Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

6Topologie générale

Le volume de deuxième année a mené l’analyse dans les espaces métriques : distances, boules, suites. Mais les notions fondamentales — continuité, compacité, connexité — ne mentionnent jamais la valeur numérique d’une distance, seulement la famille des ouverts qu’elle engendre. Ce chapitre prend cette famille comme objet primitif. Le gain n’est pas la généralité pour elle-même : les constructions quotients (le cercle comme R/Z\R/\Z, les espaces projectifs), les produits et les topologies de type faible de l’analyse fonctionnelle ne sont tout simplement pas des objets « métrique d’abord ». On reconstruit la continuité, puis on traite la compacité par recouvrements ouverts (en prouvant l’équivalence avec la définition séquentielle de deuxième année dans les espaces métriques), et la connexité — pour conclure par le théorème qu’une bijection continue ne peut identifier R\R et R2\R^2 : la topologie distingue les dimensions.

6.1 Topologies, ouverts, continuité

Définition 6.1

Une topologie sur un ensemble XX est une famille T\mathcal T de parties de XX — appelées ouverts — telles que : ,XT\varnothing, X \in \mathcal T ; toute réunion d’ouverts est ouverte ; toute intersection finie d’ouverts est ouverte. Le couple (X,T)(X, \mathcal T) est un espace topologique. Les complémentaires d’ouverts sont fermés. Un voisinage de xx est un ensemble contenant un ouvert contenant xx.

Exemple 6.2

(a) Un espace métrique, avec les ouverts de deuxième année (réunions de boules ouvertes) : la topologie métrique ; des métriques différentes peuvent donner la même topologie (métriques équivalentes). Un espace dont la topologie provient d’une métrique est métrisable. (b) La topologie discrète (toutes les parties) et la topologie indiscrète {,X}\{\varnothing, X\}. (c) La topologie cofinie sur un ensemble infini : ouvert == vide ou cofini. Non métrisable, comme on le verra (Exercice 6.3). (d) Sur R\R, la topologie usuelle ; sur Rˉ=R{±}\bar\R = \R \cup \{\pm\infty\}, la topologie de l’ordre engendrée par les demi-droites — faisant de « xn+x_n \to +\infty » un cas particulier de convergence ordinaire.

Définition 6.3

Pour AXA \subseteq X : l’intérieur A˚\mathring A est le plus grand ouvert contenu dans AA (réunion de tous) ; l’adhérence Aˉ\bar A le plus petit fermé contenant AA ; la frontière A=AˉA˚\partial A = \bar A \setminus \mathring A. AA est dense si Aˉ=X\bar A = X. On a xAˉx \in \bar A ssi tout voisinage de xx rencontre AA (si un voisinage manque AA, le complémentaire de son noyau ouvert est un fermé plus petit autour de AA ; et réciproquement).

Définition 6.4

Une base de T\mathcal T est une famille BT\mathcal B \subseteq \mathcal T telle que tout ouvert est réunion de membres de B\mathcal B (p. ex. les boules ouvertes d’un espace métrique ; les intervalles ouverts de R\R). Une famille B\mathcal B de parties de XX est une base d’une topologie ssi elle recouvre XX et, pour B1,B2BB_1, B_2 \in \mathcal B et xB1B2x \in B_1 \cap B_2, il existe B3BB_3 \in \mathcal B avec xB3B1B2x \in B_3 \subseteq B_1\cap B_2 — alors les « réunions de membres » forment une topologie, la topologie engendrée par B\mathcal B.

Définition 6.5

f ⁣:XYf \colon X \to Y est continue si f1(V)f^{-1}(V) est ouvert pour tout ouvert VYV \subseteq Y — de façon équivalente, les images réciproques de fermés sont fermées ; de façon équivalente, pour tout xx et tout voisinage VV de f(x)f(x), f1(V)f^{-1}(V) est un voisinage de xx (continuité en chaque xx). Il suffit de vérifier sur une base de YY. Les composées d’applications continues sont continues. Un homéomorphisme est une bijection continue d’inverse continue ; la topologie étudie les propriétés préservées par les homéomorphismes.

Proposition 6.6 (Continuité vs adhérence ; recollement)

(a) ff est continue ssi f(Aˉ)f(A)f(\bar A) \subseteq \overline{f(A)} pour tout AXA \subseteq X. (b) Si X=F1F2X = F_1 \cup F_2 avec F1,F2F_1, F_2 fermés et f ⁣:XYf\colon X \to Y se restreint continûment à chaque FiF_i, alors ff est continue.

Démonstration. (a) Si ff est continue : f1(f(A))f^{-1}(\overline{f(A)}) est fermé et contient AA, donc contient Aˉ\bar A. Réciproquement, appliquer le critère à A=f1(F)A = f^{-1}(F), FF fermé : f(Aˉ)f(f1(F))Fˉ=Ff(\bar A) \subseteq \overline{f(f^{-1}(F))} \subseteq \bar F = F, donc Aˉf1(F)=A\bar A \subseteq f^{-1}(F) = A : les images réciproques de fermés sont fermées. (b) Pour FYF \subseteq Y fermé : f1(F)=(fF1)1(F)(fF2)1(F)f^{-1}(F) = (f\restriction_{F_1})^{-1}(F) \cup (f\restriction_{F_2})^{-1} (F), réunion de deux ensembles fermés dans F1F_1, resp. F2F_2, donc fermés dans XX (FiF_i fermés : fermé-dans-fermé est fermé).

Définition 6.7

XX est séparé (ou de Hausdorff) si deux points distincts admettent des voisinages disjoints. Les espaces métriques sont séparés (boules de rayon d(x,y)/2d(x,y)/2). Une suite (xn)(x_n) converge vers xx si tout voisinage de xx contient tous les xnx_n sauf un nombre fini ; dans un espace séparé, les limites sont uniques (deux limites auraient des voisinages disjoints contenant chacun une queue). Dans un espace séparé, les points — donc les parties finies — sont fermés.

Remarque 6.8

Dans les espaces métriques, les suites détectent tout : xAˉx \in \bar A ssi une suite de AA converge vers xx (prendre xnAB(x,1/n)x_n \in A \cap B(x, 1/n)), et ff est continue ssi elle est séquentiellement continue. Dans les espaces généraux, les deux équivalences échouent ; les bons substituts des suites (filtres, filets) relèvent d’un cours plus avancé. On énoncera les résultats séquentiels dans les espaces métriques et les résultats par recouvrements en général — et on prouvera l’équivalence là où elle a lieu.

6.2 Sous-espaces, produits, quotients

Définition 6.9

Trois façons de fabriquer de nouveaux espaces à partir d’anciens :

  1. Sous-espace : sur AXA \subseteq X, les ouverts sont les UAU \cap A, UU ouvert dans XX — la topologie la plus grossière rendant l’inclusion continue.
  2. Produit : sur X×YX \times Y (et les produits finis), la topologie de base les pavés ouverts U×VU \times V ; sur un produit infini iXi\prod_i X_i, la base est formée des pavés Ui\prod U_i avec Ui=XiU_i = X_i pour tous les ii sauf un nombre fini — la topologie la plus grossière rendant chaque projection continue.
  3. Quotient : si \sim est une équivalence sur XX et π ⁣:XX/\pi\colon X \to X/{\sim} la projection, on déclare VX/V \subseteq X/{\sim} ouvert ssi π1(V)\pi^{-1}(V) est ouvert — la topologie la plus fine rendant π\pi continue.

Proposition 6.10 (Propriétés universelles)

(a) f ⁣:ZX×Yf \colon Z \to X \times Y est continue ssi les deux composantes πXf\pi_X \circ f, πYf\pi_Y \circ f le sont (idem pour les produits arbitraires). (b) g ⁣:X/Zg \colon X/{\sim} \to Z est continue ssi gπ ⁣:XZg \circ \pi \colon X \to Z l’est.

Démonstration. (a) Nécessité : composées. Suffisance : il suffit de vérifier les images réciproques des pavés de base : f1(U×V)=(πXf)1(U)(πYf)1(V)f^{-1}(U \times V) = (\pi_Xf)^{-1}(U) \cap (\pi_Yf)^{-1}(V), ouvert (nombre fini de facteurs Xi\neq X_i dans le cas infini). (b) Nécessité : composée. Suffisance : pour WZW \subseteq Z ouvert, π1(g1(W))=(gπ)1(W)\pi^{-1}(g^{-1}(W)) = (g\pi)^{-1}(W) est ouvert, ce qui, par définition de la topologie quotient, signifie que g1(W)g^{-1}(W) est ouvert.

Exemple 6.11

Le quotient R/Z\R/\Z (identifier xx et x+nx + n) est homéomorphe au cercle S1={zC:z=1}S^1 = \{z \in \C : \abs z = 1\} : l’application xe2iπxx \mapsto \eu^{2\iu\pi x} passe à une bijection continue R/ZS1\R/\Z \to S^1 (Proposition 6.10(b)) ; son inverse est continue par l’argument de compacité du Corollaire 6.14 ci-dessous (Exercice 6.5 détaille tout, y compris pourquoi R/Z\R/\Z est séparé et compact). De même [0,1][0,1] avec les extrémités collées est S1S^1, le carré avec les côtés opposés collés est le tore, et le collage est enfin un théorème, non un dessin.

6.3 Compacité

Définition 6.12

Un recouvrement ouvert de XX est une famille (Ui)iI(U_i)_{i\in I} d’ouverts avec Ui=X\bigcup U_i = X. XX est compact s’il est séparé et si tout recouvrement ouvert admet un sous-recouvrement fini. De façon équivalente (en passant aux complémentaires) : toute famille de fermés avec la propriété d’intersection finie (toutes les sous-familles finies ont une intersection non vide) a une intersection totale non vide.

Théorème 6.13 (Premières propriétés)

Soit XX compact.

  1. Une partie fermée de XX est compacte ; une partie compacte d’un espace séparé est fermée.
  2. L’image continue d’un espace compact dans un espace séparé est compacte. En particulier une f ⁣:XRf\colon X \to \R continue est bornée et atteint ses bornes.
  3. Une suite décroissante de parties fermées non vides de XX a une intersection non vide.

Démonstration. (1) Soit FXF \subseteq X fermé et (Ui)(U_i) un recouvrement ouvert de FF (par des ouverts de XX) : en ajoutant XFX \setminus F on obtient un recouvrement ouvert de XX ; un sous-recouvrement fini, privé de XFX \setminus F, recouvre FF. La séparation du sous-espace est claire. Réciproquement soit KYK \subseteq Y compact, YY séparé, et yKy \notin K : pour chaque xKx \in K choisir des ouverts disjoints UxxU_x \ni x, VxyV_x \ni y ; un nombre fini de UxU_x recouvrent KK, et l’intersection des VxV_x correspondants est un voisinage de yy disjoint du recouvrement de KK, donc de KK : le complémentaire de KK est ouvert.

(2) Si (Vj)(V_j) recouvre f(X)f(X), alors (f1(Vj))(f^{-1}(V_j)) recouvre XX ; un sous-recouvrement fini en bas provient du sous-recouvrement fini en haut. L’image est séparée comme sous-espace. Pour ff réelle : f(X)f(X) est compacte dans R\R, donc fermée et bornée (recouvrement par (n,n)(-n, n) pour la bornitude ; fermée par (1)), et une partie fermée bornée contient son supremum.

