Mathematics · Book 5 · Bachelor Year 3

Mathématiques universitaires — Licence 3

Mathématiques universitaires — Licence 3 · Bachelor Year 3

15Opérateurs compacts et théorème spectral

La diagonalisation est le joyau de l’algèbre linéaire de dimension finie : une matrice symétrique possède une base orthonormée de vecteurs propres. En dimension infinie ceci échoue pour les opérateurs autoadjoints bornés en général — la multiplication par xx sur L2([0,1])L^2(\intcc01) n’a aucune valeur propre (Exercice 15.6) — mais survit, sous une forme parfaite, pour les opérateurs presque de dimension finie : les compacts. Le théorème spectral pour les opérateurs compacts autoadjoints est le théorème le plus utilisé de l’analyse fonctionnelle appliquée : il diagonalise les équations intégrales, anime l’alternative de Fredholm, et (problème du week-end) résout la corde vibrante, produisant la base en sinus de l’analyse de Fourier à partir de la pure théorie des opérateurs — avec ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}6 d’Euler tombant d’une formule de trace en cadeau de départ. Tout au long, HH est un espace de Hilbert sur C\C (ou R\R ; les énoncés s’adaptent), et les opérateurs sont bornés.

15.1 Opérateurs compacts

Définition 15.1

TL(E,F)T \in \mathcal L(E, F) (E,FE, F de Banach) est compact si l’image T(B)T(B) de la boule unité est relativement compacte dans FF — de façon équivalente, toute suite bornée (xn)(x_n) admet une sous-suite avec (Txnk)(Tx_{n_k}) convergente. Les opérateurs de rang fini sont compacts (ensembles bornés en dimension finie) ; l’identité d’un espace de dimension infinie ne l’est jamais (théorème de Riesz, deuxième année).

Proposition 15.2

Les opérateurs compacts K(E,F)\mathcal K(E, F) forment un sous-espace fermé de L(E,F)\mathcal L(E, F), et un idéal bilatère : SS compact \Rightarrow ASAS et SBSB compacts pour A,BA, B bornés. De plus, dans un espace de Hilbert, tout opérateur compact est limite en norme d’opérateurs de rang fini.

Démonstration. Sous-espace : clair par la caractérisation séquentielle. Idéal : les applications bornées envoient suites convergentes sur suites convergentes et bornées sur bornées. Fermeture : soit TnTT_n \to T avec TnT_n compact, et (xk)(x_k) bornée par 11 ; une extraction diagonale rend (Tnxkj)j(T_nx_{k_j})_j convergente pour tout nn ; alors (Txkj)(Tx_{k_j}) est de Cauchy, car

TxkjTxkl2TTn+TnxkjTnxkl,\norm{Tx_{k_j} - Tx_{k_l}} \leq 2\vertiii{T - T_n} + \norm{T_nx_{k_j} - T_nx_{k_l}} ,

en choisissant d’abord nn puis les indices. Approximation dans les espaces de Hilbert : soit TT compact, K=T(B)K = \overline{T(B)} compact ; pour ε\varepsilon donné, recouvrir KK par un nombre fini de boules B(yi,ε)B(y_i, \varepsilon) et soit PP la projection orthogonale sur V=Vect(y1,,ym)V = \operatorname{Vect}(y_1, \dots, y_m) (fermé : dimension finie). Alors PTPT est de rang fini, et pour x1\norm x \leq 1 : en prenant yiy_i avec Txyi<ε\norm{Tx - y_i} < \varepsilon,

TxPTxTxyi+P(yiTx)2ε\norm{Tx - PTx} \leq \norm{Tx - y_i} + \norm{P(y_i - Tx)} \leq 2\varepsilon

(yi=Pyiy_i = Py_i ; P1\vertiii P \leq 1) : TPT2ε\vertiii{T - PT} \leq 2\varepsilon.

Exemple 15.3

(a) Opérateurs diagonaux sur 2\ell^2 : T(xn)=(λnxn)T(x_n) = (\lambda_nx_n) est compact ssi λn0\lambda_n \to 0 (Exercice 15.2). (b) Opérateurs à noyau sur C([0,1])\mathcal C(\intcc01) : compacts par Ascoli (Exercice 7.7). (c) Opérateurs de Hilbert–Schmidt : pour kL2([0,1]2)k \in L^2(\intcc01^2),

(Tkf)(x)=01k(x,y)f(y) ⁣dy(T_kf)(x) = \int_0^1k(x, y)\,f(y)\,\dd y

définit un opérateur compact sur L2([0,1])L^2(\intcc01) avec TkkL2\vertiii{T_k} \leq \norm k_{L^2} (Exercice 15.4 : tronquer le développement en base de kk exhibe TkT_k comme limite d’opérateurs de rang fini).

15.2 Opérateurs autoadjoints

Définition 15.4

TL(H)T \in \mathcal L(H) est autoadjoint si T=TT = T^* (Exercice 13.8), i.e. Tx,y=x,Ty\langle Tx, y\rangle = \langle x, Ty\rangle pour tous x,yx, y. Alors x,TxR\langle x, Tx\rangle \in \R pour tout xx (égal à son conjugué).

Proposition 15.5

Pour TT autoadjoint :

T=supx1 x,Tx.\vertiii T = \sup_{\norm x \leq 1}\ \abs{\langle x, Tx\rangle} .

Les valeurs propres de TT sont réelles, et les vecteurs propres pour des valeurs propres distinctes sont orthogonaux.

Démonstration. Soit MM le supremum ; MTM \leq \vertiii T par Cauchy–Schwarz. Réciproquement, l’identité de type polarisation

x+y,T(x+y)xy,T(xy)=4Rey,Tx\langle x{+}y, T(x{+}y)\rangle - \langle x{-}y, T(x{-}y)\rangle = 4\operatorname{Re}\langle y, Tx\rangle

(développer ; les termes croisés y,Tx+x,Ty=2Rey,Tx\langle y, Tx\rangle + \langle x, Ty\rangle = 2\operatorname{Re}\langle y, Tx\rangle par autoadjonction) donne, avec l’identité du parallélogramme,

4Rey,TxM(x+y2+xy2)=2M(x2+y2).4\operatorname{Re}\langle y, Tx\rangle \leq M\bigl(\norm{x{+}y}^2 + \norm{x{-}y}^2\bigr) = 2M\bigl(\norm x^2 + \norm y^2\bigr).

Pour x=1\norm x = 1 avec Tx0Tx \neq 0, prendre y=Tx/Txy = Tx/\norm{Tx} : 4Tx4M4\norm{Tx} \leq 4M. Donc TM\vertiii T \leq M. Valeurs propres : Tx=λxTx = \lambda x, x0x \ne 0 donne λx2=x,TxR\lambda\norm x^2 = \langle x, Tx\rangle \in \R. Orthogonalité : λx,y=Tx,y=x,Ty=μx,y\lambda\langle x, y\rangle = \langle Tx, y\rangle = \langle x, Ty\rangle = \mu\langle x, y\rangle avec λμ\lambda \neq \mu réels.

15.3 Le théorème spectral

Lemme 15.6 (Existence d’une valeur propre extrémale)

Soit T0T \neq 0 compact et autoadjoint. Alors T\vertiii T ou T-\vertiii T est une valeur propre de TT.

Démonstration. Par la Proposition 15.5, prendre des vecteurs unitaires xnx_n avec xn,Txnμ\langle x_n, Tx_n\rangle \to \mu, où μ=T>0\abs\mu = \vertiii T > 0 (passer à une sous-suite pour fixer le signe). Alors

Txnμxn2=Txn22μxn,Txn+μ2T22μxn,Txn+μ22μ22μμ=0.\norm{Tx_n - \mu x_n}^2 = \norm{Tx_n}^2 - 2\mu\langle x_n, Tx_n\rangle + \mu^2 \leq \vertiii T^2 - 2\mu\langle x_n, Tx_n\rangle + \mu^2 \longrightarrow 2\mu^2 - 2\mu\cdot\mu = 0 .

Par compacité, une sous-suite TxnkyTx_{n_k} \to y ; alors μxnk=Txnk(Txnkμxnk)y\mu x_{n_k} = Tx_{n_k} - (Tx_{n_k} - \mu x_{n_k}) \to y, donc xnkx=y/μx_{n_k} \to x = y/\mu, un vecteur unitaire, et la continuité donne Tx=μxTx = \mu x.

Théorème 15.7 (Théorème spectral pour les opérateurs compacts autoadjoints)

Soit TT un opérateur compact autoadjoint sur un espace de Hilbert HH.

  1. HH admet un système orthonormé (en)nN(e_n)_{n \in N} (NN fini ou dénombrable) de vecteurs propres de TT, avec valeurs propres réelles non nulles (λn)(\lambda_n), tels que

    Tx=nNλnen,xen(xH),Tx = \sum_{n\in N}\lambda_n\,\langle e_n, x\rangle\, e_n \qquad (x \in H),

    et H=kerTVect(en:nN)H = \ker T \,\oplus^\perp\, \overline{\operatorname{Vect}}(e_n : n \in N).

  2. Si NN est infini, λn0\lambda_n \to 0 ; pour chaque δ>0\delta > 0 seuls un nombre fini de nn ont λnδ\abs{\lambda_n} \geq \delta, et chaque espace propre ker(Tλ)\ker(T - \lambda), λ0\lambda \neq 0, est de dimension finie.
  3. En complétant (en)(e_n) par une base orthonormée de kerT\ker T on obtient, lorsque HH est séparable, une base orthonormée de HH faite de vecteurs propres : TT est diagonalisé.

Démonstration. (2) d’abord. Si une infinité de vecteurs propres orthonormés xkx_k avaient λ(k)δ\abs{\lambda_{(k)}} \geq \delta : TxkTxl2=λ(k)2+λ(l)22δ2\norm{Tx_k - Tx_l}^2 = \lambda_{(k)}^2 + \lambda_{(l)}^2 \geq 2\delta^2 (orthogonalité, Pythagore) : aucune sous-suite convergente de (Txk)(Tx_k), contredisant la compacité de TT sur la suite bornée (xk)(x_k). Ceci borne par un nombre fini, pour chaque δ\delta, la multiplicités totale des valeurs propres hors de (δ,δ)\intoo{-\delta}\delta ; la dénombrabilité et λn0\lambda_n \to 0 s’ensuivent.

(1) Soit H0H_0 l’enveloppe fermée de tous les vecteurs propres à valeurs propres non nulles, organisés (par (2) et Gram–Schmidt dans chaque espace propre de dimension finie, orthogonalité entre espaces propres par la Proposition 15.5) en un système orthonormé (en)(e_n) de valeurs propres λn0\lambda_n \neq 0. TT envoie H0H_0 dans H0H_0, et aussi H0H_0^\perp dans H0H_0^\perp : pour yH0y \perp H_0 et ee un vecteur propre, e,Ty=Te,y=λe,y=0\langle e, Ty\rangle = \langle Te, y\rangle = \lambda\langle e, y\rangle = 0. La restriction T=TH0T' = T\restriction_{H_0^\perp} est compacte autoadjointe sur l’espace de Hilbert H0H_0^\perp ; si T0T' \neq 0, Lemme 15.6 produit un vecteur propre de TT à valeur propre non nulle dans H0H_0^\perp — impossible, de tels vecteurs vivent dans H0H_0. Donc T=0T' = 0 : H0kerTH_0^\perp \subseteq \ker T. Réciproquement kerT\ker T \perp chaque ene_n (en,z=1λnTen,z=1λnen,Tz=0\langle e_n, z\rangle = \frac1{\lambda_n}\langle Te_n, z\rangle = \frac1{\lambda_n}\langle e_n, Tz\rangle = 0) : kerTH0\ker T \subseteq H_0^\perp, d’où kerT=H0\ker T = H_0^\perp et la décomposition orthogonale. Le développement : pour x=z+ncnenx = z + \sum_nc_ne_n (zkerTz \in \ker T, cn=en,xc_n = \langle e_n, x\rangle ; Théorème 13.7(1) sur H0H_0), la continuité de TT donne Tx=ncnλnenTx = \sum_nc_n\lambda_ne_n.

