Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

16Fonctions holomorphes

La différentiabilité complexe ressemble à une petite variation sur la théorie réelle — une limite, un quotient. C’est en réalité un univers différent. Une fonction différentiable une seule fois sur un ouvert de C\C est automatiquement indéfiniment différentiable, analytique, déterminée sur tout un domaine par ses valeurs près d’un seul point, et contrainte par des principes globaux rigides (Liouville, module maximum). Tout cela découle d’un unique miracle, le théorème de Cauchy : l’intégrale d’une fonction holomorphe le long d’un chemin fermé dans un domaine étoilé s’annule. Ce chapitre démontre le miracle (argument de Goursat, sans régularité au-delà de la différentiabilité), en récolte les conséquences classiques, et règle un théorème que ce livre utilise à crédit depuis le Chapitre 4 : tout polynôme complexe non constant a une racine.

Tout au long, ΩC\Omega \subseteq \C est ouvert, et D(a,r)D(a, r) désigne le disque ouvert.

16.1 Différentiabilité complexe

Définition 16.1

f ⁣:ΩCf \colon \Omega \to \C est holomorphe sur Ω\Omega si pour tout z0Ωz_0 \in \Omega

f(z0)=limh0f(z0+h)f(z0)hf'(z_0) = \lim_{h\to0}\frac{f(z_0 + h) - f(z_0)}{h}

existe (hCh \in \C^*). Sommes, produits, quotients (dénominateurs non nuls), compositions de fonctions holomorphes sont holomorphes, avec les formules usuelles (les preuves de première–deuxième année sont verbatim : elles n’utilisent que les opérations de corps et les limites). H(Ω)\mathcal H(\Omega) désigne l’ensemble des fonctions holomorphes sur Ω\Omega.

Proposition 16.2 (Cauchy–Riemann)

Écrivons f(x+iy)=P(x,y)+iQ(x,y)f(x + \iu y) = P(x,y) + \iu Q(x,y). Alors ff est holomorphe en z0z_0 si et seulement si ff est R\R-différentiable en z0z_0 (comme application de deux variables réelles) et

Px=Qy,Py=Qxen z0;\frac{\partial P}{\partial x} = \frac{\partial Q}{\partial y}, \qquad \frac{\partial P}{\partial y} = -\frac{\partial Q}{\partial x} \qquad \text{en } z_0 ;

de façon équivalente, la différentielle réelle est la multiplication par le nombre complexe f(z0)f'(z_0).

Démonstration. La C\C-différentiabilité dit f(z0+h)=f(z0)+ch+o(h)f(z_0 + h) = f(z_0) + ch + o(\abs h) avec c=f(z0)c = f'(z_0) : une différentielle R\R-linéaire qui est la multiplication par c=a+ibc = a + \iu b, c’est-à-dire de matrice (abba)\bigl(\begin{smallmatrix} a & -b\\ b & a \end{smallmatrix}\bigr) dans la base (1,i)(1, \iu) — exactement les relations affichées pour les dérivées partielles. Réciproquement une telle différentielle est C\C-linéaire, et les définitions en o(h)o(\abs h) coïncident.

Exemple 16.3

Les polynômes en zz, les fractions rationnelles hors de leurs pôles, et — par le théorème de dérivation terme à terme des séries entières de deuxième année, dont la preuve fonctionne identiquement sur C\C — toute somme d’une série entière an(za)n\sum a_n(z - a)^n à l’intérieur de son disque de convergence : holomorphes, de dérivée nan(za)n1\sum na_n(z - a)^{n-1} (même rayon). En particulier expz=zn/n!\exp z = \sum z^n/n! est entière (holomorphe sur C\C) avec exp=exp\exp' = \exp. En revanche zzˉz \mapsto \bar z, z\abs z, Rez\operatorname{Re}z ne sont nulle part holomorphes (Cauchy–Riemann échoue partout) : l’holomorphie est une rigidité qui préserve orientation et angles, non une simple régularité.

16.2 Intégrales de contour

Définition 16.4

Un chemin est une application C1\mathcal C^1 par morceaux γ ⁣:[a,b]C\gamma \colon \intcc ab \to \C ; il est fermé si γ(a)=γ(b)\gamma(a) = \gamma(b). Pour ff continue sur l’image de γ\gamma :

γf(z) ⁣dz=abf(γ(t))γ(t) ⁣dt,γf ⁣dzsupγflength(γ)\int_\gamma f(z)\,\dd z = \int_a^b f(\gamma(t))\,\gamma'(t)\,\dd t, \qquad \Bigl|\int_\gamma f\,\dd z\Bigr| \leq \sup_{\gamma}\abs f\cdot\operatorname{length}(\gamma)

(l’inégalité ML ; longueur =abγ= \int_a^b\abs{\gamma'}). L’intégrale est invariante par reparamétrisation C1\mathcal C^1 croissante et change de signe par renversement d’orientation.

Proposition 16.5 (Primitives)

Pour ff continue sur Ω\Omega, les assertions suivantes sont équivalentes : (i) ff admet une primitive FH(Ω)F \in \mathcal H(\Omega) (F=fF' = f) ; (ii) γf ⁣dz=0\int_\gamma f\,\dd z = 0 pour tout chemin fermé γ\gamma dans Ω\Omega. Dans ce cas γf ⁣dz=F(γ(b))F(γ(a))\int_\gamma f\,\dd z = F(\gamma(b)) - F(\gamma(a)) pour tout chemin.

Démonstration. (i)\Rightarrow :  ⁣d ⁣dtF(γ(t))=F(γ(t))γ(t)\frac{\dd}{\dd t}F(\gamma(t)) = F'(\gamma(t))\gamma'(t) (règle de la chaîne, valide par morceaux), donc l’intégrale se téléscope en la différence des extrémités ; les chemins fermés donnent 00. (ii)\Rightarrow(i) : fixons zz_* dans une composante connexe, définissons F(z)=γzf ⁣dzF(z) = \int_{\gamma_z}f\,\dd z le long d’un chemin quelconque de zz_* à zz (bien défini : deux chemins diffèrent d’un chemin fermé) ; pour hh petit, en prenant le segment de zz à z+hz + h,

F(z+h)F(z)hf(z)=1h[z,z+h](f(w)f(z)) ⁣dw0\frac{F(z + h) - F(z)}{h} - f(z) = \frac1h\int_{[z, z+h]}\bigl(f(w) - f(z)\bigr)\dd w \longrightarrow 0

par l’inégalité ML et la continuité de ff en zz.

Définition 16.6 (Nombre de tours)

Pour un chemin fermé γ\gamma et zimγz \notin \operatorname{im}\gamma, l’indice est

Indγ(z)=12iπγ ⁣dwwz.\operatorname{Ind}_\gamma(z) = \frac1{2\iu\pi} \int_\gamma\frac{\dd w}{w - z} .

C’est un entier : en posant φ(t)=atγ(s)γ(s)z ⁣ds\varphi(t) = \int_a^t\frac{\gamma'(s)}{\gamma(s) - z}\dd s, la fonction (γ(t)z)eφ(t)(\gamma(t) - z)\eu^{-\varphi(t)} a une dérivée nulle (par morceaux), donc est constante ; en t=bt = b, eφ(b)=γ(b)zγ(a)z=1\eu^{\varphi(b)} = \frac{\gamma(b) - z}{\gamma(a) - z} = 1, d’où φ(b)2iπZ\varphi(b) \in 2\iu\pi\Z. Comme fonction de zz, l’indice est continu sur Cimγ\C\setminus\operatorname{im}\gamma (convergence dominée), donc constant sur chaque composante connexe, et 00 sur la composante non bornée (ML : l’intégrale tend vers 00 quand zz \to \infty). Pour le cercle γ(t)=a+reit\gamma(t) = a + r\eu^{\iu t}, t[0,2π]t \in \intcc0{2\pi} : Indγ(z)=1\operatorname{Ind}_\gamma(z) = 1 pour zD(a,r)z \in D(a,r) (calculer en z=az = a : 12iπ02πrieitreit ⁣dt=1\frac1{2\iu\pi} \int_0^{2\pi}\frac{r\iu\eu^{\iu t}}{r\eu^{\iu t}}\dd t = 1 ; la constance fait le reste).

16.3 Théorème de Cauchy

Théorème 16.7 (Goursat)

Soit fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega) et TΩT \subseteq \Omega un triangle plein fermé. Alors Tf ⁣dz=0\int_{\partial T}f\,\dd z = 0 (bord parcouru une fois, orientation quelconque).

Démonstration. Posons I(T)=Tf ⁣dzI(T) = \int_{\partial T}f\,\dd z. En joignant les milieux des côtés, on découpe TT en quatre triangles de demi-taille T(1),,T(4)T^{(1)}, \dots, T^{(4)}, et les arêtes intérieures s’annulent deux à deux : I(T)=iI(T(i))I(T) = \sum_iI(T^{(i)}). Choisissons T1T_1 parmi eux avec I(T1)14I(T)\abs{I(T_1)} \geq \frac14\abs{I(T)}, et itérons : une suite emboîtée TT1T2T \supseteq T_1 \supseteq T_2 \supseteq\cdots avec

I(Tn)4nI(T),diamTn=2ndiamT,length(Tn)=2nlength(T).\abs{I(T_n)} \geq 4^{-n}\abs{I(T)}, \qquad \operatorname{diam}T_n = 2^{-n}\operatorname{diam}T, \quad \operatorname{length}(\partial T_n) = 2^{-n}\operatorname{length}(\partial T).

L’intersection Tn\bigcap T_n est un unique point z0z_0 (compacts emboîtés de diamètres tendant vers 00, le Théorème 6.13(3)). Différentiabilité en z0z_0 : donné ε\varepsilon, pour nn grand, sur TnT_n,

f(z)=f(z0)+f(z0)(zz0)+R(z),R(z)εzz0εdiamTn.f(z) = f(z_0) + f'(z_0)(z - z_0) + R(z), \qquad \abs{R(z)} \leq \varepsilon\abs{z - z_0} \leq \varepsilon\operatorname{diam}T_n .

La partie affine a une primitive : son intégrale sur le fermé Tn\partial T_n s’annule (la Proposition 16.5), il reste

I(Tn)=TnRεdiam(Tn)length(Tn)=ε4ndiam(T)length(T).\abs{I(T_n)} = \Bigl|\int_{\partial T_n}R\Bigr| \leq \varepsilon\operatorname{diam}(T_n)\, \operatorname{length}(\partial T_n) = \varepsilon\,4^{-n}\operatorname{diam}(T) \operatorname{length}(\partial T) .

Comparant avec I(Tn)4nI(T)\abs{I(T_n)} \geq 4^{-n}\abs{I(T)} : I(T)εconst\abs{I(T)} \leq \varepsilon\cdot\text{const} pour tout ε\varepsilon : I(T)=0I(T) = 0.

Théorème 16.8 (Théorème de Cauchy, version étoilée)

Soit Ω\Omega étoilé par rapport à cc (tout segment [c,z][c, z], zΩz \in \Omega, est contenu dans Ω\Omega) — p. ex. convexe. Toute fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega) admet une primitive sur Ω\Omega ; par conséquent γf ⁣dz=0\int_\gamma f\,\dd z = 0 pour tout chemin fermé γ\gamma dans Ω\Omega.

