Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3
15Opérateurs compacts et théorème spectral
La diagonalisation est le joyau de l’algèbre linéaire de dimension finie : une matrice symétrique possède une base orthonormée de vecteurs propres. En dimension infinie ceci échoue pour les opérateurs autoadjoints bornés en général — la multiplication par sur n’a aucune valeur propre (Exercice 15.6) — mais survit, sous une forme parfaite, pour les opérateurs presque de dimension finie : les compacts. Le théorème spectral pour les opérateurs compacts autoadjoints est le théorème le plus utilisé de l’analyse fonctionnelle appliquée : il diagonalise les équations intégrales, anime l’alternative de Fredholm, et (problème du week-end) résout la corde vibrante, produisant la base en sinus de l’analyse de Fourier à partir de la pure théorie des opérateurs — avec d’Euler tombant d’une formule de trace en cadeau de départ. Tout au long, est un espace de Hilbert sur (ou ; les énoncés s’adaptent), et les opérateurs sont bornés.
15.1 Opérateurs compacts
Définition 15.1
( de Banach) est compact si l’image de la boule unité est relativement compacte dans — de façon équivalente, toute suite bornée admet une sous-suite avec convergente. Les opérateurs de rang fini sont compacts (ensembles bornés en dimension finie) ; l’identité d’un espace de dimension infinie ne l’est jamais (théorème de Riesz, deuxième année).
Proposition 15.2
Les opérateurs compacts forment un sous-espace fermé de , et un idéal bilatère : compact et compacts pour bornés. De plus, dans un espace de Hilbert, tout opérateur compact est limite en norme d’opérateurs de rang fini.
Démonstration. Sous-espace : clair par la caractérisation séquentielle. Idéal : les applications bornées envoient suites convergentes sur suites convergentes et bornées sur bornées. Fermeture : soit avec compact, et bornée par ; une extraction diagonale rend convergente pour tout ; alors est de Cauchy, car
en choisissant d’abord puis les indices. Approximation dans les espaces de Hilbert : soit compact, compact ; pour donné, recouvrir par un nombre fini de boules et soit la projection orthogonale sur (fermé : dimension finie). Alors est de rang fini, et pour : en prenant avec ,
( ; ) : . ∎
Exemple 15.3
(a) Opérateurs diagonaux sur : est compact ssi (Exercice 15.2). (b) Opérateurs à noyau sur : compacts par Ascoli (Exercice 7.7). (c) Opérateurs de Hilbert–Schmidt : pour ,
définit un opérateur compact sur avec (Exercice 15.4 : tronquer le développement en base de exhibe comme limite d’opérateurs de rang fini).
15.2 Opérateurs autoadjoints
Définition 15.4
est autoadjoint si (Exercice 13.8), i.e. pour tous . Alors pour tout (égal à son conjugué).
Proposition 15.5
Pour autoadjoint :
Les valeurs propres de sont réelles, et les vecteurs propres pour des valeurs propres distinctes sont orthogonaux.
Démonstration. Soit le supremum ; par Cauchy–Schwarz. Réciproquement, l’identité de type polarisation
(développer ; les termes croisés par autoadjonction) donne, avec l’identité du parallélogramme,
Pour avec , prendre : . Donc . Valeurs propres : , donne . Orthogonalité : avec réels. ∎
15.3 Le théorème spectral
Lemme 15.6 (Existence d’une valeur propre extrémale)
Soit compact et autoadjoint. Alors ou est une valeur propre de .
Démonstration. Par la Proposition 15.5, prendre des vecteurs unitaires avec , où (passer à une sous-suite pour fixer le signe). Alors
Par compacité, une sous-suite ; alors , donc , un vecteur unitaire, et la continuité donne . ∎
Théorème 15.7 (Théorème spectral pour les opérateurs compacts autoadjoints)
Soit un opérateur compact autoadjoint sur un espace de Hilbert .
admet un système orthonormé ( fini ou dénombrable) de vecteurs propres de , avec valeurs propres réelles non nulles , tels que
et .
- Si est infini, ; pour chaque seuls un nombre fini de ont , et chaque espace propre , , est de dimension finie.
- En complétant par une base orthonormée de on obtient, lorsque est séparable, une base orthonormée de faite de vecteurs propres : est diagonalisé.
