Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
4Extensions de corps et théorie de Galois
Toute équation se résout-elle par radicaux, comme le suggèrent la formule quadratique et les formules cubiques de Cardan ? Peut-on trisecter un angle à la règle et au compas ? Les deux questions, ouvertes pendant des siècles, reçoivent — négativement — une réponse d’une seule idée d’Évariste Galois : attacher à tout polynôme un groupe fini de symétries de ses racines, et lire la réponse sur le groupe. Ce chapitre construit le dictionnaire : extensions de corps et degré, corps de décomposition, corps finis, séparabilité, et la correspondance fondamentale de Galois. On en tire les applications classiques : les corps cyclotomiques, l’impossibilité de la trisection et de la duplication du cube, et le théorème que l’équation générale de degré n’est pas résoluble par radicaux — où la simplicité de (Théorème 1.33), démontrée dans le chapitre de théorie des groupes, ferme le compte tricentenaire ouvert par la formule du second degré et les tentatives de Cardan, Ferrari et leurs successeurs au seizième siècle.
4.1 Extensions, degré, algébricité
Définition 4.1
Une extension de corps est un corps contenant comme sous-corps. Alors est un -espace vectoriel ; sa dimension, le degré , peut être finie ou infinie. Si , on note le plus petit sous-corps de contenant et ; pour on écrit . Une extension est simple si pour un certain .
Théorème 4.2 (Tour des degrés)
Si sont des corps, alors (avec la convention ).
Démonstration. Si l’un des degrés est infini, le produit l’est aussi (un -espace de dimension finie ne peut contenir un sous-espace de dimension infinie, ni un quotient de dimension infinie). Si les deux sont finis, soit une -base de et une -base de : les produits forment une -base de (engendrer : tout s’écrit avec , et chaque ; indépendance : se regroupe en , d’où chaque coefficient -linéaire s’annule, puis chaque ). ∎
Définition 4.3
Soit une extension et . L’élément est algébrique sur s’il existe avec ; sinon il est transcendant. L’extension est algébrique si tout élément de est algébrique sur . Le polynôme minimal (ou ) d’un algébrique est le monique générateur de l’idéal (principal car est un PID) ; il est irréductible.
Théorème 4.4 (Extensions simples algébriques)
Soit algébrique sur de degré . Alors via , et est une -base de : . En particulier est algébrique ssi .
Démonstration. L’évaluation , , est un morphisme d’anneaux surjectif de noyau : le premier théorème d’isomorphisme donne . Comme est irréductible, l’idéal est maximal et est un corps : donc . La base des puissances modulo un polynôme de degré donne la -base annoncée. Réciproquement si , les éléments sont -liés, d’où un polynôme annulateur. ∎
Corollaire 4.5
(a) Si , alors est algébrique. (b) Les éléments de algébriques sur forment un sous-corps (la clôture algébrique relative de dans ). (c) Si avec et algébriques, alors est algébrique.
Démonstration. (a) Pour , a degré fini, donc est algébrique par le Théorème 4.4. (b) Si sont algébriques, a degré fini par la tour ( et ), donc tout élément de — en particulier , , — est algébrique. (c) Pour , a coefficients dans , chacun algébrique sur ; le corps a degré fini sur (tour + adjonction de ), donc est algébrique sur . ∎
Exemple 4.6
() ; ( irréductible par Eisenstein) ; (tour : , et reste irréductible sur car n’y est pas un carré). Un élément transcendant : sur (théorème de Lindemann, admis ici : sa démonstration dépasse ce cours) ; alors , de degré infini.
4.2 Corps de décomposition ; clôture algébrique
Théorème 4.7 (Corps de décomposition)
Soit non constant. Il existe une extension , unique à -isomorphisme près, dans laquelle se scinde en facteurs linéaires et qui est engendrée sur par les racines de : le corps de décomposition de sur . De plus .
Démonstration. Existence. Récurrence sur . Factoriser en irréductibles ; adjoindre une racine de via ; dans , , et le corps de décomposition de sur (récurrence) est un corps de décomposition de sur .
Unicité. Soient deux corps de décomposition, dans et dans . Un -plongement envoyant sur une racine de dans (il en existe car a une racine dans ) s’étend, par récurrence sur le nombre de racines, en un -isomorphisme (les deux sont engendrés par les racines, et le plongement envoie racines sur racines).
Borne de degré. À chaque étape d’adjonction d’une racine d’un facteur irréductible de degré , le degré croît d’un facteur ; en étapes, . ∎
Définition 4.8
Un corps est algébriquement clos si tout non constant a une racine dans (équivalemment : se scinde en linéaires dans ). Une clôture algébrique de est une extension algébrique algébriquement close de .
Théorème 4.9 (Steinitz)
Tout corps admet une clôture algébrique, unique à isomorphisme près.
Démonstration. Existence (construction d’Artin). Soit l’anneau des polynômes en une indéterminée par monique non constant , et l’idéal engendré par tous les . est propre : une relation n’implique qu’un nombre fini de polynômes ; dans un corps de décomposition commun de choisir des racines de et évaluer (les autres variables ) : , absurde. Soit maximal (Théorème 2.8 ; Zorn) et : une extension de corps de dans laquelle tout non constant a une racine, à savoir , et qui est algébrique sur (engendrée par les , chacun algébrique). Itérer : , où fait à ce que a fait à , et poser , un corps. Tout non constant a ses coefficients finiment nombreux dans un certain ; un facteur irréductible de sur a une racine dans : est algébriquement clos, et algébrique sur (chaque l’est, par transitivité, Corollaire 4.5) : est une clôture algébrique.
