(M)Q(M)=i,jpiqjMi+j=(PQ)(M),P(M)\,Q(M) = \sum_{i,j} p_i q_j M^{i+j} = (PQ)(M),

car les puissances de la seule matrice MM commutent entre elles (pour les sommes, c’est clair par linéarité). Si D(M)=0D(M) = 0, la substitution de MM dans Xn=QnD+anX+bnX^n = Q_n D + a_n X + b_n donne Mn=Qn(M)D(M)+anM+bnI=anM+bnIM^n = Q_n(M)\,D(M) + a_n M + b_n I = a_n M + b_n I.

6. Produits directs :

A2=(a2+bcb(a+d)c(a+d)d2+bc),sA=(a(a+d)b(a+d)c(a+d)d(a+d)),A^2 = \begin{pmatrix} a^2 + bc & b(a + d)\\ c(a + d) & d^2 + bc \end{pmatrix}, \qquad s A = \begin{pmatrix} a(a+d) & b(a+d)\\ c(a+d) & d(a+d) \end{pmatrix},

donc A2sAA^2 - sA a des coefficients hors diagonale nuls et des coefficients diagonaux valant a2+bca2ad=bcad=pa^2 + bc - a^2 - ad = bc - ad = -p : A2sA+pI2=0A^2 - sA + pI_2 = 0.

7. Avec A=(abcd)A' = \begin{pmatrix} a' & b'\\ c' & d'\end{pmatrix}, développons p(AA)=(aa+bc)(cb+dd)(ab+bd)(ca+dc)p(AA') = (aa' + bc')(cb' + dd') - (ab' + bd')(ca' + dc') : les termes aacbaa'cb' et abcaab'ca' se simplifient, les termes bcddbc'dd' et bddcbd'dc' se simplifient, et il reste

aaddbcad+bcbcadbc=(adbc)(adbc)=p(A)p(A).aa'dd' - bca'd' + bcb'c' - adb'c' = (ad - bc)(a'd' - b'c') = p(A)\,p(A').

Si p0p \neq 0, Cayley–Hamilton donne A(1p(sI2A))=1p(sAA2)=I2A\,\bigl(\tfrac1p(sI_2 - A)\bigr) = \tfrac1p(sA - A^2) = I_2, d’où l’inverse (et la Proposition 21.4 en fait un inverse des deux côtés). Si p=0p = 0 et si AA était inversible, la multiplicativité donnerait 1=p(I2)=p(A)p(A1)=01 = p(I_2) = p(A)\,p(A^{-1}) = 0 : impossible. Donc AGL2    p0A \in GL_2 \iff p \neq 0.

8. s=3s = 3, p=2p = 2, D=X23X+2=(X1)(X2)D = X^2 - 3X + 2 = (X - 1)(X - 2) : λ=2\lambda = 2, μ=1\mu = 1, donc an=2n1a_n = 2^n - 1 et bn=22nb_n = 2 - 2^n (question 3). D’où

An=(2n1)A+(22n)I=(12n102n).A^n = (2^n - 1)A + (2 - 2^n)I = \begin{pmatrix} 1 & 2^n - 1\\ 0 & 2^n \end{pmatrix}.

Vérification : A2=(1304)A^2 = \begin{pmatrix} 1 & 3\\ 0 & 4\end{pmatrix}, aussi bien par la formule qu’en élevant directement au carré.

9. s=4s = 4, p=311(1)=4p = 3\cdot1 - 1\cdot(-1) = 4 : D=X24X+4=(X2)2D = X^2 - 4X + 4 = (X - 2)^2, racine double λ=2\lambda = 2. Question 4 : an=n2n1a_n = n\,2^{n-1}, bn=(1n)2nb_n = (1 - n)2^n, donc

An=n2n1A+(1n)2nI=2n1(n+2nn2n).A^n = n\,2^{n-1}A + (1 - n)2^n I = 2^{n-1}\begin{pmatrix} n + 2 & n\\ -n & 2 - n \end{pmatrix}.

Pour n=2n = 2 : 2(4220)=(8440)2\begin{pmatrix} 4 & 2\\ -2 & 0\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} 8 & 4\\ -4 & 0 \end{pmatrix}, qui est bien A2A^2 calculé directement.

10. Par récurrence : F1=(F2F1F1F0)F^1 = \begin{pmatrix} F_2 & F_1\\ F_1 & F_0\end{pmatrix}, et

Fn+1=FnF=(Fn+1+FnFn+1Fn+Fn1Fn)=(Fn+2Fn+1Fn+1Fn).F^{n+1} = F^n F = \begin{pmatrix} F_{n+1} + F_n & F_{n+1}\\ F_n + F_{n-1} & F_n \end{pmatrix} = \begin{pmatrix} F_{n+2} & F_{n+1}\\ F_{n+1} & F_n \end{pmatrix}.

