Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
14La transformée de Fourier
Les séries de Fourier décomposent les signaux périodiques en harmoniques discrètes ; la transformée de Fourier fait de même pour les signaux sur toute la droite, avec un continuum de fréquences. Elle convertit la dérivation en multiplication, la convolution en produits, et les gaussiennes en gaussiennes — les raisons pour lesquelles elle résout les équations différentielles, anime le traitement du signal, et prouvera le théorème central limite au Chapitre 23. Ce chapitre développe la théorie (Riemann–Lebesgue, inversion, injectivité), la classe de Schwartz où la transformée est une bijection parfaite, et la théorie (Plancherel : la transformée est, à une constante près, un opérateur unitaire), avec deux applications vitrines : l’équation de la chaleur, résolue de bout en bout dans le problème du week-end, et la formule de sommation de Poisson. Convention :
14.1 La transformée sur
Proposition 14.1
Pour : est bien définie, bornée (), continue, et :
- et ;
- pour ;
- si , alors est avec ;
- si avec (et en , automatique ici), alors ;
- pour .
Démonstration. Bornitude : . Continuité : DCT avec dominante (Théorème 10.14). (1), (2) : changements de variables (Théorème 11.10). (3) : dérivation sous l’intégrale, dominante (Théorème 10.15). (4) : d’abord, a une limite en (), qui doit être () ; puis intégration par parties sur et . (5) : Fubini, légitime car est absolument intégrable (Théorème 11.9) :
∎
Exemple 14.2
La gaussienne : pour ,
par l’ Exercice 10.7 (le tour de l’EDO , rescalé), ou par (3) : satisfait (intégration par parties), . Les gaussiennes sont des points fixes de la transformée à un scaling près — la raison profonde pour laquelle elles règnent sur le théorème central limite.
Théorème 14.3 (Riemann–Lebesgue)
Pour : quand . Ainsi (fonctions continues s’annulant à l’infini).
Démonstration. Pour un indicateur d’intervalle, ; d’où pour les fonctions en escalier. Les fonctions en escalier sont denses dans (Théorème 12.6(1) plus approximation des ensembles de mesure finie par unions finies d’intervalles, Exercice 9.7), et la transformée est - continue : pour , . ∎
14.2 Inversion et injectivité
Lemme 14.4 (Formule de multiplication)
Pour : .
Démonstration. Les deux côtés valent (Tonelli–Fubini : l’intégrale double de la valeur absolue est ). ∎
Théorème 14.5 (Inversion)
Soit .
(Sommabilité gaussienne) Pour tout ,
et dans quand .
Si de plus , alors pour presque tout
et admet un représentant continu.
- (Injectivité) Si alors p.p.
Démonstration. (1) Fixons et appliquons Lemme 14.4 à et : par l’ Exemple 14.2 (avec la règle de modulation),
donc . Les forment une approximation de l’identité : , (intégrale gaussienne), se concentrant en ; la preuve du Théorème 12.9(2) s’applique mot pour mot (seuls et la concentration intervenaient : pour la queue, ) : .
(2) Si : le membre de droite de (1) converge, par DCT (dominante ), vers pour tout , et cette fonction limite est continue (DCT encore). D’autre part dans , donc le long d’une sous-suite p.p. (Théorème 12.4) : les deux limites coïncident p.p.
(3) annule le membre de droite de (1) : pour tout , et dans : p.p. ∎
14.3 La classe de Schwartz
Définition 14.6
La classe de Schwartz est constituée des fonctions telles que pour tous (toutes les dérivées décroissent plus vite que toute puissance). Exemples : , . Clairement pour tout (majorer par ), et est stable par dérivation, multiplication par des polynômes, et produits.
Théorème 14.7
La transformée de Fourier envoie bijectivement sur lui-même, avec inverse .