Démonstration. Définissons F(z)=[c,z]f ⁣dwF(z) = \int_{[c,z]}f\,\dd w. Pour z,z+hΩz, z + h \in \Omega avec [z,z+h]Ω[z, z+h] \subseteq \Omega (vrai pour hh petit), le triangle de sommets c,z,z+hc, z, z+h est contenu dans Ω\Omega (étoilé : chacun de ses points est sur un segment [c,w][c, w] avec w[z,z+h]Ωw \in [z, z+h] \subseteq \Omega) : Goursat donne

F(z+h)F(z)=[z,z+h]f ⁣dw,F(z + h) - F(z) = \int_{[z, z+h]}f\,\dd w,

et le calcul du quotient différentiel de la Proposition 16.5 fournit F=fF' = f. L’annulation des intégrales sur les chemins fermés suit de la même proposition.

Théorème 16.9 (Formule intégrale de Cauchy)

Soit fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega), Dˉ(a,r)Ω\bar D(a, r) \subseteq \Omega, et CrC_r le cercle D(a,r)\partial D(a,r) parcouru une fois dans le sens trigonométrique. Alors pour tout zD(a,r)z \in D(a, r) :

f(z)=12iπCrf(w)wz ⁣dw.f(z) = \frac1{2\iu\pi}\int_{C_r}\frac{f(w)}{w - z}\,\dd w .

Démonstration. Fixons zz et définissons sur Ω\Omega

g(w)={f(w)f(z)wzwz,f(z)w=z:g(w) = \begin{cases} \dfrac{f(w) - f(z)}{w - z} & w \neq z,\\[4pt] f'(z) & w = z : \end{cases}

gg est continue sur Ω\Omega et holomorphe hors de zz. Goursat vaut pour gg sur tout triangle TΩT \subseteq \Omega', où Ω\Omega' est un disque légèrement plus grand que Dˉ(a,r)\bar D(a,r) dans Ω\Omega : si zTz \notin T, directement ; si zTz \in T, découper TT en petits triangles ayant zz pour sommet plus des triangles évitant zz ; sur un triangle de sommet zz la borne ML donne TgsupTglength0\abs{\int_{\partial T'}g} \leq \sup_{T'}\abs g\cdot\operatorname{length} \to 0 quand le triangle se rétrécit, et les morceaux restants s’annulent par Goursat — d’où Tg=0\int_{\partial T}g = 0 dans tous les cas. La preuve du Théorème 16.8 n’utilisait que cette propriété triangulaire : gg a une primitive sur le convexe Ω\Omega', donc Crg=0\int_{C_r}g = 0, c’est-à-dire

12iπCrf(w)wz ⁣dw=f(z)12iπCr ⁣dwwz=f(z)IndCr(z)=f(z).\frac1{2\iu\pi}\int_{C_r}\frac{f(w)}{w - z}\dd w = f(z)\,\frac{1}{2\iu\pi}\int_{C_r}\frac{\dd w}{w - z} = f(z)\operatorname{Ind}_{C_r}(z) = f(z) .

16.4 Analyticité et sa cascade

Théorème 16.10 (Holomorphe == analytique)

Soit fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega) et D(a,R)ΩD(a, R) \subseteq \Omega. Alors

f(z)=n0cn(za)nsur D(a,R),cn=12iπCrf(w)(wa)n+1 ⁣dw  (0<r<R),f(z) = \sum_{n\geq0}c_n\,(z - a)^n \quad \text{sur } D(a, R), \qquad c_n = \frac1{2\iu\pi}\int_{C_r}\frac{f(w)}{(w - a)^{n+1}}\,\dd w \ \ (0 < r < R),

les coefficients étant indépendants de rr. Par conséquent ff est indéfiniment C\C-différentiable, cn=f(n)(a)/n!c_n = f^{(n)}(a)/n!, et les estimations de Cauchy valent :

cn    supwa=rf(w)rn.\abs{c_n} \;\leq\; \frac{\sup_{\abs{w - a} = r}\abs{f(w)}}{r^{n}} .

Démonstration. Pour za<r\abs{z - a} < r : développer le noyau de Cauchy en série géométrique

1wz=1(wa)(1zawa)=n0(za)n(wa)n+1,\frac1{w - z} = \frac1{(w - a)\bigl(1 - \frac{z - a}{w - a}\bigr)} = \sum_{n\geq0}\frac{(z - a)^n}{(w - a)^{n+1}},

normalement convergente en ww sur CrC_r (zawa=zar<1\abs{\frac{z-a}{w-a}} = \frac{\abs{z-a}}r < 1) : intégrer terme à terme contre f(w)2iπ\frac{f(w)}{2\iu\pi} (la convergence uniforme justifie l’interversion) et appliquer le Théorème 16.9. Une série entière est indéfiniment différentiable avec cn=f(n)(a)/n!c_n = f^{(n)}(a)/n! (deuxième année), ce qui montre aussi que les cnc_n ne dépendent pas de rr. Les estimations : borner l’intégrale des coefficients par ML.

Exemple 16.11 (Les singularités dictent les rayons)

Pourquoi l’innocente fonction réelle 11+x2\frac1{1 + x^2} a-t-elle une série de Taylor en x=3x = 3 ne convergeant que pour x3<10\abs{x - 3} < \sqrt{10}, alors que rien ne se passe de mal sur la droite réelle ? Parce que le théorème ci-dessus rend le rayon de convergence en aa égal à la distance de aa au point le plus proche où l’holomorphie échoue. Ici f(z)=11+z2f(z) = \frac1{1 + z^2} est holomorphe exactement sur C{±i}\C\setminus\{\pm\iu\}, donc le développement en a=3a = 3 converge sur le plus grand disque évitant ±i\pm\iu, de rayon 3i=10\abs{3 - \iu} = \sqrt{10} — et ne peut converger sur un plus grand, car la somme étendrait ff holomorphiquement à un voisinage de ±i\pm\iu, où f\abs f \to \infty. La théorie réelle voit le mystérieux rayon 10\sqrt{10} ; le plan complexe voit deux pôles. Règle pratique : pour trouver un rayon de convergence, localiser les singularités — p. ex. la série de Taylor de tan\tan en 00 a pour rayon π2\frac\pi2 (zéros les plus proches de cos\cos), et la fonction génératrice de Bernoulli zez1\frac z{\eu^z - 1} (le Problème 16.1, partie VI) a pour rayon 2π2\pi (zéros non nuls les plus proches de ez1\eu^z - 1 : ±2iπ\pm2\iu\pi).

Corollaire 16.12 (Liouville ; d’Alembert–Gauss)

Une fonction entière bornée est constante. Par conséquent tout polynôme non constant sur C\C a une racine : C\C est algébriquement clos.

Démonstration. Si fM\abs f \leq M sur C\C : pour tout aa et rr, c1(a)=f(a)M/r0\abs{c_1(a)} = \abs{f'(a)} \leq M/r \to 0 : f0f' \equiv 0, et ff est constante (sur le connexe C\C : dérivée nulle implique localement constante — intégrer le long des segments). Si PP n’avait pas de racine, 1/P1/P serait entière et bornée (P(z)\abs{P(z)} \to \infty quand z\abs z \to \infty : le terme dominant domine, donc 1/P\abs{1/P} est petit hors d’un grand disque et continu sur le disque compact) : constante — absurde pour PP non constant. (Le problème de week-end donne une seconde preuve élémentaire et les conséquences algébriques.)

Théorème 16.13 (Zéros isolés ; théorème d’identité)

Soit Ω\Omega connexe et fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega), f≢0f \not\equiv 0. Alors tout zéro aa de ff a un ordre fini : f(z)=(za)mg(z)f(z) = (z - a)^m\,g(z) avec gH(Ω)g \in \mathcal H(\Omega), g(a)0g(a) \neq 0, et les zéros de ff n’ont pas de point d’accumulation dans Ω\Omega. Par conséquent, si deux fonctions holomorphes sur Ω\Omega coïncident sur un ensemble ayant un point d’accumulation dans Ω\Omega, elles coïncident partout.

Démonstration. Soit ZZ l’ensemble des points où toutes les dérivées de ff s’annulent. ZZ est fermé (intersection de fermés) et ouvert : si tous les cn=0c_n = 0 en aa, le développement en série entière rend f0f \equiv 0 sur un disque autour de aa. Connexité : Z=Z = \varnothing ou Z=ΩZ = \Omega ; ce dernier est exclu par f≢0f \not\equiv 0. Donc en un zéro aa, un coefficient est non nul : soit mm minimal avec cm0c_m \neq 0 ; alors f(z)=(za)mnmcn(za)nmf(z) = (z - a)^m\sum_{n\geq m}c_n(z-a)^{n-m} sur un disque, et la somme définit gg holomorphe près de aa avec g(a)=cm0g(a) = c_m \neq 0 ; étendre g=f/(za)mg = f/(z-a)^m hors de aa (holomorphe là). Comme g(a)0g(a) \neq 0 et gg est continue, ff n’a pas d’autre zéro dans un voisinage de aa : les zéros sont isolés, et un ensemble de points isolés n’a pas de point d’accumulation dans Ω\Omega (un point d’accumulation de zéros est un zéro — continuité — et ne serait pas isolé). Identité : appliquer à la différence, dont l’ensemble des zéros a un point d’accumulation, ce qui force la branche Z=ΩZ = \Omega.

Théorème 16.14 (Valeur moyenne et module maximum)

Soit fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega).

  1. (Valeur moyenne) Pour Dˉ(a,r)Ω\bar D(a, r) \subseteq \Omega : f(a)=12π02πf(a+reit) ⁣dtf(a) = \frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}f(a + r\eu^{\iu t})\,\dd t.
  2. (Principe du maximum) Si Ω\Omega est connexe et f\abs f atteint un maximum local en un point de Ω\Omega, alors ff est constante. Par conséquent, pour Ω\Omega borné et ff continue sur Ωˉ\bar\Omega : supΩˉf=supΩf\sup_{\bar\Omega}\abs f = \sup_{\partial\Omega}\abs f.

Démonstration. (1) est la formule de Cauchy au centre : paramétrer CrC_r. (2) Supposons ff(a)\abs f \leq \abs{f(a)} sur Dˉ(a,ρ)Ω\bar D(a, \rho) \subseteq \Omega. Si f(a)=0f(a) = 0, f0f \equiv 0 près de aa. Sinon, pour 0<rρ0 < r \leq \rho, la valeur moyenne donne

f(a)12π02πf(a+reit) ⁣dtf(a):\abs{f(a)} \leq \frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}\abs{f(a + r\eu^{\iu t})}\,\dd t \leq \abs{f(a)} :

l’intégrande continue non négative f(a)f(a+reit)\abs{f(a)} - \abs{f(a + r\eu^{\iu t})} a moyenne nulle, donc s’annule : f\abs f est constante =f(a)0= \abs{f(a)} \ne 0 sur le disque. Une fonction holomorphe de module non nul constant sur un disque est constante : dériver P2+Q2=constP^2 + Q^2 = \text{const} donne PPx+QQx=0PP_x + QQ_x = 0 et PPy+QQy=0PP_y + QQ_y = 0 ; en substituant les relations de Cauchy–Riemann Py=QxP_y = -Q_x, Qy=PxQ_y = P_x dans la seconde équation on obtient le système linéaire

PPx+QQx=0,PQx+QPx=0,P\,P_x + Q\,Q_x = 0, \qquad -P\,Q_x + Q\,P_x = 0,

dont le déterminant est P2+Q20P^2 + Q^2 \neq 0 : Px=Qx=0P_x = Q_x = 0, donc f=Px+iQx=0f' = P_x + \iu Q_x = 0 sur le disque : ff constante là. Le théorème d’identité propage la constance à tout Ω\Omega. Forme au bord : f\abs f atteint son sup sur le compact Ωˉ\bar\Omega ; un maximum intérieur rend ff constante, et le sup est atteint sur le bord dans tous les cas.