Ici s=1s = 1, p=1p = -1, D=X2X1D = X^2 - X - 1 de racines φ,ψ\varphi, \psi (φψ=5\varphi - \psi = \sqrt5, φψ=1\varphi\psi = -1). La suite (Fn)(F_n) vérifie F0=0=a0F_0 = 0 = a_0, F1=1=a1F_1 = 1 = a_1 et obéit à la même récurrence que (an)(a_n) : Fn=an=(φnψn)/5F_n = a_n = (\varphi^n - \psi^n)/\sqrt5, la formule de Binet. Cassini : en appliquant la multiplicativité de la question 7 à FnF^n,

Fn+1Fn1Fn2=p(Fn)=p(F)n=(1)n.F_{n+1}F_{n-1} - F_n^2 = p(F^n) = p(F)^n = (-1)^n .

11. La condition est linéaire et contient la suite nulle : c’est un sous-espace vectoriel. Par récurrence, u0,u1u_0, u_1 déterminent uu linéairement, et tout couple de valeurs initiales est réalisé par exactement une solution : comme à l’Exercice 19.10, EDE_D est paramétré bijectivement et linéairement par (u0,u1)K2(u_0, u_1) \in K^2 : dimED=2\dim E_D = 2.

12. (an)(a_n) obéit à la récurrence (question 2) avec a0=0a_0 = 0, a1=1a_1 = 1. Il en va de même de (bn)(b_n) : bn+2=pan+1=p(san+bn)=sbn+1pbnb_{n+2} = -p\,a_{n+1} = -p(s a_n + b_n) = s\,b_{n+1} - p\,b_n (en utilisant deux fois bn+1=panb_{n+1} = -pa_n), avec b0=1b_0 = 1, b1=0b_1 = 0. La combinaison vn=u1an+u0bnv_n = u_1 a_n + u_0 b_n est alors une solution de valeurs v0=u0v_0 = u_0, v1=u1v_1 = u_1 ; deux solutions de mêmes valeurs initiales coïncident (récurrence), donc un=u1an+u0bnu_n = u_1 a_n + u_0 b_n pour tout nn.

13. (λn)(\lambda^n) est une solution si et seulement si λn+2=sλn+1pλn\lambda^{n+2} = s\lambda^{n+1} - p\lambda^n pour tout nn, c’est-à-dire D(λ)=0D(\lambda) = 0 (après division par λn0\lambda^n \neq 0 ; notons que λ,μ0\lambda, \mu \neq 0 puisque p=λμ0p = \lambda\mu \neq 0). Liberté de ((λn),(μn))\bigl((\lambda^n), (\mu^n)\bigr) : une relation en n=0,1n = 0, 1 donne c+c=0c + c' = 0, cλ+cμ=0c\lambda + c'\mu = 0, donc c(λμ)=0c(\lambda - \mu) = 0 : c=c=0c = c' = 0. Deux vecteurs libres en dimension 22 : une base. Racine double : ((nλn))\bigl((n\lambda^n)\bigr) est une solution car, avec s=2λs = 2\lambda, p=λ2p = \lambda^2 :

s(n+1)λn+1pnλn=λn+2(2(n+1)n)=(n+2)λn+2;s(n+1)\lambda^{n+1} - p\,n\lambda^n = \lambda^{n+2}\bigl(2(n+1) - n\bigr) = (n+2)\lambda^{n+2} ;

liberté en n=0,1n = 0, 1 : c=0c = 0, puis cλ=0c'\lambda = 0 avec λ0\lambda \neq 0.

14. D=X2X6=(X3)(X+2)D = X^2 - X - 6 = (X - 3)(X + 2). Solution générale un=A3n+B(2)nu_n = A\,3^n + B(-2)^n ; les conditions initiales donnent A+B=1A + B = 1 et 3A2B=83A - 2B = 8, donc A=2A = 2, B=1B = -1 :

un=23n(2)n.u_n = 2\cdot 3^n - (-2)^n .

Vérification : u2=184=14=u1+6u0u_2 = 18 - 4 = 14 = u_1 + 6u_0 ; u3=54+8=62=u2+6u1=14+48u_3 = 54 + 8 = 62 = u_2 + 6u_1 = 14 + 48.

15. C(unun+1)=(un+1pun+sun+1)=(un+1un+2)C\begin{pmatrix} u_n\\ u_{n+1}\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} u_{n+1}\\ -p\,u_n + s\,u_{n+1}\end{pmatrix} = \begin{pmatrix} u_{n+1}\\ u_{n+2}\end{pmatrix}, et une récurrence donne la formule avec CnC^n. De plus trC=0+s=s\operatorname{tr} C = 0 + s = s et p(C)=0s1(p)=pp(C) = 0\cdot s - 1\cdot(-p) = p : la matrice compagnon a exactement DD pour polynôme de Cayley–Hamilton.

