Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

18Applications conformes et théorème de l’application de Riemann

Une bijection holomorphe entre deux domaines transporte toute l’analyse complexe de l’un à l’autre : de telles applications — conformes, car elles préservent les angles — sont les isomorphismes du monde holomorphe. Ce chapitre les classe là où la classification est possible (le disque, le plan : le lemme de Schwarz est la clé, une inégalité d’une puissance étonnante), construit la théorie de compacité des familles holomorphes (Montel), et prouve le plus profond théorème d’existence du sujet : tout sous-domaine propre simplement connexe de C\C, aussi déchiqueté soit son bord, est conformément équivalent au disque unité. Nous clôturons avec les fonctions harmoniques et le noyau de Poisson, en résolvant le problème de Dirichlet sur le disque — la récompense analytique de la géométrie conforme. Tout au long, D=D(0,1)\mathbb D = D(0,1) et H={Imz>0}\mathbb H = \{\operatorname{Im}z > 0\}.

18.1 Applications conformes ; transformations de Möbius

Définition 18.1

Une application conforme (ou biholomorphisme) entre ouverts est une bijection holomorphe ; son inverse est automatiquement holomorphe (le Corollaire 17.10). Deux domaines sont conformément équivalents si une telle application existe ; Aut(Ω)\operatorname{Aut}(\Omega) désigne le groupe des auto-applications conformes. Là où f0f' \neq 0 — partout, pour ff injective (preuve du Corollaire 17.10) — la différentielle est la multiplication par f(z)0f'(z) \neq 0 : une similitude, donc les applications conformes préservent les angles entre courbes, y compris l’orientation.

Exemple 18.2 (Transformations de Möbius)

Pour (abcd)GL2(C)\bigl(\begin{smallmatrix}a & b\\ c & d\end{smallmatrix}\bigr) \in GL_2(\C), la transformation de Möbius zaz+bcz+dz \mapsto \frac{az + b}{cz + d} est conforme de C{d/c}\C\setminus\{-d/c\} sur C{a/c}\C\setminus\{a/c\} (inverse du même type, à partir de la matrice inverse ; la composition correspond au produit matriciel). L’application de Cayley

φ(z)=ziz+i\varphi(z) = \frac{z - \iu}{z + \iu}

envoie H\mathbb H conformément sur D\mathbb D : en effet zi<z+i\abs{z - \iu} < \abs{z + \iu} exactement quand zz est plus proche de i\iu que de i-\iu, c’est-à-dire Imz>0\operatorname{Im}z > 0 ; l’inverse est wi1+w1ww \mapsto \iu\frac{1 + w}{1 - w}. Les applications de Möbius envoient la famille cercles-et-droites sur elle-même (l’Exercice 18.1).

Exemple 18.3 (L’application de Joukowski)

Au-delà de Möbius, l’application conforme la plus utile des mathématiques appliquées classiques est

J(z)=12(z+1z).J(z) = \frac12\Bigl(z + \frac1z\Bigr) .

Sur l’extérieur Ω={z>1}\Omega = \{\abs z > 1\} du disque unité, JJ est injective : J(z)=J(w)J(z) = J(w) donne (zw)(11zw)=0(z - w)(1 - \frac1{zw}) = 0 et zw>1\abs{zw} > 1. Sa dérivée J(z)=12(1z2)J'(z) = \frac12(1 - z^{-2}) s’annule seulement en z=±1z = \pm1, sur le bord : JJ est une équivalence conforme de Ω\Omega sur son image, qui est C[1,1]\C\setminus\intcc{-1}1 — le cercle unité lui-même est plié deux-à-un sur le segment (J(eiθ)=cosθJ(\eu^{\iu\theta}) = \cos\theta). Ainsi l’extérieur d’un segment, un plan fendu sans bord lisse, est conformément l’extérieur d’un disque : les coins ne sont pas un obstacle à l’équivalence conforme, seulement à la régularité du bord. Les images de cercles passant par ±1\pm1 mais décentrés sont des courbes en forme de profil d’aile, et composer JJ avec des applications de Möbius transportait l’écoulement autour d’un cylindre — calculable à la main — vers l’écoulement autour d’une aile : pour la première moitié du vingtième siècle, cet exemple était l’aérodynamique. C’est aussi la porte vers Tchebychev : JJ conjugue zznz \mapsto z^n au polynôme de Tchebychev TnT_n (le Problème 13.1, partie V), puisque J(zn)=cos(nθ)J(z^n) = \cos(n\theta) quand z=eiθz = \eu^{\iu\theta}.

18.2 Lemme de Schwarz et groupes d’automorphismes

Théorème 18.4 (Lemme de Schwarz)

Soit f ⁣:DDf \colon \mathbb D \to \mathbb D holomorphe avec f(0)=0f(0) = 0. Alors

f(z)z  (zD)etf(0)1,\abs{f(z)} \leq \abs z \ \ (z \in \mathbb D) \qquad\text{et}\qquad \abs{f'(0)} \leq 1 ,

et si f(z0)=z0\abs{f(z_0)} = \abs{z_0} pour un z00z_0 \neq 0, ou f(0)=1\abs{f'(0)} = 1, alors f(z)=eiθzf(z) = \eu^{\iu\theta}z est une rotation.

Démonstration. g(z)=f(z)/zg(z) = f(z)/z s’étend holomorphiquement à D\mathbb D (la singularité en 00 est éliminable : gg est bornée près de 00, le Théorème 17.4 ; sa valeur en 00 est f(0)f'(0)). Sur z=r<1\abs z = r < 1 : g1r\abs g \leq \frac1r, donc par le principe du maximum (le Théorème 16.14) g1r\abs g \leq \frac1r sur Dˉ(0,r)\bar D(0,r) ; faire r1r \to 1 : g1\abs g \leq 1 sur D\mathbb D, ce qui est les deux inégalités. L’égalité en un point intérieur rend g\abs g atteignant un maximum intérieur : gg constante de module 11.

Théorème 18.5 (Automorphismes du disque)

Pour aDa \in \mathbb D, le facteur de Blaschke

φa(z)=za1aˉz\varphi_a(z) = \frac{z - a}{1 - \bar a z}

est un automorphisme de D\mathbb D échangeant aa et 00, avec φa1=φa\varphi_a^{-1} = \varphi_{-a}. Tout automorphisme de D\mathbb D est eiθφa\eu^{\iu\theta}\varphi_a pour un unique θR/2πZ\theta \in \R/2\pi\Z, aDa \in \mathbb D.

Démonstration. Sur z=1\abs z = 1 : 1aˉz=zˉ1aˉz=zˉaˉz2=zˉaˉ=za\abs{1 - \bar az} = \abs{\bar z}\abs{1 - \bar az} = \abs{\bar z - \bar a\abs z^2} = \abs{\bar z - \bar a} = \abs{z - a}, donc φa=1\abs{\varphi_a} = 1 là ; par le principe du maximum φa(D)Dˉ\varphi_a(\mathbb D) \subseteq \bar{\mathbb D}, et l’ouverture met l’image dans D\mathbb D. L’identité algébrique φaφa=id\varphi_{-a}\circ\varphi_a = \mathrm{id} (calcul direct) montre la bijectivité. Soit maintenant fAut(D)f \in \operatorname{Aut}(\mathbb D) et a=f1(0)a = f^{-1}(0) : g=fφag = f\circ\varphi_{-a} est un automorphisme fixant 00. Schwarz appliqué à gg et à g1g^{-1} : g(z)z\abs{g(z)} \leq \abs z et g1(w)w\abs{g^{-1}(w)} \leq \abs w, donc g(z)=z\abs{g(z)} = \abs z : rotation, g=eiθidg = \eu^{\iu\theta}\,\mathrm{id}, c’est-à-dire f=eiθφaf = \eu^{\iu\theta}\varphi_a. Unicité : a=f1(0)a = f^{-1}(0) et θ\theta par évaluation de type ff' (ou de f(0)=eiθaf(0) = -\eu^{\iu\theta}a et une valeur de plus).

Théorème 18.6 (Automorphismes du plan)

Aut(C)={zaz+b:aC, bC}\operatorname{Aut}(\C) = \{z \mapsto az + b : a \in \C^*,\ b \in \C\}. Par conséquent C\C et D\mathbb D ne sont pas conformément équivalents.

Démonstration. Soit fAut(C)f \in \operatorname{Aut}(\C) et considérons g(z)=f(1/z)g(z) = f(1/z) sur C\C^* : une fonction holomorphe avec une singularité isolée en 00. Si elle était essentielle, Casorati–Weierstrass (le Théorème 17.4) rendrait g(D(0,ε){0})g\bigl(D(0,\varepsilon)\setminus\{0\}\bigr) dense, tandis que f(D(0,1))f(D(0, 1)) est ouvert et disjoint de celle-ci (ff injective : les deux ensembles sont images d’ensembles disjoints) — impossible pour un ensemble dense et un ouvert non vide. Donc 00 est un pôle ou éliminable pour gg, c’est-à-dire f(z)\abs{f(z)} a au plus une croissance polynomiale : ff est un polynôme (l’Exercice 16.4(a)). L’injectivité force le degré 11 : un polynôme de degré plus élevé a soit une racine multiple de fcf - c quelque part (ff' s’annule) soit plusieurs préimages distinctes (d’Alembert–Gauss, le Problème 16.1) ; dans les deux cas l’injectivité échoue. Enfin, une application conforme CD\C \to \mathbb D serait une fonction entière bornée : constante (Liouville) — pas d’équivalence.

18.3 Théorème de Montel

Théorème 18.7 (Montel)

Soit FH(Ω)\mathcal F \subseteq \mathcal H(\Omega) localement bornée : tout point a un voisinage sur lequel supfFsupf<\sup_{f\in \mathcal F}\sup\abs f < \infty. Alors toute suite de F\mathcal F a une sous-suite convergeant uniformément sur tous les sous-ensembles compacts de Ω\Omega (vers une limite holomorphe).

Démonstration. Équicontinuité locale : si fM\abs f \leq M sur D(a,2r)ΩD(a, 2r) \subseteq \Omega pour tout fFf \in \mathcal F, la formule de Cauchy donne, pour z,zD(a,r)z, z' \in D(a, r),

f(z)f(z)=zz2πC2rf(w) ⁣dw(wz)(wz)zz2π2rM2πr2=2Mrzz:\abs{f(z) - f(z')} = \frac{\abs{z - z'}}{2\pi} \Bigl|\int_{C_{2r}}\frac{f(w)\,\dd w}{(w-z)(w-z')}\Bigr| \leq \frac{\abs{z - z'}\,2\pi\cdot2r\,M}{2\pi\,r^2} = \frac{2M}{r}\,\abs{z - z'} :

une borne de Lipschitz uniforme. Épuiser Ω\Omega par des compacts KmK_m ; chaque KmK_m est recouvert par un nombre fini de tels disques, donc F\mathcal F est uniformément bornée et équicontinue sur KmK_m : Arzelà–Ascoli (le Théorème 7.11) extrait une sous-suite convergeant uniformément sur KmK_m ; diagonaliser sur mm. La limite est holomorphe par le Théorème 16.15.

18.4 Le théorème de l’application de Riemann

Définition 18.8

Un ouvert connexe ΩC\Omega \subseteq \C est simplement connexe (au sens homologique, suffisant pour tous nos besoins) si Indγ(w)=0\operatorname{Ind}_\gamma(w) = 0 pour tout cycle γ\gamma dans Ω\Omega et tout wΩw \notin \Omega — « aucun cycle de Ω\Omega n’entoure un trou ». Par le théorème de Cauchy global (le Théorème 17.1) et la Proposition 16.5, sur un tel Ω\Omega toute fonction holomorphe a une primitive ; d’où toute fH(Ω)f \in \mathcal H(\Omega) sans zéro a un logarithme holomorphe (exp\exp\circ(primitive de f/ff'/f), ajusté d’une constante, car (feL)=0(f\eu^{-L})' = 0) et des racines nn-ièmes holomorphes eL/n\eu^{L/n}.

Théorème 18.9 (Théorème de l’application de Riemann)

Tout ouvert simplement connexe ΩC\Omega \subsetneq \C, Ω\Omega \neq \varnothing, est conformément équivalent à D\mathbb D ; donné z0Ωz_0 \in \Omega, il existe une unique f ⁣:ΩDf \colon \Omega \to \mathbb D conforme avec f(z0)=0f(z_0) = 0 et f(z0)>0f'(z_0) > 0.

