Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
10L’intégrale de Lebesgue
L’intégrale de Riemann découpe le domaine en petits intervalles ; celle de Lebesgue découpe le but : pour intégrer , on mesure les ensembles . Le changement paraît innocent et est révolutionnaire. Limites et intégrales, en perpétuelle querelle dans la théorie de Riemann (convergence uniforme exigée !), se réconcilient par trois théorèmes de convergence — convergence monotone, Fatou, convergence dominée — dont les hypothèses sont presque embarrassamment faibles. Ce chapitre construit l’intégrale sur un espace mesuré arbitraire , prouve les trois théorèmes, fixe le rapport exact avec l’intégrale de Riemann (une fonction bornée est Riemann-intégrable ssi elle est continue presque partout), et industrialise la dérivation des intégrales à paramètre — la technique que le problème du week-end utilise pour calculer et .
10.1 Fonctions mesurables
Définition 10.1
Soient , des espaces mesurables. est mesurable si pour tout . Pour les fonctions réelles (ou à valeurs dans ), porte sa -algèbre de Borel, et il suffit de vérifier pour tout : les bons ensembles forment une -algèbre (les images réciproques commutent avec les opérations ensemblistes) contenant les demi-droites engendrant (Définition 9.2, Méthode 9.17).
Proposition 10.2
(a) Les composées d’applications mesurables sont mesurables ; les applications continues sont Borel-mesurables. (b) Si sont mesurables, le sont aussi , , , , . (c) Si sont mesurables à valeurs dans , alors , , , sont mesurables ; si ponctuellement, est mesurable.
Démonstration. (a) ; la continuité donne la mesurabilité via les ouverts engendrant (Problème 9.1, question 10, sous forme générale). (b) est mesurable pour la -algèbre de Borel de — vérifier sur les boîtes ouvertes, qui engendrent (les ouverts de sont des unions dénombrables de boîtes rationnelles) : — et sont continues : composer. (c) ; ; ; une limite ponctuelle est son propre . ∎
Définition 10.3
Une fonction simple est une fonction mesurable à un nombre fini de valeurs : , disjoints, (pour la théorie positive). Son intégrale est
(convention ) ; la valeur ne dépend pas de la représentation (raffiner deux partitions).
Théorème 10.4 (Approximation par des fonctions simples)
Toute mesurable est la limite ponctuelle d’une suite croissante de fonctions simples :
Démonstration. Chaque est simple (les ensembles sont des images réciproques de boréliens). Monotonie : le passage de à scinde chaque niveau dyadique en deux et ne diminue jamais la valeur assignée (un point avec reçoit soit soit , tous deux ; le plafond monte aussi). Convergence : si , pour on a ; si , . ∎
10.2 L’intégrale et les théorèmes de convergence
Définition 10.5
Pour mesurable :
Elle est monotone en par construction, et prolonge le cas simple (pour simple, le sup est atteint en : comparaison des intégrales simples via raffinements communs).
Théorème 10.6 (Convergence monotone, Beppo Levi)
Si ponctuellement (mesurables), alors
Démonstration. est mesurable (Proposition 10.2(c)) et croît vers un certain (monotonie). Réciproquement, fixons une simple et ; les ensembles sont mesurables et croissent vers (là où : , donc éventuellement ; là où : trivialement). Alors
par continuité par en bas (Proposition 9.6(c)). Donc pour tout et toute simple : . ∎
Corollaire 10.7
Pour mesurables et : et ; pour une série de fonctions mesurables positives, .
Démonstration. Pour les fonctions simples, l’additivité est un calcul sur un raffinement commun. En général prendre , (Théorème 10.4) : , et le TCM passe l’additivité à la limite. L’énoncé pour les séries est le TCM appliqué aux sommes partielles. ∎
Théorème 10.8 (Lemme de Fatou)
Pour mesurables :
Démonstration. Soit : mesurable, , et pour tout , donc . Appliquer le TCM au membre de gauche : . ∎
Définition 10.9
Une (ou ) mesurable est intégrable si ; alors (parties positive et négative ; parties réelle et imaginaire dans le cas complexe). L’intégrale est linéaire sur les fonctions intégrables (décomposer et recombiner les parties positives ; le cas complexe se ramène au réel) et satisfait (cas réel : ; cas complexe : multiplier par une constante unimodulaire pour rendre l’intégrale réelle). Une propriété vaut presque partout (p.p.) si elle échoue seulement sur un ensemble -nul ; modifier sur un ensemble nul ne change aucune intégrale (la différence est dominée par , d’intégrale ).
