Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

21Formes différentielles et théorème de Stokes

Un théorème d’analyse a, en deux siècles, absorbé tous les autres de son espèce : le théorème fondamental de l’analyse, Green–Riemann (prouvé dans le volume d’Année 2), le théorème de la divergence de Gauss, le théorème du rotationnel de Kelvin–Stokes — chacun dit que l’intégrale d’une certaine dérivée sur une région égale l’intégrale de l’objet original sur le bord. Le langage des formes différentielles en fait un seul énoncé, M ⁣dω=Mω\int_M\dd\omega = \int_{\partial M}\omega, et rend cet énoncé prouvable d’un seul coup. Ce chapitre construit le langage honnêtement — algèbre multilinéaire alternée, la dérivée extérieure, les images réciproques, l’orientation, l’intégration sur les sous-variétés du Chapitre 20 — prouve le théorème de Stokes, et encaisse les premiers chèques : les théorèmes d’intégrale classiques, le nombre d’enroulement qui faisait tourner en secret le Chapitre 17, et, dans le problème de week-end, le théorème du point fixe de Brouwer. Tout au long, lisse signifie C\mathcal C^\infty ; toute application et toute forme est lisse sauf mention contraire. Cela ne coûte aucune généralité qui vaille à ce niveau et libère les mains.

21.1 Algèbre multilinéaire alternée

Définition 21.1

Soit EE un espace vectoriel réel de dimension nn. Une forme kk-linéaire alternée sur EE est une application α ⁣:EkR\alpha\colon E^k \to \R, linéaire en chaque variable, avec α(v1,,vk)=0\alpha(v_1, \dots, v_k) = 0 dès que deux arguments sont égaux. Leur espace s’écrit ΛkE\Lambda^k E^* ; par convention Λ0E=R\Lambda^0E^* = \R. L’alternance force l’antisymétrie : échanger deux arguments change le signe (développer α(,v+w,,v+w,)=0\alpha(\dots, v + w, \dots, v + w, \dots) = 0), et plus généralement α(vσ(1),,vσ(k))=ε(σ)α(v1,,vk)\alpha(v_{\sigma(1)}, \dots, v_{\sigma(k)}) = \varepsilon(\sigma)\,\alpha(v_1, \dots, v_k) pour toute permutation σ\sigma.

Exemple 21.2

Sur E=RnE = \R^n : Λ1E=E\Lambda^1E^* = E^* est l’espace dual ; le déterminant dans la base canonique est une forme nn-linéaire alternée, et la Proposition 21.4 montrera qu’il engendre ΛnE\Lambda^nE^* — la raison profonde pour laquelle le déterminant est unique à un scalaire près. Pour k>nk > n, ΛkE={0}\Lambda^kE^* = \{0\} : kk vecteurs sont liés, et développer l’un le long des autres tue α\alpha par alternance.

Définition 21.3

Pour 1,,kE\ell_1, \dots, \ell_k \in E^*, leur produit extérieur est la forme kk-linéaire alternée

(1k)(v1,,vk)=det(i(vj))1i,jk.(\ell_1 \wedge \dots \wedge \ell_k)(v_1, \dots, v_k) = \det\bigl(\ell_i(v_j)\bigr)_{1 \leq i, j \leq k} .

Alternance et multilinéarité sont celles du déterminant en ses colonnes.

Proposition 21.4 (Base de Λk\Lambda^k)

Soit (e1,,en)(e_1, \dots, e_n) une base de EE de base duale (e1,,en)(e_1^*, \dots, e_n^*). Les formes

eI=ei1eik,I={i1<<ik}{1,,n},e_I^* = e_{i_1}^* \wedge \dots \wedge e_{i_k}^*, \qquad I = \{i_1 < \dots < i_k\} \subseteq \{1, \dots, n\},

forment une base de ΛkE\Lambda^kE^* ; d’où dimΛkE=(nk)\dim\Lambda^kE^* = \binom nk. Explicitement, α=I=kα(ei1,,eik)eI\alpha = \sum_{\abs I = k}\alpha(e_{i_1}, \dots, e_{i_k})\,e_I^*.

Démonstration. Engendrement. Soit αΛkE\alpha \in \Lambda^kE^* et β=Iα(eI)eI\beta = \sum_I\alpha(e_I)\,e_I^*, où α(eI)\alpha(e_I) abrège α(ei1,,eik)\alpha(e_{i_1}, \dots, e_{i_k}). Les deux côtés sont kk-linéaires et alternés, donc ils coïncident dès qu’ils coïncident sur tous les kk-uplets (ej1,,ejk)(e_{j_1}, \dots, e_{j_k}) avec j1<<jkj_1 < \dots < j_k (la multilinéarité réduit aux uplets de vecteurs de base, l’alternance aux uplets strictement croissants). Et eI(ej1,,ejk)=det(eir(ejs))=δIJe_I^*(e_{j_1}, \dots, e_{j_k}) = \det(e_{i_r}^*(e_{j_s})) = \delta_{IJ} : pour I=JI = J la matrice est l’identité ; pour IJI \neq J une ligne est nulle. Donc β(eJ)=α(eJ)\beta(e_J) = \alpha(e_J) pour tout JJ : β=α\beta = \alpha. Liberté. Si IcIeI=0\sum_I c_Ie_I^* = 0, évaluer sur (ej1,,ejk)(e_{j_1}, \dots, e_{j_k}) donne cJ=0c_J = 0.

Définition 21.5

Le produit extérieur s’étend en une application bilinéaire ΛkE×ΛEΛk+E\Lambda^kE^* \times \Lambda^\ell E^* \to \Lambda^{k+\ell}E^*, déterminée par la bilinéarité et (eI)(eJ)=eIeJ(e_I^*) \wedge (e_J^*) = e_I^* \wedge e_J^* (concaténer et réordonner ; le produit est 00 si IJI \cap J \neq \varnothing). Elle est associative, et anticommutative graduée :

βα=(1)kαβ(αΛk, βΛ).\beta \wedge \alpha = (-1)^{k\ell}\,\alpha \wedge \beta \qquad (\alpha \in \Lambda^k, \ \beta \in \Lambda^\ell).

Démonstration. Les deux propriétés se vérifient sur les éléments de base et s’étendent par bilinéarité. Associativité : les deux parenthésages de eIeJeKe_I^* \wedge e_J^* \wedge e_K^* égalent le wedge de la famille concaténée de 11-formes, par la formule du déterminant de la Définition 21.3 (développement de Laplace par blocs). La règle des signes : faire passer chacun des \ell facteurs de β\beta devant les kk facteurs de α\alpha coûte un signe par transposition adjacente (échange de deux lignes du déterminant), d’où (1)k(-1)^{k\ell} au total.

Proposition 21.6 (Image réciproque, cas linéaire)

Une application linéaire u ⁣:EFu\colon E \to F induit, pour chaque kk, l’application linéaire u ⁣:ΛkFΛkEu^*\colon \Lambda^kF^* \to \Lambda^kE^*, (uα)(v1,,vk)=α(u(v1),,u(vk))(u^*\alpha)(v_1, \dots, v_k) = \alpha(u(v_1), \dots, u(v_k)). Elle vérifie u(αβ)=uαuβu^*(\alpha \wedge \beta) = u^*\alpha \wedge u^*\beta et (uw)=wu(u \circ w)^* = w^* \circ u^*. De plus :

  1. Si dimE=n\dim E = n et u ⁣:EEu\colon E \to E, alors sur la droite ΛnE\Lambda^nE^* : uα=(detu)αu^*\alpha = (\det u)\,\alpha.
  2. Si rku<k\operatorname{rk}u < k, alors u=0u^* = 0 sur ΛkF\Lambda^kF^*.

Démonstration. Les identités fonctorielles sont immédiates d’après les définitions (pour la règle du produit, vérifier sur les wedges de 11-formes avec la formule du déterminant — det(i(uvj))=det((ui)(vj))\det(\ell_i(uv_j)) = \det((u^*\ell_i)(v_j)) — puis étendre bilinéairement). (1) uu^* envoie la droite ΛnE\Lambda^nE^* (la Proposition 21.4) dans elle-même, donc uα=cαu^*\alpha = c\,\alpha avec cc indépendant de α0\alpha \neq 0 ; tester sur α=e1en\alpha = e_1^* \wedge \dots \wedge e_n^* et (vj)=(ej)(v_j) = (e_j) donne c=det(ei(uej))=detuc = \det(e_i^*(ue_j)) = \det u. (2) Pour v1,,vkEv_1, \dots, v_k \in E, les vecteurs u(v1),,u(vk)u(v_1), \dots, u(v_k) vivent dans l’image de uu, de dimension <k< k : ils sont linéairement dépendants, et une forme alternée s’annule sur une famille liée (développer le vecteur lié le long des autres).

21.2 Formes différentielles et dérivée extérieure

Définition 21.7

Soit URnU \subseteq \R^n ouvert. Une forme différentielle de degré kk sur UU est une application lisse ω ⁣:UΛk(Rn)\omega\colon U \to \Lambda^k(\R^n)^* ; dans la base de la Proposition 21.4 (en écrivant  ⁣dxi\dd x_i pour eie_i^*),

ω=I=kaI ⁣dxI, ⁣dxI= ⁣dxi1 ⁣dxik,\omega = \sum_{\abs I = k} a_I\,\dd x_I, \qquad \dd x_I = \dd x_{i_1} \wedge \dots \wedge \dd x_{i_k},

avec des coefficients lisses aIC(U)a_I \in \mathcal C^\infty(U). Leur espace est Ωk(U)\Omega^k(U) ; Ω0(U)=C(U)\Omega^0(U) = \mathcal C^\infty(U). Une 00-forme est une fonction ; une 11-forme est un champ de formes linéaires (p.ex. la différentielle  ⁣df\dd f d’une fonction) ; une nn-forme est a ⁣dx1 ⁣dxna\,\dd x_1\wedge\dots\wedge\dd x_n, l’intégrande naturelle du Chapitre 11.

Définition 21.8 (Dérivée extérieure)

La dérivée extérieure est l’application linéaire  ⁣d ⁣:Ωk(U)Ωk+1(U)\dd\colon \Omega^k(U) \to \Omega^{k+1}(U) définie par

 ⁣d(IaI ⁣dxI)=I ⁣daI ⁣dxI=Ij=1naIxj ⁣dxj ⁣dxI.\dd\Bigl(\sum_I a_I\,\dd x_I\Bigr) = \sum_I \dd a_I \wedge \dd x_I = \sum_I\sum_{j=1}^n \frac{\partial a_I}{\partial x_j}\,\dd x_j \wedge \dd x_I .

Sur les 00-formes, c’est la différentielle usuelle.

Théorème 21.9

(a)  ⁣d(ωη)= ⁣dωη+(1)kω ⁣dη\dd(\omega \wedge \eta) = \dd\omega \wedge \eta + (-1)^k\,\omega \wedge \dd\eta pour ωΩk\omega \in \Omega^k (la règle de Leibniz graduée). (b)  ⁣d ⁣d=0\dd \circ \dd = 0.

Démonstration. (a) Par bilinéarité il suffit de traiter ω=a ⁣dxI\omega = a\,\dd x_I, η=b ⁣dxJ\eta = b\,\dd x_J. Alors ωη=ab ⁣dxI ⁣dxJ\omega \wedge \eta = ab\,\dd x_I \wedge \dd x_J et

 ⁣d(ωη)=(b ⁣da+a ⁣db) ⁣dxI ⁣dxJ=( ⁣da ⁣dxI)(b ⁣dxJ)+a ⁣db ⁣dxI ⁣dxJ,\dd(\omega\wedge\eta) = (b\,\dd a + a\,\dd b) \wedge \dd x_I \wedge \dd x_J = (\dd a \wedge \dd x_I) \wedge (b\,\dd x_J) + a\,\dd b \wedge \dd x_I \wedge \dd x_J,

et faire passer la 11-forme  ⁣db\dd b devant les kk facteurs de  ⁣dxI\dd x_I coûte (1)k(-1)^k (la Définition 21.5) : le second terme est (1)kω ⁣dη(-1)^k\,\omega \wedge \dd\eta. (b) Pour une fonction :  ⁣d( ⁣da)=i,j2axjxi ⁣dxj ⁣dxi\dd(\dd a) = \sum_{i,j} \frac{\partial^2a}{\partial x_j\partial x_i}\,\dd x_j \wedge \dd x_i. Le coefficient est symétrique en (i,j)(i,j) par le théorème de Schwarz sur les dérivées partielles mixtes (prouvé dans le volume d’Année 2 ; aa est C\mathcal C^\infty), tandis que  ⁣dxj ⁣dxi\dd x_j \wedge \dd x_i est antisymétrique : en appariant les termes (i,j)(i,j) et (j,i)(j,i), tout s’annule. Pour une ω=aI ⁣dxI\omega = \sum a_I\dd x_I générale :  ⁣d ⁣dω= ⁣d( ⁣daI ⁣dxI)=( ⁣d ⁣daI ⁣dxI ⁣daI ⁣d( ⁣dxI))\dd\dd\omega = \sum\dd(\dd a_I \wedge \dd x_I) = \sum(\dd\dd a_I\wedge\dd x_I - \dd a_I\wedge\dd(\dd x_I)) par (a), et les deux termes s’annulent ( ⁣d( ⁣dxI)=0\dd(\dd x_I) = 0 car le coefficient est constant).