Démonstration. (2) d’abord. Si une infinité de vecteurs propres orthonormés avaient : (orthogonalité, Pythagore) : aucune sous-suite convergente de , contredisant la compacité de sur la suite bornée . Ceci borne par un nombre fini, pour chaque , la multiplicités totale des valeurs propres hors de ; la dénombrabilité et s’ensuivent.
(1) Soit l’enveloppe fermée de tous les vecteurs propres à valeurs propres non nulles, organisés (par (2) et Gram–Schmidt dans chaque espace propre de dimension finie, orthogonalité entre espaces propres par la Proposition 15.5) en un système orthonormé de valeurs propres . envoie dans , et aussi dans : pour et un vecteur propre, . La restriction est compacte autoadjointe sur l’espace de Hilbert ; si , Lemme 15.6 produit un vecteur propre de à valeur propre non nulle dans — impossible, de tels vecteurs vivent dans . Donc : . Réciproquement chaque () : , d’où et la décomposition orthogonale. Le développement : pour (, ; Théorème 13.7(1) sur ), la continuité de donne .
(3) , sous-espace fermé d’un espace séparable, est séparable : il a une base orthonormée (Proposition 13.8) ; l’union est une base orthonormée de par la décomposition de (1). ∎
Théorème 15.8 (Alternative de Fredholm)
Soit compact autoadjoint et .
- Si n’est pas valeur propre, alors est bijectif d’inverse borné : pour tout , l’équation a exactement une solution, dépendant continûment de .
- Si est valeur propre, est résoluble ssi , et la solution est unique à ce noyau (de dimension finie) près.
Démonstration. Décomposer et selon le Théorème 15.7 (). L’équation se lit
(1) : par (2) du théorème spectral, (les valeurs propres s’accumulent seulement en ). Résoudre : , , avec : une solution unique avec . (2) pour dans un ensemble fini : la résolubilité de pour exige , i.e. (), i.e. ; les , , sont alors libres. ∎
Exemple 15.9
Sur , soit : un opérateur de Hilbert–Schmidt à noyau réel symétrique : compact et autoadjoint. Résoudre : la relation montre que satisfait (deux dérivations, légitimes pour continue, et est continue pour : convergence dominée), avec et . Donc les fonctions propres résolvent , , :
et le théorème spectral affirme — sans aucune théorie de Fourier — que ces sinus forment une base orthonormée de après normalisation (le noyau de est : force, par les deux dérivations, p.p.). Le problème du week-end parcourt le même cercle d’idées pour la corde vibrante et extrait de la trace.
Méthode 15.10
Étant donnée une équation intégrale ou différentielle : (1) la reformuler comme ou avec un opérateur intégral ; (2) vérifier que est compact (noyau de Hilbert–Schmidt, ou Ascoli) et, si possible, autoadjoint (noyau réel symétrique) ; (3) diagonaliser avec le théorème spectral ou invoquer l’alternative de Fredholm pour la résolubilité ; (4) lire l’existence, l’unicité, la stabilité, et les formules en séries pour les solutions dans la base propre. Les opérateurs différentiels sont non bornés, mais leurs inverses (opérateurs de Green) sont compacts : toujours inverser d’abord.
15.4 Exercices
Exercice 15.1 ★
(a) Montrer qu’un opérateur borné à image de dimension finie est compact. (b) Montrer que l’identité d’un espace normé est compacte ssi la dimension est finie (Riesz, deuxième année). En déduire qu’un opérateur compact sur un espace de dimension infinie n’est jamais inversible d’inverse borné.
Solution
Solution de Exercice 15.1.
(a) est un sous-ensemble borné de l’espace de dimension finie : relativement compact par Heine–Borel (Corollaire 6.17, transporté par un homéomorphisme linéaire avec ). (b) compact signifie que la boule unité fermée est compacte, ce qui par le théorème de Riesz (deuxième année) arrive exactement en dimension finie. Si un compact avait un inverse borné , alors serait compact (Proposition 15.2) : impossible en dimension infinie.
Exercice 15.2 ★
Soit sur , avec bornée. (a) Montrer . (b) Montrer que est compact ssi . (Pour , tronquer ; pour , tester sur .) (c) Quand est-il autoadjoint ? Vérifier le théorème spectral par inspection dans ce cas.
Solution
Solution de Exercice 15.2.
