Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

23Fonctions caractéristiques et théorème central limite

La loi des grands nombres dit que les moyennes convergent ; le théorème central limite dit comment elles fluctuent : l’erreur, amplifiée par n\sqrt n, est asymptotiquement gaussienne — quelle que soit la loi de départ. Cette universalité est le fait le plus profond des probabilités élémentaires, et sa preuve naturelle est fourier-analytique : la fonction caractéristique (la transformée de Fourier d’une loi) convertit les sommes indépendantes en produits, et la machinerie du Chapitre 14 — injectivité, points fixes gaussiens — convertit la convergence ponctuelle de ces produits en convergence des lois (théorème de Lévy, prouvé en entier). Le chapitre s’achève sur les vecteurs gaussiens et la dérivation honnête des intervalles de confiance utilisés partout en statistique ; le problème de week-end donne la seconde preuve de Lindeberg du TCL, avec un taux d’erreur explicite.

23.1 Fonctions caractéristiques

Définition 23.1

La fonction caractéristique d’une variable aléatoire réelle XX est

φX(ξ)=E[eiξX]=Reiξx ⁣dPX(x)(ξR)\varphi_X(\xi) = \E\bigl[\eu^{\iu\xi X}\bigr] = \int_\R \eu^{\iu\xi x}\,\dd\P_X(x) \qquad (\xi \in \R)

(le théorème de transfert la calcule depuis la loi ; pour une densité ff, φX(ξ)=f^(ξ)\varphi_X(\xi) = \hat f(-\xi) dans la convention du Chapitre 14).

Proposition 23.2

(a) φX(0)=1\varphi_X(0) = 1, φX1\abs{\varphi_X} \leq 1, et φX\varphi_X est uniformément continue ; φaX+b(ξ)=eibξφX(aξ)\varphi_{aX + b}(\xi) = \eu^{\iu b\xi}\varphi_X(a\xi). (b) Si X,YX, Y sont indépendantes : φX+Y=φXφY\varphi_{X+Y} = \varphi_X\,\varphi_Y. (c) Si EXk<\E\abs X^k < \infty, alors φXCk\varphi_X \in \mathcal C^k avec φX(j)(0)=ijE[Xj]\varphi_X^{(j)}(0) = \iu^j\,\E[X^j] pour jkj \leq k ; en particulier, pour XX centrée dans L2L^2 de variance σ2\sigma^2 :

φX(ξ)=1σ2ξ22+o(ξ2)(ξ0).\varphi_X(\xi) = 1 - \frac{\sigma^2\xi^2}{2} + o(\xi^2) \qquad (\xi \to 0).

(d) Gaussienne : XN(m,σ2)X \sim \mathcal N(m, \sigma^2) a φX(ξ)=eimξσ2ξ2/2\varphi_X(\xi) = \eu^{\iu m\xi - \sigma^2\xi^2/2}.

Démonstration. (a) Les bornes sont immédiates ; continuité : φ(ξ+h)φ(ξ)EeihX10\abs{\varphi(\xi + h) - \varphi(\xi)} \leq \E\abs{\eu^{\iu hX} - 1} \to 0 quand h0h \to 0 par convergence dominée, uniformément en ξ\xi. La règle affine est une substitution. (b) eiξ(X+Y)=eiξXeiξY\eu^{\iu\xi(X+Y)} = \eu^{\iu\xi X}\eu^{\iu\xi Y}, et les espérances de produits de variables indépendantes se factorisent (Théorème 22.5, appliqué aux parties réelles et imaginaires). (c) Dérivation sous l’espérance, dominée par EXj\E\abs X^j (Théorème 10.15) ; le développement de Taylor en 00 est alors Taylor–Young pour la fonction C2\mathcal C^2 φ\varphi. (d) Pour N(0,1)\mathcal N(0,1) : la transformée gaussienne (Exemple 14.2 avec a=12a = \frac12) donne eiξxex2/22π ⁣dx=eξ2/2\int\eu^{\iu\xi x}\frac{\eu^{-x^2/2}}{\sqrt{2\pi}}\dd x = \eu^{-\xi^2/2} ; le cas général par la règle affine.

Théorème 23.3 (Injectivité)

Si φX=φY\varphi_X = \varphi_Y, alors XX et YY ont la même loi. Plus précisément, pour NN(0,1)N \sim \mathcal N(0,1) indépendante de XX et ε>0\varepsilon > 0, la variable lissée X+εNX + \varepsilon N a pour densité

pε(x)=12πRφX(ξ)eε2ξ2/2eiξx ⁣dξ,p_\varepsilon(x) = \frac1{2\pi}\int_\R \varphi_X(-\xi)\,\eu^{-\varepsilon^2\xi^2/2}\, \eu^{\iu\xi x}\,\dd\xi ,

déterminée par φX\varphi_X seule ; faire ε0\varepsilon \to 0 récupère la loi de XX.

Démonstration. X+εNX + \varepsilon N a pour densité pε(x)=E[gε(xX)]p_\varepsilon(x) = \E\bigl[g_\varepsilon(x - X)\bigr], où gεg_\varepsilon est la densité N(0,ε2)\mathcal N(0, \varepsilon^2) : en effet pour BB borélien, l’indépendance et Tonelli donnent P(X+εNB)= ⁣ ⁣1B(x+εn)g1(n) ⁣dn ⁣dPX(x)=BE[gε(tX)] ⁣dt\P(X + \varepsilon N \in B) = \int\!\!\int\mathbf 1_B(x + \varepsilon n)g_1(n)\,\dd n\,\dd\P_X(x) = \int_B\E[g_\varepsilon(t - X)]\dd t (substituer, puis Tonelli encore). Écrire gεg_\varepsilon par inversion de Fourier de sa transformée (Exercice 14.4, rescalée) : gε(u)=12πeε2ξ2/2eiξu ⁣dξg_\varepsilon(u) = \frac1{2\pi}\int \eu^{-\varepsilon^2\xi^2/2}\eu^{\iu\xi u}\dd\xi, et Fubini (tout est dominé par le facteur gaussien) :

pε(x)=12πRφX(ξ)eε2ξ2/2eiξx ⁣dξ,p_\varepsilon(x) = \frac1{2\pi}\int_\R \varphi_X(-\xi)\,\eu^{-\varepsilon^2\xi^2/2}\, \eu^{\iu\xi x}\,\dd\xi ,

une fonctionnelle de φX\varphi_X seule. Si φX=φY\varphi_X = \varphi_Y : X+εNX + \varepsilon N et Y+εNY + \varepsilon N ont même loi pour tout ε\varepsilon ; pour ff continue bornée, Ef(X+εN)Ef(X)\E f(X + \varepsilon N) \to \E f(X) quand ε0\varepsilon \to 0 (convergence dominée, X+εNXX + \varepsilon N \to X pointwise sur l’espace produit), donc Ef(X)=Ef(Y)\E f(X) = \E f(Y) pour toute telle ff — et cela détermine la loi : pour chaque tt, encadrer 1(,t]\mathbf 1_{\intoc{-\infty}t} entre les rampes continues bornées fk±f_k^\pm (égales à 11 sur (,t1k]\intoc{-\infty}{t \mp \frac1k}, à 00 au-delà de t±1kt \pm \frac1k, affines entre) ; en passant à la limite dans Efk(X)FX(t)Efk+(X)\E f_k^-(X) \leq F_X(t) \leq \E f_k^+(X) on obtient FX(t)=FY(t)F_X(t) = F_Y(t) en tout tt où les deux sont continues, donc partout par continuité à droite et densité des points de continuité communs (les deux FF ont dénombrablement beaucoup de sauts) ; des fonctions de répartition égales forcent des lois égales (Exercice 9.3, reposant sur le Théorème 9.7).

23.2 Convergence en loi

Définition 23.4

XnX_n converge en loi (ou en distribution) vers XX, noté XnXX_n \Rightarrow X, si

E[f(Xn)]E[f(X)]pour toute f ⁣:RR continue borneˊe.\E\bigl[f(X_n)\bigr] \longrightarrow \E\bigl[f(X)\bigr] \qquad\text{pour toute } f\colon\R\to\R \text{ continue bornée}.

Équivalemment (Exercice 23.4) : FXn(t)FX(t)F_{X_n}(t) \to F_X(t) en tout point de continuité tt de FXF_X. Les XnX_n n’ont pas besoin de vivre sur un espace probabilisé commun : seules les lois comptent.

Théorème 23.5 (Théorème de sélection de Helly)

Toute suite (Fn)(F_n) de fonctions de répartition admet une sous-suite convergeant pointwise, en tout point de continuité de la limite, vers une G ⁣:R[0,1]G \colon \R \to \intcc01 croissante et continue à droite — éventuellement avec G(+)G()<1G(+\infty) - G(-\infty) < 1 (de la masse peut s’échapper à l’infini).

Démonstration. L’extraction diagonale donne Fnk(q)(q)F_{n_k}(q) \to \ell(q) pour tout rationnel qq (valeurs dans le compact [0,1]\intcc01). Définir G(t)=inf{(q):qQ,q>t}G(t) = \inf\{\ell(q) : q \in \Q, q > t\} : croissante ; continue à droite (un infimum sur des voisinages rationnels rétrécissants depuis la droite). En un point de continuité tt de GG : pour des rationnels q1<t<q2q_1 < t < q_2,

(q1)lim infFnk(t)lim supFnk(t)(q2),\ell(q_1) \leq \liminf F_{n_k}(t) \leq \limsup F_{n_k}(t) \leq \ell(q_2),

par monotonie de chaque FnkF_{n_k}. Depuis la définition de GG comme infimum et la monotonie de \ell sur les rationnels : G(s)(q)G(q)G(s) \leq \ell(q) \leq G(q) dès que s<qs < q. Prendre s<q1<ts < q_1 < t donne (q1)G(s)\ell(q_1) \geq G(s), et (q2)G(q2)\ell(q_2) \leq G(q_2) ; en faisant sts \uparrow t et q2tq_2 \downarrow t, la continuité de GG en tt force le lim inf\liminf et le lim sup\limsup vers G(t)G(t).

Lemme 23.6 (Tension depuis la fonction caractéristique)

Pour toute variable aléatoire XX et u>0u > 0 :

P(X2u)    1uuu(1ReφX(ξ)) ⁣dξ.\P\Bigl(\abs X \geq \frac2u\Bigr) \;\leq\; \frac1u\int_{-u}^{u}\bigl(1 - \operatorname{Re}\varphi_X(\xi)\bigr)\,\dd\xi .

Démonstration. Par Tonelli–Fubini (intégrande bornée, région finie en ξ\xi) :

1uuu(1ReφX(ξ)) ⁣dξ=E[1uuu(1cos(ξX)) ⁣dξ]=2E[1sin(uX)uX]\frac1u\int_{-u}^u\bigl(1 - \operatorname{Re}\varphi_X(\xi)\bigr)\dd\xi = \E\Bigl[\frac1u\int_{-u}^u(1 - \cos(\xi X))\,\dd\xi\Bigr] = 2\,\E\Bigl[1 - \frac{\sin(uX)}{uX}\Bigr]

(interpréter le crochet comme sa limite 00 en X=0X = 0). L’intégrande est positive (sintt\abs{\sin t} \leq \abs t), et pour uX2\abs{uX} \geq 2 : 1sin(uX)uX11uX121 - \frac{\sin(uX)}{uX} \geq 1 - \frac1{\abs{uX}} \geq \frac12. En ne gardant que l’événement {uX2}\{\abs{uX} \geq 2\} dans l’espérance, on laisse au moins 212P(X2u)2 \cdot \frac12\,\P(\abs X \geq \frac2u), qui est l’affirmation.

Théorème 23.7 (Théorème de continuité de Lévy)

Soient (Xn)(X_n) des variables aléatoires dont les fonctions caractéristiques convergent pointwise : φXn(ξ)φ(ξ)\varphi_{X_n}(\xi) \to \varphi(\xi) pour tout ξ\xi, où φ=φX\varphi = \varphi_X est la fonction caractéristique d’une certaine variable aléatoire XX. Alors XnXX_n \Rightarrow X.

Démonstration. Tension. Fixer ε>0\varepsilon > 0. Comme φ\varphi est continue en 00 avec φ(0)=1\varphi(0) = 1, choisir u>0u > 0 avec 1uuu(1Reφ)<ε\frac1u\int_{-u}^u(1 - \operatorname{Re}\varphi) < \varepsilon ; par convergence dominée (intégrande bornée par 22 sur le [u,u][-u,u] fixe), la même intégrale pour φXn\varphi_{X_n} est <2ε< 2\varepsilon pour nn grand : le Lemme 23.6 donne P(Xn2u)2ε\P(\abs{X_n} \geq \frac2u) \leq 2\varepsilon pour nn grand, et élargir la constante gère les finiment beaucoup d’autres : les lois sont tendues — aucune masse ne s’échappe.

Sous-suites. Soit (Fnk)(F_{n_k}) une sous-suite quelconque ; par Helly (Théorème 23.5) extraire FnkjGF_{n_{k_j}} \to G aux points de continuité. La tension force G()=0G(-\infty) = 0, G(+)=1G(+\infty) = 1 (G(2u)G(2u)12εG(\frac2u) - G(-\frac2u) \geq 1 - 2\varepsilon aux points de continuité) : GG est une vraie fonction de répartition, d’une certaine variable YY. Alors XnkjYX_{n_{k_j}} \Rightarrow Y (Exercice 23.4, convergence en loi depuis les FF), donc φXnkjφY\varphi_{X_{n_{k_j}}} \to \varphi_Y pointwise (xeiξxx \mapsto \eu^{\iu\xi x} est continue bornée, parties réelle et imaginaire séparément) ; en comparant avec l’hypothèse : φY=φ=φX\varphi_Y = \varphi = \varphi_X, et l’injectivité (Théorème 23.3) donne YXY \sim X, c’est-à-dire G=FXG = F_X.

Conclusion. Toute sous-suite de (Fn)(F_n) a une sous-sous-suite convergeant vers la même FXF_X (en ses points de continuité) ; donc Fn(t)FX(t)F_n(t) \to F_X(t) en tout point de continuité tt (une suite réelle dont toutes les sous-suites ont des sous-sous-suites de même limite converge) : XnXX_n \Rightarrow X.

23.3 Le théorème central limite

Théorème 23.8 (Théorème central limite)

Soient (Xn)(X_n) i.i.d. avec EX1=m\E X_1 = m et V(X1)=σ2(0,)\V(X_1) = \sigma^2 \in \intoo0\infty. Alors

Snnmσn    N(0,1):P(aSnnmσnb)12πabex2/2 ⁣dx\frac{S_n - nm}{\sigma\sqrt n} \;\Longrightarrow\; \mathcal N(0, 1) : \qquad \P\Bigl(a \leq \frac{S_n - nm}{\sigma\sqrt n} \leq b\Bigr) \longrightarrow \frac{1}{\sqrt{2\pi}}\int_a^b\eu^{-x^2/2}\,\dd x

pour tous a<ba < b.

Démonstration. Centrer et normaliser : Zi=XimσZ_i = \frac{X_i - m}{\sigma} (i.i.d., moyenne 00, variance 11) et Tn=1ninZiT_n = \frac1{\sqrt n}\sum_{i\leq n}Z_i. Par indépendance et la règle affine (Proposition 23.2) :

φTn(ξ)=φZ(ξn)n,φZ(η)=1η22+η2ρ(η),ρ(η)0.\varphi_{T_n}(\xi) = \varphi_{Z}\Bigl(\frac{\xi}{\sqrt n}\Bigr)^{n}, \qquad \varphi_Z(\eta) = 1 - \frac{\eta^2}2 + \eta^2\rho(\eta),\quad \rho(\eta)\to0 .