Théorème 10.10 (Convergence dominée)
Soient p.p., avec p.p. pour un intégrable fixe. Alors est intégrable et
Démonstration. Écarter un ensemble nul pour rendre les hypothèses ponctuelles. : est intégrable. Les fonctions satisfont ; Fatou donne
donc (la soustraction est légitime : ). Enfin . ∎
Méthode 10.11
Face à : essayer, dans l’ordre — (1) la suite est-elle monotone (ou une série de termes positifs) ? TCM, aucune intégrabilité requise. (2) Existe-t-il un dominateur intégrable unique , trouvé par des bornes grossières (« » les estimations) ? TCD. (3) Pas de domination, pas de monotonie ? Fatou borne encore un côté, et l’égalité peut sincèrement échouer : la bosse qui s’échappe a mais p.p. La domination est exactement ce qui interdit à la masse de s’échapper à l’infini, verticalement ou horizontalement.
10.3 Riemann versus Lebesgue
Théorème 10.12 (Critère de Lebesgue)
Soit bornée. Alors est Riemann-intégrable ssi est continue -presque partout ; dans ce cas est Lebesgue-intégrable et les deux intégrales coïncident.
Démonstration. Pour une subdivision , soient et les fonctions en escalier égales, sur chaque , à et ; les sommes de Darboux sont leurs intégrales (Riemann et Lebesgue coïncident sur les fonctions en escalier, donnant toutes deux ). Prendre une suite de subdivisions , chacune raffinant la précédente, de pas , avec sommes de Darboux convergeant vers les intégrales de Darboux inférieure et supérieure de . Les raffinements rendent croissante et décroissante ponctuellement hors de l’ensemble dénombrable de tous les points de division ; appeler les limites et (mesurables, Proposition 10.2). Pour , en écrivant pour l’intervalle ouvert contenant : et ; comme les pas tendent vers , ce sont les enveloppes inférieure et supérieure de en — est l’oscillation de en — de sorte que ssi est continue en . Par TCM/TCD (borné, intervalle fini) :
Riemann-intégrable p.p. ( ; Exercice 10.5) continue p.p. Dans ce cas avec p.p. : égale le mesurable p.p., donc est Lebesgue-mesurable (complétude de ) avec . ∎
Exemple 10.13
est nulle part continue : non Riemann-intégrable — mais Lebesgue-triviale : . La fonction de Thomae ( aux rationnels , ailleurs) est continue exactement aux irrationnels : Riemann-intégrable d’intégrale . Et les intégrales de Riemann impropres sont une notion différente : converge comme limite de (le problème du week-end calcule qu’elle vaut ), mais : l’intégrale absolue diverge comme la série harmonique (Exercice 10.6). La théorie de Lebesgue échange la convergence conditionnelle contre des théorèmes de limite robustes.
10.4 Intégrales à paramètre
Tout au long, est un espace mesuré, un espace métrique (le paramètre), et avec intégrable pour chaque ; poser .
Théorème 10.14 (Continuité)
Supposons : est continue en pour p.t. , et il existe un intégrable avec pour tout dans un voisinage de et p.t. . Alors est continue en .
Démonstration. Pour toute suite : p.p., dominée par : le TCD donne ; la continuité séquentielle suffit dans les espaces métriques (Remarque 6.8). ∎
Théorème 10.15 (Dérivation sous le signe intégral)
Soit un intervalle ouvert de . Supposons : pour p.t. , est dérivable sur , avec
intégrable. Alors est dérivable sur avec .