(a) , avec quasi-égalité sur les réalisant le sup. (b) () Les troncatures (garder , zéro au-delà) sont de rang fini et : compact par la Proposition 15.2. () Si le long d’une sous-suite : : aucune sous-suite convergente de . (c) diagonale avec : autoadjoint ssi tous les . Alors la base standard est une base orthonormée de vecteurs propres, valeurs propres : le théorème spectral mot pour mot.
Exercice 15.3 ★★
Donner les détails de la propriété d’idéal (Proposition 15.2) : si est compact et bornés, alors est compact. En déduire que si pour un borné, et , alors n’est pas compact — et réconcilier avec Exercice 15.1(b).
Solution
Solution de Exercice 15.3.
Soit bornée. Alors est bornée () ; la compacité de extrait ; la continuité de donne : est compact. Si avec compact et : serait compact, contredisant Exercice 15.1(b) — qui est le même énoncé vu de l’autre côté.
Exercice 15.4 ★★
(Hilbert–Schmidt) Soit et une base hilbertienne de . (a) Montrer que (Cauchy–Schwarz en la variable , puis Tonelli). (b) Développer dans du carré (justifier que les produits forment une base hilbertienne là), et montrer que tronquer la somme donne des opérateurs de rang fini convergeant vers en norme d’opérateur : est compact.
Solution
Solution de Exercice 15.4.
(a) Par Cauchy–Schwarz en : ; intégrer en (Tonelli) : .
(b) La famille est orthonormée dans (Tonelli sépare l’intégrale double). Totale : si tous les , alors pour chaque , la fonction (dans par Cauchy–Schwarz et Tonelli) est orthogonale à tout — et les conjugués forment une base hilbertienne dès que en forme une (la conjugaison est une bijection isométrique de préservant l’orthogonalité et la totalité) — donc elle est p.p. ; puis pour p.p. , tout : p.p. : (Tonelli). Donc est une base hilbertienne ; développer . La troncature (indices ) donne de rang fini (image dans ), et par (a),
est une limite en norme d’opérateurs de rang fini : compact (Proposition 15.2).
Exercice 15.5 ★★
Soit autoadjoint avec pour tout (opérateur positif). (a) Montrer que les valeurs propres sont et que . (b) Prouver l’inégalité de Cauchy–Schwarz généralisée .
Solution
Solution de Exercice 15.5.
(a) sur un vecteur propre. La formule est Proposition 15.5 avec toutes les valeurs : la valeur absolue est redondante. (b) est une forme sesquilinéaire hermitienne positive (éventuellement dégénérée) ; la preuve usuelle de Cauchy–Schwarz (développer et prendre le discriminant) n’utilise jamais la définitude.
Exercice 15.6 ★★
Sur , soit . (a) Montrer que est borné, autoadjoint, avec , mais n’a aucune valeur propre. (b) Montrer que n’est pas compact (exhiber une suite bornée dont l’image n’a aucune sous-suite convergente, p. ex. des indicateurs normalisés d’intervalles se rétrécissant près de — ou invoquer le théorème spectral). (c) Où la preuve du Lemme 15.6 casse-t-elle pour ?
Solution
Solution de Exercice 15.6.
(a) , et sur (vecteurs unitaires), : ; autoadjoint car le multiplicateur est réel. Valeurs propres : p.p. force p.p. hors de l’ensemble nul : dans . (b) Avec les mêmes : , tandis que (pour fixé, par DCT). Si en norme, alors , forçant (limite faible) pourtant : aucune sous-suite convergente. (c) Dans Lemme 15.6, précisément l’extraction « » utilise la compacité ; pour les suites maximisantes se concentrent près de et leurs images convergent faiblement vers , jamais en norme : le vecteur propre au sommet du rayon numérique échoue simplement à exister.
Exercice 15.7 ★★
(Volterra) Sur , soit . (a) Montrer que est compact (Hilbert–Schmidt à noyau ) mais non autoadjoint ; calculer . (b) Montrer que n’a aucune valeur propre non nulle. (De : a un représentant continu, puis est , et résout , .) (c) Conclure que la compacité seule ne produit aucun vecteur propre : l’autoadjonction dans Théorème 15.7 est essentielle.
Solution
Solution de Exercice 15.7.
