Physics · Livre 5 · Bachelor Year 3

Physique universitaire — 3e année

Physique universitaire — 3e année · Bachelor Year 3

7L’équation de Schrödinger à trois dimensions

L’écran d’un téléviseur moderne brille de cristaux si petits que leur taille fixe leur couleur : un grain de séléniure de cadmium de quatre nanomètres brille en rouge, la même substance à deux nanomètres brille en bleu-vert. Rien ne diffère dans la chimie — seulement la taille de la boîte qui confine les électrons. Le volume de deuxième année s’achevait sur la mécanique quantique à une dimension : fonctions d’onde sur une droite, puits, barrières et effet tunnel. Mais les électrons vivent à trois dimensions, et le pas de la droite à l’espace apporte une physique authentiquement nouvelle : la probabilité s’écoule comme un courant dans l’espace, les énergies d’une boîte s’empilent avec des dégénérescences qui trahissent sa symétrie, les états doivent être comptés — ce comptage qui régira plus tard toute la physique statistique — et les problèmes sphériques se ramènent, dans leur cas le plus simple, à une équation unidimensionnelle déguisée portant sur le rayon. Ce chapitre franchit ces pas, et ses pièces maîtresses sont la boîte quantique d’un téléviseur et le plus léger des noyaux de la nature.

7.1 Fonctions d’onde dans l’espace

Définition 7.1 (Fonction d’onde et probabilité à trois dimensions)

L’état d’une particule est un champ complexe ψ(r→,t)\psi(\vect r, t) muni de la règle de Born

 ⁣dP=∣ψ(r→,t)∣2  ⁣d3r,∫∣ψ∣2  ⁣d3r=1,\dd\mathcal P = |\psi(\vect r, t)|^2\,\dd^3r , \qquad \int|\psi|^2\,\dd^3r = 1 ,

et son évolution est l’équation de Schrödinger, avec le laplacien à la place de la dérivée seconde :

iℏ ∂ψ∂t=−ℏ22m Δψ+V(r→) ψ,Δ=∂2∂x2+∂2∂y2+∂2∂z2.\iu\hbar\,\frac{\partial\psi}{\partial t} = -\frac{\hbar^2}{2m}\,\Delta\psi + V(\vect r)\,\psi , \qquad \Delta = \frac{\partial^2}{\partial x^2} + \frac{\partial^2}{\partial y^2} + \frac{\partial^2}{\partial z^2} .

Tout ce qu’établissait le volume de deuxième année survit textuellement : linéarité et superposition, états stationnaires φ(r→) e−iEt/ℏ\varphi(\vect r)\,\eu^{-\iu Et/\hbar} avec −ℏ22mΔφ+Vφ=Eφ-\tfrac{\hbar^2}{2m}\Delta\varphi + V\varphi = E\varphi, et l’opérateur quantité de mouvement, désormais le gradient p→^=−iℏ∇→\hat{\vect p} = -\iu\hbar\vect\nabla.

Proposition 7.2 (La probabilité s’écoule : le courant)

La densité ρ=∣ψ∣2\rho = |\psi|^2 obéit à une équation de continuité,

∂ρ∂t+div⁡ȷ→=0,ȷ→=ℏm Im⁡(ψ∗∇→ψ):\frac{\partial\rho}{\partial t} + \operatorname{div}\vect\jmath = 0 , \qquad \vect\jmath = \frac{\hbar}{m}\, \operatorname{Im}\big(\psi^*\vect\nabla\psi\big) :

la probabilité est localement conservée, transportée par le courant ȷ→\vect\jmath — pour une onde plane Aeik→⋅r→A\eu^{\iu\vect k\cdot\vect r}, ȷ→=∣A∣2ℏk→/m=ρv→\vect\jmath = |A|^2\hbar\vect k/m = \rho\vect v, un écoulement uniforme ; pour tout φ\varphi réel, ȷ→=0→\vect\jmath = \vect 0 : les états liés stationnaires ne portent aucun écoulement net.

Démonstration. Comme à une dimension : ∂t(ψ∗ψ)\partial_t(\psi^*\psi) à partir de l’équation et de sa conjuguée ; les termes de potentiel se compensent, et (iℏ/2m)(ψ∗Δψ−ψΔψ∗)=−div⁡[(ℏ/m)Im⁡(ψ∗∇→ψ)](\iu\hbar/2m) (\psi^*\Delta\psi - \psi\Delta\psi^*) = -\operatorname{div}\big[(\hbar/m)\operatorname{Im}(\psi^*\vect\nabla \psi)\big] par la règle du produit pour la divergence. ∎

Le courant de probabilité : une onde progressive transporte sa densité comme un fluide ; une fonction d’onde réelle (liée, stationnaire) reste immobile — le nuage électronique de l’atome ne circule pas, sauf si l’état est complexe.
Le courant de probabilité : une onde progressive transporte sa densité comme un fluide ; une fonction d’onde réelle (liée, stationnaire) reste immobile — le nuage électronique de l’atome ne circule pas, sauf si l’état est complexe.

7.2 Boîtes, dégénérescence et comptage des états

Théorème 7.3 (Séparation des variables)

Si le potentiel se scinde en V=V1(x)+V2(y)+V3(z)V = V_1(x) + V_2(y) + V_3(z), on peut prendre les états stationnaires sous forme de produits φ(r→)=φ1(x) φ2(y) φ3(z)\varphi(\vect r) = \varphi_1(x)\,\varphi_2(y)\,\varphi_3(z), où chaque facteur résout son propre problème unidimensionnel, et les énergies s’ajoutent : E=E1+E2+E3E = E_1 + E_2 + E_3. Trois dimensions, en pareil cas, c’est une dimension trois fois.

Démonstration. Portons le produit dans l’équation stationnaire et divisons par φ\varphi : la somme de trois expressions à une variable vaut la constante EE, donc chacune est séparément constante. Que tout état soit une superposition de tels produits est la complétude des solutions à une dimension, admise. ∎

Proposition 7.4 (La boîte cubique et ses dégénérescences)

Dans une boîte de côté aa à parois impénétrables, les états sont indexés par trois entiers positifs,

φn1n2n3∝sin⁡n1πxasin⁡n2πyasin⁡n3πza,E=h28ma2 (n12+n22+n32).\varphi_{n_1n_2n_3} \propto \sin\frac{n_1\pi x}{a}\sin\frac{n_2\pi y}{a}\sin\frac{n_3\pi z}{a} , \qquad E = \frac{h^2}{8ma^2}\,(n_1^2 + n_2^2 + n_3^2) .