Démonstration. Fixer et : les quotients de différences
et l’inégalité des accroissements finis borne : le TCD s’applique, et . ∎
Exemple 10.16 (La fonction gamma)
Pour soit
L’intégrale converge : près de , est intégrable () ; à l’infini, . L’intégration par parties (sur , puis limites via TCM) donne l’équation fonctionnelle , d’où : la factorielle interpolée. Sur tout , est dominé par , intégrable : est , et par induction , avec . La valeur est l’intégrale gaussienne déguisée (Problème 10.1).
10.5 Exercices
Exercice 10.1 ★
(a) Montrer qu’une fonction monotone est Borel-mesurable, et qu’une dérivée (d’une fonction partout dérivable) est Borel-mesurable. (b) Montrer que est mesurable ssi pour tout rationnel.
Solution
Solution de Exercice 10.1.
(a) Si est croissante, est , , ou une demi-droite / : borélien dans tous les cas ; décroissante de même. Une dérivée : est une limite ponctuelle de fonctions continues (donc mesurables) : Proposition 10.2(c).
(b) : si les niveaux rationnels sont mesurables, tous les niveaux le sont, et les demi-droites engendrent .
Exercice 10.2 ★
Calculer, avec justification complète :
(Pour la seconde : substituer avant de dominer.)
Solution
Solution de Exercice 10.2.
Première : pour , donc l’intégrande tend ponctuellement vers ; pour , , donnant le dominateur intégrable . TCD :
Seconde : substituer (une bijection de ) :
par TCD : pour , , et l’intégrande est bornée par sur un espace de mesure finie.
Exercice 10.3 ★★
(a) Exhiber une inégalité stricte dans le lemme de Fatou. (b) Exhiber ponctuellement avec de trois façons : échappée en hauteur, en largeur, à l’infini. Quelle hypothèse unique du TCD chacune viole-t-elle ? (c) Montrer que dans le lemme de Fatou on ne peut remplacer par d’aucun côté.
Solution
Solution de Exercice 10.3.
(a) : ponctuellement, : .
(b) Hauteur : ; largeur : ; translation : . Toutes tendent vers ponctuellement avec . Dans chaque cas l’hypothèse de domination échoue : est près de , un profil constant non intégrable, de type — jamais intégrable.
(c) « » échoue pour la bosse qui se translate : membre de gauche , de droite . « » est le même énoncé. Et Fatou pour avec renversé (« Fatou inverse ») exige un dominateur — la même bosse est le contre-exemple.
Exercice 10.4 ★★
(a) Montrer (développer en série géométrique et intégrer terme à terme — quel théorème le permet ?). (b) (Rêve du sophomore) Montrer . (Écrire et calculer en substituant , en reconnaissant .)
Solution
Solution de Exercice 10.4.
(a) Pour : , donc , une série de fonctions mesurables positives : le Corollaire 10.7 autorise l’intégration terme à terme :
( par parties ; Bâle du volume de 2e année, ou l’Exercice 13.5 à venir).
(b) Sur , , donc est une série de termes positifs : interversion encore. En substituant :
D’où : le rêve du sophomore, rigoureusement.
Exercice 10.5 ★★
(a) Montrer que mesurable avec satisfait p.p. (Considérer et l’inégalité de Markov : — la prouver.) (b) Montrer qu’une intégrable est finie p.p. (c) Montrer que si pour tout mesurable, alors p.p.
Solution
Solution de Exercice 10.5.
(a) Markov : , intégrer : . Si : pour tout , et est nul.
(b) .
(c) Prendre : , donc p.p. par (a) ; de même p.p.
Exercice 10.6 ★★
(a) Appliquer le Théorème 10.12 pour décider de l’intégrabilité au sens de Riemann de : ; la fonction de Thomae ; pour un ensemble de Cantor gras (Exercice 9.5). (b) Montrer que , tandis que existe (intégrer par parties) : convergence impropre sans intégrabilité.
Solution
Solution de Exercice 10.6.