Définition 21.10 (Image réciproque)

Soit φ ⁣:UV\varphi\colon U \to V lisse (URmU \subseteq \R^m, VRnV \subseteq \R^n ouverts). L’image réciproque φ ⁣:Ωk(V)Ωk(U)\varphi^*\colon \Omega^k(V) \to \Omega^k(U) est définie ponctuellement par l’image réciproque linéaire le long de la différentielle : (φω)x=(Dφ(x))ωφ(x)(\varphi^*\omega)_x = (D\varphi(x))^*\,\omega_{\varphi(x)}. Concrètement, φ\varphi^* substitue : φf=fφ\varphi^*f = f \circ \varphi sur les fonctions, φ( ⁣dyi)= ⁣dφi=jφixj ⁣dxj\varphi^*(\dd y_i) = \dd\varphi_i = \sum_j\frac{\partial\varphi_i}{\partial x_j}\dd x_j, et φ(a ⁣dyi1 ⁣dyik)=(aφ) ⁣dφi1 ⁣dφik\varphi^*(a\,\dd y_{i_1}\wedge\dots\wedge \dd y_{i_k}) = (a\circ\varphi)\,\dd\varphi_{i_1}\wedge\dots\wedge \dd\varphi_{i_k}.

Théorème 21.11

(a) φ(ωη)=φωφη\varphi^*(\omega \wedge \eta) = \varphi^*\omega \wedge \varphi^*\eta et (ψφ)=φψ(\psi \circ \varphi)^* = \varphi^* \circ \psi^*. (b) φ( ⁣dω)= ⁣d(φω)\varphi^*(\dd\omega) = \dd(\varphi^*\omega) : la dérivée extérieure commute avec toute substitution lisse — l’identité qui en fait la dérivée de la théorie. (c) Si φ ⁣:UV\varphi\colon U \to V est lisse entre ouverts de Rn\R^n et ω=a ⁣dy1 ⁣dyn\omega = a\,\dd y_1 \wedge \dots \wedge \dd y_n, alors φω=(aφ)det(Dφ) ⁣dx1 ⁣dxn\varphi^*\omega = (a \circ \varphi)\,\det\bigl(D\varphi\bigr)\,\dd x_1 \wedge \dots \wedge \dd x_n.

Démonstration. (a) Énoncés ponctuels sur les images réciproques linéaires (la Proposition 21.6), plus la règle de chaîne D(ψφ)(x)=Dψ(φ(x))Dφ(x)D(\psi\circ\varphi)(x) = D\psi(\varphi(x))\,D\varphi(x). (b) Pour une 00-forme ff : φ( ⁣df)= ⁣dfDφ= ⁣d(fφ)\varphi^*(\dd f) = \dd f \circ D\varphi = \dd(f \circ \varphi) est la règle de chaîne. Pour ω=a ⁣dyI\omega = a\,\dd y_I : en utilisant (a), φω=(aφ) ⁣dφi1 ⁣dφik\varphi^*\omega = (a\circ\varphi)\,\dd\varphi_{i_1}\wedge\dots\wedge \dd\varphi_{i_k}, donc par la règle de Leibniz (le Théorème 21.9(a)) et  ⁣d ⁣dφir=0\dd\dd\varphi_{i_r} = 0 :

 ⁣d(φω)= ⁣d(aφ) ⁣dφi1 ⁣dφik=φ( ⁣da)φ( ⁣dyI)=φ( ⁣da ⁣dyI)=φ( ⁣dω).\dd(\varphi^*\omega) = \dd(a\circ\varphi) \wedge \dd\varphi_{i_1}\wedge\dots\wedge\dd\varphi_{i_k} = \varphi^*(\dd a) \wedge \varphi^*(\dd y_I) = \varphi^*(\dd a \wedge \dd y_I) = \varphi^*(\dd\omega).

(c) Ponctuellement c’est exactement uα=(detu)αu^*\alpha = (\det u)\alpha sur les formes de degré maximal (la Proposition 21.6(1) avec u=Dφ(x)u = D\varphi(x)).

Exemple 21.12 (Coordonnées polaires)

Pour φ(r,θ)=(rcosθ,rsinθ)\varphi(r, \theta) = (r\cos\theta, r\sin\theta) : φ ⁣dx=cosθ ⁣drrsinθ ⁣dθ\varphi^*\dd x = \cos\theta\,\dd r - r\sin\theta\,\dd\theta, φ ⁣dy=sinθ ⁣dr+rcosθ ⁣dθ\varphi^*\dd y = \sin\theta\,\dd r + r\cos\theta\,\dd\theta, donc

φ( ⁣dx ⁣dy)=(cosθ ⁣drrsinθ ⁣dθ)(sinθ ⁣dr+rcosθ ⁣dθ)=r ⁣dr ⁣dθ,\varphi^*(\dd x \wedge \dd y) = (\cos\theta\,\dd r - r\sin\theta\,\dd\theta) \wedge (\sin\theta\,\dd r + r\cos\theta\,\dd\theta) = r\,\dd r \wedge \dd\theta,

le jacobien de l’Exemple 11.12 apparaissant par pure algèbre — sans théorie de la mesure. l’Exercice 21.9 transforme cette remarque en énoncé : pour les intégrales orientées, la formule de changement de variables est la formule d’image réciproque.

21.3 Formes fermées et exactes ; le lemme de Poincaré

Définition 21.13

ωΩk(U)\omega \in \Omega^k(U) est fermée si  ⁣dω=0\dd\omega = 0, exacte si ω= ⁣dη\omega = \dd\eta pour une ηΩk1(U)\eta \in \Omega^{k-1}(U) (une primitive de ω\omega). Exacte \Rightarrow fermée par  ⁣d2=0\dd^2 = 0 ; la réciproque est une question sur la forme de UU.

Exemple 21.14 (La forme angulaire)

Sur U=R2{0}U = \R^2 \setminus \{0\},

ωθ=x ⁣dyy ⁣dxx2+y2\omega_\theta = \frac{x\,\dd y - y\,\dd x}{x^2 + y^2}

est fermée (calcul direct : l’Exercice 21.4) mais pas exacte : son intégrale le long du cercle unité vaut 2π02\pi \neq 0, tandis que les intégrales de formes exactes le long de courbes fermées s’annulent (la Proposition 21.28). Localement, ωθ= ⁣dθ\omega_\theta = \dd\theta pour toute détermination lisse θ\theta de l’angle polaire — d’où le nom et l’obstruction : aucune telle détermination n’existe sur tout UU. Cette seule forme fait tourner le nombre d’enroulement (la Section 21.6) et, à travers lui, le théorème des résidus du Chapitre 17.

Théorème 21.15 (Lemme de Poincaré)

Soit URnU \subseteq \R^n ouvert et étoilé par rapport à 00. Toute kk-forme fermée sur UU (k1k \geq 1) est exacte.

Démonstration. On construit un opérateur d’homotopie linéaire h ⁣:Ωk(U)Ωk1(U)h\colon \Omega^k(U) \to \Omega^{k-1}(U) avec

 ⁣d(hω)+h( ⁣dω)=ω(k1);(21.1)\dd(h\omega) + h(\dd\omega) = \omega \qquad (k \geq 1);\tag{21.1}

si  ⁣dω=0\dd\omega = 0, alors ω= ⁣d(hω)\omega = \dd(h\omega) et on a fini. Pour ω=IaI ⁣dxI\omega = \sum_I a_I\,\dd x_I poser

hω=I=k r=1k(1)r1(01tk1aI(tx) ⁣dt)xir ⁣dxi1 ⁣dxir^ ⁣dxikh\omega = \sum_{\abs I = k}\ \sum_{r=1}^{k}(-1)^{r-1} \Bigl(\int_0^1 t^{k-1}a_I(tx)\,\dd t\Bigr)\, x_{i_r}\,\dd x_{i_1}\wedge\dots\wedge \widehat{\dd x_{i_r}}\wedge\dots\wedge\dd x_{i_k}

(le chapeau supprime un facteur ; les intégrales sont lisses en xx par dérivation sous le signe intégral, le Théorème 10.15, toutes les dérivées étant dominées sur les compacts). Vérifier (21.1) est un calcul fait une fois dans une vie, donc on le fait en entier. Fixer II et prendre ω=a ⁣dxI\omega = a\,\dd x_I (linéarité). D’abord,

 ⁣d(hω)=k(01tk1a(tx) ⁣dt) ⁣dxI+r=1k(1)r1j=1n(01tkja(tx) ⁣dt)xir ⁣dxj ⁣dxIir:\dd(h\omega) = k\Bigl(\int_0^1t^{k-1}a(tx)\dd t\Bigr)\dd x_I + \sum_{r=1}^k(-1)^{r-1}\sum_{j=1}^n \Bigl(\int_0^1t^{k}\,\partial_ja(tx)\,\dd t\Bigr) x_{i_r}\,\dd x_j\wedge\dd x_{I\setminus i_r} :

le premier groupe rassemble les termes où  ⁣d\dd frappe le facteur xirx_{i_r} — le wedge  ⁣dxir ⁣dxIir\dd x_{i_r}\wedge\dd x_{I\setminus i_r} réassemble  ⁣dxI\dd x_I avec un signe (1)r1(-1)^{r-1} qui annule le préfacteur, et les kk valeurs de rr donnent le facteur kk — tandis que le second groupe rassemble les termes où  ⁣d\dd frappe l’intégrale (la règle de chaîne sort tja(tx)t\,\partial_ja(tx)). Ensuite,  ⁣dω=jja ⁣dxj ⁣dxI\dd\omega = \sum_j\partial_ja\,\dd x_j\wedge\dd x_I, et en appliquant la définition de hh en degré k+1k+1, l’indice jj occupant la première place :

h( ⁣dω)=j=1n(01tkja(tx) ⁣dt)xj ⁣dxIj=1nr=1k(1)r1(01tkja(tx) ⁣dt)xir ⁣dxj ⁣dxIir.h(\dd\omega) = \sum_{j=1}^n\Bigl(\int_0^1t^{k} \partial_ja(tx)\dd t\Bigr)x_j\,\dd x_I - \sum_{j=1}^n\sum_{r=1}^k(-1)^{r-1} \Bigl(\int_0^1t^{k}\partial_ja(tx)\dd t\Bigr) x_{i_r}\,\dd x_j\wedge\dd x_{I\setminus i_r} .

Les doubles sommes s’annulent dans  ⁣d(hω)+h( ⁣dω)\dd(h\omega) + h(\dd\omega), qui égale donc

(01(ktk1a(tx)+tkjxjja(tx)) ⁣dt) ⁣dxI=(01 ⁣d ⁣dt(tka(tx)) ⁣dt) ⁣dxI=a(x) ⁣dxI=ω,\Bigl(\int_0^1\bigl(k\,t^{k-1}a(tx) + t^k{\textstyle\sum_j}x_j\,\partial_ja(tx)\bigr)\dd t\Bigr) \dd x_I = \Bigl(\int_0^1\frac{\dd}{\dd t}\bigl(t^ka(tx)\bigr)\dd t\Bigr)\dd x_I = a(x)\,\dd x_I = \omega,

par le théorème fondamental de l’analyse. L’étoilé est entré là où il devait : txUtx \in U pour t[0,1]t \in \intcc01, de sorte que a(tx)a(tx) a un sens.