(3) Si Fn=\bigcap F_n = \varnothing, les ouverts XFnX \setminus F_n recouvrent XX ; un nombre fini suffit, donc quelque Fn0=F_{n_0} = \varnothing (la suite décroît) — contradiction.

Corollaire 6.14

Une bijection continue d’un espace compact vers un espace séparé est un homéomorphisme.

Démonstration. L’inverse est continue ssi les images directes de fermés sont fermées ; un fermé FF est compact (Théorème 6.13(1)), son image est compacte (2), donc fermée (1) dans la cible séparée.

Théorème 6.15 (Produits finis)

Un produit fini d’espaces compacts est compact.

Démonstration. Il suffit de traiter X×YX \times Y. La séparation s’hérite (séparer dans une coordonnée). Soit (Wi)(W_i) un recouvrement ouvert de X×YX \times Y ; on peut supposer les WiW_i des pavés de base Ui×ViU_i \times V_i (raffiner : chaque point est dans un pavé contenu dans quelque WiW_i ; un sous-recouvrement fini de pavés en donne un de WiW_i). Fixons xXx \in X : la tranche {x}×YY\{x\}\times Y \cong Y est compacte, donc un nombre fini de pavés U1×V1,,Uk×VkU_1\times V_1, \dots, U_k\times V_k la recouvrent, avec xUjx \in U_j pour tout jj ; alors Ux=jkUjU^x = \bigcap_{j \leq k} U_j est un voisinage ouvert de xx avec Ux×YU^x \times Y recouvert par un nombre fini de pavés (le lemme du tube : pour (x,y)Ux×Y(x', y) \in U^x \times Y, yVjy \in V_j pour quelque jj puisque les pavés recouvraient {x}×Y\{x\}\times Y au niveau yy, et xUxUjx' \in U^x \subseteq U_j, donc (x,y)Uj×Vj(x', y) \in U_j \times V_j). Un nombre fini de UxU^x recouvrent alors le compact XX ; les collections finies de pavés correspondantes recouvrent X×YX \times Y.

Théorème 6.16 (Compacité dans les espaces métriques)

Pour un espace métrique (X,d)(X, d), les propriétés suivantes sont équivalentes :

  1. XX est compact (Borel–Lebesgue) ;
  2. toute suite de XX admet une sous-suite convergente (compacité séquentielle — définition de deuxième année) ;
  3. XX est complet et totalement borné : pour tout ε>0\varepsilon > 0, un nombre fini de boules de rayon ε\varepsilon recouvrent XX.

Démonstration. (1)\Rightarrow(2) : Soit (xn)(x_n) sans sous-suite convergente. Alors chaque xXx \in X admet une boule ouverte BxB_x ne contenant xnx_n que pour un nombre fini d’indices nn (sinon une sous-suite convergerait vers xx : prendre des rayons 1/k1/k). Un nombre fini de BxB_x recouvrent XX, donc seuls un nombre fini d’indices nn existent : absurde.

(2)\Rightarrow(3) : Complétude : une suite de Cauchy admettant une sous-suite convergente converge (deuxième année). Totalement borné : si un ε\varepsilon n’admet pas de recouvrement fini, choisir inductivement xn+1x_{n+1} hors de knB(xk,ε)\bigcup_{k\leq n} B(x_k, \varepsilon) : la suite vérifie d(xm,xn)εd(x_m, x_n) \geq \varepsilon pour mnm \neq n, pas de sous-suite de Cauchy, donc pas de sous-suite convergente.

(3)\Rightarrow(1) : D’abord, (3) implique (2) : étant donné (xn)(x_n), recouvrir XX par un nombre fini de boules de rayon 11 : l’une, B1B_1, contient une sous-suite ; recouvrir XX par des boules de rayon 1/21/2 : l’une en contient une sous-sous-suite ; itérer et diagonaliser : la sous-suite diagonale est de Cauchy (deux termes au-delà de l’étape kk sont dans une boule commune de rayon 2k2^{-k}, au facteur 22 près habituel), donc converge. Soit maintenant (Ui)(U_i) un recouvrement ouvert et supposons qu’il n’y ait pas de sous-recouvrement fini. Argument du nombre de Lebesgue : pour chaque nn, quelque boule B(yn,2n)B(y_n, 2^{-n}) n’est pas recouverte par un nombre fini de UiU_i — en effet, recouvrir XX par un nombre fini de boules de rayon 2n2^{-n} ; si chacune était finiment recouverte, XX le serait. Par (2), une sous-suite ynkyy_{n_k} \to y ; choisir ii avec yUiy \in U_i et r>0r > 0 avec B(y,r)UiB(y, r) \subseteq U_i. Pour kk grand, B(ynk,2nk)B(y,r)UiB(y_{n_k}, 2^{-n_k}) \subseteq B(y, r) \subseteq U_i : recouverte par un UiU_i — contradiction.

Corollaire 6.17 (Heine–Borel ; Heine)

(a) Une partie de Rn\R^n est compacte ssi elle est fermée et bornée. (b) Une application continue d’un espace métrique compact vers un espace métrique est uniformément continue.

Démonstration. (a) Fermée et bornée \Rightarrow contenue dans un cube [M,M]n[-M,M]^n, qui est compact : [M,M][-M, M] l’est (séquentiellement, par Bolzano–Weierstrass — ou directement par dichotomie pour les recouvrements), et le Théorème 6.15 traite le produit ; appliquer alors le Théorème 6.13(1). Réciproquement une partie compacte est fermée (Théorème 6.13(1)) et bornée (recouvrement par des boules concentriques).

(b) Soit f ⁣:XYf \colon X \to Y, ε>0\varepsilon > 0. Les boules B(x,δx)B\bigl(x, \delta_x\bigr) avec f(B(x,2δx))B(f(x),ε/2)f\bigl(B(x, 2\delta_x)\bigr)\subseteq B\bigl(f(x), \varepsilon/2\bigr) recouvrent XX ; extraire un sous-recouvrement fini B(xj,δxj)B(x_j, \delta_{x_j}) et poser δ=minjδxj\delta = \min_j \delta_{x_j}. Si d(x,x)<δd(x, x') < \delta : xB(xj,δxj)x \in B(x_j, \delta_{x_j}) pour quelque jj, et alors x,xB(xj,2δxj)x, x' \in B(x_j, 2\delta_{x_j}), donc d(f(x),f(x))<εd(f(x), f(x')) < \varepsilon.

Définition 6.18

XX est localement compact s’il est séparé et si tout point admet un voisinage compact (Rn\R^n ; ouverts de Rn\R^n ; espaces discrets — mais pas Q\Q, voir Exercice 6.9). Tout espace localement compact s’immerge dans un compact : la compactification d’Alexandroff X^=X{}\hat X = X \cup \{\infty\}, dont les ouverts sont ceux de XX ainsi que les complémentaires (dans X^\hat X) des parties compactes de XX. On vérifie les axiomes directement ; X^\hat X est compact (un recouvrement a un membre contenant \infty, dont le complémentaire est compact, recouvert par un nombre fini d’autres) et séparé (séparer xx de \infty par un voisinage compact de xx et son complémentaire). Exemple : R^S1\hat\R \cong S^1, et Rn^Sn\widehat{\R^n} \cong S^n par projection stéréographique (Exercice 6.11).

6.4 Connexité

Définition 6.19

XX est connexe s’il n’est pas réunion de deux ouverts non vides disjoints — de façon équivalente, ses seules parties à la fois ouvertes et fermées sont \varnothing et XX ; de façon équivalente, toute application continue X{0,1}X \to \{0, 1\} (discret) est constante. Une partie est connexe si elle l’est comme sous-espace.

Théorème 6.20

  1. Les parties connexes de R\R sont exactement les intervalles.
  2. Les images continues d’ensembles connexes sont connexes (d’où le théorème des valeurs intermédiaires : une application réelle continue sur un espace connexe a un intervalle pour image).
  3. Si (Ai)(A_i) sont connexes avec un point commun, Ai\bigcup A_i est connexe. Si AA est connexe et ABAˉA \subseteq B \subseteq \bar A, alors BB est connexe.
  4. Les produits finis d’espaces connexes sont connexes.

Démonstration. Partout on utilise le critère {0,1}\{0,1\} : f ⁣:X{0,1}f \colon X \to \{0,1\} continue doit être constante.

(1) Une non-intervalle AA manque quelque cc entre a,bAa, b \in A : A=(A(,c))(A(c,+))A = (A \cap (-\infty, c)) \sqcup (A \cap (c, +\infty)) déconnecte. Réciproquement soit II un intervalle et f ⁣:I{0,1}f \colon I \to \{0,1\} continue avec f(a)=0f(a) = 0, f(b)=1f(b) = 1, a<ba < b. Soit c=sup{x[a,b]:f(x)=0}c = \sup\{x \in [a,b] : f(x) = 0\} ; la continuité en cc force f(c)=0f(c) = 0 (limite de valeurs 00 : tout voisinage de cc rencontre {f=0}\{f = 0\} ; {f=0}\{f=0\} est fermé) puis c<bc < b avec f1f \equiv 1 sur (c,b](c, b], donc f(c)=1f(c) = 1 par le même argument de fermeture sur {f=1}c\{f = 1\} \ni c : contradiction.

(2) Une g ⁣:f(X){0,1}g \colon f(X) \to \{0,1\} continue donne gfg \circ f constante, donc gg est constante sur l’image.

(3) Une f ⁣:Ai{0,1}f\colon \bigcup A_i \to \{0,1\} continue est constante sur chaque AiA_i, avec la même valeur au point commun. Pour l’adhérence : f ⁣:B{0,1}f \colon B \to \{0,1\} est constante =c= c sur AA ; tout xBAˉx \in B \subseteq \bar A est dans l’adhérence de AA, et f1(f(x))f^{-1}(f(x)) est un voisinage de xx (image réciproque d’un ouvert), qui doit rencontrer AA : f(x)=cf(x) = c.

(4) Pour X×YX \times Y et f ⁣:X×Y{0,1}f\colon X\times Y \to \{0,1\} : deux points (x,y),(x,y)(x,y), (x',y') sont joints par le « coude » {x}×YX×{y}\{x\}\times Y \cup X \times \{y'\}, réunion de deux ensembles connexes (homéomorphes à YY, XX) se rencontrant en (x,y)(x, y') : par (3) et (2), ff coïncide sur les deux points.

Définition 6.21

XX est connexe par arcs si deux points quelconques sont joints par un chemin (application continue γ ⁣:[0,1]X\gamma \colon [0,1] \to X). Connexe par arcs implique connexe : deux valeurs d’une f ⁣:X{0,1}f \colon X \to \{0,1\} continue en x,yx, y sont des valeurs de la constante fγf\circ\gamma (Théorème 6.20(1)–(2)). Les parties convexes d’espaces normés sont connexes par arcs (segments) ; de même Rn{0}\R^n \setminus \{0\} pour n2n \geq 2 (contourner l’origine), et SnS^n pour n1n \geq 1 (projeter des chemins depuis Rn+1{0}\R^{n+1}\setminus \{0\}).