(a) : discontinue partout, non Riemann-intégrable (Théorème 10.12) ; son intégrale de Lebesgue vaut . Thomae : continue en tout irrationnel (étant donné , seul un nombre fini de rationnels dans ont dénominateur ; les éviter par un petit voisinage), discontinue aux rationnels (densité des irrationnels) : continue p.p., Riemann-intégrable, intégrale (elle s’annule p.p.). , un Cantor gras : l’ensemble de discontinuité est (fermé d’intérieur vide), de mesure : non Riemann-intégrable — pourtant Lebesgue-intégrable d’intégrale .
(b) : la série diverge. Convergence de l’intégrale impropre : pour ,
et les deux termes convergent lorsque ( est intégrable) : convergence conditionnelle sans intégrabilité absolue.
Exercice 10.7 ★★
Justifier que est sur et satisfait (intégrer par parties) ; en déduire . (Avec du problème du week-end : la gaussienne est essentiellement sa propre transformée de Fourier — le Chapitre 14 systématisera ceci.)
Solution
Solution de Exercice 10.7.
Domination : , intégrable et indépendante de : le Théorème 10.15 s’applique globalement,
(intégration par parties avec ). L’EDO linéaire donne ; avec (Problème 10.1), la gaussienne se reproduit sous cette transformée en cosinus.
Exercice 10.8 ★★★
(Frullani) Soient . Montrer
en écrivant l’intégrande comme et en justifiant l’interversion via la théorie positive (Corollaire 10.7 sous forme continue — anticiper Tonelli, ou découper en parts égales et passer à la limite).
Solution
Solution de Exercice 10.8.
L’intégrale converge : près de l’intégrande tend vers (bornée), et elle décroît comme à l’infini. Fixer et voir comme fonction de . Pour tout : , et : un dominateur intégrable. Donc le Théorème 10.15 donne , et :
(Équivalemment, la voie de l’indication : l’intégrande est et l’interversion est l’analogue continu du Corollaire 10.7, c.-à-d. Tonelli — prouvé dans le Chapitre 11 ; la voie par paramètre reste dans ce chapitre.)
Exercice 10.9 ★★
Soit mesurable sur . Montrer que définit une mesure (densité par rapport à ), et que pour toute mesurable (le prouver pour les indicateurs, puis les simples, puis le TCM — la machine standard).
Solution
Solution de Exercice 10.9.
; pour des disjoints, (ponctuellement, tous termes ), et le Corollaire 10.7 donne la -additivité. La formule : pour c’est la définition de ; pour simple, linéarité ; pour mesurable, prendre des simples (Théorème 10.4) : , et le TCM des deux côtés passe à la limite. (Cet escalier « indicateur simple TCM » est la machine standard de la théorie.)
Exercice 10.10 ★★★
(Un échec à la Weierstrass) Définir . (a) Montrer que est bien définie et continue sur , et avec pour tout — mais que dériver encore sous le signe intégral est illégitime. (b) En admettant pour (prouvé dans le Chapitre 17), que vaut pour , et pourquoi sa formule confirme l’échec en (a) ?
Solution
Solution de Exercice 10.10.
(a) donne : l’intégrale converge, et sur le dominateur donne la continuité (Théorème 10.14). Dérivation : , intégrable : pour tout . Une seconde dérivation exigerait d’intégrer , dont la valeur absolue se comporte comme à l’infini : non intégrable — aucun dominateur n’existe et le Théorème 10.15 ne peut s’appliquer une seconde fois.
(b) En admettant pour : par imparité de , est paire, donc — qui n’est pas dérivable en : est mais pas , confirmant que le second dérivatif bloqué n’était pas un accident technique. Pour l’intégrale impropre vaut (en dérivant la formule admise là où elle est légitime, c.-à-d. sur ) — une valeur impropre, non-Lebesgue.
Exercice 10.11 ★★
(Lemme de Scheffé) Soient intégrables avec p.p. et . (a) Montrer que . (Appliquer la convergence dominée à , et écrire .) (b) Montrer par un exemple que l’hypothèse ne peut être omise (bosse glissante ou concentrant), et que la conclusion échoue pour des signées sans contrôle en valeur absolue : a p.p., , pourtant . (c) Application (densités) : si des densités de probabilité p.p., alors automatiquement : la convergence ponctuelle des densités est la convergence — une montée en grade gratuite.