Unicité. Soient deux clôtures algébriques. Considérer l’ensemble des paires où et est un -plongement, ordonné par extension ; il est non vide () et inductif (réunion d’une chaîne), donc Zorn donne un maximal . Si , choisir : s’envoie sur un polynôme sur ayant une racine dans l’algébriquement clos , et s’étend à (), contredisant la maximalité. Donc il existe un -plongement ; son image, isomorphe à , est algébriquement close, et est algébrique sur elle : pour , se scinde sur , donc . Ainsi est surjectif : un isomorphisme. ∎
Remarque 4.10
est algébriquement clos (d’Alembert–Gauss, démontré dans le Chapitre 16). Une clôture algébrique de s’identifie au sous-corps de des nombres algébriques ; elle est dénombrable, de degré infini sur . On fixe désormais, quand c’est commode, une clôture algébrique de et l’on travaille à l’intérieur : tous les corps de décomposition et toutes les extensions algébriques considérés seront implicitement des sous-corps de .
4.3 Corps finis
Théorème 4.11
Soit premier, , .
- Un corps fini a pour cardinal une puissance de premier, et pour chaque il existe exactement un corps à éléments à isomorphisme près : le corps de décomposition de sur .
- Le Frobenius est un automorphisme de , et le groupe des automorphismes de est cyclique d’ordre , engendré par .
- se plonge dans ssi .
Démonstration. (1) Un corps fini a caractéristique et est un -espace vectoriel de dimension finie : . Son groupe multiplicatif a ordre , donc tout vérifie : consiste en racines de , d’où c’est un corps de décomposition de celui-ci sur — déterminant à isomorphisme près (Théorème 4.7). Réciproquement, dans un corps de décomposition de , l’ensemble de ses racines est un sous-corps : en itérant le rêve du débutant (), et , ; il a exactement éléments car est séparable : sa dérivée est (car ), première avec lui, donc pas de racines multiples. Ainsi a éléments.
(2) est un morphisme de corps (même rêve du débutant) et injectif (noyau trivial), donc un automorphisme sur le fini . Les points fixes de sont les racines de , au nombre de : a ordre exactement dans . Or (un automorphisme est déterminé par l’image d’un générateur primitif de l’extension de degré sur ) : le groupe est exactement , cyclique d’ordre .
(3) ssi divise ssi (critère de divisibilité des polynômes : écrire et comparer les cardinaux des corps fixes de et ). ∎
Théorème 4.12 (Cyclicité de )
Le groupe multiplicatif d’un corps fini est cyclique.
Démonstration. Soit , d’ordre . Par le théorème de structure (Corollaire 3.13), avec . L’exposant de est : tout élément vérifie . Mais le polynôme a au plus racines dans un corps, et en fournit ; donc , forçant et cyclique. (C’est le critère de Exercice 3.11.) ∎
Exemple 4.13
(le polynôme est irréductible sur : pas de racine). Si , alors , et d’ordre . Les sous-corps de sont exactement les pour (car ssi divise ssi ).
Plus généralement, l’unique sous-corps de de cardinal (quand et ) est le corps fixe de , où est le Frobenius ; le groupe de Galois est cyclique d’ordre , ce qui rend la correspondance de Galois particulièrement transparente dans le cas fini : un unique sous-corps par diviseur de .
4.4 Séparabilité et plongements
Définition 4.14
Un polynôme irréductible est séparable s’il n’a pas de racine multiple dans une clôture algébrique (équivalemment , ou ). Un élément algébrique est séparable si son polynôme minimal l’est ; une extension algébrique est séparable si tout élément l’est.
Proposition 4.15
Sur un corps de caractéristique , tout irréductible est séparable. Sur un corps fini, aussi. Plus généralement, un corps est parfait (tout irréductible est séparable) ssi il est de caractéristique ou, en caractéristique , si le Frobenius est surjectif.
Démonstration. Si irréductible a une racine multiple, alors (car est non trivial et irréductible), donc . En caractéristique , force constant. En caractéristique , ssi : . Si le Frobenius est surjectif, et , contredisant l’irréductibilité sauf si . Les corps finis ont un Frobenius bijectif (corps fini). Réciproquement, si n’est pas une puissance -ième, est irréductible (ou une puissance d’un irréductible inséparable) : n’est pas parfait. ∎
Proposition 4.16 (Nombre de plongements)
Soit une extension finie séparable de , et une clôture algébrique. Le nombre de -plongements égale .
Démonstration. Récurrence sur . Pour séparable de degré , les -plongements correspondent bijectivement aux racines de dans : il y en a (séparabilité : racines distinctes, chacune définit un unique plongement par cette racine). En général, avec ; par récurrence a plongements dans . Chacun de ces plongements s’étend en plongements de : appliquer le cas simple à sur le corps , qui reste séparable (même polynôme minimal, ou conjugué). Total : par la tour des degrés. ∎
Théorème 4.17 (Élément primitif)
Toute extension finie séparable est simple : pour un certain (un élément primitif).
Démonstration. Si est infini : il suffit de traiter . Soit les minimaux, de racines et dans (distinctes par séparabilité). Choisir évitant les finiement nombreuses valeurs pour , ; poser . Alors , et est la seule racine commune de et (toute autre donnerait pour un , d’où interdit) : donc divise un polynôme de degré , , . Si est fini, aussi, et est cyclique (Théorème 4.12) : un générateur vérifie . ∎
4.5 La correspondance de Galois
Définition 4.18
Une extension finie est galoisienne (ou normale et séparable) si elle est séparable et si tout polynôme irréductible de ayant une racine dans se scinde entièrement dans (normalité). Le groupe de Galois est
Proposition 4.19
Pour finie séparable, les conditions suivantes sont équivalentes : (i) est galoisienne ; (ii) est le corps de décomposition d’un polynôme séparable sur ; (iii) ; (iv) le corps fixe égale , où .