Théorème 16.15 (Théorème de convergence de Weierstrass)

Si fnH(Ω)f_n \in \mathcal H(\Omega) convergent vers ff uniformément sur tout sous-ensemble compact de Ω\Omega, alors fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega) et fn(k)f(k)f_n^{(k)} \to f^{(k)} uniformément sur les compacts, pour tout kk.

Démonstration. ff est continue. Pour tout triangle fermé TΩT \subseteq \Omega : Tf=limTfn=0\int_{\partial T}f = \lim\int_{\partial T}f_n = 0 (convergence uniforme sur le compact T\partial T ; Goursat pour les fnf_n). Par l’argument du Théorème 16.8, ff a des primitives locales (les disques sont convexes ; seule la propriété triangulaire a été utilisée), c’est-à-dire f=Ff = F' localement avec FF holomorphe ; FF est analytique (le Théorème 16.10), donc aussi f=Ff = F' : holomorphe. (C’est le théorème de Morera : continue à intégrales triangulaires nulles implique holomorphe.) Dérivées : pour Dˉ(a,2r)Ω\bar D(a, 2r) \subseteq \Omega et zDˉ(a,r)z \in \bar D(a, r), la formule de Cauchy pour les dérivées (dériver le Théorème 16.9 sous l’intégrale, ou utiliser la formule des coefficients) donne

fn(z)f(z)=12iπC2rfn(w)f(w)(wz)2 ⁣dw2rsupC2rfnfr20\abs{f_n'(z) - f'(z)} = \Bigl|\frac{1}{2\iu\pi}\int_{C_{2r}}\frac{f_n(w) - f(w)}{(w - z)^2}\,\dd w\Bigr| \leq \frac{2r\,\sup_{C_{2r}}\abs{f_n - f}}{r^2} \to 0

uniformément sur Dˉ(a,r)\bar D(a,r) ; recouvrir un compact par un nombre fini de tels disques, et itérer pour les kk plus élevés.

Formule de Cauchy : les valeurs d’une fonction holomorphe à l’intérieur d’un disque sont une moyenne pondérée de ses valeurs sur le cercle bord. Tout ce qui est rigide dans l’holomorphie — analyticité, Liouville, principe du maximum — se déploie à partir de cette unique identité.
Formule de Cauchy : les valeurs d’une fonction holomorphe à l’intérieur d’un disque sont une moyenne pondérée de ses valeurs sur le cercle bord. Tout ce qui est rigide dans l’holomorphie — analyticité, Liouville, principe du maximum — se déploie à partir de cette unique identité.

Méthode 16.16

La boîte à outils quotidienne. Pour prouver qu’une fonction est holomorphe : l’exhiber comme série entière, composition, limite localement uniforme (le Théorème 16.15), ou intégrale à paramètre holomorphe (l’Exercice 16.7 — dériver sous \int ou appliquer Morera–Fubini). Pour prouver des identités : les prouver sur un segment ou un sous-domaine et invoquer le théorème d’identité. Pour borner : estimations de Cauchy sur le plus grand cercle disponible. Pour prouver constance/non-existence : Liouville ou le principe du maximum. Toujours savoir la fonction est holomorphe et quels disques tiennent dans Ω\Omega.

16.5 Exercices

Exercice 16.1

(a) En quels points zzˉz \mapsto \bar z, z2\abs z^2, Rez\operatorname{Re}z sont-elles complexe-différentiables ? Holomorphes sur un ouvert ? (b) Montrer que P(x,y)=x2y2P(x, y) = x^2 - y^2 est la partie réelle d’une fonction holomorphe sur C\C, trouvée explicitement, et déterminer toutes ces fonctions.

Solution

Solution de Exercice 16.1.

(a) zˉ\bar z : P=xP = x, Q=yQ = -y, donc Px=11=QyP_x = 1 \neq -1 = Q_y : nulle part C\C-différentiable. z2\abs z^2 : P=x2+y2P = x^2 + y^2, Q=0Q = 0 : Cauchy–Riemann exige 2x=0=2y2x = 0 = 2y : différentiable en 00 seulement — et holomorphe nulle part (pas d’ouvert). Rez\operatorname{Re}z : Px=10=QyP_x = 1 \neq 0 = Q_y : nulle part.

(b) x2y2=Re(z2)x^2 - y^2 = \operatorname{Re}(z^2) : f(z)=z2f(z) = z^2 convient. Toutes les solutions : si Ref=Reg\operatorname{Re}f = \operatorname{Re}g avec f,gf, g holomorphes sur le connexe C\C, alors h=fgh = f - g a Reh=0\operatorname{Re}h = 0 ; Cauchy–Riemann donne h=Px+iQx=0iPy=0h' = P_x + \iu Q_x = 0 - \iu P_y = 0 : hh est une constante imaginaire. Réponse : f(z)=z2+icf(z) = z^2 + \iu c, cRc \in \R.

Exercice 16.2

Calculer à partir des définitions : Czn ⁣dz\int_{C}z^n\,\dd z pour tout nZn \in \Z, CC le cercle unité ; γzˉ ⁣dz\int_\gamma\bar z\,\dd z le long du segment [0,1+i][0, 1+\iu] et le long du chemin en deux segments passant par 11 : conclure que zˉ\bar z n’a pas de primitive sur aucun voisinage de ces chemins.

Solution

Solution de Exercice 16.2.

Sur le cercle unité γ(t)=eit\gamma(t) = \eu^{\iu t} :

Czn ⁣dz=02πeintieit ⁣dt=i02πei(n+1)t ⁣dt={2iπn=1,0n1.\int_C z^n\,\dd z = \int_0^{2\pi}\eu^{\iu nt}\,\iu\eu^{\iu t}\dd t = \iu\int_0^{2\pi}\eu^{\iu(n+1)t}\dd t = \begin{cases} 2\iu\pi & n = -1,\\ 0 & n \neq -1.\end{cases}

Pour zˉ\bar z : le long de [0,1+i][0, 1+\iu], γ(t)=t(1+i)\gamma(t) = t(1 + \iu) : 01t(1i)(1+i) ⁣dt=012t ⁣dt=1\int_0^1 t(1 - \iu)(1 + \iu)\dd t = \int_0^12t\,\dd t = 1. Le long de 011+i0 \to 1 \to 1 + \iu : 01t ⁣dt+01(1it)i ⁣dt=12+i+12=1+i\int_0^1t\dd t + \int_0^1(1 - \iu t)\,\iu\,\dd t = \frac12 + \iu + \frac12 = 1 + \iu. Valeurs différentes entre les mêmes extrémités : par la Proposition 16.5, zˉ\bar z n’a pas de primitive sur aucun ouvert contenant les deux chemins.

Exercice 16.3 ★★

(a) Montrer que le logarithme principal logz=lnz+iargz\log z = \ln\abs z + \iu\arg z (arg(π,π)\arg \in \intoo{-\pi}\pi) est holomorphe sur C(,0]\C\setminus\intoc{-\infty}0 de dérivée 1z\frac1z (primitive de 1z\frac1z sur le plan découpé étoilé : le Théorème 16.8 ; fixer la constante). (b) Montrer qu’aucun logarithme continu n’existe sur C\C^* (son obstruction sans dérivée : l’indice du cercle unité). (c) Développer log(1+z)\log(1 + z) en série entière sur D(0,1)D(0,1).

Solution

Solution de Exercice 16.3.

(a) Le plan découpé Ω=C(,0]\Omega = \C\setminus\intoc{-\infty}0 est étoilé par rapport à 11, et 1zH(Ω)\frac1z \in \mathcal H(\Omega) : le Théorème 16.8 fournit une primitive LL avec L(1)=0L(1) = 0. Alors (zeL(z))=eL(1z1z)=0\bigl(z\eu^{-L(z)}\bigr)' = \eu^{-L}(1 - z\cdot\frac1z) = 0 : z=ceL(z)z = c\,\eu^{L(z)} avec c=1c = 1 (en z=1z = 1). Écrivant L=u+ivL = u + \iu v : z=eu\abs z = \eu^u et z=zeivz = \abs z\eu^{\iu v} avec vv continue, v(1)=0v(1) = 0, v(π,π)v \in \intoo{-\pi}\pi (vv est un argument continu de zz sur le connexe Ω\Omega, donc son image évite les multiples impairs de π\pi — aucun point de Ω\Omega n’est sur R\R_- — et, contenant v(1)=0v(1) = 0, reste dans (π,π)\intoo{-\pi}\pi : vv est l’argument principal) : L=logL = \log.

(b) Si gg était un logarithme continu sur C\C^* : h(t)=g(eit)h(t) = g(\eu^{\iu t}) satisfait eh(t)=eit\eu^{h(t)} = \eu^{\iu t}, donc h(t)it2iπZh(t) - \iu t \in 2\iu\pi\Z, et par continuité h(t)=it+2iπkh(t) = \iu t + 2\iu\pi k pour un entier kk fixe. Alors g(1)=h(0)=2iπkg(1) = h(0) = 2\iu\pi k et g(1)=h(2π)=2iπ(k+1)g(1) = h(2\pi) = 2\iu\pi(k + 1) : contradiction.

(c) Sur D(0,1)D(0,1) : log(1+z)=n1(1)n+1nzn\log(1 + z) = \sum_{n\geq1}\frac{(-1)^{n+1}}{n}z^n — les deux membres s’annulent en 00 et ont pour dérivée 11+z=(1)nzn\frac1{1+z} = \sum(-1)^nz^n (l’Exemple 16.3) ; une primitive est unique à constante près sur le disque connexe.

Exercice 16.4 ★★

(a) Soit ff entière avec f(z)C(1+z)n\abs{f(z)} \leq C(1 + \abs z)^{n}. Montrer que ff est un polynôme de degré n\leq n (estimations de Cauchy sur de grands cercles). (b) Soit ff entière avec Ref\operatorname{Re}f bornée supérieurement. Montrer que ff est constante (considérer ef\eu^{f}). (c) En déduire le « petit Picard pour les applications affines » : une fonction entière omettant un demi-plan est constante.

Solution

Solution de Exercice 16.4.

(a) Développer en 00 (rayon \infty) : par les estimations de Cauchy sur CrC_r, ckC(1+r)n/rk0\abs{c_k} \leq C(1 + r)^n/r^k \to 0 quand rr \to \infty pour k>nk > n : f=knckzkf = \sum_{k\leq n}c_kz^k.

(b) Si RefM\operatorname{Re}f \leq M : g=efg = \eu^f est entière avec g=eRefeM\abs g = \eu^{\operatorname{Re}f} \leq \eu^M : constante par Liouville. Alors g=fg=0g' = f'g = 0 avec gg non nulle : f=0f' = 0, et ff est constante.

(c) Si ff omet le demi-plan HH, une application affine wαw+βw \mapsto \alpha w + \beta envoie CH\C\setminus H dans {ReM}\{\operatorname{Re} \leq M\} ; appliquer (b) à αf+β\alpha f + \beta.

Exercice 16.5 ★★

(a) Soit ff holomorphe sur un Ω\Omega connexe 0\ni 0 avec f(1n)=1n2f(\frac1n) = \frac1{n^2} pour tout nn assez grand. Déterminer ff. (b) Existe-t-il une ff holomorphe sur C\C^* satisfaisant f(1n)=(1)nnf(\frac1n) = \frac{(-1)^n}{n} pour tout n1n \geq 1 ? Justifier. (c) Exhiber deux fonctions holomorphes distinctes sur D(0,1)D(3,1)D(0,1)\sqcup D(3,1) coïncidant sur D(0,1)D(0,1) : où le théorème d’identité utilise-t-il la connexité ?