16. Pour toute solution uu de

un+3=αun+2+βun+1+γun,u_{n+3} = \alpha u_{n+2} + \beta u_{n+1} + \gamma u_n ,

les vecteurs d’état vn=(un,un+1,un+2)Tv_n = (u_n, u_{n+1}, u_{n+2})^{\mathsf T} vérifient C3vn=vn+1C_3 v_n = v_{n+1} (les deux premières lignes décalent, la dernière applique la récurrence). Donc

D3(C3)v0=v3αv2βv1γv0,D_3(C_3)\,v_0 = v_3 - \alpha v_2 - \beta v_1 - \gamma v_0 ,

dont les trois composantes valent uk+3αuk+2βuk+1γuk=0u_{k+3} - \alpha u_{k+2} - \beta u_{k+1} - \gamma u_k = 0 (k=0,1,2k = 0, 1, 2). Comme l’état initial v0=(u0,u1,u2)Tv_0 = (u_0, u_1, u_2)^{\mathsf T} parcourt tout K3K^3 (les valeurs initiales sont libres), la matrice D3(C3)D_3(C_3) annule tout vecteur : D3(C3)=0D_3(C_3) = 0.

17. Écrivons Xn=QD3+RnX^n = Q\,D_3 + R_n avec degRn2\deg R_n \leq 2 et évaluons en chaque racine : λin=Rn(λi)\lambda_i^n = R_n(\lambda_i). Ainsi RnR_n est un polynôme de degré 2\leq 2 qui interpole les trois valeurs λin\lambda_i^n aux trois nœuds distincts λi\lambda_i : par unicité dans le Théorème 8.23, Rn=iλinLiR_n = \sum_i \lambda_i^n L_i(Li)(L_i) est la base de Lagrange des nœuds. En substituant C3C_3 (questions 5 et 16) :

C3n=Rn(C3)=i=13λinLi(C3),C_3^{\,n} = R_n(C_3) = \sum_{i=1}^{3} \lambda_i^n\,L_i(C_3),

avec les trois matrices Li(C3)L_i(C_3) indépendantes de nn : chaque coefficient de C3nC_3^{\,n} est une combinaison fixe de λ1n,λ2n,λ3n\lambda_1^n, \lambda_2^n, \lambda_3^n.

18. D3=X32X2X+2=(X1)(X+1)(X2)D_3 = X^3 - 2X^2 - X + 2 = (X-1)(X+1)(X-2). Solution générale un=A+B(1)n+C2nu_n = A + B(-1)^n + C\,2^n. Conditions initiales : A+B+C=0A + B + C = 0, AB+2C=1A - B + 2C = 1, A+B+4C=1A + B + 4C = 1. En soustrayant la première de la troisième : 3C=13C = 1, C=13C = \frac13 ; puis A+B=13A + B = -\frac13 et AB=13A - B = \frac13 : A=0A = 0, B=13B = -\frac13. D’où

un=2n(1)n3u_n = \frac{2^n - (-1)^n}{3}

(les nombres de Jacobsthal). Vérification : u3=8+13=3=2u2+u12u0=2+10u_3 = \frac{8 + 1}{3} = 3 = 2u_2 + u_1 - 2u_0 = 2 + 1 - 0.

19. Formule de Taylor du polynôme XnX^n en λ\lambda :

Xn=k=0n(nk)λnk(Xλ)k,X^n = \sum_{k=0}^{n} \binom nk \lambda^{n-k}(X - \lambda)^k ,

et tous les termes avec k3k \geq 3 sont divisibles par (Xλ)3(X - \lambda)^3 : le reste est

Rn=λn+nλn1(Xλ)+(n2)λn2(Xλ)2.R_n = \lambda^n + n\lambda^{n-1}(X - \lambda) + \binom n2\lambda^{n-2}(X - \lambda)^2 .

Pour M=λI+NM = \lambda I + N avec N3=0N^3 = 0 : (MλI)3=N3=0(M - \lambda I)^3 = N^3 = 0, donc la question 5 donne

Mn=λnI+nλn1N+(n2)λn2N2,M^n = \lambda^n I + n\lambda^{n-1} N + \binom n2 \lambda^{n-2} N^2 ,

ce qui est exactement le développement du binôme de (λI+N)n(\lambda I + N)^n tronqué à N2N^2 — les deux méthodes concordent.