Fixer ξ\xi et poser an=φZ(ξ/n)a_n = \varphi_Z(\xi/\sqrt n), bn=1ξ22nb_n = 1 - \frac{\xi^2}{2n} : tous deux ont un module 1\leq 1 pour nn grand (bn1\abs{b_n} \leq 1 dès que ξ24n\xi^2 \leq 4n ; an1\abs{a_n} \leq 1 toujours). L’inégalité élémentaire anbnnab\abs{a^n - b^n} \leq n\abs{a - b} pour a,b1\abs a, \abs b \leq 1 (télescopage anbn=ak(ab)bn1ka^n - b^n = \sum a^k(a - b)b^{n-1-k}) donne

φTn(ξ)(1ξ22n)nnφZ(ξn)1+ξ22n=ξ2ρ(ξn)0,\Bigl|\varphi_{T_n}(\xi) - \Bigl(1 - \frac{\xi^2}{2n}\Bigr)^{n}\Bigr| \leq n\,\Bigl|\varphi_Z\Bigl(\frac\xi{\sqrt n}\Bigr) - 1 + \frac{\xi^2}{2n}\Bigr| = \xi^2\,\Bigl|\rho\Bigl(\frac{\xi}{\sqrt n}\Bigr)\Bigr| \longrightarrow 0,

tandis que (1ξ22n)neξ2/2\bigl(1 - \frac{\xi^2}{2n}\bigr)^n \to \eu^{-\xi^2/2} (logarithme réel). Donc φTn(ξ)eξ2/2=φN(0,1)(ξ)\varphi_{T_n}(\xi) \to \eu^{-\xi^2/2} = \varphi_{\mathcal N(0,1)}(\xi) (Proposition 23.2(d)) pour tout ξ\xi : Lévy (Théorème 23.7) conclut TnN(0,1)T_n \Rightarrow \mathcal N(0,1). Les probabilités d’intervalles suivent car FNF_{\mathcal N} est continue partout.

Exemple 23.9 (Intervalles de confiance, honnêtement dérivés)

Sonder nn électeurs indépendants ; p^n=Sn/n\hat p_n = S_n/n estime le vrai pp, avec σ2=p(1p)14\sigma^2 = p(1-p) \leq \frac14. Le TCL donne, pour nn grand,

P(p^npz2n)    P(Snnpσnz)Φ(z)Φ(z),\P\Bigl(\abs{\hat p_n - p} \leq \frac{z}{2\sqrt n}\Bigr) \;\geq\; \P\Bigl(\Bigl|\frac{S_n - np}{\sigma\sqrt n}\Bigr| \leq z\Bigr) \longrightarrow \Phi(z) - \Phi(-z),

Φ\Phi est la fonction de répartition gaussienne standard. Avec z=1.96z = 1.96 : confiance asymptotique 95%95\%, et une marge 1.962n3%\frac{1.96}{2\sqrt n} \leq 3\% exige n(1.960.06)21068n \geq \bigl(\frac{1.96}{0.06}\bigr)^2 \approx 1068 — le nombre derrière chaque << ±3\pm3 points, 95%95\% >> qu’on lit ; comparer aux 55565556 de Bienaymé–Tchebychev (Exercice 22.7). Le n\sqrt n est universel : pour diviser l’erreur par deux, quadrupler l’échantillon — la même loi qui fixe le coût du Monte-Carlo (Exercice 23.7).

23.4 Vecteurs gaussiens

Définition 23.10

Un vecteur aléatoire X=(X1,,Xd)X = (X_1, \dots, X_d) est gaussien si toute combinaison linéaire t,X=tiXi\langle t, X\rangle = \sum t_iX_i est une variable gaussienne réelle (éventuellement dégénérée). Sa loi est déterminée par le vecteur moyen m=(EXi)m = (\E X_i) et la matrice de covariance Σ=(Cov(Xi,Xj))\Sigma = \bigl(\operatorname{Cov}(X_i, X_j)\bigr) : en effet la fonction caractéristique du vecteur, φX(t)=Eeit,X\varphi_X(t) = \E\eu^{\iu\langle t, X\rangle}, est la valeur en 11 de la fc de t,X\langle t, X\rangle :

φX(t)=exp(it,m12tTΣt),\varphi_X(t) = \exp\Bigl(\iu\langle t, m\rangle - \tfrac12\,t^{\mathsf T}\Sigma\,t\Bigr),

et les fonctions caractéristiques dd-dimensionnelles sont injectives (même preuve de lissage que le Théorème 23.3, gaussiennes coordonnée par coordonnée).

Théorème 23.11

Soit XX un vecteur gaussien.

  1. Toute image affine AX+bAX + b est un vecteur gaussien.
  2. Les composantes XiX_i sont indépendantes si et seulement si Σ\Sigma est diagonale : pour des variables conjointement gaussiennes, non corrélées == indépendantes.
  3. Si Σ\Sigma est inversible, XX a pour densité 1(2π)d/2detΣexp(12(xm)TΣ1(xm))\frac{1}{(2\pi)^{d/2}\sqrt{\det\Sigma}} \exp\bigl(-\frac12(x - m)^{\mathsf T}\Sigma^{-1}(x - m)\bigr).

Démonstration. (1) Les combinaisons linéaires des composantes de AX+bAX + b sont des fonctions affines de combinaisons linéaires de XX : gaussiennes (l’image affine d’une variable gaussienne est gaussienne). (2) Si Σ\Sigma est diagonale, la fonction caractéristique se factorise : φX(t)=iexp(itimi12Σiiti2)=φXi(ti)\varphi_X(t) = \prod_i\exp(\iu t_im_i - \frac12\Sigma_{ii}t_i^2) = \prod\varphi_{X_i}(t_i), qui est la fonction caractéristique de la loi produit (Théorème 22.5 lue via l’injectivité dd-dimensionnelle) : les composantes sont indépendantes. La réciproque est l’annulation des covariances de variables L2L^2 indépendantes. (3) Diagonaliser Σ=PDPT\Sigma = P D P^{\mathsf T} (PP orthogonal, D>0D > 0 diagonale — Exercice 20.8) ; le vecteur Y=PT(Xm)Y = P^{\mathsf T}(X - m) est gaussien de covariance DD : par (2) ses composantes sont indépendantes N(0,di)\mathcal N(0, d_i), donc YY a la densité produit ; pousser en avant par le x=m+PYx = m + PY préservant le volume (Théorème 11.10, detP=1\abs{\det P} = 1) et réécrire l’exposant de façon invariante.

Théorème 23.12 (TCL multidimensionnel)

Soient (Xn)(X_n) des vecteurs aléatoires i.i.d. de Rd\R^d de carré intégrable, d’espérance mm et de matrice de covariance Σ\Sigma. Alors Snnmn\frac{S_n - nm}{\sqrt n} converge en loi vers le vecteur gaussien N(0,Σ)\mathcal N(0, \Sigma).

Démonstration. Admis à ce niveau.

Remarque 23.13

Presque tout est déjà entre nos mains. Pour chaque direction tRdt \in \R^d, la variable réelle t,Snnmn\langle t, \frac{S_n - nm}{\sqrt n}\rangle est une somme normalisée de variables réelles i.i.d. de variance tTΣtt^{\mathsf T}\Sigma t, donc le calcul du Théorème 23.8 donne la convergence ponctuelle des fonctions caractéristiques dd-dimensionnelles vers etTΣt/2\eu^{-t^{\mathsf T}\Sigma t/2}, la fonction caractéristique de N(0,Σ)\mathcal N(0, \Sigma) (Définition 23.10). Ce que nous n’avons pas reprouvé est le théorème de continuité de Lévy dans Rd\R^d : la sélection de Helly et l’estimée de tension se généralisent routinièrement (coordonnée par coordonnée), et cette réduction de Cramér–Wold est menée honnêtement dans tout cours de probabilités de master ; rien au-delà des méthodes de ce chapitre n’est nécessaire.

Méthode 23.14

Pour identifier une loi limite : calculer les fonctions caractéristiques, prendre la limite ponctuelle, la reconnaître (gaussienne eσ2ξ2/2\eu^{-\sigma^2\xi^2/2}, Poisson eλ(eiξ1)\eu^{\lambda(\eu^{\iu\xi}-1)}, exponentielle λλiξ\frac{\lambda}{\lambda - \iu\xi}, \dots) et invoquer Lévy. Le rituel en trois étapes (indépendance \to produit ; Taylor en 00 \to limite exponentielle ; Lévy \to convergence en loi) prouve le TCL, la loi de Poisson des événements rares (Exercice 23.5), et tout théorème limite classique de ce cours. Pour les énoncés p.s., revenir à la boîte à outils du Chapitre 22 : les deux chapitres répondent à des questions différentes sur le même SnS_n.

23.5 Exercices

Exercice 23.1

Calculer les fonctions caractéristiques : uniforme sur [1,1]\intcc{-1}1 ; exponentielle E(λ)\mathcal E(\lambda) ; Poisson P(λ)\mathcal P(\lambda) ; binomiale B(n,p)\mathcal B(n, p). En déduire via le Théorème 23.3 que la somme de variables de Poisson indépendantes (λ,μ\lambda, \mu) est Poisson (λ+μ)(\lambda + \mu).

Solution

Solution de Exercice 23.1.

Uniforme sur [1,1]\intcc{-1}1 : φ(ξ)=1211eiξx ⁣dx=sinξξ\varphi(\xi) = \frac12\int_{-1}^1\eu^{\iu\xi x}\dd x = \frac{\sin\xi}{\xi} (égale à 11 en ξ=0\xi = 0). Exponentielle E(λ)\mathcal E(\lambda) : φ(ξ)=λ0e(iξλ)x ⁣dx=λλiξ\varphi(\xi) = \lambda\int_0^\infty\eu^{(\iu\xi - \lambda)x}\dd x = \frac{\lambda}{\lambda - \iu\xi} (la primitive s’annule en ++\infty car Re(iξλ)<0\operatorname{Re}(\iu\xi - \lambda) < 0). Poisson P(λ)\mathcal P(\lambda) : par le théorème de transfert pour les lois discrètes,

φ(ξ)=k0eiξkeλλkk!=eλexp(λeiξ)=exp(λ(eiξ1)).\varphi(\xi) = \sum_{k\geq0}\eu^{\iu\xi k}\,\eu^{-\lambda}\frac{\lambda^k}{k!} = \eu^{-\lambda}\exp\bigl(\lambda\eu^{\iu\xi}\bigr) = \exp\bigl(\lambda(\eu^{\iu\xi} - 1)\bigr).

Binomiale B(n,p)\mathcal B(n, p) : somme de nn Bernoulli indépendantes, chacune de f.c. 1p+peiξ1 - p + p\eu^{\iu\xi}, donc φ(ξ)=(1p+peiξ)n\varphi(\xi) = \bigl(1 - p + p\eu^{\iu\xi}\bigr)^n (Proposition 23.2(b)). Additivité de Poisson : si XP(λ)X \sim \mathcal P(\lambda), YP(μ)Y \sim \mathcal P(\mu) indépendantes,

φX+Y(ξ)=eλ(eiξ1)eμ(eiξ1)=e(λ+μ)(eiξ1),\varphi_{X+Y}(\xi) = \eu^{\lambda(\eu^{\iu\xi}-1)} \eu^{\mu(\eu^{\iu\xi}-1)} = \eu{(\lambda+\mu)(\eu^{\iu\xi}-1)},

la f.c. de P(λ+μ)\mathcal P(\lambda + \mu) ; l’injectivité (Théorème 23.3) identifie la loi.

Exercice 23.2 ★★

(a) Montrer que φX\varphi_X est à valeurs réelles si et seulement si XX et X-X ont la même loi (une variable symétrique). (b) Supposer φX(ξ0)=1\abs{\varphi_X(\xi_0)} = 1 pour un ξ00\xi_0 \neq 0. Montrer que XX est presque sûrement supportée sur une progression arithmétique a+2πξ0Za + \frac{2\pi}{\xi_0}\Z (écrire φX(ξ0)=eiθ\varphi_X(\xi_0) = \eu^{\iu\theta} et calculer E[1cos(ξ0Xθ)]\E[1 - \cos(\xi_0X - \theta)]). En déduire que si XX a une densité, alors φX(ξ)<1\abs{\varphi_X(\xi)} < 1 pour tout ξ0\xi \neq 0.

Solution

Solution de Exercice 23.2.

(a) φX(ξ)=EeiξX=φX(ξ)\overline{\varphi_X(\xi)} = \E\eu^{-\iu\xi X} = \varphi_{-X}(\xi). Donc φX\varphi_X est réelle si et seulement si φX=φX\varphi_X = \varphi_{-X}, si et seulement si (injectivité, Théorème 23.3) XX et X-X ont la même loi. (b) Écrire φX(ξ0)=eiθ\varphi_X(\xi_0) = \eu^{\iu\theta}. Alors

E[1cos(ξ0Xθ)]=1Re(eiθφX(ξ0))=11=0.\E\bigl[1 - \cos(\xi_0X - \theta)\bigr] = 1 - \operatorname{Re}\bigl(\eu^{-\iu\theta} \varphi_X(\xi_0)\bigr) = 1 - 1 = 0 .

L’intégrande est positive, donc cos(ξ0Xθ)=1\cos(\xi_0X - \theta) = 1 presque sûrement (une variable positive d’espérance nulle s’annule p.s.), i.e. ξ0Xθ2πZ\xi_0X - \theta \in 2\pi\Z p.s. : XX prend ses valeurs dans la progression arithmétique θξ0+2πξ0Z\frac{\theta}{\xi_0} + \frac{2\pi}{\xi_0}\Z presque sûrement. Si XX a une densité, cet ensemble dénombrable est négligeable pour Lebesgue, donc porte une probabilité 00 — contradiction ; par conséquent φX(ξ)<1\abs{\varphi_X(\xi)} < 1 pour tout ξ0\xi \neq 0.

Exercice 23.3 ★★

Soient XN(m1,σ12)X \sim \mathcal N(m_1, \sigma_1^2) et YN(m2,σ22)Y \sim \mathcal N(m_2, \sigma_2^2) indépendantes. Montrer X+YN(m1+m2,σ12+σ22)X + Y \sim \mathcal N(m_1 + m_2, \sigma_1^2 + \sigma_2^2), et plus généralement que la famille gaussienne est stable sous sommes indépendantes et applications affines. Contraste : la somme de deux gaussiennes dépendantes est-elle toujours gaussienne ? (Exercice 23.9.)

Solution

Solution de Exercice 23.3.

Par indépendance et Proposition 23.2 :

φX+Y(ξ)=eim1ξσ12ξ2/2eim2ξσ22ξ2/2=ei(m1+m2)ξ(σ12+σ22)ξ2/2,\varphi_{X+Y}(\xi) = \eu^{\iu m_1\xi - \sigma_1^2\xi^2/2}\, \eu^{\iu m_2\xi - \sigma_2^2\xi^2/2} = \eu^{\iu(m_1+m_2)\xi - (\sigma_1^2+\sigma_2^2)\xi^2/2},

la f.c. de N(m1+m2,σ12+σ22)\mathcal N(m_1 + m_2, \sigma_1^2 + \sigma_2^2) ; l’injectivité conclut. La stabilité sous les applications affines est la règle affine (aX+bN(am1+b,a2σ12)aX + b \sim \mathcal N(am_1 + b, a^2\sigma_1^2), en autorisant le cas dégénéré a=0a = 0), et la stabilité sous les sommes indépendantes suit par récurrence sur le calcul ci-dessus. Pour des gaussiennes dépendantes, la somme n’est pas forcément gaussienne : dans Exercice 23.9, XX et Y=εXY = \varepsilon X sont chacune standard gaussienne mais X+YX + Y s’annule avec probabilité 12\frac12 sans être p.s. nulle, donc n’est pas gaussienne.

Exercice 23.4 ★★

(a) Prouver l’équivalence dans la Définition 23.4 : si Ef(Xn)Ef(X)\E f(X_n) \to \E f(X) pour toute ff continue bornée, alors FXn(t)FX(t)F_{X_n}(t) \to F_X(t) aux points de continuité (encadrer 1(,t]\mathbf 1_{\intoc{-\infty}t} entre deux rampes en escalier continues) ; et réciproquement (approximer une ff continue bornée par des sommes de fonctions en rampe, ou conditionner sur une grille fine de points de continuité) — la réciproque peut être traitée d’abord pour ff uniformément continue, puis en général. (b) Montrer que XncX_n \Rightarrow c (une constante) implique XncX_n \to c en probabilité.

Solution

Solution de Exercice 23.4.

