Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
23Fonctions caractéristiques et théorème central limite
La loi des grands nombres dit que les moyennes convergent ; le théorème central limite dit comment elles fluctuent : l’erreur, amplifiée par , est asymptotiquement gaussienne — quelle que soit la loi de départ. Cette universalité est le fait le plus profond des probabilités élémentaires, et sa preuve naturelle est fourier-analytique : la fonction caractéristique (la transformée de Fourier d’une loi) convertit les sommes indépendantes en produits, et la machinerie du Chapitre 14 — injectivité, points fixes gaussiens — convertit la convergence ponctuelle de ces produits en convergence des lois (théorème de Lévy, prouvé en entier). Le chapitre s’achève sur les vecteurs gaussiens et la dérivation honnête des intervalles de confiance utilisés partout en statistique ; le problème de week-end donne la seconde preuve de Lindeberg du TCL, avec un taux d’erreur explicite.
23.1 Fonctions caractéristiques
Définition 23.1
La fonction caractéristique d’une variable aléatoire réelle est
(le théorème de transfert la calcule depuis la loi ; pour une densité , dans la convention du Chapitre 14).
Proposition 23.2
(a) , , et est uniformément continue ; . (b) Si sont indépendantes : . (c) Si , alors avec pour ; en particulier, pour centrée dans de variance :
(d) Gaussienne : a .
Démonstration. (a) Les bornes sont immédiates ; continuité : quand par convergence dominée, uniformément en . La règle affine est une substitution. (b) , et les espérances de produits de variables indépendantes se factorisent (Théorème 22.5, appliqué aux parties réelles et imaginaires). (c) Dérivation sous l’espérance, dominée par (Théorème 10.15) ; le développement de Taylor en est alors Taylor–Young pour la fonction . (d) Pour : la transformée gaussienne (Exemple 14.2 avec ) donne ; le cas général par la règle affine. ∎
Théorème 23.3 (Injectivité)
Si , alors et ont la même loi. Plus précisément, pour indépendante de et , la variable lissée a pour densité
déterminée par seule ; faire récupère la loi de .
Démonstration. a pour densité , où est la densité : en effet pour borélien, l’indépendance et Tonelli donnent (substituer, puis Tonelli encore). Écrire par inversion de Fourier de sa transformée (Exercice 14.4, rescalée) : , et Fubini (tout est dominé par le facteur gaussien) :
une fonctionnelle de seule. Si : et ont même loi pour tout ; pour continue bornée, quand (convergence dominée, pointwise sur l’espace produit), donc pour toute telle — et cela détermine la loi : pour chaque , encadrer entre les rampes continues bornées (égales à sur , à au-delà de , affines entre) ; en passant à la limite dans on obtient en tout où les deux sont continues, donc partout par continuité à droite et densité des points de continuité communs (les deux ont dénombrablement beaucoup de sauts) ; des fonctions de répartition égales forcent des lois égales (Exercice 9.3, reposant sur le Théorème 9.7). ∎
23.2 Convergence en loi
Définition 23.4
converge en loi (ou en distribution) vers , noté , si
Équivalemment (Exercice 23.4) : en tout point de continuité de . Les n’ont pas besoin de vivre sur un espace probabilisé commun : seules les lois comptent.
Théorème 23.5 (Théorème de sélection de Helly)
Toute suite de fonctions de répartition admet une sous-suite convergeant pointwise, en tout point de continuité de la limite, vers une croissante et continue à droite — éventuellement avec (de la masse peut s’échapper à l’infini).
Démonstration. L’extraction diagonale donne pour tout rationnel (valeurs dans le compact ). Définir : croissante ; continue à droite (un infimum sur des voisinages rationnels rétrécissants depuis la droite). En un point de continuité de : pour des rationnels ,
par monotonie de chaque . Depuis la définition de comme infimum et la monotonie de sur les rationnels : dès que . Prendre donne , et ; en faisant et , la continuité de en force le et le vers . ∎
Lemme 23.6 (Tension depuis la fonction caractéristique)
Pour toute variable aléatoire et :
Démonstration. Par Tonelli–Fubini (intégrande bornée, région finie en ) :
(interpréter le crochet comme sa limite en ). L’intégrande est positive (), et pour : . En ne gardant que l’événement dans l’espérance, on laisse au moins , qui est l’affirmation. ∎
Théorème 23.7 (Théorème de continuité de Lévy)
Soient des variables aléatoires dont les fonctions caractéristiques convergent pointwise : pour tout , où est la fonction caractéristique d’une certaine variable aléatoire . Alors .
Démonstration. Tension. Fixer . Comme est continue en avec , choisir avec ; par convergence dominée (intégrande bornée par sur le fixe), la même intégrale pour est pour grand : le Lemme 23.6 donne pour grand, et élargir la constante gère les finiment beaucoup d’autres : les lois sont tendues — aucune masse ne s’échappe.
Sous-suites. Soit une sous-suite quelconque ; par Helly (Théorème 23.5) extraire aux points de continuité. La tension force , ( aux points de continuité) : est une vraie fonction de répartition, d’une certaine variable . Alors (Exercice 23.4, convergence en loi depuis les ), donc pointwise ( est continue bornée, parties réelle et imaginaire séparément) ; en comparant avec l’hypothèse : , et l’injectivité (Théorème 23.3) donne , c’est-à-dire .
Conclusion. Toute sous-suite de a une sous-sous-suite convergeant vers la même (en ses points de continuité) ; donc en tout point de continuité (une suite réelle dont toutes les sous-suites ont des sous-sous-suites de même limite converge) : . ∎
23.3 Le théorème central limite
Théorème 23.8 (Théorème central limite)
Soient i.i.d. avec et . Alors
pour tous .