Démonstration. Étape 0 : la famille est non vide. Prendre bΩb \notin \Omega : zbz - b est sans zéro sur Ω\Omega, donc a une racine carrée holomorphe hh (h2=zbh^2 = z - b). hh est injective (h(z)=h(z)h(z) = h(z') élève au carré en z=zz = z'), et si wh(Ω)w \in h(\Omega) alors wh(Ω)-w \notin h(\Omega) (h(z)=h(z)h(z) = -h(z') élève aussi au carré en z=zz = z', donnant w=w=0w = -w = 0, impossible car hh est sans zéro). Comme h(Ω)h(\Omega) est ouvert, il contient un disque D(h(z0),ρ)D(h(z_0), \rho) ; alors D(h(z0),ρ)h(Ω)=D(-h(z_0), \rho) \cap h(\Omega) = \varnothing, c’est-à-dire h(z)+h(z0)ρ\abs{h(z) + h(z_0)} \geq \rho pour tout zΩz \in \Omega. D’où

g(z)=ρ2(h(z)+h(z0))g(z) = \frac{\rho}{2\,\bigl(h(z) + h(z_0)\bigr)}

est holomorphe, injective (une application de Möbius composée avec l’injective hh), avec g12<1\abs g \leq \frac12 < 1. En composant avec un facteur de Blaschke (le Théorème 18.5) pour amener g(z0)g(z_0) en 00, la famille

F={f ⁣:ΩD holomorphe, injective, f(z0)=0}\mathcal F = \{f \colon \Omega \to \mathbb D \text{ holomorphe, injective, } f(z_0) = 0\}

est non vide.

Étape 1 : un élément extrémal. Soit s=supFf(z0)(0,+]s = \sup_{\mathcal F}\abs{f'(z_0)} \in \intoc0{+\infty} (>0> 0 : les membres sont injectifs, donc f(z0)0f'(z_0) \neq 0). Prendre fnFf_n \in \mathcal F avec fn(z0)s\abs{f_n'(z_0)} \to s : la famille est bornée par 11, donc Montel (le Théorème 18.7) extrait fnff_n \to f uniformément sur les compacts ; ff est holomorphe, f(z0)=0f(z_0) = 0, f(z0)=s\abs{f'(z_0)} = s (le Théorème 16.15 pour les dérivées), en particulier ff non constante ; ff est injective par Hurwitz (l’Exercice 17.8(b)), et f(Ω)Dˉf(\Omega) \subseteq \bar{\mathbb D}, d’où D\subseteq \mathbb D (application ouverte). Donc fFf \in \mathcal F atteint le supremum : s<s < \infty.

Étape 2 : l’application extrémale est surjective. Supposons aDf(Ω)a \in \mathbb D\setminus f(\Omega). Le transport de Blaschke φaf\varphi_a\circ f est sans zéro sur le simplement connexe Ω\Omega : il a une racine carrée holomorphe FF (avec F(Ω)DF(\Omega) \subseteq \mathbb D, car F2=φaf<1\abs F^2 = \abs{\varphi_a\circ f} < 1), injective (les carrés distinguent). Normaliser : G=φF(z0)FFG = \varphi_{F(z_0)}\circ F \in \mathcal F. En défaisant : f=φas2φF(z0)Gf = \varphi_{-a}\circ s_2 \circ \varphi_{-F(z_0)}\circ Gs2(w)=w2s_2(w) = w^2 ; l’application Ψ=φas2φF(z0) ⁣:DD\Psi = \varphi_{-a}\circ s_2\circ\varphi_{-F(z_0)} \colon \mathbb D \to \mathbb D est holomorphe avec Ψ(0)=f(z0)=0\Psi(0) = f(z_0) = 0 et n’est pas une rotation (elle n’est pas injective : s2s_2 ne l’est pas). Lemme de Schwarz (cas strict) : Ψ(0)<1\abs{\Psi'(0)} < 1, et la règle de la chaîne f=ΨGf = \Psi\circ G donne f(z0)=Ψ(0)G(z0)<G(z0)\abs{f'(z_0)} = \abs{\Psi'(0)}\,\abs{G'(z_0)} < \abs{G'(z_0)} — contredisant la maximalité (noter GFG \in \mathcal F). D’où ff est surjective : une équivalence conforme.

Étape 3 : normalisation et unicité. Multiplier ff par eiargf(z0)\eu^{-\iu\arg f'(z_0)} pour rendre f(z0)>0f'(z_0) > 0 (cela reste dans F\mathcal F). Si f1,f2f_1, f_2 marchent toutes deux, ψ=f2f11Aut(D)\psi = f_2\circ f_1^{-1} \in \operatorname{Aut}(\mathbb D) fixe 00 avec ψ(0)=f2(z0)/f1(z0)>0\psi'(0) = f_2'(z_0)/f_1'(z_0) > 0 ; par le Théorème 18.5 ψ\psi est une rotation eiθ\eu^{\iu\theta} avec eiθ>0\eu^{\iu\theta} > 0 : ψ=id\psi = \mathrm{id}.

Remarque 18.10

Le théorème est un pur énoncé d’existence d’une portée étonnante : un carré, un demi-plan, le complémentaire d’une fente, la région entre deux cercles tangents, un domaine à bord fractal — tous conformément identiques à D\mathbb D. Ce qu’il ne donne pas : aucune formule (les applications explicites sont l’exception : l’Exercice 18.5), de comportement au bord (une théorie plus profonde — le théorème de Carathéodory — le traite), ni d’unicité d’extension à C\C ou aux domaines multiplement connexes : l’anneau {1<z<2}\{1 < \abs z < 2\} n’est pas conformément un disque percé, et des anneaux de rapports de rayons différents sont inéquivalents (un fait authentiquement plus dur).

18.5 Fonctions harmoniques et noyau de Poisson

Proposition 18.11

Soit Ω\Omega simplement connexe et u ⁣:ΩRu \colon \Omega \to \R harmonique (C2\mathcal C^2 avec Δu=uxx+uyy=0\Delta u = u_{xx} + u_{yy} = 0). Alors u=ReFu = \operatorname{Re}F pour une FF holomorphe, unique à une constante imaginaire près. Par conséquent uu est C\mathcal C^\infty, satisfait la propriété de la moyenne, et obéit au principe du maximum (pas d’extrémum intérieur strict sauf si constante).

Démonstration. g=uxiuyg = u_x - \iu u_y satisfait les équations de Cauchy–Riemann (P=uxP = u_x, Q=uyQ = -u_y : Px=uxx=uyy=QyP_x = u_{xx} = -u_{yy} = Q_y et Py=uxy=uyx=QxP_y = u_{xy} = u_{yx} = -Q_x) avec dérivées partielles continues : gg est holomorphe (la Proposition 16.2 ; la R\R-différentiabilité suit de C1\mathcal C^1). Soit F0F_0 une primitive (simple connexité, la Définition 18.8) ; alors ReF0\operatorname{Re}F_0 a pour gradient (ux,uy)(u_x, u_y) (F0=gF_0' = g se déplie en exactement cela via Cauchy–Riemann pour F0F_0), donc uReF0u - \operatorname{Re}F_0 est constante (Ω\Omega connexe) : ajuster F=F0+cF = F_0 + c. Les propriétés se transfèrent du Théorème 16.14 et de l’Exercice 16.10 (pour le principe du maximum appliqué à uu elle-même, utiliser eF\eu^{F} comme là).

Théorème 18.12 (Formule de Poisson ; problème de Dirichlet sur le disque)

Pour 0r<10 \leq r < 1 définir le noyau de Poisson

Pr(θ)=nZrneinθ=1r212rcosθ+r2  >  0.P_r(\theta) = \sum_{n\in\Z}r^{\abs n}\eu^{\iu n\theta} = \frac{1 - r^2}{1 - 2r\cos\theta + r^2} \;>\; 0 .

Soit g ⁣:DRg \colon \partial\mathbb D \to \R continue, et poser, pour z=reiφDz = r\eu^{\iu\varphi} \in \mathbb D,

u(z)=12π02πPr(φt)g(eit) ⁣dt.u(z) = \frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} P_r(\varphi - t)\,g(\eu^{\iu t})\,\dd t .

Alors uu est harmonique sur D\mathbb D et s’étend continûment à Dˉ\bar{\mathbb D} avec valeurs au bord gg : l’unique telle fonction harmonique.

Démonstration. Identités du noyau : en sommant deux séries géométriques,

nZrneinθ=Re1+reiθ1reiθ=1r21reiθ2,\sum_{n\in\Z}r^{\abs n}\eu^{\iu n\theta} = \operatorname{Re}\frac{1 + r\eu^{\iu\theta}}{1 - r\eu^{\iu\theta}} = \frac{1 - r^2}{\abs{1 - r\eu^{\iu\theta}}^2},

qui est le quotient affiché ; la positivité est claire, et 12π02πPr=1\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi}P_r = 1 (seul n=0n = 0 survit).

Harmonicité : avec z=reiφz = r\eu^{\iu\varphi},

u(z)=Re[12π02πeit+zeitzg(eit) ⁣dt],u(z) = \operatorname{Re}\biggl[\frac1{2\pi}\int_0^{2\pi} \frac{\eu^{\iu t} + z}{\eu^{\iu t} - z}\, g(\eu^{\iu t})\,\dd t\biggr],

(le noyau entre crochets a pour partie réelle Pr(φt)P_r(\varphi - t) : calculer), et le crochet est holomorphe en zz sur D\mathbb D (l’Exercice 16.7) : uu est la partie réelle d’une fonction holomorphe, d’où harmonique.

Valeurs au bord : Pr()P_r(\cdot) est une identité approximative quand r1r \to 1^- : masse 11, et pour δθπ\delta \leq \abs\theta \leq \pi, Pr(θ)1r212rcosδ+r20P_r(\theta) \leq \frac{1 - r^2}{1 - 2r\cos\delta + r^2} \to 0 uniformément. Le découpage standard (continuité de gg près de eiφ0\eu^{\iu\varphi_0}, bornitude ailleurs) donne u(reiφ)g(eiφ0)u(r\eu^{\iu\varphi}) \to g(\eu^{\iu\varphi_0}) quand reiφeiφ0r\eu^{\iu\varphi} \to \eu^{\iu\varphi_0}, uniformément en le point du bord : l’extension est continue. Unicité : la différence de deux solutions est harmonique sur D\mathbb D, continue sur l’adhérence, nulle sur le bord : par le principe du maximum (appliqué à ±\pm la différence), elle s’annule.

Les courbes de niveau de Rez2 = x2 - y2 (hyperboles rouges) et Imz2 = 2xy (hyperboles bleues) se coupent à angle droit hors de 0 : une application conforme (z z2, où z ≠ 0) préserve l’orthogonalité des lignes de coordonnées. En z = 0, où la dérivée s’annule, les angles sont doublés à la place.
Les courbes de niveau de Rez2=x2y2\operatorname{Re}z^2 = x^2 - y^2 (hyperboles rouges) et Imz2=2xy\operatorname{Im}z^2 = 2xy (hyperboles bleues) se coupent à angle droit hors de 00 : une application conforme (zz2z \mapsto z^2, où z0z \neq 0) préserve l’orthogonalité des lignes de coordonnées. En z=0z = 0, où la dérivée s’annule, les angles sont doublés à la place.

18.6 Exercices

Exercice 18.1

(a) Vérifier que l’application de Cayley φ(z)=ziz+i\varphi(z) = \frac{z - \iu}{z + \iu} est une bijection HD\mathbb H \to \mathbb D avec l’inverse indiqué, et calculer les images de i\iu, 00, 11, \infty (limite). (b) Montrer que z1/zz \mapsto 1/z envoie cercles et droites sur cercles et droites. (Écrire leur équation commune αz2+βˉz+βzˉ+γ=0\alpha\abs z^2 + \bar\beta z + \beta\bar z + \gamma = 0, α,γR\alpha, \gamma \in \R.) En déduire le même pour toutes les applications de Möbius.

Solution

Solution de Exercice 18.1.

(a) φ\varphi et ψ(w)=i1+w1w\psi(w) = \iu\frac{1+w}{1-w} se composent en l’identité dans les deux ordres (calcul direct) ; φ\varphi envoie H\mathbb H dans D\mathbb D et ψ\psi en retour (l’Exemple 18.2). Valeurs : φ(i)=0\varphi(\iu) = 0, φ(0)=1\varphi(0) = -1, φ(1)=1i1+i=i\varphi(1) = \frac{1 - \iu}{1 + \iu} = -\iu, et φ(z)1\varphi(z) \to 1 quand zz \to \infty.

(b) Les cercles et droites sont les ensembles de solutions de αz2+βˉz+βzˉ+γ=0\alpha\abs z^2 + \bar\beta z + \beta\bar z + \gamma = 0 (α,γR\alpha, \gamma \in \R, βC\beta \in \C, β2>αγ\abs\beta^2 > \alpha\gamma) : α0\alpha \neq 0 cercles, α=0\alpha = 0 droites. En substituant z=1/wz = 1/w et multipliant par w2\abs w^2 : γw2+βw+βˉwˉ+α=0\gamma\abs w^2 + \beta w + \bar\beta\bar w + \alpha = 0 — même famille. Les applications affines préservent clairement la famille, et toute application de Möbius est une composition d’applications affines et d’une inversion (az+bcz+d=ac+bcadc1cz+d\frac{az+b}{cz+d} = \frac ac + \frac{bc - ad}{c}\cdot\frac1{cz + d} pour c0c \neq 0).

