Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

1Théorie des groupes

Le volume de L2 a rencontré les groupes comme dispositifs de comptabilité : théorème de Lagrange, groupes cycliques, groupe symétrique et sa signature. Ce chapitre fait de la théorie des groupes une méthode. Le moteur est la notion de groupe agissant sur un ensemble : le dénombrement des orbites et des points fixes produit l’équation aux classes, le théorème de Cauchy et les trois théorèmes de Sylow — le principe local-global fondamental de la théorie des groupes finis. On apprend ensuite à assembler les groupes (produits directs et semi-directs) et à les désassembler (suites de composition, groupes résolubles), et l’on démontre le théorème qui, dans le Chapitre 4, clôturera une question tricentenaire sur les équations polynomiales : le groupe alterné AnA_n est simple pour n5n \geq 5.

1.1 Groupes quotients et théorèmes d’isomorphisme

Tout au long, GG est un groupe noté multiplicativement, ee son élément neutre. On rappelle du volume de L2 : sous-groupes, classes gHgH, théorème de Lagrange (G=[G:H]H\abs G = [G:H]\,\abs H pour GG fini), ordre d’un élément, groupes cycliques, et le groupe symétrique SnS_n avec son morphisme de signature ε ⁣:Sn{±1}\varepsilon \colon S_n \to \{\pm1\}.

Définition 1.1

Un sous-groupe NN de GG est normal (on note NGN \trianglelefteq G) lorsque gNg1=NgNg^{-1} = N pour tout gGg \in G — de façon équivalente, lorsque les classes à gauche et à droite coïncident : gN=NggN = Ng pour tout gg.

Théorème 1.2 (Groupe quotient)

Soit NGN \trianglelefteq G. L’ensemble G/NG/N des classes, muni de la multiplication (gN)(hN)=ghN(gN)(hN) = ghN, est un groupe bien défini, le groupe quotient, et la projection canonique π ⁣:GG/N\pi \colon G \to G/N, ggNg \mapsto gN, est un morphisme surjectif de noyau NN. Réciproquement, tout noyau d’un morphisme de groupes est normal : les sous-groupes normaux sont exactement les noyaux.

Démonstration. La bonne définition est tout l’enjeu. Si gN=gNgN = g'N et hN=hNhN = h'N, écrivons g=gng' = gn, h=hmh' = hm avec n,mNn, m \in N. Alors gh=gnhm=gh(h1nh)mghNg'h' = gnhm = gh\,(h^{-1}nh)\,m \in ghN car h1nhNh^{-1}nh \in N par normalité : le produit des classes ne dépend pas des représentants. Associativité, élément neutre eN=NeN = N et inverses (gN)1=g1N(gN)^{-1} = g^{-1}N s’héritent de GG. Clairement π\pi est un morphisme surjectif et π(g)=N    gN\pi(g) = N \iff g \in N.

Si f ⁣:GHf \colon G \to H est un morphisme et kkerfk \in \ker f, alors f(gkg1)=f(g)f(k)f(g)1=ef(gkg^{-1}) = f(g)f(k)f(g)^{-1} = e : les noyaux sont normaux.

Théorème 1.3 (Propriété universelle ; premier théorème d’isomorphisme)

Soit f ⁣:GHf \colon G \to H un morphisme et NGN \trianglelefteq G avec NkerfN \subseteq \ker f. Il existe un unique morphisme fˉ ⁣:G/NH\bar f \colon G/N \to H tel que f=fˉπf = \bar f \circ \pi. En particulier, en prenant N=kerfN = \ker f :

G/kerf        imf,gNf(g).G/\ker f \;\xrightarrow{\;\sim\;}\; \operatorname{im} f, \qquad gN \mapsto f(g).

Démonstration. Unicité : fˉ(gN)\bar f(gN) doit valoir f(g)f(g). Existence : si gN=gNgN = g'N alors g1gNkerfg^{-1}g' \in N \subseteq \ker f, donc f(g)=f(g)f(g) = f(g') et fˉ(gN)=f(g)\bar f(gN) = f(g) est bien défini ; c’est un morphisme parce que ff l’est. Pour N=kerfN = \ker f : fˉ\bar f est injectif, car fˉ(gN)=e\bar f(gN) = e signifie gkerfg \in \ker f, i.e. gN=NgN = N ; son image est celle de ff.

Théorème 1.4 (Deuxième et troisième théorèmes d’isomorphisme)

Soient HGH \leq G et NGN \trianglelefteq G.

  1. HN={hn:hH,nN}HN = \{hn : h \in H,\, n \in N\} est un sous-groupe, NHNN \trianglelefteq HN, HNHH \cap N \trianglelefteq H, et

    H/(HN)    HN/N.H/(H \cap N) \;\cong\; HN/N .
  2. Si de plus NKGN \subseteq K \trianglelefteq G, alors K/NG/NK/N \trianglelefteq G/N et (G/N)/(K/N)G/K(G/N)\big/(K/N) \cong G/K.

Démonstration. (1) HNHN est un sous-groupe : (hn)(hn)=hh(h1nh)nHN(hn)(h'n') = hh'\,(h'^{-1}nh')n' \in HN et (hn)1=h1(hn1h1)HN(hn)^{-1} = h^{-1}(hn^{-1}h^{-1}) \in HN, en utilisant la normalité de NN. Composer HHNπHN/NH \hookrightarrow HN \xrightarrow{\pi} HN/N : ce morphisme est surjectif (hnN=hNhnN = hN) de noyau {hH:hN}=HN\{h \in H : h \in N\} = H \cap N ; appliquer le Théorème 1.3.

(2) La projection G/NG/KG/N \to G/K, gNgKgN \mapsto gK, est bien définie (NKN \subseteq K), surjective, de noyau K/NK/N ; appliquer à nouveau le Théorème 1.3.

Théorème 1.5 (Théorème de correspondance)

Soit NGN \trianglelefteq G. L’application HH/NH \mapsto H/N est une bijection entre les sous-groupes de GG contenant NN et les sous-groupes de G/NG/N, préservant inclusions, indices et normalité (dans les deux sens).

Démonstration. Son inverse est Hˉπ1(Hˉ)\bar H \mapsto \pi^{-1}(\bar H). Les deux applications envoient sous-groupes sur sous-groupes, et sont mutuellement inverses : π1(H/N)=HN=H\pi^{-1}(H/N) = HN = H puisque NHN \subseteq H, et π(π1(Hˉ))=Hˉ\pi(\pi^{-1}(\bar H)) = \bar H par surjectivité de π\pi. Les inclusions sont clairement préservées ; [G:H]=[G/N:H/N][G:H] = [G/N : H/N] car gH(gN)(H/N)gH \mapsto (gN)(H/N) est une bijection bien définie entre espaces de classes ; et gHg1=HgHg^{-1} = H pour tout gg ssi (gN)(H/N)(gN)1=H/N(gN)(H/N)(gN)^{-1} = H/N pour tout gNgN, encore par surjectivité de π\pi.

Exemple 1.6

ε ⁣:Sn{±1}\varepsilon \colon S_n \to \{\pm 1\} donne Sn/An{±1}S_n/A_n \cong \{\pm1\} ; det ⁣:GLn(K)K×\det \colon GL_n(K) \to K^\times donne GLn(K)/SLn(K)K×GL_n(K)/SL_n(K) \cong K^\times ; te2iπtt \mapsto \eu^{2\iu\pi t} donne R/ZU\R/\Z \cong \mathbb U, le groupe du cercle. Le premier théorème d’isomorphisme est la façon dont on calcule les quotients en pratique : trouver une surjection au bon noyau.

Méthode 1.7

Pour prouver NGN \trianglelefteq G, par ordre décroissant d’élégance : exhiber NN comme noyau d’un morphisme défini sur GG ; vérifier gNg1NgNg^{-1} \subseteq N pour tout gg (cela suffit : en l’appliquant à g1g^{-1} et en conjuguant on obtient l’inclusion réciproque) ; vérifier que NN est une réunion de classes de conjugaison ; ou noter que [G:N]=2[G:N] = 2 (alors gN=NggN = Ng est forcé — Exercice 1.1).

1.2 Actions de groupes

Définition 1.8

Une action de GG sur un ensemble XX est un morphisme φ ⁣:GS(X)\varphi \colon G \to \mathfrak{S}(X) vers le groupe des bijections de XX ; on note gxg \cdot x pour φ(g)(x)\varphi(g)(x). De façon équivalente : une application G×XXG \times X \to X avec ex=xe \cdot x = x et g(hx)=(gh)xg \cdot (h \cdot x) = (gh) \cdot x. L’orbite de xx est Ox={gx:gG}\mathcal O_x = \{g \cdot x : g \in G\}, son stabilisateur est le sous-groupe Gx={g:gx=x}G_x = \{g : g\cdot x = x\}, et XG={x:g, gx=x}X^G = \{x : \forall g,\ g \cdot x = x\} est l’ensemble des points fixes. L’action est transitive s’il y a exactement une orbite, fidèle si φ\varphi est injectif, libre si tous les stabilisateurs sont triviaux.

Exemple 1.9

Cinq actions animent toute la théorie des groupes finis :

  1. GG sur lui-même par translation à gauche gx=gxg \cdot x = gx : libre et transitive.
  2. GG sur lui-même par conjugaison gx=gxg1g \cdot x = gxg^{-1} : les orbites sont les classes de conjugaison, les stabilisateurs les centralisateurs ZG(x)={g:gx=xg}Z_G(x) = \{g : gx = xg\}, les points fixes le centre Z(G)Z(G).
  3. GG sur l’espace des classes G/HG/H par gxH=gxHg \cdot xH = gxH : transitive, avec stabilisateur de la classe HH égal à HH. Toute action transitive est de cette forme (Exercice 1.8).
  4. GG sur son ensemble de sous-groupes par conjugaison : le stabilisateur de HH est le normalisateur NG(H)={g:gHg1=H}N_G(H) = \{g : gHg^{-1} = H\}, le plus grand sous-groupe de GG dans lequel HH est normal.
  5. SnS_n sur [ ⁣[1,n] ⁣]\intint{1}{n} : la mère de tous les exemples.

Théorème 1.10 (Orbite–stabilisateur)

L’application gGxgxgG_x \mapsto g \cdot x est une bijection bien définie G/GxOxG/G_x \to \mathcal O_x. En particulier, pour GG fini,

Ox=[G:Gx]divise G,\abs{\mathcal O_x} = [G : G_x] \quad\text{divise } \abs G,

et, les orbites partitionnant XX (ce sont les classes de l’équivalence xy    yOxx \sim y \iff y \in \mathcal O_x),

X=i[G:Gxi](xi ⁣:un point par orbite).\abs X = \sum_{i} \,[G : G_{x_i}] \qquad (x_i\colon \text{un point par orbite}).

Démonstration. Bien définie et injective : gGx=hGx    h1gGx    h1gx=x    gx=hxgG_x = hG_x \iff h^{-1}g \in G_x \iff h^{-1}g \cdot x = x \iff g \cdot x = h \cdot x ; lire la chaîne dans les deux sens. La surjectivité est la définition de l’orbite. Les énoncés de dénombrement suivent du théorème de Lagrange et de la partition de XX en orbites.

Corollaire 1.11 (Équation aux classes)

Pour un groupe fini GG, en choisissant un représentant xix_i dans chaque classe de conjugaison à plus d’un élément :

G=Z(G)+i[G:ZG(xi)],chaque [G:ZG(xi)]>1 divisant G.\abs G = \abs{Z(G)} + \sum_i \,[G : Z_G(x_i)], \qquad\text{chaque } [G : Z_G(x_i)] > 1 \text{ divisant } \abs G.

Démonstration. Appliquer le Théorème 1.10 à l’action par conjugaison : les orbites singletons sont exactement les éléments de Z(G)Z(G).

Théorème 1.12 (Points fixes des pp-groupes)

Soit pp un nombre premier. Un pp-groupe est un groupe fini dont l’ordre est une puissance de pp. Si un pp-groupe GG agit sur un ensemble fini XX, alors

XGX(modp).\abs{X^G} \equiv \abs X \pmod p .

Conséquences : un pp-groupe non trivial a un centre non trivial, et tout groupe d’ordre p2p^2 est abélien.

Démonstration. Chaque orbite a pour cardinal [G:Gx][G:G_x], une puissance de pp ; cette puissance vaut 11 exactement sur les points fixes et sinon est divisible par pp. En sommant sur les orbites on obtient la congruence. Pour le centre : l’action de GG sur lui-même par conjugaison a XG=Z(G)X^G = Z(G), donc Z(G)G0(modp)\abs{Z(G)} \equiv \abs G \equiv 0 \pmod p, et Z(G)eZ(G) \ni e force Z(G)p\abs{Z(G)} \geq p. Ordre p2p^2 : si Z(G)GZ(G) \neq G alors Z(G)=p\abs{Z(G)} = p et G/Z(G)G/Z(G) est cyclique d’ordre pp, ce qui force GG abélien (Exercice 1.2) — contradiction.

Théorème 1.13 (Cauchy)

Si un nombre premier pp divise G\abs G, alors GG contient un élément d’ordre pp.

Démonstration (McKay). Soit X={(g1,,gp)Gp:g1g2gp=e}X = \{(g_1, \dots, g_p) \in G^p : g_1 g_2 \cdots g_p = e\}. Choisir g1,,gp1g_1, \dots, g_{p-1} librement détermine gpg_p : X=Gp1\abs X = \abs G^{p-1}, divisible par pp. Le groupe cyclique Z/pZ\Z/p\Z agit sur XX par permutation circulaire (g1,,gp)(g2,,gp,g1)(g_1, \dots, g_p) \mapsto (g_2, \dots, g_p, g_1) — cela préserve XX, car g2gpg1=g11(g1gp)g1=eg_2 \cdots g_p g_1 = g_1^{-1}(g_1 \cdots g_p)g_1 = e. Par le Théorème 1.12, XZ/pZX0(modp)\abs{X^{\Z/p\Z}} \equiv \abs X \equiv 0 \pmod p. Les points fixes sont les pp-uplets constants (g,,g)(g, \dots, g) avec gp=eg^p = e ; le pp-uplet (e,,e)(e, \dots, e) en est un, donc il y en a au moins pp, d’où au moins un geg \neq e avec gp=eg^p = e : son ordre est exactement pp.

Théorème 1.14 (Cayley)

Tout groupe d’ordre nn se plonge dans SnS_n.

Démonstration. La translation à gauche φ ⁣:GS(G)Sn\varphi \colon G \to \mathfrak S(G) \cong S_n est un morphisme ; φ(g)=id\varphi(g) = \mathrm{id} force g=ge=eg = ge = e : elle est fidèle.

Méthode 1.15

Le dénombrement des points fixes est le coup d’ouverture universel de la théorie des groupes finis. Pour prouver qu’un objet existe (un élément central, un élément d’ordre pp, un sous-groupe normal, un point fixe), faire agir un groupe bien choisi sur un ensemble fini bien choisi, puis comparer XG\abs{X^G} et X\abs X modulo pp, ou laisser les tailles d’orbites diviser l’ordre du groupe. Les démonstrations des Théorèmes 1.12 et 1.13 et des trois théorèmes de Sylow ci-dessous sont cinq variations sur cette seule idée.