Démonstration. Centrer et normaliser : (i.i.d., moyenne , variance ) et . Par indépendance et la règle affine (Proposition 23.2) :
Fixer et poser , : tous deux ont un module pour grand ( dès que ; toujours). L’inégalité élémentaire pour (télescopage ) donne
tandis que (logarithme réel). Donc (Proposition 23.2(d)) pour tout : Lévy (Théorème 23.7) conclut . Les probabilités d’intervalles suivent car est continue partout. ∎
Exemple 23.9 (Intervalles de confiance, honnêtement dérivés)
Sonder électeurs indépendants ; estime le vrai , avec . Le TCL donne, pour grand,
où est la fonction de répartition gaussienne standard. Avec : confiance asymptotique , et une marge exige — le nombre derrière chaque << points, >> qu’on lit ; comparer aux de Bienaymé–Tchebychev (Exercice 22.7). Le est universel : pour diviser l’erreur par deux, quadrupler l’échantillon — la même loi qui fixe le coût du Monte-Carlo (Exercice 23.7).
23.4 Vecteurs gaussiens
Définition 23.10
Un vecteur aléatoire est gaussien si toute combinaison linéaire est une variable gaussienne réelle (éventuellement dégénérée). Sa loi est déterminée par le vecteur moyen et la matrice de covariance : en effet la fonction caractéristique du vecteur, , est la valeur en de la fc de :
et les fonctions caractéristiques -dimensionnelles sont injectives (même preuve de lissage que le Théorème 23.3, gaussiennes coordonnée par coordonnée).
Théorème 23.11
Soit un vecteur gaussien.
- Toute image affine est un vecteur gaussien.
- Les composantes sont indépendantes si et seulement si est diagonale : pour des variables conjointement gaussiennes, non corrélées indépendantes.
- Si est inversible, a pour densité .
Démonstration. (1) Les combinaisons linéaires des composantes de sont des fonctions affines de combinaisons linéaires de : gaussiennes (l’image affine d’une variable gaussienne est gaussienne). (2) Si est diagonale, la fonction caractéristique se factorise : , qui est la fonction caractéristique de la loi produit (Théorème 22.5 lue via l’injectivité -dimensionnelle) : les composantes sont indépendantes. La réciproque est l’annulation des covariances de variables indépendantes. (3) Diagonaliser ( orthogonal, diagonale — Exercice 20.8) ; le vecteur est gaussien de covariance : par (2) ses composantes sont indépendantes , donc a la densité produit ; pousser en avant par le préservant le volume (Théorème 11.10, ) et réécrire l’exposant de façon invariante. ∎
Théorème 23.12 (TCL multidimensionnel)
Soient des vecteurs aléatoires i.i.d. de de carré intégrable, d’espérance et de matrice de covariance . Alors converge en loi vers le vecteur gaussien .
Démonstration. Admis à ce niveau. ∎
Remarque 23.13
Presque tout est déjà entre nos mains. Pour chaque direction , la variable réelle est une somme normalisée de variables réelles i.i.d. de variance , donc le calcul du Théorème 23.8 donne la convergence ponctuelle des fonctions caractéristiques -dimensionnelles vers , la fonction caractéristique de (Définition 23.10). Ce que nous n’avons pas reprouvé est le théorème de continuité de Lévy dans : la sélection de Helly et l’estimée de tension se généralisent routinièrement (coordonnée par coordonnée), et cette réduction de Cramér–Wold est menée honnêtement dans tout cours de probabilités de master ; rien au-delà des méthodes de ce chapitre n’est nécessaire.
Méthode 23.14
Pour identifier une loi limite : calculer les fonctions caractéristiques, prendre la limite ponctuelle, la reconnaître (gaussienne , Poisson , exponentielle , ) et invoquer Lévy. Le rituel en trois étapes (indépendance produit ; Taylor en limite exponentielle ; Lévy convergence en loi) prouve le TCL, la loi de Poisson des événements rares (Exercice 23.5), et tout théorème limite classique de ce cours. Pour les énoncés p.s., revenir à la boîte à outils du Chapitre 22 : les deux chapitres répondent à des questions différentes sur le même .
23.5 Exercices
Exercice 23.1 ★
Calculer les fonctions caractéristiques : uniforme sur ; exponentielle ; Poisson ; binomiale . En déduire via le Théorème 23.3 que la somme de variables de Poisson indépendantes () est Poisson .
Solution
Solution de Exercice 23.1.
Uniforme sur : (égale à en ). Exponentielle : (la primitive s’annule en car ). Poisson : par le théorème de transfert pour les lois discrètes,
Binomiale : somme de Bernoulli indépendantes, chacune de f.c. , donc (Proposition 23.2(b)). Additivité de Poisson : si , indépendantes,
la f.c. de ; l’injectivité (Théorème 23.3) identifie la loi.
Exercice 23.2 ★★
(a) Montrer que est à valeurs réelles si et seulement si et ont la même loi (une variable symétrique). (b) Supposer pour un . Montrer que est presque sûrement supportée sur une progression arithmétique (écrire et calculer ). En déduire que si a une densité, alors pour tout .
Solution
Solution de Exercice 23.2.
(a) . Donc est réelle si et seulement si , si et seulement si (injectivité, Théorème 23.3) et ont la même loi. (b) Écrire . Alors
L’intégrande est positive, donc presque sûrement (une variable positive d’espérance nulle s’annule p.s.), i.e. p.s. : prend ses valeurs dans la progression arithmétique presque sûrement. Si a une densité, cet ensemble dénombrable est négligeable pour Lebesgue, donc porte une probabilité — contradiction ; par conséquent pour tout .