Des états distincts partagent désormais des énergies : le niveau (2,1,1)(2,1,1) vient en trois exemplaires, (1,2,1)(1,2,1) et (1,1,2)(1,1,2) étant des états physiquement distincts de même EE. Une telle dégénérescence est la signature d’une symétrie — ici, l’interchangeabilité des trois axes de la boîte ; aplatir un peu la boîte et le triplet se scinde.

Démonstration. Séparation en trois puits infinis du volume de deuxième année ; les énergies s’ajoutent. ∎

Les niveaux les plus bas de la boîte cubique : énergies en unités de h2/8ma2 avec leurs nombres quantiques. Les permutations de n_i inégaux donnent des triplets et des sextuplets dégénérés — l’empreinte de la symétrie cubique.
Les niveaux les plus bas de la boîte cubique : énergies en unités de h2/8ma2h^2/8ma^2 avec leurs nombres quantiques. Les permutations de nin_i inégaux donnent des triplets et des sextuplets dégénérés — l’empreinte de la symétrie cubique.

Proposition 7.5 (Compter les états)

Le nombre d’états de la boîte d’énergie inférieure à EE vaut, pour EE grand,

N(E)≈V6π2(2mEℏ2)3/2,V=a3:N(E) \approx \frac{V}{6\pi^2}\Big(\frac{2mE}{\hbar^2}\Big)^{3/2} , \qquad V = a^3 :

proportionnel au volume et à E3/2E^{3/2}. De façon équivalente, l’espace des phases contient un état quantique par volume h3h^3 — la cellule de Bohr–Sommerfeld du Chapitre 2, désormais démontrée. Ce seul comptage est la matière première de la physique statistique et de la physique du solide plus loin dans ce volume : les électrons des métaux, les photons des cavités, le rayonnement des corps chauds commencent tous ici.

Démonstration. Les états sont les points entiers (n1,n2,n3)(n_1, n_2, n_3) de l’octant positif ; E≤Emax⁡E \le E_{\max} garde ceux qui sont dans la sphère de rayon R=8ma2E/h2R = \sqrt{8ma^2E/h^2}. Pour RR grand, le compte est le volume de l’octant 18⋅43πR3\tfrac18\cdot\tfrac43\pi R^3 ; substituer. (Version dans l’espace des phases : N=V⋅43πp3h3N = \tfrac{V\cdot\frac43\pi p^3}{h^3} avec p=2mEp = \sqrt{2mE} — le même nombre.) ∎

Exemple 7.6 (Un métal, première estimation)

Le cuivre offre à peu près un électron mobile par atome, n=8.5×1028 m−3n = 8.5 \times 10^{28}\,\mathrm{m}^{-3}. En remplissant les états de la boîte de deux électrons chacun (spin, Chapitre 12) jusqu’à l’énergie qui les loge tous, l’inversion du comptage donne EF≈7 eVE_{\text{F}} \approx 7\,\mathrm{eV} — une énergie énorme devant l’agitation thermique (kBT≈25 meVk_{\text{B}}T \approx 25\,\mathrm{meV}) : même à température ambiante, les électrons d’un métal forment une foule profondément quantique. L’histoire complète est le Chapitre 24.

Exemple 7.7 (L’oscillateur isotrope)

Pour V=12mω2r2=12mω2(x2+y2+z2)V = \tfrac12 m\omega^2r^2 = \tfrac12 m\omega^2(x^2 + y^2 + z^2), la séparation donne E=(nx+ny+nz+32)ℏωE = (n_x + n_y + n_z + \tfrac32)\hbar\omega : des niveaux 32,52,72ℏω…\tfrac32, \tfrac52, \tfrac72\hbar\omega\ldots de dégénérescences 1,3,6,10,…1, 3, 6, 10, \dots — croissantes, contrairement au motif irrégulier de la boîte, avec une parfaite régularité. Une dégénérescence supplémentaire, au-delà de ce qu’explique la permutation des axes, signale une symétrie cachée plus grande ; l’atome d’hydrogène répétera le tour de façon spectaculaire. Remplies de particules appariées par le spin, ces couches d’oscillateur logent 2,8,20,…2, 8, 20, \dots — la première approximation des « nombres magiques » de la physique nucléaire (Chapitre 25).

7.3 Problèmes sphériques : l’astuce de l’onde s

Proposition 7.8 (États à symétrie sphérique)

Pour un potentiel central V(r)V(r), cherchons les états ne dépendant que de rr (les états s ; le cas général, avec structure angulaire, attend le Chapitre 10). En écrivant φ(r)=u(r)/r\varphi(r) = u(r)/r, la fonction uu obéit à

−ℏ22m u′′+V(r) u=E u,u(0)=0:-\frac{\hbar^2}{2m}\,u'' + V(r)\,u = E\,u , \qquad u(0) = 0 :

exactement l’équation de Schrödinger unidimensionnelle sur une demi-droite, avec un mur à l’origine. Tout l’outillage à une dimension du volume de deuxième année — puits, raccordements, effet tunnel — s’applique textuellement aux problèmes sphériques, au prix d’une seule substitution.

Démonstration. Pour φ(r)\varphi(r), le laplacien se réduit à Δφ=1r(rφ)′′=u′′/r\Delta\varphi = \tfrac1r(r\varphi)'' = u''/r ; substituer et multiplier par rr. La condition u(0)=0u(0) = 0 maintient φ=u/r\varphi = u/r fini à l’origine ; la normalisation est ∫0∞∣u∣2 ⁣dr\int_0^\infty|u|^2\dd r multipliée par 4π4\pi — uu est une véritable fonction d’onde unidimensionnelle. ∎

Exemple 7.9 (Le deuton : à peine un noyau)

Le deuton — un proton, un neutron — est le noyau le plus simple : énergie de liaison B=2.2 MeVB = 2.2\,\mathrm{MeV}, minuscule à l’échelle nucléaire. Comme modèle, plaçons le mouvement relatif (masse réduite mp/2m_{\text{p}}/2) dans un puits sphérique de portée R=2.1 fmR = 2.1\,\mathrm{fm} et de profondeur V0V_0 : l’équation en uu est le puits fini à une dimension. Le raccordement des solutions intérieure et extérieure exige une profondeur minimale V0>π2ℏ2/8μR2≈23 MeVV_0 > \pi^2\hbar^2/8\mu R^2 \approx 23\,\mathrm{MeV} pour qu’existe un état lié, et reproduire B=2.2 MeVB = 2.2\,\mathrm{MeV} demande V0≈35 MeVV_0 \approx 35\,\mathrm{MeV} (Exercice 7.10) : l’interaction forte ne lie le deuton qu’avec dix pour cent de marge. La fonction d’onde fuit loin hors du puits — la paire de nucléons passe l’essentiel de son temps hors de portée de la force — et il n’existe pas de second état lié : le deuxième noyau le plus simple de la nature, l’hélium, réclame un troisième nucléon.