Démonstration. (i)(ii) : par l’élément primitif, ; est séparable et se scinde dans (normalité, une racine ), et est engendré par les racines (les conjugués de engendrent la même extension). (ii)(iii) : tout -plongement envoie racines sur racines, donc stabilise : c’est un élément de . Par la Proposition 4.16 il y en a . (iii)(iv) : toujours ; est galoisienne de groupe (tout fixe ), donc par le sens (ii)(iii) déjà prouvé pour le corps de décomposition — plus proprement : par Artin ci-dessous, ; donc si alors . (iv)(i) : séparabilité de : pour , le polynôme est dans (coefficients fixes par , donc dans ), annule , et est séparable ; donc est séparable. Normalité : un -plongement de dans envoie sur un conjugué , donc stabilise . ∎
Lemme 4.20 (Artin)
Soit un groupe fini d’automorphismes d’un corps , et . Alors est galoisienne de groupe , et .
Démonstration. Pour , le polynôme est dans (les coefficients sont -invariants), monique, séparable, et annule : est algébrique séparable. De plus est normale sur (tout -plongement envoie sur un conjugué ). Ainsi est galoisienne. Or , donc .
Pour l’autre inégalité, on invoque l’indépendance des caractères de Dedekind : des morphismes de groupes distincts sont -linéairement indépendants comme applications . En particulier les automorphismes de sont -linéairement indépendants, donc . Combinant les deux inégalités : et . ∎
Théorème 4.21 (Correspondance fondamentale de Galois)
Soit galoisienne finie de groupe . Il y a une bijection
donnée par et , inverses l’une de l’autre. De plus :
- (renversement des inclusions) ;
- et ;
- est normal dans ssi est galoisienne, et alors .
Démonstration. Pour , le lemme d’Artin donne et . Pour un sous-corps , est galoisienne : séparable (sous-extension d’une séparable) et normale (tout -plongement de dans est un -plongement, donc un élément de , qui stabilise ). Le groupe a pour corps fixe par la Proposition 4.19(iv). Les deux applications sont donc mutuellement inverses.
(1) est clair par construction. (2) : et la tour des degrés donnent . (3) : pour , le conjugué . Donc est normal dans ssi pour tout ssi tout -plongement de (restriction d’un élément de ) stabilise ssi est normale (la séparabilité est automatique). Alors le morphisme de restriction est surjectif (tout automorphisme de s’étend à car est galoisienne) de noyau , d’où . ∎
4.6 Extensions cyclotomiques
Définition 4.22
Soit . Le -ième polynôme cyclotomique est
Le -ième corps cyclotomique est où .
Théorème 4.23
est irréductible sur , de degré . L’extension est galoisienne de groupe , via pour .
Démonstration. (partition des racines selon l’ordre). Par récurrence de Möbius, (diviser dans par les unitaires pour ). Irréductibilité : soit le facteur irréductible unitaire de dans annulant , et un premier ne divisant pas . On montre que est aussi racine de . Sinon et donneraient, modulo , un facteur commun avec et sa dérivée (via racine de ), d’où une racine multiple de mod , impossible car . Donc tous les avec (produits de tels premiers) sont racines de : .
Galois : est le corps de décomposition de (séparable, premier à en caractéristique ). Le groupe de Galois s’injecte dans via , et l’ordre force la surjectivité. ∎
4.7 Règle et compas
Définition 4.24
Identifier le plan à ; partir de . Un point est constructible s’il s’obtient par un nombre fini d’intersections de droites passant par deux points déjà construits et de cercles centrés en un point construit de rayon une distance de deux points construits.
Théorème 4.25 (Wantzel)
est constructible ssi il existe une tour avec et . En particulier, un nombre constructible est algébrique de degré une puissance de sur .
Démonstration. () Les coordonnées de l’intersection de deux droites passant par des points à coordonnées dans un sous-corps résolvent un système linéaire sur : elles restent dans . Les intersections droite–cercle et cercle–cercle conduisent, après élimination de la partie linéaire (soustraire les deux équations de cercles donne une droite), à une équation quadratique sur : les nouvelles coordonnées vivent dans ou dans pour un , . Par récurrence, tout point construit a ses coordonnées dans une tour d’extensions quadratiques de ; et est dans une tour quadratique aussi (adjoindre : une étape quadratique de plus). Conséquence sur le degré : divise (loi de la tour).
() Les nombres constructibles forment un corps : sommes et différences par parallélogrammes (les parallèles sont constructibles : abaisser et relever deux perpendiculaires — la perpendiculaire classique par un point utilise un cercle et deux arcs) ; produits et quotients par des configurations d’intercept de Thalès (données les longueurs , construire et avec des triangles semblables sur deux rayons). Et le corps est stable par racines carrées : pour , le cercle de diamètre et la perpendiculaire au point de jonction se rencontrent à hauteur (relation altitude–moyenne géométrique dans un triangle rectangle) ; pour un complexe , construire et bissecter (la bissection d’angle est une construction au compas). Les parties réelle et imaginaire des membres d’une tour quadratique sont donc constructibles par récurrence sur la tour : chaque étape adjoint des racines d’une quadratique, exprimables par opérations de corps et une racine carrée d’un nombre déjà construit (la formule quadratique ; en caractéristique ). ∎
Corollaire 4.26
Les trois problèmes classiques sont insolubles à la règle et au compas :
- Duplication du cube : a degré , non puissance de .
- Trisection de l’angle : trisecter demande , racine de l’irréductible : degré .