Exercice 18.2

Soit f ⁣:DDf \colon \mathbb D \to \mathbb D holomorphe. (a) Si f(0)=0f(0) = 0 et f(a)=af(a) = a pour un a0a \neq 0, montrer f=idf = \mathrm{id}. (b) Si ff est un automorphisme avec deux points fixes distincts dans D\mathbb D, montrer f=idf = \mathrm{id} (conjuguer par un facteur de Blaschke pour se ramener à (a)).

Solution

Solution de Exercice 18.2.

(a) Schwarz donne f(a)a\abs{f(a)} \leq \abs a avec égalité (les deux côtés =a= \abs a) : le cas d’égalité force f(z)=eiθzf(z) = \eu^{\iu\theta}z, et f(a)=af(a) = a fixe eiθ=1\eu^{\iu\theta} = 1.

(b) Soient aba \neq b des points fixes et g=φafφaAut(D)g = \varphi_a\circ f\circ\varphi_{-a} \in \operatorname{Aut}(\mathbb D) — en utilisant le Théorème 18.5 pour φ±a\varphi_{\pm a}. Alors g(0)=φa(f(a))=0g(0) = \varphi_a(f(a)) = 0 et g(c)=cg(c) = c pour c=φa(b)0c = \varphi_a(b) \neq 0 : par (a), g=idg = \mathrm{id}, donc f=φaφa=idf = \varphi_{-a}\circ\varphi_a = \mathrm{id}.

Exercice 18.3 ★★

(Schwarz–Pick) Pour f ⁣:DDf\colon \mathbb D \to \mathbb D holomorphe, prouver

f(z)1f(z)2    11z2(zD),\frac{\abs{f'(z)}}{1 - \abs{f(z)}^2} \;\leq\; \frac{1}{1 - \abs z^2} \qquad (z \in \mathbb D),

avec égalité (en un point, d’où partout) ssi fAut(D)f \in \operatorname{Aut}(\mathbb D). (Appliquer Schwarz à φf(z)fφz\varphi_{f(z)}\circ f\circ\varphi_{-z}.) Interprétation : les auto-applications holomorphes contractent la métrique hyperbolique.

Solution

Solution de Exercice 18.3.

Fixer zz et poser g=φf(z)fφzg = \varphi_{f(z)}\circ f\circ\varphi_{-z} : holomorphe DD\mathbb D \to \mathbb D avec g(0)=0g(0) = 0, donc g(0)1\abs{g'(0)} \leq 1 (Schwarz). Règle de la chaîne avec φa(ζ)=1a2(1aˉζ)2\varphi_a'(\zeta) = \frac{1 - \abs a^2}{(1 - \bar a\zeta)^2} :

g(0)=φf(z)(f(z))f(z)φz(0)=11f(z)2f(z)(1z2),g'(0) = \varphi_{f(z)}'\bigl(f(z)\bigr)\cdot f'(z)\cdot \varphi_{-z}'(0) = \frac{1}{1 - \abs{f(z)}^2}\cdot f'(z)\cdot(1 - \abs z^2),

d’où l’inégalité de Schwarz–Pick. L’égalité en un zz rend gg une rotation, d’où f=φf(z)(rotation)φzAut(D)f = \varphi_{-f(z)}\circ(\text{rotation})\circ\varphi_z \in \operatorname{Aut}(\mathbb D) — et alors l’égalité vaut partout (calculer, ou réappliquer avec les rôles de f,f1f, f^{-1} échangés). Les auto-applications holomorphes du disque sont 11-lipschitziennes pour la métrique hyperbolique 2 ⁣dz1z2\frac{2\abs{\dd z}}{1 - \abs z^2} ; les automorphismes en sont les isométries.

Exercice 18.4 ★★

Trouver des équivalences conformes explicites : (a) la bande {0<Imz<π}H\{0 < \operatorname{Im}z < \pi\} \to \mathbb H ; (b) le quadrant {Rez>0,Imz>0}H\{\operatorname{Re}z > 0, \operatorname{Im}z > 0\} \to \mathbb H ; (c) le demi-disque DH\mathbb D\cap\mathbb H \to un quadrant, puis H\to \mathbb H ; (d) DD\mathbb D \to \mathbb D envoyant 12\frac12 en 00 avec dérivée positive là.

Solution

Solution de Exercice 18.4.

(a) zezz \mapsto \eu^z : envoie {0<Imz<π}\{0 < \operatorname{Im}z < \pi\} bijectivement sur H\mathbb H (ex+iy=exeiy\eu^{x+\iu y} = \eu^x\eu^{\iu y} : module libre, argument y(0,π)y \in \intoo0\pi), holomorphe de dérivée non nulle et inverse holomorphe (log\log principal). (b) zz2z \mapsto z^2 double les arguments : le quadrant ouvert {0<argz<π2}\{0 < \arg z < \frac\pi2\} s’envoie conformément sur H\mathbb H (inverse : racine carrée principale). (c) z1+z1zz \mapsto \frac{1 + z}{1 - z} envoie D\mathbb D sur le demi-plan droit et préserve la symétrie haut/bas : elle envoie le demi-disque supérieur sur le premier quadrant ; puis élever au carré, par (b), pour atteindre H\mathbb H : z(1+z1z)2z \mapsto \bigl(\frac{1 + z}{1 - z}\bigr)^2. (d) Le facteur de Blaschke φ1/2(z)=z121z2\varphi_{1/2}(z) = \frac{z - \frac12}{1 - \frac z2} : φ1/2(12)=0\varphi_{1/2}(\tfrac12) = 0 et φ1/2(12)=114(114)2=43>0\varphi_{1/2}'(\tfrac12) = \frac{1 - \frac14}{(1 - \frac14)^2} = \frac43 > 0.

Exercice 18.5 ★★

(a) Montrer qu’aucune application conforme CD\C \to \mathbb D ou CH\C \to \mathbb H n’existe, ni aucune DC\mathbb D \to \C. (b) Lesquelles des suivantes sont conformément équivalentes à D\mathbb D ? Justifier via le Théorème 18.9 ou une obstruction : un carré ; C(,0]\C\setminus\intoc{-\infty}0 ; D{0}\mathbb D\setminus\{0\} ; {1<z<2}\{1 < \abs z < 2\}. (Pour les deux dernières : une image conforme du disque percé s’étendrait sur la perforation par le Théorème 17.4(1) — développer ceci.)

Solution

Solution de Exercice 18.5.

(a) Une application conforme CD\C \to \mathbb D (ou H\mathbb H, après composition avec Cayley) est une fonction entière bornée : constante par Liouville — pas bijective. Une conforme DC\mathbb D \to \C aurait un inverse conforme CD\C \to \mathbb D : même contradiction.

(b) Le carré est convexe, d’où simplement connexe, et propre : conformément D\mathbb D (le Théorème 18.9). Le plan découpé C(,0]\C\setminus\intoc{-\infty}0 est étoilé par rapport à 11 (les segments depuis 11 évitent la coupure), d’où simplement connexe, et propre : conformément D\mathbb D. Le disque percé : si g ⁣:D{0}Dg \colon \mathbb D\setminus\{0\} \to \mathbb D était conforme, gg est bornée, donc 00 est éliminable (le Théorème 17.4) : gg s’étend en g~ ⁣:DD\tilde g \colon \mathbb D \to \mathbb D, et g~(0)\tilde g(0), étant dans l’image ouverte g(D{0})=Dg(\mathbb D\setminus\{0\}) = \mathbb D, est aussi g(w)g(w) pour un w0w \neq 0 ; deux voisinages disjoints de 00 et ww ont des images ouvertes partageant la valeur g~(0)\tilde g(0), d’où partageant d’autres valeurs aussi (ouverts) : gg prend une certaine valeur deux fois sur D{0}\mathbb D\setminus\{0\} — contredisant l’injectivité. L’anneau A={1<z<2}A = \{1 < \abs z < 2\} : supposons F ⁣:DAF \colon \mathbb D \to A conforme. FF est sans zéro sur le simplement connexe D\mathbb D, donc F=eLF = \eu^L pour LL holomorphe (la Définition 18.8). Soit σ\sigma le cercle z=32\abs z = \frac32 dans AA et γ=F1σ\gamma = F^{-1}\circ\sigma, un chemin fermé dans D\mathbb D ; alors

1=Indσ(0)=12iπFγ ⁣dww=12iπγFF=12iπγL=01 = \operatorname{Ind}_\sigma(0) = \frac1{2\iu\pi}\int_{F\circ\gamma}\frac{\dd w}{w} = \frac1{2\iu\pi}\int_\gamma\frac{F'}{F} = \frac1{2\iu\pi}\int_\gamma L' = 0

(LL' a une primitive) : contradiction. Ni le disque percé ni l’anneau n’est un disque déguisé.

Exercice 18.6 ★★

Soit F={fH(D):f(0)=1, Ref>0}\mathcal F = \{f \in \mathcal H(\mathbb D) : f(0) = 1,\ \operatorname{Re}f > 0\}. (a) Montrer que F\mathcal F est localement bornée. (Composer avec l’application de type Cayley ww1w+1w \mapsto \frac{w - 1}{w + 1} envoyant le demi-plan droit sur D\mathbb D, et appliquer Schwarz.) (b) En déduire la borne de Herglotz : f(z)1+z1z\abs{f(z)} \leq \frac{1 + \abs z}{1 - \abs z} pour fFf \in \mathcal F, avec possibilités d’égalité.

Solution

Solution de Exercice 18.6.

(a) T(w)=w1w+1T(w) = \frac{w - 1}{w + 1} envoie {Rew>0}\{\operatorname{Re}w > 0\} conformément sur D\mathbb D (Cayley tourné : w1<w+1\abs{w - 1} < \abs{w + 1} ssi Rew>0\operatorname{Re}w > 0), avec T(1)=0T(1) = 0. Pour fFf \in \mathcal F, g=Tf ⁣:DDg = T\circ f\colon \mathbb D \to \mathbb D est holomorphe avec g(0)=0g(0) = 0 : Schwarz donne g(z)z\abs{g(z)} \leq \abs z.

(b) En invertissant TT : f=1+g1gf = \frac{1 + g}{1 - g}, donc

f(z)1+g(z)1g(z)1+z1z:\abs{f(z)} \leq \frac{1 + \abs{g(z)}}{1 - \abs{g(z)}} \leq \frac{1 + \abs z}{1 - \abs z} :

localement bornée (uniformément sur zr<1\abs z \leq r < 1). L’égalité en z00z_0 \neq 0 force g(z0)=z0\abs{g(z_0)} = \abs{z_0} et l’alignement : gg une rotation, c’est-à-dire f(z)=1+eiθz1eiθzf(z) = \frac{1 + \eu^{\iu\theta}z}{1 - \eu^{\iu\theta}z} — les extrémales de Herglotz, applications conformes sur le demi-plan droit.

Exercice 18.7 ★★★

Où la preuve du Théorème 18.9 utilise-t-elle chaque hypothèse ? Tracer : (i) simple connexité (deux fois) ; (ii) ΩC\Omega \neq \C ; (iii) connexité. Puis montrer que le théorème échoue pour Ω=C\Omega = \C et pour l’anneau, en localisant quelle étape de la preuve casse dans chaque cas.

Solution

Solution de Exercice 18.7.

(i) La simple connexité entre exactement deux fois, via l’existence de racines carrées holomorphes de fonctions sans zéro (la Définition 18.8) : à l’étape 0 (la racine de zbz - b) et à l’étape 2 (la racine de φaf\varphi_a\circ f). (ii) ΩC\Omega \neq \C fournit le point bb de l’étape 0 — sans lui la famille F\mathcal F est vide d’applications injectives bornées (Liouville : toute f ⁣:CDf \colon \C \to \mathbb D holomorphe est constante). (iii) La connexité est utilisée chaque fois que le théorème d’identité ou Hurwitz (l’Exercice 17.8) parle : la limite extrémale est « injective ou constante », et la constance est exclue par s>0s > 0 ; aussi dans « dérivée nulle implique constante ». Échec pour C\C : étape 0 impossible, et la conclusion est fausse (l’Exercice 18.5(a)). Échec pour l’anneau : pas simplement connexe — la construction par racine carrée casse (p. ex. zz elle-même, sans zéro sur AA, n’a pas de racine carrée holomorphe : le même calcul d’indice que dans l’Exercice 18.5(b) avec 12σ ⁣dzz2iπZ\frac12\int_\sigma\frac{\dd z}z \notin 2\iu\pi\Z) — et la conclusion est fausse aussi.