La fonction d’onde radiale u(r) du deuton dans le modèle du puits sphérique : à peine un quart d’oscillation tient à l’intérieur du puits, et l’état survit grâce à une queue qui s’étend bien au-delà de la portée de la force — un noyau lié par 2.2\, MeV dans un puits profond de 35\, MeV.
La fonction d’onde radiale u(r)u(r) du deuton dans le modèle du puits sphérique : à peine un quart d’oscillation tient à l’intérieur du puits, et l’état survit grâce à une queue qui s’étend bien au-delà de la portée de la force — un noyau lié par 2.2 MeV2.2\,\mathrm{MeV} dans un puits profond de 35 MeV35\,\mathrm{MeV}.

Méthode 7.10 (Problèmes à trois dimensions)

(1) Potentiel additif (V1+V2+V3V_1 + V_2 + V_3) ? Séparer ; les énergies s’ajoutent ; rassembler les dégénérescences par symétrie. (2) Potentiel central, état sphérique ? Substituer φ=u/r\varphi = u/r et réutiliser tous les résultats à une dimension avec u(0)=0u(0) = 0. (3) Pour compter les états, penser dans l’espace des n→\vect n ou dans l’espace des phases, à raison d’un état par h3h^3 (et par état de spin). (4) Courants : calculer ȷ→\vect\jmath lorsqu’un écoulement ou un flux importe ; se rappeler que fonction d’onde réelle == pas de courant. (5) Estimer d’abord : l’énergie de confinement ∼h2/8mL2\sim h^2/8mL^2 par direction fixe les échelles, des boîtes quantiques aux noyaux, avant toute résolution.

Des boîtes quantiques sous lumière ultraviolette : le même semi-conducteur, en cristaux de plus en plus petits, brille du rouge au bleu. La couleur est fixée par les énergies de la particule dans une boîte de ce chapitre — du confinement que l’on voit.
Des boîtes quantiques sous lumière ultraviolette : le même semi-conducteur, en cristaux de plus en plus petits, brille du rouge au bleu. La couleur est fixée par les énergies de la particule dans une boîte de ce chapitre — du confinement que l’on voit.

7.4 Exercices

Exercice 7.1 ★

L’état gaussien ψ(r→)=A e−r2/4σ2\psi(\vect r) = A\,\eu^{-r^2/4\sigma^2}. (a) Le normaliser (∫0∞x2e−x2 ⁣dx=π/4\int_0^\infty x^2\eu^{-x^2}\dd x = \sqrt\pi/4). (b) Calculer ⟨r2⟩\langle r^2\rangle et Δx\Delta x (l’isotropie aide). (c) Que vaut ȷ→\vect\jmath pour cet état, et pourquoi ? (d) Multiplier par eik→0⋅r→\eu^{\iu\vect k_0\cdot\vect r} : que valent maintenant ⟨p→⟩\langle\vect p\rangle et ȷ→\vect\jmath ?

Solution

Solution de Exercice 7.1.

(a) ∫∣ψ∣2 ⁣d3r=∣A∣2 4π∫0∞r2e−r2/2σ2 ⁣dr=∣A∣2(2πσ2)3/2\int|\psi|^2\dd^3r = |A|^2\,4\pi\int_0^\infty r^2\eu^{-r^2/2 \sigma^2}\dd r = |A|^2(2\pi\sigma^2)^{3/2} : A=(2πσ2)−3/4A = (2\pi\sigma^2)^{ -3/4}. (b) Par isotropie ⟨r2⟩=3⟨x2⟩=3σ2\langle r^2\rangle = 3\langle x^2\rangle = 3\sigma^2, donc Δx=σ\Delta x = \sigma. (c) ȷ→=0→\vect\jmath = \vect 0 : la fonction d’onde est réelle. (d) ⟨p→⟩=ℏk→0\langle\vect p\rangle = \hbar\vect k_0 et ȷ→=ρ ℏk→0/m\vect\jmath = \rho\,\hbar\vect k_0/m : le même nuage, désormais en translation.

Exercice 7.2 ★

Pour la boîte cubique, dresser la liste de tous les niveaux jusqu’à E=15E = 15 (en unités de h2/8ma2h^2/8ma^2) avec leurs dégénérescences. Montrer ensuite que le niveau 2727 est dégénéré au-delà des permutations : trouver ses deux familles de nombres quantiques et dites pourquoi une telle dégénérescence « accidentelle » ne découle pas de la symétrie cubique.

Solution

Solution de Exercice 7.2.

3 (1)3\,(1), 6 (3)6\,(3), 9 (3)9\,(3), 11 (3)11\,(3), 12 (1)12\,(1), 14 (6)14\,(6) — puis plus rien jusqu’à 1717. Niveau 2727 : (3,3,3)(3,3,3) et les permutations de (5,1,1)(5,1,1) — quatre états, puisque 27=9+9+9=25+1+127 = 9+9+9 = 25+1+1. La symétrie cubique ne fait que permuter les axes, et aucune permutation ne relie (3,3,3)(3,3,3) à (5,1,1)(5,1,1) : la coïncidence est arithmétique (deux écritures comme somme de trois carrés), non géométrique.

Exercice 7.3 ★

Calculer le courant ȷ→\vect\jmath pour : (a) l’onde plane AeikxA\eu^{\iu kx} ; (b) l’onde stationnaire Asin⁡kxA\sin kx ; (c) la superposition A(eikx+r e−ikx)A(\eu^{\iu kx} + r\,\eu^{-\iu kx}), rr réel — interpréter le résultat comme flux incident moins flux réfléchi ; (d) l’état A eimφA\,\eu^{\iu m\varphi} sur un anneau de rayon bb (y utiliser ∣∇→∣=(1/b)∂φ|\vect\nabla| = (1/b)\partial_\varphi) : un courant qui circule à jamais.

Solution

Solution de Exercice 7.3.

(a) ȷ→=∣A∣2ℏk/m e→x\vect\jmath = |A|^2\hbar k/m\,\vect e_x. (b) Nul : fonction réelle. (c) j=(∣A∣2ℏk/m)(1−r2)j = (|A|^2\hbar k/m)(1 - r^2) : flux incident moins flux réfléchi — les termes croisés se compensent. (d) j=ρ ℏm/Mbj = \rho\,\hbar m/Mb avec ρ=1/2π\rho = 1/2\pi (par unité d’angle) : une circulation permanente, l’ancêtre microscopique des courants persistants.