(3) kerT\ker T, sous-espace fermé d’un espace séparable, est séparable : il a une base orthonormée (Proposition 13.8) ; l’union est une base orthonormée de HH par la décomposition de (1).

Théorème 15.8 (Alternative de Fredholm)

Soit TT compact autoadjoint et λR{0}\lambda \in \R\setminus \{0\}.

  1. Si λ\lambda n’est pas valeur propre, alors TλIT - \lambda I est bijectif d’inverse borné : pour tout ff, l’équation Txλx=fTx - \lambda x = f a exactement une solution, dépendant continûment de ff.
  2. Si λ\lambda est valeur propre, Txλx=fTx - \lambda x = f est résoluble ssi fker(TλI)f \perp \ker(T - \lambda I), et la solution est unique à ce noyau (de dimension finie) près.

Démonstration. Décomposer x=z+cnenx = z + \sum c_ne_n et f=w+dnenf = w + \sum d_ne_n selon le Théorème 15.7 (z,wkerTz, w \in \ker T). L’équation se lit

λz=w,(λnλ)cn=dn (nN).-\lambda z = w, \qquad (\lambda_n - \lambda)\,c_n = d_n\ (n \in N).

(1) λ{λn}{0}\lambda \notin \{\lambda_n\}\cup\{0\} : par (2) du théorème spectral, infnλnλ=δ>0\inf_n\abs{\lambda_n - \lambda} = \delta > 0 (les valeurs propres s’accumulent seulement en 0λ0 \neq \lambda). Résoudre : z=w/λz = -w/\lambda, cn=dn/(λnλ)c_n = d_n/(\lambda_n - \lambda), avec cn2δ2dn2\sum\abs{c_n}^2 \leq \delta^{-2}\sum\abs{d_n}^2 : une solution unique avec xCf\norm x \leq C\norm f. (2) λ=λn\lambda = \lambda_{n} pour nn dans un ensemble fini FF : la résolubilité de (λnλ)cn=dn(\lambda_n - \lambda)c_n = d_n pour nFn \in F exige dn=0d_n = 0, i.e. fenf \perp e_n (nFn \in F), i.e. fker(TλI)f \perp \ker(T - \lambda I) ; les cnc_n, nFn \in F, sont alors libres.

Exemple 15.9

Sur L2([0,1])L^2(\intcc01), soit Tf(x)=01min(x,y)f(y) ⁣dyTf(x) = \int_0^1\min(x, y)f(y)\dd y : un opérateur de Hilbert–Schmidt à noyau réel symétrique : compact et autoadjoint. Résoudre Tf=λfTf = \lambda f : la relation (Tf)(x)=0xyf(y) ⁣dy+xx1f(y) ⁣dy\bigl(Tf\bigr)(x) = \int_0^xyf(y)\dd y + x\int_x^1f(y)\dd y montre que u=Tfu = Tf satisfait u=fu'' = -f (deux dérivations, légitimes pour ff continue, et TfTf est continue pour fL2f \in L^2 : convergence dominée), avec u(0)=0u(0) = 0 et u(1)=0u'(1) = 0. Donc les fonctions propres résolvent λu=u\lambda u'' = -u, u(0)=0u(0) = 0, u(1)=0u'(1) = 0 :

un(x)=sin((n+12)πx),λn=1(n+12)2π2(n0),u_n(x) = \sin\Bigl(\bigl(n + \tfrac12\bigr)\pi x\Bigr), \qquad \lambda_n = \frac{1}{\bigl(n + \frac12\bigr)^2\pi^2} \quad (n \geq 0),

et le théorème spectral affirme — sans aucune théorie de Fourier — que ces sinus forment une base orthonormée de L2([0,1])L^2(\intcc01) après normalisation (le noyau de TT est 00 : Tf=0Tf = 0 force, par les deux dérivations, f=0f = 0 p.p.). Le problème du week-end parcourt le même cercle d’idées pour la corde vibrante et extrait ζ(2)\zeta(2) de la trace.

Méthode 15.10

Étant donnée une équation intégrale ou différentielle : (1) la reformuler comme (IλK)u=f(I - \lambda K)u = f ou Ku=λuKu = \lambda u avec KK un opérateur intégral ; (2) vérifier que KK est compact (noyau de Hilbert–Schmidt, ou Ascoli) et, si possible, autoadjoint (noyau réel symétrique) ; (3) diagonaliser avec le théorème spectral ou invoquer l’alternative de Fredholm pour la résolubilité ; (4) lire l’existence, l’unicité, la stabilité, et les formules en séries pour les solutions dans la base propre. Les opérateurs différentiels sont non bornés, mais leurs inverses (opérateurs de Green) sont compacts : toujours inverser d’abord.

15.4 Exercices

Exercice 15.1

(a) Montrer qu’un opérateur borné à image de dimension finie est compact. (b) Montrer que l’identité d’un espace normé est compacte ssi la dimension est finie (Riesz, deuxième année). En déduire qu’un opérateur compact sur un espace de dimension infinie n’est jamais inversible d’inverse borné.

Solution

Solution de Exercice 15.1.

(a) T(B)T(B) est un sous-ensemble borné de l’espace de dimension finie imT\operatorname{im}T : relativement compact par Heine–Borel (Corollaire 6.17, transporté par un homéomorphisme linéaire avec Rn\R^n). (b) II compact signifie que la boule unité fermée est compacte, ce qui par le théorème de Riesz (deuxième année) arrive exactement en dimension finie. Si un compact TT avait un inverse borné T1T^{-1}, alors I=T1TI = T^{-1}T serait compact (Proposition 15.2) : impossible en dimension infinie.

Exercice 15.2

Soit T(x1,x2,)=(λ1x1,λ2x2,)T(x_1, x_2, \dots) = (\lambda_1x_1, \lambda_2x_2, \dots) sur 2\ell^2, avec (λn)(\lambda_n) bornée. (a) Montrer T=supλn\vertiii T = \sup\abs{\lambda_n}. (b) Montrer que TT est compact ssi λn0\lambda_n \to 0. (Pour \Leftarrow, tronquer ; pour \Rightarrow, tester sur (en)(e_n).) (c) Quand TT est-il autoadjoint ? Vérifier le théorème spectral par inspection dans ce cas.

Solution

Solution de Exercice 15.2.

(a) Tx2=λn2xn2supλn2x2\norm{Tx}^2 = \sum\abs{\lambda_n}^2\abs{x_n}^2 \leq \sup\abs{\lambda_n}^2\norm x^2, avec quasi-égalité sur les ene_n réalisant le sup. (b) (\Leftarrow) Les troncatures TNT_N (garder nNn \leq N, zéro au-delà) sont de rang fini et TTN=supn>Nλn0\vertiii{T - T_N} = \sup_{n>N}\abs{\lambda_n} \to 0 : compact par la Proposition 15.2. (\Rightarrow) Si λnkδ>0\abs{\lambda_{n_k}} \geq \delta > 0 le long d’une sous-suite : TenkTenl2=λnk2+λnl22δ2\norm{Te_{n_k} - Te_{n_l}}^2 = \abs{\lambda_{n_k}}^2 + \abs{\lambda_{n_l}}^2 \geq 2\delta^2 : aucune sous-suite convergente de (Tenk)(Te_{n_k}). (c) T=T^* = diagonale avec (λˉn)(\bar\lambda_n) : autoadjoint ssi tous les λnR\lambda_n \in \R. Alors la base standard (en)(e_n) est une base orthonormée de vecteurs propres, valeurs propres λn0\lambda_n \to 0 : le théorème spectral mot pour mot.

Exercice 15.3 ★★

Donner les détails de la propriété d’idéal (Proposition 15.2) : si SS est compact et A,BA, B bornés, alors ASBASB est compact. En déduire que si ST=TS=IST = TS = I pour un SS borné, et dimH=\dim H = \infty, alors TT n’est pas compact — et réconcilier avec Exercice 15.1(b).

Solution

Solution de Exercice 15.3.

Soit (xn)(x_n) bornée. Alors (Bxn)(Bx_n) est bornée (B<\vertiii B < \infty) ; la compacité de SS extrait SBxnkySBx_{n_k} \to y ; la continuité de AA donne ASBxnkAyASBx_{n_k} \to Ay : ASBASB est compact. Si ST=TS=IST = TS = I avec TT compact et dimH=\dim H = \infty : I=STI = ST serait compact, contredisant Exercice 15.1(b) — qui est le même énoncé vu de l’autre côté.

Exercice 15.4 ★★

(Hilbert–Schmidt) Soit kL2([0,1]2)k \in L^2(\intcc01^2) et (en)(e_n) une base hilbertienne de L2([0,1])L^2(\intcc01). (a) Montrer que TkkL2\vertiii{T_k} \leq \norm k_{L^2} (Cauchy–Schwarz en la variable yy, puis Tonelli). (b) Développer k(x,y)=m,ncmnem(x)en(y)k(x,y) = \sum_{m,n}c_{mn}e_m(x)\overline{e_n(y)} dans L2L^2 du carré (justifier que les produits forment une base hilbertienne là), et montrer que tronquer la somme donne des opérateurs de rang fini convergeant vers TkT_k en norme d’opérateur : TkT_k est compact.

Solution

Solution de Exercice 15.4.

(a) Par Cauchy–Schwarz en yy : Tkf(x)2(k(x,y)2 ⁣dy)f22\abs{T_kf(x)}^2 \leq \bigl(\int\abs{k(x,y)}^2\dd y\bigr)\norm f_2^2 ; intégrer en xx (Tonelli) : Tkf2kL2()f2\norm{T_kf}_2 \leq \norm k_{L^2(\square)} \norm f_2.

(b) La famille emn(x,y)=em(x)en(y)e_{mn}(x,y) = e_m(x)\overline{e_n(y)} est orthonormée dans L2([0,1]2)L^2(\intcc01^2) (Tonelli sépare l’intégrale double). Totale : si hh \perp tous les emne_{mn}, alors pour chaque mm, la fonction yh(x,y)em(x) ⁣dxy \mapsto \int h(x,y)\overline{e_m(x)}\dd x (dans L2L^2 par Cauchy–Schwarz et Tonelli) est orthogonale à tout en\overline{e_n} — et les conjugués (en)(\overline{e_n}) forment une base hilbertienne dès que (en)(e_n) en forme une (la conjugaison est une bijection isométrique de L2L^2 préservant l’orthogonalité et la totalité) — donc elle est 00 p.p. ; puis pour p.p. yy, h(,y)h(\cdot, y) \perp tout eme_m : h(,y)=0h(\cdot, y) = 0 p.p. : h=0h = 0 (Tonelli). Donc (emn)(e_{mn}) est une base hilbertienne ; développer k=cmnemnk = \sum c_{mn}e_{mn}. La troncature kNk_N (indices N\leq N) donne TkNT_{k_N} de rang fini (image dans Vect(e1,,eN)\operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_N)), et par (a),

TkTkNkkNL20:\vertiii{T_k - T_{k_N}} \leq \norm{k - k_N}_{L^2} \to 0 :

TkT_k est une limite en norme d’opérateurs de rang fini : compact (Proposition 15.2).