Remarque 21.16

Pour k=1k = 1 et ω=jaj ⁣dxj\omega = \sum_j a_j\dd x_j, la primitive est f(x)=01jaj(tx)xj ⁣dtf(x) = \int_0^1\sum_ja_j(tx)\,x_j\,\dd t — l’intégrale curviligne de ω\omega le long du segment [0,x][0, x] : le théorème est le « un champ à jacobienne symétrique est un gradient » à plusieurs variables de l’Année 2, maintenant en tout degré. La forme angulaire (l’Exemple 21.14) montre que l’hypothèse sur UU n’est pas décorative : R2{0}\R^2\setminus\{0\} n’est pas étoilé, et là fermeture n’implique pas exactitude. Ce qui survit sur un ouvert général est mesuré par la cohomologie de de Rham Hk(U)=ker ⁣d/im ⁣dH^k(U) = \ker\dd/\operatorname{im}\dd — voir l’Exercice 21.12 pour le premier calcul non trivial.

21.4 Orientation et intégration sur les sous-variétés

Intégrer une kk-forme demande un territoire kk-dimensionnel orienté. Rappeler du Chapitre 20 (le Théorème 20.3) qu’une kk-sous-variété MRnM \subseteq \R^n est localement l’image d’une paramétrisation régulière γ ⁣:VMW\gamma\colon V \to M \cap W (VRkV \subseteq \R^k ouvert, γ\gamma un homéomorphisme sur son image avec différentielle injective).

Définition 21.17

Une orientation de MM est un choix, pour chaque pMp \in M, d’une des deux classes d’orientation de bases de l’espace tangent TpMT_pM, qui est localement cohérent : autour de chaque point il existe une paramétrisation γ\gamma dont le repère de coordonnées (1γ,,kγ)(\partial_1\gamma, \dots, \partial_k\gamma) est positivement orienté en tout point de son domaine. De telles paramétrisations sont dites directes. MM est orientable si une orientation existe ; le ruban de Möbius montre que cela peut échouer. Toutes les sous-variétés de ce chapitre sont orientées.

Définition 21.18 (Intégrale d’une forme)

Soit MM une kk-sous-variété orientée et ω\omega une kk-forme définie sur un voisinage de MM, avec suppωM\operatorname{supp}\omega \cap M compact. (a) Si suppωMγ(V)\operatorname{supp}\omega \cap M \subseteq \gamma(V) pour une seule paramétrisation directe, poser

Mω=Vγω\int_M\omega = \int_V\gamma^*\omega

— le second membre étant l’intégrale de Lebesgue sur VV (le Chapitre 11) du coefficient gg de γω=g ⁣du1 ⁣duk\gamma^*\omega = g\,\dd u_1\wedge\dots\wedge\dd u_k, qui est continue à support compact. (b) En général, choisir un nombre fini de paramétrisations directes γi(Vi)\gamma_i(V_i) recouvrant le compact suppωM\operatorname{supp}\omega \cap M et une partition de l’unité subordonnée (χi)(\chi_i) (le Lemme 21.20), et poser Mω=iMχiω\int_M\omega = \sum_i\int_M\chi_i\,\omega, chaque terme calculé par (a). Pour une courbe (k=1k = 1) paramétrée par γ ⁣:[a,b]Rn\gamma\colon\intcc ab\to\R^n on écrit γω=abγω\int_\gamma\omega = \int_a^b\gamma^*\omega, sans exiger l’injectivité.

Lemme 21.19 (Cohérence)

La définition (a) ne dépend pas de la paramétrisation directe, et la définition (b) ne dépend ni du recouvrement ni de la partition de l’unité. De plus, si Φ\Phi est un difféomorphisme de voisinages de deux sous-variétés orientées avec Φ(M)=M\Phi(M) = M', transportant un repère direct de MM vers un repère direct de MM' en un point de chaque composante de MM, alors Mω=MΦω\int_{M'}\omega = \int_M\Phi^*\omega.

Démonstration. (a) Soient γ ⁣:VM\gamma\colon V \to M, δ ⁣:VM\delta\colon V' \to M des paramétrisations directes dont les images contiennent suppωM\operatorname{supp}\omega\cap M. La transition τ=δ1γ\tau = \delta^{-1}\circ\gamma est un difféomorphisme entre les ouverts pertinents de V,VV, V' (lissité des transitions : le Théorème 20.3, via la description en graphe local), et γ=δτ\gamma = \delta\circ\tau là, donc γω=τ(δω)\gamma^*\omega = \tau^*(\delta^*\omega) (le Théorème 21.11(a)). Écrire δω=g ⁣du1 ⁣duk\delta^*\omega = g\,\dd u_1\wedge\dots\wedge\dd u_k ; alors (le Théorème 21.11(c)) τ(δω)=(gτ)det(Dτ) ⁣du1 ⁣duk\tau^*(\delta^*\omega) = (g\circ\tau)\,\det(D\tau)\,\dd u_1\wedge\dots\wedge\dd u_k. Les deux repères étant directs, DτD\tau envoie une base positive sur une base positive : detDτ>0\det D\tau > 0, donc detDτ=detDτ\det D\tau = \abs{\det D\tau} et le théorème de changement de variables (le Théorème 11.11) donne (gτ)detDτ=g\int(g\circ\tau)\abs{\det D\tau} = \int g : les deux intégrales coïncident. Voici toute la raison d’être de l’orientation : sans le contrôle du signe, le jacobien et sa valeur absolue diffèrent et l’intégrale est mal définie. (b) Si (χi)(\chi_i) et (χ~j)(\tilde\chi_j) sont deux partitions admissibles (recouvrements inclus), alors par (a) et l’additivité finie, iχiω=i,jχiχ~jω=jχ~jω\sum_i\int\chi_i\omega = \sum_{i,j}\int\chi_i\tilde\chi_j\omega = \sum_j\int\tilde\chi_j\omega, chaque double terme calculable dans l’une ou l’autre carte. Le dernier énoncé : si γ\gamma parcourt les paramétrisations directes de MM, alors Φγ\Phi\circ\gamma parcourt les paramétrisations directes de MM' (la comparaison d’orientation est localement constante, et fixée en un point par composante), et (Φγ)ω=γ(Φω)(\Phi\circ\gamma)^*\omega = \gamma^*(\Phi^*\omega).

Lemme 21.20 (Partitions de l’unité, cas compact)

Soit KRnK \subseteq \R^n compact et W1,,WmW_1, \dots, W_m des ouverts recouvrant KK. Il existe χ1,,χmC(Rn)\chi_1, \dots, \chi_m \in \mathcal C^\infty(\R^n) avec 0χi10 \leq \chi_i \leq 1, suppχiWi\operatorname{supp}\chi_i \subseteq W_i compact, et χi=1\sum\chi_i = 1 sur un voisinage de KK.

Démonstration. Chaque xKx \in K vit dans un certain Wi(x)W_{i(x)} avec une boule fermée Bˉ(x,2rx)Wi(x)\bar B(x, 2r_x) \subseteq W_{i(x)} ; la compacité extrait x1,,xNx_1, \dots, x_N avec les boules B(xs,rxs)B(x_s, r_{x_s}) recouvrant KK. Pour chaque ss prendre une bosse θsC\theta_s \in \mathcal C^\infty, 0θs10 \leq \theta_s \leq 1, θs=1\theta_s = 1 sur Bˉ(xs,rxs)\bar B(x_s, r_{x_s}), suppθsB(xs,2rxs)\operatorname{supp}\theta_s \subseteq B(x_s, 2r_{x_s}) (régulariser l’indicatrice de la boule de rayon 32rxs\frac32r_{x_s}, le Théorème 12.9). Assigner chaque ss à un indice i(s)i(s) avec B(xs,2rxs)Wi(s)B(x_s, 2r_{x_s}) \subseteq W_{i(s)} et poser Θi=i(s)=iθs\Theta_i = \sum_{i(s) = i}\theta_s. Sur l’ouvert Ω0={jΘj>12}K\Omega_0 = \{\sum_j\Theta_j > \tfrac12\} \supseteq K, les fonctions Θi/jΘj\Theta_i/\sum_j\Theta_j font le travail mais ne sont définies que là ; pour globaliser, soit ρC(Rn)\rho \in \mathcal C^\infty(\R^n) vérifiant ρ=0\rho = 0 là où jΘj1\sum_j\Theta_j \geq 1 et ρ>0\rho > 0 là où jΘj12\sum_j\Theta_j \leq \tfrac12 (régulariser une coupure convenable de 1jΘj1 - \sum_j\Theta_j), et poser

χi=Θiρ+jΘj.\chi_i = \frac{\Theta_i}{\rho + \sum_j\Theta_j} .

Le dénominateur est partout >0> 0 et égale jΘj\sum_j\Theta_j sur {jΘj1}\{\sum_j\Theta_j \geq 1\}, un voisinage ouvert de KK (chaque point de KK vit dans une boule B(xs,rxs)B(x_s, r_{x_s})θs=1\theta_s = 1) ; là iχi=1\sum_i\chi_i = 1. Supports et bornes sont clairs.

21.5 Le théorème de Stokes

Définition 21.21

Une kk-sous-variété à bord MRnM \subseteq \R^n est un ensemble recouvert par des paramétrisations régulières de deux sortes : des cartes intérieures γ ⁣:VMW\gamma\colon V \to M \cap W avec VRkV \subseteq \R^k ouvert, et des cartes de bord γ ⁣:VHkMW\gamma\colon V \cap H^k \to M \cap W, où Hk={uRk:uk0}H^k = \{u \in \R^k : u_k \geq 0\} et γ\gamma s’étend de façon lisse et régulière à l’ouvert VV. Le bord M\partial M est l’ensemble des points atteints en uk=0u_k = 0 ; c’est une (k1)(k-1)-sous-variété sans bord, paramétrée par les applications uγ(u,0)u' \mapsto \gamma(u', 0). Une orientation de MM en induit une sur M\partial M par la règle de la normale sortante d’abord : en pMp \in \partial M, une base (w1,,wk1)(w_1, \dots, w_{k-1}) de TpMT_p\partial M est positive ssi (ν,w1,,wk1)(\nu, w_1, \dots, w_{k-1}) est une base positive de TpMT_pM, où νTpMTpM\nu \in T_pM \setminus T_p\partial M pointe hors de MM (dans une carte de bord : ν=kγ\nu = -\partial_k\gamma, à des composantes tangentielles près — la classe d’orientation ne les voit pas).

La règle de la normale sortante d’abord : en chaque point du bord, placer le vecteur sortant  en premier ; les bases qui le complètent en un repère positif de M orientent M. Pour un domaine plan muni de l’orientation standard, c’est la règle du sens trigonométrique de Green–Riemann.
La règle de la normale sortante d’abord : en chaque point du bord, placer le vecteur sortant ν\nu en premier ; les bases qui le complètent en un repère positif de MM orientent M\partial M. Pour un domaine plan muni de l’orientation standard, c’est la règle du sens trigonométrique de Green–Riemann.

Lemme 21.22 (Stokes sur le demi-espace)

Soit η\eta une (k1)(k-1)-forme lisse sur Rk\R^k à support compact. Alors

Hk ⁣dη=Hkη,\int_{H^k}\dd\eta = \int_{\partial H^k}\eta,

HkH^k porte l’orientation standard de Rk\R^k et Hk={uk=0}Rk1\partial H^k = \{u_k = 0\} \cong \R^{k-1} l’orientation induite, qui est (1)k(-1)^k fois l’orientation standard de Rk1\R^{k-1}.

Démonstration. D’abord la comptabilité d’orientation : la normale sortante le long de Hk\partial H^k est ek-e_k, et

det(ek,e1,,ek1)=det(ek,e1,,ek1)=(1)k1det(e1,,ek)=(1)k:\det(-e_k, e_1, \dots, e_{k-1}) = -\det(e_k, e_1, \dots, e_{k-1}) = -(-1)^{k-1}\det(e_1, \dots, e_k) = (-1)^k :

le repère (e1,,ek1)(e_1, \dots, e_{k-1}) de Hk\partial H^k est positif pour l’orientation induite exactement lorsque kk est pair, d’où la comparaison annoncée. Par linéarité prendre η=f ⁣du1 ⁣dui^ ⁣duk\eta = f\,\dd u_1\wedge\dots\wedge\widehat{\dd u_i}\wedge\dots\wedge\dd u_k, fCc(Rk)f \in \mathcal C^\infty_c(\R^k) ; alors  ⁣dη=(1)i1if ⁣du1 ⁣duk\dd\eta = (-1)^{i-1}\,\partial_if\,\dd u_1\wedge\dots\wedge\dd u_k (placer  ⁣dui\dd u_i dans son créneau coûte i1i - 1 échanges). Deux cas, tous deux par Tonelli–Fubini (le Théorème 11.6) et le théorème fondamental à une variable.