- Quadrature du cercle : est transcendant ( l’est — théorème de Lindemann, admis ici : sa preuve relève d’un cours de théorie de la transcendance).
De plus, le -gone régulier est constructible ssi est une puissance de (Gauss–Wantzel ; le « si » utilise la méthode du problème du week-end, le « seulement si » est le Théorème 4.25 appliqué à , de degré ). Pour : : le heptagone régulier est impossible ; pour : : constructible — le problème du week-end le construit.
Démonstration. (1) est irréductible (Eisenstein). (2) De avec : pour ; le cubique n’a pas de racine rationnelle (les candidats échouent), donc est irréductible : degré . Un angle de général est constructible, donc un trisecteur construirait . (3) Si était constructible, il serait algébrique, donc aussi . L’énoncé sur le -gone : le degré de est (Théorème 4.23) ; la nécessité suit de Wantzel ; pour la suffisance, le groupe de Galois, abélien d’ordre , admet une chaîne de sous-groupes d’indice (un -groupe fini le fait : Exercice 1.10), dont les corps fixes forment une tour quadratique aboutissant à (Théorème 4.21) ; conclure par le Théorème 4.25. ∎
4.8 Résolubilité par radicaux
Définition 4.27
Une extension est radicale s’il existe une tour avec pour certains , . Un polynôme est résoluble par radicaux si son corps de décomposition est contenu dans une extension radicale de .
Lemme 4.28
Soit contenant une racine primitive -ième de l’unité , i.e. d’ordre dans , et . Alors est galoisienne de groupe cyclique. Réciproquement — non utilisée ci-dessous — toute extension cyclique de degré est de cette forme. De plus est galoisienne de groupe abélien, pour tout de caractéristique .
Démonstration. est séparable ( avec : ) et se scinde dans , : ses racines sont les . Donc est galoisienne ; l’application est un morphisme injectif (), donc s’injecte dans un groupe cyclique : il est cyclique. L’extension cyclotomique est le corps de décomposition de , séparable en caractéristique ; un automorphisme envoie sur avec , et la composition des morphismes est multiplicative : le groupe s’injecte dans , abélien. ∎
Théorème 4.29 (Résolubilité par radicaux)
Soit de caractéristique et . Si est résoluble par radicaux, alors le groupe de Galois de (groupe de Galois de son corps de décomposition sur ) est un groupe résoluble.
Démonstration. Soit le corps de décomposition de , contenu dans une extension radicale avec , . Poser et adjoindre d’abord : est galoisienne sur de groupe abélien (lemme), donc résoluble. Remplacer chaque étape par : on a une tour où chaque étape est cyclique par le lemme (les racines de l’unité sont déjà dans ). Passer à une clôture galoisienne de contenant : le groupe admet une filtration dont les quotients successifs sont abéliens (d’abord le quotient cyclotomique, puis les quotients cycliques des étapes radicales, éventuellement après avoir normalisé chaque étape par les conjugués) : est résoluble (Proposition 1.29). Or est un quotient de (restriction, surjective car est normale), donc résoluble. ∎
Corollaire 4.30
L’équation générale de degré n’est pas résoluble par radicaux. Plus précisément, il existe des polynômes de degré sur (p.ex. ) dont le groupe de Galois est , non résoluble.
Le groupe de Galois de l’équation générale est (les racines sont indéterminées, le corps de base est le corps des fractions des polynômes symétriques) ; n’est pas résoluble pour (Corollaire 1.34). Pour un exemple concret sur : est irréductible (Eisenstein en ) ; il a exactement trois racines réelles (étude de , comme dans Exercice 4.11) ; la conjugaison complexe induit une transposition dans le groupe de Galois , et l’irréductibilité donne un -cycle : . Ainsi le Théorème 4.29 interdit la résolubilité par radicaux — le même dont la simplicité de (volume des groupes) a frappé sa cible.
Remarque 4.31
La réciproque du Théorème 4.29 est vraie en caractéristique (admis ici) : si le groupe de Galois est résoluble, le polynôme est résoluble par radicaux. La démonstration construit une tour en inversant le Lemme 4.28 : une suite de composition à quotients cycliques se réalise par des adjonctions de radicaux (après avoir adjoint les racines de l’unité nécessaires). C’est le sens « groupe résoluble équation résoluble » qui justifie le vocabulaire de Exemple 1.30, et qui fait de la simplicité de l’obstruction définitive pour le degré cinq.
4.9 Exercices
Exercice 4.1 ★
Montrer , que , et calculer le polynôme minimal de sur .
Solution
Solution de Exercice 4.1.
: de (), le carré donne , donc et . Si alors impossible dans ; si alors impossible. Donc reste irréductible sur , et par la tour.
Soit . Alors donne , puis , , d’où . Le polynôme est irréductible sur : pas de racine rationnelle ( échouent) ; une factorisation force , , . Si alors , , discriminant non carré dans . Donc , d’où égalité des corps.
Exercice 4.2 ★
Soit . Montrer que n’est pas normale (exhiber un plongement dont l’image n’est pas ), déterminer le corps de décomposition de et , et vérifier : pour les extensions non galoisiennes, le groupe d’automorphismes peut être bien plus petit que le degré.
Solution
Solution de Exercice 4.2.
Les racines de sont , , avec . L’évaluation envoyant sur définit un -plongement d’image , qui n’est pas (l’un est réel, l’autre non) : n’est pas normale. Le corps de décomposition est . et ( racine de , irréductible sur ) : . Tout automorphisme de envoie sur une racine dans , donc seulement : , d’ordre .
Exercice 4.3 ★
Construire comme et trouver un générateur de . Lister les polynômes moniques irréductibles de degrés sur , et vérifier sur .