(a) avec : compact (Exercice 15.4). Son adjoint est l’opérateur à noyau : ; (tester sur ). (b) Si , : est continue sur (convergence dominée dans ), donc a un représentant continu ; alors est (théorème fondamental du calcul pour des intégrandes continues), donc est , et avec : avec . (c) est compact sans aucune valeur propre sauf éventuellement ( force p.p. en dérivant l’intégrale — donc pas même ) : la machinerie spectrale exige vraiment l’autoadjonction, pas seulement la compacité.
Exercice 15.8 ★★★
(Courant–Fischer) Soit compact, autoadjoint, positif, de valeurs propres (répétées par multiplicités, vecteurs propres ). Montrer :
(Tester ; pour la borne supérieure intersecter tout avec des espaces de type : le comptage de dimension force une intersection non triviale.) En déduire que les valeurs propres dépendent monotonement de ().
Solution
Solution de Exercice 15.8.
Écrire , , donc . Borne inférieure : sur la sphère unité de , : le max sur du min est . Borne supérieure : soit et , de codimension (son orthogonal est ) ; (une application linéaire de rang a un noyau non trivial), et un unitaire dans a : le min sur est . Ensemble : la première formule ; la seconde se prouve symétriquement (tester ; pour un arbitraire de codimension , donne un vecteur unitaire avec ). Monotonie : ponctuellement se transfère à travers .
Exercice 15.9 ★★
En utilisant le Théorème 15.8 pour (Exemple 15.9) : pour quels l’équation intégrale
a-t-elle une solution unique pour tout ? Que se passe-t-il aux valeurs exceptionnelles ?
Solution
Solution de Exercice 15.9.
Réécrire . Pour : , toujours résoluble de façon unique. Pour : c’est , et par l’alternative de Fredholm (Théorème 15.8) avec les valeurs propres de (Exemple 15.9) : résolubilité unique pour tout ssi pour tout , i.e.
En un exceptionnel : les solutions existent ssi , et sont alors uniques à l’addition de multiples de ce sinus près.
Exercice 15.10 ★★★
Soit le décalage sur (Exercice 8.1). (a) Montrer que n’a aucune valeur propre, tandis que tout avec est valeur propre de (trouver les vecteurs propres explicitement, suites géométriques). (b) Ni ni n’est compact : vérifier via un test à la Exercice 15.2 sur . (c) Commenter : pour des opérateurs non autoadjoints, non compacts, le paysage des valeurs propres peut être n’importe quoi depuis le vide jusqu’à un disque plein — la notion qui survit est le spectre, étudié dans un cours ultérieur.
Solution
Solution de Exercice 15.10.
(a) : en comparant les coordonnées, et ; si alors et par récurrence ; si , force ( isométrique). Aucune valeur propre. se lit : , dans exactement quand : un disque ouvert plein de valeurs propres. (b) : l’image de la suite bornée n’a aucune sous-suite de Cauchy ; de même . Ni l’un ni l’autre n’est compact. (c) Pour les opérateurs compacts autoadjoints les valeurs propres capturent tout (Théorème 15.7) ; en lâchant l’une ou l’autre hypothèse, les valeurs propres peuvent s’évanouir entièrement (, Volterra) ou remplir un disque () : l’objet robuste est le spectre , dont la théorie appartient à un cours ultérieur.
Exercice 15.11 ★★
(Racines carrées) Soit compact, autoadjoint, positif () sur un espace de Hilbert , avec décomposition spectrale (). (a) Définir ; montrer que est compact, autoadjoint, positif, avec . (b) Prouver l’unicité : tout compact positif autoadjoint avec préserve les espaces propres de ( : commute avec , donc ), et sur , est un opérateur positif dont le carré est sur un espace de dimension finie : le diagonaliser là et conclure sur chaque espace propre, d’où . (c) Calculer pour l’opérateur de la corde du Problème 15.1 : quel noyau a les valeurs propres sur la base en sinus ? (Exprimer comme limite de noyaux ; aucune forme fermée n’est requise.)
Solution
Solution de Exercice 15.11.
(a) est l’opérateur diagonal de coefficients : compact (Exercice 15.2(b), transporté à la base complétée par , où ), autoadjoint (diagonale réelle), positif (), et terme à terme.
(b) commute avec ; pour un vecteur propre de de valeur propre : , donc l’espace propre de dimension finie est -stable. Sur , est symétrique positif avec : ses valeurs propres satisfont , : toutes égales à , et un opérateur diagonalisable à une seule valeur propre est scalaire : sur . Sur : . Donc coïncide avec sur et sur chaque espace propre, dont l’enveloppe fermée est (théorème spectral) : .