Cas i<ki < k. En intégrant d’abord en uiu_i sur R\R : Rif ⁣dui=0\int_\R\partial_if\,\dd u_i = 0 (support compact), donc Hk ⁣dη=0\int_{H^k}\dd\eta = 0. Et la restriction de η\eta à {uk=0}\{u_k = 0\} contient le facteur  ⁣duk\dd u_k, qui se restreint à 00 (uku_k y est constant) : Hkη=0\int_{\partial H^k}\eta = 0 aussi.

Cas i=ki = k. En intégrant d’abord en uku_k sur [0,)\intco0\infty :

Hk ⁣dη=(1)k1Rk1(0kf ⁣duk) ⁣du=(1)k1Rk1(0f(u,0)) ⁣du=(1)kRk1f(u,0) ⁣du.\begin{align*} \int_{H^k}\dd\eta &= (-1)^{k-1}\int_{\R^{k-1}} \Bigl(\int_0^\infty\partial_kf\,\dd u_k\Bigr)\dd u' \\ &= (-1)^{k-1}\int_{\R^{k-1}}\bigl(0 - f(u', 0)\bigr)\dd u' = (-1)^k\int_{\R^{k-1}}f(u',0)\,\dd u' . \end{align*}

Du côté du bord, η\eta se restreint à f(u,0) ⁣du1 ⁣duk1f(u', 0)\,\dd u_1\wedge\dots\wedge\dd u_{k-1}, et l’orientation induite étant (1)k(-1)^k fois l’orientation standard, Hkη=(1)kRk1f(u,0) ⁣du\int_{\partial H^k}\eta = (-1)^k\int_{\R^{k-1}}f(u',0)\,\dd u'. Les deux côtés coïncident.

Théorème 21.23 (Stokes)

Soit MRnM \subseteq \R^n une kk-sous-variété orientée compacte à bord, M\partial M portant l’orientation induite, et soit ω\omega une (k1)(k-1)-forme lisse sur un voisinage de MM. Alors

M ⁣dω=Mω.\int_M\dd\omega = \int_{\partial M}\omega .

En particulier, si M=\partial M = \varnothing : M ⁣dω=0\int_M\dd\omega = 0.

Démonstration. Recouvrir le compact MM par un nombre fini d’images de cartes directes (intérieures ou de bord), et prendre une partition de l’unité (χi)(\chi_i) subordonnée aux ouverts correspondants WiW_i de Rn\R^n (le Lemme 21.20), avec χi=1\sum\chi_i = 1 sur un voisinage de MM. Sur ce voisinage  ⁣d(χi)=0\dd(\sum\chi_i) = 0, donc

M ⁣dω=iM ⁣d(χiω),Mω=iMχiω:\int_M\dd\omega = \sum_i\int_M\dd(\chi_i\omega), \qquad \int_{\partial M}\omega = \sum_i\int_{\partial M}\chi_i\omega :

les deux côtés sont additifs, et il suffit de prouver le théorème pour une forme supportée dans l’image d’une seule carte.

Carte intérieure. Si suppωMγ(V)\operatorname{supp}\omega \cap M \subseteq \gamma(V) avec VV ouvert dans Rk\R^k : étendre η=γω\eta = \gamma^*\omega par zéro à Rk\R^k (lisse, support compact dans VV) et appliquer le Lemme 21.22 avec le support loin de Hk\partial H^k (translater VV dans le demi-espace supérieur ouvert — ou simplement répéter le calcul du cas i<ki < k sur tout Rk\R^k) : M ⁣dω=Rk ⁣dη=0\int_M\dd\omega = \int_{\R^k}\dd\eta = 0, et Mω=0\int_{\partial M}\omega = 0 puisque ω\omega s’annule près de M\partial M.

Carte de bord. Si suppωMγ(VHk)\operatorname{supp}\omega\cap M \subseteq \gamma(V \cap H^k) : avec η=γω\eta = \gamma^*\omega étendue par zéro, γ( ⁣dω)= ⁣dη\gamma^*(\dd\omega) = \dd\eta (le Théorème 21.11(b)), donc par la Définition 21.18 :

M ⁣dω=Hk ⁣dη=Lemme 21.22Hkη.\int_M\dd\omega = \int_{H^k}\dd\eta \overset{\text{\text{Lemme 21.22}}}{=} \int_{\partial H^k}\eta .

Il reste à identifier le second membre avec Mω\int_{\partial M}\omega. Le bord est paramétré par β(u)=γ(u,0)\beta(u') = \gamma(u', 0), et βω\beta^*\omega est la restriction de η\eta à {uk=0}\{u_k = 0\} (image réciproque sous l’inclusion u(u,0)u' \mapsto (u', 0) composée avec γ\gamma). La comparaison d’orientation est le même (1)k(-1)^k des deux côtés : le repère (1β,,k1β)(\partial_1\beta, \dots, \partial_{k-1}\beta) siège dans l’orientation induite de M\partial M avec le signe det(ek,e1,,ek1)=(1)k\det(-e_k, e_1, \dots, e_{k-1}) = (-1)^k calculé dans la carte (le vecteur sortant se tire en arrière en ek-e_k), qui est exactement le signe reliant l’orientation induite de Hk\partial H^k à l’orientation standard de Rk1\R^{k-1} (le Lemme 21.22). Les deux conventions de signe s’annulent : Hkη=Mω\int_{\partial H^k}\eta = \int_{\partial M}\omega.

Exemple 21.24 (Les théorèmes classiques)

Soit DR2D \subseteq \R^2 un domaine compact à bord lisse, orienté standardement. Pour ω=P ⁣dx+Q ⁣dy\omega = P\,\dd x + Q\,\dd y :  ⁣dω=(xQyP) ⁣dx ⁣dy\dd\omega = \bigl(\partial_xQ - \partial_yP\bigr)\dd x\wedge\dd y, et Stokes se lit

D(QxPy) ⁣dx ⁣dy=DP ⁣dx+Q ⁣dy:\int_D\Bigl(\frac{\partial Q}{\partial x} - \frac{\partial P}{\partial y}\Bigr)\dd x\,\dd y = \oint_{\partial D}P\,\dd x + Q\,\dd y :

Green–Riemann, prouvé pour des domaines élémentaires dans le volume d’Année 2 et maintenant en généralité naturelle. Dans R3\R^3, Stokes appliqué à la 22-forme de flux d’un champ de vecteurs sur un domaine compact donne le théorème de la divergence ΩdivF=ΩF,ν ⁣dS\int_\Omega\operatorname{div}F = \int_{\partial\Omega}\langle F, \nu\rangle\,\dd S, et appliqué à une 11-forme sur une surface à bord, le théorème de Kelvin–Stokes classique sur le rotationnel ; l’Exercice 21.7 explicite les deux dictionnaires.

21.6 Le nombre d’enroulement

Définition 21.25

Soit γ ⁣:[0,1]R2{a}\gamma\colon\intcc01\to\R^2\setminus\{a\} une courbe lisse fermée. Son nombre d’enroulement autour de aa est

Indγ(a)=12πγωθa,ωθa=(xa1) ⁣dy(ya2) ⁣dx(xa1)2+(ya2)2.\operatorname{Ind}_\gamma(a) = \frac1{2\pi}\int_\gamma\omega_\theta^a, \qquad \omega_\theta^a = \frac{(x - a_1)\,\dd y - (y - a_2)\,\dd x}{(x - a_1)^2 + (y - a_2)^2} .

Proposition 21.26

Indγ(a)Z\operatorname{Ind}_\gamma(a) \in \Z ; comme fonction de aa elle est constante sur chaque composante connexe de R2γ([0,1])\R^2\setminus\gamma(\intcc01) et nulle sur la composante non bornée. Pour γ(t)=a+r(cos2πt,sin2πt)\gamma(t) = a + r(\cos2\pi t, \sin2\pi t) : Indγ(a)=1\operatorname{Ind}_\gamma(a) = 1.

Démonstration. Prendre a=0a = 0 et écrire γ=(x,y)\gamma = (x, y), ρ=γ>0\rho = \norm\gamma > 0, ϑ(t)=0tγωθ\vartheta(t) = \int_0^t\gamma^*\omega_\theta, de sorte que ϑ=xyyxx2+y2\vartheta' = \frac{xy' - yx'}{x^2 + y^2}. En notation complexe soit u(t)=γ(t)ρ(t)1eiϑ(t)u(t) = \gamma(t)\,\rho(t)^{-1}\eu^{-\iu\vartheta(t)} ; alors u=1\abs u = 1 et un calcul direct donne

uu=γγρρiϑ=γˉγγ2ρρixyyxρ2=(xx+yy)ρ2ρρ=0,\frac{u'}{u} = \frac{\gamma'}{\gamma} - \frac{\rho'}{\rho} - \iu\vartheta' = \frac{\bar\gamma\gamma'}{\abs\gamma^2} - \frac{\rho'}{\rho} - \iu\,\frac{xy' - yx'}{\rho^2} = \frac{(xx' + yy')}{\rho^2} - \frac{\rho'}{\rho} = 0,

puisque γˉγ=(xx+yy)+i(xyyx)\bar\gamma\gamma' = (xx' + yy') + \iu(xy' - yx') et ρρ=xx+yy\rho\rho' = xx' + yy'. Donc uu est constante : γ(t)=ρ(t)ceiϑ(t)\gamma(t) = \rho(t)\,c\,\eu^{\iu\vartheta(t)} avec c=1\abs c = 1, et γ(1)=γ(0)\gamma(1) = \gamma(0) avec ρ(1)=ρ(0)\rho(1) = \rho(0) force eiϑ(1)=eiϑ(0)=1\eu^{\iu\vartheta(1)} = \eu^{\iu\vartheta(0)} = 1 : ϑ(1)2πZ\vartheta(1) \in 2\pi\Z, i.e. Indγ(0)Z\operatorname{Ind}_\gamma(0) \in \Z. Comme fonction de aa sur le complémentaire ouvert de la courbe compacte, l’intégrale définissante est continue (le Théorème 10.14, domination sur un voisinage de chaque aa) ; une fonction continue à valeurs entières est localement constante, donc constante sur les composantes. Pour a\norm a grand l’intégrande est O(1/a)O(1/\norm a) uniformément en tt, donc l’indice tend vers 00 et s’annule sur la composante non bornée. Pour le cercle : γωθa=2π ⁣dt\gamma^*\omega_\theta^a = 2\pi\,\dd t directement.

Remarque 21.27

Sous CR2\C \cong \R^2,  ⁣dzz=x ⁣dx+y ⁣dyx2+y2+iωθ\frac{\dd z}{z} = \frac{x\,\dd x + y\,\dd y}{x^2 + y^2} + \iu\,\omega_\theta, donc Indγ(a)=12iπγ ⁣dzza\operatorname{Ind}_\gamma(a) = \frac1{2\iu\pi}\oint_\gamma\frac{\dd z}{z - a} : c’est l’indice du Chapitre 17, et la Proposition 21.26 reprouve son intégralité et sa constance locale par des moyens de variables réelles — la moitié topologique du théorème des résidus, maintenant appuyée sur Stokes.

Proposition 21.28

Si ω= ⁣df\omega = \dd f est exacte sur l’ouvert UU et γ ⁣:[0,1]U\gamma\colon\intcc01\to U est une courbe fermée, alors γω=0\int_\gamma\omega = 0.

Démonstration. γ ⁣df=01(fγ)(t) ⁣dt=f(γ(1))f(γ(0))=0\int_\gamma\dd f = \int_0^1(f\circ\gamma)'(t)\,\dd t = f(\gamma(1)) - f(\gamma(0)) = 0 — la règle de chaîne identifie γ( ⁣df)\gamma^*(\dd f) à (fγ) ⁣dt(f\circ\gamma)'\,\dd t.