Solution
Solution de Exercice 10.11.
(a) Soit : alors (positivité de ), p.p., et est un dominateur intégrable : (TCD). Comme ,
(b) La bosse glissante a p.p. et : sans la convergence des intégrales, la convergence échoue (et l’hypothèse aussi). L’exemple signé : en tout , , mais : pour des suites signées le théorème porte vraiment sur un contrôle de type , et la positivité a été utilisée exactement dans .
(c) Les densités satisfont : l’hypothèse de (a) est automatique, donc p.p. force — et donc la convergence des probabilités uniformément sur tous les mesurables () : Scheffé transforme la convergence ponctuelle des densités en convergence en variation totale des lois.
Exercice 10.12 ★★
Limites classiques, avec justification complète via TCM/TCD :
(Pour (a) : pour fixé — prouver la monotonie via ; pour (b), intégrer par parties ou substituer et identifier une concentration au bord ; pour (c), trouver un dominateur intégrable valable pour tout en scindant en .)
Solution
Solution de Exercice 10.12.
(a) Sur , croît en vers (l’application décroît lorsque ; ou développer : en via ). Donc , et le TCM donne
(b) Substituer (, ) :
Pour : , donc l’intégrande tend vers , dominée par : la limite est (TCD). (La masse de se concentre en , où : la substitution rend la concentration visible.)
(c) Ponctuellement, et () : l’intégrande tend vers . Dominateur pour : sur , et : borne , intégrable ; sur , et : borne , intégrable. TCD :
10.6 Problème : deux intégrales célèbres
Problème 10.1
Problème du week-end — l’intégrale gaussienne et l’intégrale de Dirichlet, par les seuls paramètres
Deux intégrales règnent sur l’analyse appliquée :
(la seconde comme intégrale impropre, Exemple 10.13). On les prouve toutes deux avec les seuls outils de ce chapitre.
Partie I — La gaussienne. Pour poser
- Justifier que et sont sur et calculer et ; montrer . (Dans , substituer .)
- Calculer et — justifier la limite sous le signe intégral dans .
- Conclure , d’où , et en déduire (substituer dans ).
Partie II — L’intégrale de Dirichlet. Pour poser
- Montrer que l’intégrale définissant converge pour tout comme intégrale de Lebesgue, et pour comme intégrale impropre ; montrer que existe (intégrer par parties sur ).
Montrer que est sur avec
(domination sur pour chaque ; la dernière intégrale par deux intégrations par parties ou exponentielles complexes).
- Montrer lorsque , et en déduire sur .
Le point délicat : . Le prouver par contrôle uniforme de la queue : pour et , intégrer par parties pour montrer
avec indépendante de (dériver et borner par ; noter avec ) ; puis scinder en (où le TCD s’applique lorsque ) et .
- Conclure : .
Partie III — Dividendes.
- Calculer (intégrer par parties et se ramener à via ).
- Calculer , et vérifier la cohérence des deux résultats.
- Pour , calculer et , et enregistrer les règles d’échelle (elles seront les chevaux de trait du Chapitre 14).
- Expliquer précisément pourquoi n’aurait pas pu être traitée par le TCD directement en (pas de dominateur intégrable sur ), et pourquoi le scindage de queue de la question 7 est le substitut honnête — ce schéma (« intégrabilité uniforme des queues ») revient tout au long de l’analyse.
Partie IV — La fonction gamma selon Bohr et Mollerup. La fonction (Exemple 10.16) satisfait et — mais autant d’une infinité d’autres fonctions (multiplier par n’importe quel tremblement -périodique). Une condition de convexité épingle de façon unique, et ses identités plus profondes s’en déduisent mécaniquement. Une fonction positive sur un intervalle est log-convexe si est convexe.
- Montrer que log-convexe implique convexe, que les produits de fonctions log-convexes et leurs composées avec des applications affines sont log-convexes, et — via l’inégalité de Hölder à deux fonctions , prouvée directement à partir de l’inégalité de Young — que est log-convexe sur .