Exercice 15.5 ★★

Soit TT autoadjoint avec x,Tx0\langle x, Tx\rangle \geq 0 pour tout xx (opérateur positif). (a) Montrer que les valeurs propres sont 0\geq 0 et que T=supx1x,Tx\vertiii T = \sup_{\norm x\leq1}\langle x, Tx\rangle. (b) Prouver l’inégalité de Cauchy–Schwarz généralisée x,Ty2x,Txy,Ty\abs{\langle x, Ty\rangle}^2 \leq \langle x, Tx\rangle\langle y, Ty\rangle.

Solution

Solution de Exercice 15.5.

(a) λx2=x,Tx0\lambda\norm x^2 = \langle x, Tx\rangle \geq 0 sur un vecteur propre. La formule est Proposition 15.5 avec toutes les valeurs x,Tx0\langle x, Tx\rangle \geq 0 : la valeur absolue est redondante. (b) (x,y)x,Ty(x, y) \mapsto \langle x, Ty\rangle est une forme sesquilinéaire hermitienne positive (éventuellement dégénérée) ; la preuve usuelle de Cauchy–Schwarz (développer x+teiθy,T(x+teiθy)0\langle x + t\eu^{\iu\theta}y, T(x + t\eu^{\iu\theta}y)\rangle \geq 0 et prendre le discriminant) n’utilise jamais la définitude.

Exercice 15.6 ★★

Sur L2([0,1])L^2(\intcc01), soit (Mf)(x)=xf(x)(Mf)(x) = x\,f(x). (a) Montrer que MM est borné, autoadjoint, avec M=1\vertiii M = 1, mais n’a aucune valeur propre. (b) Montrer que MM n’est pas compact (exhiber une suite bornée dont l’image n’a aucune sous-suite convergente, p. ex. des indicateurs normalisés d’intervalles se rétrécissant près de 11 — ou invoquer le théorème spectral). (c) Où la preuve du Lemme 15.6 casse-t-elle pour MM ?

Solution

Solution de Exercice 15.6.

(a) Mf2f2\norm{Mf}_2 \leq \norm f_2, et sur fn=n1[11/n,1]f_n = \sqrt n\, \mathbf 1_{\intcc{1 - 1/n}1} (vecteurs unitaires), Mfn211n\norm{Mf_n}_2 \geq 1 - \frac1n : M=1\vertiii M = 1 ; autoadjoint car le multiplicateur est réel. Valeurs propres : xf(x)=λf(x)xf(x) = \lambda f(x) p.p. force f=0f = 0 p.p. hors de l’ensemble nul {x=λ}\{x = \lambda\} : f=0f = 0 dans L2L^2. (b) Avec les mêmes fnf_n : Mfnfn21n0\norm{Mf_n - f_n}_2 \leq \frac1n \to 0, tandis que fn0f_n \rightharpoonup 0 (pour gL2g \in L^2 fixé, g,fng1[11/n,1]20\abs{\langle g, f_n\rangle} \leq \norm{g\,\mathbf 1_{\intcc{1-1/n}1}}_2 \to 0 par DCT). Si MfnkhMf_{n_k} \to h en norme, alors fnkhf_{n_k} \to h, forçant h=0h = 0 (limite faible) pourtant h=1\norm h = 1 : aucune sous-suite convergente. (c) Dans Lemme 15.6, précisément l’extraction « TxnkyTx_{n_k} \to y » utilise la compacité ; pour MM les suites maximisantes se concentrent près de x=1x = 1 et leurs images convergent faiblement vers 00, jamais en norme : le vecteur propre au sommet du rayon numérique échoue simplement à exister.

Exercice 15.7 ★★

(Volterra) Sur L2([0,1])L^2(\intcc01), soit Vf(x)=0xf(y) ⁣dyVf(x) = \int_0^xf(y)\dd y. (a) Montrer que VV est compact (Hilbert–Schmidt à noyau 1y<x\mathbf 1_{y < x}) mais non autoadjoint ; calculer VV^*. (b) Montrer que VV n’a aucune valeur propre non nulle. (De Vf=λfVf = \lambda f : ff a un représentant continu, puis est C1\mathcal C^1, et résout λf=f\lambda f' = f, f(0)=0f(0) = 0.) (c) Conclure que la compacité seule ne produit aucun vecteur propre : l’autoadjonction dans Théorème 15.7 est essentielle.

Solution

Solution de Exercice 15.7.

(a) V=TkV = T_k avec k(x,y)=1y<xL2([0,1]2)k(x, y) = \mathbf 1_{y < x} \in L^2(\intcc01^2) : compact (Exercice 15.4). Son adjoint est l’opérateur à noyau k(y,x)=1y>x\overline{k(y, x)} = \mathbf 1_{y > x} : Vf(x)=x1fV^*f(x) = \int_x^1f ; VVV \neq V^* (tester sur f=1f = \mathbf 1). (b) Si Vf=λfVf = \lambda f, λ0\lambda \ne 0 : VfVf est continue sur [0,1]\intcc01 (convergence dominée dans 0xf\int_0^x f), donc f=1λVff = \frac1\lambda Vf a un représentant continu ; alors VfVf est C1\mathcal C^1 (théorème fondamental du calcul pour des intégrandes continues), donc ff est C1\mathcal C^1, et λf=f\lambda f' = f avec f(0)=1λVf(0)=0f(0) = \frac1\lambda Vf(0) = 0 : f=Cex/λf = C\eu^{x/\lambda} avec C=f(0)=0C = f(0) = 0. (c) VV est compact sans aucune valeur propre sauf éventuellement 00 (Vf=0Vf = 0 force f=0f = 0 p.p. en dérivant l’intégrale — donc pas même 00) : la machinerie spectrale exige vraiment l’autoadjonction, pas seulement la compacité.

Exercice 15.8 ★★★

(Courant–Fischer) Soit TT compact, autoadjoint, positif, de valeurs propres μ1μ2>0\mu_1 \geq \mu_2 \geq \dots > 0 (répétées par multiplicités, vecteurs propres e1,e2,e_1, e_2, \dots). Montrer :

μk=maxVHdimV=k minxVx=1 x,Tx=minWHcodimW=k1 maxxWx=1 x,Tx.\mu_{k} = \max_{\substack{V \subseteq H \\ \dim V = k}}\ \min_{\substack{x \in V\\ \norm x = 1}}\ \langle x, Tx\rangle = \min_{\substack{W \subseteq H\\ \operatorname{codim}W = k-1}}\ \max_{\substack{x\in W\\ \norm x = 1}}\ \langle x, Tx\rangle .

(Tester V=Vect(e1,,ek)V = \operatorname{Vect}(e_1,\dots,e_k) ; pour la borne supérieure intersecter tout VV avec des espaces de type Vect(ek,ek+1,)\operatorname{Vect}(e_k, e_{k+1}, \dots) : le comptage de dimension force une intersection non triviale.) En déduire que les valeurs propres dépendent monotonement de TT (TSμk(T)μk(S)T \leq S \Rightarrow \mu_k(T) \leq \mu_k(S)).

Solution

Solution de Exercice 15.8.

Écrire x=iciei+zx = \sum_ic_ie_i + z, zkerTz \in \ker T, donc x,Tx=iμici2\langle x, Tx\rangle = \sum_i\mu_i\abs{c_i}^2. Borne inférieure : sur la sphère unité de Vk=Vect(e1,,ek)V_k = \operatorname{Vect}(e_1, \dots, e_k), x,Tx=ikμici2μk\langle x, Tx\rangle = \sum_{i\leq k}\mu_i\abs{c_i}^2 \geq \mu_k : le max sur VV du min est μk\geq \mu_k. Borne supérieure : soit dimV=k\dim V = k et Wk=Vect(ek,ek+1,)+kerTW_k = \overline{\operatorname{Vect}}(e_k, e_{k+1}, \dots) + \ker T, de codimension k1k - 1 (son orthogonal est Vk1V_{k-1}) ; VWk{0}V \cap W_k \neq \{0\} (une application linéaire VH/WkVk1V \to H/W_k \cong V_{k-1} de rang k1\leq k - 1 a un noyau non trivial), et un xx unitaire dans VWkV\cap W_k a x,Tx=ikμici2μk\langle x, Tx\rangle = \sum_{i \geq k}\mu_i\abs{c_i}^2 \leq \mu_k : le min sur VV est μk\leq \mu_k. Ensemble : la première formule ; la seconde se prouve symétriquement (tester W=WkW = W_k ; pour un WW arbitraire de codimension k1k-1, WVk0W \cap V_k \neq 0 donne un vecteur unitaire avec x,Txμk\langle x, Tx\rangle \geq \mu_k). Monotonie : x,Txx,Sx\langle x, Tx\rangle \leq \langle x, Sx\rangle ponctuellement se transfère à travers maxmin\max\min.

Exercice 15.9 ★★

En utilisant le Théorème 15.8 pour Tf(x)=01min(x,y)f(y) ⁣dyTf(x) = \int_0^1\min(x,y)f(y)\dd y (Exemple 15.9) : pour quels λR\lambda \in \R l’équation intégrale

f(x)λ01min(x,y)f(y) ⁣dy=g(x)f(x) - \lambda\int_0^1\min(x,y)\,f(y)\,\dd y = g(x)

a-t-elle une solution unique fL2f \in L^2 pour tout gL2g \in L^2 ? Que se passe-t-il aux valeurs exceptionnelles ?

Solution

Solution de Exercice 15.9.

Réécrire fλTf=gf - \lambda Tf = g. Pour λ=0\lambda = 0 : f=gf = g, toujours résoluble de façon unique. Pour λ0\lambda \neq 0 : c’est (T1λ)f=gλ(T - \frac1\lambda)f = -\frac g\lambda, et par l’alternative de Fredholm (Théorème 15.8) avec les valeurs propres λn=((n+12)π)2\lambda_n = \bigl((n + \frac12)\pi\bigr)^{-2} de TT (Exemple 15.9) : résolubilité unique pour tout gg ssi 1λλn\frac1\lambda \neq \lambda_n pour tout nn, i.e.

λ(n+12)2π2(n=0,1,2,).\lambda \neq \Bigl(n + \tfrac12\Bigr)^2\pi^2 \qquad (n = 0, 1, 2, \dots).

En un λ\lambda exceptionnel =(n+12)2π2= (n+\frac12)^2\pi^2 : les solutions existent ssi gsin((n+12)πx)g \perp \sin\bigl((n{+}\frac12)\pi x\bigr), et sont alors uniques à l’addition de multiples de ce sinus près.