Solution
Solution de Exercice 4.3.
n’a pas de racine dans (, , ) : irréductible. avec . L’élément : , , , et aucun ordre plus petit ne donne parmi les diviseurs de sauf : générateur de .
Sur : moniques irréductibles de degré : , . Degré : seul (, ). Degré : et (sans racine, donc irréductibles). L’identité suit du Théorème 4.11 (produit des minimaux des éléments de ) et de l’unicité de la factorisation.
Exercice 4.4 ★★
(a) Trouver toutes les racines primitives modulo et modulo (i.e. générateurs de , ). (b) Montrer que pour impair, est un carré ssi (critère d’Euler), et retrouver le critère pour du Problème 2.1.
Solution
Solution de Exercice 4.4.
(a) d’ordre . Un générateur a ordre : , , , , ordre . De même : , , . Pas ( mod ). d’ordre : , , ordre . Aussi (vérifier les ordres).
(b) Le morphisme de a noyau (ordre ) et image d’indice , le sous-groupe des carrés. Or pour tout (car ), et cette valeur vaut exactement sur le sous-groupe d’indice des carrés (noyau de ). Pour : ssi est pair ssi , comme dans le Problème 2.1.
Exercice 4.5 ★★
Montrer que et dans une clôture algébrique fixée , et décrire pour .
Solution
Solution de Exercice 4.5.
Dans une clôture algébrique fixée, et de même pour . L’intersection est . Or et ssi (les ordres du Frobenius) : d’où . Le compositum est le plus petit corps contenant les deux, donc avec , , minimal : .
Pour , d’ordre avec . Le sous-groupe est , d’ordre .
Exercice 4.6 ★★
Soit le nombre de polynômes moniques irréductibles de degré sur . Démontrer
En déduire explicitement, et pour tout (donc les extensions existent comme quotients pour tout ).
Solution
Solution de Exercice 4.6.
Dans , . Le polynôme minimal d’un a degré (Théorème 4.11), et divise . Réciproquement tout monique irréductible de degré a une racine dans , donc divise . Les irréductibles distincts sont premiers entre eux et le produit est séparable : la factorisation annoncée. Comparer les degrés : .
Conséquences : ; donne ; donne ; donne . Existence : pour .
Exercice 4.7 ★★
Déterminer et le treillis complet des corps intermédiaires. Même question pour le corps de décomposition de — que remarque-t-on ?
Solution
Solution de Exercice 4.7.
est le corps de décomposition de , séparable : galoisien de degré (Exercice 4.1). Un automorphisme envoie et : au plus choix, et les réalise tous : , avec éléments , (), (), . Sous-groupes d’ordre : , , , de corps fixes , , (noter que fixe ). Le treillis : en bas, les trois quadratiques au milieu, en haut — et rien d’autre (Théorème 4.21). Pour : le corps de décomposition est le même (), donc la réponse est identique : la correspondance de Galois est un invariant de l’extension, non du polynôme choisi pour la présenter.
Exercice 4.8 ★★
(Le cubique, résolu par son groupe) Soit irréductible de racines et de corps de décomposition . Soit et (admettre cette identité classique ou la vérifier en développant les fonctions symétriques). (a) Montrer ou , selon que est ou n’est pas un carré dans . (b) Avec , définir les résolvantes de Lagrange et . Montrer et , et résoudre pour : les formules de Cardan sortent. Où a-t-on utilisé la résolubilité de ?
Solution
Solution de Exercice 4.8.
(a) agit fidèlement et transitivement (irréductibilité) sur les trois racines : avec : ou . Tout permute les , et ( est alterné en les racines). Si est un carré dans : (noter : séparable), donc pour tout : , d’où . Sinon : , donc un certain a : . (Dans les deux cas .)
(b) Avec : . Aussi , en utilisant et . Alors . Donc sont les racines de (produit ) : , et avec : Cardan. La résolubilité de est le squelette : la tour adjoint d’abord une racine carrée (, corps fixe de : l’étape ), puis une racine cubique (, car : l’étape ) — la suite dérivée faite chair.
Exercice 4.9 ★★
Dans : montrer que l’unique sous-corps quadratique est , via les sommes de Gauss , : calculer et , et en déduire . Conclure que le pentagone régulier est constructible.
Solution
Solution de Exercice 4.9.
(somme de toutes les racines -ièmes de l’unité est ). (indices mod ). Donc sont les racines de : . Comme : , d’où , et . Le groupe est cyclique d’ordre : il a un unique sous-groupe d’ordre (, i.e. ), donc a un unique sous-corps quadratique (Théorème 4.21), qui contient : c’est . Constructibilité : vit dans la tour quadratique , et une étape quadratique au-dessus : le Théorème 4.25 construit le pentagone.
Exercice 4.10 ★★★
Soit (fractions rationnelles en deux indéterminées) et . (a) Montrer et que pour tout . (b) En déduire que n’est pas simple : aucun élément primitif n’existe — l’inséparabilité est fatale au Théorème 4.17.
Solution
Solution de Exercice 4.10.
(a) Écrire , . est irréductible sur (Eisenstein en l’élément premier de l’UFD , ou degré en ). Après adjonction de , reste irréductible sur (Eisenstein en ) : . Tout s’écrit avec ; le Frobenius (morphisme en caractéristique ) donne .
(b) Si , alors . Mais force à diviser , donc : contradiction. Aucun élément primitif : l’inséparabilité est fatale au Théorème 4.17.