(a) Implication directe. Soit tt un point de continuité de FXF_X et δ>0\delta > 0. Prendre les rampes continues ff^- (=1= 1 sur (,tδ]\intoc{-\infty}{t-\delta}, 00 à partir de tt, affine entre) et f+f^+ (=1= 1 sur (,t]\intoc{-\infty}t, 00 à partir de t+δt + \delta, affine entre) ; alors f1(,t]f+f^- \leq \mathbf 1_{\intoc{-\infty}t} \leq f^+, donc

Ef(Xn)FXn(t)Ef+(Xn),\E f^-(X_n) \leq F_{X_n}(t) \leq \E f^+(X_n),

et les termes extrêmes convergent vers Ef±(X)\E f^\pm(X), eux-mêmes encadrés entre FX(tδ)F_X(t - \delta) et FX(t+δ)F_X(t + \delta). En laissant nn \to \infty puis δ0\delta \to 0 et en utilisant la continuité de FXF_X en tt : FXn(t)FX(t)F_{X_n}(t) \to F_X(t).

Réciproque. Soit ff continue bornée, M=supfM = \sup\abs f, ε>0\varepsilon > 0. Les points de continuité de FXF_X sont denses (FXF_X a au plus dénombrablement beaucoup de sauts), donc choisir des points de continuité a<ba < b avec FX(a)<εF_X(a) < \varepsilon et 1FX(b)<ε1 - F_X(b) < \varepsilon. Sur le compact [a,b]\intcc ab la fonction ff est uniformément continue : choisir des points de continuité a=t0<t1<<tm=ba = t_0 < t_1 < \dots < t_m = b de FXF_X avec oscillation de ff au plus ε\varepsilon sur chaque (tj1,tj]\intoc{t_{j-1}}{t_j}, et poser g=jf(tj)1(tj1,tj]g = \sum_j f(t_j)\,\mathbf 1_{\intoc{t_{j-1}}{t_j}}. Alors fgε\abs{f - g} \leq \varepsilon sur (a,b]\intoc ab, gM\abs g \leq M, et pour T=XnT = X_n ou XX :

Ef(T)Eg(T)ε+2M(FT(a)+1FT(b)).\bigl|\E f(T) - \E g(T)\bigr| \leq \varepsilon + 2M\bigl(F_T(a) + 1 - F_T(b)\bigr).

De plus Eg(Xn)=jf(tj)(FXn(tj)FXn(tj1))Eg(X)\E g(X_n) = \sum_j f(t_j)\bigl(F_{X_n}(t_j) - F_{X_n}(t_{j-1})\bigr) \to \E g(X) (somme finie de termes convergents, tous les tjt_j étant des points de continuité), et FXn(a)FX(a)<εF_{X_n}(a) \to F_X(a) < \varepsilon, 1FXn(b)1FX(b)<ε1 - F_{X_n}(b) \to 1 - F_X(b) < \varepsilon. En assemblant : lim supnEf(Xn)Ef(X)2ε+8Mε\limsup_n\abs{\E f(X_n) - \E f(X)} \leq 2\varepsilon + 8M\varepsilon ; laisser ε0\varepsilon \to 0.

(b) La fonction de répartition de la constante cc est 1[c,)\mathbf 1_{\intco c\infty}, continue sauf en cc. Pour ε>0\varepsilon > 0, les points cεc - \varepsilon et c+ε2c + \frac\varepsilon2 sont des points de continuité, donc

P(Xnc>ε)FXn(cε)+1FXn(c+ε2)0+0=0.\P(\abs{X_n - c} > \varepsilon) \leq F_{X_n}(c - \varepsilon) + 1 - F_{X_n}\bigl(c + \tfrac\varepsilon2\bigr) \to 0 + 0 = 0.

Exercice 23.5 ★★

(Loi des événements rares) Soit XnB(n,pn)X_n \sim \mathcal B(n, p_n) avec npnλ>0np_n \to \lambda > 0. Montrer, via les fonctions caractéristiques et le Théorème 23.7, que XnP(λ)X_n \Rightarrow \mathcal P(\lambda). Vérification numérique : comparer P(X=0)\P(X = 0) pour B(100,0.02)\mathcal B(100, 0.02) et P(2)\mathcal P(2).

Solution

Solution de Exercice 23.5.

Poser zn=pn(eiξ1)z_n = p_n(\eu^{\iu\xi} - 1), donc φXn(ξ)=(1+zn)n\varphi_{X_n}(\xi) = (1 + z_n)^n (Exercice 23.1) et zn2pn0\abs{z_n} \leq 2p_n \to 0 (noter pn=npnn0p_n = \frac{np_n}n \to 0). Les deux 1+zn1 + z_n et ezn\eu^{z_n} ont module au plus 11 : 1+zn=(1pn)+pneiξ1\abs{1 + z_n} = \abs{(1 - p_n) + p_n\eu^{\iu\xi}} \leq 1 par l’inégalité triangulaire, et ezn=epn(cosξ1)1\abs{\eu^{z_n}} = \eu^{p_n(\cos\xi - 1)} \leq 1. L’inégalité de télescopage anbnnab\abs{a^n - b^n} \leq n\abs{a - b} (preuve de Théorème 23.8) et la borne de série entière ez1zz2ez\abs{\eu^z - 1 - z} \leq \abs z^2\eu^{\abs z} donnent

(1+zn)nenznn1+zneznnzn2ezn4e2npn2=4e2(npn)pn0.\bigl|(1 + z_n)^n - \eu^{nz_n}\bigr| \leq n\bigl|1 + z_n - \eu^{z_n}\bigr| \leq n\,\abs{z_n}^2\,\eu^{\abs{z_n}} \leq 4\eu^2\,np_n^2 = 4\eu^2\,(np_n)\,p_n \longrightarrow 0 .

Comme nzn=npn(eiξ1)λ(eiξ1)nz_n = np_n(\eu^{\iu\xi} - 1) \to \lambda(\eu^{\iu\xi} - 1), on conclut φXn(ξ)exp(λ(eiξ1))\varphi_{X_n}(\xi) \to \exp\bigl(\lambda(\eu^{\iu\xi} - 1)\bigr) pour tout ξ\xi : la f.c. de P(λ)\mathcal P(\lambda), et Lévy (Théorème 23.7) donne XnP(λ)X_n \Rightarrow \mathcal P(\lambda). Numériquement : P(B(100,0.02)=0)=0,98100=e100ln0,98e2,0200,1326\P\bigl(\mathcal B(100, 0.02) = 0\bigr) = 0{,}98^{100} = \eu^{100\ln 0{,}98} \approx \eu^{-2{,}020} \approx 0{,}1326, tandis que P(P(2)=0)=e20,1353\P\bigl(\mathcal P(2) = 0\bigr) = \eu^{-2} \approx 0{,}1353 : deux pour cent d’écart déjà à ce nn grossier.

Exercice 23.6 ★★

(a) Un dé équitable est lancé n=1000n = 1000 fois ; approximer la probabilité que le total dépasse 36003600 (moyenne 35003500, variance par lancer 3512\frac{35}{12}). (b) Pour SB(100,12)S \sim \mathcal B(100, \frac12), approximer P(45S55)\P(45 \leq S \leq 55) par le TCL avec la correction de continuité (±12\pm\frac12), et commenter l’effet de la correction.

Solution

Solution de Exercice 23.6.

(a) Un lancer a moyenne 72\frac72 et variance 3512\frac{35}{12}, donc SS a moyenne 35003500, variance 35000122916,7\frac{35000}{12} \approx 2916{,}7 et écart-type 54,0\approx 54{,}0. Par le TCL,

P(S>3600)=P(S350054,0>1,85)1Φ(1,85)0,032:\P(S > 3600) = \P\Bigl(\frac{S - 3500}{54{,}0} > 1{,}85\Bigr) \approx 1 - \Phi(1{,}85) \approx 0{,}032 :

environ 3%3\% de chance. (b) SB(100,12)S \sim \mathcal B(100, \frac12) : moyenne 5050, écart-type 55. Avec la correction de continuité,

P(45S55)Φ(55,5505)Φ(44,5505)=2Φ(1,1)10,729,\P(45 \leq S \leq 55) \approx \Phi\Bigl(\frac{55{,}5 - 50}{5}\Bigr) - \Phi\Bigl(\frac{44{,}5 - 50}{5}\Bigr) = 2\Phi(1{,}1) - 1 \approx 0{,}729,

contre la valeur exacte 0,72870{,}7287 ; sans la correction, 2Φ(1)10,6832\Phi(1) - 1 \approx 0{,}683, à presque cinq points. La correction compte parce que SS est une variable de réseau : l’atome P(S=k)\P(S = k) est bien approché par la masse gaussienne de [k12,k+12]\intcc{k - \frac12}{k + \frac12}, et tronquer l’intervalle aux entiers 4545 et 5555 jette un demi-atome à chaque extrémité.

Exercice 23.7 ★★

(Erreur de Monte-Carlo) Dans le cadre du Problème 22.1, question 11, avec gL2([0,1]d)g \in L^2(\intcc01^d), soit σ2=V(g(U1))\sigma^2 = \V(g(U_1)) et I=gI = \int g. Montrer

n(1nkng(Uk)I)N(0,σ2),\sqrt n\,\Bigl(\frac1n\sum_{k\leq n}g(U_k) - I\Bigr) \Longrightarrow \mathcal N(0, \sigma^2),

et en déduire la barre d’erreur asymptotique 95%95\% ±1.96σ/n\pm 1.96\,\sigma/\sqrt n — indépendante de la dimension dd. Comparer avec la règle du point milieu déterministe en dimension dd (erreur n2/d\sim n^{-2/d} pour des intégrandes C2\mathcal C^2) : à partir de quelle dimension l’échantillonnage aléatoire l’emporte-t-il ?

Solution

Solution de Exercice 23.7.

Les variables g(Uk)g(U_k) sont i.i.d. (images mesurables de variables i.i.d.), de carré intégrable, de moyenne II (théorème de transfert, Exercice 11.9) et de variance σ2\sigma^2. Si σ>0\sigma > 0, le Théorème 23.8 appliqué à elles est exactement la convergence indiquée

n(1nkng(Uk)I)=kn(g(Uk)I)nN(0,σ2)\sqrt n\,\Bigl(\frac1n\sum_{k\leq n}g(U_k) - I\Bigr) = \frac{\sum_{k\leq n}\bigl(g(U_k) - I\bigr)}{\sqrt n} \Longrightarrow \mathcal N(0, \sigma^2)

(si σ=0\sigma = 0, gg est p.s. constante et le premier membre s’annule identiquement). D’où P(1ng(Uk)I1,96σ/n)0,95\P\bigl(\abs{\frac1n\sum g(U_k) - I} \leq 1{,}96\,\sigma/\sqrt n\bigr) \to 0{,}95 : la barre d’erreur ±1,96σ/n\pm 1{,}96\,\sigma/\sqrt n ne voit la dimension dd qu’à travers la constante σ\sigma, jamais à travers le taux en nn. La règle du point milieu à nn nœuds en dimension dd a pour maille n1/dn^{-1/d} et une erreur d’ordre n2/dn^{-2/d} pour des intégrandes C2\mathcal C^2. Le n1/2n^{-1/2} de Monte-Carlo décroît plus vite que n2/dn^{-2/d} exactement quand 12>2d\frac12 > \frac2d, i.e. d>4d > 4 : à partir de la dimension 55, l’échantillonnage aléatoire bat asymptotiquement la grille — la malédiction de la dimensionnalité épargne les méthodes probabilistes, ce qui explique pourquoi Monte-Carlo domine l’intégration en grande dimension.

Exercice 23.8 ★★★

(Slutsky) Supposer XnXX_n \Rightarrow X et YncY_n \to c en probabilité (cc constante). Montrer Xn+YnX+cX_n + Y_n \Rightarrow X + c et YnXncXY_nX_n \Rightarrow cX. (Travailler avec les fonctions caractéristiques et la borne Eeiξ(Xn+Yn)eiξcEeiξXnEeiξ(Ync)1\abs{\E\eu^{\iu\xi(X_n+Y_n)} - \eu^{\iu\xi c}\E\eu^{\iu\xi X_n}} \leq \E\abs{\eu^{\iu\xi(Y_n - c)} - 1}, scinder sur Yncδ\abs{Y_n - c} \leq \delta.) Application : dans l’Exemple 23.9, justifier le remplacement de l’inconnue σ=p(1p)\sigma = \sqrt{p(1-p)} par p^n(1p^n)\sqrt{\hat p_n(1 - \hat p_n)}.

Solution

Solution de Exercice 23.8.

Somme. Pour ξ\xi fixé :

Eeiξ(Xn+Yn)eiξcEeiξXn=E[eiξXn(eiξYneiξc)]Eeiξ(Ync)1.\bigl|\E\eu^{\iu\xi(X_n+Y_n)} - \eu^{\iu\xi c}\,\E\eu^{\iu\xi X_n}\bigr| = \bigl|\E\bigl[\eu^{\iu\xi X_n}\bigl(\eu^{\iu\xi Y_n} - \eu^{\iu\xi c}\bigr)\bigr]\bigr| \leq \E\bigl|\eu^{\iu\xi(Y_n - c)} - 1\bigr| .

Scinder sur l’événement {Yncδ}\{\abs{Y_n - c} \leq \delta\} : là, eiξ(Ync)1ξδ\abs{\eu^{\iu\xi(Y_n-c)} - 1} \leq \abs\xi\,\delta (la corde est plus courte que l’arc) ; le complémentaire contribue au plus 2P(Ync>δ)02\,\P(\abs{Y_n - c} > \delta) \to 0. Donc le lim sup\limsup est ξδ\leq \abs\xi\,\delta pour tout δ>0\delta > 0 : la différence tend vers 00. Comme EeiξXnφX(ξ)\E\eu^{\iu\xi X_n} \to \varphi_X(\xi), on obtient φXn+Yn(ξ)eiξcφX(ξ)=φX+c(ξ)\varphi_{X_n+Y_n}(\xi) \to \eu^{\iu\xi c}\varphi_X(\xi) = \varphi_{X+c}(\xi), et Lévy (Théorème 23.7) donne Xn+YnX+cX_n + Y_n \Rightarrow X + c.

Produit. D’abord, cXncXcX_n \Rightarrow cX : φcXn(ξ)=φXn(cξ)φX(cξ)=φcX(ξ)\varphi_{cX_n}(\xi) = \varphi_{X_n}(c\xi) \to \varphi_X(c\xi) = \varphi_{cX}(\xi). Ensuite, (Ync)Xn0(Y_n - c)X_n \to 0 en probabilité : les lois des XnX_n sont tendues (leurs f.c. convergent vers une f.c. ; voir l’étape de tension de Théorème 23.7), donc étant donné ε>0\varepsilon > 0 choisir MM avec P(Xn>M)ε\P(\abs{X_n} > M) \leq \varepsilon pour tout nn ; alors

P((Ync)Xn>ε)P(Xn>M)+P(Ync>εM)ε+o(1).\P\bigl(\abs{(Y_n - c)X_n} > \varepsilon\bigr) \leq \P(\abs{X_n} > M) + \P\Bigl(\abs{Y_n - c} > \frac{\varepsilon}{M}\Bigr) \leq \varepsilon + o(1) .

Écrire YnXn=cXn+(Ync)XnY_nX_n = cX_n + (Y_n - c)X_n et appliquer la partie somme (dont la preuve n’utilisait que Yn:=(Ync)Xn0Y_n' := (Y_n - c)X_n \to 0 en probabilité, avec constante 00) : YnXncXY_nX_n \Rightarrow cX.

Application. Par la loi forte des grands nombres (Théorème 22.13), p^np\hat p_n \to p p.s., donc par continuité σ^n=p^n(1p^n)σ=p(1p)>0\hat\sigma_n = \sqrt{\hat p_n(1 - \hat p_n)} \to \sigma = \sqrt{p(1 - p)} > 0 p.s., d’où σσ^n1\frac{\sigma}{\hat\sigma_n} \to 1 en probabilité. La règle produit de Slutsky promeut SnnpσnN(0,1)\frac{S_n - np}{\sigma\sqrt n} \Rightarrow \mathcal N(0,1) en Snnpσ^nn=σσ^nSnnpσnN(0,1)\frac{S_n - np}{\hat\sigma_n\sqrt n} = \frac{\sigma}{\hat\sigma_n}\cdot \frac{S_n - np}{\sigma\sqrt n} \Rightarrow \mathcal N(0,1) : l’intervalle de confiance utilisable p^n±1.96σ^n/n\hat p_n \pm 1.96\,\hat\sigma_n/\sqrt n, construit à partir des données seules, conserve son niveau asymptotique 95%95\%.