Exercice 15.10 ★★★

Soit SS le décalage sur 2\ell^2 (Exercice 8.1). (a) Montrer que SS n’a aucune valeur propre, tandis que tout λ\lambda avec λ<1\abs\lambda < 1 est valeur propre de SS^* (trouver les vecteurs propres explicitement, suites géométriques). (b) Ni SS ni SS^* n’est compact : vérifier via un test à la Exercice 15.2 sur (en)(e_n). (c) Commenter : pour des opérateurs non autoadjoints, non compacts, le paysage des valeurs propres peut être n’importe quoi depuis le vide jusqu’à un disque plein — la notion qui survit est le spectre, étudié dans un cours ultérieur.

Solution

Solution de Exercice 15.10.

(a) Sx=λxSx = \lambda x : en comparant les coordonnées, 0=λx10 = \lambda x_1 et xn=λxn+1x_n = \lambda x_{n+1} ; si λ0\lambda \ne 0 alors x1=0x_1 = 0 et par récurrence x=0x = 0 ; si λ=0\lambda = 0, Sx=0Sx = 0 force x=0x = 0 (SS isométrique). Aucune valeur propre. Sx=λxS^*x = \lambda x se lit xn+1=λxnx_{n+1} = \lambda x_n : x=x1(1,λ,λ2,)x = x_1(1, \lambda, \lambda^2, \dots), dans 2\ell^2 exactement quand λ<1\abs\lambda < 1 : un disque ouvert plein de valeurs propres. (b) SenSem=en+1em+1=2\norm{Se_n - Se_m} = \norm{e_{n+1} - e_{m+1}} = \sqrt2 : l’image de la suite bornée (en)(e_n) n’a aucune sous-suite de Cauchy ; de même Sen+1=enS^*e_{n+1} = e_n. Ni l’un ni l’autre n’est compact. (c) Pour les opérateurs compacts autoadjoints les valeurs propres capturent tout (Théorème 15.7) ; en lâchant l’une ou l’autre hypothèse, les valeurs propres peuvent s’évanouir entièrement (SS, Volterra) ou remplir un disque (SS^*) : l’objet robuste est le spectre {λ:TλI non inversible}\{\lambda : T - \lambda I \text{ non inversible}\}, dont la théorie appartient à un cours ultérieur.

Exercice 15.11 ★★

(Racines carrées) Soit TT compact, autoadjoint, positif (x,Tx0\langle x, Tx\rangle \geq 0) sur un espace de Hilbert HH, avec décomposition spectrale Tx=nμnen,xenTx = \sum_n\mu_n\langle e_n, x\rangle e_n (μn>0\mu_n > 0). (a) Définir Sx=nμnen,xenSx = \sum_n\sqrt{\mu_n}\,\langle e_n, x\rangle e_n ; montrer que SS est compact, autoadjoint, positif, avec S2=TS^2 = T. (b) Prouver l’unicité : tout RR compact positif autoadjoint avec R2=TR^2 = T préserve les espaces propres de TT (RT=R3=TRRT = R^3 = TR : RR commute avec TT, donc R(ker(Tμ))ker(Tμ)R(\ker(T - \mu)) \subseteq \ker(T - \mu)), et sur ker(Tμ)\ker(T - \mu), RR est un opérateur positif dont le carré est μid\mu\,\mathrm{id} sur un espace de dimension finie : le diagonaliser là et conclure R=μidR = \sqrt\mu\,\mathrm{id} sur chaque espace propre, d’où R=SR = S. (c) Calculer G\sqrt G pour l’opérateur de la corde GG du Problème 15.1 : quel noyau a les valeurs propres 1nπ\frac1{n\pi} sur la base en sinus ? (Exprimer G\sqrt G comme limite L2L^2 de noyaux ; aucune forme fermée n’est requise.)

Solution

Solution de Exercice 15.11.

(a) SS est l’opérateur diagonal de coefficients μn0\sqrt{\mu_n} \to 0 : compact (Exercice 15.2(b), transporté à la base (en)(e_n) complétée par kerT\ker T, où S=0S = 0), autoadjoint (diagonale réelle), positif (x,Sx=μnen,x2\langle x, Sx\rangle = \sum\sqrt{\mu_n}\abs{\langle e_n, x\rangle}^2), et S2=TS^2 = T terme à terme.

(b) RR commute avec T=R2T = R^2 ; pour un vecteur propre xx de TT de valeur propre μ\mu : T(Rx)=RTx=μRxT(Rx) = RTx = \mu Rx, donc l’espace propre de dimension finie Eμ=ker(Tμ)E_\mu = \ker(T - \mu) est RR-stable. Sur EμE_\mu, RR est symétrique positif avec R2=μidR^2 = \mu\,\mathrm{id} : ses valeurs propres ρ\rho satisfont ρ2=μ\rho^2 = \mu, ρ0\rho \geq 0 : toutes égales à μ\sqrt\mu, et un opérateur diagonalisable à une seule valeur propre est scalaire : R=μidR = \sqrt\mu\,\mathrm{id} sur EμE_\mu. Sur kerT\ker T : Rx2=x,R2x=x,Tx=0\norm{Rx}^2 = \langle x, R^2x\rangle = \langle x, Tx\rangle = 0. Donc RR coïncide avec SS sur kerT\ker T et sur chaque espace propre, dont l’enveloppe fermée est HH (théorème spectral) : R=SR = S.

(c) G\sqrt G agit comme 1nπ\frac1{n\pi} sur en=2sin(nπx)e_n = \sqrt2\sin(n\pi x) : c’est l’opérateur à noyau

k(x,y)=n12sin(nπx)sin(nπy)nπ,k(x, y) = \sum_{n\geq1}\frac{2\sin(n\pi x)\sin(n\pi y)}{n\pi},

la série convergeant dans L2([0,1]2)L^2(\intcc01^2) (coefficients 1nπ2\frac1{n\pi} \in \ell^2 ; les noyaux de sommes partielles donnent les approximations de rang fini). Aucune forme fermée élémentaire n’est nécessaire : le côté spectral est l’opérateur.

Exercice 15.12 ★★★

(Décomposition en valeurs singulières) Soit TL(H)T \in \mathcal L(H) compact, pas nécessairement autoadjoint. (a) Montrer que TTT^*T est compact, autoadjoint, positif ; soit (en)(e_n) une famille orthonormée de vecteurs propres avec TTen=sn2enT^*Te_n = s_n^2e_n, sn>0s_n > 0 (les valeurs singulières), complétée par ker(TT)=kerT\ker(T^*T) = \ker T (prouver cette égalité). (b) Poser fn=Tensnf_n = \frac{Te_n}{s_n} ; montrer que (fn)(f_n) est orthonormée, et établir la SVD :

Tx=nsnen,xfn(xH),Tx = \sum_n s_n\,\langle e_n, x\rangle\,f_n \qquad (x \in H),

avec convergence dans HH. (c) En déduire : T=maxnsn\vertiii T = \max_ns_n ; TT est limite en norme d’opérateurs de rang fini (redémontrant le Proposition 15.2 en sens inverse pour les espaces de Hilbert) ; et pour l’opérateur de Volterra VV du Exercice 15.7, qui n’a aucune valeur propre, expliquer pourquoi la SVD existe néanmoins et quels en sont les ingrédients (identifier VVV^*V comme un opérateur à noyau de type corde — calculer ses valeurs propres explicitement est le territoire du Exercice 15.9).

Solution

Solution de Exercice 15.12.

(a) TTT^*T est compact (produit d’un borné et d’un compact, Exercice 15.3), autoadjoint ((TT)=TT(T^*T)^* = T^*T), positif (x,TTx=Tx2\langle x, T^*Tx\rangle = \norm{Tx}^2). Noyau : TTx=0Tx2=x,TTx=0Tx=0T^*Tx = 0 \Rightarrow \norm{Tx}^2 = \langle x, T^*Tx\rangle = 0 \Rightarrow Tx = 0, et réciproquement : kerTT=kerT\ker T^*T = \ker T. Le théorème spectral fournit les (en)(e_n) orthonormés avec TTen=sn2enT^*Te_n = s_n^2e_n, sn>0s_n > 0, engendrant (kerT)(\ker T)^\perp.

(b) fm,fn=Tem,Tensmsn=em,TTensmsn=sn2smsnδmn=δmn\langle f_m, f_n\rangle = \frac{\langle Te_m, Te_n\rangle}{s_ms_n} = \frac{\langle e_m, T^*Te_n\rangle}{s_ms_n} = \frac{s_n^2}{s_ms_n}\delta_{mn} = \delta_{mn}. Développer x=x0+nen,xenx = x_0 + \sum_n\langle e_n, x\rangle e_n avec x0kerTx_0 \in \ker T (Parseval dans l’enveloppe fermée plus le noyau) ; en appliquant le TT continu :

Tx=nen,xTen=nsnen,xfn,Tx = \sum_n\langle e_n, x\rangle\,Te_n = \sum_ns_n\langle e_n, x\rangle\,f_n,

la série convergeant car ses sommes partielles sont de Cauchy (N<nMsnen,xfn2=sn2en,x2\norm{\sum_{N<n\leq M}s_n\langle e_n, x\rangle f_n}^2 = \sum s_n^2\abs{\langle e_n, x\rangle}^2, dominée par supn>Nsn2x2\sup_{n>N}s_n^2\cdot\norm x^2, et sn0s_n \to 0).

(c) Tx2=nsn2en,x2(maxsn)2x2\norm{Tx}^2 = \sum_ns_n^2\abs{\langle e_n, x\rangle}^2 \leq (\max s_n)^2\norm x^2, atteinte au ene_n maximisant : T=maxsn\vertiii T = \max s_n. Tronquer la SVD au rang NN laisse un opérateur de norme supn>Nsn0\sup_{n>N}s_n \to 0 : approximation de rang fini. L’opérateur de Volterra n’a aucune valeur propre (Exercice 15.7), mais VVV^*V en a : VVf(x)=x10tf(s) ⁣ds ⁣dtV^*Vf(x) = \int_x^1\int_0^tf(s)\,\dd s\,\dd t est un opérateur à noyau symétrique positif (noyau 1max(x,y)1 - \max(x,y), un noyau de Green de type corde), dont les couples propres — calculés via le problème aux limites u=λ1u-u'' = \lambda^{-1}u, u(0)=u(1)=0u'(0) = u(1) = 0, i.e. la famille du Exercice 15.9 — donnent les valeurs singulières sn=((n+12)π)1s_n = \bigl((n + \frac12)\pi\bigr)^{-1}. La SVD vit sur deux familles orthonormées précisément parce que VV fait tourner sa géométrie propre : aucun vecteur propre, pourtant une structure diagonale parfaite entre deux bases différentes.

15.5 Problème : la corde vibrante et ζ(2)\zeta(2)

Problème 15.1

Problème du week-end — opérateur de Green, base en sinus, et formule de trace

Nous résolvons le problème aux valeurs propres de la corde vibrante à extrémités fixes — u=νu-u'' = \nu u, u(0)=u(1)=0u(0) = u(1) = 0 — par théorie des opérateurs, obtenons la base orthonormée en sinus sans aucun calcul de Fourier, et évaluons ζ(2)\zeta(2) en comparant deux expressions pour la trace de l’opérateur de Green. On définit, sur L2([0,1])L^2(\intcc01),

(Gf)(x)=01g(x,y)f(y) ⁣dy,g(x,y)=min(x,y)(1max(x,y)).(Gf)(x) = \int_0^1 g(x,y)\,f(y)\,\dd y, \qquad g(x, y) = \min(x,y)\,\bigl(1 - \max(x,y)\bigr).