1.3 Les théorèmes de Sylow

Le théorème de Lagrange dit que l’ordre d’un sous-groupe divise G\abs G ; la réciproque échoue (A4A_4, d’ordre 1212, n’a pas de sous-groupe d’ordre 66Exercice 1.1). Les théorèmes de Sylow sauvent la réciproque pour les puissances de premiers, et leur clause de dénombrement est l’outil général le plus affûté dont on dispose pour produire des sous-groupes normaux.

Définition 1.16

Écrivons G=pam\abs G = p^a m avec pmp \nmid m. Un pp-sous-groupe de Sylow de GG est un sous-groupe d’ordre pap^a — un pp-sous-groupe de l’ordre le plus grand concevable. Le nombre de pp-sous-groupes de Sylow de GG est noté npn_p.

Lemme 1.17

Si G=pam\abs G = p^a m avec pmp \nmid m, alors (pampa)m(modp)\dbinom{p^a m}{p^a} \equiv m \pmod p.

Démonstration. Dans Fp[X]\mathbb F_p[X], le rêve du collégien (1+X)p=1+Xp(1+X)^p = 1 + X^p (les coefficients (pk)\binom pk, 0<k<p0<k<p, sont divisibles par pp : pp divise le numérateur de p!k!(pk)!\frac{p!}{k!(p-k)!} mais pas le dénominateur) itère en (1+X)pa=1+Xpa(1+X)^{p^a} = 1 + X^{p^a}, d’où

(1+X)pam=(1+Xpa)m=k=0m(mk)Xkpadans Fp[X].(1+X)^{p^a m} = \bigl(1 + X^{p^a}\bigr)^m = \sum_{k=0}^{m} \binom mk X^{k p^a} \quad\text{dans } \mathbb F_p[X].

Identifier le coefficient de XpaX^{p^a} : à gauche (pampa)modp\binom{p^a m}{p^a} \bmod p, à droite (m1)=m\binom m1 = m.

Théorème 1.18 (Sylow I : existence)

Pour tout premier pp, des pp-sous-groupes de Sylow de GG existent.

Démonstration (Wielandt). Soit Ω\Omega l’ensemble des parties de GG de cardinal pap^a ; GG agit sur Ω\Omega par translation à gauche gS=gSg \cdot S = gS. Par le Lemme 1.17, Ω=(pampa)m≢0(modp)\abs\Omega = \binom{p^a m}{p^a} \equiv m \not\equiv 0 \pmod p, donc une certaine orbite OS\mathcal O_S a une taille première à pp (si pp divisait toute taille d’orbite, il diviserait Ω\abs\Omega). Soit H=GSH = G_S le stabilisateur d’un tel SS. Comme [G:H]=OS[G : H] = \abs{\mathcal O_S} est premier à pp et paG=[G:H]Hp^a \mid \abs G = [G:H]\,\abs H, on a paHp^a \mid \abs H. Réciproquement, fixer sSs \in S : l’application HSH \to S, hhsh \mapsto hs, est injective et arrive dans SS car hS=ShS = S ; d’où HS=pa\abs H \leq \abs S = p^a. Donc H=pa\abs H = p^a.

Théorème 1.19 (Sylow II : domination et conjugaison)

Soit PP un pp-sous-groupe de Sylow et QQ un pp-sous-groupe quelconque de GG. Alors QgPg1Q \subseteq gPg^{-1} pour un certain gGg \in G. En particulier tous les pp-sous-groupes de Sylow sont conjugués, et PG    np=1P \trianglelefteq G \iff n_p = 1.

Démonstration. Faisons agir QQ sur l’espace des classes X=G/PX = G/P, de cardinal m≢0(modp)m \not\equiv 0 \pmod p. Par le Théorème 1.12 appliqué au pp-groupe QQ, XQm≢0(modp)\abs{X^Q} \equiv m \not\equiv 0 \pmod p : il existe une classe fixe gPgP, i.e. QgP=gPQgP = gP, i.e. g1QgPg^{-1}Qg \subseteq P. Si QQ est lui-même un sous-groupe de Sylow, l’égalité des ordres transforme QgPg1Q \subseteq gPg^{-1} en une égalité. Enfin PGP \trianglelefteq G ssi ses conjugués {gPg1}\{gPg^{-1}\} — qui d’après ce qui précède sont tous les pp-sous-groupes de Sylow — se réduisent à {P}\{P\}.

Théorème 1.20 (Sylow III : dénombrement)

np1(modp)n_p \equiv 1 \pmod p, et np=[G:NG(P)]n_p = [G : N_G(P)], qui divise mm.

Démonstration. Soit Sylp\mathrm{Syl}_p l’ensemble des pp-sous-groupes de Sylow ; GG agit dessus transitivement par conjugaison (le Théorème 1.19), avec stabilisateur de PP le normalisateur NG(P)PN_G(P) \supseteq P : np=[G:NG(P)]n_p = [G : N_G(P)], et m=[G:P]=[G:NG(P)][NG(P):P]m = [G:P] = [G:N_G(P)]\,[N_G(P):P] montre npmn_p \mid m.

Restreignons maintenant l’action à PP et comptons les points fixes. Si QSylpQ \in \mathrm{Syl}_p est fixé par PP, alors PNG(Q)P \subseteq N_G(Q) ; PP et QQ sont tous deux des pp-sous-groupes de Sylow du groupe NG(Q)N_G(Q), donc conjugués dans celui-ci (le Théorème 1.19 appliqué à NG(Q)N_G(Q)) ; mais QNG(Q)Q \trianglelefteq N_G(Q), donc QQ y est son unique conjugué : P=QP = Q. Ainsi le seul point fixe est PP lui-même, et le Théorème 1.12 donne np=SylpSylpP=1(modp)n_p = \abs{\mathrm{Syl}_p} \equiv \abs{\mathrm{Syl}_p^P} = 1 \pmod p.

Méthode 1.21

Pour analyser un groupe d’ordre donné n=pamn = p^a m : lister les diviseurs de mm congrus à 11 modulo pp — ce sont les candidats pour npn_p. Si le seul candidat est 11, le pp-sous-groupe de Sylow est normal. Si np>1n_p > 1 est forcé d’être petit, faire agir par conjugaison sur Sylp\mathrm{Syl}_p pour obtenir un morphisme GSnpG \to S_{n_p} de petit noyau. Et compter les éléments : des pp-sous-groupes de Sylow distincts d’ordre premier pp s’intersectent trivialement, donc ils portent np(p1)n_p(p-1) éléments d’ordre exactement pp ; des comptes qui se chevauchent pour des premiers différents forcent souvent une contradiction (Exercice 1.7).

Exemple 1.22

Soit G=pq\abs G = pq avec p<qp < q premiers et pq1p \nmid q - 1. Alors nqpn_q \mid p et nq1modqn_q \equiv 1 \bmod q forcent nq=1n_q = 1 (car p<qp < q) ; npqn_p \mid q et np1modpn_p \equiv 1 \bmod p forcent np=1n_p = 1 (car q≢1modpq \not\equiv 1 \bmod p). Soient P,QP, Q les deux Sylow normaux : PQ={e}P \cap Q = \{e\} (ordres premiers entre eux), donc PQ=pq\abs{PQ} = pq (Exercice 1.4) et GP×QZ/pZ×Z/qZZ/pqZG \cong P \times Q \cong \Z/p\Z \times \Z/q\Z \cong \Z/pq\Z par la Proposition 1.24 ci-dessous. Tout groupe d’ordre 1515, 3333, 3535, … est cyclique. Le cas exclu pq1p \mid q - 1 produit exactement un groupe de plus, non abélien — voir le problème du week-end (Problème 1.1).

Exemple 1.23 (Un recensement de Sylow complet : S4S_4)

Appliquons la méthode à G=S4G = S_4, G=24=233\abs G = 24 = 2^3\cdot3. Sylow 33 : n38n_3 \mid 8, n31mod3n_3 \equiv 1 \bmod 3, donc n3{1,4}n_3 \in \{1, 4\} ; comme (123)\langle(123)\rangle et (124)\langle(124)\rangle sont distincts, n3=4n_3 = 4 — les quatre sous-groupes (abc)\langle(abc)\rangle, un pour chaque sous-ensemble à 33 éléments {a,b,c}\{a, b, c\}, comptant pour les 88 33-cycles. Par Sylow II ils sont conjugués, et le morphisme de conjugaison S4SSyl3S4S_4 \to S_{\mathrm{Syl}_3} \cong S_4 est un isomorphisme ici (son noyau est contenu dans N=NG((123))N = N_G(\langle(123)\rangle) d’ordre 24/4=624/4 = 6, et un sous-groupe normal de S4S_4 à l’intérieur d’un NN de type S3S_3 doit être trivial : il serait formé de permutations paires fixant les quatre Sylow, et seul ee le fait). Sylow 22 : n23n_2 \mid 3, n21mod2n_2 \equiv 1 \bmod 2 : n2{1,3}n_2 \in \{1, 3\}. Le sous-groupe D=(1234),(13)D = \langle(1234), (13)\rangle a ordre 88 (un diédral D4D_4 : les symétries du carré de sommets 1,2,3,41, 2, 3, 4), n’est pas normal ((12)(1234)(12)=(2134)(12)(1234)(12) = (2134) engendre un sous-groupe de 44-cycles différent), donc n2=3n_2 = 3 : les trois copies de D4D_4 correspondent aux trois façons d’apparier 44 points en un « carré ». Noter la morale du recensement : S4=24\abs{S_4} = 24 laisse de la place pour que l’un ou l’autre Sylow échoue à la normalité, et les deux échouent — comparer à l’ordre 1212, où le compte force l’un d’eux normal (partie IV du Problème 1.1).

1.4 Produits, directs et semi-directs

Proposition 1.24 (Reconnaître un produit direct)

Soient H,KGH, K \trianglelefteq G avec HK={e}H \cap K = \{e\} et HK=GHK = G. Alors (h,k)hk(h,k) \mapsto hk est un isomorphisme H×KGH \times K \to G.

Démonstration. Pour hHh \in H, kKk \in K, le commutateur hkh1k1hkh^{-1}k^{-1} appartient à KK (le lire comme (hkh1)k1(hkh^{-1})k^{-1}, en utilisant la normalité de KK) et à HH (le lire comme h(kh1k1)h(kh^{-1}k^{-1})) : il vaut ee, donc HH et KK commutent élément par élément et l’application est un morphisme. Elle est surjective car HK=GHK = G, et injective car hk=ehk = e donne h=k1HK={e}h = k^{-1} \in H \cap K = \{e\}.

La normalité des deux facteurs est ce qui échoue le plus souvent : dans S3=(123)(12)S_3 = \langle (1\,2\,3)\rangle \,\langle(1\,2) \rangle les deux facteurs s’intersectent trivialement et engendrent, pourtant S3≇Z/3Z×Z/2ZS_3 \not\cong \Z/3\Z \times \Z/2\Z. La bonne notion quand un seul facteur est normal :

Définition 1.25

Soient HH, KK des groupes et φ ⁣:KAut(H)\varphi \colon K \to \operatorname{Aut}(H) un morphisme. Le produit semi-direct HφKH \rtimes_\varphi K est l’ensemble H×KH \times K muni de

(h,k)(h,k)=(hφ(k)(h),  kk).(h, k)\,(h', k') = \bigl(h\,\varphi(k)(h'),\; kk'\bigr).

Proposition 1.26

HφKH \rtimes_\varphi K est un groupe ; H×{e}H \times \{e\} est un sous-groupe normal isomorphe à HH, {e}×K\{e\} \times K un sous-groupe isomorphe à KK ; ils s’intersectent trivialement et engendrent. Réciproquement, si G=NKG = NK avec NGN \trianglelefteq G, KGK \leq G et NK={e}N \cap K = \{e\}, alors GNφKG \cong N \rtimes_\varphi K pour φ(k)=(nknk1)\varphi(k) = (n \mapsto knk^{-1}).

Démonstration. Vérification directe : l’associativité se réduit à φ(kk)=φ(k)φ(k)\varphi(kk') = \varphi(k)\circ\varphi(k') et à chaque φ(k)\varphi(k) étant un morphisme ; l’élément neutre est (e,e)(e,e) et (h,k)1=(φ(k1)(h1),k1)(h,k)^{-1} = \bigl(\varphi(k^{-1})(h^{-1}), k^{-1}\bigr). La projection (h,k)k(h,k) \mapsto k est un morphisme sur KK de noyau H×{e}H \times \{e\}, qui est donc normal. Pour la réciproque : tout gGg \in G s’écrit de façon unique nknk avec nNn \in N, kKk \in K (existence : G=NKG = NK ; unicité : nk=nknk = n'k' donne n1n=kk1NKn'^{-1}n = k'k^{-1} \in N \cap K), et

(nk)(nk)=n(knk1)  kk(nk)(n'k') = n\,(kn'k^{-1})\;kk'

montre que nk(n,k)nk \mapsto (n, k) transporte la loi de GG vers celle de NφKN \rtimes_\varphi K.

Exemple 1.27

(a) Le groupe diédral DnD_n (n3n \geq 3) des 2n2n symétries d’un nn-gone régulier : les rotations forment un sous-groupe normal d’indice 22, toute réflexion engendre un complément, et conjuguer une rotation par une réflexion l’inverse : DnZ/nZφZ/2ZD_n \cong \Z/n\Z \rtimes_\varphi \Z/2\Z avec φ(1)=(xx)\varphi(1) = (x \mapsto -x). (b) Le groupe affine d’une droite, {xax+b:aK×,bK}KK×\{x \mapsto ax + b : a \in K^\times,\, b \in K\} \cong K \rtimes K^\times : translations normales, homothéties un complément. (c) SnAnZ/2ZS_n \cong A_n \rtimes \Z/2\Z (complément : toute transposition). (d) Le groupe des quaternions Q8Q_8 n’est pas un produit semi-direct de sous-groupes propres : tout sous-groupe non trivial contient 1-1 (Problème 1.1), donc aucun couple de sous-groupes propres ne s’intersecte trivialement.

1.5 Groupes résolubles ; simplicité de AnA_n

Définition 1.28

Le commutateur de x,yGx, y \in G est [x,y]=xyx1y1[x,y] = xyx^{-1}y^{-1} ; le sous-groupe dérivé D(G)D(G) est le sous-groupe engendré par tous les commutateurs. La suite dérivée est D0(G)=GD^0(G) = G, Di+1(G)=D(Di(G))D^{i+1}(G) = D(D^i(G)), et GG est résoluble si Dn(G)={e}D^n(G) = \{e\} pour un certain nn.

Proposition 1.29

D(G)D(G) est normal (en fait stable sous tout automorphisme), G/D(G)G/D(G) est abélien, et pour NGN \trianglelefteq G : G/NG/N abélien     D(G)N\iff D(G) \subseteq N. De plus GG est résoluble ssi il existe une chaîne G=G0G1Gn={e}G = G_0 \trianglerighteq G_1 \trianglerighteq \dots \trianglerighteq G_n = \{e\} avec chaque Gi+1GiG_{i+1} \trianglelefteq G_i et chaque quotient Gi/Gi+1G_i/G_{i+1} abélien. Les sous-groupes et quotients de groupes résolubles sont résolubles ; réciproquement, si NN et G/NG/N sont résolubles, alors GG l’est.