Exercice 7.4 ★

Un cristallite de boîte quantique confine une paire électron–trou de masse effective μ=0.10 me\mu = 0.10\,m_{\text{e}} ; l’énergie du photon émis est la largeur de bande interdite du matériau massif Eg=1.74 eVE_{\text{g}} = 1.74\,\mathrm{eV} augmentée de l’énergie de confinement d’une boîte sphérique, π2ℏ2/2μR2\pi^2\hbar^2/2\mu R^2. (a) Calculer l’énergie de confinement à R=3 nmR = 3\,\mathrm{nm}. (b) La longueur d’onde émise. (c) Dans quel sens la couleur se déplace-t-elle quand la boîte rétrécit ? (d) Pourquoi le séléniure de cadmium massif (grand RR) montre-t-il une couleur unique et fixe ?

Solution

Solution de Exercice 7.4.

Le coefficient vaut π2(ℏc)2/2μc2=3.76 eV nm2\pi^2(\hbar c)^2/2\mu c^2 = 3.76\,\mathrm{eV}\,\mathrm{nm}^{2}. (a) À R=3 nmR = 3\,\mathrm{nm} : 0.42 eV0.42\,\mathrm{eV}. (b) E=2.16 eVE = 2.16\,\mathrm{eV} : λ=1240/2.16=575 nm\lambda = 1240/2.16 = 575\,\mathrm{nm}, jaune-vert. (c) RR plus petit, EE plus grand : vers le bleu. (d) Dans le matériau massif le terme de confinement s’annule : bande interdite fixée à 1.74 eV1.74\,\mathrm{eV}, λ=713 nm\lambda = 713\,\mathrm{nm}, le même rouge profond quel que soit l’échantillon.

Exercice 7.5 ★★

Une particule sur un anneau (rayon bb, coordonnée φ\varphi) : les états stationnaires sont ψm=eimφ/2π\psi_m = \eu^{\iu m\varphi}/\sqrt{2\pi}. (a) Pourquoi mm doit-il être entier ? (b) Montrer que Em=ℏ2m2/2mb2E_m = \hbar^2m^2/2mb^2 — attention aux deux mm : écrire Em=ℏ2m2/2Mb2E_m = \hbar^2 m^2/2Mb^2 pour une masse MM — et remarquer que chaque niveau m≠0m \neq 0 est deux fois dégénéré : quelle symétrie apparie +m+m et −m-m ? (c) Calculer le courant de ψm\psi_m et le moment magnétique « orbital » associé si la particule porte la charge qq. (d) Les six électrons mobiles du benzène vivent sur un anneau de b≈1.4 A˚b \approx 1.4\,\text{Å} : estimer l’énergie du photon de la première excitation permise (m=±1→±2m = \pm1 \to \pm2) et comparer à l’absorption ultraviolette du benzène vers 180 nm180\,\mathrm{nm} — un anneau, sans chimie.

Solution

Solution de Exercice 7.5.

(a) Uniformité : ψ(φ+2π)=ψ(φ)\psi(\varphi + 2\pi) = \psi(\varphi) impose e2πim=1\eu^{2\pi\iu m} = 1. (b) Em=ℏ2m2/2Mb2E_m = \hbar^2m^2/2Mb^2 ; les états ±m\pm m circulent en sens contraires et sont échangés par réflexion spéculaire (ou renversement du temps) — une symétrie de l’anneau, d’où la dégénérescence. (c) La boucle de courant I=qℏm/2πMb2I = q\hbar m/2\pi Mb^2 porte le moment magnétique μ=Iπb2=m qℏ/2M\mu = I\pi b^2 = m\,q\hbar/2M — quantifié par pas de qℏ/2Mq\hbar/2M, le motif du magnéton de Bohr du Chapitre 10. (d) ℏ2/2meb2=1.9 eV\hbar^2/2m_{\text{e}}b^2 = 1.9\,\mathrm{eV} ; les six électrons remplissent m=0,±1m = 0, \pm1, et la première excitation ±1→±2\pm1 \to \pm2 coûte (4−1)×1.9≈5.8 eV(4-1) \times 1.9 \approx 5.8\,\mathrm{eV}, soit λ≈210 nm\lambda \approx 210\,\mathrm{nm} — le bon voisinage ultraviolet, obtenu d’un anneau et de rien d’autre.

Exercice 7.6 ★★

Dégénérescences de l’oscillateur isotrope. (a) Montrer que le nombre de triplets vérifiant nx+ny+nz=nn_x + n_y + n_z = n vaut (n+1)(n+2)/2(n+1)(n+2)/2. (b) Donner les populations de couche pour n=0n = 0 à 33, doublées pour le spin. (c) Montrer que les remplissages cumulés valent 2,8,20,40,…2, 8, 20, 40, \dots : les trois premiers coïncident avec les nombres de nucléons « magiques » particulièrement stables de la physique nucléaire — que suggère l’échec à 4040 (les vrais magiques : 2828, 5050) sur le potentiel nucléaire ? (d) Pourquoi le motif irrégulier des niveaux de la boîte ne produit-il, contrairement à l’oscillateur, aucune structure en couches marquée ?

Solution

Solution de Exercice 7.6.

(a) Choisissons nx=0..nn_x = 0..n et ny=0..n−nxn_y = 0..n - n_x : ∑nx(n−nx+1)=(n+1)(n+2)/2\sum_{n_x}(n - n_x + 1) = (n+1)(n+2)/2. (b) Avec le spin : 2,6,12,202, 6, 12, 20 ; cumulé 2,8,20,402, 8, 20, 40. (c) 22, 88, 2020 sont magiques ; l’échec au-delà dit que le puits nucléaire n’est pas harmonique — à fond plus plat, et surtout doté d’un fort couplage spin–orbite qui rebat les couches en 28,50,8228, 50, 82. (d) Une structure en couches demande des niveaux groupés séparés par des lacunes ; les niveaux de la boîte s’étalent irrégulièrement sans grande lacune, si bien qu’aucun motif de stabilité à la manière des noyaux n’émerge.

Exercice 7.7 ★★

Le puits sphérique infini (rayon RR) : par l’astuce de l’onde ss, (a) trouver les niveaux En=n2π2ℏ2/2MR2E_n = n^2\pi^2\hbar^2/2MR^2 et les fonctions d’onde unu_n ; (b) calculer E1E_1 pour un nucléon (Mc2=939 MeVMc^2 = 939\,\mathrm{MeV}) dans R=5 fmR = 5\,\mathrm{fm} (prendre ℏc=197.3 MeV fm\hbar c = 197.3\,\mathrm{MeV}\,\mathrm{fm}) ; (c) comparer aux écarts de niveaux mesurés de quelques MeV dans les noyaux moyens ; (d) où la particule a-t-elle le plus de chances de se trouver dans l’état fondamental — calculer le maximum de ∣u1∣2|u_1|^2, et l’opposer à la réponse de la boîte à une dimension pour ∣φ∣2|\varphi|^2.