Démonstration. Soit . En itérant Proposition 14.1(3), (chaque ) ; en itérant (4) avec (toutes les dérivées intégrables), . En combinant,
uniformément en : . Puisque , l’inversion (Théorème 14.5(2)) vaut partout (les deux côtés continus) : , et symétriquement (la transformée check est , préservant encore ) : bijection. ∎
14.4 Plancherel et
Théorème 14.8 (Plancherel)
Pour :
Par suite se prolonge de façon unique en une application linéaire continue avec ; est bijective, avec où , et elle préserve les produits scalaires à un facteur près.
Démonstration. Soit et avec . Alors (Théorème 11.9), est continue et bornée (Exercice 12.6 : ), , et (calculer ). Appliquons Théorème 14.5(1) à en :
Quand : le membre de gauche tend vers ( continue bornée : en scindant petit/grand ) ; le membre de droite croît vers par MCT (). D’où , fini ou non a priori — et fini, prouvant à la fois l’appartenance et l’identité.
Prolongement : est dense dans (Théorème 12.6) ; la transformée y est -isométrique, donc se prolonge de façon unique en une isométrie-à-constante-près sur (Théorème 7.2). L’inversion pour (Théorème 14.7) se transfère par la même densité (les deux côtés -continus) : sur , donc sur : bijectivité. Produits scalaires : polarisation à partir de l’identité des normes. ∎
Théorème 14.9 (Sommation de Poisson)
Soit ( continue avec suffit). Alors
Démonstration. Soit : la série converge normalement sur les compacts (décroissance de ), donc est continue, et -périodique. Ses coefficients de Fourier (période : ) :
(la convergence normale justifie l’interversion ; la phase est -périodique). La série converge (décroissance de ), donc la série de Fourier de converge normalement ; sa somme est une fonction continue de mêmes coefficients de Fourier que , donc égale à (injectivité sur le cercle : la différence a des coefficients nuls, et le Théorème 13.9 donne zéro dans , donc partout par continuité). On évalue en . ∎
Exemple 14.10 (L’identité thêta)
En appliquant Poisson à (), dont la transformée est (Exemple 14.2 avec ) :
l’équation fonctionnelle de la fonction thêta de Jacobi, clé de l’équation fonctionnelle du de Riemann — et un accélérateur numérique spectaculaire : pour petit, le membre de gauche converge lentement, le membre de droite fulgurant.
Méthode 14.11
Domaines de travail : — transformée définie ponctuellement, l’inversion exige ; — tout est légal, prouver d’abord ici ; — transformée définie par densité (pas par l’intégrale !), symétrie parfaite, comptabilité de Parseval. Pour calculer une transformée : se ramener à la table (indicateur, exponentielle, gaussienne) par les règles du Proposition 14.1 ; pour prouver une identité : l’établir sur (ou ) et prolonger par densité et continuité (Méthode 12.13) ; pour résoudre une EDP ou EDO linéaire à coefficients constants : transformer, diviser, inverser.
14.5 Exercices
Exercice 14.1 ★
Calculer les transformées de Fourier de : ; () ; la fonction tente ; (utiliser l’inversion sur la seconde). Noter la table qui émerge.
Solution
Solution de Exercice 14.1.
(valeur en ). . Tente : , donc sa transformée est . Dernière : , donc l’inversion (Théorème 14.5(2)) appliquée à donne, après renommage des variables,
Exercice 14.2 ★
Soit . Exprimer en termes de les transformées de : , , , , . Vérifier chaque règle sur la gaussienne.
Solution
Solution de Exercice 14.2.
D’après la Proposition 14.1 : ; ; () ; ; . Sur la gaussienne () chaque règle est une vérification d’une ligne — p. ex. a pour transformée , que le calcul direct (compléter le carré) confirme.
Exercice 14.3 ★★
(a) Montrer que a pour transformée , et en déduire par Plancherel — ou par inversion en . Comparer le Problème 10.1. (b) Calculer via Plancherel appliqué à .
Solution
Solution de Exercice 14.3.