Partie I — L’opérateur de Green.

  1. Montrer que gg est continue, symétrique, avec 0g140 \leq g \leq \frac14, et que GG est compact et autoadjoint (Exemple 15.3(c)).
  2. Pour ff continue, montrer que u=Gfu = Gf est C2\mathcal C^2 avec

    u=f,u(0)=u(1)=0-u'' = f, \qquad u(0) = u(1) = 0

    (écrire u(x)=(1x)0xyf(y) ⁣dy+xx1(1y)f(y) ⁣dyu(x) = (1-x)\int_0^xyf(y)\dd y + x\int_x^1(1-y)f(y)\dd y et dériver deux fois). Réciproquement, si uC2u \in \mathcal C^2 avec u(0)=u(1)=0u(0) = u(1) = 0, alors G(u)=uG(-u'') = u : GG inverse l’opérateur de la corde.

  3. Montrer kerG={0}\ker G = \{0\} (si Gf=0Gf = 0 avec fL2f \in L^2 : tester contre des φ\varphi continues, transférer GG par symétrie/Fubini sur φ\varphi, et utiliser le lemme fondamental Corollaire 12.11 — ou régulariser), et que GG est un opérateur positif : f,Gf0\langle f, Gf\rangle \geq 0. (Pour ff continue : f,Gf=01(u)2\langle f, Gf\rangle = \int_0^1 (u')^2 avec u=Gfu = Gf, par parties ; conclure par densité.)

Partie II — Diagonalisation : la base en sinus.

  1. Montrer que les fonctions propres de GG à valeur propre λ0\lambda \ne 0 sont, à scalaires près, les solutions de λu=u-\lambda u'' = u, u(0)=u(1)=0u(0) = u(1) = 0 (une fonction propre a un représentant continu — GfGf est continue pour fL2f \in L^2, pourquoi ? — donc est C2\mathcal C^2 par bootstrap de la question 2).
  2. Résoudre le problème aux limites : les valeurs propres de GG sont λn=1n2π2\lambda_n = \frac1{n^2\pi^2} (n1n \geq 1), avec fonctions propres normalisées en(x)=2sin(nπx)e_n(x) = \sqrt2\,\sin(n\pi x) ; vérifier l’orthonormalité par intégration directe comme test de cohérence.
  3. Conclure du Théorème 15.7 et de la question 3 que (2sin(nπx))n1\bigl(\sqrt2\sin(n\pi x)\bigr)_{n\geq1} est une base orthonormée de L2([0,1])L^2(\intcc01) — ni Stone–Weierstrass, ni série de Fourier nécessaires. Développer f(x)=x(1x)f(x) = x(1-x) dans cette base et écrire Parseval pour elle.

Partie III — La formule de trace et ζ(2)\zeta(2).

  1. Prouver les deux identités

    en,Gen=λnetn1λn=01g(x,x) ⁣dx.\langle e_n, Ge_n\rangle = \lambda_n \quad\text{et}\quad \sum_{n\geq1}\lambda_n = \int_0^1 g(x,x)\,\dd x .

    Pour la seconde (la formule de trace) : développer g(x,)g(x, \cdot), pour xx fixé, dans la base (en)(e_n) — montrer que les coefficients sont λnen(x)\lambda_ne_n(x), de sorte que g(x,)=nλnen(x)eng(x, \cdot) = \sum_n\lambda_ne_n(x)\,e_n dans L2L^2. Ici les sinus sont explicites : vérifier directement que nλnen(x)en(y)\sum_n\lambda_ne_n(x)e_n(y) converge uniformément sur le carré (comparer avec 2n2π2\sum \frac2{n^2\pi^2}), donc sa somme est continue et, ayant les mêmes développements L2L^2 en yy pour chaque xx, égale g(x,y)g(x,y) partout. Poser y=xy = x et intégrer terme à terme.

  2. Calculer 01g(x,x) ⁣dx=01x(1x) ⁣dx=16\int_0^1g(x,x)\dd x = \int_0^1x(1-x)\dd x = \frac16, et conclure

    n11n2π2=16,i.e. ζ(2)=π26 :\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^2\pi^2} = \frac16, \qquad\text{i.e.}\qquad \boxed{\ \zeta(2) = \frac{\pi^2}{6}\ } :

    la somme d’Euler issue d’une trace d’opérateur.

  3. Redériver ζ(2)\zeta(2) d’une troisième façon : appliquer Parseval dans la base en sinus à la fonction constante 1\mathbf 1, calculer n impair1n2\sum_{n \text{ impair}}\frac1{n^2}, et conclure. Puis comparer les mécanismes : en quel sens l’argument de trace des questions 7–8 est-il « Parseval appliqué au noyau entier d’un coup » ?

Partie IV — La corde vibre.

  1. (Séparation des variables, synthétisée) Pour fL2f \in L^2, définir

    u(t,x)=n1  cncos(nπt)2sin(nπx),cn=en,f.u(t, x) = \sum_{n\geq1}\;c_n\, \cos(n\pi t)\,\sqrt2\sin(n\pi x), \qquad c_n = \langle e_n, f\rangle .

    Montrer que la série converge dans L2([0,1])L^2(\intcc01) pour chaque tt, que tu(t,)t\mapsto u(t, \cdot) est continue à valeurs dans L2L^2, et que pour ff dans l’enveloppe d’un nombre fini de ene_n elle résout l’équation des ondes t2u=x2u\partial_t^2u = \partial_x^2u avec u(0)=fu(0) = f, tu(0)=0\partial_tu(0) = 0, extrémités fixes. Les valeurs propres n2π2n^2\pi^2 sont les fréquences au carré : les harmoniques de la corde — expliquer l’interprétation musicale du Théorème 15.7 en un paragraphe.

Partie V — Dividendes variationnels : la méthode de la puissance, stabilité de Weyl, et une borne rigoureuse sur π\pi. Soit AA un opérateur compact autoadjoint positif de valeurs propres μ1μ2>0\mu_1 \geq \mu_2 \geq \cdots > 0 et vecteurs propres orthonormés (un)(u_n) ; R(x)=x,Axx2R(x) = \frac{\langle x, Ax\rangle}{\norm x^2}. Les formules min–max sont le Exercice 15.8 ; ici on les dépense.

  1. (Méthode de la puissance) Pour x0x \neq 0 écrire mp=nμnpun,x2m_p = \sum_n\mu_n^p\abs{\langle u_n, x\rangle}^2. Montrer mpmp+2mp+12m_pm_{p+2} \geq m_{p+1}^2 (Cauchy–Schwarz), en déduire la chaîne

    R(x)    Ax,Axx,Ax    R(Ax)    μ1,R(x) \;\leq\; \frac{\langle Ax, Ax\rangle}{\langle x, Ax\rangle} \;\leq\; R(Ax) \;\leq\; \mu_1,

    et prouver que si u1,x0\langle u_1, x\rangle \neq 0, alors R(Akx)μ1R(A^kx) \to \mu_1 : itérer l’opérateur sur tout vecteur générique calcule la valeur propre maximale — la méthode de la puissance de l’analyse numérique, certifiée.

  2. (Stabilité de Weyl) Pour A,BA, B compacts autoadjoints positifs, déduire du Exercice 15.8 que

    μn(A)μn(B)    ABpour tout n:\abs{\mu_n(A) - \mu_n(B)} \;\leq\; \vertiii{A - B} \qquad\text{pour tout } n :

    le spectre entier est 11-lipschitzien en la norme d’opérateur — les valeurs propres de grands systèmes symétriques peuvent être calculées à partir d’approximations avec une erreur garantie.

  3. Appliquer la borne de Rayleigh à GG avec la fonction test u(x)=x(1x)u(x) = x(1-x) : résoudre w=u-w'' = u, w(0)=w(1)=0w(0) = w(1) = 0 pour obtenir Gu=w=x(1x)(1+xx2)12Gu = w = \frac{x(1-x)(1 + x - x^2)}{12}, calculer

    u22=130,u,Gu=112(130+1140)=175040,R(u)=17168,\norm u_2^2 = \frac1{30}, \qquad \langle u, Gu\rangle = \frac1{12}\Bigl(\frac1{30} + \frac1{140}\Bigr) = \frac{17}{5040}, \qquad R(u) = \frac{17}{168},

    et conclure la borne rigoureuse 1π2=λ117168\frac1{\pi^2} = \lambda_1 \geq \frac{17}{168}, i.e. π168/17<3.1437\pi \leq \sqrt{168/17} < 3.1437.

  4. Une étape de la chaîne de la question 11, sur la même fonction test : en utilisant 01(xx2)4 ⁣dx=1630\int_0^1(x - x^2)^4\dd x = \frac1{630}, calculer

    Gu22=1144(130+2140+1630)=3190720,Gu,Guu,Gu=31306,\norm{Gu}_2^2 = \frac1{144}\Bigl(\frac1{30} + \frac2{140} + \frac1{630}\Bigr) = \frac{31}{90720}, \qquad \frac{\langle Gu, Gu\rangle}{\langle u, Gu\rangle} = \frac{31}{306},

    et conclure π306/31<3.1419\pi \leq \sqrt{306/31} < 3.1419 : deux intégrales, quatre chiffres corrects. (Chaque itération ultérieure élève approximativement au carré la précision : l’écart spectral λ1/λ2=4\lambda_1/\lambda_2 = 4 entraîne une convergence géométrique.)

Partie VI — La trace de G2G^2, et ζ(4)\zeta(4).

  1. Montrer que nλn2=[0,1]2g(x,y)2 ⁣dx ⁣dy\sum_n\lambda_n^2 = \iint_{\intcc01^2}g(x,y)^2\,\dd x\,\dd y (développer gg sur la base produit (em(x)en(y))m,n(e_m(x)e_n(y))_{m,n} de L2([0,1]2)L^2(\intcc01^2) — une base hilbertienne, cf. l’ Exercice 15.5 — et appliquer Parseval sur le carré ; la question 7 identifie les coefficients).
  2. Calculer l’intégrale double :

    g2=201(1x)2(0xy2 ⁣dy) ⁣dx=2301x3(1x)2 ⁣dx=190.\iint g^2 = 2\int_0^1(1-x)^2\Bigl(\int_0^x y^2\,\dd y\Bigr)\dd x = \frac23\int_0^1x^3(1-x)^2\,\dd x = \frac1{90} .
  3. Conclure ζ(4)=π490\zeta(4) = \dfrac{\pi^4}{90} ; expliquer, sans calcul, comment les traces des puissances supérieures GkG^k produisent ζ(2k)π2kQ\zeta(2k) \in \pi^{2k}\,\Q pour tout k1k \geq 1, et pourquoi les valeurs impaires ζ(3),ζ(5),\zeta(3), \zeta(5), \dots sont structurellement hors de portée de cette machine.
  4. (π\pi par en dessous) De λ12nλn2=190\lambda_1^2 \leq \sum_n\lambda_n^2 = \frac1{90} déduire π901/4>3.080\pi \geq 90^{1/4} > 3.080, et assembler avec la question 14 le verdict bilatéral

    3.080  <  π  <  3.1419,3.080 \;<\; \pi \;<\; 3.1419,

    obtenu entièrement à partir de l’arithmétique de la corde vibrante. Quel côté converge plus vite si l’on utilise des traces plus élevées (trG2k)1/4k(\operatorname{tr}G^{2k})^{-1/4k}, et pourquoi ?