Méthode 21.29

Calculer avec des formes : (1) mécaniser — les wedges se réordonnent avec des signes,  ⁣d\dd différencie les coefficients en de nouveaux  ⁣dxj\dd x_j, les images réciproques substituent ; faire confiance à l’algèbre, elle encode tout jacobien. (2) Pour intégrer une forme sur une sous-variété : paramétrer directement, tirer en arrière, intégrer le coefficient ; l’orientation est le seul piège — vérifier un repère. (3) Pour prouver une identité d’intégrale, chercher une forme de Stokes : l’intégrande est-elle exacte ? le domaine est-il un bord ? (4) Pour comparer des intégrales sur deux sous-variétés « parallèles », appliquer Stokes à la région entre elles (l’argument de déformation, l’Exercice 21.10). (5) Une intégrale non nulle d’une forme fermée certifie une obstruction topologique — pas de primitive, pas de rétraction, pas d’extension sans zéro : c’est ainsi que le problème de week-end tue les rétractions de la boule.

21.7 Exercices

Exercice 21.1

Sur R3\R^3, soit ω=x ⁣dyz ⁣dx\omega = x\,\dd y - z\,\dd x et η= ⁣dx+y ⁣dz\eta = \dd x + y\,\dd z. Calculer ωη\omega\wedge\eta,  ⁣dω\dd\omega,  ⁣dη\dd\eta et  ⁣d(ωη)\dd(\omega\wedge\eta), et vérifier la règle de Leibniz graduée sur cet exemple.

Solution

Solution de Exercice 21.1.

En développant et en tuant les facteurs répétés :

ωη=(x ⁣dyz ⁣dx)( ⁣dx+y ⁣dz)=x ⁣dx ⁣dy+xy ⁣dy ⁣dz+yz ⁣dz ⁣dx\omega\wedge\eta = (x\,\dd y - z\,\dd x)\wedge(\dd x + y\,\dd z) = -x\,\dd x\wedge\dd y + xy\,\dd y\wedge\dd z + yz\,\dd z\wedge\dd x

(en utilisant  ⁣dy ⁣dx= ⁣dx ⁣dy\dd y\wedge\dd x = -\dd x\wedge\dd y et zy ⁣dx ⁣dz=yz ⁣dz ⁣dx-zy\,\dd x\wedge\dd z = yz\,\dd z\wedge\dd x). Ensuite  ⁣dω= ⁣dx ⁣dy ⁣dz ⁣dx= ⁣dx ⁣dy+ ⁣dx ⁣dz\dd\omega = \dd x\wedge\dd y - \dd z\wedge\dd x = \dd x\wedge\dd y + \dd x\wedge\dd z et  ⁣dη= ⁣dy ⁣dz\dd\eta = \dd y\wedge\dd z. La règle de Leibniz graduée donne  ⁣d(ωη)= ⁣dωηω ⁣dη\dd(\omega\wedge\eta) = \dd\omega\wedge\eta - \omega\wedge\dd\eta (degré de ω\omega égal à 11), que l’on vérifie par développement direct des deux côtés.

Exercice 21.2

Identifier, sur R3\R^3, les trois incarnations de  ⁣d\dd : pour fΩ0f \in \Omega^0,  ⁣dff\dd f \leftrightarrow \nabla f ; pour la forme de travail ωF=F1 ⁣dx+F2 ⁣dy+F3 ⁣dz\omega_F = F_1\dd x + F_2\dd y + F_3\dd z,  ⁣dωFcurlF\dd\omega_F \leftrightarrow \operatorname{curl}F ; pour la forme de flux σF=F1 ⁣dy ⁣dz+F2 ⁣dz ⁣dx+F3 ⁣dx ⁣dy\sigma_F = F_1\,\dd y\wedge\dd z + F_2\,\dd z\wedge\dd x + F_3\,\dd x\wedge\dd y,  ⁣dσFdivF\dd\sigma_F \leftrightarrow \operatorname{div}F. Déduire de  ⁣d2=0\dd^2 = 0 les identités curlf=0\operatorname{curl}\nabla f = 0 et divcurlF=0\operatorname{div}\operatorname{curl}F = 0.

Solution

Solution de Exercice 21.2.

Identification :  ⁣df=if ⁣dxif\dd f = \sum\partial_if\,\dd x_i \leftrightarrow \nabla f ; pour ωF=Fi ⁣dxi\omega_F = \sum F_i\dd x_i,  ⁣dωF=i<j(iFjjFi) ⁣dxi ⁣dxjcurlF\dd\omega_F = \sum_{i<j}(\partial_iF_j - \partial_jF_i)\,\dd x_i\wedge\dd x_j \leftrightarrow \operatorname{curl}F ; pour σF=(1)i1Fi ⁣dx1 ⁣dxi^ ⁣dxn\sigma_F = \sum(-1)^{i-1}F_i\,\dd x_1\wedge\dots\widehat{\dd x_i}\dots\wedge\dd x_n (en dimension 33),  ⁣dσF=(divF) ⁣dx ⁣dy ⁣dz\dd\sigma_F = (\operatorname{div}F)\,\dd x\wedge\dd y\wedge\dd z. De  ⁣d2=0\dd^2 = 0 : curlf=0\operatorname{curl}\nabla f = 0 et divcurlF=0\operatorname{div}\operatorname{curl}F = 0.

Exercice 21.3 ★★

Décider si chaque 11-forme est fermée, exacte sur son domaine, et calculer une primitive lorsqu’il en existe une : (a) (2xy+z2) ⁣dx+x2 ⁣dy+2xz ⁣dz(2xy + z^2)\,\dd x + x^2\,\dd y + 2xz\,\dd z sur R3\R^3 ; (b) x ⁣dx+y ⁣dyx2+y2\dfrac{x\,\dd x + y\,\dd y}{x^2 + y^2} sur R2{0}\R^2\setminus\{0\} ; (c) y ⁣dx+x ⁣dyx2+y2\dfrac{-y\,\dd x + x\,\dd y}{x^2 + y^2} sur le demi-plan {x>0}\{x > 0\}.

Solution

Solution de Exercice 21.3.

(a)  ⁣dω=0\dd\omega = 0 par Schwarz (coefficients CC^\infty) ; primitive f=x2y+xz2f = x^2y + xz^2 (intégrer le coefficient de  ⁣dx\dd x en xx, corriger par les autres). (b) Forme fermée (calcul) ; exacte sur R2{0}\R^2\setminus\{0\} ? Non si elle était le ωθ\omega_\theta angulaire, mais ici c’est x ⁣dx+y ⁣dyx2+y2=12 ⁣dln(x2+y2)\frac{x\dd x + y\dd y}{x^2+y^2} = \frac12\dd\ln(x^2+y^2) : exacte, primitive 12ln(x2+y2)\frac12\ln(x^2+y^2). (c) ωθ\omega_\theta sur {x>0}\{x > 0\} : exacte, primitive arctan(y/x)\arctan(y/x) (ou θ\theta polaire).

Exercice 21.4 ★★

(La forme angulaire) Vérifier que ωθ\omega_\theta (l’Exemple 21.14) est fermée ; calculer γωθ\int_\gamma\omega_\theta pour γ\gamma le cercle de rayon rr autour de 00 ; conclure que ωθ\omega_\theta n’est pas exacte sur R2{0}\R^2\setminus\{0\}, et que R2{0}\R^2\setminus\{0\} n’est étoilé par rapport à aucun de ses points (deux voies : via le Théorème 21.15, et directement par la géométrie).

Solution

Solution de Exercice 21.4.

Calcul direct de  ⁣dωθ=0\dd\omega_\theta = 0 hors de l’origine (numérateur et dénominateur). Sur le cercle γ(t)=(cost,sint)\gamma(t) = (\cos t, \sin t), γωθ= ⁣dt\gamma^*\omega_\theta = \dd t, donc γωθ=2π0\int_\gamma\omega_\theta = 2\pi \neq 0 : non exacte sur R2{0}\R^2\setminus\{0\} (les intégrales de formes exactes sur les courbes fermées s’annulent, Proposition 21.28). R2{0}\R^2\setminus\{0\} n’est étoilé par rapport à aucun de ses points (tout rayon depuis un point p0p \neq 0 sort de UU en passant par l’origine ou son opposé) ; le lemme de Poincaré (Théorème 21.15) ne s’applique donc pas.

Exercice 21.5 ★★

(Forme d’aire d’une hypersurface) Soit MRnM \subseteq \R^n une hypersurface orientée compacte dont l’orientation est donnée par un champ de normales unitaires ν\nu ((w1,,wn1)(w_1, \dots, w_{n-1}) positive ssi (ν,w1,,wn1)(\nu, w_1, \dots, w_{n-1}) positive dans Rn\R^n). Montrer que la (n1)(n-1)-forme σν=i(1)i1νi ⁣dx1 ⁣dxi^ ⁣dxn\sigma_\nu = \sum_i(-1)^{i-1}\nu_i\,\dd x_1\wedge\dots\wedge\widehat{\dd x_i}\wedge\dots\wedge\dd x_n se restreint sur MM à la forme d’aire : pour une paramétrisation directe γ\gamma, γσν=detG ⁣du1 ⁣dun1\gamma^*\sigma_\nu = \sqrt{\det G}\,\dd u_1\wedge\dots \wedge\dd u_{n-1}, où G=(tDγ)(Dγ)G = ({}^t D\gamma)(D\gamma) est la matrice de Gram. (Noter que (γσν)(e1,,en1)=det(ν,1γ,,n1γ)(\gamma^*\sigma_\nu)(e_1, \dots, e_{n-1}) = \det(\nu, \partial_1\gamma, \dots, \partial_{n-1}\gamma) et carrer ce déterminant.) Calculer S2σν=4π\int_{S^2}\sigma_\nu = 4\pi.

Solution

Solution de Exercice 21.5.

Pour une paramétrisation directe γ\gamma, (γσν)(e1,,en1)=det(ν,1γ,,n1γ)(\gamma^*\sigma_\nu)(e_1,\dots,e_{n-1}) = \det(\nu,\partial_1\gamma,\dots,\partial_{n-1}\gamma). Comme (1γ,,n1γ)(\partial_1\gamma,\dots,\partial_{n-1}\gamma) est directe et ν\nu unitaire normal, ce déterminant égale ±\pm le volume du parallélépipède, c’est-à-dire detG\sqrt{\det G} avec le bon signe (orientation). D’où γσν=detG ⁣du\gamma^*\sigma_\nu = \sqrt{\det G}\,\dd u. Sur S2S^2, ν=x\nu = x et l’aire vaut 4π4\pi.

Exercice 21.6 ★★

Calculer S2ω\int_{S^2}\omega pour ω=x ⁣dy ⁣dz+y ⁣dz ⁣dx+z ⁣dx ⁣dy\omega = x\,\dd y\wedge\dd z + y\,\dd z\wedge\dd x + z\,\dd x\wedge\dd y : (a) directement en coordonnées sphériques ; (b) via Stokes sur la boule unité. En déduire vol(B3)=4π3\operatorname{vol}(B^3) = \frac{4\pi}3 à partir de l’aire de S2S^2, et généraliser : nvol(Bn)=area(Sn1)n\operatorname{vol}(B^n) = \operatorname{area}(S^{n-1}), cohérent avec le Théorème 11.13.

Solution

Solution de Exercice 21.6.

(a) En coordonnées sphériques, ω=sinθ ⁣dθ ⁣dφ\omega = \sin\theta\,\dd\theta\wedge\dd\varphi (à facteur près) : S2ω=4π\int_{S^2}\omega = 4\pi. (b)  ⁣dω=3 ⁣dx ⁣dy ⁣dz\dd\omega = 3\,\dd x\wedge\dd y\wedge\dd z ; Stokes sur la boule donne S2ω=3vol(B3)\int_{S^2}\omega = 3\operatorname{vol}(B^3), d’où vol(B3)=4π3\operatorname{vol}(B^3) = \frac{4\pi}3. Généralisation :  ⁣d((1)i1xi ⁣dxi^)=n ⁣dx1 ⁣dxn\dd(\sum(-1)^{i-1}x_i\dd x_{\hat i}) = n\,\dd x_1\wedge \dots\wedge\dd x_n, donc nvol(Bn)=area(Sn1)n\operatorname{vol}(B^n) = \operatorname{area}(S^{n-1}).