Démonstration. Un automorphisme α\alpha envoie [x,y][x,y] sur [αx,αy][\alpha x, \alpha y] : il permute les commutateurs, donc préserve le sous-groupe qu’ils engendrent ; les conjugaisons sont des automorphismes, d’où la normalité. Dans G/D(G)G/D(G), xˉyˉxˉ1yˉ1=[x,y]=eˉ\bar x\bar y \bar x^{-1}\bar y^{-1} = \overline{[x,y]} = \bar e : le quotient est abélien. Si G/NG/N est abélien alors tout [x,y]N[x,y] \in N, donc D(G)ND(G) \subseteq N ; réciproquement si D(G)ND(G) \subseteq N alors G/NG/N, quotient de l’abélien G/D(G)G/D(G) par le troisième théorème d’isomorphisme, est abélien.

Si GG est résoluble, la suite dérivée est une telle chaîne. Réciproquement, étant donnée une chaîne, Di(G)GiD^i(G) \subseteq G_i par récurrence : Gi/Gi+1G_i/G_{i+1} abélien donne D(Gi)Gi+1D(G_i) \subseteq G_{i+1}, donc Di+1(G)=D(DiG)D(Gi)Gi+1D^{i+1}(G) = D(D^i G) \subseteq D(G_i) \subseteq G_{i+1} ; d’où Dn(G)={e}D^n(G) = \{e\}.

Hérédité : Di(H)Di(G)D^i(H) \subseteq D^i(G) pour HGH \leq G (récurrence), et Di(G/N)=π(Di(G))D^i(G/N) = \pi(D^i(G)) car π\pi envoie commutateurs sur commutateurs ; cela donne les énoncés pour sous-groupes et quotients. Extension : si Dm(G/N)={e}D^m(G/N) = \{e\} alors Dm(G)ND^m(G) \subseteq N, et Dn(N)={e}D^n(N) = \{e\} donne Dm+n(G)=Dn(Dm(G))Dn(N)={e}D^{m+n}(G) = D^n(D^m(G)) \subseteq D^n(N) = \{e\}.

Exemple 1.30

Les groupes abéliens sont résolubles. Les pp-groupes sont résolubles, par récurrence sur l’ordre : Z(G){e}Z(G) \neq \{e\} et G/Z(G)G/Z(G) est un pp-groupe plus petit. S3S_3 et S4S_4 sont résolubles : S4A4V{e}S_4 \trianglerighteq A_4 \trianglerighteq V \trianglerighteq \{e\}, où V={e,(12)(34),(13)(24),(14)(23)}V = \{e, (1\,2)(3\,4), (1\,3)(2\,4), (1\,4)(2\,3)\} est le groupe de Klein des doubles transpositions (normal dans S4S_4 : une réunion de classes de conjugaison), avec quotients abéliens Z/2Z\Z/2\Z, Z/3Z\Z/3\Z, VV. Dans le Chapitre 4, « l’équation générale de degré nn est résoluble par radicaux » voudra littéralement dire « SnS_n est un groupe résoluble ». D’où l’importance de la définition suivante.

Définition 1.31

Un groupe G{e}G \neq \{e\} est simple si ses seuls sous-groupes normaux sont {e}\{e\} et GG. Un groupe simple non abélien n’est pas résoluble : D(G)GD(G) \trianglelefteq G n’est pas {e}\{e\} (sinon GG abélien), donc D(G)=GD(G) = G et la suite dérivée est constante. Les groupes simples abéliens sont exactement les Z/pZ\Z/p\Z, pp premier (un groupe abélien est simple ssi il n’a pas de sous-groupe propre non trivial, ssi il est cyclique d’ordre premier par Lagrange).

Lemme 1.32

Pour n3n \geq 3, AnA_n est engendré par les 33-cycles ; pour n5n \geq 5, tous les 33-cycles sont conjugués dans AnA_n.

Démonstration. Un élément de AnA_n est un produit d’un nombre pair de transpositions ; les apparier et utiliser (composition de droite à gauche)

(ab)(cd)=(acb)(acd),(ab)(bc)=(abc),(ab)(ab)=e(a\,b)(c\,d) = (a\,c\,b)(a\,c\,d), \qquad (a\,b)(b\,c) = (a\,b\,c), \qquad (a\,b)(a\,b) = e

pour les paires disjointes, chevauchantes et égales respectivement : chaque paire de transpositions est un produit de 33-cycles.

Conjugaison : σ(abc)σ1=(σa  σb  σc)\sigma(a\,b\,c)\sigma^{-1} = (\sigma a\; \sigma b\; \sigma c), donc deux 33-cycles quelconques sont conjugués par un certain σSn\sigma \in S_n. Si σ\sigma est impair, le remplacer par σ=σ(de)\sigma' = \sigma (d\,e)d,ed, e sont deux points hors de {a,b,c}\{a, b, c\} — ils existent car n5n \geq 5 ; alors σ\sigma' est pair et σ(abc)σ1=σ(abc)σ1\sigma'(a\,b\,c)\sigma'^{-1} = \sigma(a\,b\,c)\sigma^{-1}, car (de)(d\,e) commute avec (abc)(a\,b\,c).

Théorème 1.33 (Simplicité du groupe alterné)

AnA_n est simple pour n5n \geq 5.

Démonstration. Soit NAnN \trianglelefteq A_n, N{e}N \neq \{e\}. Par le Lemme 1.32 il suffit de montrer que NN contient un 33-cycle : la normalité et la conjugaison des 33-cycles dans AnA_n mettent alors tous les 33-cycles dans NN, donc N=AnN = A_n.

Pour ρSn\rho \in S_n soit F(ρ)={x:ρ(x)x}F(\rho) = \{x : \rho(x) \neq x\} son support et f(ρ)=F(ρ)f(\rho) = \abs{F(\rho)}. Choisir σN{e}\sigma \in N \setminus \{e\} avec f(σ)f(\sigma) minimal. Noter qu’une permutation paire non triviale a f3f \geq 3, et que f(σ)=4f(\sigma) = 4 est impossible pour σAn\sigma \in A_n sauf si σ\sigma est une double transposition (un 44-cycle est impair). On montre que σ\sigma est un 33-cycle.

Cas A : σ\sigma est un produit de transpositions disjointes, disons σ=(ab)(cd)\sigma = (a\,b)(c\,d)\cdots avec f(σ)4f(\sigma) \geq 4. Choisir e{a,b,c,d}e' \notin \{a, b, c, d\} (possible : n5n \geq 5), poser τ=(cde)\tau = (c\,d\,e') et

σ=τστ1σ1N(τστ1N par normaliteˊ).\sigma' = \tau\sigma\tau^{-1}\,\sigma^{-1} \in N \qquad (\tau\sigma\tau^{-1} \in N \text{ par normalité}).

Comme στ1σ1=(σc  σe  σd)=(d  σe  c)\sigma\tau^{-1}\sigma^{-1} = (\sigma c\;\sigma e'\;\sigma d) = (d\;\sigma e'\;c) (en utilisant σc=d\sigma c = d, σd=c\sigma d = c), on obtient σ=(cde)(d  σe  c)\sigma' = (c\,d\,e')(d\;\sigma e'\;c).

Si σe=e\sigma e' = e' (ce qui vaut en particulier quand f(σ)=4f(\sigma) = 4, i.e. σ=(ab)(cd)\sigma = (a\,b)(c\,d)) : alors (dec)=(cde)(d\,e'\,c) = (c\,d\,e') et σ=(cde)2=(ced)\sigma' = (c\,d\,e')^2 = (c\,e'\,d), un 33-cycle dans NN, avec f(σ)=3<4f(σ)f(\sigma') = 3 < 4 \leq f(\sigma) — contredisant la minimalité.

Si σee\sigma e' \neq e' : alors σe{a,b,c,d,e}\sigma e' \notin \{a, b, c, d, e'\} (σ\sigma échange a,ba,b et c,dc,d, et e{a,b,c,d}e' \notin \{a,b,c,d\} avec σ\sigma injectif), donc σ\sigma déplace les six points a,b,c,d,e,σea, b, c, d, e', \sigma e' : f(σ)6f(\sigma) \geq 6. D’autre part σ\sigma', produit de deux 33-cycles de supports dans {c,d,e,σe}\{c, d, e', \sigma e'\}, vérifie f(σ)4f(\sigma') \leq 4 ; et σe\sigma' \neq e, car σ(d)=τστ1(c)=τσ(e)=σed\sigma'(d) = \tau\sigma\tau^{-1}(c) = \tau\sigma(e') = \sigma e' \neq d (τ\tau fixe σe{c,d,e}\sigma e' \notin \{c,d,e'\}). Donc σN{e}\sigma' \in N \setminus\{e\} avec f(σ)4<f(σ)f(\sigma') \leq 4 < f(\sigma) : la minimalité est contredite.

Cas B : un cycle de σ\sigma a longueur 3\geq 3, disons σ(a)=b\sigma(a) = b, σ(b)=c\sigma(b) = c avec a,b,ca, b, c distincts. Si σ\sigma est exactement ce 33-cycle, on a terminé. Sinon f(σ)5f(\sigma) \geq 5 (le cas f(σ)=4f(\sigma) = 4 avec un cycle de longueur 3\geq 3 est le 44-cycle impair, exclu), donc on peut choisir d,eF(σ){a,b,c}d, e' \in F(\sigma) \setminus \{a, b, c\}. Poser τ=(cde)\tau = (c\,d\,e') et σ=τστ1σ1N\sigma' = \tau\sigma\tau^{-1}\sigma^{-1} \in N. Comme précédemment σ=(cde)(σc  σe  σd)\sigma' = (c\,d\,e')\,(\sigma c\;\sigma e'\;\sigma d) ne déplace que des points de

M={c,d,e}{σc,σd,σe}F(σ)M = \{c, d, e'\} \cup \{\sigma c, \sigma d, \sigma e'\} \subseteq F(\sigma)

(les images de points déplacés sont déplacées : σ(x)x\sigma(x) \ne x implique σ(σx)σx\sigma(\sigma x) \neq \sigma x, σ\sigma étant injectif). De plus bMb \notin M : les cinq points a,b,c,d,ea, b, c, d, e' sont distincts, donc b{c,d,e}b \notin \{c, d, e'\} ; et b{σc,σd,σe}b \in \{\sigma c, \sigma d, \sigma e'\} forcerait a{c,d,e}a \in \{c, d, e'\} (appliquer σ1\sigma^{-1}, en utilisant σa=b\sigma a = b), ce qui est faux. Donc σ\sigma' fixe bb, tandis que σ\sigma déplace bb ; et F(σ)F(σ)F(\sigma') \subseteq F(\sigma). Enfin σe\sigma' \neq e : σ1(c)=b\sigma^{-1}(c) = b, τ1(b)=b\tau^{-1}(b) = b, σ(b)=c\sigma(b) = c, τ(c)=d\tau(c) = d, donc σ(c)=dc\sigma'(c) = d \neq c. Ainsi σN{e}\sigma' \in N \setminus \{e\} avec f(σ)f(σ)1f(\sigma') \leq f(\sigma) - 1, contredisant la minimalité.

Les deux cas étant impossibles, σ\sigma est un 33-cycle.

Corollaire 1.34

Pour n5n \geq 5 : AnA_n et SnS_n ne sont pas résolubles, et les seuls sous-groupes normaux de SnS_n sont {e}\{e\}, AnA_n et SnS_n.

Démonstration. AnA_n est simple non abélien, donc non résoluble (la Définition 1.31) ; un groupe contenant un sous-groupe non résoluble n’est pas résoluble (la Proposition 1.29). Soit NSnN \trianglelefteq S_n : alors NAnAnN \cap A_n \trianglelefteq A_n vaut {e}\{e\} ou AnA_n. Si NAn=AnN \cap A_n = A_n, alors AnNA_n \subseteq N et N{An,Sn}N \in \{A_n, S_n\} par l’indice. Si NAn={e}N \cap A_n = \{e\}, la restriction à NN de la projection SnSn/AnZ/2ZS_n \to S_n/A_n \cong \Z/2\Z est injective, donc N2\abs N \leq 2 ; si N={e,σ}N = \{e, \sigma\}, la normalité rend la classe de conjugaison de σ\sigma égale à {σ}\{\sigma\}, i.e. σZ(Sn)\sigma \in Z(S_n). Mais Z(Sn)={e}Z(S_n) = \{e\} pour n3n \geq 3 : si σe\sigma \ne e envoie aa sur bab \neq a, choisir c{a,b}c \notin \{a, b\} ; alors (bc)σ(bc)1(b\,c)\sigma(b\,c)^{-1} envoie aa sur cbc \ne b, donc diffère de σ\sigma. D’où N={e}N = \{e\}.

Théorème 1.35 (Jordan–Hölder)

Tout groupe fini G{e}G \neq \{e\} admet une suite de composition

{e}=G0G1Gr=G,Gi/Gi1 simple,\{e\} = G_0 \trianglelefteq G_1 \trianglelefteq \cdots \trianglelefteq G_r = G, \qquad G_{i}/G_{i-1} \text{ simple},

et le multiensemble des facteurs de composition Gi/Gi1G_i/G_{i-1}, à isomorphisme près, ne dépend pas de la suite choisie. Un groupe fini est résoluble ssi tous ses facteurs de composition sont cycliques d’ordre premier.

Démonstration. Existence : récurrence sur G\abs G. Si GG est simple, prendre {e}G\{e\} \trianglelefteq G. Sinon choisir un sous-groupe normal propre maximal NN (il y a un nombre fini de sous-groupes) ; G/NG/N est simple par le théorème de correspondance (un sous-groupe normal propre non trivial de G/NG/N se relèverait en un sous-groupe normal de GG strictement entre NN et GG). Ajouter NGN \trianglelefteq G à une suite de composition de NN.

Unicité : récurrence sur G\abs G, le cas GG simple étant clair. Prendre deux suites de composition, avec termes avant-derniers MGM \trianglelefteq G et NGN \trianglelefteq G (donc G/MG/M, G/NG/N sont simples). Si M=NM = N, conclure par récurrence appliquée à MM. Sinon MNMN, normal dans GG et contenant strictement MM, égale GG (MM est maximal normal : tout normal MLGM \subsetneq L \subsetneq G se projetterait en un sous-groupe normal propre non trivial du simple G/MG/M). Le deuxième théorème d’isomorphisme donne

G/M=MN/MN/(MN),G/N=MN/NM/(MN).G/M = MN/M \cong N/(M \cap N), \qquad G/N = MN/N \cong M/(M \cap N).

Poser K=MNK = M \cap N (G\trianglelefteq G) et fixer une suite de composition de KK. Alors MM porte deux suites de composition : son originale, et la suite de KK suivie de KMK \trianglelefteq M (le quotient M/KG/NM/K \cong G/N est simple). Par récurrence (appliquée à MM), les facteurs de la suite originale de MM sont {facteurs de K}{G/N}\{\text{facteurs de } K\} \cup \{G/N\} ; de même pour NN. D’où les deux suites de GG ont pour facteurs

{facteurs de K}    {G/N,  G/M},\{\text{facteurs de } K\} \;\cup\; \{\,G/N,\; G/M\,\},

le même multiensemble.

Résolubilité : si tous les facteurs sont Z/piZ\Z/p_i\Z, la suite est une chaîne à quotients abéliens, donc GG est résoluble (la Proposition 1.29). Réciproquement, un facteur de composition d’un groupe résoluble est résoluble (quotient d’un sous-groupe) et simple ; un groupe simple résoluble est abélien (D(G)GD(G) \ne G force D(G)={e}D(G) = \{e\}), donc un certain Z/pZ\Z/p\Z.