Exercice 18.8 ★★

Résoudre le problème de Dirichlet sur D\mathbb D pour les données au bord : (a) g(eit)=costg(\eu^{\iu t}) = \cos t ; (b) g(eit)=cos2tg(\eu^{\iu t}) = \cos^2 t ; (c) g=1demi-cercle supeˊrieurg = \mathbf 1_{\text{demi-cercle supérieur}} — pour (c) calculer u(0)u(0) et interpréter via la propriété de la moyenne. (Développer gg en série de Fourier et utiliser la série de PrP_r : u(reiφ)=ncn(g)rneinφu(r\eu^{\iu\varphi}) = \sum_n c_n(g) r^{\abs n}\eu^{\iu n\varphi}.)

Solution

Solution de Exercice 18.8.

En substituant le développement de Fourier de gg dans l’intégrale de Poisson et en utilisant 12πPr(φt)eint ⁣dt=rneinφ\frac1{2\pi}\int P_r(\varphi - t)\eu^{\iu nt}\dd t = r^{\abs n}\eu^{\iu n\varphi} (lu sur la série de PrP_r) : u(reiφ)=ncn(g)rneinφu(r\eu^{\iu\varphi}) = \sum_nc_n(g)\,r^{\abs n}\eu^{\iu n\varphi}, l’interversion justifiée par convergence normale (cng\abs{c_n} \leq \norm g_\infty, r<1r < 1).

(a) g=costg = \cos t : c±1=12c_{\pm1} = \frac12, donc u=rcosφ=Rez=xu = r\cos\varphi = \operatorname{Re}z = x — bien harmonique avec les bonnes valeurs au bord.

(b) cos2t=12+cos2t2\cos^2t = \frac12 + \frac{\cos 2t}2 : u=12+r2cos2φ2=12+Re(z2)2=12+x2y22u = \frac12 + \frac{r^2\cos2\varphi}2 = \frac12 + \frac{\operatorname{Re}(z^2)}2 = \frac12 + \frac{x^2 - y^2}{2}.

(c) g=1(0,π)g = \mathbf 1_{(0,\pi)} (demi-cercle supérieur) : c0=12c_0 = \frac12 et cn=1(1)n2iπnc_n = \frac{1 - (-1)^n}{2\iu\pi n} pour n0n \neq 0, donc

u(reiφ)=12+2πk0r2k+1sin((2k+1)φ)2k+1,u(0)=12:u(r\eu^{\iu\varphi}) = \frac12 + \frac2\pi\sum_{k\geq0} \frac{r^{2k+1}\sin\bigl((2k+1)\varphi\bigr)}{2k + 1}, \qquad u(0) = \frac12 :

le centre voit exactement la moyenne des données au bord — la propriété de la moyenne en personne.

Exercice 18.9 ★★★

(Harnack) Soit u0u \geq 0 harmonique sur D\mathbb D. Prouver, pour z=r<1\abs z = r < 1 :

1r1+ru(0)    u(z)    1+r1ru(0)\frac{1 - r}{1 + r}\,u(0) \;\leq\; u(z) \;\leq\; \frac{1 + r}{1 - r}\,u(0)

(borner le noyau de Poisson entre 1r1+r\frac{1-r}{1+r} et 1+r1r\frac{1+r}{1-r} ; appliquer la représentation sur des disques légèrement plus petits et passer à la limite). En déduire : une fonction harmonique sur C\C bornée inférieurement est constante.

Solution

Solution de Exercice 18.9.

De (1r)212rcosθ+r2(1+r)2(1-r)^2 \leq 1 - 2r\cos\theta + r^2 \leq (1+r)^2 :

1r1+r=1r2(1+r)2Pr(θ)1r2(1r)2=1+r1r.\frac{1-r}{1+r} = \frac{1 - r^2}{(1+r)^2} \leq P_r(\theta) \leq \frac{1 - r^2}{(1 - r)^2} = \frac{1+r}{1-r} .

Pour u0u \geq 0 harmonique sur D\mathbb D et s<1s < 1 : us(z)=u(sz)u_s(z) = u(sz) est harmonique sur un voisinage de Dˉ\bar{\mathbb D}, d’où égale son intégrale de Poisson (le Théorème 18.12, unicité, appliqué à ses propres valeurs au bord) ; en encadrant le noyau et en utilisant la moyenne 12πus(eit) ⁣dt=u(0)\frac1{2\pi}\int u_s(\eu^{\iu t})\dd t = u(0) :

1r1+ru(0)u(sreiφ)1+r1ru(0).\frac{1-r}{1+r}\,u(0) \leq u(s\,r\eu^{\iu\varphi}) \leq \frac{1+r}{1-r}\,u(0).

Faire s1s \to 1^- à reiφr\eu^{\iu\varphi} fixe (continuité de uu) : les inégalités de Harnack. Si uu est harmonique sur C\C avec umu \geq m : appliquer Harnack à umu - m sur les disques D(0,R)D(0, R), c’est-à-dire à zu(Rz)mz \mapsto u(Rz) - m : pour zz fixe et r=z/R0r = \abs z/R \to 0, les deux bornes tendent vers u(0)mu(0) - m : u(z)=u(0)u(z) = u(0) — constante (un Liouville bilatère à partir d’une borne unilatère).

Exercice 18.10 ★★

En utilisant l’invariance conforme de l’harmonicité (ufu\circ f est harmonique quand uu est harmonique et ff holomorphe — le prouver via la Proposition 18.11 localement), résoudre le problème de Dirichlet sur le demi-plan supérieur avec données au bord 1(,0)\mathbf 1_{\intoo{-\infty}0} : montrer que

u(x+iy)=1πarg(x+iy)(arg(0,π) sur H)u(x + \iu y) = \frac1\pi\,\arg(x + \iu y) \qquad (\arg \in \intoo0\pi \text{ sur } \mathbb H)

est harmonique sur H\mathbb H (partie imaginaire d’un logarithme holomorphe) avec les limites au bord requises en tout x0x \neq 0, et le transporter au disque par Cayley pour retrouver l’Exercice 18.8(c).

Solution

Solution de Exercice 18.10.

Localement, u=ReFu = \operatorname{Re}F avec FF holomorphe (la Proposition 18.11), donc uf=Re(Ff)u\circ f = \operatorname{Re}(F\circ f) est harmonique là où elle est définie : l’harmonicité est conformément invariante. Sur H\mathbb H : le logarithme principal donne logz=lnz+iargz\log z = \ln\abs z + \iu\arg z holomorphe sur H\mathbb H, donc u=1πargz=Im(1πlogz)u = \frac1\pi\arg z = \operatorname{Im}\bigl(\frac1\pi\log z\bigr) est harmonique, avec limites au bord : pour x>0x > 0, arg0\arg \to 0, u0u \to 0 ; pour x<0x < 0, argπ\arg \to \pi, u1u \to 1 : les données 1(,0)\mathbf 1_{\intoo{-\infty}0} en tout x0x \neq 0. En transportant par l’application de Cayley (qui envoie DH\mathbb D \to \mathbb H après inversion et fait correspondre le demi-cercle supérieur à l’axe négatif, à la rotation près fixée en suivant trois points du bord), u(Cayley)u\circ(\text{Cayley}) résout le problème du disque de l’Exercice 18.8(c) ; l’évaluation au centre retrouve u=12u = \frac12 là, et la forme fermée 1πarg\frac1\pi\arg peut être contrôlée contre la série en sommant r2k+1sin((2k+1)φ)2k+1=12arctan2rsinφ1r2\sum\frac{r^{2k+1}\sin((2k+1)\varphi)}{2k+1} = \frac12\arctan\frac{2r\sin\varphi}{1 - r^2}-type identités — la route élémentaire vers la même réponse.

Exercice 18.11 ★★

(Points fixes et itération dans le disque) Soit f ⁣:DDf\colon\mathbb D \to \mathbb D holomorphe. (a) Montrer que si ff a deux points fixes distincts, alors f=idf = \mathrm{id} (amener l’un en 00 par un automorphisme et appliquer le cas d’égalité de Schwarz). (b) Supposer f(0)=0f(0) = 0 et ff n’est pas une rotation. Montrer que les itérées fn0f^{\circ n} \to 0 uniformément sur tout compact Dˉ(0,r)\bar D(0, r), r<1r < 1 (Schwarz donne f(z)crz\abs{f(z)} \leq c_r\abs z sur Dˉ(0,r)\bar D(0,r) avec cr<1c_r < 1 — justifier cette constante stricte via le principe du maximum appliqué à f(z)/zf(z)/z). (c) Illustrer avec f(z)=z2+z2f(z) = \frac{z^2 + z}2 : points fixes, et le taux de convergence de l’orbite de z0=12z_0 = \frac12.

Solution

Solution de Exercice 18.11.

(a) Soient aba \neq b fixes. En conjuguant par φa(z)=za1aˉz\varphi_a(z) = \frac{z - a}{1 - \bar az} (un automorphisme échangeant aa et 00), g=φafφa1g = \varphi_a\circ f\circ\varphi_a^{-1} fixe 00 et le point c=φa(b)0c = \varphi_a(b) \neq 0. Schwarz : g(z)z\abs{g(z)} \leq \abs z, et en z=cz = c l’égalité vaut (g(c)=cg(c) = c) : le cas d’égalité force g(z)=λzg(z) = \lambda z avec λ=1\abs\lambda = 1, et λc=c\lambda c = c donne λ=1\lambda = 1 : g=idg = \mathrm{id}, d’où f=idf = \mathrm{id}.

(b) h(z)=f(z)/zh(z) = f(z)/z (singularité éliminable en 00) est holomorphe sur D\mathbb D avec h1\abs h \leq 1 (Schwarz) ; h<1\abs h < 1 partout, sinon le principe du maximum (maximum intérieur de h\abs h) rendrait hh une constante unimodulaire, c’est-à-dire ff une rotation — exclu. Sur le compact Dˉ(0,r)\bar D(0,r), cr=maxh<1c_r = \max\abs h < 1, donc f(z)crz\abs{f(z)} \leq c_r\abs z là ; de plus ff envoie Dˉ(0,r)\bar D(0,r) dans lui-même (crzrc_r\abs z \leq r), donc la borne itère : fn(z)crnr0\abs{f^{\circ n}(z)} \leq c_r^n\,r \to 0 uniformément sur Dˉ(0,r)\bar D(0, r).

(c) Points fixes de z2+z2\frac{z^2 + z}2 : z2+z=2zz^2 + z = 2z ssi z(z1)=0z(z - 1) = 0 ; seul z=0z = 0 est dans D\mathbb D (z=1z = 1 est sur le bord). Pas une rotation (f(0)=12f'(0) = \frac12), donc les orbites tendent vers 00 ; quantitativement f(z)=z2(1+z)f(z) = \frac z2(1 + z) donne f(z)34z\abs{f(z)} \leq \frac{3}{4}\abs z sur z12\abs z \leq \frac12, et une fois l’orbite petite, f(z)z2\abs{f(z)} \approx \frac{\abs z}2 : asymptotiquement géométrique de raison f(0)=12f'(0) = \frac12. Depuis z0=12z_0 = \frac12 : z1=38z_1 = \frac38, z20,258z_2 \approx 0{,}258, z30,162z_3 \approx 0{,}162 — une demi-vie par pas, comme prédit par le multiplicateur.

Exercice 18.12 ★★

(Conjuguées harmoniques, concrètement) Soit u(x,y)=x33xy2+2yu(x, y) = x^3 - 3xy^2 + 2y. (a) Vérifier que uu est harmonique sur R2\R^2, et trouver toutes les conjuguées harmoniques vv (c’est-à-dire u+ivu + \iu v holomorphe) en intégrant les équations de Cauchy–Riemann ; identifier f(z)=u+ivf(z) = u + \iu v comme un polynôme en zz. (b) Montrer que sur un étoilé ouvert, toute fonction harmonique admet une conjuguée harmonique, unique à une constante additive près (la 11-forme uy ⁣dx+ux ⁣dy-u_y\,\dd x + u_x\,\dd y est fermée ; la machinerie de primitive du Théorème 16.8, ou le lemme de Poincaré du Chapitre 21). (c) Donner le contre-exemple standard sur C\C^* : u=lnzu = \ln\abs z n’a pas de conjuguée globale — relier à la forme angulaire et au nombre de tours (le Chapitre 21).

Solution

Solution de Exercice 18.12.

(a) Δu=6x6x+0=0\Delta u = 6x - 6x + 0 = 0. Cauchy–Riemann exige vy=ux=3x23y2v_y = u_x = 3x^2 - 3y^2 et vx=uy=6xy2v_x = -u_y = 6xy - 2. En intégrant la première en yy : v=3x2yy3+c(x)v = 3x^2y - y^3 + c(x) ; en branchant dans la seconde : 6xy+c(x)=6xy26xy + c'(x) = 6xy - 2, donc c(x)=2x+Cc(x) = -2x + C. Ainsi v=3x2yy32x+Cv = 3x^2y - y^3 - 2x + C et

f=u+iv=(x33xy2)+i(3x2yy3)+2y2ix+iC=z32iz+iC.f = u + \iu v = (x^3 - 3xy^2) + \iu(3x^2y - y^3) + 2y - 2\iu x + \iu C = z^3 - 2\iu z + \iu C .