(a) a ; l’inversion en , où :
cohérent avec (Problème 10.1).
(b) Plancherel pour : se lit : .
Exercice 14.4 ★★
(Algèbre du noyau de la chaleur) Avec : (a) vérifier ; (b) en déduire la loi de semigroupe sans aucun calcul d’intégrale ; (c) montrer et .
Solution
Solution de Exercice 14.4.
(a) : par l’ Exemple 14.2 avec , . (b) , et la transformée est injective sur (Théorème 14.5(3)) : . (c) (intégrale gaussienne) ; .
Exercice 14.5 ★★
Montrer que si est paire et réelle, est paire et réelle ; si est impaire et réelle, est impaire et purement imaginaire. Que calcule ? En déduire que force , et interpréter pour les densités de probabilité (Chapitre 23 : une fonction caractéristique a un module , atteint en ).
Solution
Solution de Exercice 14.5.
Pour réelle paire : (la partie sinus s’annule) : réelle et paire. Impaire : : impaire, purement imaginaire. : la masse totale. Si : , donc le sup est atteint en . Pour une densité de probabilité, est la fonction caractéristique du Chapitre 23 : module partout, à l’origine.
Exercice 14.6 ★★★
(Non-surjectivité) Montrer que est injective et continue, mais pas surjective, en trois étapes. (i) Injectivité (Théorème 14.5) et continuité (), et est un espace de Banach (fermé dans ). (ii) Si l’application était surjective, elle serait bijective, et le théorème de l’application ouverte (Théorème 8.12) donnerait une constante avec pour tout . (iii) Contredire ceci avec : sa transformée est (à des constantes près) la convolution -type trapèze — montrer uniformément, tandis que en comptant les arches de sur (où le second facteur est minoré), comme au Théorème 8.11.
Solution
Solution de Exercice 14.6.
(i) L’injectivité est Théorème 14.5(3) ; la continuité est (à valeurs dans par Riemann–Lebesgue) ; est fermé dans la norme uniforme (limites uniformes de fonctions s’annulant à l’infini s’annulent à l’infini) : Banach.
(ii) Une bijection continue entre espaces de Banach a un inverse continu (Théorème 8.12) : il existerait avec .
(iii) Soit : un produit de deux fonctions , et à l’infini, donc . Comme a pour transformée , la formule du produit (valide pour avec ; la vérifier sur les fonctions de Schwartz par Fubini et prolonger par -continuité des deux côtés via Plancherel) donne
un trapèze de hauteur : pour tout . Mais sur , , donc
(comptage d’arches, comme au Théorème 8.11). La borne échoue pour grand : non surjective. (L’image est un sous-espace dense — par des arguments de type Stone–Weierstrass — mais propre de .)
Exercice 14.7 ★★
(Dictionnaire régularité décroissance) Prouver : avec pour un implique que admet un représentant . Réciproquement implique . Illustrer les deux sens sur la fonction tente.
Solution
Solution de Exercice 14.7.
Si : alors pour (intégrable à l’infini par la décroissance, localement par continuité de ). L’inversion (Théorème 14.5(2)) représente p.p. par , et la dérivation sous l’intégrale (dominantes ) rend ce représentant . Réciproquement pour : en itérant Proposition 14.1(4), , donc . Fonction tente : continue à support compact ( : transformée bornée), et sa transformée renvoie, par le premier sens, un représentant — les deux aigus : la tente n’est pas , et sa transformée ne décroît pas plus vite que .
Exercice 14.8 ★★★
(Inégalité de Heisenberg) Pour réelle avec , prouver
avec égalité pour les gaussiennes. (Écrire par parties, majorer par Cauchy–Schwarz, et convertir par Plancherel.) Interprétation : un signal et son spectre ne peuvent pas être tous deux concentrés.
Solution
Solution de Exercice 14.8.
