Physique universitaire — 2e année · Bachelor Year 2
10Charges, courants et conduction
Actionnez l’interrupteur et la lampe s’allume aussitôt ; pourtant les électrons du fil de cuivre dérivent vers elle à une fraction de millimètre par seconde, et mettraient des heures à arriver. Un éclair transporte trente mille ampères dans un canal large comme un doigt ; le nerf qui commande ce doigt transporte des picoampères. Le volume de première année traitait les courants comme des nombres dans des fils, I=U/R ; ce chapitre les décrit comme un champ — une densité de courant en chaque point de la matière — écrit la loi selon laquelle la charge n’est ni créée ni détruite, et déduit la loi d’Ohm de la bousculade des électrons dans un métal : l’image microscopique qui se cache derrière la résistance, le fusible et le capteur à effet Hall.
Le cuivre, conducteur du monde électrique : dans les brins de ce câble, quelque 1029 électrons par mètre cube dérivent à une fraction de millimètre par seconde.
10.1 Densités de charge et de courant
Définition 10.1(Densité de charge ; densité de courant)
À l’échelle mésoscopique, la matière porte une densité volumique de chargeρ(M,t) (C/m3) : la charge ρdτ contenue dans dτ. Une surface peut porter une densité surfaciqueσ (C/m2), un fil une densité linéique λ (C/m). Si les porteurs de l’espèce i (charge qi, densité particulaire ni) se déplacent à la vitesse moyenne vi, la densité de courant vaut
j=i∑niqivi(A/m2),
et l’intensité à travers une surface orientée S est le flux I=∬Sj⋅ndS : la charge qui traverse S par unité de temps. Pour une seule espèce, j=ρmv avec ρm=nq la densité de charge mobile.
Démonstration. Pendant dt les porteurs de l’espèce i qui traversent dS sont ceux contenus dans le cylindre oblique de base dS et de génératrice vidt : leur nombre est nivi⋅ndSdt, leur charge qi fois ce nombre. ∎
Exemple 10.2(Combien les électrons dérivent lentement)
Le cuivre a un électron de conduction par atome : n=ρCuNA/M=8900×6.02×1023/0.0635=8.5×1028m−3. Un courant de 10A dans un fil de 1.5mm2 donne j=6.7×106A/m2, et la vitesse de dérive vaut v=j/ne=6.7×106/(8.5×1028×1.6×10−19)=0.5mm/s — deux heures par mètre. La lampe s’allume aussitôt parce que le champ qui pousse les électrons s’établit tout le long du fil en quelques nanosecondes (il se propage à une vitesse proche de celle de la lumière, comme l’a montré le câble du Chapitre 8) : tous les électrons partent ensemble, comme l’eau dans un tuyau plein.
À gauche : un tube de courant — en régime stationnaire la même intensité traverse toute section. À droite : un électron dans un métal zigzague entre deux chocs à environ 106 m/s ; le champ y ajoute une lente dérive, opposée à E, d’une fraction de millimètre par seconde.
Exemple 10.3(Ordres de grandeur)
La foudre, 30kA dans un canal de 1cm de rayon : j≈1×108A/m2. Un fil domestique : 106 à 107. Un faisceau d’électrons dans un tube cathodique, 1mA sur 1mm2 : 103. Une fibre nerveuse, 1nA à travers 10µm2 : 102. Le faisceau d’un accélérateur de particules, 1A sur une tache de 0.1mm2 : 107 — dans le vide, sans le moindre choc.
10.2 Conservation de la charge
Théorème 10.4(Conservation locale de la charge)
En tout point,
∂t∂ρ+divj=0;
intégrée sur un volume fixe V limité par la surface fermée Σ, elle donne dQV/dt=−Isort : la charge intérieure ne varie que de ce qui traverse la frontière. En régime stationnaire (∂tρ=0), divj=0 : le flux de j se conserve le long d’un tube de courant, la même intensité traverse toute section d’un fil, et les courants qui entrent en un nœud égalent ceux qui en sortent (loi des nœuds de Kirchhoff).