Exemple 6.22 (La sinusoïde du topologue)

Soit Γ={(x,sin1x):0<x1}\Gamma = \{(x, \sin\frac1x) : 0 < x \leq 1\} et S=Γˉ=Γ({0}×[1,1])S = \bar\Gamma = \Gamma \cup (\{0\}\times[-1,1]) (tout point (0,y)(0, y), y1\abs y \leq 1, est limite de points de Γ\Gamma : résoudre sin1x=y\sin\frac1x = y près de 00). Alors SS est connexeadhérence de la connexe Γ\Gamma, image continue de (0,1](0, 1] (Théorème 6.20(3)) — mais pas connexe par arcs : un chemin de (1,sin1)(1, \sin 1) à (0,0)(0,0) devrait parcourir des abscisses 0\to 0 tandis que l’ordonnée oscille entre ±1\pm1 ; Exercice 6.9 rend cela rigoureux. Connexité et connexité par arcs diffèrent vraiment.

La sinusoïde du topologue : le graphe de 1x (rouge) s’accumule sur tout le segment \0\×[-1,1] (bleu). La réunion est connexe mais non connexe par arcs : aucun chemin continu ne peut traverser les oscillations infiniment nombreuses en un temps de paramètre fini.
La sinusoïde du topologue : le graphe de sin1x\sin\frac1x (rouge) s’accumule sur tout le segment {0}×[1,1]\{0\}\times[-1,1] (bleu). La réunion est connexe mais non connexe par arcs : aucun chemin continu ne peut traverser les oscillations infiniment nombreuses en un temps de paramètre fini.

Définition 6.23

La composante connexe de xXx \in X est la réunion de toutes les parties connexes contenant xx — la plus grande (Théorème 6.20(3)). Les composantes partitionnent XX et sont fermées (les adhérences d’ensembles connexes sont connexes). XX est totalement discontinu si toutes les composantes sont des singletons (Q\Q ; l’ensemble de Cantor du problème de fin de semaine).

Théorème 6.24

R\R n’est homéomorphe à aucun Rn\R^n avec n2n \geq 2.

Démonstration. Supposons h ⁣:RRnh \colon \R \to \R^n un homéomorphisme. En retirant un point : R{0}\R \setminus \{0\} est homéomorphe à Rn{h(0)}\R^n \setminus \{h(0)\}. Or R{0}\R\setminus\{0\} est disconnexe, tandis que Rn{point}\R^n\setminus\{\text{point}\} est connexe par arcs pour n2n \geq 2 (Définition 6.21 ; translater le point en 00) : la connexité est un invariant d’homéomorphisme (Théorème 6.20(2)) — contradiction. (Que R2≇R3\R^2 \not\cong \R^3 demande des invariants plus fins — topologie algébrique ; le problème de fin de semaine montre le danger : des surjections continues RR2\R \to \R^2 existent.)

Méthode 6.25

Pour prouver qu’un ensemble est connexe : l’exhiber comme image continue, réunion d’ensembles connexes se chevauchant, adhérence, ou produit (Théorème 6.20) ; pour les parties d’espaces normés, prouver la connexité par arcs avec des chemins explicites (segments, arcs, coudes). Pour prouver que deux espaces ne sont pas homéomorphes : trouver un invariant topologique qui diffère — compacité, connexité, nombre de composantes, ou composantes après suppression d’un ensemble fini bien choisi (l’astuce du Théorème 6.24 : elle prouve aussi [0,1)≇(0,1)[0,1) \not\cong (0,1) et S1≇[0,1]S^1 \not\cong [0,1]).

6.5 Exercices

Exercice 6.1

(a) Lister toutes les topologies sur {a,b}\{a, b\}, les classer à homéomorphisme près, et déterminer lesquelles sont connexes et lesquelles sont séparées. (b) Dans R\R (topologie usuelle), calculer intérieur, adhérence et frontière de Q\Q, de [0,1){2}[0,1) \cup \{2\}, et de {1/n:n1}\{1/n : n \geq 1\}.

Solution

Solution de Exercice 6.1.

(a) Quatre topologies sur {a,b}\{a,b\} : indiscrète {,X}\{\varnothing, X\} ; discrète ; les deux topologies de Sierpiński {,{a},X}\{\varnothing, \{a\}, X\} et {,{b},X}\{\varnothing, \{b\}, X\}. Les deux dernières sont homéomorphes (échanger a,ba, b) : trois classes. Connexes : toutes sauf la discrète (seule la topologie discrète contient un clopen propre non vide). Séparées : seule la discrète (dans les autres, le seul voisinage de bb est XX, ou celui de aa).

(b) Q\Q : intérieur \varnothing (tout intervalle contient des irrationnels), adhérence R\R (densité), frontière R\R. [0,1){2}[0,1) \cup \{2\} : intérieur (0,1)(0,1), adhérence [0,1]{2}[0,1]\cup\{2\}, frontière {0,1,2}\{0, 1, 2\}. {1/n}\{1/n\} : intérieur \varnothing, adhérence {1/n}{0}\{1/n\}\cup\{0\}, frontière l’adhérence elle-même.

Exercice 6.2

(a) Montrer que f ⁣:XYf\colon X \to Y est continue ssi f1(B)f^{-1}(B) est ouvert pour tout BB d’une base fixée de YY. (b) Montrer que f=1[0,) ⁣:RRf = \mathbf 1_{[0,\infty)} \colon \R \to \R n’est pas continue mais est continue à droite. Vérifier que les intervalles semi-ouverts [a,b)[a, b) forment une base d’une topologie sur la source R\R (la droite de Sorgenfrey), que cette topologie est strictement plus fine que l’usuelle, et qu’une fonction RR\R \to \R (cible usuelle) est continue depuis la droite de Sorgenfrey ssi elle est continue à droite en tout point.

Solution

Solution de Exercice 6.2.

(a) Tout ouvert VYV \subseteq Y est une réunion Bj\bigcup B_j d’ensembles de base, et f1(V)=f1(Bj)f^{-1}(V) = \bigcup f^{-1}(B_j) : si ces derniers sont ouverts, le premier l’est ; la réciproque est triviale.

(b) f1((12,32))=[0,)f^{-1}\bigl(\intoo{\frac12}{\frac32}\bigr) = [0, \infty) n’est pas ouvert : ff n’est pas continue ; la continuité à droite en chaque point est claire (ff est localement constante à droite de tout point). Les ensembles [a,b)[a, b) satisfont le critère de base (Définition 6.4) : [a,b)[c,d)=[max(a,c),min(b,d))[a,b)\cap[c,d) = [\max(a,c), \min(b,d)). La topologie de Sorgenfrey est plus fine que l’usuelle, car (a,b)=a<c<b[c,b)(a, b) = \bigcup_{a < c < b}[c, b) ; strictement : [0,1)[0,1) est ouvert pour Sorgenfrey, pas pour l’usuelle. Continuité depuis la droite de Sorgenfrey en xx : un voisinage de Sorgenfrey de xx contient un ensemble de base [a,b)x[a, b) \ni x, donc contient [x,b)[x, b) — la condition de continuité se lit : pour tout ε>0\varepsilon > 0 il existe δ>0\delta > 0 avec f(t)f(x)<ε\abs{f(t) - f(x)} < \varepsilon dès que xt<x+δx \leq t < x + \delta. C’est exactement la continuité à droite en xx.

Exercice 6.3

Sur un ensemble infini muni de la topologie cofinie, montrer : deux ouverts non vides se rencontrent toujours (donc l’espace n’est pas séparé, donc non métrisable) ; toute suite injective converge vers tout point. Où la preuve d’unicité des limites utilise-t-elle la séparation

Solution

Solution de Exercice 6.3.

Deux ouverts non vides ont des complémentaires finis, donc leur intersection a un complémentaire fini : non vide (l’ensemble est infini) — aucun couple de points n’a de voisinages disjoints : non séparé, donc non métrisable (Définition 6.7). Soit (xn)(x_n) injective et xx arbitraire : un voisinage de xx contient un ouvert cofini UU ; les points finiment nombreux de XUX\setminus U sont atteints par au plus un nombre fini d’indices (injectivité), donc une queue de la suite est dans UU : xnxx_n \to x, pour tout xx. La preuve d’unicité a besoin de deux voisinages disjoints pour séparer deux limites alléguées — précisément ce qui échoue ici.

Exercice 6.4 ★★

(a) Montrer que les projections πX,πY\pi_X, \pi_Y d’un produit sont continues et ouvertes (images d’ouverts sont ouvertes), mais pas fermées en général ({xy=1}\{xy = 1\} dans R2\R^2). (b) Montrer qu’une suite dans un produit dénombrable nXn\prod_n X_n d’espaces métriques converge ssi chaque coordonnée converge, et que d(x,y)=n2nmin(1,dn(xn,yn))d(x, y) = \sum_n 2^{-n}\min(1, d_n(x_n, y_n)) métrise la topologie produit. (c) Sur RN\R^\N, montrer que la « topologie boîte » (tous les produits d’ouverts sont ouverts) est strictement plus fine : la suite x(k)=(1/k,1/k,)x^{(k)} = (1/k, 1/k, \dots) converge vers 00 pour la topologie produit mais pas pour la topologie boîte.

Solution

Solution de Exercice 6.4.

(a) La continuité est par construction (Définition 6.9). Ouverture : un ouvert WX×YW \subseteq X \times Y est réunion de pavés Ui×ViU_i\times V_i, et πX(W)=Ui\pi_X(W) = \bigcup U_i (les pavés non vides se projettent sur leurs facteurs), ouvert. Pas fermée : H={(x,y):xy=1}H = \{(x,y) : xy = 1\} est fermé dans R2\R^2 (image réciproque de {1}\{1\} sous le produit continu), mais πX(H)=R{0}\pi_X(H) = \R\setminus\{0\} n’est pas fermé.

(b) (\Rightarrow) Les projections sont continues. (\Leftarrow) Soit x(k)xx^{(k)} \to x composante par composante et W=UnW = \prod U_n un voisinage de base de xx, avec Un=XnU_n = X_n sauf pour nFn \in F fini. Pour chaque nFn \in F, xn(k)Unx_n^{(k)} \in U_n pour kKnk \geq K_n ; pour kmaxFKnk \geq \max_F K_n, x(k)Wx^{(k)} \in W. La formule dd définit une métrique (chaque somme est une, à la vérification standard près que min(1,dn)\min(1, d_n) l’est) ; ses boules : Bd(x,2N)B_d(x, 2^{-N}) contient le pavé de base {y:dn(xn,yn)<2N, nN}\{y : d_n(x_n,y_n) < 2^{-N},\ n \leq N'\} pour NN' convenable (la queue n>N2n\sum_{n > N'} 2^{-n} est petite), et réciproquement tout pavé de base contient une dd-boule : les deux topologies ont les mêmes voisinages de chaque point.

(c) Pour la topologie produit, x(k)0x^{(k)} \to 0 par (b). L’ouvert boîte U=n(1n,1n)U = \prod_n \intoo{-\tfrac1n}{\tfrac1n} contient 00, mais x(k)Ux^{(k)} \notin U pour tout kk (la nn-ième coordonnée 1/k1/n1/k \geq 1/n quand nkn \geq k) : aucune queue n’entre dans UU. La topologie boîte est strictement plus fine et n’est pas une topologie de type produit pour la convergence.