Remarque 1.36

Jordan–Hölder dit que tout groupe fini est construit à partir de groupes simples, avec une liste de pièces bien définie — une arithmétique des groupes dans laquelle les groupes simples sont les nombres premiers, et où la façon dont les pièces sont collées (données d’extension, comme dans le produit semi-direct) remplace la simple multiplication. La classification des groupes finis simples — les cycliques Z/pZ\Z/p\Z, les alternés An5A_{n \geq 5}, seize familles de type de Lie, et 2626 groupes sporadiques — est l’un des monuments des mathématiques du vingtième siècle ; sa démonstration, étalée sur quelque dix mille pages de revues, dépasse de loin ce cours.

Les dix sous-groupes du groupe diédral D_4 = r, s r4 = s2 = e,\ srs-1 = r-1. Les trois sous-groupes d’indice 2 (rangée du milieu) sont normaux, de même que le centre r2 (mis en évidence) ; les quatre sous-groupes de réflexion se répartissent en deux classes de conjugaison de deux. Les chaînes du bas vers le haut donnent des suites de composition, p.ex. \e\ r2 r D_4 : facteurs ℤ/2ℤ, ℤ/2ℤ, ℤ/2ℤ — toujours le même multiensemble, comme l’exige Jordan–Hölder.
Les dix sous-groupes du groupe diédral D4=r,sr4=s2=e, srs1=r1D_4 = \langle r, s \mid r^4 = s^2 = e,\ srs^{-1} = r^{-1}\rangle. Les trois sous-groupes d’indice 22 (rangée du milieu) sont normaux, de même que le centre r2\langle r^2\rangle (mis en évidence) ; les quatre sous-groupes de réflexion se répartissent en deux classes de conjugaison de deux. Les chaînes du bas vers le haut donnent des suites de composition, p.ex. {e}r2rD4\{e\} \trianglelefteq \langle r^2\rangle \trianglelefteq \langle r\rangle \trianglelefteq D_4 : facteurs Z/2Z,Z/2Z,Z/2Z\Z/2\Z, \Z/2\Z, \Z/2\Z — toujours le même multiensemble, comme l’exige Jordan–Hölder.

1.6 Exercices

Exercice 1.1

(a) Montrer que tout sous-groupe d’indice 22 est normal. (b) Montrer que si [G:H]=2[G : H] = 2, alors x2Hx^2 \in H pour tout xGx \in G. (c) En déduire que A4A_4 n’a pas de sous-groupe d’ordre 66 : la réciproque de Lagrange échoue. (Compter les carrés des 33-cycles.)

Solution

Solution de Exercice 1.1.

(a) Soit [G:H]=2[G:H] = 2. Pour gHg \in H, gH=H=HggH = H = Hg. Pour gHg \notin H : les deux classes à gauche sont HH et gHgH, donc gH=GHgH = G \setminus H ; de même Hg=GHHg = G \setminus H. D’où gH=HggH = Hg pour tout gg : HGH \trianglelefteq G.

(b) Par (a), G/HG/H est un groupe d’ordre 22 ; la classe xˉ\bar x vérifie xˉ2=eˉ\bar x^2 = \bar e, i.e. x2Hx^2 \in H.

(c) Supposons HA4H \leq A_4 avec H=6\abs H = 6, donc d’indice 22. Par (b), σ2H\sigma^2 \in H pour tout σA4\sigma \in A_4. Tout 33-cycle est un tel carré : si σ3=e\sigma^3 = e alors σ=σ4=(σ2)2\sigma = \sigma^4 = (\sigma^2)^2. Donc HH contient les huit 33-cycles de A4A_4 : H8>6\abs H \geq 8 > 6, contradiction. (La réciproque de Lagrange échoue dès la première occasion : 6126 \mid 12.)

Exercice 1.2

Montrer que si G/Z(G)G/Z(G) est cyclique alors GG est abélien. En déduire à nouveau que tout groupe d’ordre p2p^2 est abélien, et exhiber, pour chaque premier pp, un groupe non abélien d’ordre p3p^3. (Penser aux matrices triangulaires supérieures à diagonale unité sur Fp\mathbb F_p.)

Solution

Solution de Exercice 1.2.

Disons G/Z(G)=gZ(G)G/Z(G) = \langle gZ(G) \rangle. Tout xGx \in G s’écrit alors x=gkzx = g^k z avec kZk \in \Z, zZ(G)z \in Z(G). Pour x=gkzx = g^kz, y=glzy = g^l z' :

xy=gkzglz=gk+lzz=glzgkz=yx,xy = g^k z\, g^l z' = g^{k+l} z z' = g^l z'\, g^k z = yx,

les éléments centraux commutant avec tout : GG est abélien.

Ordre p2p^2 : Z(G){e}Z(G) \neq \{e\} (Théorème 1.12), donc Z(G){p,p2}\abs{Z(G)} \in \{p, p^2\}. S’il valait pp, alors G/Z(G)G/Z(G) aurait ordre pp, donc serait cyclique, forçant GG abélien et Z(G)=GZ(G) = G d’ordre p2p^2 — contradiction. Donc Z(G)=GZ(G) = G.

Non abélien d’ordre p3p^3 : le groupe de Heisenberg

Hp={(1ac01b001):a,b,cFp}GL3(Fp),H_p = \left\{ \begin{pmatrix} 1 & a & c\\ 0 & 1 & b\\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} : a, b, c \in \mathbb F_p \right\} \leq GL_3(\mathbb F_p),

d’ordre p3p^3 (choix libre de a,b,ca, b, c ; clôture et inverses par calcul direct). Il est non abélien : les deux matrices élémentaires I+E12I + E_{12} et I+E23I + E_{23} ont pour commutateur I+E13II + E_{13} \neq I.

Exercice 1.3

(a) Montrer que Aut(Z/nZ)(Z/nZ)×\operatorname{Aut}(\Z/n\Z) \cong (\Z/n\Z)^\times. (b) Montrer que les automorphismes intérieurs ιg ⁣:xgxg1\iota_g \colon x \mapsto gxg^{-1} forment un sous-groupe normal Inn(G)Aut(G)\operatorname{Inn}(G) \trianglelefteq \operatorname{Aut}(G), avec Inn(G)G/Z(G)\operatorname{Inn}(G) \cong G/Z(G).

Solution

Solution de Exercice 1.3.

(a) Un morphisme f ⁣:Z/nZZ/nZf \colon \Z/n\Z \to \Z/n\Z est déterminé par k=f(1ˉ)k = f(\bar 1) (alors f(mˉ)=mkˉf(\bar m) = m\bar k), et tout kˉ\bar k en définit un. Il est bijectif ssi kˉ\bar k engendre Z/nZ\Z/n\Z, ssi gcd(k,n)=1\gcd(k,n) = 1, ssi kˉ(Z/nZ)×\bar k \in (\Z/n\Z)^\times. La composition correspond à la multiplication : fkfl=fklf_k \circ f_l = f_{kl}. D’où Aut(Z/nZ)(Z/nZ)×\operatorname{Aut}(\Z/n\Z) \cong (\Z/n\Z)^\times.

(b) L’application ι ⁣:GAut(G)\iota\colon G \to \operatorname{Aut}(G), gιgg \mapsto \iota_g, est un morphisme : ιgιh=ιgh\iota_g \circ \iota_h = \iota_{gh}. Son image est Inn(G)\operatorname{Inn}(G) ; son noyau est {g:gxg1=x x}=Z(G)\{g : gxg^{-1} = x\ \forall x\} = Z(G). Le premier théorème d’isomorphisme donne Inn(G)G/Z(G)\operatorname{Inn}(G) \cong G/Z(G). Normalité dans Aut(G)\operatorname{Aut}(G) : pour αAut(G)\alpha \in \operatorname{Aut}(G),

(αιgα1)(x)=α(gα1(x)g1)=α(g)xα(g)1=ια(g)(x).(\alpha \circ \iota_g \circ \alpha^{-1})(x) = \alpha\bigl(g\,\alpha^{-1}(x)\,g^{-1}\bigr) = \alpha(g)\, x\, \alpha(g)^{-1} = \iota_{\alpha(g)}(x).

Exercice 1.4 ★★

Soient H,KH, K des sous-groupes d’un groupe fini GG. (a) Démontrer la formule du produit HKHK=HK\abs{HK}\,\abs{H\cap K} = \abs H\, \abs K, en comptant les fibres de l’application H×KHKH \times K \to HK, (h,k)hk(h,k) \mapsto hk. (b) Montrer que HKHK est un sous-groupe ssi HK=KHHK = KH (automatique quand l’un des deux est normal). (c) Si H,KGH, K \trianglelefteq G et HK={e}H \cap K = \{e\}, montrer que hk=khhk = kh pour tous hHh \in H, kKk \in K.

Solution

Solution de Exercice 1.4.

(a) Considérer μ ⁣:H×KHK\mu \colon H \times K \to HK, (h,k)hk(h,k) \mapsto hk, surjective par définition. Fixer h0k0HKh_0k_0 \in HK : alors hk=h0k0    h01h=k0k1HKhk = h_0k_0 \iff h_0^{-1}h = k_0 k^{-1} \in H \cap K. En écrivant u=h01hu = h_0^{-1}h, la fibre de h0k0h_0k_0 est {(h0u,u1k0):uHK}\{(h_0u,\, u^{-1}k_0) : u \in H \cap K\}, de cardinal HK\abs{H \cap K}. D’où HK=H×K=HKHK\abs H\,\abs K = \abs{H\times K} = \abs{HK}\,\abs{H \cap K}.

(b) Si HKHK est un sous-groupe : KHHKKH \subseteq HK car kh=(h1k1)1(HK)1=HKkh = \bigl(h^{-1}k^{-1}\bigr)^{-1} \in (HK)^{-1} = HK ; et HKKHHK \subseteq KH en prenant les inverses dans HK=(HK)1(KH)1HK = (HK)^{-1} \subseteq (KH)^{-1}\dots plus directement, pour hkHKhk \in HK, (hk)1=k1h1KH(hk)^{-1} = k^{-1}h^{-1} \in KH, donc HK=(HK)1KHHK = (HK)^{-1} \subseteq KH ; les deux inclusions donnent HK=KHHK = KH. Réciproquement si HK=KHHK = KH : clôture, (hk)(hk)=h(kh)kh(HK)k=(hH)(Kk)HK(hk)(h'k') = h(kh')k' \in h(HK)k' = (hH)(Kk') \subseteq HK ; inverses, (hk)1=k1h1KH=HK(hk)^{-1} = k^{-1}h^{-1} \in KH = HK ; et eHKe \in HK : sous-groupe. Si, par exemple, KGK \trianglelefteq G, alors hK=KhhK = Kh pour tout hh, donc HK=KHHK = KH automatiquement.

(c) Pour hHh \in H, kKk \in K, le commutateur [h,k]=hkh1k1[h,k] = hkh^{-1}k^{-1} égale (hkh1)k1K(hkh^{-1})k^{-1} \in K (KK normal) et h(kh1k1)Hh(kh^{-1}k^{-1}) \in H (HH normal), donc appartient à HK={e}H \cap K = \{e\} : hk=khhk = kh.

Exercice 1.5 ★★

(Lemme de dénombrement de Burnside) Un groupe fini GG agit sur un ensemble fini XX. Montrer que le nombre d’orbites est le nombre moyen de points fixes :

#{orbites}=1GgGFix(g),Fix(g)={xX:gx=x},\#\{\text{orbites}\} = \frac{1}{\abs G}\sum_{g \in G} \abs{\operatorname{Fix}(g)}, \qquad \operatorname{Fix}(g) = \{x \in X : g \cdot x = x\},

en comptant l’ensemble {(g,x):gx=x}\{(g,x) : g\cdot x = x\} de deux façons. Application : Z/pZ\Z/p\Z (pp premier) agit par rotation sur des colliers de pp perles avec aa couleurs disponibles ; en déduire le petit théorème de Fermat apa(modp)a^p \equiv a \pmod p.

Solution

Solution de Exercice 1.5.

Compter E={(g,x)G×X:gx=x}E = \{(g,x) \in G \times X : g \cdot x = x\} de deux façons :

E=gGFix(g)=xXGx=xXGOx=GO orbitexO1O=G#{orbites},\abs E = \sum_{g \in G} \abs{\operatorname{Fix}(g)} = \sum_{x \in X} \abs{G_x} = \sum_{x \in X} \frac{\abs G}{\abs{\mathcal O_x}} = \abs G \sum_{\mathcal O \text{ orbite}} \sum_{x \in \mathcal O} \frac{1}{\abs{\mathcal O}} = \abs G \cdot \#\{\text{orbites}\},

en utilisant orbite–stabilisateur (Gx=G/Ox\abs{G_x} = \abs G/\abs{\mathcal O_x}) et la partition en orbites.

Colliers : soit XX l’ensemble des applications Z/pZ{1,,a}\Z/p\Z \to \{1, \dots, a\} (coloriages de pp positions), X=ap\abs X = a^p, avec Z/pZ\Z/p\Z agissant par rotation. L’identité fixe les apa^p coloriages. Une rotation kˉ0ˉ\bar k \neq \bar 0 engendre Z/pZ\Z/p\Z (pp premier), donc un coloriage qu’elle fixe est invariant sous toutes les rotations, donc constant : aa coloriages fixes. Burnside :

#{orbites}=ap+(p1)apN,\#\{\text{orbites}\} = \frac{a^p + (p-1)a}{p} \in \N ,

donc pap+(p1)ap \mid a^p + (p-1)a, i.e. papap \mid a^p - a : le petit théorème de Fermat, par pur dénombrement.

Exercice 1.6

En utilisant les théorèmes de Sylow, montrer que tout groupe d’ordre 1515 est cyclique et que tout groupe d’ordre 4545 est abélien.

Solution

Solution de Exercice 1.6.

Ordre 15=3515 = 3 \cdot 5 : n35n_3 \mid 5 et n31(mod3)n_3 \equiv 1 \pmod 3 forcent n3=1n_3 = 1 ; n53n_5 \mid 3 et n51(mod5)n_5 \equiv 1 \pmod 5 forcent n5=1n_5 = 1. Les Sylow P3,P5P_3, P_5 sont normaux, s’intersectent trivialement (ordres premiers entre eux), et P3P5=15\abs{P_3P_5} = 15 (Exercice 1.4(a)) : par la Proposition 1.24, GZ/3Z×Z/5ZZ/15ZG \cong \Z/3\Z \times \Z/5\Z \cong \Z/15\Z (restes chinois).

Ordre 45=32545 = 3^2 \cdot 5 : n35n_3 \mid 5, n31(mod3)n_3 \equiv 1 \pmod 3 donnent n3=1n_3 = 1 ; n59n_5 \mid 9, n51(mod5)n_5 \equiv 1 \pmod 5 donnent n5=1n_5 = 1. Donc GP3×P5G \cong P_3 \times P_5 avec P3=9=32\abs{P_3} = 9 = 3^2 et P5=5\abs{P_5} = 5 : tous deux abéliens (Théorème 1.12 pour p2p^2 ; ordre premier est cyclique), donc GG aussi.

Exercice 1.7 ★★

Montrer qu’aucun groupe d’ordre 3030, et aucun d’ordre 5656, n’est simple. (Pour 3030 : si n31n_3 \neq 1 et n51n_5 \neq 1, compter les éléments d’ordres 33 et 55. Pour 5656 : compter les éléments d’ordre 77.)

Solution

Solution de Exercice 1.7.