(Lemme des pentes) Soit convexe sur avec pour tout entier . Pour et , comparer les pentes de sur , et , et en déduire
(Bohr–Mollerup) Soit satisfaisant , , et convexe. En déroulant la récurrence en et , déduire de la question 14 que pour
est unique, d’où , et la formule limite de Gauss tient (étendre à tout par la récurrence).
- Définir la fonction bêta (). Prouver la convergence, la récurrence (intégrer par parties), et .
Montrer que est log-convexe (Hölder encore), et appliquer Bohr–Mollerup à
pour conclure la formule d’Euler : — aucune intégrale double nulle part.
- Calculer directement (substituer ) et en déduire : l’intégrale gaussienne de la partie I, retrouvée par pure convexité. Comparer les deux preuves en une phrase chacune.
(Duplication de Legendre) Montrer que
satisfait les trois hypothèses de Bohr–Mollerup, et conclure , c.-à-d. pour tout .
En déduire la forme fermée , et prouver, par le lemme des pentes appliqué à autour de grands entiers, l’asymptotique
Combiner les deux dernières questions en l’asymptotique binomiale centrale
et vérifier numériquement pour (, contre : rapport ).
- (Synthèse) La constante est maintenant apparue comme l’intégrale gaussienne (partie I), comme (question 18), et dans la duplication (question 19) ; l’estimation binomiale centrale anticipe à la fois Stirling (problème du week-end du Chapitre 11) et de Moivre–Laplace. Cartographier les connexions : quels énoncés sont équivalents à quels, et que contribue chaque technique — dérivation sous le signe intégral versus convexité — que l’autre ne peut pas ?
Partie V — Trois dividendes de plus.
(Wallis, par Bêta) Pour , substituer pour montrer
et déduire de la récurrence Bêta (question 16) que pour les entiers . Calculer et sous forme fermée, montrer par encadrement, et conclure avec le produit de Wallis
(La gaussienne rencontre une fréquence) Pour poser
Montrer que est sur , qu’une intégration par parties produit l’équation différentielle , et conclure
la gaussienne se reproduit sous cette transformée — l’unique identité sur laquelle le Chapitre 14 tournera.
(Intégrale de Frullani) Pour , montrer que
en dérivant en le paramètre (justifier la domination sur tout , , et identifier la constante en faisant ). Où exactement l’intégrande a-t-elle besoin de sa singularité amovible en ?
Solution
Solution de Problème 10.1.
1. est par le théorème fondamental du calcul et la règle de la chaîne : . Pour : , continue et bornée sur pour tout (domination bornée sur un espace de mesure finie suffit) : est sur avec
(substitution ).
2. et . a dérivée nulle sur et est continue en ( par domination et Théorème 10.14) : . Lorsque : , et (TCM ou simple convergence monotone de l’intégrale intérieure).
3. D’où : , et par parité . Aussi .
4. Pour : , intégrable. Pour , convergence impropre : sur ,
les deux termes convergeant lorsque ; près de l’intégrande se prolonge continûment par .
5. Sur () : , intégrable : le Théorème 10.15 s’applique sur tout tel intervalle, donc sur tout :
6. . En intégrant : , et force : sur .
7. Intégrer par parties sur avec et faire :
En bornant : le premier terme est ; l’intégrale est au plus . Total : , uniformément pour (le cas inclus). Maintenant
Sur : et , donc le premier terme est au plus . Choisir avec , puis : .
8. Par conséquent .
9. Par parties (, ) :
(substituer à la dernière étape ; les termes de bord s’annulent : aux deux bouts).
10. Par parties (, ) : . Cohérence : , et la substitution transforme en : les deux calculs s’accordent.
11. pour tout (substituer : l’intégrale est invariante d’échelle) ; (substituer ). L’échelle dans l’argument laisse l’intégrale de Dirichlet fixe et divise la gaussienne par .