Exercice 6.5 ★★

Le cercle, de trois façons. Montrer que les suivants sont homéomorphes deux à deux, avec des applications explicites : (i) S1R2S^1 \subseteq \R^2 ; (ii) R/Z\R/\Z (topologie quotient) ; (iii) [0,1]/(01)[0,1]/(0 \sim 1). (Pour (ii) : montrer que R/Z\R/\Z est séparé — relever deux classes à des représentants à distance 12\leq \frac12 — et que π([0,1])\pi([0,1]) est tout, donc le quotient est compact ; puis utiliser le Corollaire 6.14.)

Solution

Solution de Exercice 6.5.

φ ⁣:RS1\varphi \colon \R \to S^1, xe2iπxx \mapsto \eu^{2\iu\pi x}, est continue, surjective, et constante sur les classes modulo Z\Z : elle induit une bijection continue φˉ ⁣:R/ZS1\bar\varphi \colon \R/\Z \to S^1 (Proposition 6.10(b)). La projection π\pi est ouverte : pour URU \subseteq \R ouvert, π1(π(U))=n(U+n)\pi^{-1}(\pi(U)) = \bigcup_{n}(U + n) est ouvert, donc π(U)\pi(U) est ouvert. Séparé : soit xˉyˉ\bar x \neq \bar y ; choisir des représentants avec δ=minnxyn>0\delta = \min_{n}\abs{x - y - n} > 0 ; les images des intervalles de rayon δ/3\delta/3 autour de xx et yy sont ouvertes (ouverture de π\pi), contiennent xˉ,yˉ\bar x, \bar y, et sont disjoints (deux points antécédents seraient à moins de 2δ/32\delta/3 l’un de l’autre mod Z\Z). Compact : R/Z=π([0,1])\R/\Z = \pi([0,1]), image continue d’un espace compact (Théorème 6.13(2)). Maintenant φˉ\bar\varphi est une bijection continue d’un espace compact vers le séparé S1S^1 : un homéomorphisme (Corollaire 6.14).

Pour (iii) : le composé [0,1]RπR/Z[0,1] \hookrightarrow \R \xrightarrow{\pi} \R/\Z est continu, surjectif, et identifie exactement 010 \sim 1 : il induit une bijection continue [0,1]/(01)R/Z[0,1]/(0\sim1) \to \R/\Z d’un espace compact (image continue de [0,1][0,1] sous la projection quotient) vers un espace séparé : un homéomorphisme. En composant : les trois espaces sont homéomorphes.

Exercice 6.6 ★★

Soit XX un espace métrique. (a) Montrer qu’une réunion finie de parties compactes est compacte, et qu’une intersection quelconque l’est. (b) Si KK est compact, FF fermé, KF=K \cap F = \varnothing, montrer d(K,F)=inf{d(x,y):xK,yF}>0d(K, F) = \inf\{d(x,y) : x \in K, y \in F\} > 0 ; donner un contre-exemple avec deux fermés disjoints. (c) Montrer que XX est compact ssi toute f ⁣:XRf \colon X \to \R continue est bornée. (Si une suite n’a pas de sous-suite convergente, construire une fonction continue non bornée supportée près de ses termes ; ou utiliser des fonctions du type xd(x,)x \mapsto d(x, \cdot) — une voie propre : si (xn)(x_n) n’a pas de point d’accumulation, l’ensemble {xn}\{x_n\} est fermé et discret, et f(xn)=nf(x_n) = n s’étend continûment par des moyens sans Tietze : f(x)=nnmax(0,1d(x,xn)rn)f(x) = \sum_n n\,\max\bigl(0, 1 - \frac{d(x, x_n)}{r_n}\bigr) pour rnr_n assez petits.)

Solution

Solution de Exercice 6.6.

(a) Un recouvrement de K1KmK_1 \cup \dots \cup K_m se restreint en un recouvrement de chaque KjK_j : un nombre fini d’ouverts par morceau suffit. Une intersection Ki\bigcap K_i est fermée dans le compact Ki0K_{i_0} (les compacts sont fermés dans l’espace métrique ambiant), donc compacte.

(b) xd(x,F)x \mapsto d(x, F) est continue (11-lipschitzienne) et strictement positive sur KK (d(x,F)=0d(x, F) = 0 signifie xFˉ=Fx \in \bar F = F) ; sur le compact KK elle atteint un minimum m>0m > 0 : d(K,F)md(K, F) \geq m. Contre-exemple sans compacité : F1={n:n2}F_1 = \{n : n \geq 2\} et F2={n+1n:n2}F_2 = \{n + \frac1n : n \geq 2\} sont fermés, disjoints, à distance infn1n=0\inf_n \frac1n = 0.

(c) Si XX est compact, toute ff continue est bornée (Théorème 6.13(2)). Réciproquement, si XX n’est pas compact, prendre (xn)(x_n) sans sous-suite convergente (Théorème 6.16) ; en passant à une sous-suite on peut supposer les xnx_n deux à deux distincts, et aucun point de XX n’est point d’accumulation de la suite, donc

rn=min(2n, 13d(xn,{xm:mn}))>0,r_n = \min\Bigl(2^{-n},\ \tfrac13\,d\bigl(x_n, \{x_m : m \neq n\}\bigr)\Bigr) > 0,

et les boules B(xn,rn)B(x_n, r_n) sont deux à deux disjointes (un point commun des nn-ième et mm-ième donnerait d(xn,xm)<rn+rm23d(xn,xm)d(x_n, x_m) < r_n + r_m \leq \frac23 d(x_n, x_m)). Définir

f(x)=nnmax(0, 1d(x,xn)rn):f(x) = \sum_{n} n\,\max\Bigl(0,\ 1 - \frac{d(x, x_n)}{r_n}\Bigr):

en chaque xx au plus un terme est non nul, et f(xn)=nf(x_n) = n. Continuité en xx : soit ykxy_k \to x ; chaque valeur f(yk)f(y_k) est soit 00 soit une valeur de bosse unique bumpnk(yk)\mathrm{bump}_{n_k}(y_k). Si quelque indice nn apparaît infiniment souvent, le long de cette sous-suite f(yk)=bumpn(yk)bumpn(x)f(y_k) = \mathrm{bump}_n(y_k) \to \mathrm{bump}_n(x), qui égale f(x)f(x) (si xB(xn,rn)x \in B(x_n, r_n), toute la queue est dans cette boule ouverte et aucun autre indice n’apparaît ; si xB(xn,rn)x \notin B(x_n, r_n) alors bumpn(x)=0=f(x)\mathrm{bump}_n(x) = 0 = f(x), puisque xx, adhérent à la nn-ième boule, n’est dans aucune autre boule ouverte). Si nkn_k \to \infty : d(yk,xnk)<rnk2nk0d(y_k, x_{n_k}) < r_{n_k} \leq 2^{-n_k} \to 0, donc xnkxx_{n_k} \to x, faisant de xx un point d’accumulation de (xn)(x_n) — exclu ; ce cas ne concerne donc qu’un nombre fini de kk. Dans tous les cas f(yk)f(x)f(y_k) \to f(x) : ff est continue, et non bornée.

Exercice 6.7 ★★

(Nombre de Lebesgue) Soit (Ui)(U_i) un recouvrement ouvert d’un espace métrique compact XX. Montrer qu’il existe δ>0\delta > 0 tel que toute partie de diamètre <δ< \delta est contenue dans un seul UiU_i. (Sinon choisir AnA_n de diamètre <1/n< 1/n dans aucun UiU_i, et un point d’accumulation de xnAnx_n \in A_n choisis.) En déduire à nouveau le théorème de Heine (Corollaire 6.17(b)).

Solution

Solution de Exercice 6.7.

Supposons qu’aucun δ\delta ne marche : pour chaque nn il existe AnA_n de diamètre <1/n< 1/n contenu dans aucun UiU_i ; choisir xnAnx_n \in A_n. Par compacité (Théorème 6.16), une sous-suite xnkxx_{n_k} \to x ; choisir ii et r>0r > 0 avec B(x,r)UiB(x, r) \subseteq U_i. Pour kk grand : d(xnk,x)<r/2d(x_{n_k}, x) < r/2 et 1/nk<r/21/n_k < r/2, donc AnkB(xnk,1/nk)B(x,r)UiA_{n_k} \subseteq B(x_{n_k}, 1/n_k) \subseteq B(x, r) \subseteq U_i — contradiction. Heine : étant donné ε\varepsilon, recouvrir YY par des boules B(y,ε/2)B(y, \varepsilon/2) ; les images réciproques forment un recouvrement ouvert de XX ; soit δ\delta un nombre de Lebesgue : si d(x,x)<δd(x, x') < \delta, la paire {x,x}\{x, x'\} a un diamètre <δ< \delta, est dans une image réciproque, et d(f(x),f(x))<εd(f(x), f(x')) < \varepsilon.

Exercice 6.8 ★★

(a) Montrer que GLn(R)GL_n(\R) est une partie ouverte dense de Mn(R)M_n(\R), et qu’elle est disconnexe : le signe du déterminant la sépare en (au moins) deux morceaux. Montrer en revanche que GLn(C)GL_n(\C) est connexe par arcs. (Pour A,BGLn(C)A, B \in GL_n(\C) : λdet((1λ)A+λB)\lambda \mapsto \det\bigl((1 - \lambda)A + \lambda B\bigr) est un polynôme, non identiquement nul, donc a un nombre fini de racines dans C\C : choisir un chemin de λ\lambda dans C\C de 00 à 11 les évitant.) (b) Prouver la densité : A+εIA + \varepsilon I est inversible pour ε>0\varepsilon > 0 petit.

Solution

Solution de Exercice 6.8.

(a) GLn(R)=det1(R{0})GL_n(\R) = \det^{-1}(\R\setminus\{0\}) est ouvert (det\det est polynomiale, continue). Disconnexe : det\det l’envoie sur R{0}\R\setminus\{0\}, et un espace connexe a des images continues connexes (Théorème 6.20(2)) ; R{0}\R\setminus\{0\} n’est pas un intervalle. GLn(C)GL_n(\C) : pour A,BA, B inversibles, p(λ)=det((1λ)A+λB)p(\lambda) = \det\bigl((1-\lambda)A + \lambda B\bigr) est un polynôme en λ\lambda avec p(0),p(1)0p(0), p(1) \neq 0, donc non identiquement nul : il a un nombre fini de racines dans C\C. Le plan privé d’un nombre fini de points est connexe par arcs (contourner les points), donc il existe un chemin λ(t)\lambda(t) de 00 à 11 avec p(λ(t))0p(\lambda(t)) \neq 0 : t(1λ(t))A+λ(t)Bt \mapsto (1-\lambda(t))A + \lambda(t)B est un chemin dans GLn(C)GL_n(\C).

(b) det(A+εI)=χA(ε)(±1)\det(A + \varepsilon I) = \chi_A(-\varepsilon)\cdot(\pm1) s’annule pour au plus nn valeurs de ε\varepsilon : des matrices inversibles A+εIAA + \varepsilon I \to A quand ε0\varepsilon \to 0 : densité.