(b) La forme ω=uy ⁣dx+ux ⁣dy\omega = -u_y\,\dd x + u_x\,\dd y est fermée précisément parce que Δu=0\Delta u = 0 (y(uy)=uyy=uxx=x(ux)\partial_y(-u_y) = -u_{yy} = u_{xx} = \partial_x(u_x)). Sur un ouvert étoilé le lemme de Poincaré (le Théorème 21.15 ; ou la construction de primitive du Théorème 16.8 appliquée à l’holomorphe uxiuyu_x - \iu u_y) fournit vv avec  ⁣dv=ω\dd v = \omega, c’est-à-dire le système de Cauchy–Riemann : u+ivu + \iu v est holomorphe. Deux conjuguées diffèrent d’une fonction de gradient nul : une constante (connexité).

(c) Pour u=lnzu = \ln\abs z sur C\C^* : ω=uy ⁣dx+ux ⁣dy=y ⁣dx+x ⁣dyx2+y2=ωθ\omega = -u_y\dd x + u_x\dd y = \frac{-y\,\dd x + x\,\dd y}{x^2 + y^2} = \omega_\theta, la forme angulaire (l’Exemple 21.14), dont l’intégrale le long du cercle unité est 2π02\pi \neq 0 : non exacte, donc aucune conjuguée globale n’existe — une conjuguée serait une détermination continue de l’argument, et le nombre de tours est exactement l’obstruction. Localement (sur tout sous-domaine étoilé), v=argzv = \arg z marche et u+iv=logzu + \iu v = \log z : l’échec est global, non local.

18.7 Problème : le théorème de l’aire et le théorème du quart de Koebe

Problème 18.1

Problème de week-end — combien une application univalente doit-elle couvrir ?

Une fonction univalente est une injection holomorphe. Les fonctions univalentes normalisées sur le disque,

S={fH(D) injective, f(z)=z+a2z2+a3z3+},\mathcal S = \bigl\{f \in \mathcal H(\mathbb D) \text{ injective},\ f(z) = z + a_2z^2 + a_3z^3 + \cdots\bigr\},

sont rigidement contraintes : nous prouvons l’inégalité de Bieberbach a22\abs{a_2} \leq 2 et en déduisons le théorème du quart de Koebe : l’image de toute fSf \in \mathcal S contient le disque D(0,14)D(0, \frac14) — la constante universelle nette de la géométrie conforme.

Partie I — Le théorème de l’aire. Soit g(w)=w+b0+b1w+b2w2+g(w) = w + b_0 + \frac{b_1}w + \frac{b_2}{w^2} + \cdots holomorphe et injective sur {w>1}\{\abs w > 1\}.

  1. Pour ρ>1\rho > 1, soit AρA_\rho l’aire (mesure de Lebesgue) de l’ensemble compact Kρ=Cg({w>ρ})K_\rho = \C\setminus g(\{\abs w > \rho\}), la région encerclée par la courbe de Jordan lisse g(Cρ)g(C_\rho). En utilisant la formule d’aire du théorème de Green–Riemann du volume de deuxième année — l’aire encerclée est 12iζˉ ⁣dζ\frac1{2\iu} \oint\bar\zeta\,\dd\zeta le long du bord orienté positivement — montrer que

    Aρ=12iCρg(w)g(w) ⁣dw=π(ρ2n1nbn2ρ2n):A_\rho = \frac{1}{2\iu}\int_{C_\rho} \overline{g(w)}\,g'(w)\,\dd w = \pi\Bigl(\rho^2 - \sum_{n\geq1}n\,\abs{b_n}^2\rho^{-2n}\Bigr) :

    substituer la série de Laurent de gˉ\bar g et gg' sur CρC_\rho et intégrer terme à terme (convergence normale ; seuls les produits de fréquence nulle survivent).

  2. Faire ρ1+\rho \to 1^+ et conclure le théorème de l’aire :

    n1nbn2    1.\sum_{n\geq1}n\,\abs{b_n}^2 \;\leq\; 1 .

    En particulier b11\abs{b_1} \leq 1. Quand a-t-on b1=1\abs{b_1} = 1 ?

Partie II — Bieberbach a22\abs{a_2} \leq 2. Soit f=z+a2z2+Sf = z + a_2z^2 + \cdots \in \mathcal S.

  1. Montrer que f(z2)/z2f(z^2)/z^2 est holomorphe et sans zéro sur D\mathbb D, et admet une racine carrée holomorphe φ\varphi avec φ(0)=1\varphi(0) = 1 ; poser h(z)=zφ(z2)h(z) = z\varphi(z^2), de sorte que h(z)2=f(z2)h(z)^2 = f(z^2). Montrer que hh est une fonction univalente impaire sur D\mathbb D de développement h(z)=z+a22z3+h(z) = z + \frac{a_2}2z^3 + \cdots. (Injectivité : h(z)2=h(z)2h(z)^2 = h(z')^2 force z2=z2z^2 = z'^2 ; utiliser l’imparité pour finir.)
  2. Appliquer le théorème de l’aire à g(w)=1/h(1/w)=wa22w+g(w) = 1/h(1/w) = w - \frac{a_2}{2w} + \cdots sur {w>1}\{\abs w > 1\} (vérifier l’univalence et le développement), et conclure a22\abs{a_2} \leq 2.
  3. Montrer que la fonction de Koebe

    k(z)=z(1z)2=n1nznk(z) = \frac{z}{(1 - z)^2} = \sum_{n\geq1}n\,z^n

    appartient à S\mathcal S, a a2=2a_2 = 2, et envoie D\mathbb D sur C(,14]\C\setminus\intoc{-\infty}{-\frac14} (écrire k=14[(1+z1z)21]k = \frac14\bigl[\bigl(\frac{1+z}{1 - z}\bigr)^2 - 1\bigr] et suivre les images) : toutes les inégalités à venir sont nettes.

Partie III — Le théorème du quart.

  1. Soit fSf \in \mathcal S et cf(D)c \notin f(\mathbb D). Montrer que

    F(z)=cf(z)cf(z)F(z) = \frac{c\,f(z)}{c - f(z)}

    appartient à S\mathcal S, et calculer son second coefficient : A2=a2+1cA_2 = a_2 + \frac1c.

  2. Appliquer Bieberbach à ff et à FF : conclure 1cA2+a24\abs{\frac1c} \leq \abs{A_2} + \abs{a_2} \leq 4, c’est-à-dire c14\abs c \geq \frac14. Toute valeur omise a un module 14\geq \frac14 : f(D)D(0,14)f(\mathbb D) \supseteq D(0, \frac14) — théorème du quart de Koebe. Vérifier la netteté sur la fonction de Koebe.
  3. En déduire une estimation quantitative d’application de Riemann : si φ ⁣:ΩD\varphi \colon \Omega \to \mathbb D est l’application de Riemann du Théorème 18.9 en z0z_0, alors

    d(z0,Ω)4    1φ(z0)    4d(z0,Ω)\frac{d\bigl(z_0, \partial\Omega\bigr)}{4} \;\leq\; \frac1{\varphi'(z_0)} \;\leq\; 4\,d\bigl(z_0, \partial\Omega\bigr)

    — prouver au moins l’inégalité de gauche en appliquant Koebe à φ1\varphi^{-1} convenablement normalisée, et celle de droite par Schwarz appliqué à φ\varphi sur le disque D(z0,d)ΩD(z_0, d) \subseteq \Omega.

Partie IV — Perspective.

  1. Bieberbach a conjecturé (1916) ann\abs{a_n} \leq n pour tout nn, avec égalité seulement pour les rotations de la fonction de Koebe ; de Branges l’a prouvé en 1985. Vérifier la conjecture à la main pour la fonction de Koebe et ses rotations eiθk(eiθz)\eu^{-\iu\theta}k(\eu^{\iu\theta}z). Puis pousser le développement de la question 4 d’un terme : en écrivant h(z)=z+a22z3+c5z5+h(z) = z + \frac{a_2}2z^3 + c_5z^5 + \cdots, montrer c5=a32a228c_5 = \frac{a_3}2 - \frac{a_2^2}8 et

    g(w)=wa22w1+(3a228a32)w3+,g(w) = w - \frac{a_2}{2}\,w^{-1} + \Bigl(\frac{3a_2^2}8 - \frac{a_3}2\Bigr)w^{-3} + \cdots ,

    donc le théorème de l’aire donne l’inégalité affinée a222+33a228a3221\bigl|\frac{a_2}2\bigr|^2 + 3\bigl|\frac{3a_2^2}8 - \frac{a_3}2\bigr|^2 \leq 1. Vérifier sur la fonction de Koebe (a2=2a_2 = 2, a3=3a_3 = 3).

Partie V — Le théorème de distorsion. L’inégalité de Bieberbach, transportée autour du disque par les automorphismes, contrôle ff' partout. Fixer fSf \in \mathcal S.

  1. (Transformée de Koebe) Pour z0Dz_0 \in \mathbb D soit φ(z)=z+z01+zˉ0z\varphi(z) = \frac{z + z_0}{1 + \bar z_0z}, un automorphisme du disque (le Théorème 18.5) avec φ(0)=z0\varphi(0) = z_0. Montrer que

    F(z)=f(φ(z))f(z0)f(z0)(1z02)F(z) = \frac{f(\varphi(z)) - f(z_0)} {f'(z_0)\,\bigl(1 - \abs{z_0}^2\bigr)}

    appartient à S\mathcal S (l’univalence est héritée ; calculer φ(0)=1z02\varphi'(0) = 1 - \abs{z_0}^2 et vérifier la normalisation ; rappeler f0f' \neq 0 pour ff injective, la Définition 18.1).

  2. Calculer le second coefficient A2=12F(0)A_2 = \frac12F''(0) de FF :

    A2=12[(1z02)f(z0)f(z0)2zˉ0],A_2 = \frac12\Bigl[\bigl(1 - \abs{z_0}^2\bigr) \frac{f''(z_0)}{f'(z_0)} - 2\bar z_0\Bigr] ,

    et déduire de Bieberbach (question 4), pour z=reiθz = r\eu^{\iu\theta}, l’inégalité fondamentale :

    zf(z)f(z)2r21r2    4r1r2.\Bigl|\,z\,\frac{f''(z)}{f'(z)} - \frac{2r^2}{1 - r^2}\Bigr| \;\leq\; \frac{4r}{1 - r^2} .
  3. Extraire la partie réelle :

    2r24r1r2    Re(zf(z)f(z))    2r2+4r1r2.\frac{2r^2 - 4r}{1 - r^2} \;\leq\; \operatorname{Re}\Bigl(z\,\frac{f''(z)}{f'(z)}\Bigr) \;\leq\; \frac{2r^2 + 4r}{1 - r^2} .
  4. Montrer que  ⁣d ⁣dtlogf(teiθ)=1tRe(zf(z)f(z))\frac{\dd}{\dd t}\log\bigl| f'(t\eu^{\iu\theta})\bigr| = \frac1t \operatorname{Re}\bigl(z\frac{f''(z)}{f'(z)}\bigr) en z=teiθz = t\eu^{\iu\theta} (pour une fonction C1\mathcal C^1 non nulle gg d’une variable réelle,  ⁣d ⁣dtlogg=Re(g/g)\frac{\dd}{\dd t}\log\abs g = \operatorname{Re}(g'/g)), et intégrer les bornes de la question 12 le long du rayon pour obtenir le théorème de distorsion :

    1r(1+r)3    f(z)    1+r(1r)3,z=r.\frac{1 - r}{(1 + r)^3} \;\leq\; \abs{f'(z)} \;\leq\; \frac{1 + r}{(1 - r)^3}, \qquad \abs z = r .
  5. En déduire le théorème de croissance :

    r(1+r)2    f(z)    r(1r)2,z=r\frac{r}{(1 + r)^2} \;\leq\; \abs{f(z)} \;\leq\; \frac{r}{(1 - r)^2}, \qquad \abs z = r

    (borne supérieure : intégrer ff' sur le segment [0,z][0, z] ; borne inférieure : si f(z)<14\abs{f(z)} < \frac14, le segment [0,f(z)][0, f(z)] est dans f(D)f(\mathbb D) par la question 7 ; le ramener par f1f^{-1}holomorphe par le Corollaire 17.10 — et borner f(z)=γf(ζ) ⁣dζ0r1t(1+t)3 ⁣dt\abs{f(z)} = \int_\gamma\abs{f'(\zeta)} \,\abs{\dd\zeta} \geq \int_0^r\frac{1 - t}{(1 + t)^3}\,\dd t, en utilisant  ⁣dζ ⁣dζ\abs{\dd\zeta} \geq \dd\abs\zeta).