12. Un dominateur valable pour tout doit dominer , qui n’est pas intégrable (Exercice 10.6) : le TCD ne peut pas traverser . Le substitut de la question 7 — queues uniformément petites en le paramètre, partie compacte traitée par TCD — est le schéma standard d’« intégrabilité uniforme », et réapparaît chaque fois que la convergence conditionnelle rencontre une interversion de limites.
13. Si est convexe alors est convexe (exp est convexe croissante : , la dernière étape par convexité de exp entre les points ). Produits et substitutions affines : les logarithmes les transforment en sommes et substitutions affines de fonctions convexes. Hölder () : pour , Young donne , intégrer : ; le cas général par homogénéité. Alors, pour , l’appliquer avec à la factorisation
14. Pour un convexe, la pente d’une corde croît avec ses extrémités (inégalité des trois cordes). En comparant les cordes sur , , :
et multiplier par donne l’énoncé.
15. Avec (récurrence depuis ) et , la question 14 se lit
La borne supérieure se réécrit , et la borne inférieure au rang comme . Le facteur correctif : le sandwich force
une expression indépendante de : unicité sur , d’où partout par la récurrence. Comme satisfait les trois hypothèses (question 13), et la formule de Gauss tient — pour tout , les deux membres obéissant à la même récurrence.
16. Près de , l’intégrande est , intégrable ssi ; près de , symétrique en . Intégration par parties sur , en faisant (termes de bord s’annulent pour ) :
en utilisant ; en résolvant, . Et .
17. ; ; et est log-convexe en comme produit de la log-convexe (Hölder sur la factorisation , comme en question 13) et (décalage affine). Bohr–Mollerup : , c.-à-d. .
18. Avec , et :
La partie I a atteint la même constante en dérivant un paramètre et faisant courir deux fonctions vers leurs limites ; ici la convexité seule a rigidifié le problème jusqu’à ce qu’une seule valeur survive. Analyse par mouvement versus analyse par forme.
19. . Récurrence :
Log-convexité : produit de (log-affine) et de deux reparamétrisations affines de la log-convexe . Bohr–Mollerup donne ; en posant : .
20. De et la récurrence, (compléter le produit impair avec les pairs). Asymptotique : question 14 avec et donne , donc le rapport à est encadré entre et .
21. De la question 20, , donc
Numériquement, , contre : rapport — l’erreur est , visible en .
22. Équivalences : (la substitution de la question 3) (formule d’Euler) ; la duplication en est la forme fermée de , qui est l’estimation binomiale centrale à un lemme des pentes près. La technique des paramètres (parties I–II) calcule des limites de quantités mobiles et est indispensable lorsqu’une vraie déformation est présente (l’intégrale de Dirichlet n’a pas de preuve par convexité) ; la technique de convexité ne calcule rien mais interdit tout — elle excelle à l’unicité et aux équations fonctionnelles (Gauss, Euler, Legendre en trois coups), là où la dérivation se noierait en calcul. Un analyste complet porte les deux.
23. Avec , , donc
La récurrence Bêta avec , donne
En partant de , :
Comme sur , la suite est décroissante, donc
Mais les formes fermées donnent
et faire produit le produit de Wallis. (Via la formule d’Euler, : Wallis est l’intégrale gaussienne sous encore un autre costume.)
24. La -dérivée de l’intégrande est , dominée par uniformément en : est avec
En intégrant par parties avec , (donc ), les termes de bord s’annulent et
D’où et par la partie I. À normalisation près cela dit que la transformée de Fourier de est encore une gaussienne — le point fixe sur lequel la théorie d’inversion du Chapitre 14 pivote.
25. Pour et ,
donc l’intégrale converge (Lebesgue) ; la borne ponctuelle montre aussi que l’intégrande se prolonge continûment par en . Fixer ; sur la -dérivée de l’intégrande est , dominée par , donc est sur avec
La borne bilatère donne lorsque , donc et . La singularité amovible est nécessaire en : chaque terme séparément a une intégrale divergente (logarithmique) près de , et seule l’annulation au premier ordre rend la différence intégrable là ; à l’infini chaque terme est inoffensif seul.