Exercice 6.9 ★★

(a) Montrer que les composantes connexes de Q\Q sont les singletons, et que Q\Q n’est pas localement compact (un voisinage compact de 00 dans Q\Q contiendrait [r,r]Q[-r, r]\cap \Q, dont l’adhérence dans Q\Q n’est pas compacte : couper en un irrationnel). (b) Compléter l’Exemple 6.22 : aucun chemin ne joint (0,0)(0,0) à Γ\Gamma. (Si γ=(γ1,γ2)\gamma = (\gamma_1, \gamma_2) est un tel chemin, soit t=sup{t:γ1(t)=0}t^* = \sup\{t : \gamma_1(t) = 0\} ; pour t>tt > t^* le point se déplace sur le graphe ; choisir tktt_k \downarrow t^* avec γ1(tk)0\gamma_1(t_k) \to 0 frappant des abscisses où sin\sin vaut alternativement ±1\pm1 — le théorème des valeurs intermédiaires les fournit — contredisant la continuité de γ2\gamma_2 en tt^*.)

Solution

Solution de Exercice 6.9.

(a) Soit AQA \subseteq \Q contenant p<qp < q et choisir un irrationnel α(p,q)\alpha \in (p, q) : A=(A(,α))(A(α,+))A = (A \cap (-\infty, \alpha)) \sqcup (A\cap(\alpha, +\infty)) scinde AA en deux morceaux non vides relativement ouverts : AA est disconnexe. Les composantes sont des singletons. La compacité locale échoue : un voisinage compact VV de 00 dans Q\Q contient [r,r]Q[-r, r]\cap\Q pour quelque r>0r > 0, qui est fermé dans VV, donc compact ; mais une suite de rationnels dans [r,r][-r,r] convergeant (dans R\R) vers un irrationnel n’a pas de sous-suite convergeant dans Q\Q : contradiction avec Théorème 6.16.

(b) Soit γ=(γ1,γ2) ⁣:[0,1]S\gamma = (\gamma_1, \gamma_2) \colon [0,1] \to S un chemin avec γ(0)=(0,0)\gamma(0) = (0,0) et γ(1)Γ\gamma(1) \in \Gamma. L’ensemble {t:γ1(t)=0}\{t : \gamma_1(t) = 0\} est fermé et ne contient pas 11 ; soit tt^* son supremum, donc γ1(t)=0\gamma_1(t^*) = 0 et γ1>0\gamma_1 > 0 sur (t,1](t^*, 1]. Par continuité de γ2\gamma_2 en tt^*, choisir δ\delta avec γ2(t)γ2(t)<12\abs{\gamma_2(t) - \gamma_2(t^*)} < \tfrac12 pour t[t,t+δ]t \in [t^*, t^* + \delta]. Fixer t0=t+δt_0 = t^* + \delta (on peut supposer 1\leq 1) : γ1(t0)>0\gamma_1(t_0) > 0, et γ1\gamma_1 prend toute valeur de (0,γ1(t0)](0, \gamma_1(t_0)] sur [t,t0][t^*, t_0] (théorème des valeurs intermédiaires, Théorème 6.20). Choisir kk grand avec ak=1π/2+2kπ<γ1(t0)a_k = \frac1{\pi/2 + 2k\pi} < \gamma_1(t_0) et bk=13π/2+2kπ<γ1(t0)b_k = \frac1{3\pi/2 + 2k\pi} < \gamma_1(t_0) : il existe s,s(t,t0]s, s' \in (t^*, t_0] avec γ1(s)=ak\gamma_1(s) = a_k, γ1(s)=bk\gamma_1(s') = b_k ; comme les points sont sur le graphe, γ2(s)=sin(1/ak)=1\gamma_2(s) = \sin(1/a_k) = 1 et γ2(s)=1\gamma_2(s') = -1. Les deux ne peuvent être à moins de 12\frac12 de γ2(t)\gamma_2(t^*) : contradiction. SS est connexe mais non connexe par arcs.

Exercice 6.10 ★★★

L’ensemble de Cantor des tiers médians C=nCnC = \bigcap_n C_n, où C0=[0,1]C_0 = [0,1] et Cn+1C_{n+1} retire le tiers médian ouvert de chaque intervalle de CnC_n. (a) Montrer C={n1an3n:an{0,2}}C = \bigl\{\sum_{n\geq1} a_n3^{-n} : a_n \in \{0,2\}\bigr\}, et que CC est compact, d’intérieur vide, et sans point isolé (parfait). (b) Montrer que CC est totalement discontinu. (c) Montrer que x(an(x))nx \mapsto (a_n(x))_n est un homéomorphisme C{0,2}NC \to \{0,2\}^\N (topologie produit sur l’espace discret à deux points) ; en déduire que CC est non dénombrable, et que C×CCC \times C \cong C.

Solution

Solution de Exercice 6.10.

(a) CnC_n consiste exactement en les xx admettant un développement ternaire avec chiffres dans {0,2}\{0, 2\} jusqu’au rang nn (induction : retirer les tiers médians retire le premier chiffre 11, etc. ; les extrémités ont deux développements, dont un sans 11), donc C=CnC = \bigcap C_n est l’ensemble des sommes an3n\sum a_n3^{-n}, an{0,2}a_n \in \{0,2\}. Compact : chaque CnC_n est une réunion finie d’intervalles fermés ; CC est fermé dans [0,1][0,1]. Intérieur vide : CCnC \subseteq C_n, une réunion d’intervalles de longueur 3n3^{-n} ; un intervalle intérieur de longueur >0\ell > 0 tiendrait dans l’un d’eux pour tout nn. Parfait : étant donné xCx \in C et mm, retourner le chiffre ama_m : le nouveau point est dans CC, distinct, à moins de 23m2\cdot3^{-m} de xx.

(b) Si xyCx \neq y \in C, leurs développements diffèrent d’abord à quelque rang kk ; entre eux se trouve un intervalle de tiers médian retiré (le trou au rang kk séparant le chiffre 00 du chiffre 22), fournissant un point cCc \notin C, x<c<yx < c < y (disons) : C=(C(,c))(C(c,))C = (C \cap (-\infty, c)) \sqcup (C \cap (c, \infty)) scinde toute partie contenant les deux points. Les composantes sont des singletons.

(c) L’application des chiffres β ⁣:x(an(x))\beta\colon x \mapsto (a_n(x)) est une bijection sur {0,2}N\{0,2\}^\N (existence et unicité des développements {0,2}\{0,2\} : des suites de chiffres distinctes donnent des points à distance 3k>0\geq 3^{-k} > 0 où elles diffèrent d’abord, comme dans Problème 6.1, question 1). Elle est continue : xy<3m\abs{x - y} < 3^{-m} force l’accord des mm premiers chiffres (même calcul), donc β\beta envoie de petites boules dans des pavés de base. Une bijection continue du compact CC vers le produit séparé est un homéomorphisme (Corollaire 6.14 ; le produit est séparé : séparer en une coordonnée différente). Non dénombrabilité : diagonale de Cantor sur {0,2}N\{0,2\}^\N. Enfin {0,2}N×{0,2}N{0,2}N\{0,2\}^\N \times \{0,2\}^\N \cong \{0,2\}^\N par entrelacement des chiffres (un homéomorphisme : continuité composante par composante dans les deux sens), donc C×CCC \times C \cong C.

Exercice 6.11 ★★★

Projection stéréographique : depuis le pôle nord N=(0,,0,1)N = (0, \dots, 0, 1) de SnRn+1S^n \subseteq \R^{n+1}, l’application σ(x)=(x1,,xn)1xn+1\sigma(x) = \frac{(x_1, \dots, x_n)}{1 - x_{n+1}} est un homéomorphisme Sn{N}RnS^n \setminus \{N\} \to \R^n (donner l’inverse explicitement). En déduire que SnS^n est homéomorphe à la compactification d’Alexandroff Rn^\widehat{\R^n}, et que retirer n’importe quel point de SnS^n laisse un espace homéomorphe à Rn\R^n.

Solution

Solution de Exercice 6.11.

Pour yRny \in \R^n, poser

τ(y)=(2yy2+1, y21y2+1)Rn×R=Rn+1.\tau(y) = \Bigl(\frac{2y}{\norm y^2 + 1},\ \frac{\norm y^2 - 1}{\norm y^2 + 1}\Bigr) \in \R^n\times\R = \R^{n+1}.

On vérifie τ(y)=1\norm{\tau(y)} = 1, τ(y)N\tau(y) \neq N, et σ(τ(y))=y\sigma(\tau(y)) = y, τ(σ(x))=x\tau(\sigma(x)) = x : σ\sigma et τ\tau sont mutuellement inverses, toutes deux continues (formules rationnelles à dénominateurs non nuls) : Sn{N}RnS^n \setminus\{N\} \cong \R^n. Étendre en σ^ ⁣:SnRn^\hat\sigma \colon S^n \to \widehat{\R^n} par NN \mapsto \infty : une bijection, continue en tout point de Sn{N}S^n\setminus\{N\}, et en NN : un voisinage de base de \infty est Rn^K\widehat{\R^n}\setminus K, KK compact, KBˉ(0,R)K \subseteq \bar B(0, R) ; comme σ(x)2=1+xn+11xn+1\norm{\sigma(x)}^2 = \frac{1 + x_{n+1}}{1 - x_{n+1}} \to \infty quand xn+11x_{n+1} \to 1, l’ensemble {xSn:xn+1>1η}\{x \in S^n : x_{n+1} > 1 - \eta\} s’envoie hors de Bˉ(0,R)\bar B(0,R) pour η\eta petit : continuité. Une bijection continue du compact SnS^n vers le séparé Rn^\widehat{\R^n} est un homéomorphisme. Retirer un autre point pp : une rotation de SnS^n envoie pp sur NN (les rotations sont des homéomorphismes), se ramenant au cas calculé : Sn{p}RnS^n \setminus \{p\} \cong \R^n.

Exercice 6.12 ★★★

(La sinusoïde du topologue) Soit

T={(x,sin1x):0<x1}({0}×[1,1])R2.T = \bigl\{(x, \sin\tfrac1x) : 0 < x \leq 1\bigr\} \cup \bigl(\{0\}\times\intcc{-1}1\bigr) \subseteq \R^2 .

(a) Montrer que TT est compact, et que c’est l’adhérence de la partie graphe. (b) Montrer que TT est connexe (le graphe est connexe comme image continue ; son adhérence reste connexe). (c) Montrer que TT n’est pas connexe par arcs : aucun chemin continu ne joint (0,0)(0,0) à (1,sin1)(1, \sin1). (Si γ=(γ1,γ2)\gamma = (\gamma_1, \gamma_2) est un tel chemin, soit t=sup{t:γ1(t)=0}t^* = \sup\{t : \gamma_1(t) = 0\} ; juste après tt^*, γ1\gamma_1 prend toutes les petites valeurs positives (théorème des valeurs intermédiaires), donc γ2\gamma_2 oscille entre ±1\pm1 sur tout intervalle (t,t+δ)(t^*, t^* + \delta) — contredire la continuité en tt^*.) (d) Conclure que la connexité par arcs est strictement plus forte que la connexité, et montrer qu’aucun tel exemple ne peut être ouvert dans Rn\R^n : une partie ouverte connexe de Rn\R^n est connexe par arcs (l’ensemble des points joignables à un point de base par un chemin est ouvert et fermé dans le domaine).