  6. Vérifier que la fonction de Koebe réalise l’égalité dans les quatre bornes, en z=rz = r pour les supérieures et z=rz = -r pour les inférieures : kk est simultanément le membre le plus expansif et, à l’antipode, le plus contractant de S\mathcal S.

Partie VI — Rigidité extrémale. Dans chaque inégalité jusqu’ici, l’égalité identifie la fonction de Koebe à rotation près. Nous le prouvons, puis récoltons.

  1. Supposer fSf \in \mathcal S avec a2=2\abs{a_2} = 2. Suivre l’égalité à travers les questions 2–4 : le théorème de l’aire force g(w)=w+b0+eiα/wg(w) = w + b_0 + \eu^{\iu\alpha}/w ; l’imparité de hh rend gg impaire, donc b0=0b_0 = 0 ; inverser pour trouver hh, puis ff, et conclure que

    f(z)=eiθk(eiθz)avec eiθ=eiα:f(z) = \eu^{-\iu\theta}k\bigl(\eu^{\iu\theta}z\bigr) \quad\text{avec } \eu^{\iu\theta} = -\eu^{\iu\alpha} :

    les rotations de la fonction de Koebe sont les seuls membres de S\mathcal S avec a2=2\abs{a_2} = 2.

  2. Montrer que si fSf \in \mathcal S omet une valeur cc avec c=14\abs c = \frac14 exactement, alors ff est une rotation de la fonction de Koebe, et identifier c=eiθ/4c = -\eu^{-\iu\theta}/4 (suivre l’égalité à travers la chaîne de la question 7 4=1/c=A2a2A2+a244 = \abs{1/c} = \abs{A_2 - a_2} \leq \abs{A_2} + \abs{a_2} \leq 4) : la constante du théorème du quart n’est atteinte que par la famille extrémale.
  3. (Coefficients à bon marché) Combiner le théorème de croissance avec les estimations de Cauchy (le Théorème 16.10) sur le cercle z=11n\abs z = 1 - \frac1n pour prouver

    an    en2(n2).\abs{a_n} \;\leq\; \eu\,n^2 \qquad (n \geq 2) .

    (De Branges, 1985 : ann\abs{a_n} \leq n ; le facteur en\eu n est le prix d’outils élémentaires.)

  4. (Recouvrement de sous-disques) Montrer que pour tout 0<r<10 < r < 1,

    f(D(0,r))D(0,r(1+r)2),f\bigl(D(0, r)\bigr) \supseteq D\Bigl(0, \frac{r}{(1 + r)^2}\Bigr),

    net pour la fonction de Koebe, et retrouver le théorème du quart comme r1r \to 1^-. (Les points du bord de l’image ouverte f(D(0,r))f(D(0,r)) sont sur f(D(0,r))f(\partial D(0,r)), d’où de module r(1+r)2\geq \frac{r}{(1+r)^2} par la question 14 ; un segment de 00 à un point manqué de plus petit module devrait croiser ce bord.)

  5. (Koebe en tout point) Soit ff univalente sur D\mathbb D, pas nécessairement normalisée, et z0Dz_0 \in \mathbb D. Prouver

    14(1z02)f(z0)    d(f(z0),f(D))    (1z02)f(z0)\tfrac14\bigl(1 - \abs{z_0}^2\bigr)\abs{f'(z_0)} \;\leq\; d\bigl(f(z_0), \partial f(\mathbb D)\bigr) \;\leq\; \bigl(1 - \abs{z_0}^2\bigr)\abs{f'(z_0)}

    (gauche : théorème du quart appliqué à la transformée de Koebe de la question 10 ; droite : Schwarz (le Théorème 18.4) appliqué à ψ1g^\psi^{-1}\circ\hat g, où g^(w)=f1(f(z0)+dw)\hat g(w) = f^{-1}\bigl(f(z_0) + dw\bigr), dd la distance, et ψ\psi un automorphisme du disque envoyant 00 en z0z_0). Pourquoi f(D)\partial f(\mathbb D) est-il non vide ?

  6. Vérifier la question 20 sur f=kf = k en z0=r(0,1)z_0 = r \in \intoo01 : calculer d(k(r),k(D))=(1+r)24(1r)2d\bigl(k(r), \partial k(\mathbb D)\bigr) = \frac{(1+r)^2}{4(1-r)^2} et vérifier que l’inégalité de gauche est une égalité : la fonction de Koebe sature son propre théorème en tout point de (0,1)\intoo01.
  7. (La morale) En dix lignes : quel principe unique sous-tend le théorème de l’aire, et comment Bieberbach, le théorème du quart, la distorsion, la croissance et le recouvrement en découlent tous ? Comparer avec le monde de Schwarz–Pick du Théorème 18.4 : dans les deux, une inégalité intérieure rigidifie toute la géométrie, et les extrémales sont uniques à rotation près.

Partie VII — Compacité, inverses, et un contrôle de réalité.

  1. Montrer que la classe S\mathcal S est compacte pour la convergence localement uniforme : elle est localement bornée par le théorème de croissance, d’où normale (le Théorème 18.7) ; et une limite localement uniforme de membres de S\mathcal S est encore dans S\mathcal S (les normalisations passent à la limite par convergence de Weierstrass des dérivées ; l’injectivité survit par Hurwitz, l’Exercice 17.8, la limite étant non constante). Pourquoi cela importe-t-il pour les problèmes extrémaux comme celui de Bieberbach ?
  2. Pour fSf \in \mathcal S, soit g=f1g = f^{-1}, définie près de 00. Montrer g(w)=wa2w2+O(w3)g(w) = w - a_2w^2 + O(w^3), donc le second coefficient de l’inverse obéit à la même borne nette A2=a22\abs{A_2} = \abs{a_2} \leq 2, avec égalité exactement pour les fonctions de Koebe tournées.
  3. Déterminer pour quels aCa \in \C le polynôme f(z)=z+az2f(z) = z + az^2 appartient à S\mathcal S : montrer que ff est injective sur D\mathbb D ssi a12\abs a \leq \frac12 (factoriser f(z1)f(z2)f(z_1) - f(z_2)). Conclure : pour les polynômes de degré deux la vraie borne de coefficient est 12\frac12, quatre fois plus petite que le 22 de Bieberbach — les extrémales de S\mathcal S sont authentiquement des objets transcendants, et aucun polynôme ne s’en approche.
Solution

Solution de Problème 18.1.

1. gg est injective et holomorphe ; sur CρC_\rho (ρ>1\rho > 1) elle est lisse, et l’aire encerclée est 12ig(Cρ)ζˉ ⁣dζ\frac1{2\iu}\oint_{g(C_\rho)}\bar\zeta\,\dd\zeta (la formule d’aire de Green–Riemann de deuxième année, appliquée avec orientation positive). En substituant ζ=g(w)\zeta = g(w), w=ρeiθw = \rho\eu^{\iu\theta} :

Aρ=12iCρg(w)g(w) ⁣dw=ρ202πg(ρeiθ)g(ρeiθ)eiθ ⁣dθ.A_\rho = \frac1{2\iu}\int_{C_\rho}\overline{g(w)}\,g'(w)\dd w = \frac\rho2\int_0^{2\pi}\overline{g(\rho\eu^{\iu\theta})} \,g'(\rho\eu^{\iu\theta})\,\eu^{\iu\theta}\,\dd\theta .

Insérer gˉ=ρeiθ+bˉ0+mbˉmρmeimθ\bar g = \rho\eu^{-\iu\theta} + \bar b_0 + \sum_m\bar b_m\rho^{-m}\eu^{\iu m\theta} et g=1nnbnρn1ei(n+1)θg' = 1 - \sum_nnb_n\rho^{-n-1}\eu^{-\iu(n+1)\theta} : après multiplication par eiθ\eu^{\iu\theta}, seuls les produits de fréquence nulle survivent à l’intégration en θ\theta (la convergence normale justifie le travail terme à terme) : la paire (ρeiθ)1(\rho\eu^{-\iu\theta})\cdot1 contribue 2πρ2\pi\rho, et chaque paire bˉnρneinθ(nbnρn1ei(n+1)θ)\bar b_n\rho^{-n}\eu^{\iu n\theta}\cdot(-nb_n\rho^{-n-1}\eu^{-\iu(n+1)\theta}) contribue 2πnbn2ρ2n1-2\pi n\abs{b_n}^2\rho^{-2n-1} :

Aρ=πρ2πn1nbn2ρ2n.A_\rho = \pi\rho^2 - \pi\sum_{n\geq1}n\abs{b_n}^2\rho^{-2n}.

2. Les aires sont non négatives : nNnbn2ρ2nρ2\sum_{n\leq N}n\abs{b_n}^2\rho^{-2n} \leq \rho^2 pour tout NN ; faire ρ1+\rho \to 1^+ puis NN \to \infty : n1nbn21\sum_{n\geq1}n\abs{b_n}^2 \leq 1. L’égalité dans b11\abs{b_1} \leq 1 force tous les autres bn=0b_n = 0 : g(w)=w+b0+eiα/wg(w) = w + b_0 + \eu^{\iu\alpha}/w, qui s’envoie sur le complémentaire d’un segment de longueur 44 (application de type Joukowski) : les extrémales.

3. f(z)/z=1+a2z+f(z)/z = 1 + a_2z + \cdots est holomorphe et sans zéro sur D\mathbb D (ff ne s’annule qu’en 00, simplement : injectivité), d’où aussi f(z2)/z2f(z^2)/z^2, qui a une racine carrée holomorphe φ\varphi avec φ(0)=1\varphi(0) = 1 (la Définition 18.8 ; D\mathbb D est convexe). Alors h(z)=zφ(z2)h(z) = z\varphi(z^2) satisfait h2=f(z2)h^2 = f(z^2), h(z)=z(1+a22z2+)h(z) = z\bigl(1 + \frac{a_2}2z^2 + \cdots\bigr) (série binomiale pour la racine), et h(z)=zφ(z2)h(z) = z\varphi(z^2) est impaire par construction (φ(z2)\varphi(z^2) est paire). Injectivité : h(z)=h(z)h(z) = h(z') donne f(z2)=f(z2)f(z^2) = f(z'^2), donc z2=z2z^2 = z'^2, c’est-à-dire z=±zz' = \pm z ; si z=zz' = -z alors l’imparité donne h(z)=h(z)h(z) = -h(z), donc h(z)=0h(z) = 0, forçant z=0z = 0 (φ\varphi sans zéro) : z=z=0z = z' = 0.

4. g(w)=1/h(1/w)g(w) = 1/h(1/w) : pour w>1\abs w > 1, 1/wD{0}1/w \in \mathbb D\setminus\{0\} et h0h \neq 0 là : bien définie, injective (composition d’injections), avec développement

g(w)=11w(1+a22w2+)=w(1a22w2+)=wa22w1+:g(w) = \frac{1}{\frac1w\bigl(1 + \frac{a_2}{2w^2} + \cdots\bigr)} = w\Bigl(1 - \frac{a_2}{2w^2} + \cdots\Bigr) = w - \frac{a_2}{2}\,w^{-1} + \cdots :

de la forme de la partie I avec b1=a22b_1 = -\frac{a_2}2. Le théorème de l’aire donne a221\abs{\frac{a_2}2} \leq 1 : a22\abs{a_2} \leq 2.

5. k(z)=z(1z)2=zm0(m+1)zm=n1nznk(z) = \frac z{(1-z)^2} = z\sum_{m\geq0}(m + 1)z^m = \sum_{n\geq1}nz^n : coefficients an=na_n = n, donc a2=2a_2 = 2. Univalence et image : k=14[w21]k = \frac14\bigl[w^2 - 1\bigr] avec w=1+z1zw = \frac{1 + z}{1 - z}, application conforme de D\mathbb D sur le demi-plan droit ; w2w^2 envoie ce demi-plan conformément sur C(,0]\C\setminus\intoc{-\infty}0 ; puis 14\frac{\cdot - 1}4 donne C(,14]\C\setminus\intoc{-\infty}{-\frac14} : injective à chaque étape, image comme annoncé.

6. F=cfcfF = \frac{cf}{c - f} : comme cf(D)c \notin f(\mathbb D), le dénominateur ne s’annule jamais : FF est holomorphe, et injective (wcwcww \mapsto \frac{cw}{c - w} est Möbius, injective hors de w=cw = c). Développement : avec f=z+a2z2+f = z + a_2z^2 + \cdots,

F=f11f/c=(z+a2z2)(1+zc)+O(z3)=z+(a2+1c)z2+O(z3):F = f\cdot\frac1{1 - f/c} = \bigl(z + a_2z^2\bigr)\Bigl(1 + \frac zc\Bigr) + O(z^3) = z + \Bigl(a_2 + \frac1c\Bigr)z^2 + O(z^3):

FSF \in \mathcal S avec A2=a2+1cA_2 = a_2 + \frac1c.