Exercice 23.3 ★★
Soient et indépendantes. Montrer , et plus généralement que la famille gaussienne est stable sous sommes indépendantes et applications affines. Contraste : la somme de deux gaussiennes dépendantes est-elle toujours gaussienne ? (Exercice 23.9.)
Solution
Solution de Exercice 23.3.
Par indépendance et Proposition 23.2 :
la f.c. de ; l’injectivité conclut. La stabilité sous les applications affines est la règle affine (, en autorisant le cas dégénéré ), et la stabilité sous les sommes indépendantes suit par récurrence sur le calcul ci-dessus. Pour des gaussiennes dépendantes, la somme n’est pas forcément gaussienne : dans Exercice 23.9, et sont chacune standard gaussienne mais s’annule avec probabilité sans être p.s. nulle, donc n’est pas gaussienne.
Exercice 23.4 ★★
(a) Prouver l’équivalence dans la Définition 23.4 : si pour toute continue bornée, alors aux points de continuité (encadrer entre deux rampes en escalier continues) ; et réciproquement (approximer une continue bornée par des sommes de fonctions en rampe, ou conditionner sur une grille fine de points de continuité) — la réciproque peut être traitée d’abord pour uniformément continue, puis en général. (b) Montrer que (une constante) implique en probabilité.
Solution
Solution de Exercice 23.4.
(a) Implication directe. Soit un point de continuité de et . Prendre les rampes continues ( sur , à partir de , affine entre) et ( sur , à partir de , affine entre) ; alors , donc
et les termes extrêmes convergent vers , eux-mêmes encadrés entre et . En laissant puis et en utilisant la continuité de en : .
Réciproque. Soit continue bornée, , . Les points de continuité de sont denses ( a au plus dénombrablement beaucoup de sauts), donc choisir des points de continuité avec et . Sur le compact la fonction est uniformément continue : choisir des points de continuité de avec oscillation de au plus sur chaque , et poser . Alors sur , , et pour ou :
De plus (somme finie de termes convergents, tous les étant des points de continuité), et , . En assemblant : ; laisser .
(b) La fonction de répartition de la constante est , continue sauf en . Pour , les points et sont des points de continuité, donc
Exercice 23.5 ★★
(Loi des événements rares) Soit avec . Montrer, via les fonctions caractéristiques et le Théorème 23.7, que . Vérification numérique : comparer pour et .
Solution
Solution de Exercice 23.5.
Poser , donc (Exercice 23.1) et (noter ). Les deux et ont module au plus : par l’inégalité triangulaire, et . L’inégalité de télescopage (preuve de Théorème 23.8) et la borne de série entière donnent
Comme , on conclut pour tout : la f.c. de , et Lévy (Théorème 23.7) donne . Numériquement : , tandis que : deux pour cent d’écart déjà à ce grossier.
Exercice 23.6 ★★
(a) Un dé équitable est lancé fois ; approximer la probabilité que le total dépasse (moyenne , variance par lancer ). (b) Pour , approximer par le TCL avec la correction de continuité (), et commenter l’effet de la correction.
Solution
Solution de Exercice 23.6.
(a) Un lancer a moyenne et variance , donc a moyenne , variance et écart-type . Par le TCL,
environ de chance. (b) : moyenne , écart-type . Avec la correction de continuité,
contre la valeur exacte ; sans la correction, , à presque cinq points. La correction compte parce que est une variable de réseau : l’atome est bien approché par la masse gaussienne de , et tronquer l’intervalle aux entiers et jette un demi-atome à chaque extrémité.
Exercice 23.7 ★★
(Erreur de Monte-Carlo) Dans le cadre du Problème 22.1, question 11, avec , soit et . Montrer
et en déduire la barre d’erreur asymptotique — indépendante de la dimension . Comparer avec la règle du point milieu déterministe en dimension (erreur pour des intégrandes ) : à partir de quelle dimension l’échantillonnage aléatoire l’emporte-t-il ?
Solution
Solution de Exercice 23.7.
Les variables sont i.i.d. (images mesurables de variables i.i.d.), de carré intégrable, de moyenne (théorème de transfert, Exercice 11.9) et de variance . Si , le Théorème 23.8 appliqué à elles est exactement la convergence indiquée
(si , est p.s. constante et le premier membre s’annule identiquement). D’où : la barre d’erreur ne voit la dimension qu’à travers la constante , jamais à travers le taux en . La règle du point milieu à nœuds en dimension a pour maille et une erreur d’ordre pour des intégrandes . Le de Monte-Carlo décroît plus vite que exactement quand , i.e. : à partir de la dimension , l’échantillonnage aléatoire bat asymptotiquement la grille — la malédiction de la dimensionnalité épargne les méthodes probabilistes, ce qui explique pourquoi Monte-Carlo domine l’intégration en grande dimension.
Exercice 23.8 ★★★
(Slutsky) Supposer et en probabilité ( constante). Montrer et . (Travailler avec les fonctions caractéristiques et la borne , scinder sur .) Application : dans l’Exemple 23.9, justifier le remplacement de l’inconnue par .
Solution
Solution de Exercice 23.8.
Somme. Pour fixé :
Scinder sur l’événement : là, (la corde est plus courte que l’arc) ; le complémentaire contribue au plus . Donc le est pour tout : la différence tend vers . Comme , on obtient , et Lévy (Théorème 23.7) donne .