Solution

Solution de Exercice 16.5.

(a) g(z)=f(z)z2g(z) = f(z) - z^2 s’annule aux points 1n\frac1n, qui s’accumulent en 0Ω0 \in \Omega : par le théorème d’identité (Ω\Omega connexe), g0g \equiv 0 : f(z)=z2f(z) = z^2.

(b) Oui : f(z)=zcos(π/z)f(z) = z\cos(\pi/z) est holomorphe sur C\C^* (composition) et f(1n)=1ncos(nπ)=(1)nnf(\frac1n) = \frac1n\cos(n\pi) = \frac{(-1)^n}n. Pas de contradiction avec (a) : le point d’accumulation 00 des nœuds d’interpolation n’appartient pas à C\C^*, donc le théorème d’identité se tait — deux fonctions distinctes (zcos(π/z)z\cos(\pi/z) et, disons, celle d’une autre interpolation) peuvent partager ces valeurs.

(c) f0f \equiv 0 partout, versus g=0g = 0 sur D(0,1)D(0,1) et g=1g = 1 sur D(3,1)D(3,1) : holomorphes sur l’union non connexe, égales sur D(0,1)D(0,1), différentes. L’argument ouvert-fermé du théorème d’identité a besoin de la connexité pour propager d’une composante à l’autre — et ne le peut pas.

Exercice 16.6 ★★

Soit ff holomorphe sur le disque unité ouvert D\mathbb D, continue sur Dˉ\bar{\mathbb D}, avec f1\abs f \equiv 1 sur le cercle bord. (a) Si ff n’a pas de zéro dans D\mathbb D, montrer que ff est constante (appliquer le principe du maximum à ff et à 1/f1/f). (b) Donner un exemple avec un zéro où ff n’est pas constante.

Solution

Solution de Exercice 16.6.

(a) Par le principe du maximum appliqué sur le domaine borné : supDf=supDf=1\sup_{\mathbb D}\abs f = \sup_{\partial\mathbb D}\abs f = 1. Comme ff n’a pas de zéro, 1/f1/f est holomorphe sur D\mathbb D, continue sur l’adhérence, de module bord 11 : de même 1/f1\abs{1/f} \leq 1, c’est-à-dire f1\abs f \geq 1. Donc f1\abs f \equiv 1 : le module atteint un maximum intérieur, et le Théorème 16.14(2) force ff constante.

(b) f(z)=zf(z) = z : module bord 11, zéro à l’origine, non constante — le zéro bloque exactement l’argument 1/f1/f.

Exercice 16.7 ★★

(Holomorphie sous l’intégrale) Soit μ\mu une mesure finie sur un espace XX et g ⁣:X×ΩCg \colon X\times\Omega \to \C avec : g(x,)H(Ω)g(x, \cdot) \in \mathcal H(\Omega) pour chaque xx, gg mesurable en xx, et gh(x)\abs g \leq h(x) avec hh intégrable, localement uniformément en zz. Montrer que G(z)=Xg(x,z) ⁣dμ(x)G(z) = \int_Xg(x, z)\dd\mu(x) est holomorphe sur Ω\Omega. (Morera : les intégrales triangulaires s’annulent par Fubini et Goursat ; continuité par convergence dominée. Puis appliquer à Γ(z)=0tz1et ⁣dt\Gamma(z) = \int_0^\infty t^{z-1}\eu^{-t}\dd t sur {Rez>0}\{\operatorname{Re}z > 0\}.)

Solution

Solution de Exercice 16.7.

Continuité de GG : convergence dominée avec dominateur hh (borne localement uniforme). Holomorphie par Morera (établi dans le Théorème 16.15) : pour un triangle fermé TT dans un disque où gh\abs g \leq h,

TG(z) ⁣dz=X(Tg(x,z) ⁣dz) ⁣dμ(x)=0,\int_{\partial T}G(z)\,\dd z = \int_X\Bigl(\int_{\partial T}g(x, z)\,\dd z\Bigr)\dd\mu(x) = 0,

l’interversion par Fubini (XTglength(T)h<\int_X\int_{\partial T}\abs g \leq \operatorname{length}(\partial T)\int h < \infty) et l’annulation intérieure par Goursat. Pour Γ\Gamma : sur la bande aRezba \leq \operatorname{Re}z \leq b (0<ab0 < a \leq b), tz1et=tRez1et(ta1+tb1)et\abs{t^{z-1}\eu^{-t}} = t^{\operatorname{Re}z-1}\eu^{-t} \leq (t^{a-1} + t^{b-1})\eu^{-t}, intégrable sur (0,+)\intoo0{+\infty} : Γ\Gamma est holomorphe sur {Rez>0}\{\operatorname{Re} z > 0\} (la mesure n’est que σ\sigma-finie, mais l’argument n’a besoin que du dominateur intégrable). Par le théorème d’identité, l’équation fonctionnelle Γ(z+1)=zΓ(z)\Gamma(z + 1) = z\Gamma(z), prouvée sur (0,+)\intoo0{+\infty} (l’Exemple 10.16), vaut sur tout le demi-plan.

Exercice 16.8 ★★★

(Gauss–Lucas) Soit PC[X]P \in \C[X] non constant. Montrer que toute racine de PP' est dans l’enveloppe convexe des racines de PP. (Écrire PP=kmkzak\frac{P'}{P} = \sum_k\frac{m_k}{z - a_k} en un zéro zz de PP' qui n’est pas zéro de PP, prendre les conjugués, et lire une combinaison convexe.) Illustrer sur P=z31P = z^3 - 1.

Solution

Solution de Exercice 16.8.

Écrire P=ck(Xak)mkP = c\prod_k(X - a_k)^{m_k} (le Problème 16.1). Soit P(z)=0P'(z) = 0. Si P(z)=0P(z) = 0, alors zz est l’un des aka_k : dans l’enveloppe. Sinon, la dérivée logarithmique donne

0=P(z)P(z)=kmkzak=kmkzˉaˉkzak2;0 = \frac{P'(z)}{P(z)} = \sum_k\frac{m_k}{z - a_k} = \sum_k m_k\,\frac{\bar z - \bar a_k}{\abs{z - a_k}^2} ;

en conjuguant, kwk(zak)=0\sum_kw_k(z - a_k) = 0 avec wk=mk/zak2>0w_k = m_k/\abs{z - a_k}^2 > 0 : z=kwkwakz = \sum_k\frac{w_k}{\sum w}\,a_k, une combinaison convexe des racines. Pour P=z31P = z^3 - 1 : racines les racines cubiques de l’unité, P=3z2P' = 3z^2 avec racine double 00 — le barycentre du triangle équilatéral.

Exercice 16.9 ★★★

Soit ff entière et doublement périodique : f(z+1)=f(z+i)=f(z)f(z + 1) = f(z + \iu) = f(z) pour tout zz. Montrer que ff est constante. (Borner ff sur le carré fondamental compact, puis partout ; Liouville.) Morale : les fonctions elliptiques non constantes doivent avoir des pôles — le thème du Chapitre 17.

Solution

Solution de Exercice 16.9.

Le carré unité fermé K={x+iy:0x,y1}K = \{x + \iu y : 0 \leq x, y \leq 1\} est compact : M=supKf<M = \sup_K\abs f < \infty. Tout zCz \in \C diffère d’un point de KK d’un élément de Z+iZ\Z + \iu\Z (soustraire les parties entières), et ff est invariante sous ces translations (itérer les deux relations) : fM\abs f \leq M sur C\C. Liouville : ff est constante. D’où toute fonction méromorphe doublement périodique non constante — les fonctions elliptiques de la théorie classique — doit avoir des pôles.

Exercice 16.10 ★★

(a) Montrer que P=RefP = \operatorname{Re}f d’une ff holomorphe satisfait la propriété de la moyenne P(a)=12π02πP(a+reit) ⁣dtP(a) = \frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}P(a + r\eu^{\iu t})\dd t et est harmonique : xx2P+yy2P=0\partial^2_{xx}P + \partial^2_{yy}P = 0 (dériver Cauchy–Riemann ; utiliser le Théorème 16.10 pour la régularité requise). (b) En déduire le principe du maximum pour les parties réelles de fonctions holomorphes sur des domaines bornés.

Solution

Solution de Exercice 16.10.

(a) Prendre les parties réelles dans la formule de la moyenne (le Théorème 16.14(1)). Régularité : ff est analytique, donc P,QCP, Q \in \mathcal C^\infty ; dériver Cauchy–Riemann : Pxx=(Qy)x=(Qx)y=(Py)y=PyyP_{xx} = (Q_y)_x = (Q_x)_y = (-P_y)_y = -P_{yy} (symétrie de Schwarz des dérivées secondes) : ΔP=0\Delta P = 0.

(b) Si Ref\operatorname{Re}f atteignait un maximum intérieur sur un Ω\Omega connexe : g=efg = \eu^f a g=eRef\abs g = \eu^{\operatorname{Re}f} atteignant un maximum intérieur, donc gg, d’où Ref=lng\operatorname{Re}f = \ln\abs g, est constante (le Théorème 16.14(2)). Sur un domaine borné avec continuité jusqu’au bord, supΩˉRef=supΩRef\sup_{\bar\Omega}\operatorname{Re}f = \sup_{\partial\Omega}\operatorname{Re}f.

Exercice 16.11 ★★★

(Réflexion de Schwarz) Soit Ω+={z:z<1, Imz>0}\Omega^+ = \{z : \abs z < 1,\ \operatorname{Im}z > 0\}, I=(1,1)I = \intoo{-1}1, et ff holomorphe sur Ω+\Omega^+, continue sur Ω+I\Omega^+\cup I, à valeurs réelles sur II. Définir

F(z)={f(z)zΩ+I,f(zˉ)zˉΩ+.F(z) = \begin{cases} f(z) & z \in \Omega^+\cup I,\\ \overline{f(\bar z)} & \bar z \in \Omega^+ . \end{cases}

(a) Montrer que FF est bien définie et continue sur Ω=Ω+IΩ\Omega = \Omega^+\cup I\cup\Omega^-, et holomorphe sur Ω±\Omega^\pm (pour Ω\Omega^- : vérifier Cauchy–Riemann pour f(zˉ)\overline{f(\bar z)}, ou développer ff en série entière locale et conjuguer les coefficients). (b) Montrer que FF est holomorphe sur tout Ω\Omega par le critère de Morera : TF=0\int_{\partial T}F = 0 pour tout triangle TΩT \subseteq \Omega (découper les triangles en II et pousser leurs côtés horizontaux hors de l’axe de ε\varepsilon, en utilisant la continuité uniforme). (c) En déduire : une fonction holomorphe sur le disque, réelle sur un diamètre, satisfait f(zˉ)=f(z)f(\bar z) = \overline{f(z)} ; et une fonction holomorphe non constante ne peut être à valeurs réelles sur aucun ouvert non vide de son domaine (connexe).

Solution

Solution de Exercice 16.11.

(a) Les deux formules coïncident sur II (z=zˉz = \bar z et ff réelle là : f(zˉ)=f(z)=f(z)\overline{f(\bar z)} = \overline{f(z)} = f(z)), et zf(zˉ)z \mapsto \overline{f(\bar z)} est continue sur ΩI\Omega^-\cup I comme composition d’applications continues : FF est continue sur Ω\Omega. Holomorphie sur Ω\Omega^- : près de z0Ωz_0 \in \Omega^-, développer f(w)=cn(wzˉ0)nf(w) = \sum c_n(w - \bar z_0)^n près de zˉ0Ω+\bar z_0 \in \Omega^+ ; alors

f(zˉ)=ncˉn(zz0)n,\overline{f(\bar z)} = \sum_n\bar c_n\,(z - z_0)^n,

une série entière convergente : holomorphe.