Exercice 4.11 ★★★
Soit et son groupe de Galois sur , agissant sur les racines. (a) Montrer que est irréductible, et en déduire ; conclure que contient un -cycle (Cauchy, Théorème 1.13). (b) Montrer, en étudiant les variations de , que a exactement racines réelles ; en déduire que la conjugaison complexe se restreint en une transposition dans . (c) Montrer qu’un sous-groupe de contenant une transposition et un -cycle est (conjuguer la transposition par des puissances du cycle). Conclure et, avec le Théorème 4.29, que n’est pas résoluble par radicaux.
Solution
Solution de Exercice 4.11.
(a) Eisenstein en ( ; ) : irréductible. Si est une racine, divise ( le corps de décomposition) : Cauchy (Théorème 1.13) donne un élément d’ordre dans ; dans , seuls les -cycles ont ordre (les ordres sont les ppcm des longueurs de cycles).
(b) s’annule en : un maximum local puis un minimum local. Valeurs : , , , : trois changements de signe, et au plus trois racines réelles (deux points critiques) : exactement racines réelles, donc une paire de racines complexes conjuguées. Prendre le corps de décomposition dans : la conjugaison complexe envoie sur lui-même (elle permute les racines, qui engendrent ) et fixe , donc définit un élément de ; elle fixe les trois racines réelles et échange les deux autres : une transposition.
(c) Soit et un -cycle dans . Une certaine puissance envoie sur (), et est encore un -cycle : en renommant, supposer et . En conjuguant, : les transpositions adjacentes sont toutes dans ; les transpositions adjacentes engendrent (toute transposition est produit de transpositions adjacentes, et les transpositions engendrent). Donc , non résoluble (Corollaire 1.34), et le Théorème 4.29 conclut : n’est pas résoluble par radicaux.
Exercice 4.12 ★★★
(Le quartique diédral) Soit et , le corps de décomposition de sur . (a) Montrer et que est engendré par et la conjugaison complexe , avec et : . (b) Lister le treillis des sous-groupes de (dix sous-groupes) et apparier chacun à son corps fixe ; vérifier en particulier que , , sont les trois sous-corps quadratiques, et localiser , , . (c) Quels corps intermédiaires sont galoisiens sur ? Apparier la réponse aux sous-groupes normaux de , et expliquer pourquoi échoue tandis que réussit.
Solution
Solution de Exercice 4.12.
(a) est irréductible (Eisenstein en ) : ; , donc et . L’extension est galoisienne (corps de décomposition d’un polynôme séparable : les racines sont ), donc . Un automorphisme envoie sur l’une des quatre racines et sur : au plus applications, toutes réalisées. Les et indiqués ( d’ordre : , ; d’ordre ) vérifient
plus soigneusement : . Donc : la présentation de .
(b) Les dix sous-groupes de : ; cinq d’ordre : , , , , ; trois d’ordre : , , ; et . Corps fixes (degré indice) : ; sous-groupes d’ordre les cinq corps quartiques
Vérifications : fixe le réel ; envoie et , fixant ; et comme , :
chaque réflexion fixe son générateur, et le corps fixe, de degré indice, est exactement le corps qu’il engendre (le générateur est racine de , irréductible). Sous-groupes d’ordre les trois corps quadratiques : ( fixe ) ; (les quatre fixent à des signes près : , ) ; ().
(c) Galoisien sur sous-groupes normaux de : , (le centre), les trois sous-groupes d’ordre , et — donc les corps intermédiaires galoisiens sont , , les trois corps quadratiques, et . Les cinq corps quartiques fixés par des réflexions non normales ne sont pas galoisiens : contient une racine de mais pas (il est réel) — la conjugaison par envoie sur , exactement comme elle envoie sur : la non-normalité du sous-groupe est l’existence d’un corps conjugué.
4.10 Problème : Gauss et le 17-gone régulier
Problème 4.1
Problème du week-end — constructibilité du 17-gone
Le 30 mars 1796, Gauss, âgé de dix-neuf ans, montra que le -gone régulier est constructible — le premier progrès sur la question depuis l’Antiquité. On reconstruit son calcul avec les outils de ce chapitre. Poser , , .
Partie I — Le groupe et sa filtration.
- Justifier : , , cyclique d’ordre . Vérifier que engendre (calculer les puissances de modulo : ).
- Soit avec , et pour . Montrer que avec chaque indice , et que les corps fixes forment une tour d’extensions quadratiques.
- Conclure a priori, en utilisant le Théorème 4.25, que — donc le -gone — est constructible. Le reste du problème rend la tour explicite.
Partie II — Les périodes de longueur . Définir les périodes de Gauss
- Montrer que sont fixés par et échangés par ; en déduire et qu’ils sont les deux racines d’une quadratique sur .
- Calculer . Montrer (chaque produit est un certain , ; compter combien de fois chaque apparaît, ou argumenter que le produit est un entier rationnel fixé par , égal à la somme sur les produits, et utiliser que chaque résidu non nul apparaît également souvent).
- En déduire , (identifier lequel est lequel numériquement : ), et .
Partie III — Périodes de longueur et . Définir
- Montrer , , et que sont fixés par , échangés par .
- Calculer et (développer : les seize exposants obtenus couvrent exactement une fois).
- En déduire (vérifier le signe numériquement : ) et la formule analogue pour ; d’où , quadratique sur .
- Soit et . Montrer et , de sorte que .
- Assembler la chaîne de formules exprimant par des racines carrées emboîtées, et donner un contrôle décimal ().
Partie IV — Épilogue.
- Où exactement l’argument a-t-il utilisé que est un premier de Fermat () ? Montrer que pour un premier , le -gone régulier est constructible ssi pour un certain (si , montrer que doit lui-même être une puissance de ).
- En déduire la liste complète des -gones réguliers constructibles pour , en utilisant le critère de Gauss–Wantzel du Corollaire 4.26.