Produit. D’abord, : . Ensuite, en probabilité : les lois des sont tendues (leurs f.c. convergent vers une f.c. ; voir l’étape de tension de Théorème 23.7), donc étant donné choisir avec pour tout ; alors
Écrire et appliquer la partie somme (dont la preuve n’utilisait que en probabilité, avec constante ) : .
Application. Par la loi forte des grands nombres (Théorème 22.13), p.s., donc par continuité p.s., d’où en probabilité. La règle produit de Slutsky promeut en : l’intervalle de confiance utilisable , construit à partir des données seules, conserve son niveau asymptotique .
Exercice 23.9 ★★★
Soit et indépendante avec ; poser . (a) Montrer et . (b) Montrer que et ne sont pas indépendantes, et que n’est pas un vecteur gaussien (calculer ). (c) Morale : le Théorème 23.11(2) exige la gaussianité conjointe — << gaussiennes non corrélées >> seules ne prouvent rien.
Solution
Solution de Exercice 23.9.
(a) En scindant l’espérance sur les deux valeurs de (indépendance) : pour borélien, , car ( est symétrique) : . Et . (b) , donc tandis que : pas indépendantes. Si était un vecteur gaussien, serait une variable gaussienne réelle (Définition 23.10 avec ) ; mais , alors qu’une variable gaussienne n’a d’atome que si elle est p.s. constante — et égale p.s. sur . Contradiction : n’est pas gaussien. (c) Chaque marginale est gaussienne et la covariance s’annule, pourtant l’indépendance échoue — parce que la paire n’est pas conjointement gaussienne. Le Théorème 23.11(2) ne peut pas être affaibli en « marginales gaussiennes ».
Exercice 23.10 ★★
La loi de Cauchy a pour densité . (a) Montrer que sa fonction caractéristique est (Exercice 14.1 et inversion). (b) Montrer que si sont i.i.d. Cauchy, alors est encore Cauchy — la même loi : la moyenne ne se concentre jamais. (c) Réconcilier avec les lois des grands nombres et le TCL : quelles hypothèses échouent ? (Calculer .)
Solution
Solution de Exercice 23.10.
(a) Exercice 14.1 calcule ; les deux membres étant intégrables, l’inversion de Fourier (Théorème 14.5) retourne ce résultat :
qui est exactement pour une variable de Cauchy . (b) Par indépendance, , donc : la moyenne empirique est encore Cauchy standard pour tout (injectivité). La moyenne ne se concentre jamais : ses fluctuations au temps sont celles d’une seule observation. (c) : la loi de Cauchy n’est pas intégrable, donc la loi forte des grands nombres (Théorème 22.13) ne s’applique pas, et le TCL (qui demande une variance finie) encore moins. Ici leurs conclusions échouent vraiment, pas seulement leurs preuves. Contrôle de cohérence : n’est pas différentiable en , comme Proposition 23.2(c) le prédit par contraposée pour une variable non intégrable.
Exercice 23.11 ★★
(Lois stables en germe) Soient i.i.d. Cauchy standard (Exercice 23.10). (a) Montrer que pour tous , a la loi de : la famille de Cauchy est strictement stable d’indice . (b) Montrer que la famille gaussienne est strictement stable d’indice : pour i.i.d. . (c) Expliquer, via les fonctions caractéristiques de la forme , pourquoi la stabilité d’indice force la normalisation pour les sommes, et ce que cela dit sur les bassins d’attraction du TCL : quelles sommes i.i.d. peuvent converger, après normalisation affine, vers une loi de Cauchy plutôt qu’une gaussienne ?
Solution
Solution de Exercice 23.11.
(a) (indépendance et Exercice 23.10) ; l’injectivité identifie les lois.
(b) : la loi de .
(c) Si , alors a , et a de nouveau : auto-reproduction exacte sous l’échelle — pour la gaussienne (), lui-même pour Cauchy (, Exercice 23.10(b)). Une somme de variables i.i.d. ne peut converger (après normalisation affine) que vers une loi stable sous de telles convolutions ; le TCL dit qu’une variance finie force le bassin gaussien, et le bassin de Cauchy est réservé aux lois à queues si lourdes que et même — p.ex. des sommes de variables de Cauchy elles-mêmes. L’universalité a plusieurs îles, indexées par l’exposant de queue .
Exercice 23.12 ★★
(La fonction de répartition empirique) Soient i.i.d. de fonction de répartition , et . (a) Fixer . Montrer que , que p.s. (Théorème 22.13), et que
(b) En quel la variance asymptotique est-elle maximale ? Interpréter : la médiane est l’endroit où une répartition empirique est le plus difficile à épingler. (c) Pour continue, montrer que la loi de ne dépend pas de (se ramener à des variables uniformes via l’Exercice 22.1) — le miracle sans distribution derrière le test de Kolmogorov–Smirnov ; aucun calcul de cette loi n’est demandé.
Solution
Solution de Exercice 23.12.
(a) Les indicateurs sont i.i.d. Bernoulli de paramètre : leur somme est binomiale ; la loi forte donne p.s., et le TCL (Théorème 23.8) appliqué aux mêmes indicateurs (variance ) donne la limite gaussienne indiquée.
(b) est maximal en , i.e. où : à la médiane. Estimer des probabilités de queue est asymptotiquement facile (variance quand ) ; la région médiane porte le plus grand bruit statistique — la courbe empirique oscille le plus au milieu.
(c) Pour continue, les variables sont i.i.d. uniformes sur (Exercice 22.1), et la monotonie de donne, en notant la fonction de répartition empirique des :
la première égalité car à des événements négligeables près (monotonie ; l’inégalité stricte ne peut échouer que sur les parties plates de , où les deux membres sont inchangés), et la seconde car une continue, allant de à , atteint toute valeur de (théorème des valeurs intermédiaires), et les extrémités n’ajoutent rien ( et ). Le second membre n’implique que des uniformes : une seule loi pour toutes les continues.