Solution

Solution de Exercice 6.12.

(a) TT est borné, et fermé : une limite de points de TT d’abscisses x0>0\to x_0 > 0 reste sur le graphe (localement fermé) par continuité de sin1x\sin\frac1x sur (0,1]\intoc01 ; une limite d’abscisses 0\to 0 a une ordonnée dans [1,1]\intcc{-1}1, donc est dans le segment. Compact par Heine–Borel (Corollaire 6.17). Adhérence du graphe Γ\Gamma : tout point (0,y)(0, y), y[1,1]y \in \intcc{-1}1, est limite de points du graphe — résoudre sin1x=y\sin\frac1x = y près de 00 (la fonction balaye [1,1]\intcc{-1}1 sur chaque intervalle [1(k+1)π,1kπ][\frac1{(k+1)\pi}, \frac1{k\pi}]) : Γˉ=T\bar\Gamma = T.

(b) Γ\Gamma est l’image continue de la connexe (0,1]\intoc01 sous x(x,sin1x)x \mapsto (x, \sin\frac1x) : connexe ; et l’adhérence d’un ensemble connexe est connexe (Théorème 6.20) : T=ΓˉT = \bar\Gamma est connexe.

(c) Supposer γ ⁣:[0,1]T\gamma\colon\intcc01\to T continue avec γ(0)=(0,0)\gamma(0) = (0,0), γ(1)=(1,sin1)\gamma(1) = (1, \sin1), et soit t=sup{t:γ1(t)=0}t^* = \sup\{t : \gamma_1(t) = 0\} : par continuité γ1(t)=0\gamma_1(t^*) = 0 et γ1>0\gamma_1 > 0 sur (t,1]\intoc{t^*}1. Pour tout δ>0\delta > 0, l’intervalle (t,t+δ]\intoc{t^*}{t^*+\delta} a γ1\gamma_1 prenant toutes les valeurs de quelque (0,η]\intoc0\eta (théorème des valeurs intermédiaires, γ1(t+δ)>0\gamma_1(t^* + \delta) > 0) ; en particulier il contient des abscisses de la forme 1π/2+2kπ\frac1{\pi/2 + 2k\pi} et 1π/2+2kπ\frac1{-\pi/2 + 2k\pi} pour kk arbitrairement grand, où γ2=±1\gamma_2 = \pm1. Donc sur tout voisinage droit de tt^*, γ2\gamma_2 prend les deux valeurs 11 et 1-1 : γ2\gamma_2 n’a pas de limite en t+t^{*+}, contredisant la continuité. Aucun chemin n’existe.

(d) TT est connexe mais non connexe par arcs : les deux notions diffèrent. Pour URnU \subseteq \R^n ouvert connexe et aUa \in U, soit VV l’ensemble des points de UU joignables à aa par un chemin dans UU. VV est ouvert : autour de xVx \in V une boule B(x,r)UB(x, r) \subseteq U est étoilée, et en concaténant le chemin vers xx avec un segment on atteint tout point de la boule. VV est fermé dans UU : si xUVx \in U \setminus V, le même argument de boule montre B(x,r)V=B(x, r) \cap V = \varnothing (un point de VV dans la boule joindrait aa à xx). Non vide (aVa \in V), ouvert et fermé dans le connexe UU : V=UV = U. La sinusoïde échappe à cela en étant fermée d’intérieur vide : son « mauvais » point (0,0)(0,0) n’a aucune boule dans TT pour pontifier les oscillations.

La sinusoïde du topologue reste l’exemple canonique séparant connexité et connexité par arcs : fermée d’intérieur vide, elle échappe au critère ouvert qui force les deux notions à coïncider dans Rn\R^n.

6.6 Problème : l’ensemble de Cantor et une courbe de remplissage

Problème 6.1

Problème de fin de semaine — les courbes de Peano existent, et pourquoi ce ne sont pas des homéomorphismes

En 1890 Peano stupéfia l’analyse avec une surjection continue [0,1][0,1]2[0,1] \to [0,1]^2 : une courbe remplissant un carré. On en construit une à mains nues à partir de l’ensemble de Cantor CC de l’Exercice 6.10 (dont les résultats sont librement utilisables), puis on prouve qu’aucune telle application ne peut être injective : les carrés ne sont pas des courbes. Tout au long, les éléments de CC s’écrivent x=n12bn(x)3nx = \sum_{n \geq 1} \frac{2b_n(x)}{3^n} avec chiffres bn(x){0,1}b_n(x) \in \{0, 1\}.

Partie I — Lire les chiffres continûment.

  1. Montrer que si x,yCx, y \in C vérifient xy<3m\abs{x - y} < 3^{-m}, alors bn(x)=bn(y)b_n(x) = b_n(y) pour tout nmn \leq m. (Si le premier chiffre différent est bkb_k, alors xy23kj>k23j=13k\abs{x - y} \geq \frac{2}{3^k} - \sum_{j>k}\frac2{3^j} = \frac1{3^k}.)
  2. En déduire que chaque fonction-chiffre bn ⁣:C{0,1}b_n \colon C \to \{0, 1\} est continue, et retrouver l’homéomorphisme C{0,1}NC \cong \{0,1\}^\N de l’Exercice 6.10(c).

Partie II — Une surjection continue C[0,1]2C \to [0,1]^2.

  1. Définir g ⁣:C[0,1]g \colon C \to [0,1] par g(x)=n1bn(x)2ng(x) = \sum_{n\geq1} b_n(x)\,2^{-n} (lire les chiffres de Cantor en binaire). Montrer que gg est continue (utiliser la question 1) et surjective. Est-elle injective
  2. Définir Φ ⁣:C[0,1]2\Phi \colon C \to [0,1]^2 par

    Φ(x)=( n1b2n1(x)2n, n1b2n(x)2n )\Phi(x) = \Bigl(\ \sum_{n\geq1} b_{2n-1}(x)\,2^{-n},\ \sum_{n\geq1} b_{2n}(x)\,2^{-n}\ \Bigr)

    (chiffres impairs pour l’abscisse, pairs pour l’ordonnée). Montrer que Φ\Phi est continue et surjective.

Partie III — Combler les trous : la courbe de Peano.

  1. Le complémentaire [0,1]C[0,1] \setminus C est une réunion dénombrable d’intervalles ouverts disjoints (u,v)(u, v) (les tiers médians retirés) dont les extrémités sont dans CC. Définir f ⁣:[0,1][0,1]2f \colon [0,1] \to [0,1]^2 par f=Φf = \Phi sur CC, étendue affinement sur chaque trou :

    f(t)=vtvuΦ(u)+tuvuΦ(v),t(u,v).f(t) = \frac{v - t}{v - u}\,\Phi(u) + \frac{t - u}{v - u}\,\Phi(v), \qquad t \in (u, v).

    Montrer que ff est bien définie et surjective sur [0,1]2[0,1]^2.

  2. Montrer que ff est continue en tout point de [0,1]C[0,1] \setminus C (localement affine), et en tout point de CC : étant donné ε\varepsilon, choisir mm avec 2m<ε/22^{-m} < \varepsilon/2 et utiliser la question 1 pour contrôler Φ\Phi sur CC près de xx, puis vérifier que l’interpolation affine ne peut s’échapper : sur un trou (u,v)(x3m,x+3m)(u,v) \subseteq (x - 3^{-m}, x + 3^{-m}), les valeurs f(t)f(t) sont sur le segment [Φ(u),Φ(v)][\Phi(u), \Phi(v)], les deux extrémités proches de Φ(x)\Phi(x). Conclure : ff est une surjection continue [0,1][0,1]2[0,1] \to [0,1]^2.
  3. En déduire des surjections continues [0,1][0,1]n[0,1] \to [0,1]^n pour tout n2n \geq 2, et RR2\R \to \R^2.

Partie IV — Mais jamais injective.

  1. Montrer qu’une injection continue f ⁣:[0,1][0,1]2f \colon [0,1] \to [0,1]^2 serait un homéomorphisme sur son image (Corollaire 6.14).
  2. Montrer que [0,1][0,1] et [0,1]2[0,1]^2 ne sont pas homéomorphes : retirer un point bien choisi et comparer la connexité (Méthode 6.25).
  3. Conclure : une surjection continue [0,1][0,1]2[0,1] \to [0,1]^2 ne peut jamais être injective — une injective rendrait [0,1]2=f([0,1])[0,1]^2 = f([0,1]) homéomorphe à [0,1][0,1] par la question 8, contredisant la question 9. Où exactement la compacité de [0,1][0,1] est-elle entrée dans l’argument
  4. (Couronnement) Assembler la morale : il existe une surjection continue mais pas de bijection continue [0,1][0,1]2[0,1] \to [0,1]^2. Que dit cela de la « dimension » comme notion topologique ? Formuler précisément un théorème prouvé dans ce problème et un énoncé plausible qui reste hors de nos outils (invariance du domaine).

Partie V — L’arithmétique de l’ensemble de Cantor.

  1. Prouver que C+C=[0,2]C + C = [0, 2] : étant donné t[0,1]t \in [0, 1], écrire t=ndn3nt = \sum_n d_n3^{-n} avec chiffres dn{0,1,2}d_n \in \{0, 1, 2\} et scinder chaque chiffre en dn=an+bnd_n = a_n + b_n avec an,bn{0,1}a_n, b_n \in \{0, 1\} ; conclure que C2+C2=[0,1]\frac C2 + \frac C2 = [0, 1] (quelle partie de [0,1][0,1] est C2\frac C2, en termes de chiffres ternaires ?), puis redimensionner. Aucune retenue n’est jamais nécessaire — dire pourquoi c’est le nœud.
  2. Interpréter géométriquement : la « poussière de Cantor » C×CR2C \times C \subseteq \R^2, d’intérieur vide, projette une ombre pleine sur la diagonale : la projection (x,y)x+y(x, y) \mapsto x + y l’envoie sur [0,2][0, 2]. Noter aussi l’auto-similarité C=C3(C3+23)C = \frac C3 \cup \bigl(\frac C3 + \frac23\bigr), l’équation derrière tout dessin de CC.
  3. Montrer que l’entrelacement des chiffres définit un homéomorphisme CC×CC \to C \times C, et en déduire CCnC \cong C^n pour tout nn — l’ensemble de Cantor est son propre carré, cube, … Quels espaces familiers partagent cette propriété
  4. Montrer que 14C\frac14 \in C (calculer son développement ternaire : 14=k1232k\frac14 = \sum_{k\geq1} 2\cdot3^{-2k}) bien que 14\frac14 ne soit extrémité d’aucun intervalle retiré ; en déduire — en comptant les extrémités — que les extrémités forment une partie dénombrable propre de CC.
  5. Montrer que l’application de lecture binaire gg de la question 3 est au plus 22-vers-11, et décrire exactement quels points de [0,1][0,1] ont deux antécédents. (gg écrase CC sur [0,1][0,1] en collant dénombrablement de paires : l’ombre combinatoire de l’escalier de Cantor qu’on retrouvera dans le Chapitre 9.)