Intégration par parties ( ; termes de bord nuls) :
Plancherel et : . En élevant au carré l’affichage :
L’égalité exige l’égalité dans Cauchy–Schwarz : avec (intégrabilité), i.e. : les gaussiennes. Un signal concentré en (petit ) doit avoir un spectre étalé, et réciproquement : le principe d’incertitude.
Exercice 14.9 ★★
Justifier l’ Exemple 14.10 en détail (hypothèses de Poisson pour la gaussienne), et utiliser l’identité pour évaluer à six décimales avec trois termes. Combien de termes de la série définissante la même précision exigerait-elle en , contre la série transformée ?
Solution
Solution de Exercice 14.9.
La gaussienne est de Schwartz, donc Théorème 14.9 s’applique, et ; en le membre de droite devient : l’identité thêta. En :
précis à décimales avec trois termes (). En : la série définissante exige , i.e. — environ termes — tandis que la série transformée est , où déjà le terme est : un seul terme suffit.
Exercice 14.10 ★★
(Fonctions à bande limitée) Soit avec supportée dans . Montrer que admet un représentant dont chacune des valeurs est récupérable à partir d’échantillons : prouver l’interpolation de Shannon aux entiers,
en développant dans la base de Fourier de (Théorème 13.9) et en retransformant terme à terme.
Solution
Solution de Exercice 14.10.
(mesure finie), donc l’inversion donne le représentant continu , avec
dans les notations du Théorème 13.9. En développant dans cette base hilbertienne : dans . Appliquer le -continu terme à terme :
donnant dans : un signal à bande limitée est déterminé par ses échantillons entiers — le théorème d’échantillonnage de Shannon.
Exercice 14.11 ★★
(La transformée comme opérateur d’ordre quatre) Sur , soit . (a) En utilisant la formule d’inversion, montrer , et en déduire . (b) En déduire que toute valeur propre de sur appartient à , et exhiber une fonction propre pour (quelle fonction de ce chapitre est proportionnelle à sa propre transformée ?). (c) Montrer que les fonctions paires satisfont et les impaires ; produire une fonction propre pour la valeur propre à partir de en calculant sa transformée (dériver la transformée de la gaussienne).
Solution
Solution de Exercice 14.11.
(a) Inversion sur : , i.e. . En appliquant deux fois : .
(b) Si avec : , donc : . La gaussienne a (Exemple 14.2 en ) : fonction propre pour .
(c) égale selon la parité. Pour : en dérivant avec la règle :
une fonction propre pour . (Les fonctions d’Hermite poursuivent le motif, cycleant à travers les quatre valeurs propres — l’horloge de Fourier discrète.)
Exercice 14.12 ★★
(Autocorrélation et lemme de Wiener) Pour définir et l’autocorrélation . (a) Montrer que est une fonction continue bornée avec pour tout (Exercice 12.6 et Cauchy–Schwarz). (b) Montrer, d’abord pour , que : l’autocorrélation a une transformée positive — les spectres d’autocorrélations sont des spectres de puissance. (c) En déduire l’identité (inversion ; justifier son applicabilité quand a ), et l’évaluer pour en : retrouver .
Solution
Solution de Exercice 14.12.
(a) avec ; Exercice 12.6 (exposants conjugués ) rend bornée et uniformément continue, avec
par Cauchy–Schwarz.
(b) Pour : aussi, et le théorème de convolution donne ; en calculant, : .
(c) Quand , l’inversion s’applique à la continue (sa transformée est intégrable ; Théorème 14.5) :
Pour : , et en :
(), i.e. — l’intégrale favorite de Plancherel, retrouvée par autocorrélation.
14.6 Problème : l’équation de la chaleur sur la droite
Problème 14.1
Problème du week-end — , résolue de bout en bout
La chaleur se propage ; l’équation dit que sa densité diffuse à un taux donné par la courbure locale du profil de température. Nous résolvons le problème de Cauchy sur — étant donné , trouver pour avec — prouvons les propriétés remarquables de la solution, et voyons pourquoi le temps ne peut pas être inversé. Tout au long, est le noyau de la chaleur et .