7. Bieberbach deux fois : a22\abs{a_2} \leq 2 et a2+1c2\abs{a_2 + \frac1c} \leq 2, donc 1c4\abs{\frac1c} \leq 4 : c14\abs c \geq \frac14. Toute valeur omise est hors de D(0,14)D(0,\frac14), c’est-à-dire f(D)D(0,14)f(\mathbb D) \supseteq D(0, \frac14). Netteté : la fonction de Koebe omet 14-\frac14 (question 5).

8. Soit d=d(z0,Ω)d = d(z_0, \partial\Omega) et ψ=φ1 ⁣:DΩ\psi = \varphi^{-1} \colon \mathbb D \to \Omega, ψ(0)=z0\psi(0) = z_0, ψ(0)=1/φ(z0)>0\psi'(0) = 1/\varphi'(z_0) > 0. La normalisation f~(z)=ψ(z)z0ψ(0)\tilde f(z) = \frac{\psi(z) - z_0}{\psi'(0)} est dans S\mathcal S, donc son image contient D(0,14)D(0, \frac14) ; en re-échelonnant, Ω=ψ(D)D(z0,ψ(0)4)\Omega = \psi(\mathbb D) \supseteq D\bigl(z_0, \tfrac{\psi'(0)}4\bigr), donc dψ(0)4=14φ(z0)d \geq \frac{\psi'(0)}4 = \frac1{4\varphi'(z_0)} : l’inégalité de gauche. Pour la droite : φ(z0+d)\varphi\circ(z_0 + d\,\cdot) envoie D\mathbb D dans D\mathbb D avec 000 \mapsto 0 ; Schwarz borne sa dérivée en 00 : dφ(z0)1d\,\varphi'(z_0) \leq 1, c’est-à-dire 1φ(z0)d\frac1{\varphi'(z_0)} \geq d — ensemble

d1φ(z0)4d.d \leq \frac1{\varphi'(z_0)} \leq 4d .

(L’inégalité de gauche comme affichée dans l’énoncé est la même chaîne réarrangée.)

9. Pour la fonction de Koebe an=na_n = n : égalité dans toute la conjecture ; ses rotations eiθk(eiθz)=nei(n1)θzn\eu^{-\iu\theta}k(\eu^{\iu\theta}z) = \sum n\eu^{\iu(n-1)\theta}z^n ont aussi an=n\abs{a_n} = n. En poussant la question 4 : h=z+a22z3+c5z5+h = z + \frac{a_2}2z^3 + c_5z^5 + \cdots avec h2=f(z2)h^2 = f(z^2) ; en comparant les coefficients de z6z^6 : 2c5+a224=a32c_5 + \frac{a_2^2}4 = a_3, donc c5=a32a228c_5 = \frac{a_3}2 - \frac{a_2^2}8. Alors

g(w)=1h(1/w)=w(1a22w2+(a224c5)1w4+)=wa22w1+(3a228a32)w3+,g(w) = \frac1{h(1/w)} = w\Bigl(1 - \frac{a_2}{2w^2} + \Bigl(\frac{a_2^2}4 - c_5\Bigr)\frac1{w^4} + \cdots\Bigr) = w - \frac{a_2}2w^{-1} + \Bigl(\frac{3a_2^2}8 - \frac{a_3}2\Bigr)w^{-3} + \cdots,

et le théorème de l’aire (nbn21\sum n\abs{b_n}^2 \leq 1) donne

a222+33a228a3221.\Bigl|\frac{a_2}2\Bigr|^2 + 3\,\Bigl|\frac{3a_2^2}8 - \frac{a_3}2\Bigr|^2 \leq 1 .

Contrôle Koebe (a2=2a_2 = 2, a3=3a_3 = 3) : a222=1\abs{\frac{a_2}2}^2 = 1 et 34832=0\frac{3\cdot4}8 - \frac32 = 0 : total exactement 11 — extrémale, comme il se doit.

10. φ\varphi est un automorphisme du disque avec φ(0)=z0\varphi(0) = z_0, donc fφf\circ\varphi est univalente sur D\mathbb D (composition d’injections), et f(z0)0f'(z_0) \neq 0 (la Définition 18.1) : FF est bien définie et univalente. F(0)=0F(0) = 0. Règle du quotient :

φ(z)=(1+zˉ0z)(z+z0)zˉ0(1+zˉ0z)2=1z02(1+zˉ0z)2,φ(0)=1z02,\varphi'(z) = \frac{(1 + \bar z_0z) - (z + z_0)\bar z_0} {(1 + \bar z_0z)^2} = \frac{1 - \abs{z_0}^2}{(1 + \bar z_0z)^2}, \qquad \varphi'(0) = 1 - \abs{z_0}^2 ,

donc (fφ)(0)=f(z0)(1z02)(f\circ\varphi)'(0) = f'(z_0)(1 - \abs{z_0}^2) et F(0)=1F'(0) = 1 : FSF \in \mathcal S.

11. Avec G=fφG = f\circ\varphi : G=f(φ)φ2+f(φ)φG'' = f''(\varphi)\,\varphi'^2 + f'(\varphi)\,\varphi'', et φ(z)=2zˉ0(1z02)(1+zˉ0z)3\varphi''(z) = -2\bar z_0(1 - \abs{z_0}^2)(1 + \bar z_0z)^{-3} donne φ(0)=2zˉ0(1z02)\varphi''(0) = -2\bar z_0(1 - \abs{z_0}^2). D’où

A2=G(0)2f(z0)(1z02)=12[(1z02)f(z0)f(z0)2zˉ0].A_2 = \frac{G''(0)}{2f'(z_0)(1 - \abs{z_0}^2)} = \frac12\Bigl[\bigl(1 - \abs{z_0}^2\bigr) \frac{f''(z_0)}{f'(z_0)} - 2\bar z_0\Bigr] .

Bieberbach pour FF (question 4) : A22\abs{A_2} \leq 2, c’est-à-dire (1z02)f(z0)f(z0)2zˉ04\bigl|(1 - \abs{z_0}^2)\frac{f''(z_0)}{f'(z_0)} - 2\bar z_0\bigr| \leq 4. Multiplier par z0/(1z02)z_0/(1 - \abs{z_0}^2), de module r/(1r2)r/(1 - r^2) pour z0=reiθz_0 = r\eu^{\iu\theta}, et utiliser z0zˉ0=r2z_0\bar z_0 = r^2 :

z0f(z0)f(z0)2r21r24r1r2.\Bigl|\,z_0\frac{f''(z_0)}{f'(z_0)} - \frac{2r^2}{1 - r^2}\Bigr| \leq \frac{4r}{1 - r^2} .

12. Un nombre complexe à distance ρ\rho du point réel cc a une partie réelle dans [cρ,c+ρ]\intcc{c - \rho}{c + \rho} : appliquer à c=2r21r2c = \frac{2r^2}{1-r^2}, ρ=4r1r2\rho = \frac{4r}{1-r^2}.

13. Pour gg C1\mathcal C^1 non nulle : logg=12log(ggˉ)\log\abs g = \frac12\log(g\bar g), donc  ⁣d ⁣dtlogg=ggˉ+ggˉ2g2=Regg\frac{\dd}{\dd t}\log\abs g = \frac{g'\bar g + g\bar g'}{2\abs g^2} = \operatorname{Re}\frac{g'}g. Avec g(t)=f(teiθ)g(t) = f'(t\eu^{\iu\theta}) (sans zéro : univalence), g(t)=eiθf(teiθ)g'(t) = \eu^{\iu\theta}f''(t\eu^{\iu\theta}), donc en z=teiθz = t\eu^{\iu\theta} :

 ⁣d ⁣dtlogf(teiθ)=Re(eiθff)=1tRe(zff)[2t41t2, 2t+41t2]\frac{\dd}{\dd t}\log\bigl|f'(t\eu^{\iu\theta})\bigr| = \operatorname{Re}\Bigl(\eu^{\iu\theta} \frac{f''}{f'}\Bigr) = \frac1t\operatorname{Re}\Bigl(z\frac{f''}{f'}\Bigr) \in \Bigl[\frac{2t - 4}{1 - t^2},\ \frac{2t + 4}{1 - t^2}\Bigr]

par la question 12 au rayon tt. Comme  ⁣d ⁣dtlog1+t(1t)3=11+t+31t=2t+41t2\frac{\dd}{\dd t}\log\frac{1+t}{(1-t)^3} = \frac1{1+t} + \frac3{1-t} = \frac{2t+4}{1-t^2} et  ⁣d ⁣dtlog1t(1+t)3=11t31+t=2t41t2\frac{\dd}{\dd t}\log\frac{1-t}{(1+t)^3} = \frac{-1}{1-t} - \frac3{1+t} = \frac{2t-4}{1-t^2}, en intégrant de 00 à rr (les trois fonctions s’annulent en t=0t = 0, f(0)=1f'(0) = 1) on obtient

log1r(1+r)3logf(z)log1+r(1r)3:\log\frac{1-r}{(1+r)^3} \leq \log\abs{f'(z)} \leq \log\frac{1+r}{(1-r)^3} :

le théorème de distorsion, après exponentiation.

14. Supérieure : le long du segment [0,z][0, z],

f(z)=0rf(teiθ)eiθ ⁣dt0r1+t(1t)3 ⁣dt=r(1r)2\abs{f(z)} = \Bigl|\int_0^rf'(t\eu^{\iu\theta}) \eu^{\iu\theta}\dd t\Bigr| \leq \int_0^r\frac{1+t}{(1-t)^3}\dd t = \frac{r}{(1-r)^2}

( ⁣d ⁣dtt(1t)2=1+t(1t)3\frac{\dd}{\dd t}\frac t{(1-t)^2} = \frac{1+t}{(1-t)^3}). Inférieure : noter r(1+r)2<14\frac r{(1+r)^2} < \frac14 pour r<1r < 1 (cela dit (1r)2>0(1-r)^2 > 0), donc si f(z)14\abs{f(z)} \geq \frac14 il n’y a rien à prouver. Sinon le segment [0,f(z)][0, f(z)] est dans D(0,14)f(D)D(0, \frac14) \subseteq f(\mathbb D) (question 7), et γ=f1[0,f(z)]\gamma = f^{-1}\circ[0, f(z)] est un chemin C1\mathcal C^1 de 00 à zz dans D\mathbb D (f1f^{-1} holomorphe, le Corollaire 17.10). En substituant w=f(ζ)w = f(\zeta),

f(z)=[0,f(z)] ⁣dw=γf(ζ) ⁣dζ011ρ(s)(1+ρ(s))3γ(s) ⁣ds\abs{f(z)} = \int_{[0,f(z)]}\abs{\dd w} = \int_\gamma\abs{f'(\zeta)}\,\abs{\dd\zeta} \geq \int_0^1\frac{1 - \rho(s)}{(1 + \rho(s))^3} \,\abs{\gamma'(s)}\,\dd s

avec ρ=γ\rho = \abs\gamma, en utilisant la borne inférieure de distorsion au rayon ρ(s)\rho(s). Comme γρ\abs{\gamma'} \geq \rho' (là où c’est défini ; ρ\rho est lipschitzienne) et le facteur d’intégrande est positif,

f(z)011ρ(s)(1+ρ(s))3ρ(s) ⁣ds=0r1u(1+u)3 ⁣du=r(1+r)2\abs{f(z)} \geq \int_0^1 \frac{1 - \rho(s)}{(1 + \rho(s))^3}\,\rho'(s)\,\dd s = \int_0^{r}\frac{1 - u}{(1 + u)^3}\,\dd u = \frac{r}{(1 + r)^2}

(ρ(0)=0\rho(0) = 0, ρ(1)=r\rho(1) = r ; la substitution n’utilise qu’une primitive,  ⁣d ⁣duu(1+u)2=1u(1+u)3\frac{\dd}{\dd u}\frac u{(1+u)^2} = \frac{1-u}{(1+u)^3}, non la monotonie).

15. k(z)= ⁣d ⁣dzz(1z)2=1+z(1z)3k'(z) = \frac{\dd}{\dd z}\,z(1 - z)^{-2} = \frac{1 + z}{(1 - z)^3}. En z=rz = r : k(r)=1+r(1r)3k'(r) = \frac{1+r}{(1-r)^3} et k(r)=r(1r)2k(r) = \frac r{(1-r)^2} — les deux bornes supérieures atteintes. En z=rz = -r : k(r)=1r(1+r)3k'(-r) = \frac{1-r}{(1+r)^3} et k(r)=r(1+r)2\abs{k(-r)} = \frac r{(1+r)^2} — les deux bornes inférieures atteintes. La fonction de Koebe étire son axe positif maximalement vers le bord lointain et comprime le rayon antipodal maximalement vers la pointe de sa fente.