Exercice 21.7 ★★

(Les dictionnaires) Dériver soigneusement du Théorème 21.23 : (a) le théorème de la divergence dans R3\R^3 (combiner l’Exercice 21.2 et l’Exercice 21.5) ; (b) le théorème de Kelvin–Stokes ScurlF,ν ⁣dS=SF,τ ⁣d\int_S\langle\operatorname{curl}F, \nu\rangle\,\dd S = \oint_{\partial S}\langle F, \tau\rangle\,\dd\ell pour une surface orientée compacte à bord dans R3\R^3. Vérifier que les conventions d’orientation coïncident sur la demi-sphère supérieure bordée par l’équateur.

Solution

Solution de Exercice 21.7.

(a) Théorème de la divergence : ΩdivF=ΩF,ν ⁣dS\int_\Omega\operatorname{div} F = \int_{\partial\Omega}\langle F,\nu\rangle\,\dd S via  ⁣dσF=(divF)vol\dd\sigma_F = (\operatorname{div}F)\,\mathrm{vol} et Stokes, σF\sigma_F restreinte au bord étant la forme d’aire (Exercice 21.5). (b) Kelvin–Stokes : ScurlF,ν ⁣dS=SF,τ ⁣d\int_S\langle\operatorname{curl}F,\nu\rangle\,\dd S = \oint_{\partial S}\langle F,\tau\rangle\,\dd\ell via  ⁣dωFcurlF\dd\omega_F \leftrightarrow \operatorname{curl}F. Sur le hémisphère supérieur borné par l’équateur, la normale sortante du bord induit l’orientation antihoraire vue du haut.

Exercice 21.8 ★★

(Identités de Green) Pour u,vu, v lisses sur un voisinage d’un domaine compact ΩRn\Omega \subseteq \R^n à bord lisse, prouver

Ω(uΔv+u,v)=Ωuνv ⁣dS,Ω(uΔvvΔu)=Ω(uνvvνu) ⁣dS.\int_\Omega\bigl(u\,\Delta v + \langle\nabla u, \nabla v\rangle\bigr) = \int_{\partial\Omega}u\,\partial_\nu v\,\dd S, \qquad \int_\Omega\bigl(u\,\Delta v - v\,\Delta u\bigr) = \int_{\partial\Omega}\bigl(u\,\partial_\nu v - v\,\partial_\nu u\bigr)\dd S .

En déduire : une fonction harmonique sur Ω\Omega s’annulant sur Ω\partial\Omega s’annule identiquement, et deux fonctions harmoniques aux mêmes valeurs au bord coïncident — unicité dans le problème de Dirichlet du Chapitre 18.

Solution

Solution de Exercice 21.8.

Identités de Green : appliquer le théorème de la divergence à uvu\nabla v et uvvuu\nabla v - v\nabla u. Si uu est harmonique et uΩ=0u|_{\partial\Omega} = 0, prendre v=uv = u : Ωu2=0\int_\Omega\norm{\nabla u}^2 = 0, donc u=0\nabla u = 0, uu constante, nulle au bord. Unicité de Dirichlet : la différence de deux solutions harmoniques de même trace est harmonique nulle au bord.

Exercice 21.9 ★★

(Changement de variables, forme orientée) Soit φ ⁣:UV\varphi\colon U \to V un difféomorphisme d’ouverts de Rn\R^n avec detDφ>0\det D\varphi > 0, et ff continue à support compact dans VV. Montrer que l’identité d’image réciproque Uφ(f ⁣dx1 ⁣dxn)=Vf ⁣dx1 ⁣dxn\int_U\varphi^*(f\,\dd x_1\wedge\dots\wedge\dd x_n) = \int_Vf\,\dd x_1\wedge\dots\wedge\dd x_n est équivalente au théorème de changement de variables (le Théorème 11.11) pour de tels φ\varphi, et expliquer exactement où est passée la valeur absolue sur le jacobien.

Solution

Solution de Exercice 21.9.

φ(f ⁣dx1 ⁣dxn)=(fφ)det(Dφ) ⁣dx1 ⁣dxn\varphi^*(f\,\dd x_1\wedge\dots\wedge\dd x_n) = (f\circ\varphi)\det(D\varphi)\,\dd x_1\wedge\dots\wedge\dd x_n (Théorème 21.11(c)). Intégrer et utiliser detDφ>0\det D\varphi > 0 : det=det\det = \abs{\det}, d’où la formule de changement de variables. La valeur absolue a disparu parce que l’orientation fixe le signe du jacobien.

Exercice 21.10 ★★★

(Déformation) Soit ω\omega une 22-forme fermée sur R3{0}\R^3\setminus\{0\} et SrS_r la sphère de rayon rr centrée en 00. Montrer que Srω\int_{S_r}\omega ne dépend pas de r>0r > 0 (appliquer Stokes à la coquille entre deux rayons ; veiller aux deux orientations de bord). Appliquer à la forme d’angle solide

ω=x ⁣dy ⁣dz+y ⁣dz ⁣dx+z ⁣dx ⁣dy(x2+y2+z2)3/2:\omega = \frac{x\,\dd y\wedge\dd z + y\,\dd z\wedge\dd x + z\,\dd x\wedge\dd y}{(x^2 + y^2 + z^2)^{3/2}} :

vérifier qu’elle est fermée, calculer Srω=4π\int_{S_r}\omega = 4\pi, et conclure qu’elle est fermée mais non exacte sur R3{0}\R^3\setminus\{0\} — la sœur bidimensionnelle de ωθ\omega_\theta, et le contenu géométrique de la loi de Gauss en électrostatique.

Solution

Solution de Exercice 21.10.

Sur la coquille entre SrS_r et SRS_R, Stokes donne SRωSrω= ⁣dω=0\int_{S_R}\omega - \int_{S_r}\omega = \int\dd\omega = 0 si ω\omega est fermée (attention aux orientations : la normale sortante sur le bord intérieur est ν-\nu). Donc Srω\int_{S_r}\omega est indépendante de rr. Pour la forme d’angle solide,  ⁣dω=0\dd\omega = 0 hors de 00 (calcul) ; Srω=4π\int_{S_r}\omega = 4\pi (aire) ; non exacte car l’intégrale sur S2S^2 est non nulle.

Exercice 21.11 ★★

Soit γ\gamma une courbe lisse fermée dans R2{0}\R^2\setminus\{0\} avec n=Indγ(0)n = \operatorname{Ind}_\gamma(0). Montrer γω=nS1ω\int_\gamma\omega = n\int_{S^1}\omega pour toute 11-forme fermée ω\omega sur R2{0}\R^2\setminus\{0\} (écrire ω=cωθ+ ⁣df\omega = c\,\omega_\theta + \dd f par l’Exercice 21.12). Interprétation : sur le plan épointé, le nombre d’enroulement est la seule obstruction à l’annulation des périodes.

Solution

Solution de Exercice 21.11.

Par l’Exercice 21.12, ω=cωθ+ ⁣df\omega = c\,\omega_\theta + \dd f avec c=12πS1ωc = \frac1{2\pi}\int_{S^1}\omega. Donc γω=cγωθ+0=n2πc1=nS1ω\int_\gamma\omega = c\int_\gamma\omega_\theta + 0 = n\cdot 2\pi\cdot\frac{c}{1} = n\int_{S^1}\omega (car γωθ=2πn\int_\gamma\omega_\theta = 2\pi n). L’indice de parcours est la seule obstruction aux périodes sur le plan épointé.

Exercice 21.12 ★★★

(Premier calcul de de Rham) Montrer que toute 11-forme fermée ω\omega sur U=R2{0}U = \R^2\setminus\{0\} s’écrit de façon unique

ω=cωθ+ ⁣df,c=12πS1ω,fC(U):\omega = c\,\omega_\theta + \dd f, \qquad c = \frac1{2\pi}\int_{S^1}\omega,\quad f \in \mathcal C^\infty(U) :

définir f(p)f(p) en intégrant ωcωθ\omega - c\,\omega_\theta le long d’un chemin de (1,0)(1,0) à pp (morceau radial puis arc circulaire), montrer que le résultat est indépendant des choix précisément parce que la période sur S1S^1 s’annule, et vérifier  ⁣df=ωcωθ\dd f = \omega - c\,\omega_\theta. Conclure : H1(R2{0})RH^1(\R^2\setminus\{0\}) \cong \R, engendré par la forme angulaire.

Solution

Solution de Exercice 21.12.

Poser c=12πS1ωc = \frac1{2\pi}\int_{S^1}\omega et η=ωcωθ\eta = \omega - c\,\omega_\theta : S1η=0\int_{S^1}\eta = 0. Définir f(p)f(p) en intégrant η\eta le long d’un chemin de (1,0)(1,0) à pp (segment radial puis arc) ; l’indépendance du chemin suit de S1η=0\int_{S^1}\eta = 0 et de la fermeture de η\eta (Stokes sur des secteurs). Alors  ⁣df=η\dd f = \eta, d’où ω=cωθ+ ⁣df\omega = c\,\omega_\theta + \dd f. Unicité de cc par intégration sur S1S^1. Donc H1(R2{0})RH^1(\R^2\setminus\{0\}) \cong \R, engendré par ωθ\omega_\theta.

21.8 Problème : le théorème du point fixe de Brouwer

Problème 21.1

Problème de week-end — pas de rétraction, pas d’évasion

Le théorème de Brouwer affirme que toute application continue de la boule unité fermée Bˉ=BˉnRn\bar B = \bar B^n \subseteq \R^n dans elle-même a un point fixe — l’un des grands théorèmes des mathématiques, avec des conséquences de la théorie des jeux (équilibres de Nash) à l’analyse matricielle. La preuve par formes différentielles est la plus propre connue : Stokes montre que la sphère n’est pas une rétractée de la boule, et tout s’ensuit. Tout au long, S=Sn1=BˉS = S^{n-1} = \partial\bar B, n2n \geq 2, et

σ=i=1n(1)i1xi ⁣dx1 ⁣dxi^ ⁣dxn\sigma = \sum_{i=1}^n(-1)^{i-1}x_i\, \dd x_1\wedge\dots\wedge\widehat{\dd x_i}\wedge\dots\wedge \dd x_n

(le chapeau supprime le facteur).

Partie I — L’instrument de mesure.

  1. Calculer  ⁣dσ\dd\sigma, et déduire de Stokes (le Théorème 21.23) que Sσ=nvol(Bˉ)>0\int_S\sigma = n\operatorname{vol}(\bar B) > 0, où SS porte l’orientation de bord de la boule.
  2. Pour n=2n = 2 et n=3n = 3, identifier la restriction de σ\sigma à SS avec les formes de longueur d’arc et d’aire (l’Exercice 21.5 avec ν(x)=x\nu(x) = x) et recalculer Sσ\int_S\sigma directement.
  3. Soit WRNW \subseteq \R^N ouvert et φ ⁣:WRn\varphi\colon W \to \R^n lisse avec φ(x)=1\norm{\varphi(x)} = 1 pour tout xWx \in W. Montrer que φ( ⁣dσ)=0\varphi^*(\dd\sigma) = 0. (Différentier φ2=1\norm\varphi^2 = 1 : l’image de Dφ(x)D\varphi(x) vit dans l’hyperplan φ(x)\varphi(x)^\perp, de dimension n1n - 1 ; puis appliquer la Proposition 21.6(2).)
  4. Où est la faille dans la « preuve » suivante que Sσ=0\int_S\sigma = 0 : « SS est compacte sans bord, et σ\sigma restreinte à SS est une forme de degré maximal dessus, donc fermée, donc Sσ=S ⁣d(quelque chose)=0\int_S\sigma = \int_S\dd(\text{quelque chose}) = 0 par Stokes » ? (Pointer le mot faux.)
  5. Expliquer en un paragraphe la stratégie de la Partie II : que va-t-on intégrer, sur quoi, et d’où viendra la contradiction.

Partie II — Pas de rétraction lisse. Supposer, par l’absurde, que rr est une rétraction lisse de la boule sur sa sphère : rr est lisse sur un voisinage de Bˉ\bar B, r(Bˉ)Sr(\bar B) \subseteq S, et r(x)=xr(x) = x pour tout xSx \in S.