23.6 Problème : la preuve de Lindeberg du TCL, avec un taux
Problème 23.1
Problème de week-end — la méthode de remplacement
Lindeberg (1922) a prouvé le théorème central limite par une idée d’une simplicité désarmante : échanger les summands un par un contre des gaussiennes et contrôler chaque échange par un développement de Taylor. La méthode n’a besoin d’aucune analyse de Fourier, produit un taux d’erreur explicite, et alimente aujourd’hui les preuves d’universalité à travers la théorie des probabilités. Soient i.i.d., centrées, , avec ; soient i.i.d. , indépendantes des (existence : Théorème 22.6). Poser
Partie I — L’identité d’échange. Fixer (trois dérivées continues bornées ; ). Pour définir les sommes hybrides
donc et .
- Écrire et avec , et noter que est indépendante de la paire . Justifier.
Taylor avec reste intégral ou de Lagrange : pour tous réels :
Appliquer la question 2 deux fois ( et en ), prendre les espérances, et utiliser l’indépendance plus l’égalité des deux premiers moments de et pour montrer
Télescoper sur et conclure la borne de Lindeberg :
Partie II — Des lisses au TCL.
- Montrer que pour toute , et monter à toutes les continues bornées : étant donnés une telle et , construire avec sur un grand intervalle — p.ex. convoler avec une bosse (Théorème 12.9) — et traiter les queues par la tension ( et Bienaymé–Tchebychev). Conclure : le théorème central limite, reprouvé.
- Où la preuve a-t-elle utilisé que les sont identiquement distribuées ? Montrer que c’est à peine le cas : énoncer et prouver la version pour des indépendantes, centrées, non identiques avec et moments d’ordre trois, obtenant l’erreur — le vrai théorème de Lindeberg sous sa forme de Lyapunov.
Partie III — Dividendes quantitatifs.
(Fonctions de répartition) Soit et approximer par dessus et par dessous par des rampes de largeur (les construire, avec ). En combinant avec la Partie I, dériver la borne à deux termes
avec des constantes explicites (le terme utilise que a une densité bornée par ), et optimiser pour obtenir un taux uniforme d’ordre . (L’optimal — Berry–Esseen — demande des outils plus fins ; le point est un taux explicite par échange élémentaire.)
- (De Moivre–Laplace, quantifié) Spécialiser à (signes de pièces équitables) : comparer la conclusion avec l’estimée locale du Problème 11.1, question 7 — que donne chaque méthode que l’autre ne donne pas ?
- (Universalité) Expliquer en un paragraphe pourquoi la méthode de remplacement montre plus que le TCL : toute statistique de la forme avec lisse est insensible, à l’ordre , à la loi entière des summands au-delà de ses deux premiers moments — le « principe d’invariance » qui sous-tend les résultats modernes d’universalité (matrices aléatoires, polynômes aléatoires), dont le TCL est la première instance.
Partie IV — Lissage poussé : meilleurs taux. La perte de ( lisse) à (fonctions de répartition) venait de facturer en norme sup. Les hybrides peuvent en réparer une partie : ils contiennent des summands gaussiens, et les gaussiennes lissent.
(Une gaussienne cachée) Pour , ou , et , écrire avec . Montrer que est indépendante de la paire , et en déduire, pour toute continue dans ,
Combiner la question 10 avec la forme intégrale du reste de Taylor,
pour refaire les questions 3–4 : pour avec de plus ,
(la question 10 traite les échanges — utiliser — et la borne grossière de la question 3 traite le dernier). Vérifier que les rampes de la question 7 satisfont tandis que , les injecter, et optimiser : le taux uniforme de fonction de répartition s’améliore en .
- (Apparier un moment de plus) Supposer de plus et . Calculer et , développer à l’ordre quatre, et prouver le long des mêmes lignes que le taux de fonction de répartition devient (maintenant et ; choisir ).
- (L’obstruction) Supposer que les premiers moments de coïncident avec les gaussiens ( toujours ; exactement quand ; essentiellement jamais, car ). Vérifier que le schéma des questions 10–12 délivre le taux de fonction de répartition , en équilibrant contre , et observer que l’exposant n’approche la valeur de Berry–Esseen que quand . Expliquer en quelques phrases pourquoi la méthode d’échange sature : chaque échange est facturé en valeur absolue, tandis que la voie de Fourier (inégalité de lissage d’Esseen) exploite l’oscillation de la différence des fonctions caractéristiques et atteint avec seulement trois moments.
Partie V — Deux dimensions : le TCL multidimensionnel, par échange. Soient maintenant les des vecteurs aléatoires i.i.d. centrés de de matrice de covariance et (norme euclidienne).
- (Vecteurs gaussiens, en ordre) Diagonaliser (Exercice 20.8) et poser . Pour une paire de gaussiennes standard indépendantes (Théorème 22.6), montrer que est un vecteur gaussien (Définition 23.10) d’espérance , de covariance , avec ; et que a pour loi exactement pour des copies i.i.d. .
(Taylor en deux variables) Pour de classe avec , prouver
(étudier sur ).
(Le TCL dans ) Faire tourner le schéma de remplacement sur les hybrides vectoriels : montrer que les termes d’ordre un et deux s’annulent (moyennes et covariances coïncident), télescoper, et monter comme à la question 5 (tension depuis ; mollification maintenant dans , Théorème 12.9) pour conclure : pour toute continue bornée,
le Théorème 23.12 en dimension , avec un taux pour les lisses et sans analyse de Fourier.