Exercice 23.9 ★★★

Soit XN(0,1)X \sim \mathcal N(0,1) et ε\varepsilon indépendante avec P(ε=±1)=12\P(\varepsilon = \pm1) = \frac12 ; poser Y=εXY = \varepsilon X. (a) Montrer YN(0,1)Y \sim \mathcal N(0,1) et Cov(X,Y)=0\operatorname{Cov}(X, Y) = 0. (b) Montrer que XX et YY ne sont pas indépendantes, et que (X,Y)(X, Y) n’est pas un vecteur gaussien (calculer P(X+Y=0)\P(X + Y = 0)). (c) Morale : le Théorème 23.11(2) exige la gaussianité conjointe — << gaussiennes non corrélées >> seules ne prouvent rien.

Solution

Solution de Exercice 23.9.

(a) En scindant l’espérance sur les deux valeurs de ε\varepsilon (indépendance) : pour BB borélien, P(YB)=12P(XB)+12P(XB)=P(XB)\P(Y \in B) = \frac12\P(X \in B) + \frac12\P(-X \in B) = \P(X \in B), car XX-X \sim X (N(0,1)\mathcal N(0,1) est symétrique) : YN(0,1)Y \sim \mathcal N(0,1). Et Cov(X,Y)=E[εX2]=E[ε]E[X2]=01=0\operatorname{Cov}(X, Y) = \E[\varepsilon X^2] = \E[\varepsilon]\,\E[X^2] = 0 \cdot 1 = 0. (b) Y=X\abs Y = \abs X, donc P(X1, Y2)=0\P(\abs X \leq 1,\ \abs Y \geq 2) = 0 tandis que P(X1)P(Y2)>0\P(\abs X \leq 1)\,\P(\abs Y \geq 2) > 0 : pas indépendantes. Si (X,Y)(X, Y) était un vecteur gaussien, X+Y=(1+ε)XX + Y = (1 + \varepsilon)X serait une variable gaussienne réelle (Définition 23.10 avec t=(1,1)t = (1,1)) ; mais P(X+Y=0)=P(ε=1)=12\P(X + Y = 0) = \P(\varepsilon = -1) = \frac12, alors qu’une variable gaussienne n’a d’atome que si elle est p.s. constante — et X+YX + Y égale 2X02X \neq 0 p.s. sur {ε=1}\{\varepsilon = 1\}. Contradiction : (X,Y)(X, Y) n’est pas gaussien. (c) Chaque marginale est gaussienne et la covariance s’annule, pourtant l’indépendance échoue — parce que la paire n’est pas conjointement gaussienne. Le Théorème 23.11(2) ne peut pas être affaibli en « marginales gaussiennes ».

Exercice 23.10 ★★

La loi de Cauchy a pour densité 1π(1+x2)\frac1{\pi(1 + x^2)}. (a) Montrer que sa fonction caractéristique est eξ\eu^{-\abs\xi} (Exercice 14.1 et inversion). (b) Montrer que si X1,,XnX_1, \dots, X_n sont i.i.d. Cauchy, alors Snn\frac{S_n}n est encore Cauchy — la même loi : la moyenne ne se concentre jamais. (c) Réconcilier avec les lois des grands nombres et le TCL : quelles hypothèses échouent ? (Calculer EX1\E\abs{X_1}.)

Solution

Solution de Exercice 23.10.

(a) Exercice 14.1 calcule e^(ξ)=21+ξ2\widehat{\eu^{-\abs\cdot}}(\xi) = \frac{2}{1 + \xi^2} ; les deux membres étant intégrables, l’inversion de Fourier (Théorème 14.5) retourne ce résultat :

Reiξx ⁣dxπ(1+x2)=eξ,\int_\R\eu^{\iu\xi x}\,\frac{\dd x}{\pi(1 + x^2)} = \eu^{-\abs\xi},

qui est exactement φX(ξ)\varphi_X(\xi) pour une variable de Cauchy XX. (b) Par indépendance, φSn(ξ)=(eξ)n=enξ\varphi_{S_n}(\xi) = \bigl(\eu^{-\abs\xi}\bigr)^n = \eu^{-n\abs\xi}, donc φSn/n(ξ)=φSn(ξ/n)=eξ\varphi_{S_n/n}(\xi) = \varphi_{S_n}(\xi/n) = \eu^{-\abs\xi} : la moyenne empirique Snn\frac{S_n}n est encore Cauchy standard pour tout nn (injectivité). La moyenne ne se concentre jamais : ses fluctuations au temps 10610^6 sont celles d’une seule observation. (c) EX1=2π0x ⁣dx1+x2=+\E\abs{X_1} = \frac2\pi\int_0^\infty\frac{x\,\dd x}{1 + x^2} = +\infty : la loi de Cauchy n’est pas intégrable, donc la loi forte des grands nombres (Théorème 22.13) ne s’applique pas, et le TCL (qui demande une variance finie) encore moins. Ici leurs conclusions échouent vraiment, pas seulement leurs preuves. Contrôle de cohérence : φ(ξ)=eξ\varphi(\xi) = \eu^{-\abs\xi} n’est pas différentiable en 00, comme Proposition 23.2(c) le prédit par contraposée pour une variable non intégrable.

Exercice 23.11 ★★

(Lois stables en germe) Soient (Xn)(X_n) i.i.d. Cauchy standard (Exercice 23.10). (a) Montrer que pour tous a,b>0a, b > 0, aX1+bX2aX_1 + bX_2 a la loi de (a+b)X1(a + b)X_1 : la famille de Cauchy est strictement stable d’indice 11. (b) Montrer que la famille gaussienne est strictement stable d’indice 22 : aX1+bX2a2+b2X1aX_1 + bX_2 \sim \sqrt{a^2 + b^2}\,X_1 pour XiX_i i.i.d. N(0,1)\mathcal N(0,1). (c) Expliquer, via les fonctions caractéristiques de la forme ecξα\eu^{-c\abs\xi^\alpha}, pourquoi la stabilité d’indice α\alpha force la normalisation n1/αn^{1/\alpha} pour les sommes, et ce que cela dit sur les bassins d’attraction du TCL : quelles sommes i.i.d. peuvent converger, après normalisation affine, vers une loi de Cauchy plutôt qu’une gaussienne ?

Solution

Solution de Exercice 23.11.

(a) φaX1+bX2(ξ)=eaξebξ=e(a+b)ξ=φ(a+b)X1(ξ)\varphi_{aX_1 + bX_2}(\xi) = \eu^{-a\abs\xi}\eu^{-b\abs\xi} = \eu^{-(a+b)\abs\xi} = \varphi_{(a+b)X_1}(\xi) (indépendance et Exercice 23.10) ; l’injectivité identifie les lois.

(b) φaX1+bX2(ξ)=ea2ξ2/2eb2ξ2/2=e(a2+b2)ξ2/2\varphi_{aX_1+bX_2}(\xi) = \eu^{-a^2\xi^2/2} \eu^{-b^2\xi^2/2} = \eu^{-(a^2+b^2)\xi^2/2} : la loi de a2+b2X1\sqrt{a^2+b^2}\,X_1.

(c) Si φX(ξ)=ecξα\varphi_X(\xi) = \eu^{-c\abs\xi^\alpha}, alors Sn=X1++XnS_n = X_1 + \dots + X_n a φSn=ecnξα\varphi_{S_n} = \eu^{-cn\abs\xi^\alpha}, et Sn/n1/αS_n/n^{1/\alpha} a φ(ξ)=ecξα\varphi(\xi) = \eu^{-c\abs\xi^\alpha} de nouveau : auto-reproduction exacte sous l’échelle n1/αn^{1/\alpha}n\sqrt n pour la gaussienne (α=2\alpha = 2), nn lui-même pour Cauchy (α=1\alpha = 1, Exercice 23.10(b)). Une somme de variables i.i.d. ne peut converger (après normalisation affine) que vers une loi stable sous de telles convolutions ; le TCL dit qu’une variance finie force le bassin gaussien, et le bassin de Cauchy est réservé aux lois à queues si lourdes que EX2=\E X^2 = \infty et même EX=\E\abs X = \infty — p.ex. des sommes de variables de Cauchy elles-mêmes. L’universalité a plusieurs îles, indexées par l’exposant de queue α(0,2]\alpha \in \intoc02.

Exercice 23.12 ★★

(La fonction de répartition empirique) Soient (Xn)(X_n) i.i.d. de fonction de répartition FF, et Fn(t)=1n#{kn:Xkt}F_n(t) = \frac1n\#\{k \leq n : X_k \leq t\}. (a) Fixer tt. Montrer que nFn(t)B(n,F(t))n F_n(t) \sim \mathcal B(n, F(t)), que Fn(t)F(t)F_n(t) \to F(t) p.s. (Théorème 22.13), et que

n(Fn(t)F(t))N(0, F(t)(1F(t))).\sqrt n\,\bigl(F_n(t) - F(t)\bigr) \Longrightarrow \mathcal N\bigl(0,\ F(t)(1 - F(t))\bigr) .

(b) En quel tt la variance asymptotique est-elle maximale ? Interpréter : la médiane est l’endroit où une répartition empirique est le plus difficile à épingler. (c) Pour FF continue, montrer que la loi de suptFn(t)F(t)\sup_t\abs{F_n(t) - F(t)} ne dépend pas de FF (se ramener à des variables uniformes via l’Exercice 22.1) — le miracle sans distribution derrière le test de Kolmogorov–Smirnov ; aucun calcul de cette loi n’est demandé.

Solution

Solution de Exercice 23.12.

(a) Les indicateurs 1Xkt\mathbf 1_{X_k \leq t} sont i.i.d. Bernoulli de paramètre p=F(t)p = F(t) : leur somme nFn(t)nF_n(t) est binomiale B(n,p)\mathcal B(n, p) ; la loi forte donne Fn(t)pF_n(t) \to p p.s., et le TCL (Théorème 23.8) appliqué aux mêmes indicateurs (variance p(1p)p(1-p)) donne la limite gaussienne indiquée.

(b) p(1p)p(1 - p) est maximal en p=12p = \frac12, i.e. où F(t)=12F(t) = \frac12 : à la médiane. Estimer des probabilités de queue est asymptotiquement facile (variance 0\to 0 quand p0,1p \to 0, 1) ; la région médiane porte le plus grand bruit statistique — la courbe empirique oscille le plus au milieu.

(c) Pour FF continue, les variables Uk=F(Xk)U_k = F(X_k) sont i.i.d. uniformes sur (0,1)\intoo01 (Exercice 22.1), et la monotonie de FF donne, en notant GnG_n la fonction de répartition empirique des UkU_k :

suptRFn(t)F(t)=supuimFGn(u)u=supu[0,1]Gn(u)u:\sup_{t\in\R}\,\abs{F_n(t) - F(t)} = \sup_{u \in \operatorname{im}F}\,\abs{G_n(u) - u} = \sup_{u\in\intcc01}\abs{G_n(u) - u} :

la première égalité car {Xkt}={UkF(t)}\{X_k \leq t\} = \{U_k \leq F(t)\} à des événements négligeables près (monotonie ; l’inégalité stricte ne peut échouer que sur les parties plates de FF, où les deux membres sont inchangés), et la seconde car une FF continue, allant de 00 à 11, atteint toute valeur de (0,1)\intoo01 (théorème des valeurs intermédiaires), et les extrémités n’ajoutent rien (Gn(0)0=0G_n(0) - 0 = 0 et Gn(1)1=0G_n(1) - 1 = 0). Le second membre n’implique que des uniformes : une seule loi pour toutes les FF continues.

23.6 Problème : la preuve de Lindeberg du TCL, avec un taux

Problème 23.1

Problème de week-end — la méthode de remplacement

Lindeberg (1922) a prouvé le théorème central limite par une idée d’une simplicité désarmante : échanger les summands un par un contre des gaussiennes et contrôler chaque échange par un développement de Taylor. La méthode n’a besoin d’aucune analyse de Fourier, produit un taux d’erreur explicite, et alimente aujourd’hui les preuves d’universalité à travers la théorie des probabilités. Soient (Xi)(X_i) i.i.d., centrées, V(X1)=1\V(X_1) = 1, avec β=EX13<\beta = \E\abs{X_1}^3 < \infty ; soient (Ni)(N_i) i.i.d. N(0,1)\mathcal N(0,1), indépendantes des XiX_i (existence : Théorème 22.6). Poser

Tn=X1++Xnn,Gn=N1++NnnN(0,1).T_n = \frac{X_1 + \dots + X_n}{\sqrt n}, \qquad G_n = \frac{N_1 + \dots + N_n}{\sqrt n} \sim \mathcal N(0,1).

Partie I — L’identité d’échange. Fixer fCb3(R)f \in \mathcal C^3_b(\R) (trois dérivées continues bornées ; M3=supfM_3 = \sup\abs{f'''}). Pour 0in0 \leq i \leq n définir les sommes hybrides

Hi=X1++Xi+Ni+1++Nnn,H_i = \frac{X_1 + \dots + X_i + N_{i+1} + \dots + N_n}{\sqrt n},

donc Hn=TnH_n = T_n et H0=GnH_0 = G_n.

  1. Écrire Hi=Wi+XinH_i = W_i + \frac{X_i}{\sqrt n} et Hi1=Wi+NinH_{i-1} = W_i + \frac{N_i}{\sqrt n} avec Wi=1n(j<iXj+j>iNj)W_i = \frac{1}{\sqrt n}\bigl(\sum_{j<i}X_j + \sum_{j>i}N_j\bigr), et noter que WiW_i est indépendante de la paire (Xi,Ni)(X_i, N_i). Justifier.
  2. Taylor avec reste intégral ou de Lagrange : pour tous réels w,hw, h :

    f(w+h)f(w)f(w)h12f(w)h2M3h36.\Bigl|f(w + h) - f(w) - f'(w)h - \tfrac12f''(w)h^2\Bigr| \leq \frac{M_3\,\abs h^3}{6} .
  3. Appliquer la question 2 deux fois (h=Xinh = \frac{X_i}{\sqrt n} et h=Ninh = \frac{N_i}{\sqrt n} en w=Wiw = W_i), prendre les espérances, et utiliser l’indépendance plus l’égalité des deux premiers moments de XiX_i et NiN_i pour montrer

    Ef(Hi)Ef(Hi1)M36β+γn3/2,γ=EN13=22π.\bigl|\E f(H_i) - \E f(H_{i-1})\bigr| \leq \frac{M_3}{6}\cdot \frac{\beta + \gamma}{n^{3/2}}, \qquad \gamma = \E\abs{N_1}^3 = \frac{2\sqrt2}{\sqrt\pi} .
  4. Télescoper sur ii et conclure la borne de Lindeberg :

    Ef(Tn)Ef(Gn)M3(β+γ)6n.\bigl|\E f(T_n) - \E f(G_n)\bigr| \leq \frac{M_3\,(\beta + \gamma)}{6\,\sqrt n} .

Partie II — Des ff lisses au TCL.

  1. Montrer que Ef(Tn)Ef(N)\E f(T_n) \to \E f(N) pour toute fCb3f \in \mathcal C_b^3, et monter à toutes les ff continues bornées : étant donnés une telle ff et ε\varepsilon, construire fεCb3f_\varepsilon \in \mathcal C^3_b avec ffεε\norm{f - f_\varepsilon}_\infty \leq \varepsilon sur un grand intervalle — p.ex. convoler ff avec une bosse C\mathcal C^\infty (Théorème 12.9) — et traiter les queues par la tension (V(Tn)=1\V(T_n) = 1 et Bienaymé–Tchebychev). Conclure TnN(0,1)T_n \Rightarrow \mathcal N(0, 1) : le théorème central limite, reprouvé.
  2. Où la preuve a-t-elle utilisé que les XiX_i sont identiquement distribuées ? Montrer que c’est à peine le cas : énoncer et prouver la version pour des XiX_i indépendantes, centrées, non identiques avec iV(Xi)=sn2\sum_i\V(X_i) = s_n^2 et moments d’ordre trois, obtenant l’erreur M36sn3i(EXi3+V(Xi)3/2γ)\frac{M_3}{6s_n^3}\sum_i\bigl(\E\abs{X_i}^3 + \V(X_i)^{3/2}\gamma\bigr) — le vrai théorème de Lindeberg sous sa forme de Lyapunov.

Partie III — Dividendes quantitatifs.