Partie V — Sommes de Gauss et réciprocité quadratique. Les périodes de la partie II cachent un trésor. Pour un premier impair , le symbole de Legendre vaut si est un carré non nul mod , sinon, si ; Exercice 4.4(b) (critère d’Euler) donne , d’où la multiplicitivité. Écrire , , et définir la somme de Gauss
- Montrer (autant de carrés que de non-carrés), et démontrer la forme alternative (chaque carré non nul est atteint deux fois, et ). Pour : relier aux périodes de la partie II — montrer (les carrés mod sont exactement les puissances paires du générateur ).
Démontrer : développer
(poser ), substituer pour évaluer la somme intérieure comme pour et sinon, et conclure avec la question 14. Vérifier numériquement : pour , (partie II).
- En déduire , et conclure que l’unique sous-corps quadratique de est — unique car est cyclique (Théorème 4.23) et un groupe cyclique a exactement un sous-groupe d’indice . (Tout corps quadratique se plonge dans un certain corps cyclotomique — c’est le premier cas du théorème de Kronecker–Weber, dont la forme générale est bien plus lointaine.)
Soit maintenant un autre premier impair. En travaillant dans l’anneau modulo , démontrer
(rêve du collégien : mod dans tout anneau commutatif ; alors , réindexer et extraire ).
D’autre part, ; en utilisant le critère d’Euler mod , en déduire , puis — en multipliant les deux expressions de par et en utilisant , inversible mod — conclure
(Pourquoi une congruence entre les entiers modulo implique-t-elle leur égalité ? Intersecter avec .)
Déplier et pour obtenir la loi de réciprocité quadratique :
La vérifier sur en listant les carrés mod et mod , et l’utiliser pour décider en trois lignes si est résoluble ( est premier, ).
Partie VI — Compter les polynômes irréductibles : le théorème des nombres premiers de . Fixer une puissance de premier et soit le nombre de polynômes moniques irréductibles de degré sur ; rappeler de Exercice 4.6 la factorisation de et l’identité , que l’on inverse, réinterprète et exploite maintenant.
- (Mots) Appeler un mot primitif s’il n’est pas une puissance d’un mot strictement plus court, et soit le nombre de mots primitifs de longueur . Montrer que tout mot de longueur est de façon unique une puissance d’un mot primitif d’une certaine longueur , de sorte que ; en comparant avec Exercice 4.6, conclure pour tout , et expliquer cette coïncidence par une bijection explicite : un élément de degré a pour orbite de Frobenius exactement éléments distincts, et les éléments de degré correspondent -à- aux irréductibles de degré .
Démontrer la formule d’inversion de Möbius : si pour tout , alors , où est la fonction de Möbius ( si est sans carré, sinon) (lemme clé : pour — apparier les diviseurs avec et sans un premier fixé). En déduire
- Montrer pour tout : une nouvelle démonstration que existe pour tout . Interpréter le terme dominant : un polynôme monique aléatoire de degré est irréductible avec probabilité — l’analogue parfait du théorème des nombres premiers, avec échangé contre ; vérifier numériquement pour , (Exercice 4.6 liste les comptes).
Démontrer le compagnon multiplicatif de la question 21 :
(inversion de Möbius dans le groupe abélien des fractions rationnelles non nulles) ; le vérifier à la main pour , : .
Partie VII — Deux codas.
(Le second supplément) La méthode de la partie V calcule aussi . Soit et . Montrer () ; puis, pour un premier impair , démontrer dans modulo que
et que le membre de droite égale si et si . En comparant avec comme dans la question 18, conclure
en vérifiant que est pair exactement quand . Vérifier : est un carré mod et mod ( et ), pas mod ni mod .
(La fonction zêta de ) Démontrer l’identité de séries formelles en :
(factorisation unique en irréductibles moniques : développer chaque facteur en série géométrique et compter les moniques de degré ). Retrouver l’identité de Exercice 4.6 en prenant les logarithmes. Vérifier le coefficient de à la main pour , et utiliser la formule de la question 21 pour calculer , en vérifiant .
Solution
Solution de Problème 4.1.
1. est irréductible (Théorème 4.23, ou Exemple 2.26 pour un indice premier) : et , cyclique d’ordre (Théorème 4.12). Puissances de mod :
— seize valeurs distinctes : engendre.
2. cyclique d’ordre ; a ordre , et . Par le théorème fondamental (Théorème 4.21), vérifient : chaque .
3. se trouve au sommet d’une tour d’extensions quadratiques de : par le Théorème 4.25, est constructible ; le -gone a pour sommets .
4. multiplie les exposants par ; les exposants de sont les puissances paires de ,
un ensemble stable sous multiplication par ; donc (et de même ) est fixé par : , un corps quadratique. envoie les puissances paires sur les impaires : il échange . Donc et sont fixés par tout : rationnels ; sont les racines d’une quadratique rationnelle.
5. . Le produit se développe en termes , dans l’ensemble pair, dans l’impair. Aucun terme n’est : est impossible, car est une puissance paire, donc reste dans l’ensemble pair. Ainsi avec ; appliquer fixe (il échange les facteurs) et permute les transitivement sur tous les , donc tous les sont égaux : et .
6. résolvent : . Numériquement, en groupant les exposants conjugués, : , , et .
7. Les ensembles d’exposants : : = puissances ; : cet ensemble. Réunion : l’ensemble pair : ; de même . La multiplication par stabilise chaque ensemble d’exposants de : fixé par ; et () envoie sur : échange .
8. En développant , les seize sommes d’exposants
couvrent exactement une fois : . En appliquant (qui envoie , : exposants ) : .
9. résolvent , donc (numériquement , le signe ). De même (le contrôle numérique fixe encore le signe). , quadratique sur .