(b) Les triangles évitant II sont traités par Goursat dans Ω±\Omega^\pm. Pour un triangle rencontrant II, le couper par l’axe réel en au plus trois triangles/quadrilatères, chacun avec un côté sur II ; pour un tel morceau PP contenu dans, disons, Ω+\overline{\Omega^+}, l’intégrale de contour est la limite quand ε0+\varepsilon \to 0^+ de l’intégrale sur des translatées de type P+iεP + \iu\varepsilon (la continuité uniforme de FF sur le morceau compact fait converger les intégrales de bord, le côté sur II étant approché par le haut), et chaque translatée est dans Ω+\Omega^+ où Goursat donne 00. En sommant les morceaux : TF=0\int_{\partial T}F = 0. Morera (le critère dans le Théorème 16.15) : FF est holomorphe sur Ω\Omega.

(c) Sur le disque, G(z)=f(zˉ)G(z) = \overline{f(\bar z)} est holomorphe par le calcul de (a) et coïncide avec ff sur le diamètre, ensemble à points d’accumulation : G=fG = f partout (théorème d’identité). Si ff était réelle sur un ouvert non vide UU : sur UU les deux dérivées partielles de Q=ImfQ = \operatorname{Im}f s’annulent, et Cauchy–Riemann transfère cela à P=RefP = \operatorname{Re}f (Px=Qy=0P_x = Q_y = 0, Py=Qx=0P_y = -Q_x = 0), donc f=Px+iQx=0f' = P_x + \iu Q_x = 0 sur UU : ff est constante sur UU, d’où partout par le théorème d’identité (Ω\Omega connexe).

Exercice 16.12 ★★

(L’équation de Pythagore complexe) Trouver tous les couples de fonctions entières avec f2+g2=1f^2 + g^2 = 1. (a) Montrer que h=f+igh = f + \iu g est entière et sans zéro, et que toute fonction entière sans zéro est eφ\eu^{\varphi} pour une φ\varphi entière (h/hh'/h est entière, donc a une primitive sur le C\C étoilé ; ajuster la constante et montrer que heφh\eu^{-\varphi} est constante). (b) Conclure f=cosφf = \cos\varphi, g=sinφg = \sin\varphi avec φ\varphi entière, et vérifier la réciproque. Quelles sont les solutions entières de f2+g2=0f^2 + g^2 = 0 ?

Solution

Solution de Exercice 16.12.

(a) 1=f2+g2=(f+ig)(fig)1 = f^2 + g^2 = (f + \iu g)(f - \iu g), donc h=f+igh = f + \iu g ne s’annule jamais (son cofacteur devrait exploser). Pour hh entière sans zéro : h/hh'/h est entière, et C\C est étoilé, donc elle a une primitive φ0\varphi_0 (le Théorème 16.8) ; alors (heφ0)=eφ0(hhφ0)=0\bigl(h\eu^{-\varphi_0}\bigr)' = \eu^{-\varphi_0}(h' - h\varphi_0') = 0 : h=ceφ0h = c\,\eu^{\varphi_0} avec c0c \neq 0, et en absorbant une constante logc\log c dans φ=φ0+logc\varphi = \varphi_0 + \log c (n’importe quel logarithme complexe de cc) : h=eφh = \eu^{\varphi}.

(b) Avec h=eφh = \eu^{\varphi} et h1=fig=eφh^{-1} = f - \iu g = \eu^{-\varphi} :

f=eφ+eφ2,g=eφeφ2i.f = \frac{\eu^{\varphi} + \eu^{-\varphi}}2, \qquad g = \frac{\eu^{\varphi} - \eu^{-\varphi}}{2\iu} .

En écrivant φ=iψ\varphi = \iu\psi avec ψ=iφ\psi = -\iu\varphi entière, cela lit f=cosψf = \cos\psi, g=sinψg = \sin\psi : les solutions entières sont exactement les couples (cosψ,sinψ)(\cos\psi, \sin\psi) avec ψ\psi entière, et la réciproque est l’identité cos2+sin2=1\cos^2 + \sin^2 = 1. Pour f2+g2=0f^2 + g^2 = 0 : (f+ig)(fig)=0(f + \iu g)(f - \iu g) = 0 dans l’anneau intègre H(C)\mathcal H(\C) (C\C connexe : des diviseurs de zéro violeraient le théorème d’identité) : g=±ifg = \pm\iu f avec ff entière arbitraire.

16.6 Problème : le théorème fondamental de l’algèbre, deux fois

Problème 16.1

Problème de week-end — C\C est algébriquement clos : preuve de d’Alembert, preuve de Liouville, et la récolte

Soit P(z)=zn+an1zn1++a0P(z) = z^n + a_{n-1}z^{n-1} + \dots + a_0, n1n \geq 1. Nous prouvons deux fois que PP a une racine, puis recueillons ce que l’algèbre attend depuis le Chapitre 4.

Partie I — Coercivité et le minimum.

  1. Montrer que P(z)+\abs{P(z)} \to +\infty quand z\abs z \to \infty : précisément, P(z)12zn\abs{P(z)} \geq \frac12\abs z^n pour zR0\abs z \geq R_0 convenable.
  2. En déduire que P\abs P atteint un minimum global sur C\C : il existe z0z_0 avec P(z0)=infCP\abs{P(z_0)} = \inf_\C\abs P (compacité d’un grand disque fermé, le Corollaire 6.17).

Partie II — La descente de d’Alembert. Supposons, par l’absurde, P(z0)0P(z_0) \neq 0.

  1. Développer Q(h)=P(z0+h)/P(z0)Q(h) = P(z_0 + h)/P(z_0) comme polynôme en hh : Q(h)=1+ckhk+hk+1S(h)Q(h) = 1 + c_kh^k + h^{k+1}S(h) avec ck0c_k \neq 0, k1k \geq 1, SS un polynôme.
  2. Choisir la direction de descente : pour t>0t > 0 petit, poser h=tωh = t\,\omegaωk=1/ck\omega^k = -1/c_k (pourquoi un tel ω\omega existe-t-il ? — prouver l’existence de racines kk-ièmes de tout nombre complexe via la forme polaire, indépendamment du théorème en cours de démonstration). Montrer

    Q(tω)1tk+Ctk+1\abs{Q(t\omega)} \leq 1 - t^k + C\,t^{k+1}

    pour tt petit, avec une constante CC explicite.

  3. Conclure Q(tω)<1\abs{Q(t\omega)} < 1 pour tt petit — contredisant la minimalité de P(z0)\abs{P(z_0)}. D’où P(z0)=0P(z_0) = 0 : tout polynôme complexe non constant a une racine (d’Alembert–Argand).

Partie III — Le one-liner de Liouville, en entier.

  1. Rédiger soigneusement la preuve du Corollaire 16.12 : si PP n’a pas de racine, vérifier que 1/P1/P est entière, bornée (quantifier, en utilisant la question 1), donc constante, et conclure. Comparer les deux preuves : quels ingrédients chacune utilise-t-elle ? (La compacité apparaît dans les deux — où ?)

Partie IV — La récolte.

  1. Montrer que tout PC[X]P \in \C[X] de degré nn se scinde : P=ci(Xαi)miP = c\prod_{i}(X - \alpha_i)^{m_i} avec mi=n\sum m_i = n (récurrence, division euclidienne par (Xα)(X - \alpha)).
  2. Montrer que les polynômes irréductibles de R[X]\R[X] sont les linéaires et les quadratiques à discriminant négatif (apparier les racines conjuguées) ; en déduire que tout polynôme réel de degré impair a une racine réelle, et donner une seconde preuve, d’ordre théorique, de ce dernier fait (théorème des valeurs intermédiaires) — en vérifiant qu’elles s’accordent sur X3X1X^3 - X - 1.
  3. En déduire les dettes que ce livre peut maintenant rembourser : (i) tout endomorphisme d’un espace vectoriel C\C non nul de dimension finie a une valeur propre, donc toute matrice complexe a une forme de Jordan (le Théorème 3.18) ; (ii) le corps Qˉ\bar\Q des nombres algébriques utilisé dans la Remarque 4.10 est bien une clôture algébrique de Q\Q.
  4. (Finale) Localiser où chaque preuve casserait sur un corps comme Q(i)\Q(\iu) : quelles étapes utilisent l’existence de racines kk-ièmes (question 4), et lesquelles utilisent la compacité ou la complétude (questions 2 et 6) ? Conclure en cinq lignes : le théorème est authentiquement analytique — toute preuve invoque quelque part la complétude ou la connexité de R\R — même si son énoncé est purement algébrique.

Partie V — L’échelle de rigidité des fonctions entières. Liouville est le premier barreau d’une échelle ; nous grimpons.

  1. (Estimations de Cauchy) À partir de la formule de Cauchy sur le cercle de rayon rr autour de aa, prouver

    f(n)(a)n!supza=rfrn,\bigl|f^{(n)}(a)\bigr| \leq \frac{n!\,\sup_{\abs{z-a}=r}\abs f}{r^n} ,

    et retrouver Liouville comme le cas n=1n = 1, rr \to \infty.

  2. (Croissance polynomiale) Montrer qu’une ff entière avec f(z)A+Bzm\abs{f(z)} \leq A + B\abs z^m pour tout zz est un polynôme de degré m\leq m (tuer les coefficients de Taylor au-delà de mm avec la question 11).
  3. (Partie réelle bornée) Montrer qu’une ff entière avec Ref\operatorname{Re}f bornée supérieurement est constante (appliquer Liouville à ef\eu^{f}).
  4. (Double périodicité) Soit ff entière avec f(z+1)=f(z)f(z + 1) = f(z) et f(z+i)=f(z)f(z + \iu) = f(z) pour tout zz. Montrer que ff est constante. Conclure : une fonction « elliptique » non constante doit avoir des singularités — la raison historique pour laquelle les pôles entrent en analyse complexe.
  5. (Image dense) Montrer que l’image d’une fonction entière non constante est dense dans C\C : si f(C)f(\C) manque un disque D(a,r)D(a, r), alors 1fa\frac1{f - a} est entière et bornée. (Picard a prouvé que l’image manque au plus un point ; la densité est le niveau que nos outils atteignent.)
  6. (Propre \Rightarrow polynôme) Supposons ff entière et f(z)\abs{f(z)} \to \infty quand z\abs z \to \infty. Montrer : les zéros de ff sont en nombre fini (z1,,zpz_1, \dots, z_p, avec multiplicités mim_i) ; le quotient g=f/(zzi)mig = f/\prod(z - z_i)^{m_i} est entier et sans zéro ; 1/g1/g a une croissance polynomiale, donc (question 12) est un polynôme, nécessairement constant (sans zéro) ; conclure que ff est un polynôme. Ainsi parmi les fonctions entières, les polynômes sont exactement les propres — ez\eu^z échoue à la propreté le long de R\R_-.

Partie VI — Ombres harmoniques et une moyenne de Gauss.

  1. Soit f=u+ivf = u + \iu v holomorphe sur un ouvert. Vérifier que u=Refu = \operatorname{Re}f satisfait la propriété de la moyenne

    u(a)=12π02πu(a+reiθ) ⁣dθu(a) = \frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} u\bigl(a + r\eu^{\iu\theta}\bigr)\,\dd\theta

    (partie réelle de la formule de Cauchy), et en déduire le principe du maximum pour uu sur un domaine borné, avec la même preuve de connexité que pour f\abs f.