  1. (Fonctions de répartition) Soit tRt \in \R et approximer 1(,t]\mathbf 1_{\intoc{-\infty}t} par dessus et par dessous par des rampes Cb3\mathcal C^3_b de largeur δ\delta (les construire, avec M3=O(δ3)M_3 = O(\delta^{-3})). En combinant avec la Partie I, dériver la borne à deux termes

    suptRP(Tnt)Φ(t)    C1(β+γ)δ3n+C2δ(tout δ>0),\sup_{t\in\R}\,\bigl|\P(T_n \leq t) - \Phi(t)\bigr| \;\leq\; \frac{C_1(\beta + \gamma)}{\delta^3\sqrt n} + C_2\,\delta \qquad (\text{tout } \delta > 0),

    avec des constantes explicites (le terme C2δC_2\delta utilise que Φ\Phi a une densité bornée par 12π\frac1{\sqrt{2\pi}}), et optimiser δn1/8\delta \sim n^{-1/8} pour obtenir un taux uniforme d’ordre n1/8n^{-1/8}. (L’optimal n1/2n^{-1/2} — Berry–Esseen — demande des outils plus fins ; le point est un taux explicite par échange élémentaire.)

  2. (De Moivre–Laplace, quantifié) Spécialiser à Xi=2Bi1X_i = 2B_i - 1 (signes de pièces équitables) : comparer la conclusion avec l’estimée locale du Problème 11.1, question 7 — que donne chaque méthode que l’autre ne donne pas ?
  3. (Universalité) Expliquer en un paragraphe pourquoi la méthode de remplacement montre plus que le TCL : toute statistique de la forme Ef(somme)\E f(\text{somme}) avec ff lisse est insensible, à l’ordre n1/2n^{-1/2}, à la loi entière des summands au-delà de ses deux premiers moments — le « principe d’invariance » qui sous-tend les résultats modernes d’universalité (matrices aléatoires, polynômes aléatoires), dont le TCL est la première instance.

Partie IV — Lissage poussé : meilleurs taux. La perte de n1/2n^{-1/2} (ff lisse) à n1/8n^{-1/8} (fonctions de répartition) venait de facturer ff''' en norme sup. Les hybrides peuvent en réparer une partie : ils contiennent des summands gaussiens, et les gaussiennes lissent.

  1. (Une gaussienne cachée) Pour 1in11 \leq i \leq n - 1, h=Xinh = \frac{X_i}{\sqrt n} ou Nin\frac{N_i}{\sqrt n}, et θ[0,1]\theta \in \intcc01, écrire Wi+θh=A+ZW_i + \theta h = A + Z avec Z=Ni+1++NnnZ = \frac{N_{i+1} + \dots + N_n}{\sqrt n}. Montrer que ZN(0,nin)Z \sim \mathcal N\bigl(0, \frac{n-i}n\bigr) est indépendante de la paire (A,h)(A, h), et en déduire, pour toute gg continue dans L1(R)L^1(\R),

    E[h3g(Wi+θh)]    n2π(ni)  gL1  Eh3.\E\bigl[\abs h^3\,\abs{g(W_i + \theta h)}\bigr] \;\leq\; \sqrt{\frac{n}{2\pi(n - i)}}\; \norm{g}_{L^1}\;\E\abs h^3 .
  2. Combiner la question 10 avec la forme intégrale du reste de Taylor,

    f(w+h)=f(w)+f(w)h+12f(w)h2+01(1θ)22f(w+θh)h3 ⁣dθ,f(w + h) = f(w) + f'(w)h + \tfrac12f''(w)h^2 + \int_0^1\frac{(1 - \theta)^2}2\,f'''(w + \theta h)\,h^3\,\dd\theta,

    pour refaire les questions 3–4 : pour fCb3f \in \mathcal C^3_b avec de plus fL1(R)f''' \in L^1(\R),

    Ef(Tn)Ef(Gn)β+γ32πfL1n+M3(β+γ)6n3/2\bigl|\E f(T_n) - \E f(G_n)\bigr| \leq \frac{\beta + \gamma}{3\sqrt{2\pi}}\cdot \frac{\norm{f'''}_{L^1}}{\sqrt n} + \frac{M_3(\beta + \gamma)}{6\,n^{3/2}}

    (la question 10 traite les échanges in1i \leq n - 1 — utiliser m=1n1m1/22n\sum_{m=1}^{n-1}m^{-1/2} \leq 2\sqrt n — et la borne grossière de la question 3 traite le dernier). Vérifier que les rampes de la question 7 satisfont ψδL1=K1δ2\norm{\psi_\delta'''}_{L^1} = K_1\delta^{-2} tandis que M3=Kδ3M_3 = K\delta^{-3}, les injecter, et optimiser δ\delta : le taux uniforme de fonction de répartition s’améliore en O(n1/6)O(n^{-1/6}).

  3. (Apparier un moment de plus) Supposer de plus EX13=0\E X_1^3 = 0 et β4=EX14<\beta_4 = \E X_1^4 < \infty. Calculer EN13\E N_1^3 et EN14\E N_1^4, développer à l’ordre quatre, et prouver le long des mêmes lignes que le taux de fonction de répartition devient O(n1/4)O(n^{-1/4}) (maintenant ψδ(4)L1=K2δ3\norm{\psi_\delta^{(4)}}_{L^1} = K_2\delta^{-3} et M4=Kδ4M_4 = K'\delta^{-4} ; choisir δ=n1/4\delta = n^{-1/4}).
  4. (L’obstruction) Supposer que les kk premiers moments de X1X_1 coïncident avec les gaussiens (k=2k = 2 toujours ; k=3k = 3 exactement quand EX13=0\E X_1^3 = 0 ; k4k \geq 4 essentiellement jamais, car EN14=3\E N_1^4 = 3). Vérifier que le schéma des questions 10–12 délivre le taux de fonction de répartition n(k1)/(2k+2)n^{-(k-1)/(2k+2)}, en équilibrant δkn(k1)/2\delta^{-k}n^{-(k-1)/2} contre δ\delta, et observer que l’exposant n’approche la valeur de Berry–Esseen 12\frac12 que quand kk \to \infty. Expliquer en quelques phrases pourquoi la méthode d’échange sature : chaque échange est facturé en valeur absolue, tandis que la voie de Fourier (inégalité de lissage d’Esseen) exploite l’oscillation de la différence des fonctions caractéristiques et atteint Cβn1/2C\beta n^{-1/2} avec seulement trois moments.

Partie V — Deux dimensions : le TCL multidimensionnel, par échange. Soient maintenant les XiX_i des vecteurs aléatoires i.i.d. centrés de R2\R^2 de matrice de covariance Σ\Sigma et β=EX13<\beta' = \E\norm{X_1}^3 < \infty (norme euclidienne).

  1. (Vecteurs gaussiens, en ordre) Diagonaliser Σ=PDPT\Sigma = PDP^{\mathsf T} (Exercice 20.8) et poser C=PDPTC = P\sqrt DP^{\mathsf T}. Pour Z=(Z1,Z2)Z = (Z^1, Z^2) une paire de gaussiennes standard indépendantes (Théorème 22.6), montrer que N=CZN = CZ est un vecteur gaussien (Définition 23.10) d’espérance 00, de covariance Σ\Sigma, avec γ=EN3<\gamma' = \E\norm N^3 < \infty ; et que Gn=N1++NnnG_n = \frac{N_1 + \dots + N_n}{\sqrt n} a pour loi N(0,Σ)\mathcal N(0, \Sigma) exactement pour des copies i.i.d. NiN_i.
  2. (Taylor en deux variables) Pour f ⁣:R2Rf \colon \R^2 \to \R de classe C3\mathcal C^3 avec M3=maxα=3supαf<M_3 = \max_{\abs\alpha = 3}\sup\abs{\partial^\alpha f} < \infty, prouver

    f(w+h)f(w)f(w),h12h,D2f(w)hM36(h1+h2)32M33h3\Bigl|f(w + h) - f(w) - \langle\nabla f(w), h\rangle - \tfrac12\langle h, D^2f(w)\,h\rangle \Bigr| \leq \frac{M_3}6\,\bigl(\abs{h_1} + \abs{h_2}\bigr)^3 \leq \frac{\sqrt2\,M_3}3\, \norm h^3

    (étudier tf(w+th)t \mapsto f(w + th) sur [0,1]\intcc01).

  3. (Le TCL dans R2\R^2) Faire tourner le schéma de remplacement sur les hybrides vectoriels HiH_i : montrer que les termes d’ordre un et deux s’annulent (moyennes et covariances coïncident), télescoper, et monter comme à la question 5 (tension depuis ETn2=trΣ\E\norm{T_n}^2 = \operatorname{tr}\Sigma ; mollification maintenant dans R2\R^2, Théorème 12.9) pour conclure : pour toute f ⁣:R2Rf \colon \R^2 \to \R continue bornée,

    Ef(X1++Xnn)Ef(N),NN(0,Σ):\E\,f\Bigl(\frac{X_1 + \dots + X_n}{\sqrt n}\Bigr) \longrightarrow \E\,f(N), \qquad N \sim \mathcal N(0, \Sigma) :

    le Théorème 23.12 en dimension 22, avec un taux pour les ff lisses et sans analyse de Fourier.

  4. (Cramér–Wold, et une fluctuation jointe) En déduire que t,SnnN(0,tTΣt)\langle t, \frac{S_n}{\sqrt n}\rangle \Rightarrow \mathcal N(0, t^{\mathsf T}\Sigma t) pour tout tR2t \in \R^2 fixé. Application : pour des (ξi)(\xi_i) réels i.i.d., centrés, Eξ12=1\E\xi_1^2 = 1, Eξ16<\E\xi_1^6 < \infty (de sorte que la Partie V s’applique à Vi=(ξi,ξi21)V_i = (\xi_i, \xi_i^2 - 1)), montrer

    1n(inξi, in(ξi21))N(0,(1Eξ13Eξ13Eξ141)):\frac1{\sqrt n}\Bigl(\sum_{i\leq n}\xi_i,\ \sum_{i\leq n}(\xi_i^2 - 1)\Bigr) \Longrightarrow \mathcal N\Bigl(0, \begin{pmatrix} 1 & \E\xi_1^3\\ \E\xi_1^3 & \E\xi_1^4 - 1\end{pmatrix}\Bigr) :

    moyenne empirique et second moment empirique fluctuent conjointement de façon gaussienne — indépendamment à la limite si et seulement si Eξ13=0\E\xi_1^3 = 0 (Théorème 23.11).

Partie VI — La méthode delta.

  1. Soient (θ^n)(\hat\theta_n) des variables aléatoires avec n(θ^nθ)N(0,σ2)\sqrt n(\hat\theta_n - \theta) \Rightarrow \mathcal N(0, \sigma^2) pour un paramètre réel θ\theta, et gg différentiable en θ\theta. Prouver la méthode delta :

    n(g(θ^n)g(θ))N(0,g(θ)2σ2)\sqrt n\bigl(g(\hat\theta_n) - g(\theta)\bigr) \Longrightarrow \mathcal N\bigl(0, g'(\theta)^2\sigma^2\bigr)

    (écrire g(x)g(θ)=(g(θ)+η(x))(xθ)g(x) - g(\theta) = (g'(\theta) + \eta(x))(x - \theta) avec η0\eta \to 0 en θ\theta ; montrer θ^nθ\hat\theta_n \to \theta, puis η(θ^n)0\eta(\hat\theta_n) \to 0, en probabilité ; conclure avec Slutsky, Exercice 23.8, et Exercice 23.4(b)).

  2. Applications. (a) Pour des (ξi)(\xi_i) réels i.i.d. d’espérance μ\mu et de variance σ2\sigma^2, et Xˉn=1ninξi\bar X_n = \frac1n\sum_{i\leq n}\xi_i : montrer n(Xˉn2μ2)N(0,4μ2σ2)\sqrt n(\bar X_n^2 - \mu^2) \Rightarrow \mathcal N(0, 4\mu^2\sigma^2) quand μ0\mu \neq 0, et que pour μ=0\mu = 0 l’énoncé correct vit à une autre échelle : nXˉn2σ2N2n\bar X_n^2 \Rightarrow \sigma^2N^2 avec NN(0,1)N \sim \mathcal N(0,1) (identifier la fonction de répartition de la limite). (b) (Stabilisation de la variance) Pour p^n\hat p_n la fréquence de succès d’un échantillon B(1,p)\mathcal B(1, p), p(0,1)p \in \intoo01 : montrer que g(p)=arcsinpg(p) = \arcsin\sqrt p satisfait

    n(g(p^n)g(p))N(0,14)\sqrt n\,\bigl(g(\hat p_n) - g(p)\bigr) \Longrightarrow \mathcal N\Bigl(0, \frac14\Bigr)

    quel que soit pp — une barre d’erreur asymptotique libre du paramètre inconnu ; comparer avec l’Exemple 23.9.

Partie VII — Poisson, par la même méthode : le théorème de Le Cam. Le remplacement connaît une seconde classe d’universalité : les sommes de beaucoup d’événements indépendants rares. Pour les lois sur N\N la bonne distance est la variation totale,

dTV(μ,ν)=supANμ(A)ν(A).d_{\mathrm{TV}}(\mu, \nu) = \sup_{A\subseteq\N}\, \abs{\mu(A) - \nu(A)} .
  1. Montrer que dTV(μ,ν)=12k0μ({k})ν({k})d_{\mathrm{TV}}(\mu, \nu) = \frac12\sum_{k\geq0}\abs{\mu(\{k\}) - \nu(\{k\})}, et prouver la borne de couplage : pour toute paire (X,Y)(X, Y) de variables aléatoires de lois μ\mu et ν\nu sur le même espace, dTV(μ,ν)P(XY)d_{\mathrm{TV}}(\mu, \nu) \leq \P(X \neq Y).
  2. Calculer exactement, pour p(0,1)p \in \intoo01 :

    dTV(B(1,p),P(p))=p(1ep)p2.d_{\mathrm{TV}}\bigl(\mathcal B(1, p), \mathcal P(p)\bigr) = p\bigl(1 - \eu^{-p}\bigr) \leq p^2 .
  3. (Le Cam, par échange) Soient XiB(1,pi)X_i \sim \mathcal B(1, p_i) et YiP(pi)Y_i \sim \mathcal P(p_i), les 2n2n variables indépendantes ; S=X1++XnS = X_1 + \dots + X_n, et rappeler Y1++YnP(λ)Y_1 + \dots + Y_n \sim \mathcal P(\lambda) avec λ=ipi\lambda = \sum_ip_i (Exercice 23.1). Échanger une coordonnée à la fois dans les hybrides entiers Hi=Y1++Yi+Xi+1++XnH_i = Y_1 + \dots + Y_i + X_{i+1} + \dots + X_n : montrer, pour tout ANA \subseteq \N,

    P(Hi1A)P(HiA)dTV(B(1,pi),P(pi)),\abs{\P(H_{i-1} \in A) - \P(H_i \in A)} \leq d_{\mathrm{TV}}\bigl(\mathcal B(1, p_i), \mathcal P(p_i)\bigr),

    et conclure l’inégalité de Le Cam :

    dTV(loi de S, P(λ))i=1npi2.d_{\mathrm{TV}}\bigl(\text{loi de } S,\ \mathcal P(\lambda)\bigr) \leq \sum_{i=1}^np_i^2 .
  4. Dividendes. (a) Pour pi=λnp_i = \frac\lambda n : la borne est λ2n\frac{\lambda^2}n — la loi des événements rares (Exercice 23.5) montée à un taux explicite, uniforme sur tous les événements, et valable pour des pip_i inégaux aussi. (b) 500500 lettres sont livrées, chacune s’égarant indépendamment avec probabilité 1500\frac1{500} : borner l’erreur du modèle de Poisson de paramètre 11, et estimer la probabilité qu’aucune lettre ne s’égare. (c) Clore le problème : comparer les deux classes d’universalité rencontrées ici — gaussienne (beaucoup de petites contributions étalées ; deux moments appariés ; Taylor) et Poisson (beaucoup de contributions rares ; une moyenne appariée ; un couplage exact en variation totale) — et la seule méthode de remplacement derrière les deux.
  5. (Erreur relative et transformée log) Soient (Xn)(X_n) i.i.d., positives, d’espérance μ>0\mu > 0, de variance σ2\sigma^2, et Xˉn\bar X_n la moyenne empirique. Montrer par la méthode delta que

    n(lnXˉnlnμ)N(0, σ2μ2):\sqrt n\,\bigl(\ln\bar X_n - \ln\mu\bigr) \Longrightarrow \mathcal N\Bigl(0,\ \frac{\sigma^2}{\mu^2}\Bigr) :

    le paramètre asymptotique de lnXˉn\ln\bar X_n est le coefficient de variation σ/μ\sigma/\mu — erreur relative, sans échelle. En déduire un intervalle de confiance 95%95\% pour μ\mu de la forme multiplicative Xˉne±1.96σ/(μn)\bar X_n\cdot\eu^{\pm1.96\,\sigma/(\mu\sqrt n)}, et expliquer quand il est préférable à l’additif.