20. L’espace des solutions est de dimension 33 (même paramétrage par (u0,u1,u2)(u_0, u_1, u_2) qu’à la question 11), et chaque (λin)(\lambda_i^n) est une solution. Liberté : supposons c1λ1n+c2λ2n+c3λ3n=0c_1\lambda_1^n + c_2\lambda_2^n + c_3\lambda_3^n = 0 pour n=0,1,2n = 0, 1, 2. Fixons ii et soit Li=k2pkXkL_i = \sum_{k \leq 2} p_k X^k le polynôme de Lagrange des nœuds vérifiant Li(λj)=δijL_i(\lambda_j) = \delta_{ij}. Alors

0=k=02pk(jcjλjk)=jcjLi(λj)=ci.0 = \sum_{k=0}^{2} p_k\Bigl(\sum_j c_j\lambda_j^k\Bigr) = \sum_j c_j\,L_i(\lambda_j) = c_i .

Donc tous les cic_i sont nuls : trois solutions libres en dimension 33, donc une base ; la solution générale est c1λ1n+c2λ2n+c3λ3nc_1\lambda_1^n + c_2\lambda_2^n + c_3\lambda_3^n.

21. De Fk=Fk+2Fk+1F_k = F_{k+2} - F_{k+1}, la somme se télescope :

k=1nFk=k=1n(Fk+2Fk+1)=Fn+2F2=Fn+21.\sum_{k=1}^{n} F_k = \sum_{k=1}^{n}\bigl(F_{k+2} - F_{k+1}\bigr) = F_{n+2} - F_2 = F_{n+2} - 1 .

22. Prenons le coefficient (1,2)(1,2) de Fm+n=FmFnF^{m+n} = F^m F^n : le membre de gauche vaut Fm+nF_{m+n} ; le membre de droite est (la ligne 11 de FmF^m) fois (la colonne 22 de FnF^n), c’est-à-dire Fm+1Fn+FmFn1F_{m+1}F_n + F_m F_{n-1}. Avec m=nm = n :

F2n=Fn+1Fn+FnFn1=Fn(Fn+1+Fn1).F_{2n} = F_{n+1}F_n + F_nF_{n-1} = F_n\,(F_{n+1} + F_{n-1}).

23. Par Binet, Fnφn5=ψn5F_n - \dfrac{\varphi^n}{\sqrt5} = -\dfrac{\psi^n}{\sqrt5}, et ψ=512<1\abs\psi = \frac{\sqrt5 - 1}2 < 1, donc

Fnφn515<12(n0):\Bigl|F_n - \frac{\varphi^n}{\sqrt5}\Bigr| \leq \frac{1}{\sqrt5} < \frac12 \qquad (n \geq 0):

FnF_n est l’entier le plus proche de φn/5\varphi^n/\sqrt5.

24. tn=Fn+1+Fn1t_n = F_{n+1} + F_{n-1} est une combinaison de suites de Fibonacci décalées, donc vérifie la même récurrence : tn+2=tn+1+tnt_{n+2} = t_{n+1} + t_n ; et t1=F2+F0=1t_1 = F_2 + F_0 = 1, t2=F3+F1=3t_2 = F_3 + F_1 = 3 : ce sont les nombres de Lucas LnL_n. La suite φn+ψn\varphi^n + \psi^n est une solution de mêmes deux premières valeurs (φ+ψ=1\varphi + \psi = 1, φ2+ψ2=(φ+ψ)22φψ=3\varphi^2 + \psi^2 = ( \varphi + \psi)^2 - 2\varphi\psi = 3), donc Ln=φn+ψnL_n = \varphi^n + \psi^n. Enfin

FnLn=(φnψn)(φn+ψn)5=φ2nψ2n5=F2n,F_n L_n = \frac{(\varphi^n - \psi^n)(\varphi^n + \psi^n)}{\sqrt5} = \frac{\varphi^{2n} - \psi^{2n}}{\sqrt5} = F_{2n},

ce qui retrouve la question 22.

25. (i) Les cinq matrices I,A,A2,A3,A4I, A, A^2, A^3, A^4 vivent dans M2(K)\mathcal{M}_2(K), de dimension 44, donc un certain polynôme non nul de degré 4\leq 4 annule AA ; la partie II a précisé cela en la quadratique explicite A2=sApIA^2 = sA - pI, qui enferme toutes les puissances dans le plan Vect(I,A)\operatorname{Vect}(I, A). (ii) La division euclidienne réduit XnX^n modulo cette quadratique, et les deux coefficients du reste obéissent à la récurrence à deux termes an+2=san+1pana_{n+2} = s\,a_{n+1} - p\,a_n : l’exponentiation est devenue une itération. (iii) La question 6 est le cas n=2n = 2 du théorème de Cayley–Hamilton, valable en toute dimension et démontré dans le volume de Licence 2. (iv) La matrice compagnon boucle la boucle : toute récurrence linéaire est une puissance de matrice, le même polynôme DD apparaissant comme données de trace et de déterminant, de sorte que le calcul des restes résout les récurrences et calcule les puissances d’un seul geste.