Ordre 30=23530 = 2 \cdot 3 \cdot 5. n56n_5 \mid 6, n51(mod5)n_5 \equiv 1 \pmod 5 : n5{1,6}n_5 \in \{1, 6\} ; n310n_3 \mid 10, n31(mod3)n_3 \equiv 1 \pmod 3 : n3{1,10}n_3 \in \{1, 10\}. Supposons GG simple, donc n5=6n_5 = 6 et n3=10n_3 = 10. Deux sous-groupes distincts d’ordre premier pp s’intersectent trivialement (l’intersection est un sous-groupe propre de Z/pZ\Z/p\Z), donc les six 55-sous-groupes de Sylow portent 6×4=246 \times 4 = 24 éléments d’ordre 55, et les dix 33-sous-groupes de Sylow portent 10×2=2010 \times 2 = 20 éléments d’ordre 33 : 24+20=44>30124 + 20 = 44 > 30 - 1 éléments non identité — absurde. Donc n5=1n_5 = 1 ou n3=1n_3 = 1 : un Sylow normal existe.

Ordre 56=23756 = 2^3 \cdot 7. n78n_7 \mid 8, n71(mod7)n_7 \equiv 1 \pmod 7 : n7{1,8}n_7 \in \{1, 8\}. Si n7=8n_7 = 8, les 77-sous-groupes de Sylow portent 8×6=488 \times 6 = 48 éléments d’ordre 77, laissant exactement 5648=856 - 48 = 8 autres éléments. Un 22-sous-groupe de Sylow a ordre 88 et est formé de tels éléments, donc c’est l’ensemble de ceux-ci : n2=1n_2 = 1. Soit n7=1n_7 = 1 soit n2=1n_2 = 1 : jamais simple.

Exercice 1.8 ★★

(a) Soit HGH \leq G d’indice nn. Montrer que l’action de GG sur G/HG/H produit un morphisme GSnG \to S_n dont le noyau gGgHg1\bigcap_{g \in G} gHg^{-1} est le plus grand sous-groupe normal de GG contenu dans HH. (b) En déduire : si GG est fini et pp est le plus petit diviseur premier de G\abs G, tout sous-groupe d’indice pp est normal. (c) Montrer que toute action transitive de GG sur un ensemble XX est isomorphe à l’action sur un espace de classes : il existe une bijection XG/GxX \to G/G_x commutant avec les actions.

Solution

Solution de Exercice 1.8.

(a) L’action gxH=gxHg \cdot xH = gxH donne un morphisme ρ ⁣:GS(G/H)Sn\rho \colon G \to \mathfrak S(G/H) \cong S_n. Son noyau est

kerρ={g:xG, gxH=xH}={g:x, x1gxH}=xGxHx1,\ker\rho = \{g : \forall x \in G,\ gxH = xH\} = \{g : \forall x,\ x^{-1}gx \in H\} = \bigcap_{x \in G} xHx^{-1},

un sous-groupe normal (un noyau) contenu dans HH (prendre x=ex = e). Si NGN \trianglelefteq G et NHN \subseteq H, alors pour tout xx : N=xNx1xHx1N = xNx^{-1} \subseteq xHx^{-1}, donc NkerρN \subseteq \ker\rho : le noyau est le plus grand tel.

(b) Soit [G:H]=p[G:H] = p, plus petit premier divisant G\abs G, et K=kerρHK = \ker\rho \subseteq H. Alors G/KG/K se plonge dans SpS_p, donc [G:K][G:K] divise p!p!. De plus [G:K]=[G:H][H:K]=p[H:K][G:K] = [G:H]\,[H:K] = p\,[H:K], donc [H:K][H:K] divise (p1)!(p-1)!. Mais [H:K][H:K] divise G\abs G, dont les diviseurs premiers sont tous p\geq p, tandis que les diviseurs premiers de (p1)!(p-1)! sont tous <p< p : d’où [H:K]=1[H:K] = 1, i.e. H=K=kerρH = K = \ker \rho est normal.

(c) Soit l’action transitive et xXx \in X. L’application Φ ⁣:G/GxX\Phi \colon G/G_x \to X, gGxgxgG_x \mapsto g \cdot x, est bien définie et bijective (orbite–stabilisateur ; l’orbite est tout XX), et elle entrelace les actions : Φ(hgGx)=Φ(hgGx)=(hg)x=hΦ(gGx)\Phi(h \cdot gG_x) = \Phi(hgG_x) = (hg) \cdot x = h \cdot \Phi(gG_x).

Exercice 1.9 ★★

(a) Montrer que D(G)D(G) est le plus petit sous-groupe normal de GG à quotient abélien, et que tout morphisme de GG vers un groupe abélien se factorise de façon unique à travers l’abélianisé Gab=G/D(G)G^{\mathrm{ab}} = G/D(G). (b) Calculer D(Sn)D(S_n) et SnabS_n^{\mathrm{ab}} pour n2n \geq 2, et D(Q8)D(Q_8) et Q8abQ_8^{\mathrm{ab}}.

Solution

Solution de Exercice 1.9.

(a) D(G)D(G) est normal à quotient abélien (Proposition 1.29) ; et si NGN \trianglelefteq G a G/NG/N abélien, la même proposition donne D(G)ND(G) \subseteq N : D(G)D(G) est le plus petit. Propriété universelle : soit f ⁣:GAf \colon G \to A avec AA abélien. Alors f([x,y])=[f(x),f(y)]=ef([x,y]) = [f(x), f(y)] = e, donc D(G)kerfD(G) \subseteq \ker f, et le Théorème 1.3 factorise f=fˉπf = \bar f \circ \pi à travers GabG^{\mathrm{ab}}, de façon unique car π\pi est surjective.

(b) Les commutateurs sont des permutations paires, donc D(Sn)AnD(S_n) \subseteq A_n. Réciproquement tout 33-cycle est un commutateur :

[(ab),(ac)]=(ab)(ac)(ab)(ac)=(abc),\bigl[(a\,b),\,(a\,c)\bigr] = (a\,b)(a\,c)(a\,b)(a\,c) = (a\,b\,c),

(vérification directe sur a,b,ca, b, c), et les 33-cycles engendrent AnA_n (Lemme 1.32) : D(Sn)=AnD(S_n) = A_n pour n3n \geq 3, et SnabSn/AnZ/2ZS_n^{\mathrm{ab}} \cong S_n/A_n \cong \Z/2\Z. (Pour n=2n = 2 : S2S_2 est abélien, D(S2)={e}D(S_2) = \{e\}, S2ab=S2Z/2ZS_2^{\mathrm{ab}} = S_2 \cong \Z/2\Z — la formule SnabZ/2ZS_n^{\mathrm{ab}} \cong \Z/2\Z vaut pour tout n2n \geq 2.)

Q8Q_8 : le quotient Q8/{±1}Q_8/\{\pm 1\} a ordre 44, donc est abélien, d’où D(Q8){±1}D(Q_8) \subseteq \{\pm 1\} ; et [i,j]=iji1j1=ij(i)(j)=(ij)2=k2=1[\mathrm i, \mathrm j] = \mathrm i \mathrm j \mathrm i^{-1}\mathrm j^{-1} = \mathrm i\mathrm j(-\mathrm i)(-\mathrm j) = (\mathrm i \mathrm j)^2 = \mathrm k^2 = -1, donc D(Q8)={±1}D(Q_8) = \{\pm 1\} et Q8ab(Z/2Z)2Q_8^{\mathrm{ab}} \cong (\Z/2\Z)^2 (ordre 44, exposant 22 : les classes de i,j\mathrm i, \mathrm j squarent en 1ˉ\bar 1).

Exercice 1.10 ★★

Soit GG un pp-groupe et HGH \subsetneq G un sous-groupe propre. Montrer que HNG(H)H \subsetneq N_G(H) (« les normalisateurs grossissent »), et en déduire que tout sous-groupe maximal d’un pp-groupe est normal d’indice pp. (Récurrence sur G\abs G, en utilisant Z(G){e}Z(G) \neq \{e\} : traiter séparément Z(G)HZ(G) \subseteq H et Z(G)⊈HZ(G) \not\subseteq H.)

Solution

Solution de Exercice 1.10.

Récurrence sur G\abs G ; pour G=p\abs G = p le seul sous-groupe propre est H={e}H = \{e\}, et NG({e})=G{e}N_G(\{e\}) = G \supsetneq \{e\}. Soit Z=Z(G){e}Z = Z(G) \neq \{e\} (Théorème 1.12).

Si Z⊈HZ \not\subseteq H : choisir zZHz \in Z \setminus H ; zz commute avec HH, donc zHz1=HzHz^{-1} = H et zNG(H)Hz \in N_G(H) \setminus H.

Si ZHZ \subseteq H : passer à Gˉ=G/Z\bar G = G/Z, un pp-groupe d’ordre plus petit, et Hˉ=H/ZGˉ\bar H = H/Z \subsetneq \bar G (théorème de correspondance). Par récurrence, NGˉ(Hˉ)HˉN_{\bar G}(\bar H) \supsetneq \bar H ; choisir gˉNGˉ(Hˉ)Hˉ\bar g \in N_{\bar G}(\bar H) \setminus \bar H et un relèvement gg. Alors gHg \notin H, et gHg1HZ=HgHg^{-1} \subseteq HZ = H : en effet ghg1=gˉhˉgˉ1Hˉ\overline{ghg^{-1}} = \bar g \bar h \bar g^{-1} \in \bar H signifie ghg1HZ=Hghg^{-1} \in HZ = H (comme ZHZ \subseteq H). Donc gNG(H)Hg \in N_G(H)\setminus H.

Sous-groupes maximaux : si MM est maximal, NG(M)MN_G(M) \supsetneq M force NG(M)=GN_G(M) = G : MGM \trianglelefteq G. Alors G/MG/M est un pp-groupe sans sous-groupe propre non trivial (correspondance + maximalité). Prendre xˉeˉ\bar x \neq \bar e dans G/MG/M, d’ordre pkp^k ; alors xˉpk1\bar x^{p^{k-1}} engendre un sous-groupe d’ordre pp, qui doit être le tout : G/M=p\abs{G/M} = p.

Exercice 1.11 ★★★

(Simplicité de A5A_5, en direct) (a) Montrer que les classes de conjugaison de A5A_5 ont pour cardinaux 11, 1515, 2020, 1212, 1212. Attention au scindage de la classe de S5S_5 des 55-cycles : pour un 55-cycle σ\sigma, comparer les centralisateurs de σ\sigma dans S5S_5 et dans A5A_5. (b) En déduire que A5A_5 est simple : un sous-groupe normal est une réunion de classes de conjugaison, contient ee, et a un cardinal divisant 6060. (c) Montrer qu’un groupe simple d’ordre 6060 a nécessairement n5=6n_5 = 6.

Solution

Solution de Exercice 1.11.

(a) A5=60\abs{A_5} = 60. Types de cycles dans A5A_5 : ee ; doubles transpositions, 12(51)(42)1=15\frac{1}{2}\binom{5}{1}\binom{4}{2}\cdot 1 = 15 d’entre elles (535 \cdot 3 façons : choisir le point fixe, puis apparier) ; 33-cycles, 5433=20\frac{5 \cdot 4 \cdot 3}{3} = 20 ; 55-cycles, 4!=244! = 24.

Une classe de S5S_5 contenue dans A5A_5 reste une classe de A5A_5 ou se scinde en deux, selon que le centralisateur dans S5S_5 d’un élément contient une permutation impaire (classe dans A5=60/ZA5(σ)\abs{\text{classe dans }A_5} = 60/\abs{Z_{A_5}(\sigma)} et ZA5=ZS5A5Z_{A_5} = Z_{S_5} \cap A_5). Pour σ=(12)(34)\sigma = (1\,2)(3\,4) : ZS5(σ)=120/15=8\abs{Z_{S_5}(\sigma)} = 120/15 = 8, et (12)ZS5(σ)(1\,2) \in Z_{S_5}(\sigma) est impair, donc ZA5=4\abs{Z_{A_5}} = 4 et la classe a 60/4=1560/4 = 15 éléments : pas de scindage. Pour σ=(123)\sigma = (1\,2\,3) : ZS5(σ)σ×(45)Z_{S_5}(\sigma) \supseteq \langle \sigma \rangle \times \langle (4\,5)\rangle, d’ordre 6=120/206 = 120/20, donc égal ; il contient l’impair (45)(4\,5) : classe de 60/3=2060/3 = 20 : pas de scindage. Pour σ\sigma un 55-cycle : ZS5(σ)=σZ_{S_5}(\sigma) = \langle \sigma\rangle (ordre 120/24=5120/24 = 5), tout pair : ZA5(σ)=σZ_{A_5}(\sigma) = \langle \sigma\rangle et la classe de A5A_5 a 60/5=1260/5 = 12 éléments — les 2424 cinq-cycles se scindent en deux classes de 1212. Tailles de classes : 1,15,20,12,121, 15, 20, 12, 12.

(b) Un sous-groupe normal NN est une réunion de classes de conjugaison incluant {e}\{e\}, avec N60\abs N \mid 60. Les sommes possibles 1+(sous-ensemble de {15,20,12,12})1 + (\text{sous-ensemble de } \{15, 20, 12, 12\}) sont

1, 13, 13, 16, 21, 25, 28, 28, 33, 36, 40, 40, 45, 48, 48, 60;1,\ 13,\ 13,\ 16,\ 21,\ 25,\ 28,\ 28,\ 33,\ 36,\ 40,\ 40,\ 45,\ 48,\ 48,\ 60 ;

les seuls diviseurs de 6060 dans la liste sont 11 et 6060 : N={e}N = \{e\} ou A5A_5.

(c) Soit GG simple avec G=60\abs G = 60. n512n_5 \mid 12, n51(mod5)n_5 \equiv 1 \pmod 5 : n5{1,6}n_5 \in \{1, 6\}. n5=1n_5 = 1 rendrait le 55-sous-groupe de Sylow normal, contredisant la simplicité (1<5<601 < 5 < 60). D’où n5=6n_5 = 6.

Exercice 1.12 ★★

(Les normalisateurs des sous-groupes de Sylow sont auto-normalisants) Soit PP un pp-sous-groupe de Sylow d’un groupe fini GG et H=NG(P)H = N_G(P). (a) Montrer que PP est l’unique pp-sous-groupe de Sylow de HH. (b) En déduire NG(H)=HN_G(H) = H. (Pour gNG(H)g \in N_G(H) : gPg1gPg^{-1} est un pp-sous-groupe de Sylow de HH, donc gPg1=PgPg^{-1} = P.) (c) Conclure qu’aucun normalisateur de Sylow n’est contenu dans un sous-groupe normal propre de GG, et qu’un sous-groupe maximal contenant NG(P)N_G(P) est auto-normalisant.

Solution

Solution de Exercice 1.12.

(a) PP est normal dans H=NG(P)H = N_G(P) par définition du normalisateur, et c’est un pp-sous-groupe de Sylow de HH (son ordre est déjà la pp-partie complète de G\abs G, a fortiori de H\abs H). Un sous-groupe de Sylow normal est unique : tout autre lui serait conjugué (Sylow II dans HH), donc égal à lui.

(b) Soit gNG(H)g \in N_G(H). Alors gPg1gHg1=HgPg^{-1} \subseteq gHg^{-1} = H est un sous-groupe de HH du même ordre que PP : un pp-sous-groupe de Sylow de HH, donc gPg1=PgPg^{-1} = P par (a). Ainsi gNG(P)=Hg \in N_G(P) = H : NG(H)HN_G(H) \subseteq H, et l’inclusion réciproque est triviale.