(c) agit comme sur : c’est l’opérateur à noyau
la série convergeant dans (coefficients ; les noyaux de sommes partielles donnent les approximations de rang fini). Aucune forme fermée élémentaire n’est nécessaire : le côté spectral est l’opérateur.
Exercice 15.12 ★★★
(Décomposition en valeurs singulières) Soit compact, pas nécessairement autoadjoint. (a) Montrer que est compact, autoadjoint, positif ; soit une famille orthonormée de vecteurs propres avec , (les valeurs singulières), complétée par (prouver cette égalité). (b) Poser ; montrer que est orthonormée, et établir la SVD :
avec convergence dans . (c) En déduire : ; est limite en norme d’opérateurs de rang fini (redémontrant le Proposition 15.2 en sens inverse pour les espaces de Hilbert) ; et pour l’opérateur de Volterra du Exercice 15.7, qui n’a aucune valeur propre, expliquer pourquoi la SVD existe néanmoins et quels en sont les ingrédients (identifier comme un opérateur à noyau de type corde — calculer ses valeurs propres explicitement est le territoire du Exercice 15.9).
Solution
Solution de Exercice 15.12.
(a) est compact (produit d’un borné et d’un compact, Exercice 15.3), autoadjoint (), positif (). Noyau : , et réciproquement : . Le théorème spectral fournit les orthonormés avec , , engendrant .
(b) . Développer avec (Parseval dans l’enveloppe fermée plus le noyau) ; en appliquant le continu :
la série convergeant car ses sommes partielles sont de Cauchy (, dominée par , et ).
(c) , atteinte au maximisant : . Tronquer la SVD au rang laisse un opérateur de norme : approximation de rang fini. L’opérateur de Volterra n’a aucune valeur propre (Exercice 15.7), mais en a : est un opérateur à noyau symétrique positif (noyau , un noyau de Green de type corde), dont les couples propres — calculés via le problème aux limites , , i.e. la famille du Exercice 15.9 — donnent les valeurs singulières . La SVD vit sur deux familles orthonormées précisément parce que fait tourner sa géométrie propre : aucun vecteur propre, pourtant une structure diagonale parfaite entre deux bases différentes.
15.5 Problème : la corde vibrante et
Problème 15.1
Problème du week-end — opérateur de Green, base en sinus, et formule de trace
Nous résolvons le problème aux valeurs propres de la corde vibrante à extrémités fixes — , — par théorie des opérateurs, obtenons la base orthonormée en sinus sans aucun calcul de Fourier, et évaluons en comparant deux expressions pour la trace de l’opérateur de Green. On définit, sur ,
Partie I — L’opérateur de Green.
- Montrer que est continue, symétrique, avec , et que est compact et autoadjoint (Exemple 15.3(c)).
Pour continue, montrer que est avec
(écrire et dériver deux fois). Réciproquement, si avec , alors : inverse l’opérateur de la corde.
- Montrer (si avec : tester contre des continues, transférer par symétrie/Fubini sur , et utiliser le lemme fondamental Corollaire 12.11 — ou régulariser), et que est un opérateur positif : . (Pour continue : avec , par parties ; conclure par densité.)
Partie II — Diagonalisation : la base en sinus.
- Montrer que les fonctions propres de à valeur propre sont, à scalaires près, les solutions de , (une fonction propre a un représentant continu — est continue pour , pourquoi ? — donc est par bootstrap de la question 2).
- Résoudre le problème aux limites : les valeurs propres de sont (), avec fonctions propres normalisées ; vérifier l’orthonormalité par intégration directe comme test de cohérence.
- Conclure du Théorème 15.7 et de la question 3 que est une base orthonormée de — ni Stone–Weierstrass, ni série de Fourier nécessaires. Développer dans cette base et écrire Parseval pour elle.
Partie III — La formule de trace et .
Prouver les deux identités
Pour la seconde (la formule de trace) : développer , pour fixé, dans la base — montrer que les coefficients sont , de sorte que dans . Ici les sinus sont explicites : vérifier directement que converge uniformément sur le carré (comparer avec ), donc sa somme est continue et, ayant les mêmes développements en pour chaque , égale partout. Poser et intégrer terme à terme.