(Cramér–Wold, et une fluctuation jointe) En déduire que pour tout fixé. Application : pour des réels i.i.d., centrés, , (de sorte que la Partie V s’applique à ), montrer
moyenne empirique et second moment empirique fluctuent conjointement de façon gaussienne — indépendamment à la limite si et seulement si (Théorème 23.11).
Partie VI — La méthode delta.
Soient des variables aléatoires avec pour un paramètre réel , et différentiable en . Prouver la méthode delta :
(écrire avec en ; montrer , puis , en probabilité ; conclure avec Slutsky, Exercice 23.8, et Exercice 23.4(b)).
Applications. (a) Pour des réels i.i.d. d’espérance et de variance , et : montrer quand , et que pour l’énoncé correct vit à une autre échelle : avec (identifier la fonction de répartition de la limite). (b) (Stabilisation de la variance) Pour la fréquence de succès d’un échantillon , : montrer que satisfait
quel que soit — une barre d’erreur asymptotique libre du paramètre inconnu ; comparer avec l’Exemple 23.9.
Partie VII — Poisson, par la même méthode : le théorème de Le Cam. Le remplacement connaît une seconde classe d’universalité : les sommes de beaucoup d’événements indépendants rares. Pour les lois sur la bonne distance est la variation totale,
- Montrer que , et prouver la borne de couplage : pour toute paire de variables aléatoires de lois et sur le même espace, .
Calculer exactement, pour :
(Le Cam, par échange) Soient et , les variables indépendantes ; , et rappeler avec (Exercice 23.1). Échanger une coordonnée à la fois dans les hybrides entiers : montrer, pour tout ,
et conclure l’inégalité de Le Cam :
- Dividendes. (a) Pour : la borne est — la loi des événements rares (Exercice 23.5) montée à un taux explicite, uniforme sur tous les événements, et valable pour des inégaux aussi. (b) lettres sont livrées, chacune s’égarant indépendamment avec probabilité : borner l’erreur du modèle de Poisson de paramètre , et estimer la probabilité qu’aucune lettre ne s’égare. (c) Clore le problème : comparer les deux classes d’universalité rencontrées ici — gaussienne (beaucoup de petites contributions étalées ; deux moments appariés ; Taylor) et Poisson (beaucoup de contributions rares ; une moyenne appariée ; un couplage exact en variation totale) — et la seule méthode de remplacement derrière les deux.
(Erreur relative et transformée log) Soient i.i.d., positives, d’espérance , de variance , et la moyenne empirique. Montrer par la méthode delta que
le paramètre asymptotique de est le coefficient de variation — erreur relative, sans échelle. En déduire un intervalle de confiance pour de la forme multiplicative , et expliquer quand il est préférable à l’additif.
- (Le troisième moment oriente l’erreur) Pour Bernoulli() centrée, calculer . En utilisant l’analyse de la Partie IV (l’erreur d’échange est pilotée par les moments d’ordre trois), expliquer pourquoi l’approximation normale de est asymétrique pour — dépassant d’un côté, sous-estimant de l’autre — et pourquoi bénéficie du taux plus rapide à moments appariés. Vérifier le signe de l’asymétrie numériquement sur contre : comparer avec la masse gaussienne de .
Solution
Solution de Problème 23.1.
1. La famille est indépendante : les deux blocs sont indépendants l’un de l’autre par construction et chaque bloc est i.i.d. est une fonction mesurable des seules variables et , toutes distinctes de et : par le principe de coalition (Théorème 22.5), est indépendante de la paire . Les décompositions et sont immédiates d’après les définitions : passer de à échange le seul terme pour .
2. Taylor–Lagrange à l’ordre : il existe entre et tel que
et donne la borne.
3. En soustrayant les deux développements au point de base commun :
Passer aux espérances. Par la question 1, et sont indépendantes de , donc les espérances mixtes se factorisent :
les deux premiers moments de et coïncident, et seul le reste survit :
Le moment d’ordre trois gaussien : (substitution , puis ).
4. Télescopage et application de la question 3 à chacun des termes :
5. est exactement pour tout (somme normalisée de gaussiennes standards indépendantes, Exercice 23.3), donc et la question 4 se lit pour . Passage au cas général. Soit continue bornée, , . Choisir avec : Tchebychev avec donne pour tout , et de même . Soit de classe avec (plateau lisse, obtenu en régularisant , Théorème 12.9) ; est continue à support compact, donc uniformément continue, et sa régularisée est à dérivées de tous ordres bornées avec pour assez petit. Pour ou , comme sur et partout :
En combinant avec (la question 4 s’applique : ) :
et était arbitraire : pour toute continue bornée, i.e. .
6. L’équidistribution n’entrait que par une phrase : « et ont les mêmes deux premiers moments ». Soient donc indépendantes, centrées, de variances et moments d’ordre trois finis, , et indépendantes de tout le reste. Définir les hybrides avec la normalisation : . Au -ième échange, et tuent encore les termes en et , et le reste donne (en utilisant par homothétie) :
Télescopage :
Comme (inégalité des moyennes de puissance, i.e. Jensen pour appliqué à ), le second membre est au plus : sous la condition de Lyapunov , les sommes normalisées convergent en loi vers — le TCL sans équidistribution.