Partie VII — Forçage et résonance. Fixer νR\nu \in \R et considérer la corde forcée uνu=f-u'' - \nu u = f, u(0)=u(1)=0u(0) = u(1) = 0, avec fL2f \in L^2 et cn=en,fc_n = \langle e_n, f\rangle.

  1. Supposer ν{n2π2:n1}\nu \notin \{n^2\pi^2 : n \geq 1\}. Montrer que

    u=n1cnn2π2νenu = \sum_{n\geq1}\frac{c_n}{n^2\pi^2 - \nu}\,e_n

    converge dans L2L^2 et uniformément sur [0,1]\intcc01 (Cauchy–Schwarz entre (cn)(c_n) et les queues de n4\sum n^{-4}, avec en=2\norm{e_n}_\infty = \sqrt2), et qu’elle satisfait u=Gf+νGuu = Gf + \nu Gu — la forme en coordonnées explicites de l’alternative de Fredholm (Théorème 15.8), avec unicité.

  2. Supposer ν=m2π2\nu = m^2\pi^2. Montrer que u=Gf+νGuu = Gf + \nu Gu a une solution ssi cm=0c_m = 0, unique à l’addition de multiples de eme_m près. Lecture physique : pousser une balançoire exactement à sa propre fréquence.
  3. Pour ν<π2\nu < \pi^2, montrer que l’opérateur de solution Rν ⁣:fuR_\nu\colon f \mapsto u est borné sur L2L^2 de norme 1π2ν\frac1{\pi^2 - \nu}, compact, autoadjoint, et positif : toute l’analyse spectrale redémarre, décalée de ν\nu.
  4. (Synthèse) Compiler le dictionnaire de ce problème : valeur propre \leftrightarrow fréquence au carré (harmoniques) ; trace \leftrightarrow ζ(2)\zeta(2) ; norme de Hilbert–Schmidt \leftrightarrow ζ(4)\zeta(4) ; alternative de Fredholm \leftrightarrow résonance ; min–max \leftrightarrow bornes variationnelles (π<3.1437\pi < 3.1437 à partir d’un polynôme). Un seul opérateur intégral, cinq chapitres d’analyse encaissés.

Partie VIII — Trois derniers échos.

  1. (ζ(6)\zeta(6), pour rien) L’identité de Parseval de la question 6 a donné n impairn6=π6960\sum_{n\text{ impair}}n^{-6} = \frac{\pi^6}{960}. Scinder ζ(6)\zeta(6) en nn impairs et pairs et conclure

    ζ(6)=π6945,\zeta(6) = \frac{\pi^6}{945},

    sans nouvelle intégrale : la machine de la question 17 (traces de G3G^3) aurait produit la même valeur au prix d’un noyau itéré — Parseval sur une fonction bien choisie est ici la voie moins chère.

  2. (L’état fondamental est positif) Soit AA un opérateur compact autoadjoint positif sur L2([0,1])L^2(\intcc01) donné par un noyau continu symétrique k>0k > 0 sur (0,1)2\intoo01^2, de plus grande valeur propre μ1\mu_1. Montrer : (a) tout maximiseur du quotient de Rayleigh est une fonction propre de μ1\mu_1 ; (b) si uu en est une, alors u,Auu,Au\langle\abs u, A\abs u\rangle \geq \langle u, Au\rangle, avec inégalité stricte si uu prend les deux signes sur des ensembles de mesure positive — donc uu a un signe constant p.p., et u=μ11Auu = \mu_1^{-1}Au ne s’annule jamais sur (0,1)\intoo01 ; (c) μ1\mu_1 est une valeur propre simple. Vérifier chaque affirmation sur GG : e1=2sin(πx)>0e_1 = \sqrt2\sin(\pi x) > 0, et chaque ene_n, n2n \geq 2, étant orthogonal à e1e_1, doit changer de signe (il le fait : n1n - 1 zéros intérieurs).
  3. (Distance au spectre, et le prix de la résonance) Pour ν{n2π2}\nu \notin \{n^2\pi^2\}, montrer que l’opérateur de solution RνR_\nu de la question 19 est borné, autoadjoint, compact, avec

    Rν=1minn1n2π2ν=1dist(ν,{n2π2}),\vertiii{R_\nu} = \frac1{\min_{n\geq1}\,\abs{n^2\pi^2 - \nu}} = \frac1{\operatorname{dist}\bigl(\nu, \{n^2\pi^2\}\bigr)},

    la norme étant atteinte sur le mode le plus proche. Puis quantifier la balançoire de la question 20 : un forçage avec f=e1f = e_1 en ν=(1ε)π2\nu = (1 - \varepsilon)\pi^2 produit u=1επ2e1u = \frac{1}{\varepsilon\pi^2}\,e_1, une amplification par 1ε\frac1\varepsilon de la réponse statique Ge1=1π2e1Ge_1 = \frac1{\pi^2}e_1 — à un pour cent sous le fondamental (ε=102\varepsilon = 10^{-2}), la corde répond cent fois plus fort.

Solution

Solution de Problème 15.1.

1. Continuité : min\min et max\max sont continus ; symétrie : échanger x,yx, y n’échange ni min(x,y)\min(x,y) ni 1max(x,y)1 - \max(x,y). Bornes : 0g0 \leq g, et des bornes de type g(x,y)max(1max)g(x,y) \leq \max\cdot(1-\max) donnent g14g \leq \frac14 (pour u=maxu = \max : minu\min \leq u donc gu(1u)14g \leq u(1-u) \leq \frac14). gL2()g \in L^2(\square) : Hilbert–Schmidt, d’où GG compact (Exercice 15.4) ; le noyau est réel symétrique : GG autoadjoint.

2. En scindant en y=xy = x :

u(x)=(1x)0xyf(y) ⁣dy+xx1(1y)f(y) ⁣dy.u(x) = (1 - x)\int_0^x y\,f(y)\,\dd y + x\int_x^1(1 - y)\,f(y)\,\dd y .

Pour ff continue, dériver (produit et théorème fondamental) :

u(x)=0xyf+x1(1y)f(les termes de bord s’annulent),u'(x) = -\int_0^xyf + \int_x^1(1-y)f \qquad\text{(les termes de bord s'annulent)},

et u(x)=xf(x)(1x)f(x)=f(x)u''(x) = -xf(x) - (1 - x)f(x) = -f(x) ; clairement u(0)=u(1)=0u(0) = u(1) = 0. Réciproquement si uC2u \in \mathcal C^2 s’annule aux deux extrémités, w=uG(u)w = u - G(-u'') satisfait w=0w'' = 0, w(0)=w(1)=0w(0) = w(1) = 0 : ww est affine et s’annule deux fois, donc w=0w = 0.

3. Soit Gf=0Gf = 0, fL2f \in L^2. Pour ψCc((0,1))\psi \in \mathcal C_c^\infty(\intoo01) : ψ=G(ψ)\psi = G(-\psi'') par la question 2, donc

f,ψ=f,G(ψ)=Gf,ψ=0\langle f, \psi\rangle = \langle f, G(-\psi'')\rangle = \langle Gf, -\psi''\rangle = 0

(GG autoadjoint) : par le lemme fondamental (Corollaire 12.11), f=0f = 0 p.p. Positivité : pour ff continue, avec u=Gfu = Gf,

f,Gf=01fu=01(u)u=[uu]01+01(u)2=01(u)20;\langle f, Gf\rangle = \int_0^1 fu = \int_0^1(-u'')u = \bigl[-u'u\bigr]_0^1 + \int_0^1(u')^2 = \int_0^1(u')^2 \geq 0 ;

pour fL2f \in L^2, approcher dans L2L^2 par des fnf_n continues : les deux côtés passent à la limite (GG borné).

4. Si Gu=λuGu = \lambda u, λ0\lambda \neq 0 : GuGu est continue (Gu(x)Gu(x)g(x,)g(x,)2u2\abs{Gu(x) - Gu(x')} \leq \norm{g(x,\cdot) - g(x',\cdot)}_2\norm u_2, et le noyau est uniformément continu), donc uu a un représentant continu ; puis les formules de la question 2 montrent GuC2Gu \in \mathcal C^2, donc u=1λGuC2u = \frac1\lambda Gu \in \mathcal C^2 avec λu=(Gu)=u-\lambda u'' = -(Gu)'' = u et u(0)=u(1)=0u(0) = u(1) = 0.

5. λu=u-\lambda u'' = u, u(0)=0u(0) = 0 : u=Asin(x/λ)u = A\sin(x/\sqrt\lambda) (λ\lambda positif : par la question 3, λ=u,Gu/u2>0\lambda = \langle u, Gu\rangle/\norm u^2 > 0 sur les vecteurs propres). u(1)=0u(1) = 0 force 1λ=nπ\frac1{\sqrt\lambda} = n\pi : λn=1n2π2\lambda_n = \frac1{n^2\pi^2}, fonctions propres sin(nπx)\sin(n\pi x), normalisées en=2sin(nπx)e_n = \sqrt2\sin(n\pi x) (012sin2(nπx) ⁣dx=1\int_0^12\sin^2(n\pi x)\dd x = 1). Vérification d’orthogonalité : 2sin(mπx)sin(nπx)=cos((mn)πx)cos((m+n)πx)2\sin(m\pi x)\sin(n\pi x) = \cos((m-n)\pi x) - \cos((m+n)\pi x) s’intègre à 00 pour mnm \neq n.

6. kerG={0}\ker G = \{0\} (question 3), donc Théorème 15.7(1) donne H=Vect(en)H = \overline{\operatorname{Vect}}(e_n) : les sinus sont une base hilbertienne de L2([0,1])L^2(\intcc01). Pour f(x)=x(1x)f(x) = x(1 - x) :

cn=201x(1x)sin(nπx) ⁣dx=2  2(1(1)n)n3π3={42n3π3n impair,0n pair,c_n = \sqrt2\int_0^1x(1-x)\sin(n\pi x)\,\dd x = \sqrt2\;\frac{2\bigl(1 - (-1)^n\bigr)}{n^3\pi^3} = \begin{cases}\dfrac{4\sqrt2}{n^3\pi^3} & n \text{ impair},\\ 0 & n \text{ pair},\end{cases}

(deux intégrations par parties). Parseval : 01x2(1x)2 ⁣dx=130=n impair32n6π6\int_0^1x^2(1-x)^2\dd x = \frac1{30} = \sum_{n \text{ impair}}\frac{32}{n^6\pi^6}, i.e. n impairn6=π6960\sum_{n\text{ impair}}n^{-6} = \frac{\pi^6}{960}.

7. en,Gen=λnen2=λn\langle e_n, Ge_n\rangle = \lambda_n\norm{e_n}^2 = \lambda_n. Pour xx fixé, les coefficients de g(x,)g(x, \cdot) : en,g(x,)=(Gen)(x)=λnen(x)\langle e_n, g(x,\cdot)\rangle = (Ge_n)(x) = \lambda_ne_n(x), donc g(x,)=nλnen(x)eng(x,\cdot) = \sum_n\lambda_ne_n(x)\,e_n dans L2L^2. La série explicite nλnen(x)en(y)=n2sin(nπx)sin(nπy)n2π2\sum_n\lambda_ne_n(x)e_n(y) = \sum_n\frac{2\sin(n\pi x)\sin(n\pi y)}{n^2\pi^2} converge normalement sur le carré (terme2n2π2\abs{\text{terme}} \leq \frac2{n^2\pi^2}) : sa somme est continue, et pour chaque xx elle a les mêmes coefficients L2( ⁣dy)L^2(\dd y) que g(x,)g(x, \cdot) : les deux fonctions continues coïncident pour tout (x,y)(x, y). En posant y=xy = x et en intégrant (la convergence normale permet l’intégration terme à terme) :

01g(x,x) ⁣dx=nλn01en(x)2 ⁣dx=nλn.\int_0^1g(x,x)\,\dd x = \sum_n\lambda_n\int_0^1e_n(x)^2\dd x = \sum_n\lambda_n .