  6. (Le troisième moment oriente l’erreur) Pour XX \sim Bernoulli(pp) centrée, calculer E[(Xp)3]=p(1p)(12p)\E\bigl[(X - p)^3\bigr] = p(1-p)(1-2p). En utilisant l’analyse de la Partie IV (l’erreur d’échange est pilotée par les moments d’ordre trois), expliquer pourquoi l’approximation normale de B(n,p)\mathcal B(n, p) est asymétrique pour p12p \neq \frac12 — dépassant d’un côté, sous-estimant de l’autre — et pourquoi p=12p = \frac12 bénéficie du taux plus rapide à moments appariés. Vérifier le signe de l’asymétrie numériquement sur B(20,0.1)\mathcal B(20, 0.1) contre N(2,1.8)\mathcal N(2, 1.8) : comparer P(S=0)=0.920\P(S = 0) = 0.9^{20} avec la masse gaussienne de (,0.5)\intoo{-\infty}{0.5}.
Solution

Solution de Problème 23.1.

1. La famille (X1,,Xn,N1,,Nn)(X_1, \dots, X_n, N_1, \dots, N_n) est indépendante : les deux blocs sont indépendants l’un de l’autre par construction et chaque bloc est i.i.d. WiW_i est une fonction mesurable des seules variables (Xj)j<i(X_j)_{j<i} et (Nj)j>i(N_j)_{j>i}, toutes distinctes de XiX_i et NiN_i : par le principe de coalition (Théorème 22.5), WiW_i est indépendante de la paire (Xi,Ni)(X_i, N_i). Les décompositions Hi=Wi+XinH_i = W_i + \frac{X_i}{\sqrt n} et Hi1=Wi+NinH_{i-1} = W_i + \frac{N_i}{\sqrt n} sont immédiates d’après les définitions : passer de HiH_i à Hi1H_{i-1} échange le seul terme XiX_i pour NiN_i.

2. Taylor–Lagrange à l’ordre 33 : il existe cc entre ww et w+hw + h tel que

f(w+h)=f(w)+f(w)h+12f(w)h2+16f(c)h3,f(w + h) = f(w) + f'(w)h + \tfrac12 f''(w)h^2 + \tfrac16 f'''(c)h^3,

et f(c)M3\abs{f'''(c)} \leq M_3 donne la borne.

3. En soustrayant les deux développements au point de base commun w=Wiw = W_i :

f(Hi)f(Hi1)=f(Wi)XiNin+f(Wi)2Xi2Ni2n+Ri,RiM36Xi3+Ni3n3/2.f(H_i) - f(H_{i-1}) = f'(W_i)\,\frac{X_i - N_i}{\sqrt n} + \frac{f''(W_i)}{2}\,\frac{X_i^2 - N_i^2}{n} + R_i, \qquad \abs{R_i} \leq \frac{M_3}{6}\cdot \frac{\abs{X_i}^3 + \abs{N_i}^3}{n^{3/2}} .

Passer aux espérances. Par la question 1, f(Wi)f'(W_i) et f(Wi)f''(W_i) sont indépendantes de (Xi,Ni)(X_i, N_i), donc les espérances mixtes se factorisent :

E[f(Wi)XiNin]=E[f(Wi)]EXiENin=0,E[f(Wi)Xi2Ni2n]=E[f(Wi)]11n=0:\begin{align*} \E\Bigl[f'(W_i)\,\frac{X_i - N_i}{\sqrt n}\Bigr] &= \E\bigl[f'(W_i)\bigr]\,\frac{\E X_i - \E N_i}{\sqrt n} = 0, \\ \E\Bigl[f''(W_i)\,\frac{X_i^2 - N_i^2}{n}\Bigr] &= \E\bigl[f''(W_i)\bigr]\,\frac{1 - 1}{n} = 0 : \end{align*}

les deux premiers moments de XiX_i et NiN_i coïncident, et seul le reste survit :

Ef(Hi)Ef(Hi1)ERiM36β+γn3/2.\bigl|\E f(H_i) - \E f(H_{i-1})\bigr| \leq \E\abs{R_i} \leq \frac{M_3}{6}\cdot\frac{\beta + \gamma}{n^{3/2}} .

Le moment d’ordre trois gaussien : γ=EN13=20x3ex2/22π ⁣dx=22π02ueu ⁣du=42π=22π\gamma = \E\abs{N_1}^3 = 2\int_0^\infty x^3\,\frac{\eu^{-x^2/2}}{\sqrt{2\pi}}\,\dd x = \frac{2}{\sqrt{2\pi}}\int_0^\infty 2u\,\eu^{-u}\dd u = \frac{4}{\sqrt{2\pi}} = \frac{2\sqrt2}{\sqrt\pi} (substitution u=x2/2u = x^2/2, puis Γ(2)=1\Gamma(2) = 1).

4. Télescopage Ef(Tn)Ef(Gn)=i=1n(Ef(Hi)Ef(Hi1))\E f(T_n) - \E f(G_n) = \sum_{i=1}^n\bigl(\E f(H_i) - \E f(H_{i-1})\bigr) et application de la question 3 à chacun des nn termes :

Ef(Tn)Ef(Gn)nM3(β+γ)6n3/2=M3(β+γ)6n.\bigl|\E f(T_n) - \E f(G_n)\bigr| \leq n \cdot \frac{M_3(\beta + \gamma)}{6\,n^{3/2}} = \frac{M_3\,(\beta + \gamma)}{6\,\sqrt n} .

5. GnG_n est N(0,1)\mathcal N(0,1) exactement pour tout nn (somme normalisée de gaussiennes standards indépendantes, Exercice 23.3), donc Ef(Gn)=Ef(N)\E f(G_n) = \E f(N) et la question 4 se lit Ef(Tn)Ef(N)M3(β+γ)6n0\abs{\E f(T_n) - \E f(N)} \leq \frac{M_3(\beta+\gamma)}{6\sqrt n} \to 0 pour fCb3f \in \mathcal C^3_b. Passage au cas général. Soit ff continue bornée, M=supfM = \sup\abs f, ε>0\varepsilon > 0. Choisir A1A \geq 1 avec 1A2ε\frac1{A^2} \leq \varepsilon : Tchebychev avec V(Tn)=1\V(T_n) = 1 donne P(Tn>A)ε\P(\abs{T_n} > A) \leq \varepsilon pour tout nn, et de même P(N>A)ε\P(\abs N > A) \leq \varepsilon. Soit χ\chi de classe C\mathcal C^\infty avec 1[A,A]χ1[A1,A+1]\mathbf 1_{\intcc{-A}A} \leq \chi \leq \mathbf 1_{\intcc{-A-1}{A+1}} (plateau lisse, obtenu en régularisant 1[A12,A+12]\mathbf 1_{\intcc{-A-\frac12}{A+\frac12}}, Théorème 12.9) ; g=fχg = f\chi est continue à support compact, donc uniformément continue, et sa régularisée gη=gρηg_\eta = g * \rho_\eta est C\mathcal C^\infty à dérivées de tous ordres bornées avec ggηε\norm{g - g_\eta}_\infty \leq \varepsilon pour η\eta assez petit. Pour T=TnT = T_n ou NN, comme f=gf = g sur [A,A]\intcc{-A}A et fg2M\abs{f - g} \leq 2M partout :

Ef(T)Egη(T)E(fg)(T)+ggη2MP(T>A)+ε(2M+1)ε.\bigl|\E f(T) - \E g_\eta(T)\bigr| \leq \E\abs{(f - g)(T)} + \norm{g - g_\eta}_\infty \leq 2M\,\P(\abs T > A) + \varepsilon \leq (2M + 1)\,\varepsilon .

En combinant avec Egη(Tn)Egη(N)\E g_\eta(T_n) \to \E g_\eta(N) (la question 4 s’applique : gηCb3g_\eta \in \mathcal C^3_b) :

lim supn  Ef(Tn)Ef(N)2(2M+1)ε,\limsup_n\;\bigl|\E f(T_n) - \E f(N)\bigr| \leq 2(2M + 1)\,\varepsilon ,

et ε\varepsilon était arbitraire : Ef(Tn)Ef(N)\E f(T_n) \to \E f(N) pour toute ff continue bornée, i.e. TnN(0,1)T_n \Rightarrow \mathcal N(0,1).

6. L’équidistribution n’entrait que par une phrase : « XiX_i et NiN_i ont les mêmes deux premiers moments ». Soient donc X1,,XnX_1, \dots, X_n indépendantes, centrées, de variances σi2\sigma_i^2 et moments d’ordre trois finis, sn2=iσi2>0s_n^2 = \sum_i\sigma_i^2 > 0, et NiN(0,σi2)N_i \sim \mathcal N(0, \sigma_i^2) indépendantes de tout le reste. Définir les hybrides avec la normalisation sns_n : Hi=1sn(jiXj+j>iNj)H_i = \frac1{s_n}(\sum_{j\leq i}X_j + \sum_{j>i}N_j). Au ii-ième échange, EXi=ENi=0\E X_i = \E N_i = 0 et EXi2=ENi2=σi2\E X_i^2 = \E N_i^2 = \sigma_i^2 tuent encore les termes en ff' et ff'', et le reste donne (en utilisant ENi3=σi3γ\E\abs{N_i}^3 = \sigma_i^3\gamma par homothétie) :

Ef(Hi)Ef(Hi1)M36sn3(EXi3+σi3γ).\bigl|\E f(H_i) - \E f(H_{i-1})\bigr| \leq \frac{M_3}{6\,s_n^3}\bigl(\E\abs{X_i}^3 + \sigma_i^3\gamma\bigr) .

Télescopage :

Ef(X1++Xnsn)Ef(N)M36sn3i=1n(EXi3+V(Xi)3/2γ).\Bigl|\E f\Bigl(\frac{X_1 + \dots + X_n}{s_n}\Bigr) - \E f(N)\Bigr| \leq \frac{M_3}{6\,s_n^3}\sum_{i=1}^n \Bigl(\E\abs{X_i}^3 + \V(X_i)^{3/2}\,\gamma\Bigr) .

Comme σi3=(EXi2)3/2EXi3\sigma_i^3 = (\E X_i^2)^{3/2} \leq \E\abs{X_i}^3 (inégalité des moyennes de puissance, i.e. Jensen pour tt3/2t \mapsto t^{3/2} appliqué à Xi2X_i^2), le second membre est au plus M3(1+γ)6iEXi3sn3\frac{M_3(1 + \gamma)}{6}\cdot \frac{\sum_i\E\abs{X_i}^3}{s_n^3} : sous la condition de Lyapunov 1sn3iEXi30\frac1{s_n^3}\sum_i\E\abs{X_i}^3 \to 0, les sommes normalisées convergent en loi vers N(0,1)\mathcal N(0,1) — le TCL sans équidistribution.

7. Soit ρCc((0,1))\rho \in \mathcal C^\infty_c(\intoo01) avec ρ=1\int\rho = 1 et posons ψ(x)=x1ρ(s) ⁣ds\psi(x) = \int_x^1\rho(s)\dd s : ψ\psi est C\mathcal C^\infty, décroissante, ψ=1\psi = 1 sur R\R_-, ψ=0\psi = 0 sur [1,)\intco1\infty ; soit K=ψK = \norm{\psi'''}_\infty. Pour tRt \in \R et δ>0\delta > 0 définir ψδ(x)=ψ(xtδ)\psi_\delta(x) = \psi\bigl(\frac{x - t}\delta\bigr) et ψ~δ(x)=ψ(xtδ+1)\tilde\psi_\delta(x) = \psi\bigl(\frac{x - t}\delta + 1\bigr) : ce sont des fonctions Cb3\mathcal C^3_b de dérivée tierce bornée par K/δ3K/\delta^3, et

1(,tδ]ψ~δ1(,t]ψδ1(,t+δ].\mathbf 1_{\intoc{-\infty}{t-\delta}} \leq \tilde\psi_\delta \leq \mathbf 1_{\intoc{-\infty}t} \leq \psi_\delta \leq \mathbf 1_{\intoc{-\infty}{t+\delta}} .

Borne supérieure : par la question 4 appliquée à ψδ\psi_\delta (avec M3=K/δ3M_3 = K/\delta^3),

P(Tnt)Eψδ(Tn)Eψδ(N)+K(β+γ)6δ3nΦ(t+δ)+K(β+γ)6δ3nΦ(t)+δ2π+K(β+γ)6δ3n,\P(T_n \leq t) \leq \E\psi_\delta(T_n) \leq \E\psi_\delta(N) + \frac{K(\beta + \gamma)}{6\,\delta^3\sqrt n} \leq \Phi(t + \delta) + \frac{K(\beta + \gamma)}{6\,\delta^3\sqrt n} \leq \Phi(t) + \frac{\delta}{\sqrt{2\pi}} + \frac{K(\beta + \gamma)}{6\,\delta^3\sqrt n},

car Φ\Phi est lipschitzienne de constante 12π\frac1{\sqrt{2\pi}} (sa densité est bornée par 12π\frac1{\sqrt{2\pi}}). La borne inférieure symétrique via ψ~δ\tilde\psi_\delta donne l’estimation à deux termes

suptRP(Tnt)Φ(t)K(β+γ)61δ3n+δ2π(δ>0 arbitraire).\sup_{t\in\R}\,\bigl|\P(T_n \leq t) - \Phi(t)\bigr| \leq \frac{K(\beta + \gamma)}{6}\cdot\frac{1}{\delta^3\sqrt n} + \frac{\delta}{\sqrt{2\pi}} \qquad(\delta > 0\ \text{arbitraire}).

Les deux termes s’équilibrent lorsque δ3n1/2δ\delta^{-3}n^{-1/2} \asymp \delta, i.e. δ=n1/8\delta = n^{-1/8} : tous deux sont alors O(n1/8)O(n^{-1/8}), un taux uniforme explicite valable pour tout nn. (Le taux optimal de Berry–Esseen Cβ/nC\beta/\sqrt n demande l’inégalité de lissage de Fourier ; l’échange troque la netteté contre une élémentaire complète.)

8. Pour Xi=2Bi1X_i = 2B_i - 1 (signes équitables) : centrées, variance 11, et Xi=1\abs{X_i} = 1 donc β=1\beta = 1. La question 7 borne alors suptP(Snnt)Φ(t)\sup_t\abs{\P(\frac{S_n}{\sqrt n} \leq t) - \Phi(t)} explicitement et uniformément pour tout nn fini — un énoncé global, non asymptotique, sur la fonction de répartition. L’estimation locale de Problème 11.1, question 7, donne au contraire l’asymptotique exacte d’un atome individuel, P(S2n=2k)ek2/nπn\P(S_{2n} = 2k) \sim \frac{\eu^{-k^2/n}}{\sqrt{\pi n}} : elle résout des probabilités de taille n1/2n^{-1/2}, bien en dessous de la résolution n1/8n^{-1/8} de la question 7, mais elle est ponctuelle, asymptotique (pas d’erreur explicite à nn fixe) et liée à cette loi de réseau particulière. Précision locale contre uniformité globale : les deux méthodes sont complémentaires, et sommer l’estimation locale sur k[ ⁣[an,bn] ⁣]k \in \intint{a\sqrt n}{b\sqrt n} retrouve de Moivre–Laplace sur des intervalles — avec un taux plus fin, mais seulement pour cette loi.