Partie I — Dériver le noyau. Travailler d’abord formellement : supposer résout l’équation, et soit la transformée en .
- Montrer (formellement) , d’où , et reconnaître (Exercice 14.4). Ceci motive la définition de ; tout est désormais prouvé directement, pour (continue bornée) ou .
Partie II — Vérification.
- Montrer que pour , est bien définie pour , et que est en sur (dériver sous l’intégrale ; dominer les dérivées gaussiennes localement uniformément en ).
- Vérifier par calcul direct, et en déduire pour .
- (Condition initiale) Montrer que pour , quand , uniformément sur les compacts (approximation de l’identité : scinder , ) ; pour (), montrer .
- (Lissage instantané) Conclure : même pour seulement continue bornée, la solution est pour tout — la chaleur efface instantanément les rugosités. Calculer explicitement pour (une fonction d’erreur) et croquer son profil pour trois valeurs de .
Partie III — Propriétés structurelles.
- (Positivité et comparaison) Si alors pour tout (strictement, sauf si p.p.) ; si alors . Un point froid se réchauffe instantanément : commenter.
- (Conservation) Pour : pour tout (Tonelli) — la chaleur totale est conservée.
- (Dissipation) Pour , montrer via Plancherel que est décroissante, strictement sauf si , et calculer sa limite quand . Montrer de plus : la chaleur s’étale et meurt.
- (Unicité, classe ) Soit une solution avec pour tout , au sens naturel et dans quand ; en admettant que la transformée la convertit en ponctuellement p.p. en pour p.p. (justifié en testant contre en — esquisse), montrer , d’où l’unicité dans cette classe.
Partie IV — La flèche du temps.
- Montrer que le problème rétrograde est mal posé : pour que la solution existe au temps () avec donnée au temps — i.e. pour que ait une solution — il est nécessaire que : une condition extrême de décroissance sur . Exhiber une lisse explicite pour laquelle aucune solution rétrograde n’existe sur aucun intervalle de temps : prendre la fonction avec — identifier (Exercice 14.1) et montrer pour tout .
- (Lissage vs. information) Expliquer en un court paragraphe, en utilisant les questions 5, 9 et 10, pourquoi le semigroupe de la chaleur est injectif mais non surjectif sur , et pourquoi cela exprime l’irréversibilité de la diffusion.
Partie V — Le théorème d’échantillonnage de Shannon. Une fonction est à bande limitée à si p.p. hors de ; on note (espace de Paley–Wiener) pour celles-ci.
- Montrer que toute coïncide p.p. avec la fonction (justifier la régularité et l’identification), avec toutes les dérivées bornées : la limitation de bande est une forme extrême de régularité. Désormais désigne ce représentant.
Développer dans la base de Fourier de cet intervalle et identifier les coefficients comme des échantillons de :
En déduire le théorème d’échantillonnage : pour ,
avec convergence dans et uniformément sur (injecter la série de la question 13 dans la formule d’inversion et calculer l’intégrale élémentaire) : un signal à bande limitée est entièrement déterminé par ses valeurs sur une grille de pas — le taux de Nyquist.
- Montrer que les fonctions , , forment une famille orthogonale dans de norme constante , et en déduire l’identité d’énergie .
- (Repliement de spectre) Exhiber une non nulle s’annulant en tout point d’échantillon (considérer et vérifier sa bande) : échantillonner sous le taux de Nyquist perd de l’information — deux signaux différents peuvent partager tous les échantillons : l’effet stroboscopique des roues de chariot, mathématisé.
- (Degrés de liberté) En utilisant les questions 14–15, justifier la règle d’ingénierie : un signal à bande limitée à dont l’énergie est essentiellement portée par une fenêtre temporelle de longueur est décrit par environ échantillons réels — rendre « essentiellement » précis via l’identité d’énergie et la queue .