Solution

Solution de Exercice 7.7.

(a) un=2/Rsin⁡(nπr/R)u_n = \sqrt{2/R}\sin(n\pi r/R), En=n2π2ℏ2/2MR2E_n = n^2\pi^2\hbar^2/2MR^2. (b) E1=π2(ℏc)2/2Mc2R2=384210/(2×939×25)=8.2 MeVE_1 = \pi^2(\hbar c)^2/2Mc^2R^2 = 384210/(2 \times 939 \times 25) = 8.2\,\mathrm{MeV}. (c) Le bon ordre : les nucléons dans les noyaux sont des états quantiques espacés de quelques MeV, comme leurs spectres le montrent. (d) ∣u1∣2|u_1|^2 est maximal en r=R/2r = R/2 : la probabilité radiale est la plus grande à mi-chemin (le r2r^2 de l’élément de volume, caché dans u=rφu = r\varphi, décentre le maximum), tandis que le ∣φ∣2|\varphi|^2 de la boîte à une dimension est maximal au centre.

Exercice 7.8 ★★

Compter les électrons d’un métal. (a) À partir de Proposition 7.5 avec deux états de spin, montrer qu’en logeant NN électrons dans le volume VV on atteint l’énergie de Fermi

EF=ℏ22me (3π2n)2/3,n=N/V.E_{\text{F}} = \frac{\hbar^2}{2m_{\text{e}}}\,(3\pi^2n)^{2/3} , \qquad n = N/V .

(b) L’évaluer pour le cuivre. (c) Calculer la vitesse de Fermi et la température EF/kBE_{\text{F}}/k_{\text{B}} correspondantes. (d) En une phrase : pourquoi les électrons ne se placent-ils pas tous dans l’état fondamental, et quel principe (annoncé ici, démontré au Chapitre 14) l’interdit ?

Solution

Solution de Exercice 7.8.

(a) Poser N=2Neˊtats(EF)N = 2N_{\text{états}}(E_{\text{F}}) et inverser le comptage. (b) Cuivre : EF=7.1 eVE_{\text{F}} = 7.1\,\mathrm{eV}. (c) vF=2EF/me=1.6×106 m/sv_{\text{F}} = \sqrt{2E_{\text{F}}/m_{\text{e}}} = 1.6 \times 10^{6}\,\mathrm{m}/\mathrm{s} ; TF=EF/kB≈8×104 KT_{\text{F}} = E_{\text{F}}/k_{\text{B}} \approx 8 \times 10^{4}\,\mathrm{K}. (d) Les électrons sont des fermions identiques : le principe d’exclusion de Pauli (Chapitre 14) n’en admet que deux par état orbital, si bien que la foule doit s’empiler jusqu’à des énergies de l’ordre de l’électronvolt.

Exercice 7.9 ★★

Profondeur minimale d’un puits sphérique. Pour le puits fini (−V0-V_0 pour r<Rr < R), l’état fondamental de l’onde ss vaut u=sin⁡kru = \sin kr à l’intérieur et e−κr\eu^{-\kappa r} à l’extérieur. (a) Écrire kk et κ\kappa ainsi que la condition de raccordement kcot⁡kR=−κk\cot kR = -\kappa. (b) Montrer qu’un état lié apparaît pour la première fois quand kR=π/2kR = \pi/2, exactement à E=0E = 0, ce qui donne V0,min⁡=π2ℏ2/8MR2V_{0,\min} = \pi^2\hbar^2/8MR^2. (c) L’évaluer pour le deuton (M→μ=mp/2M \to \mu = m_{\text{p}}/2, R=2.1 fmR = 2.1\,\mathrm{fm}). (d) Opposer au cas unidimensionnel, où le puits le moins profond lie déjà : que change physiquement le mur u(0)=0u(0) = 0 ?

Solution

Solution de Exercice 7.9.

(a) k=2M(V0−∣E∣)/ℏk = \sqrt{2M(V_0 - |E|)}/\hbar, κ=2M∣E∣/ℏ\kappa = \sqrt{2M|E|}/\hbar ; la continuité de u′/uu'/u en RR donne kcot⁡kR=−κk\cot kR = -\kappa. (b) Quand ∣E∣→0|E| \to 0, κ→0\kappa \to 0 : cot⁡kR=0\cot kR = 0, kR=π/2kR = \pi/2, et alors V0=ℏ2k2/2M=π2ℏ2/8MR2V_0 = \hbar^2k^2/2M = \pi^2\hbar^2/8MR^2. (c) Avec μc2=469 MeV\mu c^2 = 469\,\mathrm{MeV}, R=2.1 fmR = 2.1\,\mathrm{fm} : V0,min⁡=23 MeVV_{0,\min} = 23\,\mathrm{MeV}. (d) Le mur u(0)=0u(0) = 0 fait de l’état ss tridimensionnel l’analogue d’un état impair à une dimension, qui doit loger un quart d’onde dans le puits : un puits peu profond ne le peut pas, alors qu’à une dimension l’état pair sans nœud lie toujours.

Exercice 7.10 ★★★

Le deuton, résolu. Avec μc2=469 MeV\mu c^2 = 469\,\mathrm{MeV}, R=2.1 fmR = 2.1\,\mathrm{fm}, B=2.22 MeVB = 2.22\,\mathrm{MeV} : (a) calculer κ\kappa à partir de BB et la longueur de queue 1/κ1/\kappa ; (b) écrire la condition de raccordement et montrer qu’elle devient cot⁡kR=−κ/k\cot kR = -\kappa/k avec kk fixé par V0−BV_0 - B ; (c) résoudre en V0V_0 (par itération : partir de kR≈0.6πkR \approx 0.6\pi) et donner V0V_0 au MeV près ; (d) calculer la probabilité que les nucléons soient distants de plus de RR (intégrer la queue), et commenter « un noyau qui vit surtout hors de sa propre force ».

Solution

Solution de Exercice 7.10.