Calculer , et conclure
la somme d’Euler issue d’une trace d’opérateur.
- Redériver d’une troisième façon : appliquer Parseval dans la base en sinus à la fonction constante , calculer , et conclure. Puis comparer les mécanismes : en quel sens l’argument de trace des questions 7–8 est-il « Parseval appliqué au noyau entier d’un coup » ?
Partie IV — La corde vibre.
(Séparation des variables, synthétisée) Pour , définir
Montrer que la série converge dans pour chaque , que est continue à valeurs dans , et que pour dans l’enveloppe d’un nombre fini de elle résout l’équation des ondes avec , , extrémités fixes. Les valeurs propres sont les fréquences au carré : les harmoniques de la corde — expliquer l’interprétation musicale du Théorème 15.7 en un paragraphe.
Partie V — Dividendes variationnels : la méthode de la puissance, stabilité de Weyl, et une borne rigoureuse sur . Soit un opérateur compact autoadjoint positif de valeurs propres et vecteurs propres orthonormés ; . Les formules min–max sont le Exercice 15.8 ; ici on les dépense.
(Méthode de la puissance) Pour écrire . Montrer (Cauchy–Schwarz), en déduire la chaîne
et prouver que si , alors : itérer l’opérateur sur tout vecteur générique calcule la valeur propre maximale — la méthode de la puissance de l’analyse numérique, certifiée.
(Stabilité de Weyl) Pour compacts autoadjoints positifs, déduire du Exercice 15.8 que
le spectre entier est -lipschitzien en la norme d’opérateur — les valeurs propres de grands systèmes symétriques peuvent être calculées à partir d’approximations avec une erreur garantie.
Appliquer la borne de Rayleigh à avec la fonction test : résoudre , pour obtenir , calculer
et conclure la borne rigoureuse , i.e. .
Une étape de la chaîne de la question 11, sur la même fonction test : en utilisant , calculer
et conclure : deux intégrales, quatre chiffres corrects. (Chaque itération ultérieure élève approximativement au carré la précision : l’écart spectral entraîne une convergence géométrique.)
Partie VI — La trace de , et .
- Montrer que (développer sur la base produit de — une base hilbertienne, cf. l’ Exercice 15.5 — et appliquer Parseval sur le carré ; la question 7 identifie les coefficients).
Calculer l’intégrale double :
- Conclure ; expliquer, sans calcul, comment les traces des puissances supérieures produisent pour tout , et pourquoi les valeurs impaires sont structurellement hors de portée de cette machine.
( par en dessous) De déduire , et assembler avec la question 14 le verdict bilatéral
obtenu entièrement à partir de l’arithmétique de la corde vibrante. Quel côté converge plus vite si l’on utilise des traces plus élevées , et pourquoi ?
Partie VII — Forçage et résonance. Fixer et considérer la corde forcée , , avec et .
Supposer . Montrer que
converge dans et uniformément sur (Cauchy–Schwarz entre et les queues de , avec ), et qu’elle satisfait — la forme en coordonnées explicites de l’alternative de Fredholm (Théorème 15.8), avec unicité.
- Supposer . Montrer que a une solution ssi , unique à l’addition de multiples de près. Lecture physique : pousser une balançoire exactement à sa propre fréquence.
- Pour , montrer que l’opérateur de solution est borné sur de norme , compact, autoadjoint, et positif : toute l’analyse spectrale redémarre, décalée de .
- (Synthèse) Compiler le dictionnaire de ce problème : valeur propre fréquence au carré (harmoniques) ; trace ; norme de Hilbert–Schmidt ; alternative de Fredholm résonance ; min–max bornes variationnelles ( à partir d’un polynôme). Un seul opérateur intégral, cinq chapitres d’analyse encaissés.
Partie VIII — Trois derniers échos.
(, pour rien) L’identité de Parseval de la question 6 a donné . Scinder en impairs et pairs et conclure
sans nouvelle intégrale : la machine de la question 17 (traces de ) aurait produit la même valeur au prix d’un noyau itéré — Parseval sur une fonction bien choisie est ici la voie moins chère.