- (Vérifications de cohérence) Vérifier le théorème d’échantillonnage à la main sur deux membres de : (a) , dont les échantillons sont ; (b) des signaux à bande étroite du type — plus précisément, montrer que pour avec , la série au taux reconstruit aussi (le sur-échantillonnage est inoffensif), en plongeant .
Partie VI — Incertitude, deux fois encore. L’inégalité de Heisenberg (Exercice 14.8) borne à quel point et peuvent être conjointement concentrées ; voici sa sœur du tout-ou-rien et sa saturation exacte.
Soit avec . Montrer que est la somme d’une série entière partout convergente :
(développer et justifier l’interversion par convergence normale) : la transformée est réelle-analytique, de rayon de convergence infini en tout point.
- En déduire la dichotomie de support : une fonction réelle-analytique s’annulant sur un intervalle ouvert non vide s’annule identiquement (l’ensemble où toutes les dérivées s’annulent est ouvert et fermé — dérouler l’argument de Taylor) ; conclure qu’aucune non nulle n’a à la fois et à support compact, et que ne contient aucune fonction non nulle à support compact — les signaux à bande limitée durent pour toujours, et les signaux à temps limité fuient vers toutes les fréquences.
- (Saturation de Heisenberg) Sur la famille gaussienne , calculer les deux facteurs de concentration et vérifier que le produit normalisé vaut pour tout — la famille d’égalité du Exercice 14.8 en chair et en os ; expliquer par un argument de scaling pourquoi le produit doit être constant le long de la famille.
- Expliquer la lecture physique (densités de position/impulsion d’un état quantique ; dans la normalisation donne ), et relier à travers le chapitre : lissage instantané (Partie II), irréversibilité (Partie IV), échantillonnage (Partie V), Heisenberg et la dichotomie de support sont cinq expressions d’une même loi — le comportement de à l’infini légifère ce que peut faire n’importe où.
Partie VII — L’algèbre du noyau, et un exemple solvable.
(Semigroupe) Prouver l’identité de Chapman–Kolmogorov pour (via le théorème de convolution et l’injectivité de la transformée sur ), et en déduire : évoluer pendant le temps c’est évoluer pendant , puis pendant . Affiner la dissipation de la question 8 : en écrivant , montrer par Cauchy–Schwarz que
l’énergie ne diminue pas seulement, elle diminue de façon log-convexe.
(Où va la chaleur) Soit , , avec . Montrer que pour tout
le centre de chaleur ne bouge jamais, et la variance croît linéairement en temps — le scaling diffusif , à relire quand le mouvement brownien apparaîtra au Chapitre 22. (Calculer les deux premiers moments de et utiliser Tonelli sur la convolution.)
(La gaussienne, résolue de bout en bout) Pour , établir la forme fermée
et vérifier dessus, à la main : l’équation ; la conservation ; la loi de dissipation (comparer sa décroissance en avec la décroissance en de la norme uniforme de la question 8) ; et la croissance exacte de variance de la question 24. En : le pic est tombé au de sa hauteur initiale tandis que le profil est cinq fois plus large — même chaleur, étalée.
Solution
Solution de Problème 14.1.
1. En transformant l’équation en (formellement) : , une EDO en pour chaque fréquence : . Comme (Exercice 14.4), le produit est la transformée de .
2. : bien définie. Sur : chaque dérivée mixte est un polynôme en et fois , bornée pour par , une dominante intégrable indépendante de dans la fenêtre (et bornée pour ) : la dérivation répétée sous l’intégrale (Théorème 10.15) s’applique : .
3. Avec :
(dériver deux fois en : , ). Par la question 2 les dérivées passent sous l’intégrale : .
4. . Pour un compact et : la continuité uniforme de sur un voisinage de donne avec pour , ; la queue contribue masse au-delà de , qui est quand . Pour : (Minkowski/Jensen comme au Théorème 12.9), scinder de la même façon via le Théorème 12.6(3).