(a) κ=2μc2B/ℏc=2×469×2.22/197.3=0.231 fm−1\kappa = \sqrt{2\mu c^2B}/\hbar c = \sqrt{2 \times 469 \times 2.22}/197.3 = 0.231\,\mathrm{fm}^{-1} : longueur de queue 1/κ=4.3 fm1/\kappa = 4.3\,\mathrm{fm}, deux fois la portée de la force. (b) k=2μ(V0−B)/ℏk = \sqrt{2\mu(V_0 - B)}/\hbar et cot⁡kR=−κ/k\cot kR = -\kappa/k. (c) En itérant : kR=1.83kR = 1.83, k=0.87 fm−1k = 0.87\,\mathrm{fm}^{-1}, V0−B=(ℏck)2/μc2⋅12≈31 MeVV_0 - B = (\hbar ck)^2/\mu c^2\cdot\tfrac12 \approx 31\,\mathrm{MeV} : V0≈34 MeVV_0 \approx 34\,\mathrm{MeV}. (d) À l’intérieur : ∫0Rsin⁡2kr  ⁣dr≈1.19 fm\int_0^R\sin^2kr\,\dd r \approx 1.19\,\mathrm{fm} ; à l’extérieur : sin⁡2(kR)/2κ≈2.0 fm\sin^2(kR)/2\kappa \approx 2.0\,\mathrm{fm} : environ 63%63\% de la probabilité se trouve au-delà du puits — le deuton habite surtout la région où sa force de liaison a déjà rendu les armes, un pur halo quantique.

Exercice 7.11 ★★★

Ehrenfest et la continuité à trois dimensions. (a) Démontrer que  ⁣d⟨r→⟩/ ⁣dt=⟨p→⟩/m\dd\langle\vect r\rangle/\dd t = \langle\vect p\rangle/m à partir de l’équation de continuité (intégrer r→ ∂tρ\vect r\,\partial_t\rho par parties). (b) Démontrer que  ⁣d⟨p→⟩/ ⁣dt=−⟨∇→V⟩\dd\langle\vect p\rangle/\dd t = -\langle\vect\nabla V\rangle. (c) Sous quelle condition sur VV le ⟨r→⟩\langle\vect r\rangle suit-il exactement la trajectoire classique ? (d) Donner un cas concret où il ne la suit pas (un paquet scindé par un potentiel à deux fentes, par exemple) et expliquer ce que la moyenne décrit alors.

Solution

Solution de Exercice 7.11.

(a)  ⁣d⟨x⟩/ ⁣dt=∫x ∂tρ  ⁣d3r=−∫xdiv⁡ȷ→  ⁣d3r=∫jx  ⁣d3r=⟨px⟩/m\dd\langle x\rangle/\dd t = \int x\,\partial_t\rho\,\dd^3r = -\int x\operatorname{div}\vect\jmath\,\dd^3r = \int j_x\,\dd^3r = \langle p_x\rangle/m (par parties, les termes de bord s’annulant). (b) Dériver ⟨p→⟩=−iℏ∫ψ∗∇→ψ\langle\vect p\rangle = -\iu\hbar\int\psi^*\vect\nabla \psi, utiliser deux fois l’équation ; les termes cinétiques se compensent par parties, et il reste −∫∣ψ∣2∇→V-\int|\psi|^2\vect\nabla V. (c) VV au plus quadratique : alors ⟨∇→V(r→)⟩=∇→V(⟨r→⟩)\langle\vect\nabla V(\vect r)\rangle = \vect\nabla V(\langle \vect r\rangle) exactement. (d) Derrière une double fente le paquet a deux lobes ; ⟨r→⟩\langle\vect r\rangle glisse le long de l’axe de symétrie, là où la particule n’atterrit pratiquement jamais : la moyenne décrit le barycentre de l’ensemble, la trajectoire de personne.

Exercice 7.12 ★★★

Pourquoi les atomes ne s’effondrent pas. Modélisons l’état fondamental de l’hydrogène par la fonction d’essai ψ∝e−r/a\psi \propto \eu^{-r/a} avec aa ajustable. (a) En admettant ⟨Ek⟩=ℏ2/2mea2\langle E_k\rangle = \hbar^2/2m_{\text{e}}a^2 et ⟨Ep⟩=−e2/4πε0a\langle E_p\rangle = -e^2/4\pi\varepsilon_0a, expliquer l’origine de chaque loi d’échelle. (b) Minimiser E(a)E(a) et montrer que l’optimum est le rayon de Bohr, avec E=−13.6 eVE = -13.6\,\mathrm{eV}. (c) Pourquoi réduire aa sous l’optimum augmente-t-il l’énergie, alors même que le potentiel se creuse ? (d) Le même raisonnement avec le 1/r1/r remplacé par l’attraction gravitationnelle entre électron et proton : trouver le « rayon de Bohr gravitationnel » et conclure pourquoi la gravitation ne construit aucun atome.

Solution

Solution de Exercice 7.12.

(a) Cinétique : des gradients d’échelle 1/a1/a donnent ℏ2/2mea2\hbar^2/2m_{\text{e}} a^2 ; potentiel : le nuage se tient à des distances ∼a\sim a, d’où −ke2/a-ke^2/a (les coefficients exacts valent ici 11). (b)  ⁣dE/ ⁣da=0\dd E/\dd a = 0 en a=ℏ2/meke2=a0a = \hbar^2/m_{\text{e}}ke^2 = a_0 ; E(a0)=−ke2/2a0=−13.6 eVE(a_0) = -ke^2/2a_0 = -13.6\,\mathrm{eV}. (c) Sous a0a_0 le coût cinétique croît comme 1/a21/a^2, plus vite que le gain en −1/a-1/a : la localisation est taxée par le principe d’indétermination, et l’atome flotte à la taille d’équilibre. (d) Remplacer ke2ke^2 par Gmemp=1.0×10−67 J mGm_{\text{e}}m_{\text{p}} = 1.0 \times 10^{-67}\,\mathrm{J}\,\mathrm{m} : agrav=ℏ2/meGmemp≈1.2×1029 ma_{\text{grav}} = \hbar^2/m_{\text{e}}G m_{\text{e}}m_{\text{p}} \approx 1.2 \times 10^{29}\,\mathrm{m} — plus grand que l’univers observable : la gravitation est trop faible pour refermer une orbite quantique, et bâtit des étoiles au lieu d’atomes.

7.5 Problème : la couleur d’une boîte quantique

Problème 7.1

Problème du week-end — fabriquer de la lumière en comptant des nanomètres

Le prix Nobel de chimie 2023 a récompensé la découverte et la synthèse des boîtes quantiques : des cristallites si petits que les énergies de la particule dans une boîte de ce chapitre fixent leur couleur, et qui brillent aujourd’hui dans les écrans de téléviseurs et marquent des molécules dans des cellules vivantes. Ce problème conçoit un écran à boîtes quantiques à partir de l’équation de Schrödinger. Modèle : la paire électron–trou optiquement active, de masse effective μ=0.10 me\mu = 0.10\,m_{\text{e}} (mec2=511 keVm_{\text{e}}c^2 = 511\,\mathrm{keV}), confinée dans une sphère de rayon RR ; énergie du photon émis

E(R)=Eg+π2ℏ22μR2,E(R) = E_{\text{g}} + \frac{\pi^2\hbar^2}{2\mu R^2} ,

avec la largeur de bande interdite du matériau massif Eg=1.74 eVE_{\text{g}} = 1.74\,\mathrm{eV} (séléniure de cadmium). Prendre ℏc=197.3 eV nm\hbar c = 197.3\,\mathrm{eV}\,\mathrm{nm}, hc=1240 eV nmhc = 1240\,\mathrm{eV}\,\mathrm{nm}.