- (L’état fondamental est positif) Soit un opérateur compact autoadjoint positif sur donné par un noyau continu symétrique sur , de plus grande valeur propre . Montrer : (a) tout maximiseur du quotient de Rayleigh est une fonction propre de ; (b) si en est une, alors , avec inégalité stricte si prend les deux signes sur des ensembles de mesure positive — donc a un signe constant p.p., et ne s’annule jamais sur ; (c) est une valeur propre simple. Vérifier chaque affirmation sur : , et chaque , , étant orthogonal à , doit changer de signe (il le fait : zéros intérieurs).
(Distance au spectre, et le prix de la résonance) Pour , montrer que l’opérateur de solution de la question 19 est borné, autoadjoint, compact, avec
la norme étant atteinte sur le mode le plus proche. Puis quantifier la balançoire de la question 20 : un forçage avec en produit , une amplification par de la réponse statique — à un pour cent sous le fondamental (), la corde répond cent fois plus fort.
Solution
Solution de Problème 15.1.
1. Continuité : et sont continus ; symétrie : échanger n’échange ni ni . Bornes : , et des bornes de type donnent (pour : donc ). : Hilbert–Schmidt, d’où compact (Exercice 15.4) ; le noyau est réel symétrique : autoadjoint.
2. En scindant en :
Pour continue, dériver (produit et théorème fondamental) :
et ; clairement . Réciproquement si s’annule aux deux extrémités, satisfait , : est affine et s’annule deux fois, donc .
3. Soit , . Pour : par la question 2, donc
( autoadjoint) : par le lemme fondamental (Corollaire 12.11), p.p. Positivité : pour continue, avec ,
pour , approcher dans par des continues : les deux côtés passent à la limite ( borné).
4. Si , : est continue (, et le noyau est uniformément continu), donc a un représentant continu ; puis les formules de la question 2 montrent , donc avec et .
5. , : ( positif : par la question 3, sur les vecteurs propres). force : , fonctions propres , normalisées (). Vérification d’orthogonalité : s’intègre à pour .
6. (question 3), donc Théorème 15.7(1) donne : les sinus sont une base hilbertienne de . Pour :
(deux intégrations par parties). Parseval : , i.e. .
7. . Pour fixé, les coefficients de : , donc dans . La série explicite converge normalement sur le carré () : sa somme est continue, et pour chaque elle a les mêmes coefficients que : les deux fonctions continues coïncident pour tout . En posant et en intégrant (la convergence normale permet l’intégration terme à terme) :
8. , donc :
9. Pour : : pour impair, pour pair. Parseval : , donc , et (les termes pairs sont ). Comparaison : Parseval pour une somme ; la formule de trace intègre la diagonale du noyau, ce qui revient à sommer Parseval sur une famille orthonormée entière d’un coup — — et est donc aveugle à tout choix particulier de fonction test.
10. avec : pour chaque la série converge dans (développement orthonormé, Théorème 13.7(3)) ; la borne de queue est uniforme en , et chaque somme partielle est continue en (un nombre fini de cosinus) : est continue à valeurs dans . Pour : chaque mode satisfait appliqué à lui, s’annule en , a pour valeur et dérivée temporelle en : la somme finie résout tout. Musicalement : le mouvement de la corde est une superposition d’ondes stationnaires , dont les fréquences sont le fondamental et ses harmoniques ; le théorème spectral dit que toute forme initiale se décompose de façon unique en ces tons purs, les coefficients étant le timbre. Entendre une corde, c’est calculer un développement orthonormé.
11. Avec : (Cauchy–Schwarz dans ). D’où les rapports sont croissants en ; comme , et , la chaîne suit, chaque terme car terme à terme. Convergence : si (en écrivant le poids total de la valeur propre maximale comme ), alors
par convergence dominée des sommes (rapports ) : la méthode de la puissance converge pour tout vecteur de départ non orthogonal à l’espace propre maximal.
12. Ponctuellement, , donc pour tout . En injectant ceci dans la formule max–min du Exercice 15.8 : , et symétriquement en : pour tous les d’un coup.
13. s’intègre en (avec ), et donne :
Puis , et avec :
Donc , i.e. : (vraie valeur ). Un polynôme, une intégrale, un chiffre.
14. Écrire , donc et, en utilisant , , :
D’où , et par la question 11 ceci est encore : , i.e. — quatre chiffres (et l’itérée suivante en donnerait environ huit, l’erreur se contractant de par étape).