5. Le lissage instantané est la question 2 ( est pour sans aucune régularité de utilisée). Pour :
un échelon lissé dont la zone de transition s’élargit comme (profils en : rampes de plus en plus plates à travers ).
6. L’intégrande est et le noyau est strictement positif : forcerait p.p. La monotonie en est la monotonie de l’intégrale. Un endroit où sur un intervalle a encore pour tout : la chaleur se propage à vitesse infinie (toute positivité n’importe où est ressentie partout instantanément).
7. Tonelli ( est intégrable sur ) : .
8. Plancherel : , décroissante en (ponctuellement), strictement sauf si p.p. (), avec limite quand par DCT. Et .
9. Pour , est de dérivée — précisément, transfère l’équation. Puis pour p.p. , la fonction absolument continue a pour dérivée au sens intégré : elle est constante, et en faisant ( dans , p.p. le long d’une sous-suite) : p.p. Deux solutions dans la classe ont la même transformée : elles sont égales.
10. avec force , i.e. . Prendre : alors (Exercice 14.1, inversion), une fonction parfaitement lisse ; mais : pour tout . Le profil de Cauchy n’est jamais le résultat d’une diffusion antérieure.
11. Le semigroupe de la chaleur multiplie les transformées par , qui ne s’annule nulle part : injectif — formellement, aucune information n’est détruite. Mais son image est constituée de fonctions dont les transformées décroissent comme : un sous-espace minuscule, dense-mais-propre de (la question 10 montre que même d’excellentes fonctions en sont exclues). Inverser amplifierait la fréquence par : non borné, donc instable contre toute perturbation. La diffusion est irréversible non parce que l’application oublie, mais parce que son inverse ne peut pas être continu — une flèche du temps faite d’analyse fonctionnelle.
12. (Cauchy–Schwarz sur un intervalle borné), donc est définie partout, et la dérivation sous l’intégrale (dominée par sur la bande) la rend avec partout. Et p.p. : les deux côtés ont la même transformée, et la transformée est injective sur (Théorème 14.8 et son prolongement ).
13. Les exponentielles , , forment une base hilbertienne de (Théorème 13.9, rescalée). Le coefficient de le long de la -ième est
par la formule de la question 12 en : le développement annoncé tient dans de la bande.
14. Injecter le développement dans la formule d’inversion de la question 12 ; l’échange somme–intégrale est la continuité du couplage contre (de norme , indépendante de — d’où l’uniformité) :
puisque .
15. En lisant le calcul de la question 14 à l’envers, la transformée de est . Plancherel :
une famille orthogonale de norme constante . En prenant les normes dans le développement de la question 14 : .
16. s’annule en tout point de grille (y compris , par la limite) et n’est pas identiquement nulle. Sa bande : écrire ; la modulation par décale la transformée de , donc est supportée dans (en fait dans l’union de deux bandes décalées) : , invisible à l’échantillonnage au taux — le repliement de spectre incarné.
17. Par la question 15 les échantillons portent l’énergie démocratiquement : . Si l’énergie du signal hors de la fenêtre temporelle est , les échantillons hors de la fenêtre satisfont (à des termes de bord contrôlés par la borne uniforme de la question 12 près) : tronquer la série d’échantillonnage aux indices dans la fenêtre reconstruit à une erreur relative près. D’où le produit temps–bande-passante compte les degrés de liberté réels effectifs du signal — la règle derrière chaque format audio.
18. (a) a pour échantillons : la série se réduit à son terme , — le théorème reproduit son propre noyau. (b) Si est supportée dans , chaque étape des questions 13–14 court mot pour mot avec la plus grande bande (le développement de sur le plus grand intervalle reste légitime) : échantillonner plus vite que son propre taux de Nyquist ne change rien à la reconstruction — le sur-échantillonnage est inoffensif, et en pratique bénéfique (des noyaux de reconstruction à décroissance plus rapide peuvent alors être utilisés).