10. . Et
Donc résolvent ; numériquement : .
11. En chaînant :
Numériquement : , , , , , , et — contre : le petit écart est de l’arrondi dans les affichages intermédiaires ; en portant plus de chiffres on retrouve .
12. La construction demandait puissance de , pour qu’une chaîne complète de sous-groupes d’indice existe. Si est premier et avec impair : en montre que divise proprement — impossible. Donc est une puissance de : , un premier de Fermat (, …). Réciproquement pour un tel , et l’argument des questions 1–3 (ou Corollaire 4.26) s’applique : le -gone régulier est constructible ssi est un premier de Fermat.
13. est une puissance de exactement quand avec des premiers de Fermat distincts (multiplicativité de ; une puissance de premier impair , , contribue le facteur ). Pour , les -gones réguliers constructibles sont
avec valeurs respectives
Les impossibles sont , où a un facteur premier impair.
14. Les carrés forment l’image du morphisme d’élévation au carré sur le cyclique , d’indice : carrés, non-carrés, donc les symboles somment à . Alors
en utilisant et . Pour : les carrés mod sont les puissances paires du générateur , i.e. les exposants apparaissant dans (Partie II), donc .
15. Avec ( parcourent les résidus non nuls, tous les résidus) :
Pour : , sommé sur valeurs. Pour : substituer , i.e. ; quand parcourt les résidus non nuls, parcourt bijectivement les résidus (inverser : ). Le terme devient , et
(la somme totale s’annule par la question 14). D’où
en utilisant et le critère d’Euler . Pour : , en accord avec la Partie II.
16. exhibe , donc est un sous-corps quadratique. Unicité : les sous-corps de degré correspondent, par la correspondance de Galois, aux sous-groupes d’indice du cyclique , et un groupe cyclique d’ordre pair a exactement un tel sous-groupe (les carrés). Tout corps quadratique est avec sans facteur carré, et en combinant les corps , et dans un commun on capture tout : le cas quadratique de Kronecker–Weber.
17. Dans tout anneau commutatif, : les coefficients binomiaux , , sont divisibles par le premier . En itérant sur les termes de :
( impair : le symbole est inchangé). Réindexer : et (multiplicativité ; car le symbole d’un inverse égale le symbole) : .
18. exactement (question 15), et le critère d’Euler dans donne , d’où mod : . En comparant avec la question 17 et en multipliant par :
Les deux membres sont des entiers rationnels ; leur différence, ou , vit dans (un entier a , ce dernier parce que est une -base dont les coordonnées rationnelles lisent l’intégralité). Comme ( impair, ), la différence est : .
19. Par multiplicativité, , donc la question 18 lit : la réciprocité. Contrôle : l’exposant est pair, donc les deux symboles doivent coïncider ; les carrés mod sont et : ; les carrés mod sont et en est absent : . Produit , comme prédit. Pour : . Premier : et : la réciprocité donne . Second : : (), et fait de un carré mod (loi supplémentaire, prouvable par dans par la même méthode) : . Total : la congruence est résoluble.
20. Existence et unicité de la racine primitive : si a pour ensemble de périodes , le minimal tel divise toute autre période (si est à la fois une -puissance et une -puissance, il est une -puissance : comparer les lettres aux indices coïncidant modulo le pgcd, via Bézout), et le bloc de longueur est primitif. En triant les mots par la longueur de leur racine primitive : . Comme et satisfont la même récurrence avec les mêmes valeurs pour (chacun se détermine inductivement à partir de ), ils sont égaux : . Bijection : un élément de degré donne le mot des coefficients de… mieux, directement : les éléments de degré dans sont les racines des irréductibles de degré , chacun contribuant ses racines distinctes (séparabilité) : éléments de degré , matchant le dénombrement — le même crible, une fois sur les mots, une fois sur les éléments de corps.
21. Lemme : . Pour fixer un premier : les diviseurs sans carré de s’apparient en avec , et : la somme s’annule. Alors, pour :
Avec et (Exercice 4.6) : .
22. Le terme est ; tout autre terme a , et grossièrement (géométrique, ). Donc pour : des irréductibles de tout degré existent, et est (re)construit — existence avec un recensement. La proportion d’irréductibles parmi les moniques de degré est : le théorème des nombres premiers de , avec jouant le rôle de . Pour les comptages de Exercice 4.6 matchent la formule : p.ex. .
23. Dans le groupe abélien multiplicatif des fractions rationnelles non nulles sur , poser et ; Exercice 4.6 dit . L’argument de Möbius de la question 21, écrit multiplicativement (les exposants s’ajoutent exactement comme les sommes), donne . Pour , : , l’unique irréductible quadratique sur , comme il se doit.
24. et , donc . Rêve du débutant dans l’anneau commutatif : . La valeur de ne dépend que de : pour , ; pour , en utilisant , et , donc . D’autre part par le critère d’Euler mod . En comparant et multipliant par : ; si les signes différaient, diviserait dans , donc dans ( : coordonnées sur la base ), impossible pour impair. Donc ssi . Contrôle de parité : donne , pair ; donne , impair : la formule encode le scindage. Numériquement : (), () ; les carrés mod sont et mod sont , aucun ne contenant (, ).
25. Tout monique se factorise uniquement en sur les irréductibles moniques : en triant par degré,
tous les produits -adiquement légitimes (seuls les degrés touchent le coefficient de , et il y a finement d’irréductibles de chaque degré). Le premier membre est : l’identité. Logarithmes : , tandis que ; le coefficient de donne , i.e. . Contrôle à la main, , coefficient de : , , et a pour coefficient de . Enfin, la formule de la question 21 avec les diviseurs :
et en effet .