8. 01g(x,x) ⁣dx=01x(1x) ⁣dx=16\int_0^1g(x,x)\dd x = \int_0^1x(1 - x)\dd x = \frac16, donc n11n2π2=16\sum_{n\geq1}\frac1{n^2\pi^2} = \frac16 :

ζ(2)=n11n2=π26.\zeta(2) = \sum_{n\geq1}\frac1{n^2} = \frac{\pi^2}6 .

9. Pour f=1f = \mathbf 1 : cn=201sin(nπx) ⁣dx=21(1)nnπc_n = \sqrt2\int_0^1\sin(n\pi x)\dd x = \sqrt2\,\frac{1 - (-1)^n}{n\pi} : cn=22nπc_n = \frac{2\sqrt2}{n\pi} pour nn impair, 00 pour nn pair. Parseval : 1=n impair8n2π21 = \sum_{n\text{ impair}}\frac{8}{n^2\pi^2}, donc n impairn2=π28\sum_{n\text{ impair}}n^{-2} = \frac{\pi^2}8, et ζ(2)=π281114=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}8\cdot\frac{1}{1 - \frac14} = \frac{\pi^2}6 (les termes pairs sont 14ζ(2)\frac14\zeta(2)). Comparaison : Parseval pour une ff somme en,f2\abs{\langle e_n, f\rangle}^2 ; la formule de trace intègre la diagonale du noyau, ce qui revient à sommer Parseval sur une famille orthonormée entière d’un coup — nen,Gen\sum_n\langle e_n, Ge_n\rangle — et est donc aveugle à tout choix particulier de fonction test.

10. cncos(nπt)cn\abs{c_n\cos(n\pi t)} \leq \abs{c_n} avec cn2<\sum\abs{c_n}^2 < \infty : pour chaque tt la série converge dans L2L^2 (développement orthonormé, Théorème 13.7(3)) ; la borne de queue u(t)uN(t)22n>Ncn2\norm{u(t) - u_N(t)}_2^2 \leq \sum_{n>N}\abs{c_n}^2 est uniforme en tt, et chaque somme partielle est continue en tt (un nombre fini de cosinus) : tu(t,)t \mapsto u(t,\cdot) est continue à valeurs dans L2L^2. Pour f=nNcnenf = \sum_{n\leq N}c_ne_n : chaque mode cos(nπt)sin(nπx)\cos(n\pi t)\sin(n\pi x) satisfait t2=n2π2=x2\partial_t^2 = -n^2\pi^2 = \partial_x^2 appliqué à lui, s’annule en x=0,1x = 0, 1, a pour valeur sin(nπx)\sin(n\pi x) et dérivée temporelle 00 en t=0t = 0 : la somme finie résout tout. Musicalement : le mouvement de la corde est une superposition d’ondes stationnaires ene_n, dont les fréquences nπn\pi sont le fondamental et ses harmoniques ; le théorème spectral dit que toute forme initiale se décompose de façon unique en ces tons purs, les coefficients cnc_n étant le timbre. Entendre une corde, c’est calculer un développement orthonormé.

11. Avec an=un,x2a_n = \abs{\langle u_n, x\rangle}^2 : mp+1=nμnp+1an=n(μnp/2an)(μnp/2+1an)mpmp+2m_{p+1} = \sum_n\mu_n^{p+1}a_n = \sum_n\bigl(\mu_n^{p/2}\sqrt{a_n}\bigr)\bigl(\mu_n^{p/2+1}\sqrt{a_n}\bigr) \leq \sqrt{m_p\,m_{p+2}} (Cauchy–Schwarz dans 2\ell^2). D’où les rapports mp+1/mpm_{p+1}/m_p sont croissants en pp ; comme R(x)=m1m0R(x) = \frac{m_1}{m_0}, Ax,Axx,Ax=m2m1\frac{\langle Ax, Ax\rangle}{\langle x, Ax\rangle} = \frac{m_2}{m_1} et R(Ax)=m3m2R(Ax) = \frac{m_3}{m_2}, la chaîne suit, chaque terme μ1\leq \mu_1 car mp+1μ1mpm_{p+1} \leq \mu_1m_p terme à terme. Convergence : si a1>0a_1 > 0 (en écrivant le poids total de la valeur propre maximale comme a1a_1), alors

μ1R(Akx)=m2k+1m2k=μ1a1+μn<μ1(μn/μ1)2k+1ana1+μn<μ1(μn/μ1)2kanμ1,\mu_1 \geq R(A^kx) = \frac{m_{2k+1}}{m_{2k}} = \mu_1\,\frac{a_1 + \sum_{\mu_n<\mu_1}(\mu_n/\mu_1)^{2k+1} a_n}{a_1 + \sum_{\mu_n<\mu_1}(\mu_n/\mu_1)^{2k}a_n} \longrightarrow \mu_1,

par convergence dominée des sommes (rapports <1< 1) : la méthode de la puissance converge pour tout vecteur de départ non orthogonal à l’espace propre maximal.

12. Ponctuellement, x,(AB)xABx2\abs{\langle x, (A - B)x\rangle} \leq \vertiii{A - B}\,\norm x^2, donc RA(x)RB(x)+ABR_A(x) \leq R_B(x) + \vertiii{A - B} pour tout xx. En injectant ceci dans la formule max–min du Exercice 15.8 : μn(A)μn(B)+AB\mu_n(A) \leq \mu_n(B) + \vertiii{A - B}, et symétriquement en A,BA, B : μn(A)μn(B)AB\abs{\mu_n(A) - \mu_n(B)} \leq \vertiii{A - B} pour tous les nn d’un coup.

13. w=xx2-w'' = x - x^2 s’intègre en w=x36+x412+cxw = -\frac{x^3}6 + \frac{x^4}{12} + cx (avec w(0)=0w(0) = 0), et w(1)=0w(1) = 0 donne c=112c = \frac1{12} :

w=x42x3+x12=x(1x)(1+xx2)12=Gu.w = \frac{x^4 - 2x^3 + x}{12} = \frac{x(1-x)(1 + x - x^2)}{12} = Gu .

Puis u22=01x2(1x)2=130\norm u_2^2 = \int_0^1x^2(1-x)^2 = \frac1{30}, et avec 01x3(1x)3=B(4,4)=1140\int_0^1x^3(1-x)^3 = B(4,4) = \frac1{140} :

u,Gu=112(130+1140)=175040,R(u)=17/50401/30=17168.\langle u, Gu\rangle = \frac1{12}\Bigl(\frac1{30} + \frac1{140}\Bigr) = \frac{17}{5040}, \qquad R(u) = \frac{17/5040}{1/30} = \frac{17}{168} .

Donc 1π2=λ117168\frac1{\pi^2} = \lambda_1 \geq \frac{17}{168}, i.e. π216817=9.8824\pi^2 \leq \frac{168}{17} = 9.8824 : π3.14364<3.1437\pi \leq 3.14364 < 3.1437 (vraie valeur π2=9.8696\pi^2 = 9.8696). Un polynôme, une intégrale, un chiffre.

14. Écrire u=xx2u = x - x^2, donc Gu=u(1+u)12Gu = \frac{u(1 + u)}{12} et, en utilisant u2=130\int u^2 = \frac1{30}, u3=1140\int u^3 = \frac1{140}, u4=B(5,5)=4!4!9!=1630\int u^4 = B(5,5) = \frac{4!\,4!}{9!} = \frac1{630} :

Gu22=1144u2(1+u)2=1144(130+2140+1630)=1144621260=3190720.\norm{Gu}_2^2 = \frac1{144}\int u^2(1+u)^2 = \frac1{144}\Bigl(\frac1{30} + \frac2{140} + \frac1{630}\Bigr) = \frac1{144}\cdot\frac{62}{1260} = \frac{31}{90720} .

D’où Gu,Guu,Gu=31/9072017/5040=31306\frac{\langle Gu, Gu\rangle}{\langle u, Gu\rangle} = \frac{31/90720}{17/5040} = \frac{31}{306}, et par la question 11 ceci est encore μ1=1π2\leq \mu_1 = \frac1{\pi^2} : π230631=9.87097\pi^2 \leq \frac{306}{31} = 9.87097, i.e. π3.14181<3.1419\pi \leq 3.14181 < 3.1419 — quatre chiffres (et l’itérée suivante en donnerait environ huit, l’erreur se contractant de (λ2/λ1)2=116(\lambda_2/\lambda_1)^2 = \frac1{16} par étape).

15. La famille (emen)(x,y)=em(x)en(y)(e_m \otimes e_n)(x,y) = e_m(x)e_n(y) est une base hilbertienne de L2([0,1]2)L^2(\intcc01^2) (orthonormalité par Tonelli ; totalité comme au Exercice 15.5). Par la question 7, pour xx fixé : g(x,)=nλnen(x)eng(x, \cdot) = \sum_n\lambda_ne_n(x)e_n, donc le coefficient de gg sur emene_m\otimes e_n est

emen, g=01em(x)λnen(x) ⁣dx=λnδmn.\langle e_m\otimes e_n,\ g\rangle = \int_0^1 e_m(x)\,\lambda_n e_n(x)\,\dd x = \lambda_n\,\delta_{mn} .

Parseval dans le carré :

g2=m,nemen,g2=nλn2.\iint g^2 = \sum_{m,n}\abs{\langle e_m\otimes e_n, g\rangle}^2 = \sum_n\lambda_n^2 .

16. Par symétrie de gg,

g2=2y<xy2(1x)2=201(1x)2x33 ⁣dx=23B(4,3)=233!2!6!=23160=190.\iint g^2 = 2\iint_{y<x}y^2(1-x)^2 = 2\int_0^1(1-x)^2\,\frac{x^3}3\,\dd x = \frac23\,B(4, 3) = \frac23\cdot\frac{3!\,2!}{6!} = \frac23\cdot\frac1{60} = \frac1{90} .

17. En combinant : n1n4π4=190\sum_n\frac1{n^4\pi^4} = \frac1{90}, i.e. ζ(4)=π490\zeta(4) = \frac{\pi^4}{90}. En général, tr(Gk)=λnk=ζ(2k)π2k\operatorname{tr}(G^k) = \sum\lambda_n^k = \frac{\zeta(2k)}{\pi^{2k}} égale une intégrale itérée de produits du noyau rationnel-polynomial gg sur le kk-cube : un nombre rationnel. D’où ζ(2k)π2kQ\zeta(2k) \in \pi^{2k}\Q pour tout kk. La machine n’atteint que les arguments pairs car les valeurs propres entrent par leurs puissancesλnk\sum\lambda_n^k — et λn=1n2π2\lambda_n = \frac1{n^2\pi^2} : aucune combinaison de traces ne produit n3\sum n^{-3} ; la nature arithmétique de ζ(3)\zeta(3) (irrationnel par Apéry, transcendance ouverte) gît au-delà de la comptabilité spectrale.