(c) Supposons HNGH \subseteq N \trianglelefteq G avec NN propre. PP est un pp-sous-groupe de Sylow de NN ; pour tout gGg \in G, gPg1NgPg^{-1} \subseteq N en est un autre, donc gPg1=nPn1gPg^{-1} = nPn^{-1} pour un certain nNn \in N (Sylow II dans NN), d’où n1gNG(P)Nn^{-1}g \in N_G(P) \subseteq N et gNg \in N : N=GN = G, contradiction (c’est l’argument de Frattini). Pour un sous-groupe maximal MNG(P)M \supseteq N_G(P) : NG(M)MN_G(M) \supseteq M est soit MM soit GG ; si GG, alors MGM \trianglelefteq G est un sous-groupe normal propre contenant NG(P)N_G(P) — exclu par le point précédent. Donc NG(M)=MN_G(M) = M.

1.7 Problème : les groupes d’ordre au plus 15

Problème 1.1

Problème du week-end — classification des petits groupes

Le but est une classification complète, avec démonstrations entières, des groupes d’ordre 15\leq 15 à isomorphisme près. Les ordres 1,2,3,5,7,11,131, 2, 3, 5, 7, 11, 13 sont réglés par Lagrange (cycliques), et les ordres 44 et 99 par le Théorème 1.12 plus l’analyse ci-dessous de p2p^2 : restent 6,8,10,12,14,156, 8, 10, 12, 14, 15.

Partie I — Outils.

  1. Montrer qu’un groupe dans lequel tout élément vérifie x2=ex^2 = e est abélien ; en déduire qu’un tel groupe fini a un ordre 2k2^k et est isomorphe à (Z/2Z)k(\Z/2\Z)^k. (Le voir comme un espace vectoriel sur F2\mathbb F_2.)
  2. Montrer qu’un groupe d’ordre p2p^2 est isomorphe à Z/p2Z\Z/p^2\Z ou (Z/pZ)2(\Z/p\Z)^2. Lister les groupes abéliens d’ordre 88 à isomorphisme près : Z/8Z\Z/8\Z, Z/4Z×Z/2Z\Z/4\Z \times \Z/2\Z, (Z/2Z)3(\Z/2\Z)^3 — prouver que la liste est complète et sans redondance sans le théorème de structure du Chapitre 3 (discuter selon l’ordre maximal d’un élément).
  3. Soient φ,φ ⁣:KAut(H)\varphi, \varphi' \colon K \to \operatorname{Aut}(H) deux actions. Montrer que si φ=φα\varphi' = \varphi \circ \alpha avec αAut(K)\alpha \in \operatorname{Aut}(K), alors HφKHφKH \rtimes_{\varphi} K \cong H \rtimes_{\varphi'} K.
  4. Déterminer Aut(Z/nZ)\operatorname{Aut}(\Z/n\Z) pour n=3,4,5,7n = 3, 4, 5, 7 explicitement, et montrer Aut((Z/2Z)2)S3\operatorname{Aut}\bigl((\Z/2\Z)^2 \bigr) \cong S_3.

Partie II — Ordres 2p2p (66, 1010, 1414) et pqpq.

  1. Soit G=2p\abs G = 2p avec pp un premier impair. Montrer que GG a un sous-groupe normal N=rN = \langle r \rangle d’ordre pp et un élément ss d’ordre 22 hors de NN.
  2. En déduire GZ/pZφZ/2ZG \cong \Z/p\Z \rtimes_\varphi \Z/2\Z, où φ(1)Aut(Z/pZ)\varphi(1) \in \operatorname{Aut}(\Z/p\Z) est une involution, et conclure : GZ/2pZG \cong \Z/2p\Z ou GDpG \cong D_p ; vérifier que ces deux ne sont pas isomorphes. Cela règle les ordres 66, 1010, 1414.
  3. Plus généralement, soit G=pq\abs G = pq avec p<qp < q premiers. Montrer que si pq1p \nmid q-1 alors GG est cyclique (Exemple 1.22), et que si pq1p \mid q - 1 il y a, outre Z/pqZ\Z/pq\Z, exactement un groupe non abélien Z/qZZ/pZ\Z/q\Z \rtimes \Z/p\Z à isomorphisme près — utiliser la question 3 et le fait que Aut(Z/qZ)(Z/qZ)×\operatorname{Aut}(\Z/q\Z) \cong (\Z/q\Z)^\times est cyclique d’ordre q1q - 1, admis ici et démontré dans le Chapitre 4 (cyclicité de Fq×\mathbb F_q^\times). Conclure pour l’ordre 1515.

Partie III — Ordre 88. Soit GG non abélien d’ordre 88.

  1. Montrer que GG a un élément rr d’ordre 44 (utiliser la question 1) et que N=rN = \langle r\rangle est normal.
  2. Soit sNs \notin N. Montrer que s2Ns^2 \in N (Exercice 1.1(b)), que srs1=r1srs^{-1} = r^{-1} (examiner les images possibles de rr par conjugaison, qui doivent avoir ordre 4, et exclure srs1=rsrs^{-1} = r), et que s2{e,r2}s^2 \in \{e, r^2\} (que se passe-t-il si s2=rs^2 = r ou r3r^3 ? et pourquoi s2s^2 doit-il commuter avec ss ?).
  3. Dans le cas s2=es^2 = e, montrer GD4G \cong D_4.
  4. Dans le cas s2=r2s^2 = r^2, montrer que la table de multiplication est entièrement déterminée ; le groupe résultant est le groupe des quaternions Q8={±1,±i,±j,±k}Q_8 = \{\pm 1, \pm \mathrm i, \pm \mathrm j, \pm \mathrm k\}, i2=j2=k2=ijk=1\mathrm i^2 = \mathrm j^2 = \mathrm k^2 = \mathrm i\, \mathrm j\,\mathrm k = -1 (poser r=ir = \mathrm i, s=js = \mathrm j). Vérifier que Q8Q_8 existe, p.ex. dans GL2(C)GL_2(\C) via

    i(i00i),j(0110).\mathrm i \mapsto \begin{pmatrix} \iu & 0\\ 0 & -\iu \end{pmatrix}, \qquad \mathrm j \mapsto \begin{pmatrix} 0 & 1\\ -1 & 0 \end{pmatrix}.
  5. Montrer que tout sous-groupe non trivial de Q8Q_8 contient 1-1 ; en déduire que tout sous-groupe de Q8Q_8 est normal, que D4≇Q8D_4 \not\cong Q_8 (compter les éléments d’ordre 22), et que Q8Q_8 n’est pas un produit semi-direct de deux sous-groupes propres.

Partie IV — Ordre 1212. Soit G=12\abs G = 12, P3Syl3(G)P_3 \in \mathrm{Syl}_3(G), P2Syl2(G)P_2 \in \mathrm{Syl}_2(G).

  1. Montrer n3{1,4}n_3 \in \{1, 4\}, n2{1,3}n_2 \in \{1, 3\}, et que n3=4n_3 = 4 force n2=1n_2 = 1 (compter les éléments d’ordre 33).
  2. Supposer n3=4n_3 = 4. L’action par conjugaison sur Syl3\mathrm{Syl}_3 donne ρ ⁣:GS4\rho \colon G \to S_4. Montrer que kerρ\ker \rho, contenu dans chaque NG(P3)N_G(P_3) et donc d’ordre divisant 33, est trivial (pourquoi ne peut-il pas avoir ordre 33 ?) ; que l’image, un sous-groupe d’ordre 1212 de S4S_4, est nécessairement A4A_4 (les sous-groupes d’indice 2 sont normaux et contiennent tous les carrés — Exercice 1.1 ; compter les carrés dans S4S_4) ; et conclure GA4G \cong A_4.
  3. Supposer n3=1n_3 = 1, donc GZ/3ZφP2G \cong \Z/3\Z \rtimes_\varphi P_2 avec φ ⁣:P2Aut(Z/3Z)Z/2Z\varphi \colon P_2 \to \operatorname{Aut}(\Z/3\Z) \cong \Z/2\Z. Énumérer les cas : φ\varphi trivial donne Z/12Z\Z/12\Z et Z/6Z×Z/2Z\Z/6\Z \times \Z/2\Z ; P2=Z/4ZP_2 = \Z/4\Z avec φ\varphi surjectif donne le groupe dicyclique Dic3=Z/3ZZ/4Z\mathrm{Dic}_3 = \Z/3\Z \rtimes \Z/4\Z ; P2=(Z/2Z)2P_2 = (\Z/2\Z)^2 avec φ\varphi surjectif donne, à l’équivalence de la question 3 près, un seul groupe — montrer que c’est D6D_6, p.ex. en exhibant un élément d’ordre 66 et une involution de type réflexion.
  4. Montrer que Z/12Z\Z/12\Z, Z/6Z×Z/2Z\Z/6\Z \times \Z/2\Z, D6D_6, A4A_4, Dic3\mathrm{Dic}_3 sont deux à deux non isomorphes (compter les éléments d’ordre 22, ou utiliser n3n_3). Cela règle l’ordre 1212.

Partie V — Synthèse.

  1. Assembler le tableau de classification : pour chaque ordre n15n \leq 15, la liste complète des groupes à isomorphisme près, avec les comptes 1,1,1,2,1,2,1,5,2,2,1,5,1,2,11, 1, 1, 2, 1, 2, 1, 5, 2, 2, 1, 5, 1, 2, 1.

Partie VI — Au-delà : les groupes d’ordre p3p^3, pp impair. L’analyse de l’ordre 88 de la partie III a un bel analogue pour pp impair, avec un phénomène vraiment nouveau. Soit pp un premier impair et GG non abélien d’ordre p3p^3.

  1. Montrer que Z(G)=p\abs{Z(G)} = p, que G/Z(G)(Z/pZ)2G/Z(G) \cong (\Z/p\Z)^2 (un quotient cyclique par le centre force l’abélianité : Exercice 1.2), et que D(G)=Z(G)D(G) = Z(G) (pour D(G)Z(G)D(G) \subseteq Z(G), utiliser que G/Z(G)G/Z(G) est abélien ; pour l’égalité, GG est non abélien et D(G){e}D(G) \neq \{e\}). En déduire que tout commutateur [x,y]=xyx1y1[x, y] = xyx^{-1}y^{-1} est central et d’ordre divisant pp.
  2. (L’identité clé) Soient x,yGx, y \in G et z=[y,x]z = [y, x], central. Démontrer par récurrence sur kk :

    (xy)k=xkykzk(k1)/2.(xy)^k = x^k y^k z^{k(k-1)/2} .

    (Faire passer chaque yy devant chaque xx ; chaque croisement coûte un facteur central zz.)

  3. En déduire que pour pp impair l’application θ ⁣:xxp\theta \colon x \mapsto x^p est un morphisme de groupes de GG vers Z(G)Z(G) (pourquoi xpx^p est-il central ? pourquoi zp(p1)/2=ez^{p(p-1)/2} = e a-t-il besoin de pp impair ?), et conclure que GG a exposant pp ou p2p^2, les deux cas se distinguant selon que θ\theta est trivial.
  4. (Exposant pp) Supposer que tout élément vérifie xp=ex^p = e. Choisir x,yx, y dont les classes engendrent G/Z(G)G/Z(G) et poser z=[y,x]z = [y, x]. Montrer que zez \neq e, que tout élément de GG s’écrit de façon unique xaybzcx^ay^bz^c (0a,b,c<p0 \leq a, b, c < p), et que la multiplication est entièrement déterminée par les relations xp=yp=zp=ex^p = y^p = z^p = e, zz central, [y,x]=z[y, x] = z. Vérifier que le groupe de Heisenberg

    Hp={(1ac01b001):a,b,cFp}GL3(Fp)H_p = \left\{ \begin{pmatrix} 1 & a & c\\ 0 & 1 & b\\ 0 & 0 & 1 \end{pmatrix} : a, b, c \in \mathbb F_p \right\} \subseteq GL_3(\mathbb F_p)

    réalise ces relations et a exposant pp (calculer (I+N)p(I + N)^p avec NN strictement triangulaire supérieure, en utilisant N3=0N^3 = 0 et p3p \geq 3) : tout groupe non abélien d’exposant pp et d’ordre p3p^3 est isomorphe à HpH_p.

  5. (Exposant p2p^2) Supposer qu’un certain rGr \in G a ordre p2p^2, et poser N=rN = \langle r\rangle, normal (indice pp : Exercice 1.10). Montrer qu’il existe sNs \notin N avec sp=es^p = e (prendre un tNt \notin N quelconque ; en utilisant la question 20, le corriger : θ(t)=tpZ(G)N\theta(t) = t^p \in Z(G) \subseteq N — justifier Z(G)=rpZ(G) = \langle r^p\rangle — et choisir aa avec s=tras = tr^{a} vérifiant sp=es^p = e ; où utilise-t-on pp impair ?). Montrer srs1=r1+psrs^{-1} = r^{1+p} quitte à remplacer ss par une puissance, et conclure : il y a exactement un groupe non abélien d’ordre p3p^3 et d’exposant p2p^2, à savoir Z/p2ZφZ/pZ\Z/p^2\Z \rtimes_\varphi \Z/p\Z avec φ(1) ⁣:rr1+p\varphi(1)\colon r \mapsto r^{1+p} (utiliser la question 3 ; Aut(Z/p2Z)\operatorname{Aut}(\Z/p^2\Z) est cyclique d’ordre p(p1)p(p-1), admis ici, donc il a un unique sous-groupe d’ordre pp).
  6. Conclure le compte : pour pp impair il y a exactement 55 groupes d’ordre p3p^3 (trois abéliens, deux non abéliens), tout comme pour p=2p = 2 — mais les deux non abéliens ne sont plus D4D_4 et Q8Q_8. Localiser exactement où l’argument pour pp impair casse pour p=2p = 2 : dans l’identité de la question 19, zk(k1)/2z^{k(k-1)/2} pour k=p=2k = p = 2 vaut z1ez^1 \neq e, donc l’élévation au carré n’est pas un morphisme — et en effet Q8Q_8 a un unique élément d’ordre 22 tandis que D4D_4 d’exposant 44 en a cinq.

Partie VII — Compléments.

  1. Pour pp impair, compter les éléments d’ordre pp dans chacun des deux groupes non abéliens d’ordre p3p^3 : montrer que HpH_p en a exactement p31p^3 - 1, tandis que Mp=Z/p2ZZ/pZM_p = \Z/p^2\Z \rtimes \Z/p\Z en a exactement p21p^2 - 1 (utiliser le morphisme θ\theta de la question 20 : identifier son image, puis l’ordre de son noyau). Vérifier numériquement pour p=3p = 3 : 2626 contre 88. Expliquer pourquoi aucun argument de morphisme d’élévation au carré de ce type ne peut séparer D4D_4 de Q8Q_8, et quel dénombrement les sépare.
  2. Appeler un entier n1n \geq 1 cyclique si tout groupe d’ordre nn est cyclique. Montrer que si p2np^2 \mid n pour un certain premier pp, ou si nn a des diviseurs premiers p<qp < q avec pq1p \mid q - 1, alors nn n’est pas cyclique (dans chaque cas exhiber un groupe non cyclique d’ordre nn, en utilisant la partie II pour le second). En déduire que nn cyclique force gcd(n,φ(n))=1\gcd(n, \varphi(n)) = 1, où φ\varphi est l’indicatrice d’Euler, et vérifier sur le tableau de la question 17 : parmi n15n \leq 15, les ordres portant un seul groupe sont exactement n{1,2,3,5,7,11,13,15}n \in \{1, 2, 3, 5, 7, 11, 13, 15\}, précisément ceux avec gcd(n,φ(n))=1\gcd(n, \varphi(n)) = 1.
Solution

Solution de Problème 1.1.