  2. (Moyenne de Gauss) Pour aCa \in \C et r>0r > 0 avec ar\abs a \neq r, prouver

    12π02πlogareiθ ⁣dθ=logmax(a,r)\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} \log\bigl|a - r\eu^{\iu\theta}\bigr|\,\dd\theta = \log\max\bigl(\abs a, r\bigr)

    (si a>r\abs a > r : zlogazz \mapsto \log\abs{a - z} est la partie réelle d’un logarithme holomorphe sur un voisinage du disque fermé — pourquoi en existe-t-il un ? — donc la question 17 s’applique ; si a<r\abs a < r : factoriser areiθ=r1areiθ\abs{a - r\eu^{\iu\theta}} = r\,\abs{1 - \frac ar\eu^{-\iu \theta}} et réutiliser le premier cas).

  3. (Mesure de Mahler) Pour P=ci=1n(Xαi)C[X]P = c\prod_{i=1}^n(X - \alpha_i) \in \C[X], en déduire la formule de Jensen pour les polynômes :

    12π02πlogP(eiθ) ⁣dθ=log(cimax(1,αi)):\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}\log\bigl|P(\eu^{\iu\theta}) \bigr|\,\dd\theta = \log\Bigl(\abs c\prod_{i}\max(1, \abs{\alpha_i})\Bigr) :

    la moyenne géométrique de P\abs P sur le cercle unité lit les racines hors du disque. Vérifier sur P=X2XP = X^2 - X et sur P=2X1P = 2X - 1.

  4. (Nombres de Bernoulli) Définir les coefficients BnB_n par zez1=n0Bnn!zn\frac{z}{\eu^z - 1} = \sum_{n\geq0}\frac{B_n}{n!} z^n près de 00 (pourquoi le membre de gauche est-il analytique en 00 ?). Dériver la récurrence k=0n(n+1k)Bk=0\sum_{k=0}^{n}\binom{n+1}kB_k = 0 (n1n \geq 1) de (ez1)zez1=z(\eu^z - 1)\cdot\frac z{\eu^z-1} = z, calculer B0,,B6B_0, \dots, B_6, et montrer B2k+1=0B_{2k+1} = 0 pour k1k \geq 1 (la fonction zez1+z2\frac z{\eu^z-1} + \frac z2 est paire). Ces nombres tariferont chaque ζ(2k)\zeta(2k) dans le Chapitre 17.
  5. (Réalité) Montrer qu’une fonction entière prenant des valeurs réelles sur R\R satisfait f(zˉ)=f(z)f(\bar z) = \overline{f(z)} partout (comparer les coefficients de Taylor en 00, ou appliquer le théorème d’identité à zf(zˉ)z \mapsto \overline{f(\bar z)}) ; en déduire à nouveau que les racines non réelles des polynômes réels viennent par paires conjuguées (appariement de la question 8, reprouvé analytiquement).
  6. (La morale) Assembler l’échelle de rigidité : bornée \Rightarrow constante ; polynomialement bornée \Rightarrow polynôme ; propre \Rightarrow polynôme ; manquant un disque \Rightarrow constante ; doublement périodique \Rightarrow constante. Contraster en un court paragraphe avec les fonctions réelles C\mathcal C^\infty (fonctions bosselées, le Théorème 12.9) : pourquoi l’holomorphie, condition purement locale, impose-t-elle une loi et un ordre globaux ?

Partie VII — Dernière récolte.

  1. (Inégalité de Landau) Pour P=k=0nakXkP = \sum_{k=0}^na_kX^k, prouver la moyenne 12π02πP(eiθ)2 ⁣dθ=kak2\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} \abs{P(\eu^{\iu\theta})}^2\dd\theta = \sum_k\abs{a_k}^2 (orthogonalité des eikθ\eu^{\iu k\theta}), puis, en utilisant la borne ponctuelle logtt1\log t \leq t - 1 pour comparer les moyennes de logP2\log\abs P^2 et P2\abs P^2, déduire de la question 19 que

    cimax(1,αi)    (k=0nak2)1/2:\abs c\prod_{i}\max\bigl(1, \abs{\alpha_i}\bigr) \;\leq\; \Bigl(\sum_{k=0}^{n}\abs{a_k}^2\Bigr)^{1/2} :

    le produit des racines hors du disque unité est contrôlé par la taille 2\ell^2 des coefficients (traiter les racines sur le cercle en appliquant l’inégalité à P(rX)P(rX) et en faisant r1r \to 1). Vérifier sur X2XX^2 - X.

  2. (Les nombres de Bernoulli croissent factoriellement) Montrer que le rayon de convergence de Bnn!zn\sum\frac{B_n}{n!}z^n est exactement 2π2\pi : au moins 2π2\pi car z/(ez1)z/(\eu^z - 1) s’étend holomorphiquement à D(0,2π)D(0, 2\pi), au plus 2π2\pi car la somme resterait sinon bornée près de 2πi2\pi\iu, où z/(ez1)\abs{z/(\eu^z-1)} \to \infty. En déduire

    lim supk(B2k(2k)!)1/2k=12π:\limsup_{k\to\infty} \Bigl(\frac{\abs{B_{2k}}}{(2k)!}\Bigr)^{1/2k} = \frac1{2\pi} :

    les nombres de Bernoulli croissent factoriellement. En admettant B12=6912730B_{12} = -\frac{691}{2730} (la récurrence de la question 20, poussée plus loin), comparer B120,25311\abs{B_{12}} \approx 0{,}25311 avec la prédiction plus fine 2(2k)!/(2π)2k0,253052\,(2k)!/(2\pi)^{2k} \approx 0{,}25305 en k=6k = 6 — quatre chiffres concordants d’une loi asymptotique que le Chapitre 17 prouvera exactement, via ζ(2k)\zeta(2k).

  3. (Les racines bougent continûment) Soit (Pj)(P_j) monique de degré nn avec coefficients convergeant vers ceux de (monique) PP. Prouver la borne de Cauchy : toute racine d’un monique Q=Xn+k<nqkXkQ = X^n + \sum_{k<n}q_kX^k satisfait α1+maxkqk\abs\alpha \leq 1 + \max_k\abs{q_k} ; en déduire que les racines des PjP_j restent dans un compact fixe, et, en extrayant des sous-suites convergentes de vecteurs de racines et en passant à la limite dans la factorisation de la question 7, que les multi-ensembles de racines des PjP_j convergent vers celui de PP. Montrer enfin que la continuité est le mieux qu’on puisse dire : pour Pε=X22X+1+εP_\varepsilon = X^2 - 2X + 1 + \varepsilon, une perturbation de taille ε=104\varepsilon = 10^{-4} déplace la racine double 11 de 10210^{-2} — exposant de Hölder 1m\frac1m en une racine mm-uple, jamais lipschitzien : numériquement, les racines multiples coûtent la moitié des chiffres.
Solution

Solution de Problème 16.1.

1. Pour z1\abs z \geq 1 :

P(z)zn(1an1za0zn)zn(1Az),A=kak:\abs{P(z)} \geq \abs z^n\Bigl(1 - \frac{\abs{a_{n-1}}}{\abs z} - \dots - \frac{\abs{a_0}}{\abs z^n}\Bigr) \geq \abs z^n\Bigl(1 - \frac{A}{\abs z}\Bigr), \qquad A = \sum_k\abs{a_k} :

pour zR0=max(1,2A)\abs z \geq R_0 = \max(1, 2A), P(z)12zn\abs{P(z)} \geq \frac12\abs z^n \to \infty.

2. Choisir RR0R \geq R_0 avec 12RnP(0)\frac12R^n \geq \abs{P(0)}. Sur le compact Dˉ(0,R)\bar D(0, R) le continu P\abs P atteint un minimum, en un certain z0z_0 ; à l’extérieur, P12RnP(0)P(z0)\abs P \geq \frac12R^n \geq \abs{P(0)} \geq \abs{P(z_0)} : le minimum est global.

3. Q(h)=P(z0+h)/P(z0)Q(h) = P(z_0 + h)/P(z_0) est un polynôme en hh avec Q(0)=1Q(0) = 1 ; il est non constant (PP l’est), donc un coefficient au-delà de la constante est non nul : Q(h)=1+ckhk+hk+1S(h)Q(h) = 1 + c_kh^k + h^{k+1}S(h) avec k1k \geq 1 minimal, ck0c_k \neq 0, SC[X]S \in \C[X].

4. Racines : tout w=ρeiφ0w = \rho\eu^{\iu\varphi} \neq 0 a la racine kk-ième ρ1/keiφ/k\rho^{1/k}\eu^{\iu\varphi/k}, où ρ1/k\rho^{1/k} existe par le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à ttkt \mapsto t^k sur [0,)\intco0\infty — pas de circularité. Choisir ω\omega avec ωk=1/ck\omega^k = -1/c_k. Alors

Q(tω)=1tk+tk+1ωk+1S(tω),Q(tω)1tk+Ctk+1(0<t1),Q(t\omega) = 1 - t^k + t^{k+1}\,\omega^{k+1}S(t\omega), \qquad \abs{Q(t\omega)} \leq 1 - t^k + C\,t^{k+1} \quad (0 < t \leq 1),

avec C=ωk+1suphωS(h)C = \abs\omega^{k+1}\sup_{\abs h \leq \abs\omega}\abs{S(h)} (noter 1tk01 - t^k \geq 0 sur [0,1]\intcc01).

5. Pour 0<t<min(1,1/C)0 < t < \min(1, 1/C) : Q(tω)1tk(1Ct)<1\abs{Q(t\omega)} \leq 1 - t^k(1 - Ct) < 1, c’est-à-dire P(z0+tω)<P(z0)\abs{P(z_0 + t\omega)} < \abs{P(z_0)} — contredisant la minimalité globale. Donc P(z0)=0P(z_0) = 0 : la preuve de d’Alembert–Argand est complète.

6. Version Liouville : si PP ne s’annule jamais, 1/P1/P est entière ; par la question 1, 1/P2R0n\abs{1/P} \leq 2R_0^{-n} hors de Dˉ(0,R0)\bar D(0, R_0), et 1/P1/P est continue sur ce disque compact, donc bornée là aussi : entière bornée, donc constante (le Corollaire 16.12), rendant PP constant : absurde. Ingrédients : d’Alembert utilise la compacité (existence du minimum) et l’existence via forme polaire des racines kk-ièmes ; Liouville utilise tout l’appareil de Cauchy (Goursat — lui-même un argument de compacts emboîtés — et les estimations de Cauchy) plus la même coercivité. La compacité des disques fermés est le noyau commun, irréductible.

7. Si degP1\deg P \geq 1, prendre une racine α\alpha (questions 5) ; diviser : P=(Xα)Q+P(α)=(Xα)QP = (X - \alpha)Q + P(\alpha) = (X - \alpha)Q, avec degQ=n1\deg Q = n - 1 ; récurrence. En regroupant les facteurs égaux : P=ci(Xαi)miP = c\prod_i(X - \alpha_i)^{m_i}, mi=n\sum m_i = n.

8. Pour PP réelle : P(αˉ)=P(α)=0P(\bar\alpha) = \overline{P(\alpha)} = 0, et les multiplicités s’accordent (conjuguer la factorisation) : les racines non réelles viennent par paires, contribuant (Xα)(Xαˉ)=X22Re(α)X+α2(X - \alpha)(X - \bar\alpha) = X^2 - 2\operatorname{Re}(\alpha)X + \abs\alpha^2, un quadratique réel de discriminant <0< 0. D’où la liste d’irréductibles énoncée, et un polynôme réel de degré impair, ayant un nombre pair de racines non réelles, doit en avoir une réelle. Preuve directe : P(x)±P(x) \to \pm\infty quand x±x \to \pm\infty (degré impair, coefficient dominant positif disons), donc PP change de signe, et le théorème des valeurs intermédiaires s’applique. Pour X3X1X^3 - X - 1 : les deux arguments donnent l’unique racine réelle 1,3247\approx 1{,}3247 (et une paire conjuguée).