18. Le terme maximal d’une somme de termes positifs est au plus la somme : λ12λn2=190\lambda_1^2 \leq \sum\lambda_n^2 = \frac1{90}, donc 1π2190\frac1{\pi^2} \leq \frac1{\sqrt{90}} et π901/4=3.0801\pi \geq 90^{1/4} = 3.0801\ldots Avec la question 14 : 3.080<π<3.14193.080 < \pi < 3.1419, par la seule arithmétique de la corde. Les traces plus élevées affinent la borne inférieure géométriquement : λ1(trG2k)1/2k=λ1(1+n2(λn/λ1)2k)1/2k\lambda_1 \leq (\operatorname{tr}G^{2k})^{1/2k} = \lambda_1\bigl(1 + \sum_{n\geq2}(\lambda_n/\lambda_1)^{2k} \bigr)^{1/2k}, et le facteur parasite meurt comme (14)2k12k\bigl(\tfrac14\bigr)^{2k}\cdot\frac1{2k}-vite — le même mécanisme d’écart spectral que la convergence de la méthode de la puissance (question 11), vu du côté de la trace.

19. n2π2νδ>0\abs{n^2\pi^2 - \nu} \geq \delta > 0 pour tout nn (la suite n2π2n^2\pi^2 \to \infty évite ν\nu d’une marge), et n2π2νn2π22\abs{n^2\pi^2 - \nu} \geq \frac{n^2\pi^2}2 pour nn grand. Convergence L2L^2 : les coefficients cnn2π2ν\frac{c_n}{n^2\pi^2 - \nu} sont de carré sommable (dominés par cnδ\frac{\abs{c_n}}\delta). Convergence uniforme : les normes uniformes des queues sont bornées par 2n>Ncnn2π2ν22π2(cn2)1/2(n>Nn4)1/20\sqrt2\sum_{n>N} \frac{\abs{c_n}}{\abs{n^2\pi^2 - \nu}} \leq \frac{2\sqrt2}{\pi^2}\bigl(\sum\abs{c_n}^2\bigr)^{1/2} \bigl(\sum_{n>N}n^{-4}\bigr)^{1/2} \to 0 (Cauchy–Schwarz). Vérification : Gf+νGuGf + \nu Gu a pour coefficient ene_n

λncn+νλncnn2π2ν=cnn2π2(1+νn2π2ν)=cnn2π2ν:\lambda_nc_n + \frac{\nu\lambda_nc_n}{n^2\pi^2 - \nu} = \frac{c_n}{n^2\pi^2}\Bigl(1 + \frac{\nu}{n^2\pi^2 - \nu}\Bigr) = \frac{c_n}{n^2\pi^2 - \nu} :

exactement les coefficients de uu, donc u=Gf+νGuu = Gf + \nu Gu ; unicité car une différence vv de solutions satisfait v=νGvv = \nu Gv, i.e. en,v(n2π2ν)=0\langle e_n, v\rangle(n^2\pi^2 - \nu) = 0 pour tout nn : v=0v = 0.

20. Comme à la question 19, l’équation u=Gf+νGuu = Gf + \nu Gu est équivalente à la famille d’équations de coefficients (n2π2ν)en,u=cn(n^2\pi^2 - \nu)\,\langle e_n, u\rangle = c_n, n1n \geq 1. Pour n=mn = m le membre de gauche est 00 : la résolubilité force cm=0c_m = 0, et alors em,u\langle e_m, u\rangle est libre tandis que tous les autres coefficients sont déterminés : les solutions forment la droite u0+Remu_0 + \R e_m. Résonance : un forçage avec une composante sur le mode propre pompe de l’énergie dedans sans borne — la balançoire poussée à sa propre fréquence.

21. De la formule de la question 19, Rνf22=cn2(n2π2ν)2f2(π2ν)2\norm{R_\nu f}_2^2 = \sum\frac{\abs{c_n}^2}{(n^2\pi^2 - \nu)^2} \leq \frac{\norm f^2}{(\pi^2 - \nu)^2} (pour ν<π2\nu < \pi^2 la valeur propre la plus proche est π2\pi^2), avec égalité approchée sur f=e1f = e_1 : norme d’opérateur 1π2ν\frac1{\pi^2 - \nu}. Compacité : RνR_\nu est la limite en norme de ses troncatures de rang fini (les coefficients de queue 1n2π2ν0\frac1{n^2\pi^2 - \nu} \to 0) ; l’autoadjonction et la positivité se lisent sur la forme diagonale (tous les coefficients 1n2π2ν>0\frac1{n^2\pi^2 - \nu} > 0). RνR_\nu a pour valeurs propres 1n2π2ν\frac1{n^2\pi^2 - \nu} : l’analyse des Parties I–VI redémarre mot pour mot.

22. Le dictionnaire : valeur propre λn=1n2π2\lambda_n = \frac1{n^2\pi^2} \leftrightarrow fréquence au carré n2π2n^2\pi^2 de la nn-ième harmonique ; trace λn=16\sum \lambda_n = \frac16 \leftrightarrow ζ(2)=π26\zeta(2) = \frac{\pi^2}6 ; norme de Hilbert–Schmidt g2=190\iint g^2 = \frac1{90} \leftrightarrow ζ(4)=π490\zeta(4) = \frac{\pi^4}{90} ; alternative de Fredholm \leftrightarrow résonance de la corde forcée ; min–max \leftrightarrow estimations variationnelles, jusqu’à π<3.1437\pi < 3.1437 à partir d’un polynôme. Derrière chaque appariement, le même objet : un seul opérateur compact autoadjoint, diagonalisé une fois, exploité de cinq façons.

23. En scindant selon la parité et en substituant n=2mn = 2m dans la partie paire,

ζ(6)=n impair1n6+m11(2m)6=π6960+ζ(6)64,\zeta(6) = \sum_{n\text{ impair}}\frac1{n^6} + \sum_{m\geq1}\frac1{(2m)^6} = \frac{\pi^6}{960} + \frac{\zeta(6)}{64},

donc 6364ζ(6)=π6960\frac{63}{64}\zeta(6) = \frac{\pi^6}{960} et ζ(6)=64π663960=π6945\zeta(6) = \frac{64\,\pi^6}{63\cdot960} = \frac{\pi^6}{945}. La voie par la trace calculerait trG3=λn3=ζ(6)/π6\operatorname{tr}G^3 = \sum\lambda_n^3 = \zeta(6)/\pi^6 comme gg2\iint g\,g_2 avec le noyau itéré g2(x,y)=01g(x,z)g(z,y) ⁣dzg_2(x,y) = \int_0^1g(x,z)g(z,y)\dd z — trois intégrations de polynômes par morceaux ; Parseval sur x(1x)x(1-x) n’en a demandé qu’une.

24. (a) Diagonaliser : v=nanunv = \sum_na_nu_n (plus une composante éventuelle de noyau, sur laquelle v,Av\langle v, Av\rangle ne gagne rien et v2\norm v^2 croît, donc un maximiseur n’en a pas). Alors v,Av=μnan2μ1an2\langle v, Av\rangle = \sum\mu_na_n^2 \leq \mu_1\sum a_n^2, avec égalité ssi an=0a_n = 0 dès que μn<μ1\mu_n < \mu_1 : un maximiseur gît dans l’espace propre de μ1\mu_1. (b) Pour tout uu,

u,Auu,Au=k(x,y)(u(x)u(y)u(x)u(y)) ⁣dx ⁣dy    0,\langle\abs u, A\abs u\rangle - \langle u, Au\rangle = \iint k(x,y)\,\bigl(\abs{u(x)}\abs{u(y)} - u(x)u(y)\bigr)\dd x\,\dd y \;\geq\; 0,

l’intégrande étant ponctuellement non négative. Si P={u>0}P = \{u > 0\} et N={u<0}N = \{u < 0\} ont tous deux une mesure positive, alors sur P×NP\times N l’intégrande égale 2ku(x)u(y)>02k\abs{u(x)}\abs{u(y)} > 0 sur un ensemble de mesure positive : inégalité stricte. Une fonction propre de μ1\mu_1 uu maximise le quotient de Rayleigh, et u\abs u a la même norme, donc la strictesse exhiberait R(u)>μ1R(\abs u) > \mu_1 — impossible ; d’où uu a un signe constant p.p., disons u0u \geq 0. Alors u(x)=μ11(Au)(x)=μ11k(x,y)u(y) ⁣dy>0u(x) = \mu_1^{-1}(Au)(x) = \mu_1^{-1}\int k(x,y)u(y)\dd y > 0 pour tout x(0,1)x \in \intoo01 (k(x,)>0k(x,\cdot) > 0 et u0u \neq 0). (c) Si l’espace propre avait dimension 2\geq 2, il contiendrait deux fonctions propres orthogonales u,vu, v, chacune de signe constant et ne s’annulant pas à l’intérieur par (b) ; mais alors u,v=uv>0\abs{\langle u, v\rangle} = \int\abs u\,\abs v > 0 — contradiction. Sur la corde : k=g>0k = g > 0 sur le carré ouvert, μ1=λ1=1π2\mu_1 = \lambda_1 = \frac1{\pi^2} est bien simple, e1=2sin(πx)e_1 = \sqrt2\sin(\pi x) est positif sur (0,1)\intoo01 ; et chaque en=2sin(nπx)e_n = \sqrt2\sin(n\pi x), n2n \geq 2, orthogonal au e1e_1 positif, doit s’intégrer à zéro contre lui, donc change de signe — comme le confirment ses n1n - 1 zéros intérieurs kn\frac kn.

25. Comme n2π2n^2\pi^2 \to \infty, le minimum d=minnn2π2νd = \min_n\abs{n^2\pi^2 - \nu} est atteint, en quelque mode mm, et d>0d > 0 car ν\nu évite le spectre. La formule diagonale de la question 19 donne

Rνf22=ncn2(n2π2ν)21d2f22,\norm{R_\nu f}_2^2 = \sum_n\frac{\abs{c_n}^2}{(n^2\pi^2 - \nu)^2} \leq \frac1{d^2}\,\norm f_2^2,

avec égalité pour f=emf = e_m : Rν=1d\vertiii{R_\nu} = \frac1d, l’inverse de la distance de ν\nu au spectre — le principe général du résolvant, ici en coordonnées explicites. L’autoadjonction se lit sur les coefficients diagonaux réels ; la compacité suit comme à la question 21 (les coefficients tendent vers 00, donc les troncatures de rang fini convergent en norme). Prix de la résonance : pour f=e1f = e_1 et ν=(1ε)π2\nu = (1-\varepsilon)\pi^2, la formule donne u=c1π2νe1=1επ2e1u = \frac{c_1}{\pi^2 - \nu}e_1 = \frac1{\varepsilon\pi^2}e_1, contre la réponse statique Ge1=1π2e1Ge_1 = \frac1{\pi^2}e_1 : amplification 1ε\frac1\varepsilon. En ε=102\varepsilon = 10^{-2} la réponse est 100100 fois la réponse statique — et elle diverge quand ε0\varepsilon \to 0, ce qui est l’alternative de la question 20 vue du côté borné : plus la fréquence de forçage est proche d’une fréquence naturelle, moins l’inverse est borné.