Partie I — La physique de la formule.

  1. D’où vient le terme π2ℏ2/2μR2\pi^2\hbar^2/2\mu R^2 ? L’obtenir comme niveau fondamental du puits sphérique infini, par la substitution de l’onde ss.
  2. Pourquoi le confinement augmente-t-il toujours l’énergie émise, sans jamais l’abaisser ?
  3. Évaluer l’énergie de confinement pour R=10R = 10, 44, 22 et 1 nm1\,\mathrm{nm}, et repérer la taille à partir de laquelle elle cesse d’être une petite correction à EgE_{\text{g}}.
  4. Le modèle ignore l’attraction électron–trou. Dans quel sens sa prise en compte déplacerait-elle l’émission, et pourquoi la négliger est-il plus légitime pour les petites boîtes (comparer les lois en 1/R21/R^2 et en 1/R1/R) ?
  5. À quelle longueur d’onde le séléniure de cadmium massif émet-il ? Dans quelle partie du spectre cela tombe-t-il ?
  6. Pourquoi un verre de solution de boîtes brille-t-il d’une couleur pure alors qu’il contient 101510^{15} boîtes ? Quelle qualité de la synthèse s’en trouve certifiée ?

Partie II — Composer la palette. Un écran a besoin de rouge 630 nm630\,\mathrm{nm}, de vert 530 nm530\,\mathrm{nm} et de bleu 460 nm460\,\mathrm{nm}.

  1. Convertir chaque longueur d’onde en énergie de photon.
  2. Pour chaque couleur, calculer l’énergie de confinement requise et le rayon de la boîte.
  3. Dresser un tableau : combien d’atomes de large fait grossièrement chaque boîte (pas du réseau ≈0.6 nm\approx 0.6\,\mathrm{nm}) ?
  4. Le bleu est le plus difficile pour les boîtes de séléniure de cadmium : expliquer pourquoi à partir de vos rayons (qu’advient-il de la tolérance quand RR diminue ?).
  5. Montrer que la sensibilité de l’énergie émise à la taille vaut

     ⁣dE ⁣dR=−π2ℏ2μR3,\frac{\dd E}{\dd R} = -\frac{\pi^2\hbar^2}{\mu R^3} ,

    et l’évaluer, en meV\mathrm{meV} par nanomètre, au rayon de la boîte verte.

  6. Un lot varie de ±5%\pm5\% en rayon : calculer la dispersion en longueur d’onde de l’émission verte, et comparer à la largeur de raie de ∼25 nm\sim25\,\mathrm{nm} qu’un bon écran tolère.
  7. Pourquoi les écrans à boîtes quantiques ont-ils dû attendre une chimie capable d’un contrôle de taille à l’échelle atomique — et pourquoi est-ce là une prouesse de rang Nobel ?

Partie III — Plus brillant, plus pur, plus étrange.

  1. Les téléviseurs modernes utilisent les boîtes comme convertisseurs de couleur : une diode bleue éclaire des boîtes rouges et vertes. Pourquoi l’énergie du photon de pompe doit-elle dépasser l’énergie d’émission de la boîte, et où passe la différence ?
  2. Calculer la fraction de l’énergie d’un photon de pompe à 460 nm460\,\mathrm{nm} perdue en chaleur lorsqu’un photon rouge à 630 nm630\,\mathrm{nm} est émis.
  3. Une boîte peut aussi absorber à de nombreuses longueurs d’onde et n’émettre qu’à une seule : expliquer, à partir de la structure des niveaux, pourquoi l’absorption est large et l’émission étroite.
  4. Les biologistes marquent des protéines avec des boîtes de plusieurs tailles excitées par une seule lampe ultraviolette : quelle propriété des boîtes fait qu’une lampe suffit là où les colorants organiques exigent un laser par couleur ?
  5. Estimer le nombre d’atomes de la boîte rouge (4/3πR34/3\pi R^3, volume atomique ∼(0.3 nm)3\sim(0.3\,\mathrm{nm})^3) : « atome artificiel » est-il un nom juste pour un objet de cette taille doté de niveaux discrets ?
  6. En une phrase : qu’est-ce qui tient le rôle du « noyau » dans cet atome artificiel — qu’est-ce qui retient l’électron ?

Partie IV — Le confinement à travers la physique.

  1. La même estimation E1∼π2ℏ2/2MR2E_1 \sim \pi^2\hbar^2/2MR^2 appliquée à un nucléon dans R=3 fmR = 3\,\mathrm{fm} donne quelle échelle d’énergie ? (C’est pourquoi la physique nucléaire parle en MeV.)
  2. Appliquée à un électron confiné à la taille d’un noyau, elle donne quelle énergie scandaleuse — et qu’en conclure sur des électrons « à l’intérieur » du noyau (un argument qui a jadis tué une théorie de la désintégration bêta) ?
  3. Appliquée à vous (70 kg70\,\mathrm{kg}) dans une pièce de 2 m2\,\mathrm{m} : calculer l’énergie de confinement et conclure.
  4. Inverser la formule : à quelle taille de confinement l’énergie de confinement d’un électron atteint-elle son énergie de masse mec2m_{\text{e}}c^2 — et quelle physique nouvelle (création de paires, Chapitre 5) avertit que l’équation de Schrödinger à une particule est alors hors de son domaine ?
  5. Énoncer la loi d’échelle générale : énergie de confinement en fonction de la masse et de la taille.
  6. Résumer le résultat nommé : une seule formule, Eg+π2ℏ2/2μR2E_{\text{g}} + \pi^2\hbar^2/2\mu R^2, change des rayons de 4.04.0, 2.52.5 et 2.0 nm2.0\,\mathrm{nm} en rouge, vert et bleu — de la couleur fabriquée en comptant des nanomètres, en vente dans n’importe quel magasin d’électronique.
Solution

Solution de Problème 7.1.