9. L’argument d’échange n’utilisait rien sur la loi des XiX_i au-delà de EXi=0\E X_i = 0, EXi2=1\E X_i^2 = 1 et la finitude de EXi3\E\abs{X_i}^3 : si l’on remplaçait les gaussiennes NiN_i par toute autre famille i.i.d. de mêmes deux premiers moments et de moment d’ordre trois fini, le même télescopage bornerait Ef(sommeX)Ef(sommeY)\abs{\E f(\mathrm{somme}_X) - \E f(\mathrm{somme}_Y)} par O(n1/2)O(n^{-1/2}) pour toute ff lisse. Les statistiques lisses de grandes sommes indépendantes sont donc universelles : à une erreur quantifiée près, elles ne dépendent de la loi des termes de la somme que par deux nombres. C’est le principe d’invariance : prouver un théorème limite pour la loi la plus calculable (la gaussienne, où tout est exact), puis le transférer à toutes les lois par échange. Le même schéma — avec des sommes remplacées par des fonctionnelles plus élaborées — guide la loi du demi-cercle de Wigner pour les matrices aléatoires, l’universalité des racines de polynômes aléatoires, et une grande part de la probabilité moderne ; le théorème central limite en est la première et la plus simple instance.

10. ZZ est une fonction borélienne des seules (Ni+1,,Nn)(N_{i+1}, \dots, N_n), tandis que A=Wi+θhZA = W_i + \theta h - Z et hh sont des fonctions des variables restantes de la famille indépendante (X1,,Xn,N1,,Nn)(X_1, \dots, X_n, N_1, \dots, N_n) : par le principe de coalition (Théorème 22.5), ZZ est indépendante de (A,h)(A, h). Comme somme des Nj/nN(0,1n)N_j/\sqrt n \sim \mathcal N(0, \frac1n) indépendantes, ZN(0,s2)Z \sim \mathcal N(0, s^2) avec s2=nins^2 = \frac{n-i}n (Exercice 23.3), de densité bornée par 1s2π\frac1{s\sqrt{2\pi}}. La loi de ((A,h),Z)((A, h), Z) est le produit des deux lois marginales, donc Tonelli (transfert) fige le premier bloc : avec G(a)=Eg(a+Z)=g(a+z)φs(z) ⁣dzgL1s2πG(a) = \E\abs{g(a + Z)} = \int\abs{g(a + z)}\,\varphi_s(z)\,\dd z \leq \frac{\norm g_{L^1}}{s\sqrt{2\pi}} pour tout aa,

E[h3g(A+Z)]=E[h3G(A)]gL1s2πEh3=n2π(ni)gL1Eh3.\E\bigl[\abs h^3\abs{g(A + Z)}\bigr] = \E\bigl[\abs h^3\,G(A)\bigr] \leq \frac{\norm g_{L^1}}{s\sqrt{2\pi}}\,\E\abs h^3 = \sqrt{\frac{n}{2\pi(n-i)}}\,\norm g_{L^1}\,\E\abs h^3 .

11. La forme intégrale de Taylor s’obtient en intégrant f(w+h)f(w)=h01f(w+θh) ⁣dθf(w + h) - f(w) = h\int_0^1f'(w + \theta h)\,\dd\theta par parties deux fois en θ\theta. En prenant les espérances dans le ii-ième échange, les ordres 00, 11, 22 s’annulent exactement comme à la question 3, et les deux restes (pour h=Xi/nh = X_i/\sqrt n et Ni/nN_i/\sqrt n) sont bornés, pour in1i \leq n - 1, par la question 10 avec g=fg = f''' :

Ef(Hi)Ef(Hi1)01(1θ)22 ⁣dθ  n2π(ni)fL1β+γn3/2=β+γ6n3/2n2π(ni)fL1.\bigl|\E f(H_i) - \E f(H_{i-1})\bigr| \leq \int_0^1\frac{(1-\theta)^2}2\,\dd\theta\; \sqrt{\frac{n}{2\pi(n-i)}}\,\norm{f'''}_{L^1} \frac{\beta + \gamma}{n^{3/2}} = \frac{\beta + \gamma}{6\,n^{3/2}} \sqrt{\frac{n}{2\pi(n-i)}}\,\norm{f'''}_{L^1} .

En sommant, avec i=1n1nni=nm=1n1m1/22n\sum_{i=1}^{n-1}\sqrt{\frac n{n-i}} = \sqrt n\sum_{m=1}^{n-1}m^{-1/2} \leq 2n, et en ajoutant la borne de la question 3 pour le dernier échange (i=ni = n, plus aucune gaussienne) :

Ef(Tn)Ef(Gn)β+γ32πfL1n+M3(β+γ)6n3/2.\bigl|\E f(T_n) - \E f(G_n)\bigr| \leq \frac{\beta + \gamma}{3\sqrt{2\pi}}\cdot \frac{\norm{f'''}_{L^1}}{\sqrt n} + \frac{M_3(\beta + \gamma)}{6\,n^{3/2}} .

Rampes : ψδ(x)=δ3ψ(xtδ)\psi_\delta'''(x) = \delta^{-3}\psi'''\bigl(\frac{x - t}\delta\bigr), donc M3=Kδ3M_3 = K\delta^{-3} avec K=ψK = \norm{\psi'''}_\infty et ψδL1=δ2ψL1=K1δ2\norm{\psi_\delta'''}_{L^1} = \delta^{-2} \norm{\psi'''}_{L^1} = K_1\delta^{-2} (substitution). Le sandwich de la question 7 donne alors

suptP(Tnt)Φ(t)K1(β+γ)32π1δ2n+K(β+γ)61δ3n3/2+δ2π.\sup_t\,\bigl|\P(T_n \leq t) - \Phi(t)\bigr| \leq \frac{K_1(\beta + \gamma)}{3\sqrt{2\pi}}\cdot \frac1{\delta^2\sqrt n} + \frac{K(\beta + \gamma)}{6}\cdot \frac1{\delta^3n^{3/2}} + \frac\delta{\sqrt{2\pi}} .

En δ=n1/6\delta = n^{-1/6} les premier et troisième termes sont O(n1/6)O(n^{-1/6}) et le médian O(n1)O(n^{-1}) : un taux uniforme O(n1/6)O(n^{-1/6}), strictement meilleur que le n1/8n^{-1/8} de la question 7 — la moitié gaussienne de l’hybride a fait le lissage supplémentaire.

12. EN13=0\E N_1^3 = 0 (intégrande impaire), et une intégration par parties donne EN14=3EN12=3\E N_1^4 = 3\,\E N_1^2 = 3 (x3xφ(x) ⁣dx=3x2φ\int x^3\cdot x\varphi(x)\dd x = 3\int x^2\varphi). Pour ff de classe C4\mathcal C^4 à dérivées bornées, développer chaque échange à l’ordre quatre : les termes d’ordre trois portent le facteur EXi3ENi3=0\E X_i^3 - \E N_i^3 = 0 (l’indépendance les factorise comme à la question 3), donc seul le reste d’ordre quatre 01(1θ)36f(4)(w+θh)h4 ⁣dθ\int_0^1\frac{(1-\theta)^3}6f^{(4)}(w + \theta h)h^4\dd\theta survit, avec 01(1θ)36 ⁣dθ=124\int_0^1 \frac{(1-\theta)^3}6\dd\theta = \frac1{24} et Eh4=β4n2\E h^4 = \beta_4n^{-2} ou 3n23n^{-2}. La question 10 (avec g=f(4)g = f^{(4)}) borne les échanges in1i \leq n - 1, et en sommant comme à la question 11 :

Ef(Tn)Ef(Gn)β4+3122πf(4)L1n+M4(β4+3)24n2.\bigl|\E f(T_n) - \E f(G_n)\bigr| \leq \frac{\beta_4 + 3}{12\sqrt{2\pi}}\cdot \frac{\norm{f^{(4)}}_{L^1}}{n} + \frac{M_4(\beta_4 + 3)}{24\,n^2} .

Avec ψδ(4)L1=K2δ3\norm{\psi_\delta^{(4)}}_{L^1} = K_2\delta^{-3} et M4=Kδ4M_4 = K'\delta^{-4}, la borne de fonction de répartition devient Cδ3n1+Cδ4n2+δ2πC\delta^{-3}n^{-1} + C'\delta^{-4}n^{-2} + \frac\delta{\sqrt{2\pi}} ; en δ=n1/4\delta = n^{-1/4} les termes extrêmes sont O(n1/4)O(n^{-1/4}) et le médian O(n1)O(n^{-1}) : taux O(n1/4)O(n^{-1/4}).

13. Avec kk moments appariés le reste survivant par échange est d’ordre Ehk+1n(k+1)/2\E\abs h^{k+1} \asymp n^{-(k+1)/2} ; la borne gaussienne cachée charge f(k+1)L1\norm{f^{(k+1)}}_{L^1} et la somme sur les échanges contribue le facteur 2n2n, donnant f(k+1)L1n(k1)/2\asymp \norm{f^{(k+1)}}_{L^1}\, n^{-(k-1)/2} pour ff lisse. Les rampes coûtent ψδ(k+1)L1δk\norm{\psi_\delta^{(k+1)}}_{L^1} \asymp \delta^{-k}, donc l’erreur de fonction de répartition est δkn(k1)/2+δ\asymp \delta^{-k}n^{-(k-1)/2} + \delta, équilibrée en δ=n(k1)/(2k+2)\delta = n^{-(k-1)/(2k+2)} : taux n(k1)/(2k+2)n^{-(k-1)/(2k+2)}, qui vaut n1/6n^{-1/6} pour k=2k = 2, n1/4n^{-1/4} pour k=3k = 3, et ne tend vers n1/2n^{-1/2} que lorsque kk \to \infty — mais k4k \geq 4 forcerait EX14=3\E X_1^4 = 3 et au-delà, i.e. une loi qui imite déjà la gaussienne. La saturation est structurelle : l’échange ajoute nn erreurs d’échange en valeur absolue, renonçant à toute annulation entre échanges. La preuve de Fourier compare les fonctions caractéristiques, où les erreurs apparaissent avec leurs phases oscillantes ; l’inégalité de lissage d’Esseen convertit φTnφN\abs{\varphi_{T_n} - \varphi_N}, intégrée contre  ⁣dξξ\frac{\dd\xi}{\abs\xi}, en une borne de fonction de répartition au seul coût logarithmique, et livre le Cβn1/2C\beta n^{-1/2} de Berry–Esseen à partir de trois moments. Le remplacement troque l’optimalité contre la robustesse — et, comme le montre la Partie VII, contre la portabilité.

14. Σ\Sigma est symétrique semi-définie positive ; avec Σ=PDPT\Sigma = PDP^{\mathsf T} (PP orthogonale, D0D \geq 0 diagonale, Exercice 20.8), la symétrique C=PDPTC = P\sqrt DP^{\mathsf T} vérifie C2=ΣC^2 = \Sigma. Pour tout tR2t \in \R^2, t,CZ=Ct,Z=(Ct)1Z1+(Ct)2Z2\langle t, CZ\rangle = \langle Ct, Z\rangle = (Ct)_1Z^1 + (Ct)_2Z^2 est une combinaison linéaire de gaussiennes indépendantes, donc gaussienne (Exercice 23.3) : N=CZN = CZ est un vecteur gaussien ; sa moyenne est 00 et sa covariance E[NNT]=CE[ZZT]CT=CCT=Σ\E[NN^{\mathsf T}] = C\,\E[ZZ^{\mathsf T}]\,C^{\mathsf T} = CC^{\mathsf T} = \Sigma. Moments : N3(N1+N2)34(N13+N23)\norm N^3 \leq (\abs{N_1} + \abs{N_2})^3 \leq 4(\abs{N_1}^3 + \abs{N_2}^3) (convexité de x3x^3 sur R+\R_+), et chaque coordonnée est une gaussienne réelle à moments de tous ordres (Exercice 11.10) : γ<\gamma' < \infty. Enfin chaque t,Gn=1nit,Ni\langle t, G_n\rangle = \frac1{\sqrt n}\sum_i\langle t, N_i\rangle est une somme normalisée de N(0,tTΣt)\mathcal N(0, t^{\mathsf T}\Sigma t) i.i.d., donc exactement N(0,tTΣt)\mathcal N(0, t^{\mathsf T}\Sigma t) : GnG_n est un vecteur gaussien de moyenne 00 et covariance Σ\Sigma, et sa loi est N(0,Σ)\mathcal N(0, \Sigma) (Définition 23.10 : la loi est déterminée par ces données).

15. Posons ϕ(t)=f(w+th)\phi(t) = f(w + th), t[0,1]t \in \intcc01 : ϕ\phi est C3\mathcal C^3 avec

ϕ(t)=j,k,l{1,2}jklf(w+th)hjhkhl,ϕ(t)M3(jhj)3=M3(h1+h2)3.\phi'''(t) = \sum_{j,k,l\in\{1,2\}}\partial_{jkl}f(w + th)\,h_jh_kh_l, \qquad \abs{\phi'''(t)} \leq M_3\Bigl(\sum_j\abs{h_j}\Bigr)^3 = M_3(\abs{h_1} + \abs{h_2})^3 .

Taylor–Lagrange à l’ordre 33 pour ϕ\phi entre 00 et 11 donne la première inégalité ; Cauchy–Schwarz donne h1+h22h\abs{h_1} + \abs{h_2} \leq \sqrt2\norm h, d’où la constante 22M36=2M33\frac{2\sqrt2M_3}6 = \frac{\sqrt2M_3}3.

16. Définir HiH_i et WiW_i comme à la question 1, maintenant dans R2\R^2 ; l’argument de coalition est inchangé. Au ii-ième échange, les termes d’ordre un donnent jE[jf(Wi)](EXi,jENi,j)/n=0\sum_j\E[\partial_jf(W_i)]\,(\E X_{i,j} - \E N_{i,j})/ \sqrt n = 0 et les termes d’ordre deux donnent 12nj,kE[jkf(Wi)](ΣjkΣjk)=0\frac1{2n}\sum_{j,k}\E[\partial_{jk}f(W_i)]\,(\Sigma_{jk} - \Sigma_{jk}) = 0 : moyennes et covariances coïncident. La question 15 borne les deux restes :

Ef(Hi)Ef(Hi1)2M33EXi3+ENi3n3/2=2M3(β+γ)3n3/2,\bigl|\E f(H_i) - \E f(H_{i-1})\bigr| \leq \frac{\sqrt2M_3}3\cdot\frac{\E\norm{X_i}^3 + \E\norm{N_i}^3}{n^{3/2}} = \frac{\sqrt2M_3(\beta' + \gamma')}{3\,n^{3/2}},

et le télescopage sur les nn échanges :

Ef(Snn)Ef(Gn)2M3(β+γ)3n,GnN(0,Σ) exactement.\Bigl|\E f\Bigl(\frac{S_n}{\sqrt n}\Bigr) - \E f(G_n)\Bigr| \leq \frac{\sqrt2\,M_3(\beta' + \gamma')}{3\sqrt n}, \qquad G_n \sim \mathcal N(0, \Sigma)\ \text{exactement} .

Passage au cas général : ETn2=EX12=trΣ\E\norm{T_n}^2 = \E\norm{X_1}^2 = \operatorname{tr}\Sigma (les termes croisés s’annulent par indépendance et centrage), donc P(Tn>A)trΣ/A2\P(\norm{T_n} > A) \leq \operatorname{tr}\Sigma/A^2, et de même pour NN : tension. Étant donnée ff continue bornée et ε>0\varepsilon > 0, multiplier par un plateau lisse χ\chi égal à 11 sur la boule de rayon AA et supporté dans le rayon A+1A + 1 (régulariser un indicateur dans R2\R^2, Théorème 12.9) ; g=fχg = f\chi est uniformément continue à support compact, donc sa régularisée bidimensionnelle gηg_\eta est C\mathcal C^\infty à dérivées de tous ordres bornées avec ggηε\norm{g - g_\eta}_\infty \leq \varepsilon pour η\eta petit. La chaîne à trois ε\varepsilon de la question 5 se transporte mot pour mot : Ef(Tn)Ef(N)\E f(T_n) \to \E f(N) pour toute ff continue bornée R2R\R^2 \to \R. C’est Théorème 23.12 pour d=2d = 2, maintenant prouvé — l’échange contourne le théorème de Lévy bidimensionnel que le chapitre avait laissé admis.