1. Pour x,yGx, y \in G : (xy)2=e(xy)^2 = e donne xy=(xy)1=y1x1=yxxy = (xy)^{-1} = y^{-1}x^{-1} = yx (chaque élément est son propre inverse) : abélien. Un tel GG, noté additivement, est un espace vectoriel sur F2\mathbb F_2 (2x=02x = 0, et les axiomes sont ceux du groupe abélien) ; s’il est fini, il a une base finie : G(Z/2Z)kG \cong (\Z/2\Z)^k, d’ordre 2k2^k.

2. Ordre p2p^2 : GG est abélien (Théorème 1.12). Si un élément a ordre p2p^2, GG est cyclique. Sinon tous les xex \neq e ont ordre pp ; additivement GG est alors un espace vectoriel sur Fp\mathbb F_p (px=0px = 0), de dimension 22 (p2p^2 éléments) : G(Z/pZ)2G \cong (\Z/p\Z)^2.

Abélien d’ordre 88, selon l’ordre maximal mm d’un élément : m=8m = 8 : cyclique Z/8Z\Z/8\Z. m=2m = 2 : (Z/2Z)3(\Z/2\Z)^3 par la question 1. m=4m = 4 : soit xx d’ordre 44 et yxy \notin \langle x \rangle ; y2xy^2 \in \langle x\rangle (indice 22). y2{x,x3}y^2 \in \{x, x^3\} donnerait à yy l’ordre 88 ; donc y2{e,x2}y^2 \in \{e, x^2\}. Si y2=x2y^2 = x^2, remplacer yy par xyxy : (xy)2=x2y2=x4=e(xy)^2 = x^2y^2 = x^4 = e (GG abélien) et xyxxy \notin \langle x\rangle. On peut donc supposer y2=ey^2 = e : alors xy={e}\langle x \rangle \cap \langle y \rangle = \{e\}, tous deux normaux (abélien), xy=8\abs{\langle x\rangle \langle y\rangle} = 8 : la Proposition 1.24 donne GZ/4Z×Z/2ZG \cong \Z/4\Z \times \Z/2\Z. Sans redondance : les nombres de solutions de x2=ex^2 = e sont 2,4,82, 4, 8 dans les trois groupes.

3. Définir ψ ⁣:HφKHφK\psi \colon H \rtimes_{\varphi'} K \to H \rtimes_{\varphi} K par ψ(h,k)=(h,α(k))\psi(h, k) = (h, \alpha(k)), une bijection. Morphisme :

ψ((h,k)(h,k))=(hφ(k)(h),α(kk))=(hφ(αk)(h),α(k)α(k))=ψ(h,k)ψ(h,k).\psi\bigl((h,k)(h',k')\bigr) = \bigl(h\,\varphi'(k)(h'),\, \alpha(kk')\bigr) = \bigl(h\,\varphi(\alpha k)(h'),\, \alpha(k)\alpha(k')\bigr) = \psi(h,k)\,\psi(h',k').

4. Aut(Z/nZ)(Z/nZ)×\operatorname{Aut}(\Z/n\Z) \cong (\Z/n\Z)^\times (Exercice 1.3) : pour n=3n = 3 : {±1}Z/2Z\{\pm 1\} \cong \Z/2\Z ; n=4n = 4 : {1ˉ,3ˉ}Z/2Z\{\bar 1, \bar 3\} \cong \Z/2\Z ; n=5n = 5 : {1ˉ,2ˉ,3ˉ,4ˉ}\{\bar 1, \bar 2, \bar 3, \bar 4\}, cyclique d’ordre 44 engendré par 2ˉ\bar 2 (2,4,3,12, 4, 3, 1) ; n=7n = 7 : cyclique d’ordre 66 engendré par 3ˉ\bar 3 (3,2,6,4,5,13, 2, 6, 4, 5, 1). Pour V=(Z/2Z)2V = (\Z/2\Z)^2 : un automorphisme est F2\mathbb F_2-linéaire (il préserve l’addition, et les scalaires sont 0,10, 1), donc Aut(V)=GL2(F2)\operatorname{Aut}(V) = GL_2(\mathbb F_2), d’ordre (41)(42)=6(4-1)(4-2) = 6 ; il agit fidèlement sur les 33 vecteurs non nuls, donnant un morphisme injectif vers S3S_3 entre groupes d’ordre 66 : Aut(V)S3\operatorname{Aut}(V) \cong S_3.

5. Cauchy fournit rr d’ordre pp ; N=rN = \langle r \rangle a indice 22, donc est normal (Exercice 1.1). Cauchy fournit aussi ss d’ordre 22, et sNs \notin N (tous les éléments non identité de NN ont l’ordre impair pp).

6. Ns={e}N \cap \langle s \rangle = \{e\} et Ns=2p\abs{N\langle s\rangle} = 2p (Exercice 1.4(a)) : par la Proposition 1.26, GZ/pZφZ/2ZG \cong \Z/p\Z \rtimes_\varphi \Z/2\Z avec φ(1)=(xsxs1)\varphi(1) = (x \mapsto sxs^{-1}) un automorphisme d’ordre divisant 22. Dans (Z/pZ)×(\Z/p\Z)^\times, k2=1k^2 = 1 n’a que les solutions k=±1k = \pm 1 (X21X^2 - 1 a au plus deux racines dans le corps Fp\mathbb F_p). Si φ(1)=id\varphi(1) = \mathrm{id} : le produit est direct, GZ/pZ×Z/2ZZ/2pZG \cong \Z/p\Z \times \Z/2\Z \cong \Z/2p\Z. Si φ(1)=id\varphi(1) = -\mathrm{id} : G=r,srp=s2=e, srs1=r1DpG = \langle r, s \mid r^p = s^2 = e,\ srs^{-1} = r^{-1}\rangle \cong D_p (Exemple 1.27). Ils ne sont pas isomorphes : DpD_p est non abélien pour p3p \geq 3 (srs1=r1rsrs^{-1} = r^{-1} \neq r).

7. nq1(modq)n_q \equiv 1 \pmod q divise p<qp < q : nq=1n_q = 1, donc NZ/qZN \cong \Z/q\Z est normal. Soit PZ/pZP \cong \Z/p\Z un pp-sous-groupe de Sylow : NP={e}N \cap P = \{e\}, NP=GNP = G (ordre pqpq), donc GZ/qZφZ/pZG \cong \Z/q\Z \rtimes_\varphi \Z/p\Z avec φ ⁣:Z/pZAut(Z/qZ)Z/(q1)Z\varphi \colon \Z/p\Z \to \operatorname{Aut}(\Z/q\Z) \cong \Z/(q-1)\Z (cyclique, admis). Si pq1p \nmid q - 1 : l’image de φ\varphi a un ordre divisant à la fois pp et q1q-1, donc est triviale, et GZ/pqZG \cong \Z/pq\Z (Exemple 1.22). Si pq1p \mid q - 1 : outre le φ\varphi trivial, tout φ\varphi non trivial est injectif (son noyau, sous-groupe de Z/pZ\Z/p\Z, est trivial) d’image l’unique sous-groupe CC d’ordre pp du groupe cyclique Z/(q1)Z\Z/(q-1)\Z. Deux actions non triviales φ,φ\varphi, \varphi' sont alors deux isomorphismes Z/pZC\Z/p\Z \to C, donc α=φ1φAut(Z/pZ)\alpha = \varphi^{-1}\circ\varphi' \in \operatorname{Aut}(\Z/p\Z) vérifie φ=φα\varphi' = \varphi\circ\alpha : par la question 3 les deux produits semi-directs sont isomorphes. D’où exactement un groupe non abélien d’ordre pqpq (non abélien car φid\varphi \neq \mathrm{id} rend une conjugaison non triviale). Ordre 1515 : p=3p = 3, q=5q = 5, 343 \nmid 4 : uniquement cyclique.

8. Tout élément n’a pas ordre 2\leq 2 (sinon abélien par la question 1), et aucun élément n’a ordre 88 (sinon cyclique, abélien) : un certain rr a ordre 44, et N=rN = \langle r\rangle, d’indice 22, est normal.

9. s2Ns^2 \in N par Exercice 1.1(b). Le conjugué srs1Nsrs^{-1} \in N a ordre 44, donc srs1{r,r3}srs^{-1} \in \{r, r^3\} ; si srs1=rsrs^{-1} = r alors rr et ss commutent et G=r,sG = \langle r, s\rangle est abélien — exclu. Donc srs1=r1srs^{-1} = r^{-1}. Si s2=rs^2 = r ou r3r^3, alors ss a ordre 88 : exclu. (Alternativement : s2s^2 commute avec ss, mais srs1=r1s r s^{-1} = r^{-1} et sr3s1=r3=rs r^3 s^{-1} = r^{-3} = r : ni rr ni r3r^3 n’est fixé par la conjugaison par ss.) Donc s2{e,r2}s^2 \in \{e, r^2\}.

10. Si s2=es^2 = e : G=r,sr4=s2=e, srs1=r1G = \langle r, s \mid r^4 = s^2 = e,\ srs^{-1} = r^{-1}\rangle. Les huit éléments risjr^is^j (0i<40 \leq i < 4, 0j<20 \leq j < 2) sont distincts (srs \notin \langle r\rangle) et les relations déterminent tous les produits : l’affectation rr \mapsto (rotation d’angle π/2\pi/2), ss \mapsto (une réflexion) définit un morphisme surjectif sur D4D_4, entre groupes d’ordre 88 : un isomorphisme.

11. Si s2=r2s^2 = r^2 : encore G={risj}G = \{r^i s^j\} et les relations r4=er^4 = e, s2=r2s^2 = r^2, srs1=r1srs^{-1} = r^{-1} forcent toute la table. Avec i=r\mathrm i = r, j=s\mathrm j = s, k=rs\mathrm k = rs, 1=r2-1 = r^2 : i2=j2=1\mathrm i^2 = \mathrm j^2 = -1, k2=rsrs=rr1ss=s2=1\mathrm k^2 = rsrs = r r^{-1} s s = s^2 = -1 (en utilisant sr=r1ssr = r^{-1}s), et ijk=rsrs=rr1ss=s2=1\mathrm i \mathrm j \mathrm k = r\,s\,rs = r\,r^{-1}s\,s = s^2 = -1. Existence : les matrices

A=(i00i),B=(0110)A = \begin{pmatrix} \iu & 0\\ 0 & -\iu \end{pmatrix}, \qquad B = \begin{pmatrix} 0 & 1\\ -1 & 0 \end{pmatrix}

vérifient A4=IA^4 = I, B2=I=A2B^2 = -I = A^2 et BAB1=A1BAB^{-1} = A^{-1} — pour le dernier, vérifier

BA=(0ii0)=A1B.BA = \begin{pmatrix} 0 & -\iu\\ -\iu & 0 \end{pmatrix} = A^{-1}B .

Donc {±I,±A,±B,±AB}\{\pm I, \pm A, \pm B, \pm AB\} est un groupe d’ordre 88 réalisant la table : Q8Q_8 existe.

12. Soit H{e}H \neq \{e\} un sous-groupe et xH{e}x \in H \setminus \{e\}. Si x1x \neq -1 alors x{±i,±j,±k}x \in \{\pm\mathrm i, \pm\mathrm j, \pm\mathrm k\} et x2=1Hx^2 = -1 \in H. Donc 1H-1 \in H toujours. Les sous-groupes sont {e}\{e\}, {±1}\{\pm 1\} (le centre), i,j,k\langle \mathrm i\rangle, \langle \mathrm j\rangle, \langle \mathrm k\rangle (indice 22) et Q8Q_8 : tous normaux ({e}\{e\} et le centre trivialement, indice 22 par Exercice 1.1, Q8Q_8 lui-même). D4D_4 a cinq éléments d’ordre 22 (r2r^2 et les quatre réflexions), Q8Q_8 un seul (1-1) : non isomorphes. Un produit semi-direct HKH \rtimes K avec H,K{e}H, K \neq \{e\} exige HK={e}H \cap K = \{e\}, impossible car les deux contiennent 1-1.

13. n34n_3 \mid 4, n31(mod3)n_3 \equiv 1 \pmod 3 : n3{1,4}n_3 \in \{1, 4\} ; n23n_2 \mid 3, impair : n2{1,3}n_2 \in \{1, 3\}. Si n3=4n_3 = 4 : les quatre 33-sous-groupes de Sylow s’intersectent deux à deux trivialement (ordre premier), donnant 4×2=84 \times 2 = 8 éléments d’ordre 33 ; les 44 éléments restants doivent constituer l’unique 22-sous-groupe de Sylow : n2=1n_2 = 1.

14. kerρ\ker\rho normalise chaque 33-sous-groupe de Sylow, donc kerρNG(P3)\ker \rho \subseteq N_G(P_3), qui a indice n3=4n_3 = 4, i.e. ordre 33 : kerρ{1,3}\abs{\ker\rho} \in \{1, 3\}. L’ordre 33 ferait de kerρ\ker\rho un 33-sous-groupe de Sylow normal, contredisant n3=4n_3 = 4. Donc ρ\rho est injectif et son image HS4H \leq S_4 a ordre 1212, indice 22 : HS4H \trianglelefteq S_4 et HH contient tous les carrés (Exercice 1.1(b)). Les carrés de S4S_4 incluent ee et les huit 33-cycles (σ=(σ2)2\sigma = (\sigma^2)^2 pour un 33-cycle), qui engendrent A4A_4 (ils vivent dans A4A_4, et avec leurs produits donnent les douze éléments ; ou : Lemme 1.32 pour la partie génération de n=4n = 4, qui ne demande que n3n \geq 3). Donc A4HA_4 \subseteq H et A4=H\abs{A_4} = \abs H : GH=A4G \cong H = A_4.

15. P3GP_3 \trianglelefteq G, P3P2={e}P_3 \cap P_2 = \{e\}, P3P2=GP_3P_2 = G : GZ/3ZφP2G \cong \Z/3\Z \rtimes_\varphi P_2 (Proposition 1.26), φ ⁣:P2Aut(Z/3Z)={±id}Z/2Z\varphi \colon P_2 \to \operatorname{Aut}(\Z/3\Z) = \{\pm\mathrm{id}\} \cong \Z/2\Z.