15. La famille est une base hilbertienne de (orthonormalité par Tonelli ; totalité comme au Exercice 15.5). Par la question 7, pour fixé : , donc le coefficient de sur est
Parseval dans le carré :
16. Par symétrie de ,
17. En combinant : , i.e. . En général, égale une intégrale itérée de produits du noyau rationnel-polynomial sur le -cube : un nombre rationnel. D’où pour tout . La machine n’atteint que les arguments pairs car les valeurs propres entrent par leurs puissances — — et : aucune combinaison de traces ne produit ; la nature arithmétique de (irrationnel par Apéry, transcendance ouverte) gît au-delà de la comptabilité spectrale.
18. Le terme maximal d’une somme de termes positifs est au plus la somme : , donc et Avec la question 14 : , par la seule arithmétique de la corde. Les traces plus élevées affinent la borne inférieure géométriquement : , et le facteur parasite meurt comme -vite — le même mécanisme d’écart spectral que la convergence de la méthode de la puissance (question 11), vu du côté de la trace.
19. pour tout (la suite évite d’une marge), et pour grand. Convergence : les coefficients sont de carré sommable (dominés par ). Convergence uniforme : les normes uniformes des queues sont bornées par (Cauchy–Schwarz). Vérification : a pour coefficient
exactement les coefficients de , donc ; unicité car une différence de solutions satisfait , i.e. pour tout : .
20. Comme à la question 19, l’équation est équivalente à la famille d’équations de coefficients , . Pour le membre de gauche est : la résolubilité force , et alors est libre tandis que tous les autres coefficients sont déterminés : les solutions forment la droite . Résonance : un forçage avec une composante sur le mode propre pompe de l’énergie dedans sans borne — la balançoire poussée à sa propre fréquence.
21. De la formule de la question 19, (pour la valeur propre la plus proche est ), avec égalité approchée sur : norme d’opérateur . Compacité : est la limite en norme de ses troncatures de rang fini (les coefficients de queue ) ; l’autoadjonction et la positivité se lisent sur la forme diagonale (tous les coefficients ). a pour valeurs propres : l’analyse des Parties I–VI redémarre mot pour mot.
22. Le dictionnaire : valeur propre fréquence au carré de la -ième harmonique ; trace ; norme de Hilbert–Schmidt ; alternative de Fredholm résonance de la corde forcée ; min–max estimations variationnelles, jusqu’à à partir d’un polynôme. Derrière chaque appariement, le même objet : un seul opérateur compact autoadjoint, diagonalisé une fois, exploité de cinq façons.
23. En scindant selon la parité et en substituant dans la partie paire,
donc et . La voie par la trace calculerait comme avec le noyau itéré — trois intégrations de polynômes par morceaux ; Parseval sur n’en a demandé qu’une.
24. (a) Diagonaliser : (plus une composante éventuelle de noyau, sur laquelle ne gagne rien et croît, donc un maximiseur n’en a pas). Alors , avec égalité ssi dès que : un maximiseur gît dans l’espace propre de . (b) Pour tout ,
l’intégrande étant ponctuellement non négative. Si et ont tous deux une mesure positive, alors sur l’intégrande égale sur un ensemble de mesure positive : inégalité stricte. Une fonction propre de maximise le quotient de Rayleigh, et a la même norme, donc la strictesse exhiberait — impossible ; d’où a un signe constant p.p., disons . Alors pour tout ( et ). (c) Si l’espace propre avait dimension , il contiendrait deux fonctions propres orthogonales , chacune de signe constant et ne s’annulant pas à l’intérieur par (b) ; mais alors — contradiction. Sur la corde : sur le carré ouvert, est bien simple, est positif sur ; et chaque , , orthogonal au positif, doit s’intégrer à zéro contre lui, donc change de signe — comme le confirment ses zéros intérieurs .
25. Comme , le minimum est atteint, en quelque mode , et car évite le spectre. La formule diagonale de la question 19 donne
avec égalité pour : , l’inverse de la distance de au spectre — le principe général du résolvant, ici en coordonnées explicites. L’autoadjonction se lit sur les coefficients diagonaux réels ; la compacité suit comme à la question 21 (les coefficients tendent vers , donc les troncatures de rang fini convergent en norme). Prix de la résonance : pour et , la formule donne , contre la réponse statique : amplification . En la réponse est fois la réponse statique — et elle diverge quand , ce qui est l’alternative de la question 20 vue du côté borné : plus la fréquence de forçage est proche d’une fréquence naturelle, moins l’inverse est borné.