19. Développer dans l’intégrale ; sur la série converge normalement (), donc l’intégration terme à terme est légitime :
La borne rend la série convergente pour tout complexe ; autour de tout point , en regroupant (convergence absolue) on obtient une série entière en : est réelle-analytique de rayon infini partout.
20. Soit réelle-analytique sur (série de Taylor convergeant vers près de chaque point) et . est fermé (intersection d’ensembles fermés) ; il est ouvert, car en le développement de Taylor local de est la série nulle, donc s’annule identiquement près de , avec toutes ses dérivées. Si s’annule sur un intervalle, ; par connexité de , : . Maintenant si avait un support compact avec : la question 19 rend réelle-analytique, s’annulant hors d’un compact, donc sur des intervalles : , donc p.p. par injectivité — contradiction. De même une non nulle ne peut être à support compact (échanger les rôles de et via l’inversion) : les signaux à bande limitée ne meurent jamais, les signaux à temps limité occupent un spectre non borné.
21. Pour : et (second moment gaussien) ; (Exemple 14.2) et
Produit normalisé : , indépendant de . Le scaling explique la constance : remplacer par multiplie par et par : le produit est un invariant de dilatation, et les gaussiennes forment une seule orbite de dilatation.
22. Avec la densité de position et la densité d’impulsion d’un état quantique (les unités physiques insèrent ), Exercice 14.8 se lit : aucun état n’est pointu dans les deux observables. À travers le chapitre, une seule loi porte cinq habits : la chaleur lisse instantanément car annihile les hautes fréquences (Partie II) ; le flot ne peut courir à rebours car les restaurer est non borné (Partie IV) ; un signal à bande limitée est assez rigide pour vivre sur une grille dénombrable (Partie V) ; aucune fonction ne bat le plancher de Heisenberg ; et aucune fonction n’est à support compact des deux côtés de la transformée (questions 19–20). Ce que fait à l’infini gouverne ce que peut faire n’importe où.
23. et sont dans avec (calcul de la question 1), donc le théorème de convolution donne ; deux fonctions de même transformée coïncident p.p. (injectivité, via le théorème d’inversion — ici les deux côtés sont continus, donc coïncident partout) : . Par suite (associativité de la convolution, Tonelli). Log-convexité : soit (Plancherel, question 8). Pour , écrire
et Cauchy–Schwarz donne : est midpoint-convexe, et étant continue (convergence dominée en ), convexe ; de même . Décroissance avec un logarithme convexe : le flot de la chaleur ne peut pas perdre d’énergie d’un coup puis stagner.
24. Moments du noyau : (question 7 avec , ou directement l’intégrale gaussienne), (intégrande impaire), et, en substituant ,
En substituant dans la convolution et en notant (chacun de , est fini pour , en utilisant ), Fubini et Tonelli s’appliquent aux intégrales de moments ci-dessous :
qui est la première affirmation ; et
la seconde. Les moyennes s’additionnent, les variances s’additionnent, et le noyau contribue moyenne et variance : après le temps la chaleur s’est étalée sur une largeur d’ordre — la distance croît comme la racine carrée du temps, signature de la diffusion (et des chemins browniens du Chapitre 22).
25. Côté transformée : , donc , qui est la transformée de (le dictionnaire gaussien avec ) : la forme fermée. Vérification directe, avec :
les deux côtés calculés à partir de . Conservation : pour tout . Dissipation :
donc , décroissante à logarithme convexe (question 23) ; la norme décroît comme , exactement la moitié de l’exposant de — cohérent avec et la conservation de . Variance : , comme la question 24 le prédit (, ). En : , hauteur du pic contre , échelle de largeur fois l’initiale, et tout du long : la tache est cinq fois plus basse, cinq fois plus large, et pas une calorie n’est manquante.