17. Pour g ⁣:RRg \colon \R \to \R continue bornée, la carte xg(t,x)x \mapsto g(\langle t, x\rangle) est continue bornée sur R2\R^2, donc la question 16 donne Eg(t,Tn)Eg(t,N)\E g(\langle t, T_n\rangle) \to \E g(\langle t, N\rangle) : toute projection converge en loi, et t,NN(0,tTΣt)\langle t, N\rangle \sim \mathcal N(0, t^{\mathsf T}\Sigma t). (C’est le sens facile de Cramér–Wold : la convergence jointe implique la convergence de toutes les images linéaires.) Application : Vi=(ξi,ξi21)V_i = (\xi_i, \xi_i^2 - 1) sont des vecteurs i.i.d. centrés (Eξ12=1\E\xi_1^2 = 1), avec entrées de covariance V(ξ1)=1\V(\xi_1) = 1, Cov(ξ1,ξ121)=Eξ13\operatorname{Cov}(\xi_1, \xi_1^2 - 1) = \E\xi_1^3 et V(ξ121)=Eξ141\V(\xi_1^2 - 1) = \E\xi_1^4 - 1 ; le moment d’ordre trois EV134(Eξ13+Eξ1213)\E\norm{V_1}^3 \leq 4\bigl(\E\abs{\xi_1}^3 + \E\abs{\xi_1^2 - 1}^3\bigr) est fini dès que ξ1L6\xi_1 \in L^6. La question 16 livre la limite gaussienne jointe affichée, et Théorème 23.11(2) : les deux coordonnées limites sont indépendantes exactement lorsque la covariance Eξ13\E\xi_1^3 s’annule — pour les lois symétriques, moyenne empirique et variance empirique se découplent asymptotiquement.

18. Écrire g(x)g(θ)=(g(θ)+η(x))(xθ)g(x) - g(\theta) = (g'(\theta) + \eta(x))(x - \theta)η(x)=g(x)g(θ)xθg(θ)\eta(x) = \frac{g(x) - g(\theta)}{x - \theta} - g'(\theta) pour xθx \neq \theta et η(θ)=0\eta(\theta) = 0 : la différentiabilité en θ\theta signifie précisément η(x)0\eta(x) \to 0 lorsque xθx \to \theta. Étape 1 : θ^nθ\hat\theta_n \to \theta en probabilité : pour ε>0\varepsilon > 0 et tout A>0A > 0, éventuellement εnA\varepsilon\sqrt n \geq A, donc P(θ^nθ>ε)P(n(θ^nθ)>A)P(σN>A)\P(\abs{\hat\theta_n - \theta} > \varepsilon) \leq \P(\abs{\sqrt n(\hat\theta_n - \theta)} > A) \to \P(\sigma\abs N > A) (les fonctions de répartition convergent aux points de continuité ±A\pm A), et le second membre tend vers 00 lorsque AA \to \infty. Étape 2 : η(θ^n)0\eta(\hat\theta_n) \to 0 en probabilité : étant donné ε>0\varepsilon' > 0, choisir δ\delta avec ηε\abs\eta \leq \varepsilon' sur xθδ\abs{x - \theta} \leq \delta ; alors P(η(θ^n)>ε)P(θ^nθ>δ)0\P(\abs{\eta(\hat\theta_n)} > \varepsilon') \leq \P(\abs{\hat\theta_n - \theta} > \delta) \to 0. Étape 3 :

n(g(θ^n)g(θ))=g(θ)n(θ^nθ)+η(θ^n)n(θ^nθ).\sqrt n\bigl(g(\hat\theta_n) - g(\theta)\bigr) = g'(\theta)\,\sqrt n(\hat\theta_n - \theta) + \eta(\hat\theta_n)\cdot\sqrt n(\hat\theta_n - \theta) .

Par la règle produit de Slutsky (Exercice 23.8, avec la suite η(θ^n)0\eta(\hat\theta_n) \to 0 en probabilité et n(θ^nθ)\sqrt n(\hat\theta_n - \theta) convergente en loi), le second terme converge en loi vers 0N(0,σ2)=00\cdot\mathcal N(0, \sigma^2) = 0, donc vers 00 en probabilité (Exercice 23.4(b)) ; le premier converge en loi vers g(θ)N(0,σ2)g'(\theta)\mathcal N(0, \sigma^2) (Slutsky encore, ou la règle affine pour les fonctions caractéristiques) ; la règle somme de Slutsky les assemble : la limite est N(0,g(θ)2σ2)\mathcal N(0, g'(\theta)^2\sigma^2).

19. (a) Le TCL donne n(Xˉnμ)N(0,σ2)\sqrt n(\bar X_n - \mu) \Rightarrow \mathcal N(0, \sigma^2) ; la méthode delta avec g(x)=x2g(x) = x^2, g(μ)=2μg'(\mu) = 2\mu, donne n(Xˉn2μ2)N(0,4μ2σ2)\sqrt n(\bar X_n^2 - \mu^2) \Rightarrow \mathcal N(0, 4\mu^2\sigma^2) — dégénérée (limite 00) lorsque μ=0\mu = 0. Dans ce cas la fluctuation vit une échelle au-dessus : nXˉn2=(nXˉn)2n\bar X_n^2 = (\sqrt n\,\bar X_n)^2, et pour t>0t > 0

P(nXˉn2t)=P(tnXˉnt)Φ(tσ)Φ(tσ)=P(σ2N2t):\P\bigl(n\bar X_n^2 \leq t\bigr) = \P\bigl(-\sqrt t \leq \sqrt n\,\bar X_n \leq \sqrt t\bigr) \longrightarrow \Phi\Bigl(\frac{\sqrt t}\sigma\Bigr) - \Phi\Bigl(-\frac{\sqrt t}\sigma\Bigr) = \P(\sigma^2N^2 \leq t) :

nXˉn2σ2N2n\bar X_n^2 \Rightarrow \sigma^2N^2, le carré d’une gaussienne (loi du « khi-deux ») — lorsque la dérivée première meurt, le terme d’ordre deux de Taylor dicte une limite non gaussienne. (b) Ici n(p^np)N(0,p(1p))\sqrt n(\hat p_n - p) \Rightarrow \mathcal N(0, p(1 - p)) et g(p)=arcsinpg(p) = \arcsin\sqrt p a g(p)=12p(1p)g'(p) = \frac1{2\sqrt{p(1 - p)}}, donc g(p)2p(1p)=14g'(p)^2\,p(1 - p) = \frac14 : la limite est N(0,14)\mathcal N(0, \frac14) pour tout p(0,1)p \in \intoo01. Sur l’échelle arcsin\arcsin la barre d’erreur asymptotique à 95%95\% est ±0,98n\pm \frac{0{,}98}{\sqrt n}, connue à l’avance — alors que dans Exemple 23.9 la largeur impliquait le σ=p(1p)\sigma = \sqrt{p(1-p)} inconnu, à majorer par 12\frac12 ou à estimer : la transformation stabilise la variance.

20. Soit A={k:μ({k})>ν({k})}A^* = \{k : \mu(\{k\}) > \nu(\{k\})\} et Δk=μ({k})ν({k})\Delta_k = \mu(\{k\}) - \nu(\{k\}), de sorte que kΔk=0\sum_k\Delta_k = 0. Pour tout ANA \subseteq \N : μ(A)ν(A)=kAΔkkAΔk\mu(A) - \nu(A) = \sum_{k\in A}\Delta_k \leq \sum_{k\in A^*}\Delta_k, avec égalité en A=AA = A^* ; et comme les parties positive et négative de (Δk)(\Delta_k) ont même masse totale, AΔk=12kΔk\sum_{A^*}\Delta_k = \frac12\sum_k\abs{\Delta_k}. Échanger μ,ν\mu, \nu traite le signe : dTV(μ,ν)=12kΔkd_{\mathrm{TV}}(\mu, \nu) = \frac12\sum_k\abs{\Delta_k}. Couplage : pour tout AA,

μ(A)ν(A)=E[1A(X)1A(Y)]=E[(1A(X)1A(Y))1XY]P(XY),\mu(A) - \nu(A) = \E\bigl[\mathbf 1_A(X) - \mathbf 1_A(Y)\bigr] = \E\bigl[(\mathbf 1_A(X) - \mathbf 1_A(Y))\,\mathbf 1_{X\neq Y}\bigr] \leq \P(X \neq Y),

et prendre le supremum sur AA.

21. Les deux lois chargent : k=0k = 0 : 1p1 - p contre ep\eu^{-p}, avec ep>1p\eu^{-p} > 1 - p ; k=1k = 1 : pp contre pep<pp\,\eu^{-p} < p ; k2k \geq 2 : 00 contre le reste Poisson 1eppep01 - \eu^{-p} - p\eu^{-p} \geq 0. D’où

dTV=12[(ep1+p)+(ppep)+(1eppep)]=12(2p2pep)=p(1ep),d_{\mathrm{TV}} = \tfrac12\bigl[(\eu^{-p} - 1 + p) + (p - p\eu^{-p}) + (1 - \eu^{-p} - p\eu^{-p})\bigr] = \tfrac12\bigl(2p - 2p\eu^{-p}\bigr) = p(1 - \eu^{-p}),

et 1epp1 - \eu^{-p} \leq p donne la borne p2p^2.

22. Écrire Hi1=Wi+XiH_{i-1} = W_i + X_i et Hi=Wi+YiH_i = W_i + Y_i avec Wi=j<iYj+j>iXjW_i = \sum_{j<i}Y_j + \sum_{j>i}X_j, indépendante de la paire (Xi,Yi)(X_i, Y_i) (coalitions). Pour ANA \subseteq \N, en conditionnant sur les valeurs dénombrables par indépendance,

P(Hi1A)=k0P(Xi=k)P(Wi+kA),\P(H_{i-1} \in A) = \sum_{k\geq0}\P(X_i = k)\,\P(W_i + k \in A),

et de même pour HiH_i avec YiY_i. En soustrayant, avec ck=P(Wi+kA)[0,1]c_k = \P(W_i + k \in A) \in \intcc01 et Δk=P(Xi=k)P(Yi=k)\Delta_k = \P(X_i = k) - \P(Y_i = k) de somme nulle :

P(Hi1A)P(HiA)=kΔk(ck12)12kΔk=dTV(B(1,pi),P(pi)).\abs{\P(H_{i-1} \in A) - \P(H_i \in A)} = \Bigl|\sum_k\Delta_k\bigl(c_k - \tfrac12\bigr)\Bigr| \leq \tfrac12\sum_k\abs{\Delta_k} = d_{\mathrm{TV}}\bigl(\mathcal B(1, p_i), \mathcal P(p_i)\bigr) .

Télescopage de H0=SH_0 = S à Hn=iYiP(λ)H_n = \sum_iY_i \sim \mathcal P(\lambda) (Exercice 23.1, itéré) et question 21 :

P(SA)P(P(λ)A)i=1npi(1epi)i=1npi2pour tout A:\abs{\P(S \in A) - \P(\mathcal P(\lambda) \in A)} \leq \sum_{i=1}^np_i\bigl(1 - \eu^{-p_i}\bigr) \leq \sum_{i=1}^np_i^2 \qquad\text{pour tout } A :

l’inégalité de Le Cam. (La borne de couplage de la question 20 offre une voie alternative : coupler chaque paire sur une seule uniforme de sorte que P(XiYi)pi2\P(X_i \neq Y_i) \leq p_i^2 et borner P(SYi)\P(S \neq \sum Y_i) ; l’échange n’exige aucune construction.)

23. (a) Avec pi=λnp_i = \frac\lambda n : dTV(loi de S,P(λ))λ2nd_{\mathrm{TV}}(\text{loi de }S, \mathcal P(\lambda)) \leq \frac{\lambda^2}n. Cela affine Exercice 23.5 trois fois : une erreur explicite à chaque nn fini, l’uniformité sur tous les événements AA à la fois (pas un intervalle à la fois), et pas besoin de pip_i égaux — seulement ipi2\sum_ip_i^2 petit, p.ex. pi2λmaxipi\sum p_i^2 \leq \lambda\max_ip_i : beaucoup d’événements rares, aucun dominant. (b) Ici n=500n = 500, pi=1500p_i = \frac1{500}, λ=1\lambda = 1 : le modèle de Poisson se trompe d’au plus 50015002=0,002500\cdot\frac1{500^2} = 0{,}002 sur tout événement ; en particulier, en prenant A={0}A = \{0\},

P(aucune lettre eˊgareˊe)=(11500)500,P(aucune lettre eˊgareˊe)e10,002,\P(\text{aucune lettre égarée}) = \Bigl(1 - \frac1{500}\Bigr)^{500}, \qquad \Bigl|\P(\text{aucune lettre égarée}) - \eu^{-1}\Bigr| \leq 0{,}002,

donc la réponse est e10,368\eu^{-1} \approx 0{,}368 à 0,0020{,}002 garanti près (le vrai écart est d’environ 41044\cdot10^{-4}). (c) Le problème se referme sur une méthode à deux régimes. Lorsque nn contributions comparables portent chacune une variance 1n\frac1n, apparier deux moments contre la gaussienne rend les erreurs d’échange o(1n)o(\frac1n) chacune : les sommes deviennent gaussiennes — avec Taylor comme outil de comparaison locale. Lorsque nn contributions sont des indicateurs de probabilité pip_i, apparier la moyenne contre un atome de Poisson fait coûter pi2p_i^2 chaque échange : les comptages d’événements rares deviennent Poisson — avec la variation totale comme comparaison locale exacte. Mêmes hybrides, même télescope, estimation locale différente : le remplacement est une stratégie, pas un théorème, et les limites gaussienne et Poisson en sont les deux plus anciens dividendes.

24. Le TCL donne n(Xˉnμ)N(0,σ2)\sqrt n(\bar X_n - \mu) \Rightarrow \mathcal N(0, \sigma^2), et g(x)=lnxg(x) = \ln x est différentiable en μ>0\mu > 0 avec g(μ)=1μg'(\mu) = \frac1\mu : la méthode delta (Partie VI) livre n(lnXˉnlnμ)N(0,σ2/μ2)\sqrt n(\ln\bar X_n - \ln\mu) \Rightarrow \mathcal N(0, \sigma^2/\mu^2). En dépliants l’intervalle lnXˉnlnμ1,96σμn\abs{\ln\bar X_n - \ln\mu} \leq \frac{1{,}96\,\sigma}{\mu\sqrt n} par exponentiation :

μXˉne±1,96σ/(μn)avec probabiliteˊ asymptotique 95%\mu \in \bar X_n\cdot \eu^{\pm1{,}96\,\sigma/(\mu\sqrt n)} \qquad\text{avec probabilité asymptotique } 95\%

(en pratique σ/μ\sigma/\mu est remplacé par sa version empirique, Slutsky comme dans Exercice 23.8). L’intervalle multiplicatif est le naturel lorsque les données sont positives avec des erreurs proportionnelles à leur taille — revenus, concentrations, demi-vies : quantités qui vivent sur une échelle logarithmique, où des intervalles additifs symétriques pourraient même traverser zéro.

25. E[(Xp)3]=(1p)3p+(p)3(1p)=p(1p)[(1p)2p2]=p(1p)(12p)\E[(X - p)^3] = (1-p)^3p + (-p)^3(1 - p) = p(1-p)\bigl[(1-p)^2 - p^2\bigr] = p(1-p)(1 - 2p). Dans l’analyse d’échange (Partie IV), le terme d’erreur principal après appariement de deux moments porte le moment d’ordre trois signé : pour p<12p < \frac12 il est positif (la loi penche à droite : rares grandes excursions au-dessus de la moyenne), et l’approximation normale déplace systématiquement la masse — sous-estimant la queue gauche courte et surestimant la droite — avec une erreur d’ordre n1/2n^{-1/2} ; en p=12p = \frac12 le moment d’ordre trois s’annule, la Bernoulli imite la gaussienne à l’ordre trois, et le taux s’améliore (question des moments appariés de la Partie IV). Numériquement : P(S=0)=0,920=0,1216\P(S = 0) = 0{,}9^{20} = 0{,}1216, tandis que la gaussienne N(2,1,8)\mathcal N(2, 1{,}8) donne Φ(0,521,8)=Φ(1,118)0,132\Phi\bigl(\frac{0{,}5 - 2}{\sqrt{1{,}8}}\bigr) = \Phi(-1{,}118) \approx 0{,}132 : la courbe normale, ignorante du mur en 00 et de l’asymétrie vers la droite, met trop de masse en bas — le signe prédit de l’erreur, visible à n=20n = 20.