9. (i) χuC[X]\chi_u \in \C[X] est non constant : il a une racine λ\lambda, et det(uλid)=0\det(u - \lambda\,\mathrm{id}) = 0 donne un vecteur propre ; la machinerie des diviseurs élémentaires du Théorème 3.18 s’applique alors à toute matrice complexe, χ\chi se scindant toujours. (ii) Soit PQˉ[X]P \in \bar\Q[X] non constant. Comme polynôme sur C\C il a une racine zCz \in \C ; zz est algébrique sur Qˉ\bar\Q, d’où sur Q\Q par transitivité (le Corollaire 4.5), donc zQˉz \in \bar\Q : tout polynôme non constant sur Qˉ\bar\Q a une racine dans Qˉ\bar\Q.

10. Sur Q(i)\Q(\iu), la question 4 échoue déjà : les racines kk-ièmes n’existent pas forcément (pas de 2\sqrt2), et même en les accordant, la question 2 échoue — une suite minimisante n’a pas à converger, Q\Q manquant de complétude ; dans la route de Liouville, les triangles compacts emboîtés de Goursat ont une intersection vide sur les points de Q(i)\Q(\iu). Les deux preuves consomment la complétude (équivalemment, via la convergence monotone bornée, la complétude d’ordre) de R\R ; la connexité alimente le théorème des valeurs intermédiaires derrière la forme polaire. L’énoncé « C\C est algébriquement clos » est de l’algèbre ; toute preuve connue en est de l’analyse introduite en contrebande par la définition de R\R.

11. Par le Théorème 16.10 en aa, f(n)(a)=n!cnf^{(n)}(a) = n!\,c_n avec

cn=12iπCrf(w)(wa)n+1 ⁣dw,cn2πr2πsupCrfrn+1=supCrfrn:c_n = \frac1{2\iu\pi}\int_{C_r}\frac{f(w)}{(w - a)^{n+1}}\,\dd w, \qquad \abs{c_n} \leq \frac{2\pi r}{2\pi}\cdot \frac{\sup_{C_r}\abs f}{r^{n+1}} = \frac{\sup_{C_r}\abs f}{r^{n}} :

les estimations de Cauchy, sous la forme affichée après multiplication par n!n!. Si fM\abs f \leq M sur C\C : pour tout aa et tout rr, f(a)M/r0\abs{f'(a)} \leq M/r \to 0 quand rr \to \infty, donc f0f' \equiv 0 et ff est constante sur le connexe C\C — Liouville retrouvé.

12. Développer f=kckzkf = \sum_kc_kz^k en 00 (rayon \infty). Pour k>mk > m : ck(A+Brm)/rk0\abs{c_k} \leq (A + Br^m)/r^k \to 0 quand rr \to \infty, donc ck=0c_k = 0 : f=kmckzkf = \sum_{k\leq m}c_kz^k est un polynôme de degré au plus mm.

13. g=efg = \eu^f est entière avec g=eRefeM\abs g = \eu^{\operatorname{Re}f} \leq \eu^M : constante par la question 11. Alors 0=g=fg0 = g' = f'g avec gg sans zéro : f=0f' = 0 et ff est constante.

14. Soit M=supKfM = \sup_K\abs f sur le carré unité fermé compact KK. Tout zz diffère d’un point de KK d’un élément de Z+iZ\Z + \iu\Z (soustraire les parties entières), et itérer les deux relations de périodicité laisse ff inchangée : fM\abs f \leq M sur tout C\C, et la question 11 rend ff constante. Donc une fonction non constante invariante sous le réseau ne peut être entière : les fonctions elliptiques de la théorie classique doivent porter des pôles — la porte historique du Chapitre 17.

15. Si f(C)f(\C) manque le disque D(a,r)D(a, r), alors f(z)ar\abs{f(z) - a} \geq r pour tout zz, donc g=1/(fa)g = 1/(f - a) est entière avec g1/r\abs g \leq 1/r : constante par Liouville, d’où ff constante. Contraposée : l’image d’une fonction entière non constante rencontre tout disque — elle est dense dans C\C.

16. Choisir RR avec f1\abs f \geq 1 hors de D(0,R)D(0, R). Les zéros de ff sont dans le compact Dˉ(0,R)\bar D(0, R) ; s’ils étaient infinis, ils s’y accumuleraient, et le Théorème 16.13 forcerait f0f \equiv 0 — impossible. Les appeler z1,,zpz_1, \dots, z_p, avec multiplicités m1,,mpm_1, \dots, m_p, poser M=miM = \sum m_i et Π(z)=i(zzi)mi\Pi(z) = \prod_i(z - z_i)^{m_i}. En factorisant chaque zéro hors de la série entière, g=f/Πg = f/\Pi est entière et sans zéro. Pour zmax(R,2maxizi)\abs z \geq \max(R, 2\max_i\abs{z_i}) : zzi2z\abs{z - z_i} \leq 2\abs z et f1\abs f \geq 1, donc 1/g=Π/f2MzM\abs{1/g} = \abs\Pi/\abs f \leq 2^M\abs z^M ; sur le disque compact restant 1/g1/g est continue, donc bornée : 1/gA+BzM\abs{1/g} \leq A + B\abs z^M partout. Par la question 12, 1/g1/g est un polynôme ; sans zéro, donc par la question 7 c’est une constante non nulle cc : f=1cΠf = \frac1c\Pi est un polynôme. Réciproquement, la question 1 rend tout polynôme non constant propre. Et ez\eu^z est honnêtement exclu : le long de R\R_-, ez=ex0\abs{\eu^z} = \eu^x \to 0 tandis que z\abs z \to \infty.

17. Paramétrer le Théorème 16.9 au centre : avec w=a+reiθw = a + r\eu^{\iu\theta},  ⁣dw=ireiθ ⁣dθ\dd w = \iu r\eu^{\iu\theta}\dd\theta,

f(a)=12iπCrf(w)wa ⁣dw=12π02πf(a+reiθ) ⁣dθ;f(a) = \frac1{2\iu\pi}\int_{C_r}\frac{f(w)}{w - a}\,\dd w = \frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} f\bigl(a + r\eu^{\iu\theta}\bigr)\,\dd\theta ;

prendre les parties réelles donne la propriété de la moyenne de uu. Si uu atteint un maximum en un point intérieur du connexe Ω\Omega : ef=eu\abs{\eu^f} = \eu^u atteint un maximum intérieur, donc ef\eu^f est constante par le Théorème 16.14(2), et u=logefu = \log\abs{\eu^f} est constante. Sur un domaine borné avec continuité jusqu’au bord, supΩˉu=supΩu\sup_{\bar\Omega}u = \sup_{\partial\Omega}u, exactement comme pour f\abs f.

18. Cas a>r\abs a > r. Choisir RR avec r<R<ar < R < \abs a : sur le disque convexe D(0,R)D(0, R) la fonction aza - z est holomorphe et sans zéro, et z1/(az)z \mapsto -1/(a - z) a une primitive LL là (le Théorème 16.8) ; après ajustement de la constante, (eL(az))=eL(L(az)1)=0\bigl(\eu^{-L}(a - z)\bigr)' = \eu^{-L}\bigl(-L'\,(a - z) - 1\bigr) = 0 donne eL=az\eu^L = a - z : un logarithme holomorphe existe, et logaz=ReL(z)\log\abs{a - z} = \operatorname{Re}L(z). Propriété de la moyenne de la question 17 en 00, rayon rr :

12π02πlogareiθ ⁣dθ=ReL(0)=loga.\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} \log\bigl|a - r\eu^{\iu\theta}\bigr|\,\dd\theta = \operatorname{Re}L(0) = \log\abs a .

Cas a<r\abs a < r. De areiθ=reiθ(1areiθ)a - r\eu^{\iu\theta} = -r\eu^{\iu\theta}\bigl(1 - \frac ar\eu^{-\iu\theta}\bigr), la moyenne égale logr\log r plus la moyenne de log1areiθ\log\abs{1 - \frac ar\eu^{-\iu\theta}}. La substitution θ2πθ\theta \mapsto 2\pi - \theta, puis — en écrivant ar=ρeiφ\frac ar = \rho\eu^{\iu\varphi}, ρ<1\rho < 1, le cas a=0a = 0 étant trivial — le décalage θθφ\theta \mapsto \theta - \varphi (tous deux préservent les moyennes sur une période) transforment cela en la moyenne de log1ρeiθ\log\abs{1 - \rho\eu^{\iu\theta}} : le premier cas avec (a,r)=(1,ρ)(a, r) = (1, \rho), qui donne log1=0\log 1 = 0. Total : logr=logmax(a,r)\log r = \log\max(\abs a, r) dans les deux cas.

19. logP(eiθ)=logc+ilogαieiθ\log\abs{P(\eu^{\iu\theta})} = \log\abs c + \sum_i\log\abs{\alpha_i - \eu^{\iu\theta}}, chaque racine répétée selon sa multiplicité ; en moyennant en θ\theta et en appliquant la question 18 avec r=1r = 1 à chaque racine hors du cercle unité on obtient log(cimax(1,αi))\log\bigl(\abs c\prod_i\max(1, \abs{\alpha_i})\bigr). Vérifications. Pour P=2X1=2(X12)P = 2X - 1 = 2(X - \frac12) la formule prédit log2\log 2 ; directement, 2eiθ1=212eiθ\abs{2\eu^{\iu\theta} - 1} = 2\abs{\frac12 - \eu^{\iu\theta}} et la moyenne de log12eiθ\log\abs{\frac12 - \eu^{\iu\theta}} est logmax(12,1)=0\log\max(\frac12, 1) = 0 : moyenne log2\log 2. Pour P=X2X=X(X1)P = X^2 - X = X(X - 1) la racine 11 est sur le cercle ; la formule prédit 00. Directement, la moyenne de logeiθ\log\abs{\eu^{\iu\theta}} est 00, et avec eiθ1=2sinθ2\abs{\eu^{\iu\theta} - 1} = 2\abs{\sin\frac\theta2} :

12π02πlog(2sinθ2) ⁣dθ=1π0πlog(2sinu) ⁣du=log2+Jπ,J=0πlogsinu ⁣du.\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} \log\Bigl(2\sin\frac\theta2\Bigr)\dd\theta = \frac1\pi\int_0^\pi\log(2\sin u)\,\dd u = \log 2 + \frac J\pi, \qquad J = \int_0^\pi\log\sin u\,\dd u .

La substitution u=2vu = 2v et sin2v=2sinvcosv\sin 2v = 2\sin v\cos v donnent J=πlog2+20π/2logsin+20π/2logcos=πlog2+2JJ = \pi\log2 + 2\int_0^{\pi/2}\log\sin + 2\int_0^{\pi/2}\log\cos = \pi\log 2 + 2J (chaque moitié égale J/2J/2 par les symétries de sin\sin), donc J=πlog2J = -\pi\log 2 (les intégrales impropres convergent, logsin\log\sin étant intégrable aux extrémités) : la moyenne est log2log2=0\log2 - \log2 = 0. La formule survit aux racines sur le cercle.