7. Soit avec et posons : est , décroissante, sur , sur ; soit . Pour et définir et : ce sont des fonctions de dérivée tierce bornée par , et
Borne supérieure : par la question 4 appliquée à (avec ),
car est lipschitzienne de constante (sa densité est bornée par ). La borne inférieure symétrique via donne l’estimation à deux termes
Les deux termes s’équilibrent lorsque , i.e. : tous deux sont alors , un taux uniforme explicite valable pour tout . (Le taux optimal de Berry–Esseen demande l’inégalité de lissage de Fourier ; l’échange troque la netteté contre une élémentaire complète.)
8. Pour (signes équitables) : centrées, variance , et donc . La question 7 borne alors explicitement et uniformément pour tout fini — un énoncé global, non asymptotique, sur la fonction de répartition. L’estimation locale de Problème 11.1, question 7, donne au contraire l’asymptotique exacte d’un atome individuel, : elle résout des probabilités de taille , bien en dessous de la résolution de la question 7, mais elle est ponctuelle, asymptotique (pas d’erreur explicite à fixe) et liée à cette loi de réseau particulière. Précision locale contre uniformité globale : les deux méthodes sont complémentaires, et sommer l’estimation locale sur retrouve de Moivre–Laplace sur des intervalles — avec un taux plus fin, mais seulement pour cette loi.
9. L’argument d’échange n’utilisait rien sur la loi des au-delà de , et la finitude de : si l’on remplaçait les gaussiennes par toute autre famille i.i.d. de mêmes deux premiers moments et de moment d’ordre trois fini, le même télescopage bornerait par pour toute lisse. Les statistiques lisses de grandes sommes indépendantes sont donc universelles : à une erreur quantifiée près, elles ne dépendent de la loi des termes de la somme que par deux nombres. C’est le principe d’invariance : prouver un théorème limite pour la loi la plus calculable (la gaussienne, où tout est exact), puis le transférer à toutes les lois par échange. Le même schéma — avec des sommes remplacées par des fonctionnelles plus élaborées — guide la loi du demi-cercle de Wigner pour les matrices aléatoires, l’universalité des racines de polynômes aléatoires, et une grande part de la probabilité moderne ; le théorème central limite en est la première et la plus simple instance.
10. est une fonction borélienne des seules , tandis que et sont des fonctions des variables restantes de la famille indépendante : par le principe de coalition (Théorème 22.5), est indépendante de . Comme somme des indépendantes, avec (Exercice 23.3), de densité bornée par . La loi de est le produit des deux lois marginales, donc Tonelli (transfert) fige le premier bloc : avec pour tout ,
11. La forme intégrale de Taylor s’obtient en intégrant par parties deux fois en . En prenant les espérances dans le -ième échange, les ordres , , s’annulent exactement comme à la question 3, et les deux restes (pour et ) sont bornés, pour , par la question 10 avec :
En sommant, avec , et en ajoutant la borne de la question 3 pour le dernier échange (, plus aucune gaussienne) :
Rampes : , donc avec et (substitution). Le sandwich de la question 7 donne alors
En les premier et troisième termes sont et le médian : un taux uniforme , strictement meilleur que le de la question 7 — la moitié gaussienne de l’hybride a fait le lissage supplémentaire.
12. (intégrande impaire), et une intégration par parties donne (). Pour de classe à dérivées bornées, développer chaque échange à l’ordre quatre : les termes d’ordre trois portent le facteur (l’indépendance les factorise comme à la question 3), donc seul le reste d’ordre quatre survit, avec et ou . La question 10 (avec ) borne les échanges , et en sommant comme à la question 11 :
Avec et , la borne de fonction de répartition devient ; en les termes extrêmes sont et le médian : taux .
13. Avec moments appariés le reste survivant par échange est d’ordre ; la borne gaussienne cachée charge et la somme sur les échanges contribue le facteur , donnant pour lisse. Les rampes coûtent , donc l’erreur de fonction de répartition est , équilibrée en : taux , qui vaut pour , pour , et ne tend vers que lorsque — mais forcerait et au-delà, i.e. une loi qui imite déjà la gaussienne. La saturation est structurelle : l’échange ajoute erreurs d’échange en valeur absolue, renonçant à toute annulation entre échanges. La preuve de Fourier compare les fonctions caractéristiques, où les erreurs apparaissent avec leurs phases oscillantes ; l’inégalité de lissage d’Esseen convertit , intégrée contre , en une borne de fonction de répartition au seul coût logarithmique, et livre le de Berry–Esseen à partir de trois moments. Le remplacement troque l’optimalité contre la robustesse — et, comme le montre la Partie VII, contre la portabilité.
14. est symétrique semi-définie positive ; avec ( orthogonale, diagonale, Exercice 20.8), la symétrique vérifie . Pour tout , est une combinaison linéaire de gaussiennes indépendantes, donc gaussienne (Exercice 23.3) : est un vecteur gaussien ; sa moyenne est et sa covariance . Moments : (convexité de sur ), et chaque coordonnée est une gaussienne réelle à moments de tous ordres (Exercice 11.10) : . Enfin chaque est une somme normalisée de i.i.d., donc exactement : est un vecteur gaussien de moyenne et covariance , et sa loi est (Définition 23.10 : la loi est déterminée par ces données).
15. Posons , : est avec
Taylor–Lagrange à l’ordre pour entre et donne la première inégalité ; Cauchy–Schwarz donne , d’où la constante .