1. Onde ss : u=rRu = rR obéit à l’équation libre à une dimension dans la sphère avec u(0)=u(R)=0u(0) = u(R) = 0 : u∝sin⁡(πr/R)u \propto \sin(\pi r/R), énergie π2ℏ2/2μR2\pi^2\hbar^2/2\mu R^2. 2. L’énergie fondamentale d’une boîte est positive et croît quand la boîte rétrécit — la localisation coûte toujours de l’énergie cinétique (principe d’indétermination) ; elle ne peut que s’ajouter à la bande interdite. 3. Avec π2(ℏc)2/2μc2=3.76 eV nm2\pi^2(\hbar c)^2/2\mu c^2 = 3.76\,\mathrm{eV}\,\mathrm{nm}^{2} : 0.040.04, 0.240.24, 0.940.94, 3.8 eV3.8\,\mathrm{eV} — vers R≈2 nmR \approx 2\,\mathrm{nm} la correction rivalise avec la bande interdite elle-même. 4. L’attraction abaisse l’énergie de la paire : l’émission se décale vers le rouge. Elle varie en 1/R1/R contre le 1/R21/R^2 du confinement : pour les petites boîtes le terme de boîte l’emporte et la négliger devient plus légitime. 5. 1240/1.74=713 nm1240/1.74 = 713\,\mathrm{nm} : au bord rouge de la vision. 6. Une couleur unique pour 101510^{15} émetteurs certifie que la synthèse les a tous faits de la même taille — la monodispersité, l’exploit chimique derrière la physique. 7. 1.971.97, 2.342.34, 2.70 eV2.70\,\mathrm{eV}. 8. Confinement 0.230.23, 0.600.60, 0.96 eV0.96\,\mathrm{eV} : R=3.76/ΔER = \sqrt{3.76/\Delta E} donne 4.04.0, 2.52.5, 2.0 nm2.0\,\mathrm{nm}. 9. Diamètres 8.18.1, 5.05.0, 4.0 nm4.0\,\mathrm{nm} : à peu près 1313, 88 et 77 pas de réseau de large. 10. La boîte bleue est la plus petite, là où EE dépend le plus fortement de RR : une erreur d’un plan réticulaire décale le plus la couleur — les petites boîtes sont les moins tolérantes. 11. Dériver :  ⁣dE/ ⁣dR=−2ΔEconf/R=−π2ℏ2/μR3\dd E/\dd R = -2\Delta E_{\text{conf}}/R = -\pi^2\hbar^2/\mu R^3 ; à R=2.5 nmR = 2.5\,\mathrm{nm} : 2×0.60/2.5=0.48 eV/nm=480 meV/nm2 \times 0.60/2.5 = 0.48\,\mathrm{eV}/\mathrm{nm} = 480\,\mathrm{meV}/\mathrm{nm}. 12. ±5%=±0.125 nm\pm 5\% = \pm0.125\,\mathrm{nm} : ΔE=±60 meV\Delta E = \pm 60\,\mathrm{meV}, soit Δλ=λ2ΔE/hc≈±14 nm\Delta\lambda = \lambda^2\Delta E/hc \approx \pm14\,\mathrm{nm} — une dispersion de ∼28 nm\sim28\,\mathrm{nm}, juste à la tolérance de l’écran : cinq pour cent est la limite de la chimie acceptable. 13. Parce que la pureté de couleur exige un contrôle de taille au plan réticulaire près sur 101510^{15} particules — la croissance maîtrisée obtenue par Ekimov, Brus et Bawendi, et saluée par le comité Nobel de 2023. 14. Une boîte ne peut émettre qu’à sa propre bande interdite (la plus basse) ; absorber demande au moins cette énergie, donc la pompe doit être plus bleue. L’excédent se relaxe en vibrations du réseau : de la chaleur. 15. 1−460/630=27%1 - 460/630 = 27\% de l’énergie de chaque photon de pompe chauffe l’écran. 16. Au-dessus du niveau émetteur, le spectre de la boîte est dense (beaucoup d’états de boîte) : l’absorption réussit sur une large bande ; l’excitation dégringole ensuite vers le plus bas état excité, et l’émission se fait depuis ce seul niveau : étroite. 17. Toutes les boîtes absorbent volontiers le même ultraviolet (large bande), tandis que chaque taille émet sa propre couleur : une lampe, de nombreux marqueurs — l’inverse de la chimie des colorants. 18. 43π(4.0)3/(0.3)3≈104\tfrac43\pi(4.0)^3/(0.3)^3 \approx 10^{4} atomes : dix mille atomes partageant un même jeu de niveaux discrets, de type hydrogénoïde — « atome artificiel » est mérité. 19. La frontière du cristal : la paroi confinante du grain semi-conducteur remplace l’attraction du noyau comme agent qui retient et quantifie l’électron. 20. π2(ℏc)2/2Mc2R2=384210/(2×939×9)≈23 MeV\pi^2(\hbar c)^2/2Mc^2R^2 = 384210/(2 \times 939 \times 9) \approx 23\,\mathrm{MeV} : la physique nucléaire parle en MeV parce que les boîtes femtométriques le font. 21. Pour un électron l’estimation de boîte devient relativiste ; honnêtement, E∼πℏc/R≈200 MeVE \sim \pi\hbar c/R \approx 200\,\mathrm{MeV} — alors que les électrons bêta sortent avec quelques MeV : les électrons ne peuvent être des constituants des noyaux, l’argument qui enterra l’ancien modèle du noyau à électrons et prépara l’invention du neutrino. 22. π2ℏ2/2ML2≈2×10−70 J\pi^2\hbar^2/2ML^2 \approx 2 \times 10^{-70}\,\mathrm{J} : trente-neuf ordres sous le bruit thermique — les gens ne sont pas confinés quantiquement. 23. π2ℏ2/2meR2=mec2\pi^2\hbar^2/2m_{\text{e}}R^2 = m_{\text{e}}c^2 pour R=πℏ/2 mec≈0.9 pmR = \pi\hbar/\sqrt2\,m_{\text{e}}c \approx 0.9\,\mathrm{pm}, l’échelle de Compton : là, l’énergie de confinement suffit à créer des paires électron–positon et l’équation à une particule abdique devant la théorie quantique des champs. 24. Econf∝1/MR2E_{\text{conf}} \propto 1/MR^2 : particules plus légères et boîtes plus petites sont plus quantiques, en une seule formule. 25. Eg+π2ℏ2/2μR2E_{\text{g}} + \pi^2\hbar^2/2\mu R^2 envoie 4.0→4.0 \to rouge, 2.5→2.5 \to vert, 2.0 nm→2.0\,\mathrm{nm} \to bleu : la particule dans une boîte, accordée au nanomètre par les chimistes, éclaire la vitrine — la quantification par confinement en électronique grand public.

Termes définis dans ce chapitre

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