16. a2=2\abs{a_2} = 2 signifie b1=1\abs{b_1} = 1 pour g(w)=1/h(1/w)=wa22w1+g(w) = 1/h(1/w) = w - \frac{a_2}2w^{-1} + \cdots (question 4) ; le théorème de l’aire nbn21\sum n\abs{b_n}^2 \leq 1 tue alors tout autre coefficient : g(w)=w+b0+eiα/wg(w) = w + b_0 + \eu^{\iu\alpha}/w avec eiα=a22\eu^{\iu\alpha} = -\frac{a_2}2. Comme hh est impaire, g(w)=1/h(1/w)=1/h(1/w)=g(w)g(-w) = 1/h(-1/w) = -1/h(1/w) = -g(w) : gg est impaire, donc b0=0b_0 = 0. En invertissant, h(z)=1/g(1/z)=z1+eiαz2h(z) = 1/g(1/z) = \frac{z}{1 + \eu^{\iu\alpha}z^2}, et f(z2)=h(z)2f(z^2) = h(z)^2 donne

f(w)=w(1+eiαw)2=w(1eiθw)2=eiθk(eiθw),eiθ=eiα.f(w) = \frac{w}{(1 + \eu^{\iu\alpha}w)^2} = \frac{w}{(1 - \eu^{\iu\theta}w)^2} = \eu^{-\iu\theta}k\bigl(\eu^{\iu\theta}w\bigr), \qquad \eu^{\iu\theta} = -\eu^{\iu\alpha} .

Réciproquement chaque rotation a a2=2eiθa_2 = 2\eu^{\iu\theta} de module 22 : les extrémales de Bieberbach sont exactement les fonctions de Koebe tournées.

17. Si cc est omise avec c=14\abs c = \frac14 : la question 6 donne FSF \in \mathcal S avec A2=a2+1cA_2 = a_2 + \frac1c, donc 1c=A2a2\frac1c = A_2 - a_2 et

4=1c=A2a2A2+a22+2=4:4 = \Bigl|\frac1c\Bigr| = \abs{A_2 - a_2} \leq \abs{A_2} + \abs{a_2} \leq 2 + 2 = 4 :

égalité partout, en particulier a2=2\abs{a_2} = 2. Par la question 16, f=eiθk(eiθ)f = \eu^{-\iu\theta}k(\eu^{\iu\theta}\cdot), dont l’ensemble omis est eiθ(,14]\eu^{-\iu\theta} \intoc{-\infty}{-\frac14} : l’unique valeur omise de module 14\frac14 est c=eiθ/4c = -\eu^{-\iu\theta}/4. (Contrôle : a2=2eiθa_2 = 2\eu^{\iu\theta} et 1c=4eiθ\frac1c = -4\eu^{\iu\theta}, donc A2=2eiθ=a2A_2 = -2\eu^{\iu\theta} = -a_2 : l’inégalité triangulaire est saturée par anti-alignement, comme il se doit.)

18. Les estimations de Cauchy sur le cercle z=r\abs z = r (le Théorème 16.10), combinées au théorème de croissance, donnent

anrnsupz=rfr1n(1r)2.\abs{a_n} \leq r^{-n}\sup_{\abs z = r}\abs f \leq r^{1-n}\,(1 - r)^{-2} .

Choisir r=11nr = 1 - \frac1n (n2n \geq 2) : r1n=(1+1n1)n1<er^{1-n} = \bigl(1 + \frac1{n-1}\bigr)^{n-1} < \eu (suite croissante de limite e\eu) et (1r)2=n2(1 - r)^{-2} = n^2 : an<en2\abs{a_n} < \eu\,n^2.

19. U=f(D(0,r))U = f(D(0, r)) est ouvert (le Corollaire 17.10) et contient 00. Bord : si pUp \in \partial U, écrire p=limf(zk)p = \lim f(z_k) avec zkD(0,r)z_k \in D(0, r) ; une sous-suite donne zkzDˉ(0,r)z_k \to z_\infty \in \bar D(0, r), et f(z)=pUf(z_\infty) = p \notin U force zD(0,r)z_\infty \in \partial D(0, r) : Uf(D(0,r))\partial U \subseteq f(\partial D(0, r)), donc tout point du bord de UU a un module r(1+r)2\geq \frac r{(1+r)^2} (question 14). Soit maintenant w<r(1+r)2\abs w < \frac r{(1+r)^2} et supposons wUw \notin U. Le segment [0,w][0, w] est connexe, rencontre UU (en 00) et son complémentaire (en ww), donc rencontre U\partial U ; mais tous ses points ont un module w<r(1+r)2\leq \abs w < \frac r{(1+r)^2} : contradiction. D’où D(0,r(1+r)2)UD\bigl(0, \frac r{(1+r)^2}\bigr) \subseteq U. Netteté : k(r)=r(1+r)2k(-r) = -\frac r{(1+r)^2} est l’image d’un point du bord de D(0,r)D(0,r), et kk est injective, donc k(r)k(D(0,r))k(-r) \notin k(D(0, r)) : le rayon ne peut être augmenté. Comme r1r \to 1^-, r(1+r)214\frac r{(1+r)^2} \to \frac14 : le théorème du quart pour le disque entier.

20. D’abord, f(D)\partial f(\mathbb D) \neq \varnothing : sinon f(D)f(\mathbb D), ouvert, fermé, non vide, serait tout C\C, et f1 ⁣:CDf^{-1} \colon \C \to \mathbb D serait une fonction entière bornée non constante, contre le Corollaire 16.12. Inégalité de gauche : la transformée de Koebe FF de la question 10 est dans S\mathcal S et F(D)=f(D)f(z0)f(z0)(1z02)F(\mathbb D) = \frac{f(\mathbb D) - f(z_0)}{f'(z_0)(1-\abs{z_0}^2)} ; par la question 7 elle contient D(0,14)D(0, \frac14), donc

f(D)f(z0)+D(0, 14f(z0)(1z02)),f(\mathbb D) \supseteq f(z_0) + D\Bigl(0,\ \tfrac14\abs{f'(z_0)}\bigl(1 - \abs{z_0}^2\bigr)\Bigr) ,

et tout point de f(D)\partial f(\mathbb D) — disjoint de l’ouvert f(D)f(\mathbb D) — est à distance 14(1z02)f(z0)\geq \frac14(1-\abs{z_0}^2)\abs{f'(z_0)} de f(z0)f(z_0). Inégalité de droite : soit d=d(f(z0),f(D))<d = d(f(z_0), \partial f(\mathbb D)) < \infty. Le disque D(f(z0),d)D(f(z_0), d) est dans f(D)f(\mathbb D) : un segment de f(z0)f(z_0) à l’un de ses points reste à distance <d< d de f(z0)f(z_0), donc ne rencontre jamais f(D)\partial f(\mathbb D), et l’argument de connexité de la question 19 le garde dans f(D)f(\mathbb D). Alors g^(w)=f1(f(z0)+dw)\hat g(w) = f^{-1}(f(z_0) + dw) envoie D\mathbb D dans D\mathbb D avec g^(0)=z0\hat g(0) = z_0, et χ=ψ1g^\chi = \psi^{-1}\circ\hat g, avec ψ(z)=z+z01+zˉ0z\psi(z) = \frac{z + z_0}{1 + \bar z_0z}, fixe 00 : Schwarz (le Théorème 18.4) donne χ(0)1\abs{\chi'(0)} \leq 1. Comme χ(0)=g^(0)ψ(0)=df(z0)(1z02)\chi'(0) = \frac{\hat g'(0)}{\psi'(0)} = \frac{d}{f'(z_0)\,(1 - \abs{z_0}^2)}, cela est d(1z02)f(z0)d \leq (1 - \abs{z_0}^2)\abs{f'(z_0)}.

21. k(D)=C(,14]k(\mathbb D) = \C\setminus \intoc{-\infty}{-\frac14}, donc k(D)=(,14]\partial k(\mathbb D) = \intoc{-\infty}{-\frac14}, et pour le point réel positif k(r)=r(1r)2k(r) = \frac r{(1-r)^2} le point du bord le plus proche est 14-\frac14 :

d=k(r)+14=4r+(1r)24(1r)2=(1+r)24(1r)2.d = k(r) + \frac14 = \frac{4r + (1-r)^2}{4(1-r)^2} = \frac{(1+r)^2}{4(1-r)^2} .

Membre de gauche de la question 20 : 14(1r2)k(r)=14(1r2)(1+r)(1r)3=(1+r)24(1r)2=d\frac14(1 - r^2)k'(r) = \frac14\,\frac{(1-r^2)(1+r)}{(1-r)^3} = \frac{(1+r)^2}{4(1-r)^2} = d : égalité. (Le membre de droite égale 4d4d : le facteur 44 sépare les deux côtés, et la fonction de Koebe siège exactement au bas.)

22. Le principe unique est Parseval : l’univalence interdit le chevauchement, donc l’aire du complémentaire de l’image de {w>ρ}\{\abs w > \rho\}, développée en modes de Fourier sur les cercles, est non négative — le théorème de l’aire est une identité L2L^2 avec un signe. Tout le reste est cette inégalité transportée : une racine carrée (question 3) la transforme en a22\abs{a_2} \leq 2 ; une réflexion de Möbius hors d’une valeur omise (question 6) transforme a22\abs{a_2} \leq 2 en le théorème du quart ; les automorphismes du disque (question 10) étendent a22\abs{a_2} \leq 2 sur tout le disque comme théorème de distorsion ; l’intégration radiale convertit la distorsion en croissance, et la croissance en recouvrement. À chaque étape le cas d’égalité se propage aussi, atterrissant toujours sur les fonctions de Koebe tournées — une famille extrémale pour toute la théorie, tout comme les rotations sont les uniques extrémales du lemme de Schwarz. Une inégalité intérieure, plus la rigidité de son cas d’égalité, gouverne toute la géométrie : la représentation conforme est l’art d’exploiter de telles inégalités.

23. Le théorème de croissance borne fr(1r)2\abs f \leq \frac{r}{(1-r)^2} uniformément sur chaque Dˉ(0,r)\bar D(0, r), r<1r < 1, pour toutes les fSf \in \mathcal S à la fois : localement bornée, donc S\mathcal S est une famille normale (le Théorème 18.7). Si fnSff_n \in \mathcal S \to f localement uniformément : ff est holomorphe avec fnff_n' \to f' localement uniformément (Weierstrass), donc f(0)=0f(0) = 0, f(0)=1f'(0) = 1 — en particulier ff non constante — et Hurwitz (l’Exercice 17.8) rend la limite d’applications injectives injective : fSf \in \mathcal S. Une fonctionnelle continue (telle que fa2=f(0)2f \mapsto \abs{a_2} = \frac{\abs{f''(0)}}2) sur une classe compacte atteint son supremum : des fonctions extrémales existent avant qu’on sache ce qu’elles sont — le point de départ de toute attaque variationnelle sur les problèmes de coefficients, y compris Bieberbach.

24. Écrire g(w)=w+A2w2+O(w3)g(w) = w + A_2w^2 + O(w^3) et composer :

z=g(f(z))=f(z)+A2f(z)2+O(z3)=z+(a2+A2)z2+O(z3),z = g(f(z)) = f(z) + A_2f(z)^2 + O(z^3) = z + (a_2 + A_2)z^2 + O(z^3),

donc A2=a2A_2 = -a_2 et A22\abs{A_2} \leq 2 (Bieberbach), avec égalité ssi a2=2\abs{a_2} = 2, c’est-à-dire ssi ff est une fonction de Koebe tournée (question 16) — et alors gg est l’inverse correspondant, définie sur le plan fendu.

25. f(z1)f(z2)=(z1z2)(1+a(z1+z2))f(z_1) - f(z_2) = (z_1 - z_2)\bigl(1 + a(z_1 + z_2)\bigr). Si a12\abs a \leq \frac12 : pour z1z2z_1 \neq z_2 dans D\mathbb D, a(z1+z2)<2a1\abs{a(z_1 + z_2)} < 2\abs a \leq 1 (strict : z1+z2<2\abs{z_1 + z_2} < 2), donc le second facteur ne peut s’annuler : injective, et fSf \in \mathcal S (les normalisations sont intégrées). Si a>12\abs a > \frac12 : le point s=1as = -\frac1a a s<2\abs s < 2, donc z1,2=s2±εz_{1,2} = \frac s2 \pm \varepsilon sont dans D\mathbb D pour ε>0\varepsilon > 0 petit, sont distincts, et z1+z2=sz_1 + z_2 = s tue le facteur : f(z1)=f(z2)f(z_1) = f(z_2), non injective. Donc S\mathcal S contient z+az2z + az^2 exactement pour a12\abs a \leq \frac12. La borne de Bieberbach a22\abs{a_2} \leq 2 est ainsi sauvagement non saturée par les polynômes de degré 22 — les coefficients an=na_n = n de la fonction de Koebe viennent d’une série infinie conspirant le long du rayon omis, un comportement qu’aucun polynôme (qui n’appartient à S\mathcal S qu’avec de minuscules coefficients) ne peut imiter.