16. Définir et comme à la question 1, maintenant dans ; l’argument de coalition est inchangé. Au -ième échange, les termes d’ordre un donnent et les termes d’ordre deux donnent : moyennes et covariances coïncident. La question 15 borne les deux restes :
et le télescopage sur les échanges :
Passage au cas général : (les termes croisés s’annulent par indépendance et centrage), donc , et de même pour : tension. Étant donnée continue bornée et , multiplier par un plateau lisse égal à sur la boule de rayon et supporté dans le rayon (régulariser un indicateur dans , Théorème 12.9) ; est uniformément continue à support compact, donc sa régularisée bidimensionnelle est à dérivées de tous ordres bornées avec pour petit. La chaîne à trois de la question 5 se transporte mot pour mot : pour toute continue bornée . C’est Théorème 23.12 pour , maintenant prouvé — l’échange contourne le théorème de Lévy bidimensionnel que le chapitre avait laissé admis.
17. Pour continue bornée, la carte est continue bornée sur , donc la question 16 donne : toute projection converge en loi, et . (C’est le sens facile de Cramér–Wold : la convergence jointe implique la convergence de toutes les images linéaires.) Application : sont des vecteurs i.i.d. centrés (), avec entrées de covariance , et ; le moment d’ordre trois est fini dès que . La question 16 livre la limite gaussienne jointe affichée, et Théorème 23.11(2) : les deux coordonnées limites sont indépendantes exactement lorsque la covariance s’annule — pour les lois symétriques, moyenne empirique et variance empirique se découplent asymptotiquement.
18. Écrire où pour et : la différentiabilité en signifie précisément lorsque . Étape 1 : en probabilité : pour et tout , éventuellement , donc (les fonctions de répartition convergent aux points de continuité ), et le second membre tend vers lorsque . Étape 2 : en probabilité : étant donné , choisir avec sur ; alors . Étape 3 :
Par la règle produit de Slutsky (Exercice 23.8, avec la suite en probabilité et convergente en loi), le second terme converge en loi vers , donc vers en probabilité (Exercice 23.4(b)) ; le premier converge en loi vers (Slutsky encore, ou la règle affine pour les fonctions caractéristiques) ; la règle somme de Slutsky les assemble : la limite est .
19. (a) Le TCL donne ; la méthode delta avec , , donne — dégénérée (limite ) lorsque . Dans ce cas la fluctuation vit une échelle au-dessus : , et pour
, le carré d’une gaussienne (loi du « khi-deux ») — lorsque la dérivée première meurt, le terme d’ordre deux de Taylor dicte une limite non gaussienne. (b) Ici et a , donc : la limite est pour tout . Sur l’échelle la barre d’erreur asymptotique à est , connue à l’avance — alors que dans Exemple 23.9 la largeur impliquait le inconnu, à majorer par ou à estimer : la transformation stabilise la variance.
20. Soit et , de sorte que . Pour tout : , avec égalité en ; et comme les parties positive et négative de ont même masse totale, . Échanger traite le signe : . Couplage : pour tout ,
et prendre le supremum sur .
21. Les deux lois chargent : : contre , avec ; : contre ; : contre le reste Poisson . D’où
et donne la borne .
22. Écrire et avec , indépendante de la paire (coalitions). Pour , en conditionnant sur les valeurs dénombrables par indépendance,
et de même pour avec . En soustrayant, avec et de somme nulle :
Télescopage de à (Exercice 23.1, itéré) et question 21 :
l’inégalité de Le Cam. (La borne de couplage de la question 20 offre une voie alternative : coupler chaque paire sur une seule uniforme de sorte que et borner ; l’échange n’exige aucune construction.)
23. (a) Avec : . Cela affine Exercice 23.5 trois fois : une erreur explicite à chaque fini, l’uniformité sur tous les événements à la fois (pas un intervalle à la fois), et pas besoin de égaux — seulement petit, p.ex. : beaucoup d’événements rares, aucun dominant. (b) Ici , , : le modèle de Poisson se trompe d’au plus sur tout événement ; en particulier, en prenant ,
donc la réponse est à garanti près (le vrai écart est d’environ ). (c) Le problème se referme sur une méthode à deux régimes. Lorsque contributions comparables portent chacune une variance , apparier deux moments contre la gaussienne rend les erreurs d’échange chacune : les sommes deviennent gaussiennes — avec Taylor comme outil de comparaison locale. Lorsque contributions sont des indicateurs de probabilité , apparier la moyenne contre un atome de Poisson fait coûter chaque échange : les comptages d’événements rares deviennent Poisson — avec la variation totale comme comparaison locale exacte. Mêmes hybrides, même télescope, estimation locale différente : le remplacement est une stratégie, pas un théorème, et les limites gaussienne et Poisson en sont les deux plus anciens dividendes.
24. Le TCL donne , et est différentiable en avec : la méthode delta (Partie VI) livre . En dépliants l’intervalle par exponentiation :
(en pratique est remplacé par sa version empirique, Slutsky comme dans Exercice 23.8). L’intervalle multiplicatif est le naturel lorsque les données sont positives avec des erreurs proportionnelles à leur taille — revenus, concentrations, demi-vies : quantités qui vivent sur une échelle logarithmique, où des intervalles additifs symétriques pourraient même traverser zéro.
25. . Dans l’analyse d’échange (Partie IV), le terme d’erreur principal après appariement de deux moments porte le moment d’ordre trois signé : pour il est positif (la loi penche à droite : rares grandes excursions au-dessus de la moyenne), et l’approximation normale déplace systématiquement la masse — sous-estimant la queue gauche courte et surestimant la droite — avec une erreur d’ordre ; en le moment d’ordre trois s’annule, la Bernoulli imite la gaussienne à l’ordre trois, et le taux s’améliore (question des moments appariés de la Partie IV). Numériquement : , tandis que la gaussienne donne : la courbe normale, ignorante du mur en et de l’asymétrie vers la droite, met trop de masse en bas — le signe prédit de l’erreur, visible à .