Partie VI — Ensembles parfaits compacts : Cantor partout. Un espace métrique compact non vide PP est parfait s’il n’a pas de point isolé.

  1. Soit PP parfait compact et xPx \in P, r>0r > 0. Montrer que la boule B(x,r)B(x, r) contient deux points y0y1y_0 \neq y_1 de PP, et donc deux boules fermées disjointes Bˉ(y0,ρ)\bar B(y_0, \rho), Bˉ(y1,ρ)\bar B(y_1, \rho) dans B(x,r)B(x, r), centrées en des points de PP, de rayon ρr/4\rho \leq r/4 aussi petit qu’on veut. Expliquer pourquoi la perfection (pas de points isolés) est exactement ce qui permet de répéter ce scindage à l’intérieur de chacune des deux nouvelles boules.
  2. Itérer : construire des fermés FwF_w \neq \varnothing indexés par les mots binaires finis ww, avec Fw0,Fw1FwF_{w0}, F_{w1} \subseteq F_w disjoints et diamFw2wdiamP\operatorname{diam}F_w \leq 2^{-\abs w} \operatorname{diam}P. Montrer que pour tout mot infini ε{0,1}N\varepsilon \in \{0,1\}^\N l’intersection mFε1εm\bigcap_mF_{\varepsilon_1\cdots\varepsilon_m} est un singleton h(ε)h(\varepsilon) (propriété d’intersection finie du compact PP).
  3. Montrer que h ⁣:{0,1}NPh\colon\{0,1\}^\N \to P est injective et continue, et conclure : tout espace métrique compact parfait est non dénombrable — en fait de cardinalité au moins celle de {0,1}N\{0,1\}^\N. Retrouver : [0,1][0,1] et CC sont non dénombrables.
  4. Montrer que hh est un homéomorphisme sur son image (injection continue depuis un compact, Corollaire 6.14) : tout espace métrique compact parfait contient une copie homéomorphe de l’ensemble de Cantor. L’ensemble de Cantor n’est pas une curiosité mais le germe universel de la perfection compacte.
  5. En déduire que tout espace métrique compact dénombrable a un point isolé, et en exhiber un où les points isolés sont denses mais pas tout : K={0}{1n:n1}K = \{0\} \cup \{\frac1n : n \geq 1\}.
  6. (Cantor–Bendixson pour R\R) Soit FRF \subseteq \R fermé. Appeler xx un point de condensation de FF si tout voisinage de xx rencontre FF de façon non dénombrable. Montrer que les points de condensation d’un FF fermé non dénombrable forment un parfait fermé non vide PP, et que FPF \setminus P est dénombrable (recouvrir les non-points de condensation par dénombrablement d’intervalles rationnels rencontrant FF dénombrablement). Conclure : toute partie fermée de R\R est dénombrable ou a la cardinalité du continu — l’hypothèse du continu vaut pour les fermés.

Partie VII — Codas : régularité, et éloignement de la perfection.

  1. (Régularité de Hölder de la courbe) Poser α=ln22ln30.3155\alpha = \frac{\ln 2}{2\ln 3} \approx 0.3155, et noter l’identité 3α=23^\alpha = \sqrt2. En utilisant la question 1, montrer que

    Φ(x)Φ(y)2xyα(x,yC),\norm{\Phi(x) - \Phi(y)}_\infty \leq 2\,\abs{x - y}^\alpha \qquad (x, y \in C),

    puis propager l’estimation à travers les trous affines : montrer que la courbe de Peano ff de la question 6 vérifie f(t)f(s)6tsα\norm{f(t) - f(s)}_\infty \leq 6\abs{t - s}^\alpha sur tout [0,1][0,1] (traiter une paire dans le même trou par interpolation, puis une paire générale en passant par les points extrêmes de C[t,s]C \cap [t, s]).

  2. (L’exposant 12\frac12 est un mur) Montrer qu’aucune surjection F ⁣:[0,1][0,1]2F \colon [0,1] \to [0,1]^2 ne peut être α\alpha-Hölder avec α>12\alpha > \frac12 : découper [0,1][0,1] en NN intervalles, borner les diamètres de leurs images, et compter les points de la grille (iM,jM)\bigl(\frac iM, \frac jM\bigr), 0i,jM0 \leq i, j \leq M, qu’un ensemble de diamètre <1M< \frac1M peut contenir ; choisir MM d’ordre NαN^\alpha et laisser NN \to \infty. Situer notre courbe (α0.3155\alpha \approx 0.3155) par rapport au mur, et noter sans preuve que la courbe de Hilbert atteint l’exposant critique 12\frac12.
  3. (Ensembles dérivés : mesurer l’imperfection) Pour FF fermé dans R\R, soit FF' l’ensemble des points d’accumulation de FF (une partie fermée), et itérer : F(0)=FF^{(0)} = F, F(i+1)=(F(i))F^{(i+1)} = (F^{(i)})'. Vérifier que

    K={0}{1m}m1{1m+1n:m1, n>m2}K = \{0\} \cup \Bigl\{\frac1m\Bigr\}_{m \geq 1} \cup \Bigl\{\frac1m + \frac1n : m \geq 1,\ n > m^2\Bigr\}

    est un compact dénombrable avec K={0}{1m}K' = \{0\} \cup \{\frac1m\}, K={0}K'' = \{0\}, K=K''' = \varnothing (vérifier que le mm-ième amas vit dans l’intervalle (1m,1m1)(\frac1m, \frac1{m-1}), donc les amas ne s’entrelacent pas), et que ses points isolés sont denses dans KK, comme le prédit la question 21. Décrire l’induction produisant, pour tout jj, un compact dénombrable KjK_j avec Kj(j)={0}K_j^{(j)} = \{0\} et Kj(j+1)=K_j^{(j+1)} = \varnothing, et contraster avec les ensembles parfaits de la question 22, pour lesquels la dérivation ne bouge jamais : le rang fini est l’exact opposé de la perfection.

Solution

Solution de Problème 6.1.

1. Supposons que les développements de x,yCx, y \in C diffèrent d’abord au rang kmk \leq m, disons bk(x)=1b_k(x) = 1, bk(y)=0b_k(y) = 0. Alors

xy    23kj>k23j=23k13k=13k13m:x - y \;\geq\; \frac{2}{3^k} - \sum_{j > k}\frac{2}{3^j} = \frac{2}{3^k} - \frac{1}{3^k} = \frac1{3^k} \geq \frac1{3^m}:

contraposée : xy<3m\abs{x - y} < 3^{-m} force l’accord jusqu’au rang mm.

2. Par la question 1, bnb_n est constante sur C(x3n,x+3n)C \cap (x - 3^{-n}, x + 3^{-n}) : localement constante, donc continue. L’application x(bn(x))n{0,1}Nx \mapsto (b_n(x))_n \in \{0,1\}^\N est continue (composante par composante, Proposition 6.10(a)) et bijective (unicité des développements {0,2}\{0,2\}) ; du compact CC vers un espace séparé, c’est un homéomorphisme (Corollaire 6.14).

3. Continuité : si xy<3m\abs{x - y} < 3^{-m}, les mm premiers chiffres coïncident, donc g(x)g(y)n>m2n=2m\abs{g(x) - g(y)} \leq \sum_{n > m}2^{-n} = 2^{-m}. Surjectivité : tout t[0,1]t \in [0,1] a un développement binaire t=bn2nt = \sum b_n2^{-n}, et t=g(2bn3n)t = g\bigl(\sum 2b_n3^{-n}\bigr). Non injective : gg identifie les deux points de Cantor de chiffres (0,1,1,1,)(0,1,1,1,\dots) et (1,0,0,)(1,0,0,\dots) — tous deux d’image 12\frac12 (l’ambiguïté dyadique 0.01112=0.100020.0111\ldots_2 = 0.1000\ldots_2).

4. Chaque composante de Φ\Phi est continue par la même estimation (ses chiffres sont une sous-suite des bnb_n). Surjectivité : étant donné (s,t)[0,1]2(s, t) \in [0,1]^2, choisir des chiffres binaires (cn)(c_n) de ss et (dn)(d_n) de tt, et entrelacer : le point xCx \in C avec b2n1(x)=cnb_{2n-1}(x) = c_n, b2n(x)=dnb_{2n}(x) = d_n satisfait Φ(x)=(s,t)\Phi(x) = (s,t).

5. Les trous sont deux à deux disjoints d’extrémités dans CC, donc la formule définit ff sans ambiguïté sur [0,1][0,1] ; aux extrémités d’un trou la formule affine renvoie Φ(u)\Phi(u), Φ(v)\Phi(v) : cohérent avec f=Φf = \Phi sur CC. Surjectivité : déjà f(C)=Φ(C)=[0,1]2f(C) = \Phi(C) = [0,1]^2. 6. En t0Ct_0 \notin C : t0t_0 est dans un trou ouvertff est affine : continue. En xCx \in C : on enregistre d’abord deux estimations.

(i) Sur CC : si yx3M\abs{y - x} \leq 3^{-M}, yCy \in C, alors les chiffres coïncident jusqu’à MM, donc chaque composante de Φ(y)Φ(x)\Phi(y) - \Phi(x) est au plus n>M/22n=2M/2\sum_{n > \lfloor M/2\rfloor} 2^{-n} = 2^{-\lfloor M/2\rfloor}.

(ii) À travers un trou : un trou (u,v)(u,v) retiré à l’étape kk a longueur 3k3^{-k}, et ses extrémités ont des chiffres coïncidant jusqu’au rang k1k - 1, donc Φ(v)Φ(u)2(k1)/2\norm{\Phi(v) - \Phi(u)}_\infty \leq 2^{-\lfloor (k-1)/2\rfloor}.

Maintenant soit tx<3M\abs{t - x} < 3^{-M} avec tt dans un trou (u,v)(u, v) d’étape kk, et disons uu l’extrémité du côté de xx. Alors

f(t)Φ(x)Φ(u)Φ(x)+tuvuΦ(v)Φ(u)2M/2+min(1, 3kM)2(k1)/2.\norm{f(t) - \Phi(x)}_\infty \leq \norm{\Phi(u) - \Phi(x)}_\infty + \frac{t - u}{v - u}\,\norm{\Phi(v) - \Phi(u)}_\infty \leq 2^{-\lfloor M/2\rfloor} + \min\bigl(1,\ 3^{k - M}\bigr)\, 2^{-\lfloor(k-1)/2\rfloor} .

Pour kMk \geq M le dernier terme est 2(M1)/2\leq 2^{-\lfloor(M-1)/2 \rfloor} ; pour k<Mk < M, comme 2(k1)/222k/22^{-\lfloor(k-1)/2\rfloor} \leq \sqrt2\,\cdot 2^{-k/2},

3kM2(k1)/22(32)k3M2(32)M3M=2  2M/2.3^{k-M}\,2^{-\lfloor(k-1)/2\rfloor} \leq \sqrt2\,\Bigl(\frac{3}{\sqrt2}\Bigr)^{k} 3^{-M} \leq \sqrt2\,\Bigl(\frac{3}{\sqrt2}\Bigr)^{M} 3^{-M} = \sqrt2\; 2^{-M/2}.