  • φ\varphi trivial : produits directs Z/3Z×Z/4ZZ/12Z\Z/3\Z \times \Z/4\Z \cong \Z/12\Z et Z/3Z×(Z/2Z)2Z/6Z×Z/2Z\Z/3\Z \times (\Z/2\Z)^2 \cong \Z/6\Z \times \Z/2\Z.
  • P2=Z/4ZP_2 = \Z/4\Z, φ\varphi surjectif : nécessairement φ(1)=id\varphi(1) = -\mathrm{id} (le seul choix non trivial) : un groupe, Dic3=Z/3ZZ/4Z\mathrm{Dic}_3 = \Z/3\Z \rtimes \Z/4\Z.
  • P2=(Z/2Z)2P_2 = (\Z/2\Z)^2, φ\varphi surjectif : kerφ\ker\varphi est l’un des trois sous-groupes d’ordre 22 ; les trois φ\varphi résultants diffèrent par des automorphismes de (Z/2Z)2(\Z/2\Z)^2 permutant ces sous-groupes (question 4 : AutS3\operatorname{Aut} \cong S_3 agit transitivement sur les trois involutions), donc par la question 3 ils donnent une seule classe d’isomorphisme. C’est D6D_6 : choisir tt engendrant kerφ\ker\varphi et xx engendrant Z/3Z\Z/3\Z ; l’élément ρ=(x,t)\rho = (x, t) vérifie ρ2=(2x,0)\rho^2 = (2x, 0), ρ3=(0,t)\rho^3 = (0, t), ρ6=e\rho^6 = e et aucune puissance plus petite n’est ee : ordre 66 ; pour s=(0,u)s = (0, u) avec ukerφu \notin \ker\varphi : s2=es^2 = e et sρs1=(x,t)=ρ1s\rho s^{-1} = (-x, t) = \rho^{-1}. Comme ρ,s\langle \rho, s\rangle a ordre 1212, GD6G \cong D_6.

16. Compter les éléments d’ordre 22 : Z/12Z\Z/12\Z en a 11 ; Z/6Z×Z/2Z\Z/6\Z\times\Z/2\Z en a 33 ; D6D_6 en a 77 (six réflexions et le demi-tour ρ3\rho^3) ; A4A_4 en a 33 ; Dic3\mathrm{Dic}_3 en a 11 (seul (0,2)(0, 2) : un élément (h,k)(h, k) avec kk d’ordre 44 dans Z/4Z\Z/4\Z a ordre 44). Cela sépare tous sauf les paires {Z/12Z,Dic3}\{\Z/12\Z, \mathrm{Dic}_3\} et {Z/6Z×Z/2Z,A4}\{\Z/6\Z\times\Z/2\Z, A_4\} : les premiers membres sont abéliens, les seconds non (Dic3\mathrm{Dic}_3 : l’action est non triviale ; A4A_4 : (123)(1\,2\,3) et (12)(34)(1\,2)(3\,4) ne commutent pas). Cinq groupes distincts ; les parties II–IV montrent que la liste est complète.

17. Le tableau de classification :

nngroupes d’ordre nn#
11{e}\{e\}11
22Z/2Z\Z/2\Z11
33Z/3Z\Z/3\Z11
44Z/4Z\Z/4\Z, (Z/2Z)2(\Z/2\Z)^222
55Z/5Z\Z/5\Z11
66Z/6Z\Z/6\Z, S3=D3S_3 = D_322
77Z/7Z\Z/7\Z11
88Z/8Z\Z/8\Z, Z/4Z×Z/2Z\Z/4\Z{\times}\Z/2\Z, (Z/2Z)3(\Z/2\Z)^3, D4D_4, Q8Q_855
99Z/9Z\Z/9\Z, (Z/3Z)2(\Z/3\Z)^222
1010Z/10Z\Z/10\Z, D5D_522
1111Z/11Z\Z/11\Z11
1212Z/12Z\Z/12\Z, Z/6Z×Z/2Z\Z/6\Z{\times}\Z/2\Z, D6D_6, A4A_4, Dic3\mathrm{Dic}_355
1313Z/13Z\Z/13\Z11
1414Z/14Z\Z/14\Z, D7D_722
1515Z/15Z\Z/15\Z11

Les ordres 6,10,146, 10, 14 sont la partie II avec p=3,5,7p = 3, 5, 7 ; l’ordre 1515 est la question 7 ; l’ordre 88 est la partie III avec la question 2 ; l’ordre 1212 est la partie IV ; les ordres premiers sont Lagrange ; les ordres 44 et 99 sont la question 2.

18. Z=Z(G)Z = Z(G) est non trivial (Théorème 1.12) et ZGZ \neq G (non abélien), donc Z{p,p2}\abs Z \in \{p, p^2\}. Si Z=p2\abs Z = p^2, alors G/ZG/Z est cyclique d’ordre pp et Exercice 1.2 rend GG abélien : exclu, donc Z=p\abs Z = p et G/Z=p2\abs{G/Z} = p^2. Par la question 2, G/ZG/Z est Z/p2Z\Z/p^2\Z ou (Z/pZ)2(\Z/p\Z)^2 ; cyclique est encore exclu par Exercice 1.2 : G/Z(Z/pZ)2G/Z \cong (\Z/p\Z)^2. Comme G/ZG/Z est abélien, tout commutateur vit dans ZZ : D(G)ZD(G) \subseteq Z ; et D(G){e}D(G) \neq \{e\} (GG non abélien), donc D(G)=ZD(G) = Z (Z=p\abs Z = p ne laisse pas de place). Les commutateurs sont centraux d’ordre divisant Z=p\abs Z = p.

19. Récurrence sur kk, le cas k=1k = 1 étant trivial. En utilisant yx=zxyyx = zxy — précisément, z=[y,x]=yxy1x1z = [y, x] = yxy^{-1}x^{-1} donne yx=zxyyx = zxy, i.e. faire passer un yy vers la gauche devant un xx produit un facteur zz, central et rangeable n’importe où. Alors

(xy)k+1=(xy)kxy=xkykzk(k1)/2xy=xk(ykx)yzk(k1)/2=xk+1yk+1zk(k1)/2+k,(xy)^{k+1} = (xy)^k\,xy = x^ky^kz^{k(k-1)/2}\,xy = x^k\,(y^kx)\,y\,z^{k(k-1)/2} = x^{k+1}y^{k+1}\,z^{k(k-1)/2 + k},

car faire passer xx devant yky^k coûte kk facteurs zz (ykx=zkxyky^kx = z^kxy^k, par kk applications de yx=zxyyx = zxy) ; et k(k1)/2+k=k(k+1)/2k(k-1)/2 + k = k(k+1)/2.

20. Avec k=pk = p : (xy)p=xpypzp(p1)/2(xy)^p = x^py^pz^{p(p-1)/2}. Pour pp impair, (p1)/2(p-1)/2 est un entier, donc zp(p1)/2=(zp)(p1)/2=ez^{p(p-1)/2} = (z^p)^{(p-1)/2} = e (question 18 : zz a un ordre divisant pp) : θ(xy)=θ(x)θ(y)\theta(xy) = \theta(x)\theta(y), un morphisme. Ses valeurs sont centrales : la classe de xx dans G/Z(Z/pZ)2G/Z \cong (\Z/p\Z)^2 a un ordre divisant pp, donc xpZx^p \in Z. Si θ\theta est trivial, tout élément a un ordre divisant pp : exposant pp (pas 11 : G{e}G \neq \{e\}). Sinon un certain xpex^p \neq e, et xx a ordre p2p^2 (l’ordre divise p3p^3, et xx ne peut avoir ordre p3p^3 : GG serait cyclique, donc abélien) : exposant p2p^2.

21. Classes xˉ,yˉ\bar x, \bar y engendrant G/ZG/Z : leur commutateur z=[y,x]z = [y, x] est e\neq e, sinon x,y,Zx, y, Z engendreraient un GG abélien (leurs classes engendrent le quotient et ZZ est central) — et zz engendre ZZ (Z=p\abs Z = p). Tout gGg \in G a pour classe xˉayˉb\bar x^a\bar y^b pour des uniques 0a,b<p0 \leq a, b < p, donc g=xaybzcg = x^ay^bz^c avec un unique 0c<p0 \leq c < p : p3p^3 éléments, tous comptabilisés. Les produits de telles formes normales se calculent en n’utilisant que yx=zxyyx = zxy, zz central, et xp=yp=zp=ex^p = y^p = z^p = e : la table est forcée, donc deux groupes non abéliens d’exposant pp et d’ordre p3p^3 quelconques sont isomorphes (apparier les générateurs). Le groupe de Heisenberg réalise les relations : avec X=I+E12X = I + E_{12}, Y=I+E23Y = I + E_{23}, on calcule [Y,X]=IE13[Y, X] = I - E_{13} (central dans HpH_p), et pour toute NN strictement triangulaire supérieure, N3=0N^3 = 0 donne

(I+N)p=I+pN+(p2)N2=Ien caracteˊristique p, p3,(I + N)^p = I + pN + \binom p2N^2 = I \qquad\text{en caractéristique } p,\ p \geq 3,

car ppp \mid p et p(p2)p \mid \binom p2 pour pp impair : exposant pp. Donc le groupe d’exposant pp est HpH_p.

22. Z(G)=rpZ(G) = \langle r^p\rangle : en effet rpr^p est central (argument de la question 20 : la classe de rr dans le quotient d’exposant pp G/ZG/Z donne rpZr^p \in Z) et est e\neq e, donc engendre le centre d’ordre pp. Prendre un tNt \notin N quelconque. Si tp=et^p = e, poser s=ts = t. Sinon θ(t)=tpZ=rp\theta(t) = t^p \in Z = \langle r^p\rangle, disons tp=rpbt^p = r^{pb} ; poser s=trbs = tr^{-b} : par la question 20 (θ\theta un morphisme, pp impair), sp=tprpb=es^p = t^pr^{-pb} = e, et sNs \notin N. Conjugaison : srs1Nsrs^{-1} \in N (NN normal) a ordre p2p^2, donc srs1=rmsrs^{-1} = r^m avec pmp \nmid m ; de plus sp=es^p = e force mpm(modp2)m^p \equiv m \pmod{p^2} — conjuguer pp fois renvoie rr, donc mp1(modp2)m^p \equiv 1 \pmod{p^2}, et mmp1(modp)m \equiv m^p \equiv 1 \pmod p (Fermat) : m=1+apm = 1 + ap. La non-trivialité (GG non abélien) donne a≢0a \not\equiv 0 ; remplacer ss par la puissance sas^{a'} avec aa1(modp)aa' \equiv 1 \pmod p transforme l’action en rr1+pr \mapsto r^{1+p}. Cela présente GG comme Z/p2ZφZ/pZ\Z/p^2\Z\rtimes_\varphi\Z/p\Z avec φ(1) ⁣:rr1+p\varphi(1)\colon r \mapsto r^{1+p} ; par la question 3, deux morphismes non triviaux Z/pZAut(Z/p2Z)\Z/p\Z \to \operatorname{Aut}(\Z/p^2\Z) de même image — et l’image est l’unique sous-groupe d’ordre pp du cyclique Aut(Z/p2Z)\operatorname{Aut}(\Z/p^2\Z) — donnent des produits semi-directs isomorphes : unicité.

23. Abéliens : Z/p3Z\Z/p^3\Z, Z/p2Z×Z/pZ\Z/p^2\Z\times\Z/p\Z, (Z/pZ)3(\Z/p\Z)^3 (argument de la question 2, un degré plus haut : classifier selon l’ordre maximal). Non abéliens : exactement HpH_p (exposant pp, question 21) et Z/p2ZZ/pZ\Z/p^2\Z\rtimes\Z/p\Z (exposant p2p^2, question 22), distingués par leurs exposants. Total : cinq. Pour p=2p = 2 l’argument de morphisme de la question 20 s’effondre : zp(p1)/2=z1=zez^{p(p-1)/2} = z^{1} = z \neq e, l’élévation au carré n’est pas un morphisme, et en effet les deux groupes non abéliens d’ordre 88 ont exposant 44 — l’invariant qui sépare D4D_4 de Q8Q_8 est le nombre d’éléments d’ordre 22 (cinq contre un), pas l’exposant. Le monde de pp impair est, pour une fois, plus ordonné que la caractéristique 22.

24. Dans HpH_p tout élément e\neq e a ordre pp (exposant pp, question 21) : p31p^3 - 1 éléments d’ordre pp. Dans MpM_p, l’application θ ⁣:xxp\theta \colon x \mapsto x^p est un morphisme MpZ(Mp)=rpM_p \to Z(M_p) = \langle r^p\rangle (question 20, pp impair) ; θ(r)=rpe\theta(r) = r^p \neq e, donc l’image est tout le centre d’ordre pp et kerθ={x:xp=e}\ker\theta = \{x : x^p = e\} a ordre p3/p=p2p^3/p = p^2. Les éléments d’ordre pp sont les éléments non identité de ce noyau : p21p^2 - 1 d’entre eux. Pour p=3p = 3 : H3H_3 a 271=2627 - 1 = 26 éléments d’ordre 33, et M3=Z/9ZZ/3ZM_3 = \Z/9\Z \rtimes \Z/3\Z en a 91=89 - 1 = 8. Pour p=2p = 2 l’argument meurt dès le départ : l’élévation au carré n’est pas un morphisme sur un groupe non abélien d’ordre 88 (question 23), et en effet l’ensemble {x:x2=e}\{x : x^2 = e\} a 66 éléments dans D4D_4 — pas l’ordre d’un sous-groupe de D4D_4. Le dénombrement qui sépare la paire est le nombre d’éléments d’ordre 22 : cinq dans D4D_4, un dans Q8Q_8 (question 11).

25. Si p2np^2 \mid n, le groupe Z/pZ×Z/(n/p)Z\Z/p\Z \times \Z/(n/p)\Z a ordre nn et n’est pas cyclique : l’ordre de tout élément divise lcm(p,n/p)=n/p<n\operatorname{lcm}(p, n/p) = n/p < n, car pn/pp \mid n/p. Si p<qp < q sont des premiers divisant nn avec pq1p \mid q - 1, la question 7 fournit un groupe non abélien Z/qZZ/pZ\Z/q\Z \rtimes \Z/p\Z d’ordre pqpq ; alors (Z/qZZ/pZ)×Z/(n/pq)Z(\Z/q\Z \rtimes \Z/p\Z) \times \Z/(n/pq)\Z a ordre nn et est non abélien, donc non cyclique. Supposons maintenant gcd(n,φ(n))>1\gcd(n, \varphi(n)) > 1 et choisissons un premier pp divisant les deux. En écrivant φ(n)=qanqa1(q1)\varphi(n) = \prod_{q^a \parallel n} q^{a-1}(q - 1), la divisibilité pφ(n)p \mid \varphi(n) signifie soit p2np^2 \mid n (le facteur qa1q^{a-1} avec q=pq = p, a2a \geq 2) soit pq1p \mid q - 1 pour un certain premier qnq \mid n, qpq \neq p : dans les deux cas nn n’est pas cyclique d’après ce qui précède. Par contraposée, nn cyclique force gcd(n,φ(n))=1\gcd(n, \varphi(n)) = 1. Vérification pour n15n \leq 15 : les valeurs φ(n)\varphi(n) pour n=1,,15n = 1, \dots, 15 sont 1,1,2,2,4,2,6,4,6,4,10,4,12,6,81, 1, 2, 2, 4, 2, 6, 4, 6, 4, 10, 4, 12, 6, 8, et gcd(n,φ(n))=1\gcd(n, \varphi(n)) = 1 exactement pour n=1,2,3,5,7,11,13,15n = 1, 2, 3, 5, 7, 11, 13, 15 — exactement les entrées du tableau de la question 17 à un seul groupe. Les autres ordres sont témoignés non cycliques comme ci-dessus : 4,8,9,124, 8, 9, 12 par un facteur carré, 6,10,12,146, 10, 12, 14 par 2q12 \mid q - 1. (La réciproque — gcd(n,φ(n))=1\gcd(n, \varphi(n)) = 1 implique nn cyclique — est également vraie ; la question 7 prouve son premier cas non trivial, n=pqn = pq avec pq1p \nmid q - 1.)