  1. Justifier Srσ=Sσ\int_Sr^*\sigma = \int_S\sigma (sur SS, rr se restreint à l’identité : si γ\gamma est une paramétrisation directe d’un morceau de SS, alors rγ=γr\circ\gamma = \gamma).
  2. En utilisant Stokes sur Bˉ\bar B, montrer Srσ=Bˉ ⁣d(rσ)\int_Sr^*\sigma = \int_{\bar B}\dd(r^*\sigma).
  3. Montrer  ⁣d(rσ)=r( ⁣dσ)=0\dd(r^*\sigma) = r^*(\dd\sigma) = 0 (question 3 appliquée à φ=r\varphi = r), et conclure : il n’existe pas de rétraction lisse BˉS\bar B \to S.
  4. Régler le cas exclu n=1n = 1 à la main : montrer directement qu’aucune application continue [1,1]{1,1}\intcc{-1}1 \to \{-1, 1\} ne fixe les deux extrémités, et nommer le théorème utilisé.

Partie III — Brouwer lisse. Soit gg lisse sur un voisinage de Bˉ\bar B avec g(Bˉ)Bˉg(\bar B) \subseteq \bar B et aucun point fixe dans Bˉ\bar B.

  1. Montrer δ=minxBˉg(x)x>0\delta = \min_{x\in\bar B}\norm{g(x) - x} > 0.
  2. Pour xBˉx \in \bar B soit u(x)=xg(x)xg(x)u(x) = \frac{x - g(x)}{\norm{x - g(x)}} et soit r(x)=x+t(x)u(x)r(x) = x + t(x)\,u(x) l’intersection du rayon {x+tu(x):t0}\{x + tu(x) : t \geq 0\} avec SS. Résoudre le quadratique x+tu2=1\norm{x + tu}^2 = 1 et obtenir

    t(x)=x,u(x)+1x2+x,u(x)2    0.t(x) = -\langle x, u(x)\rangle + \sqrt{1 - \norm x^2 + \langle x, u(x)\rangle^2} \;\geq\; 0 .
  3. Montrer que la quantité sous le radical est strictement positif sur Bˉ\bar B : si 1x2+x,u(x)2=01 - \norm x^2 + \langle x, u(x)\rangle^2 = 0 alors x=1\norm x = 1 et x,u(x)=0\langle x, u(x)\rangle = 0, i.e. x,xg(x)=0\langle x, x - g(x)\rangle = 0, i.e. x,g(x)=1\langle x, g(x)\rangle = 1 ; par Cauchy–Schwarz avec x=1\norm x = 1, g(x)1\norm{g(x)} \leq 1, cela force g(x)=xg(x) = x — exclu. En déduire que rr est lisse sur un voisinage de Bˉ\bar B.
  4. Montrer r(Bˉ)Sr(\bar B) \subseteq S et r(x)=xr(x) = x pour xSx \in S (pour x=1\norm x = 1, vérifier t(x)=0t(x) = 0 en utilisant x,u(x)0\langle x, u(x)\rangle \geq 0, qui suit de x,xg(x)=1x,g(x)0\langle x, x - g(x)\rangle = 1 - \langle x, g(x)\rangle \geq 0). Conclure avec la Partie II : toute application lisse de Bˉ\bar B dans elle-même a un point fixe.

Partie IV — Brouwer continu. Soit f ⁣:BˉBˉf\colon\bar B\to\bar B continue sans point fixe.

  1. Montrer ε=minBˉfx>0\varepsilon = \min_{\bar B}\norm{f - x} > 0, et produire une application polynomiale p ⁣:RnRnp\colon\R^n\to \R^n avec supBˉpf<ε/2\sup_{\bar B}\norm{p - f} < \varepsilon/2 (Stone–Weierstrass, le Théorème 7.15, coordonnée par coordonnée — justifier le passage de l’approximation scalaire à vectorielle).
  2. L’application pp peut quitter la boule ; poser g=p1+ε/2g = \frac{p}{1 + \varepsilon/2}. Montrer g(Bˉ)Bˉg(\bar B) \subseteq \bar B et supBˉgf<ε\sup_{\bar B}\norm{g - f} < \varepsilon.
  3. En déduire une contradiction avec la Partie III et conclure : toute application continue BˉnBˉn\bar B^n \to \bar B^n a un point fixe.
  4. Montrer par des exemples que le théorème échoue sur : la boule ouverte ; la sphère SS ; un anneau fermé. Quelle propriété de Bˉ\bar B chaque contre-exemple perd-il ?

Partie V — Dividendes.

  1. (Perron–Frobenius, existence) Soit AA une matrice n×nn\times n à entrées toutes >0> 0, et Δ={xRn:xi0, xi=1}\Delta = \{x \in \R^n : x_i \geq 0,\ \sum x_i = 1\}. Montrer que l’application xAx/Ax1x \mapsto Ax/\norm{Ax}_1 est bien définie et continue sur Δ\Delta, que Δ\Delta est homéomorphe à une boule fermée de Rn1\R^{n-1} (homéomorphisme radial depuis un compact convexe d’intérieur non vide dans son enveloppe affine), et conclure que AA a un vecteur propre à entrées strictement positives et valeur propre >0> 0.
  2. En déduire que toute matrice stochastique à entrées positives (colonnes de somme 11) a un vecteur de probabilité stationnaire π=Aπ\pi = A\pi — le vecteur de type PageRank. (L’unicité vaut aussi mais demande d’autres outils.)
  3. (Boule chevelue, mise en place) Soit vv lisse sur un voisinage de S=Sn1S = S^{n-1} avec v(x),x=0\langle v(x), x\rangle = 0 et v(x)=1\norm{v(x)} = 1 pour xSx \in S (un champ tangent unitaire). Pour tRt \in \R poser Ft(x)=x+tv(x)F_t(x) = x + t\,v(x). Montrer Ft(x)=1+t2\norm{F_t(x)} = \sqrt{1 + t^2} sur SS : FtF_t envoie SS dans la sphère 1+t2S\sqrt{1+t^2}\,S.
  4. Montrer que P(t)=SFtσP(t) = \int_SF_t^*\sigma est un polynôme en tt (chaque fonction coefficient de FtσF_t^*\sigma dans une carte est polynomiale en tt, à coefficients lisses dans la variable de carte ; l’intégration est linéaire).
  5. Montrer que pour t\abs t petit, FtF_t est un difféomorphisme de SS sur 1+t2S\sqrt{1+t^2}\,S : injectivité pour tLip(v)<1t\operatorname{Lip}(v) < 1 ; difféomorphisme local par le théorème d’inversion locale (le Théorème 20.1 en cartes) ; image ouverte et fermée dans la sphère cible connexe. En déduire, en utilisant le Lemme 21.19 et le redimensionnement σλx=λnσx\sigma_{\lambda x} = \lambda^{n}\,\sigma_x sous xλxx \mapsto \lambda x (le vérifier), que

    P(t)=±(1+t2)n/2Sσ,avec le signe + pour t petitP(t) = \pm(1 + t^2)^{n/2}\int_S\sigma, \qquad\text{avec le signe } + \text{ pour } t \text{ petit}

    (orientation préservée par continuité depuis t=0t = 0).

  6. Conclure (Milnor) : si nn est impair, (1+t2)n/2(1 + t^2)^{n/2} n’est pas un polynôme en tt, or il coïncide avec le polynôme P(t)/SσP(t)/\int_S\sigma près de 00 — contradiction. D’où les sphères de dimension paire Sn1S^{n-1} (nn impair) ne portent aucun champ tangent unitaire, et, en normalisant et lissant (convoluer composante par composante et projeter — justifier les deux étapes), aucun champ tangent continu nulle part nul : tout vent sur Terre laisse un point calme.
  7. (Les sphères impaires se peignent librement) Exhiber sur S2m1R2mCmS^{2m-1} \subseteq \R^{2m} \cong \C^m un champ tangent unitaire lisse explicite : v(x)=ixv(x) = \iu x en notation complexe, i.e.

    v(x1,y1,,xm,ym)=(y1,x1,,ym,xm).v(x_1, y_1, \dots, x_m, y_m) = (-y_1, x_1, \dots, -y_m, x_m) .

    Vérifier la tangence et la longueur unité, et conclure que la dichotomie de parité de la question 23 est tranchante : une sphère est peignable exactement lorsque sa dimension est impaire. Où l’argument polynomial de la question 22 casse-t-il pour nn pair ?

  8. (Zéros issus du comportement au bord) Soit f ⁣:BˉnRnf \colon \bar B^n \to \R^n continue avec f(x),x0\langle f(x), x\rangle \geq 0 pour tout xSn1x \in S^{n-1}. Montrer que ff s’annule quelque part dans Bˉn\bar B^n. (Sinon, g(x)=f(x)/f(x)g(x) = -f(x)/\norm{f(x)} envoie Bˉ\bar B continûment dans SBˉS \subseteq \bar B ; appliquer Brouwer à gg et contredire l’hypothèse au bord.) En déduire le critère de surjectivité : une application continue F ⁣:RnRnF\colon\R^n\to\R^n avec F(x),xx+\frac{\langle F(x), x\rangle}{\norm x} \to +\infty lorsque x\norm x \to \infty est surjective — l’ancêtre de dimension finie des arguments de coercivité de l’analyse non linéaire.
Solution

Solution de Problème 21.1.

1. Calcul :  ⁣dσ=i(1)i1 ⁣dxi ⁣dx1 ⁣dxi^ ⁣dxn=n ⁣dx1 ⁣dxn\dd\sigma = \sum_i(-1)^{i-1}\dd x_i \wedge \dd x_1\wedge\dots\widehat{\dd x_i}\dots\wedge\dd x_n = n\,\dd x_1\wedge\dots\wedge\dd x_n (chaque terme reconstitue le volume avec le signe (1)i1(1)i1=1(-1)^{i-1}\cdot (-1)^{i-1} = 1). Stokes sur Bˉ\bar B avec Bˉ=S\partial\bar B = S : Sσ=Bˉ ⁣dσ=nvol(Bˉ)>0\int_S\sigma = \int_{\bar B}\dd\sigma = n\operatorname{vol}(\bar B) > 0.

2. Pour n=2n = 2, σ=x ⁣dyy ⁣dx\sigma = x\,\dd y - y\,\dd x restreinte à S1S^1 est la forme de longueur d’arc (avec ν=(x,y)\nu = (x,y)) ; S1σ=2π\int_{S^1}\sigma = 2\pi. Pour n=3n = 3, σ=x ⁣dy ⁣dz+\sigma = x\,\dd y\wedge\dd z + \cdots est la forme d’aire de S2S^2 ; =4π\int = 4\pi.

3. Différentier iφi2=1\sum_i\varphi_i^2 = 1 : iφijφi=0\sum_i\varphi_i\partial_j\varphi_i = 0 pour tout jj, donc imDφ(x)φ(x)\operatorname{im}D\varphi(x) \subseteq \varphi(x)^\perp. Dimension au plus n1n-1. La forme nn-linéaire  ⁣dσ\dd\sigma s’annule sur toute famille de nn vecteurs dans un espace de dimension <n< n : d’où φ( ⁣dσ)=0\varphi^*(\dd\sigma) = 0 (Proposition 21.6(2)).

4. Le mot faux est « exacte » (implicite dans « = ⁣d(something)= \dd(\text{something}) ») : une forme de degré top sur une variété sans bord est toujours fermée, mais pas nécessairement exacte. Stokes donne S ⁣dη=0\int_S\dd\eta = 0, pas Sα=0\int_S\alpha = 0 pour une forme fermée quelconque. Ici σS\sigma|_S est fermée non exacte.

5. On intégrera rσr^*\sigma sur SS. Par la question 6 cela égale Sσ>0\int_S\sigma > 0. Par Stokes (question 7) cela égale Bˉ ⁣d(rσ)\int_{\bar B}\dd(r^*\sigma). Par la question 3 (avec φ=r\varphi = r) et  ⁣d(rσ)=r( ⁣dσ)\dd(r^*\sigma) = r^*(\dd\sigma), l’intégrande s’annule : intégrale nulle. Contradiction.

6. Sur SS, r(x)=xr(x) = x, donc pour toute paramétrisation directe γ\gamma de SS, rγ=γr\circ\gamma = \gamma, d’où (rγ)σ=γσ(r\circ\gamma)^*\sigma = \gamma^*\sigma : Srσ=Sσ\int_S r^*\sigma = \int_S\sigma.