20. ez1z=j0zj(j+1)!\frac{\eu^z - 1}z = \sum_{j\geq0}\frac{z^j}{(j+1)!} est entière et vaut 11 en 00 : sa réciproque est holomorphe près de 00 (sur z<2π\abs z < 2\pi en fait, les autres zéros les plus proches de ez1\eu^z - 1 étant ±2iπ\pm2\iu\pi), donc zez1\frac z{\eu^z-1} est analytique en 00. En multipliant les deux séries et en lisant le coefficient de znz^n, n1n \geq 1, dans (ez1z)(zez1)=1(\frac{\eu^z-1}z)\cdot(\frac z{\eu^z-1}) = 1 :

k=0nBkk!(n+1k)!=0k=0n(n+1k)Bk=0.\sum_{k=0}^{n}\frac{B_k}{k!\,(n+1-k)!} = 0 \quad\Longleftrightarrow\quad \sum_{k=0}^{n}\binom{n+1}{k}B_k = 0 .

Successivement : B0=1B_0 = 1, B1=12B_1 = -\frac12, B2=16B_2 = \frac16, B3=0B_3 = 0, B4=130B_4 = -\frac1{30}, B5=0B_5 = 0, B6=142B_6 = \frac1{42}. Parité : avec F(z)=zez1+z2F(z) = \frac z{\eu^z-1} + \frac z2,

F(z)=zez1z2=zezez1z2=z+zez1z2=F(z):F(-z) = \frac{-z}{\eu^{-z} - 1} - \frac z2 = \frac{z\,\eu^z}{\eu^z - 1} - \frac z2 = z + \frac{z}{\eu^z - 1} - \frac z2 = F(z) :

FF est paire, donc B2k+1=0B_{2k+1} = 0 pour k1k \geq 1 (le seul coefficient impair B1B_1 a été absorbé par +z2+\frac z2). Pointeur vers l’avant : cotw=i+2ie2iw1\cot w = \iu + \frac{2\iu}{\eu^{2\iu w}-1} donne wcotw=1+k1B2k(2k)!(2iw)2kw\cot w = 1 + \sum_{k\geq1}\frac{B_{2k}}{(2k)!}(2\iu w)^{2k}, donc les coefficients de Laurent de la cotangente — d’où, par le Chapitre 17, chaque ζ(2k)\zeta(2k) — sont tarifés par les nombres de Bernoulli :

ζ(2k)=(1)k+1(2π)2kB2k2(2k)!.\zeta(2k) = (-1)^{k+1}\,\frac{(2\pi)^{2k}B_{2k}}{2\,(2k)!} .

21. Écrire f=ncnznf = \sum_nc_nz^n (rayon \infty) ; alors g(z)=f(zˉ)=ncˉnzng(z) = \overline{f(\bar z)} = \sum_n\bar c_nz^n est entière. Sur R\R : g(x)=f(x)=f(x)g(x) = \overline{f(x)} = f(x), donc gg et ff coïncident sur un ensemble à points d’accumulation dans le connexe C\C : le Théorème 16.13 donne gfg \equiv f, c’est-à-dire f(zˉ)=f(z)f(\bar z) = \overline{f(z)} (de façon équivalente : tous les cnc_n sont réels). Pour un polynôme réel PP : P(αˉ)=P(α)=0P(\bar\alpha) = \overline{P(\alpha)} = 0, et la même identité appliquée aux dérivées réelles P,P,P', P'', \dots préserve les multiplicités : les racines non réelles s’apparient — l’appariement de la question 8, reprouvé analytiquement.

22. L’échelle, assemblée : bornée \Rightarrow constante (11) ; dominée par A+BzmA + B\abs z^m \Rightarrow polynôme (12) ; partie réelle bornée supérieurement \Rightarrow constante (13) ; doublement périodique \Rightarrow constante (14) ; image manquant un disque \Rightarrow constante (15) ; propre \Rightarrow polynôme (16). Chaque barreau est la formule de Cauchy : la valeur en un point est une moyenne de cercle, donc tous les coefficients de Taylor sont tarifés par la taille de ff sur de grands cercles, et un plafond de croissance anéantit les coefficients en masse. Rien de tel ne contraint les fonctions réelles C\mathcal C^\infty : une fonction bosselée (le Théorème 12.9) est bornée, à support compact et sauvagement non constante, et ses dérivées en tout point hors du support s’annulent toutes sans que la fonction s’annule nulle part à proximité. La régularité ne couple pas du tout les dérivées en des points distincts ; l’holomorphie enchaîne chaque dérivée à une seule intégrale sur un cercle lointain. Une condition locale avec un informateur global — voilà pourquoi les fonctions entières obéissent à la loi et à l’ordre.

23. En développant P(eiθ)2=k,lakaˉlei(kl)θ\abs{P(\eu^{\iu\theta})}^2 = \sum_{k,l}a_k\bar a_l \eu^{\iu(k-l)\theta} et en moyennant on tue tout terme klk \neq l : la moyenne est kak2=:N\sum_k\abs{a_k}^2 =: N. Supposons d’abord que PP n’a pas de zéro sur le cercle unité, donc θlogP(eiθ)\theta \mapsto \log\abs{P(\eu^{\iu\theta})} est continue. La borne logtt1\log t \leq t - 1 appliquée à t=P2/Nt = \abs P^2/N donne, après moyenne,

12π02πlogP(eiθ)2 ⁣dθlogN    1NN1=0,\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}\log\abs{P(\eu^{\iu\theta})}^2 \dd\theta - \log N \;\leq\; \frac1N\cdot N - 1 = 0,

donc la moyenne géométrique de P\abs P est au plus N\sqrt N ; la question 19 identifie cette moyenne géométrique comme cimax(1,αi)\abs c\prod_i\max(1, \abs{\alpha_i}) : l’inégalité de Landau. Racines sur le cercle : choisir r>1r > 1 distinct de tout αi\abs{\alpha_i} ; le polynôme P(rX)P(rX), de racines αi/r\alpha_i/r hors du cercle unité et de coefficients akrka_kr^k, satisfait l’inégalité ; les deux membres sont continus en rr, et faire r1+r \to 1^+ donne le cas général. Sur X2XX^2 - X : racines 00 et 11, donc le membre de gauche est 11, et le membre de droite est 1+1=2\sqrt{1 + 1} = \sqrt2 : vrai, avec de la marge.

24. Écrire ez1=zg(z)\eu^z - 1 = z\,g(z) avec g(z)=k0zk(k+1)!g(z) = \sum_{k\geq0}\frac{z^k}{(k+1)!} entière, g(0)=1g(0) = 1. Comme ez=1\eu^z = 1 exactement sur 2πiZ2\pi\iu\Z, gg n’a pas de zéro dans D(0,2π)D(0, 2\pi) (pour 0<z<2π0 < \abs z < 2\pi car ez10\eu^z - 1 \neq 0, en 00 par g(0)=1g(0) = 1), donc h=1/gh = 1/g est holomorphe sur D(0,2π)D(0,2\pi) et sa série de Taylor en 00 — par définition Bnn!zn\sum\frac{B_n}{n!}z^n — converge sur tout le disque : ρ2π\rho \geq 2\pi. Si ρ>2π\rho > 2\pi, la somme SS serait holomorphe sur D(0,ρ)D(0,\rho), et elle coïncide avec zz/(ez1)z \mapsto z/(\eu^z - 1) sur 0<z<2π0 < \abs z < 2\pi ; les deux sont holomorphes sur l’ouvert connexe D(0,ρ)2πiZD(0,\rho) \setminus 2\pi\iu\Z, donc par le théorème d’identité elles coïncident là. Mais quand z2πiz \to 2\pi\iu, z/(ez1)\abs{z/(\eu^z - 1)} \to \infty (numérateur 2π\to 2\pi, dénominateur 0\to 0) tandis que SS est continue en 2πi2\pi\iu : contradiction. D’où ρ=2π\rho = 2\pi exactement, et la formule de Hadamard donne lim supnBn/n!1/n=12π\limsup_n\abs{B_n/n!}^{1/n} = \frac1{2\pi} ; les coefficients impairs étant nuls à partir de n=3n = 3, le lim sup\limsup est porté par les indices pairs, ce qui est la formule énoncée avec n=2kn = 2k. Numériquement en k=6k = 6 : (2π)123,7858109(2\pi)^{12} \approx 3{,}7858\cdot10^9 et 212!=9580032002\cdot12! = 958\,003\,200, donc 2(2k)!/(2π)2k0,253052\,(2k)!/(2\pi)^{2k} \approx 0{,}25305, contre B12=69127300,25311\abs{B_{12}} = \frac{691}{2730} \approx 0{,}25311. Le rapport, 1,000251{,}00025, est exactement ζ(12)\zeta(12) aux chiffres affichés : la formule de calcul des résidus ζ(2k)=(1)k+1(2π)2kB2k2(2k)!\zeta(2k) = (-1)^{k+1}\frac{(2\pi)^{2k}B_{2k}}{2\,(2k)!} du Chapitre 17 explique à la fois le facteur 22 et le petit excès.

25. Borne de Cauchy : si z>1+M\abs z > 1 + M avec M=maxkqkM = \max_k\abs{q_k}, alors

k<nqkzkMzn1z1<Mz1znzn,\Bigl|\sum_{k<n}q_kz^k\Bigr| \leq M\,\frac{\abs z^n - 1}{\abs z - 1} < \frac{M}{\abs z - 1}\,\abs z^n \leq \abs z^n,

donc Q(z)>0\abs{Q(z)} > 0 : toutes les racines sont dans D(0,1+M)\overline D(0, 1+M). Les coefficients des PjP_j convergent, donc sont bornés par un certain MM : toutes les racines de tous les PjP_j (et de PP) sont dans le compact K=D(0,1+M)K = \overline D(0, 1 + M). Soit vjKnv_j \in K^n un vecteur listant les racines de PjP_j avec multiplicité (question 7). Toute sous-suite de (vj)(v_j) a une sous-sous-suite convergeant vers un certain (β1,,βn)(\beta_1, \dots, \beta_n) ; les coefficients de i(Xαi(j))\prod_i(X - \alpha_i^{(j)}) sont, au signe près, les fonctions symétriques élémentaires de vjv_jcontinues — donc le long de cette sous-suite ils convergent vers les coefficients de i(Xβi)\prod_i(X - \beta_i) ; mais ils convergent vers ceux de PP par hypothèse, donc i(Xβi)=P\prod_i(X - \beta_i) = P : toute limite sous-séquentielle de (vj)(v_j) est une permutation du vecteur de racines de PP. Si la distance d’appariement δj=minσmaxiαi(j)ασ(i)\delta_j = \min_\sigma\max_i\,\abs{\alpha_i^{(j)} - \alpha_{\sigma(i)}} ne tendait pas vers 00, une sous-suite garderait δjε\delta_j \geq \varepsilon tandis que ses vecteurs de racines convergent vers une permutation des racines de PP — forçant δj0\delta_j \to 0 le long d’elle : contradiction. Donc les multi-ensembles de racines convergent. Netteté : Pε=(X1)2+εP_\varepsilon = (X - 1)^2 + \varepsilon a pour racines 1±iε1 \pm \iu\sqrt\varepsilon : la racine double bouge de ε\sqrt\varepsilon, p. ex. de 10210^{-2} pour ε=104\varepsilon = 10^{-4}. En général, si α\alpha est une racine mm-uple, alors près de α\alpha on a P(z)zαm\abs{P(z)} \asymp \abs{z - \alpha}^m, donc une perturbation de taille ε\varepsilon déplace le cluster de racines d’environ ε1/m\varepsilon^{1/m} : continuité de Hölder d’exposant 1m\frac1m et pas mieux — voilà pourquoi un solveur numérique près d’une racine double ne retient que la moitié des chiffres de travail.