Dans tous les cas f(t)Φ(x)C2M/2\norm{f(t) - \Phi(x)}_\infty \leq C\,2^{-M/2} : MM \to \infty prouve la continuité en xx. Donc ff est une surjection continue [0,1][0,1]2[0,1] \to [0,1]^2.

7. Pour [0,1]n[0,1]^n : scinder les chiffres de xCx \in C en nn sous-suites entrelacées et répéter les questions 4–6. Pour RR2\R \to \R^2 : soit h ⁣:[0,1][1,1]2h \colon [0,1] \to [-1,1]^2 une surjection continue (redimensionner ff). Définir FF sur [m,m+12][m, m + \frac12] (mZm \in \Z) comme une copie de hh redimensionnée pour remplir [(m+1),m+1]2[-(m+1), m+1]^2 pour m0m \geq 0 (et symétriquement pour m<0m < 0), et sur [m+12,m+1][m + \frac12, m + 1] comme le segment affine joignant les valeurs d’extrémité : FF est continue (recollement, Proposition 6.6(b)) et son image contient m[(m+1),m+1]2=R2\bigcup_m [-(m+1), m+1]^2 = \R^2.

8. [0,1][0,1] est compact et [0,1]2[0,1]^2 séparé : une injection continue est un homéomorphisme sur son image (Corollaire 6.14).

9. Retirer 12\frac12 : [0,1]{12}[0,1]\setminus\{\frac12\} est disconnexe. Si h ⁣:[0,1][0,1]2h \colon [0,1] \to [0,1]^2 était un homéomorphisme, [0,1]2{h(12)}[0,1]^2\setminus\{h(\frac12)\} serait disconnexe aussi ; mais le carré moins un point est connexe par arcs. Contradiction : [0,1]≇[0,1]2[0,1] \not\cong [0,1]^2.

10. Par la question 8, une surjection continue injective serait un homéomorphisme, contredisant la question 9. La compacité est entrée dans Corollaire 6.14. Sans compacité : [0,2π)S1[0, 2\pi) \to S^1 est une bijection continue non homéomorphisme.

11. Prouvé ici : il existe une surjection continue, mais pas de bijection continue, de [0,1][0,1] sur [0,1]2[0,1]^2 ; en particulier [0,1]≇[0,1]2[0,1] \not\cong [0,1]^2. La dimension est un invariant d’homéomorphisme (au moins 11 vs 22), non de surjection continue. L’invariance du domaine demande la topologie algébrique, hors de ce cours. 12. En ternaire, C2={nan3n:an{0,1}}\frac C2 = \{\sum_na_n3^{-n} : a_n \in \{0, 1\}\} (diviser les chiffres {0,2}\{0,2\} donne {0,1}\{0,1\}). Pour t[0,1]t \in [0,1], prendre un développement ternaire t=ndn3nt = \sum_nd_n3^{-n}, dn{0,1,2}d_n \in \{0,1,2\}, et scinder chaque chiffre en dn=an+bnd_n = a_n + b_n avec an,bn{0,1}a_n, b_n \in \{0,1\} : alors tC2+C2t \in \frac C2 + \frac C2. Aucune retenue ne se propage. L’inclusion réciproque est claire. Redimensionner par 22 : C+C=[0,2]C + C = [0,2].

13. (x,y)x+y(x, y) \mapsto x + y envoie C×CC \times C sur C+C=[0,2]C + C = [0,2] : la poussière (intérieur vide, Exercice 6.10) projette une ombre pleine. Auto-similarité : C=C3(C3+23)C = \frac C3 \cup \bigl(\frac C3 + \frac23\bigr).

14. Via C{0,1}NC \cong \{0,1\}^\N (question 2), l’entrelacement des chiffres est une bijection continue dans les deux sens {0,1}N×{0,1}N{0,1}N\{0,1\}^\N\times\{0,1\}^\N \to \{0,1\}^\N. Donc C×CCC\times C \cong C et CnCC^n \cong C. Les espaces familiers ne partagent pas cela (R2≇R\R^2 \not\cong \R) ; les produits infinis oui.

15. k1232k=14\sum_{k\geq1}2\cdot3^{-2k} = \frac14 : le développement ternaire de 14\frac14 est 0.020.\overline{02}, donc 14C\frac14 \in C sans être extrémité d’un intervalle retiré. Les extrémités sont dénombrables, CC non dénombrable (question 19).

16. gg est au plus 22-vers-11 : l’ambiguïté dyadique 0.w01=0.w100.w01^\infty = 0.w10^\infty donne exactement deux antécédents aux rationnels dyadiques de (0,1)(0,1). Squelette combinatoire de l’escalier de Cantor du Chapitre 9.

17. xx non isolé donne y0xy_0 \neq x dans B(x,r/2)B(x, r/2) ; y0y_0 non isolé donne y1y_1. Des ρmin(d(y0,y1)3,r4)\rho \leq \min\bigl(\frac{d(y_0,y_1)}3, \frac r4\bigr) rendent Bˉ(y0,ρ)\bar B(y_0, \rho) et Bˉ(y1,ρ)\bar B(y_1, \rho) disjointes dans B(x,r)B(x, r). La perfection maintient la récursion indéfiniment.

18. Construire FwF_w par induction : F=PF_\varnothing = P, scinder chaque boule en deux boules fermées disjointes de diamètre 2wdiamP\leq 2^{-\abs w}\operatorname{diam}P. Pour ε\varepsilon infini, l’intersection emboîtée est un singleton h(ε)h(\varepsilon) (propriété d’intersection finie du compact PP).

19. hh est injective (mots différant se séparent en Fw0,Fw1F_{w0}, F_{w1}) et continue (diamètres 0\to 0) : tout compact métrique parfait est non dénombrable — [0,1][0,1] et CC parmi eux.

20. hh est une injection continue du compact {0,1}N\{0,1\}^\N vers PP : homéomorphisme sur l’image (Corollaire 6.14). Tout compact métrique parfait contient une copie de Cantor.

21. Un compact métrique dénombrable a un point isolé (question 19). Dans K={0}{1n:n1}K = \{0\}\cup\{\frac1n : n \geq 1\} les 1n\frac1n sont isolés et denses, 00 ne l’est pas.

22. Les non-points de condensation se recouvrent par dénombrablement d’intervalles rationnels à trace dénombrable sur FF : FPF \setminus P dénombrable. PP est parfait fermé non vide si FF est non dénombrable. L’arbre des questions 17–19 dans PP donne Pc\abs P \geq \mathfrak c : tout fermé non dénombrable de R\R a cardinalité c\mathfrak c.

23. Si 3(m+1)xy<3m3^{-(m+1)} \leq \abs{x-y} < 3^{-m}, les chiffres coïncident jusqu’à mm, donc chaque coordonnée de Φ\Phi partage m/2\lfloor m/2\rfloor chiffres binaires de tête : Φ(x)Φ(y)2xyα\norm{\Phi(x)-\Phi(y)}_\infty \leq 2\abs{x-y}^\alpha avec α=ln22ln3\alpha = \frac{\ln2}{2\ln3} (car 3α=23^\alpha = \sqrt2). Propager aux trous affines (f(t)f(s)2tsα\norm{f(t)-f(s)} \leq 2\abs{t-s}^\alpha) et aux paires générales via les extrémités de C[t,s]C \cap [t,s] : f(t)f(s)6tsα\norm{f(t)-f(s)}_\infty \leq 6\abs{t-s}^\alpha.

24. Si FF est α\alpha-Hölder surjective avec α>12\alpha > \frac12, découper [0,1][0,1] en NN intervalles : chaque image a diamètre O(Nα)O(N^{-\alpha}). Choisir une grille de pas MNαM \sim N^\alpha : chaque cellule de grille tient dans au plus une image, d’où (M+1)2N(M+1)^2 \leq N, impossible pour NN grand. Notre courbe (α0.3155\alpha \approx 0.3155) est sous le mur ; Hilbert atteint 12\frac12.

25. Les amas 1m+1n\frac1m + \frac1n (n>m2n > m^2) occupent des intervalles disjoints (1m,1m1)(\frac1m, \frac1{m-1}). K={0}{1m}K' = \{0\} \cup \{\frac1m\}, K={0}K'' = \{0\}, K=K''' = \varnothing ; points isolés denses. Induction : coller des copies réduites de KjK_j le long de 1m\frac1m pour obtenir Kj+1K_{j+1} de rang j+1j+1. Un parfait est l’opposé : P=PP' = P, et Cantor–Bendixson (question 22) scinde tout fermé en un noyau parfait et un reste dénombrable.

En résumé pour les questions 17–22 : la perfection d’un compact métrique PP permet de scinder récursivement toute boule en deux boules fermées disjointes centrées dans PP, d’où une injection continue h ⁣:{0,1}NPh \colon \{0,1\}^\N \to P qui, par compacité, est un homéomorphisme sur l’image — toute perfection compacte contient Cantor, et en particulier est non dénombrable. Cantor–Bendixson décompose alors tout fermé de R\R en un noyau parfait (de cardinalité du continu s’il est non vide) et un reste dénombrable, de sorte que l’hypothèse du continu vaut pour les fermés : aucun fermé de R\R ne peut avoir une cardinalité strictement entre 0\aleph_0 et c\mathfrak c.

Pour la régularité de Hölder (questions 23–24) : l’exposant α=ln22ln3\alpha = \frac{\ln 2}{2\ln 3} apparaît naturellement de l’identité 3α=23^\alpha = \sqrt2, qui couple le pas ternaire de CC au pas binaire des coordonnées de Φ\Phi. La borne 2xyα2\abs{x-y}^\alpha sur CC se propage aux interpolations affines des trous (où le rapport de longueurs élevé à la puissance α1\alpha \leq 1 diminue) et aux paires générales via un découpage en trois (côté gauche, cœur dans CC, côté droit), d’où le facteur 66. Le mur α=12\alpha = \frac12 est une obstruction de dimension pure : une application α\alpha-Hölder envoie NN intervalles sur des ensembles de diamètre O(Nα)O(N^{-\alpha}), qui ne peuvent couvrir une grille de pas NαN^{-\alpha} en dimension 22 que si N2αNN^{2\alpha} \lesssim N, c’est-à-dire α12\alpha \leq \frac12.

Pour les questions 6–10 (continuité de la courbe de Peano et absence d’injectivité) : le contrôle local des chiffres sur CC (question 1) donne la continuité de Φ\Phi et de l’interpolation affine sur les trous ; le facteur 2M/22^{-M/2} domine uniformément. L’injectivité est bloquée par la compacité : une injection continue [0,1][0,1]2[0,1] \to [0,1]^2 serait un homéomorphisme sur l’image (Corollaire 6.14), mais retirer un point intérieur de [0,1][0,1] déconnecte la source sans déconnecter le carré. La compacité de [0,1][0,1] est donc l’ingrédient critique qui transforme une bijection continue en homéomorphisme — sans elle, [0,2π)S1[0, 2\pi) \to S^1 offre un contre-exemple classique.

Ainsi la « dimension » se révèle être un invariant topologique fin (homéomorphismes) mais non un invariant de surjection continue : Peano construit le pont, Cantor–Bendixson et l’obstruction de Hölder en marquent les rives.