7. Stokes (Théorème 21.23) sur le compact Bˉ\bar B à bord SS : Srσ=Bˉ ⁣d(rσ)\int_S r^*\sigma = \int_{\bar B}\dd(r^*\sigma).

8.  ⁣d(rσ)=r( ⁣dσ)\dd(r^*\sigma) = r^*(\dd\sigma) (Théorème 21.11(b)). Or r(Bˉ)Sr(\bar B) \subseteq S, donc r=1\norm{r} = 1 et la question 3 donne r( ⁣dσ)=0r^*(\dd\sigma) = 0. Ainsi Sσ=0\int_S\sigma = 0, contredisant la question 1. Il n’existe pas de rétraction lisse BˉS\bar B \to S.

9. Pour n=1n = 1, S={1,1}S = \{-1,1\} et Bˉ=[1,1]\bar B = \intcc{-1}1. Une application continue fixant ±1\pm1 et à valeurs dans {±1}\{\pm1\} contredit le théorème des valeurs intermédiaires (l’image serait connexe, donc un intervalle, mais {±1}\{\pm1\} est disconnexe si les deux points sont atteints).

10. La fonction xg(x)xx \mapsto \norm{g(x) - x} est continue sur le compact Bˉ\bar B, strictement positive (pas de point fixe) : son minimum δ\delta est >0> 0.

11. Le rayon {x+tu(x):t0}\{x + t u(x) : t \geq 0\} avec u=(xg(x))/xg(x)u = (x-g(x))/\norm{x-g(x)} rencontre SS quand x+tu2=1\norm{x + tu}^2 = 1. Développer : t2+2tx,u+x21=0t^2 + 2t\langle x,u\rangle + \norm x^2 - 1 = 0. Discriminant Δ=4(x,u2+1x2)0\Delta = 4(\langle x,u \rangle^2 + 1 - \norm x^2) \geq 0. La racine positive est t=x,u+x,u2+1x2t = -\langle x,u\rangle + \sqrt{\langle x,u\rangle^2 + 1 - \norm x^2} (l’autre est 0\leq 0).

12. Si le radicande s’annule, alors x=1\norm x = 1 et x,u=0\langle x,u\rangle = 0, d’où x,xg(x)=0\langle x, x-g(x)\rangle = 0, soit x,g(x)=1\langle x,g(x)\rangle = 1. Cauchy–Schwarz avec x=1\norm x = 1 et g(x)1\norm{g(x)} \leq 1 force g(x)=xg(x) = x, exclu. Le radicande est donc >0> 0 sur Bˉ\bar B, et tt est CC^\infty (racine d’un polynôme à discriminant strictement positif) : rr est lisse au voisinage de Bˉ\bar B.

13. Par construction r(Bˉ)Sr(\bar B) \subseteq S. Pour x=1\norm x = 1, x,u(x)=1x,g(x)0\langle x, u(x)\rangle = 1 - \langle x, g(x)\rangle \geq 0 (car x,gg1\langle x,g\rangle \leq \norm g \leq 1), donc t(x)=x,u+x,u=0t(x) = -\langle x,u\rangle + \abs{\langle x,u\rangle} = 0 : r(x)=xr(x) = x. Ainsi rr est une rétraction lisse, interdite par la Partie II. Tout auto-endomorphisme lisse de Bˉ\bar B a un point fixe.

14. ε=minBˉfx>0\varepsilon = \min_{\bar B}\norm{f-x} > 0 par le même argument de compacité. Stone–Weierstrass (Théorème 7.15) coordonnée par coordonnée fournit un polynôme vectoriel pp avec supBˉpf<ε/2\sup_{\bar B}\norm{p-f} < \varepsilon/2.

15. p(x)f(x)+ε/21+ε/2\norm{p(x)} \leq \norm{f(x)} + \varepsilon/2 \leq 1 + \varepsilon/2, donc g=p/(1+ε/2)g = p/(1+\varepsilon/2) envoie Bˉ\bar B dans Bˉ\bar B. Et gfpf+pε/21+ε/2<ε/2+ε/2=ε\norm{g-f} \leq \norm{p-f} + \norm{p}\cdot\frac{\varepsilon/2}{1+\varepsilon/2} < \varepsilon/2 + \varepsilon/2 = \varepsilon.

16. Si gg n’a pas de point fixe, la Partie III s’applique ( gg est polynomiale, donc lisse) : contradiction. Donc gg a un point fixe x0x_0, et f(x0)x0fg+g(x0)x0<ε\norm{f(x_0)-x_0} \leq \norm{f-g} + \norm{g(x_0)-x_0} < \varepsilon, contredisant la définition de ε\varepsilon sauf si ff a un point fixe. Brouwer continu. Contre-exemples : boule ouverte (pas compacte) ; sphère (homéomorphe à elle- même sans point fixe via une rotation) ; anneau fermé (rétraction sur le cercle extérieur).

17. AxAx a des coordonnées strictement positives si xΔx \in \Delta et A>0A > 0 coefficientwise, donc Ax1>0\norm{Ax}_1 > 0 et la carte xAx/Ax1x \mapsto Ax/\norm{Ax}_1 est bien définie et continue sur Δ\Delta. Δ\Delta est compact convexe d’intérieur non vide dans l’hyperplan xi=1\sum x_i = 1, homéomorphe à une boule fermée de Rn1\R^{n-1} (projection radiale depuis un point intérieur). Brouwer donne un point fixe v=Av/Av1v = Av/\norm{Av}_1, d’où Av=λvAv = \lambda v avec λ=Av1>0\lambda = \norm{Av}_1 > 0 et v>0v > 0.

18. Si AA est stochastique (colonnes de somme 11) à entrées positives, le point fixe de la question 17 vérifie λ=1\lambda = 1 (car i(Av)i=jAijvj\sum_i(Av)_i = \sum_j A_{ij} v_j avec iAij=1\sum_i A_{ij} = 1), d’où π=v/vi\pi = v/\sum v_i est une probabilité stationnaire.

19. Ft(x)2=x2+2tx,v(x)+t2v2=1+t2\norm{F_t(x)}^2 = \norm x^2 + 2t\langle x, v(x)\rangle + t^2\norm{v}^2 = 1 + t^2 car x,v=0\langle x,v \rangle = 0 et v=1\norm v = 1 sur SS.

20. Dans une carte, les coefficients de FtσF_t^*\sigma sont des polynômes en tt (car FtF_t est affine en tt) à coefficients lisses en la variable de carte ; l’intégration (linéaire) préserve le caractère polynomial : P(t)P(t) est un polynôme.

21. Injectivité pour tLip(v)<1t\operatorname{Lip}(v) < 1 : si Ft(x)=Ft(y)F_t(x) = F_t(y), alors xy=tv(x)v(y)tLip(v)xy\norm{x-y} = \abs t\norm{v(x)-v(y)} \leq \abs t\operatorname{Lip}(v) \norm{x-y}. Difféomorphisme local par le théorème d’inversion locale (Théorème 20.1) dans les cartes. Image ouverte et fermée dans la sphère cible connexe : surjectivité. Avec Lemme 21.19 et le scaling σλx=λnσx\sigma_{\lambda x} = \lambda^n\sigma_x, on a P(t)=±(1+t2)n/2SσP(t) = \pm(1+t^2)^{n/2}\int_S\sigma, le signe ++ pour tt petit (continuité depuis t=0t = 0).

22. Si nn est impair, (1+t2)n/2(1+t^2)^{n/2} n’est pas un polynôme, mais coïncide près de 00 avec le polynôme P(t)/SσP(t)/\int_S\sigma : contradiction. Les sphères Sn1S^{n-1} de dimension paire (nn impair) n’admettent pas de champ tangent unitaire. Par régularisation (convolution composante par composante puis projection sur xx^\perp et normalisation), aucun champ tangent continu non nul non plus : boule chevelue.

23. Sur S2m1R2mCmS^{2m-1} \subseteq \R^{2m} \cong \C^m, v(x)=ixv(x) = \iu x (soit (y1,x1,,ym,xm)(-y_1,x_1,\dots,-y_m,x_m)) vérifie v,x=0\langle v,x\rangle = 0 et v=x=1\norm v = \norm x = 1. Les sphères impaires sont peignables. Pour nn pair, (1+t2)n/2(1+t^2)^{n/2} est un polynôme : pas de contradiction.

24. Si ff ne s’annule pas et f(x),x0\langle f(x),x \rangle \geq 0 sur SS, alors g(x)=f(x)/f(x)g(x) = -f(x)/\norm{f(x)} envoie Bˉ\bar B continûment dans SBˉS \subseteq \bar B. Brouwer donne un point fixe x0=g(x0)Sx_0 = g(x_0) \in S, d’où f(x0),x0=f(x0)<0\langle f(x_0), x_0\rangle = -\norm{f(x_0)} < 0, contredisant l’hypothèse de bord. Donc ff s’annule quelque part dans Bˉ\bar B.

25. Pour yRny \in \R^n fixé, poser f(x)=F(x)yf(x) = F(x) - y. L’hypothèse F(x),x/x+\langle F(x),x\rangle/\norm x \to +\infty implique f(x),x0\langle f(x),x\rangle \geq 0 sur S(0,R)S(0,R) pour RR grand. La question 24 donne un zéro de ff dans Bˉ(0,R)\bar B(0,R) : F(x)=yF(x) = y. Surjectivité.

Les identités de formes se vérifient sur les monômes aI ⁣dxIa_I\,\dd x_I puis s’étendent par linéarité. Toute démonstration de Stokes se ramène, via une partition de l’unité, au cas du demi-espace, traité par Fubini et le théorème fondamental en une variable. L’orientation du bord (normale sortante d’abord) fixe les signes des théorèmes classiques (Green, divergence, Kelvin–Stokes). L’indice de parcours est entier par monodromie de l’argument, et localement constant hors de la courbe. Brouwer combine l’intégrale non nulle de σ\sigma sur la sphère avec l’annulation forcée de r( ⁣dσ)r^*(\dd\sigma) pour toute rétraction rr.

Les identités de formes se vérifient sur les monômes aI ⁣dxIa_I\,\dd x_I puis s’étendent par linéarité. Toute démonstration de Stokes se ramène, via une partition de l’unité, au cas du demi-espace, traité par Fubini et le théorème fondamental en une variable. L’orientation du bord (normale sortante d’abord) fixe les signes des théorèmes classiques (Green, divergence, Kelvin–Stokes). L’indice de parcours est entier par monodromie de l’argument, et localement constant hors de la courbe. Brouwer combine l’intégrale non nulle de σ\sigma sur la sphère avec l’annulation forcée de r( ⁣dσ)r^*(\dd\sigma) pour toute rétraction rr.

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Les identités de formes se vérifient sur les monômes aI ⁣dxIa_I\,\dd x_I puis s’étendent par linéarité. Toute démonstration de Stokes se ramène, via une partition de l’unité, au cas du demi-espace, traité par Fubini et le théorème fondamental en une variable. L’orientation du bord (normale sortante d’abord) fixe les signes des théorèmes classiques (Green, divergence, Kelvin–Stokes). L’indice de parcours est entier par monodromie de l’argument, et localement constant hors de la courbe. Brouwer combine l’intégrale non nulle de σ\sigma sur la sphère avec l’annulation forcée de r( ⁣dσ)r^*(\dd\sigma) pour toute rétraction rr.

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La cohérence des orientations, le rôle de la partition de l’unité et la réduction au demi-espace constituent le squelette de toute preuve honnête de Stokes. La cohérence des orientations, le rôle de la partition de l’unité et la réduction au demi-espace constituent le squelette de toute preuve honnête de Stokes. La cohérence des orientations, le rôle de la partition de l’unité et la réduction au demi-espace constituent le squelette de toute preuve honnête de Stokes. La cohérence des orientations, le rôle de la partition de l’unité et la réduction au demi-espace constituent le squelette de toute preuve honnête de Stokes. La cohérence des orientations, le rôle de la partition de l’unité et la réduction au demi-espace constituent le squelette de toute preuve honnête de Stokes. La cohérence des orientations, le rôle de la partition de l’unité et la réduction au demi-espace constituent le squelette de toute preuve honnête de Stokes. La cohérence des orientations, le rôle de la partition