Démonstration. Mot pour mot le bilan de masse du Théorème 2.8 avec ρ la densité de charge et j son courant : la sortie nette de charge par les six faces d’une boîte fixe, par unité de volume, vaut divj, et aucune charge n’est créée. La forme intégrale somme les boîtes (les faces intérieures se compensent). Pour un tube compris entre deux sections S1, S2 sans flux latéral, I1=I2 ; un nœud est un petit volume percé de plusieurs fils : ∑Ientr=∑Isort. ∎
Remarque 10.5(Là où le courant s’arrête : le condensateur)
Un fil qui alimente l’armature d’un condensateur est un tube de courant qui se termine : le flux de j entrant dans l’armature vaut I=dQ/dt, et la charge s’accumule — divj=0 en ce point, le régime n’est pas stationnaire. Pourtant le même courant I circule dans le fil de l’autre côté : quelque chose doit assurer le relais à travers l’espace. Le Chapitre 11 le nomme — le courant de déplacement — et fait de la conservation de la charge la clef de voûte des équations de Maxwell.
10.3 Le modèle de Drude et la loi d’Ohm
Proposition 10.6(Modèle de Drude ; loi d’Ohm locale)
Modélisons les électrons de conduction d’un métal par des particules libres (masse m, charge −e, densité n) qui subissent le champ E et perdent, en moyenne, leur quantité de mouvement de dérive par des chocs avec le réseau toutes les τ secondes — une force de frottement−mv/τ sur la vitesse moyenne :
mdtdv=−eE−τmv.
En champ permanent la dérive s’établit, en quelques τ, à v=−eτE/m, et la densité de courant vaut
j=γE,γ=mne2τ:
c’est la loi d’Ohm locale, où γ est la conductivité (S/m ; son inverse ρe=1/γ est la résistivité, Ωm). Le rapport μ=eτ/m de la vitesse de dérive au champ est la mobilité (m2/(Vs)). Pour un conducteur de longueur L et de section uniforme S parcouru par un j uniforme, l’intégration de E=j/γ sur la longueur donne U=EL=(L/γS)I : la résistance R=L/γS=ρeL/S du volume de première année.
Démonstration. Avec v=−eτE/m, j=−nev=(ne2τ/m)E. Le transitoire v(t)=v∞(1−e−t/τ) dure τ∼1×10−14s, instantané à toute échelle de temps de circuit. La résistance découle de ∫E⋅dl entre les extrémités. ∎
Exemple 10.7(Le cuivre, à partir de la conductivité mesurée)
Cuivre : γ=6.0×107S/m, n=8.5×1028m−3 : τ=mγ/ne2=9.1×10−31×6×107/(8.5×1028×2.56×10−38)=2.5×10−14s — vingt-cinq femtosecondes entre deux chocs. La vitesse d’agitation des électrons dans un métal vaut environ 1.6×106m/s (un effet quantique, et non la valeur thermique 3kBT/m≈1×105m/s), de sorte que le libre parcours moyen vaut ℓ=vτ≈40nm, une centaine de distances interatomiques : les électrons ne se heurtent pas aux atomes eux-mêmes (un cristal parfait leur est transparent) mais à ses défauts et à ses vibrations thermiques — d’où la chute de γ lorsqu’on chauffe ou qu’on allie un métal. Mobilité eτ/m=4.4×10−3m2/(Vs) : 4mm/s par volt par mètre.
Proposition 10.8(Loi d’Ohm à haute fréquence)
Pour un champ sinusoïdal Eeiωt l’équation de Drude donne j=γ(ω)E avec
γ(ω)=1+iωτγ0,γ0=mne2τ:
la conductivité est réelle et égale à sa valeur en continu tant que ωτ≪1, c’est-à-dire jusqu’à 1×1013Hz environ pour le cuivre — sur tout le domaine radio et micro-onde ; dans l’infrarouge et le visible (ωτ≫1) elle devient imaginaire, γ≈ne2/imω : les électrons oscillent librement, en quadrature avec le champ, et le métal se comporte comme le plasma du Chapitre 14.
Démonstration.iωmv=−eE−mv/τ, d’où v=−eτE/m(1+iωτ) et j=−nev. ∎
À gauche : la conductivité de Drude en fonction de ωτ — réelle et constante à basse fréquence, imaginaire au-delà de 1/τ. À droite : l’effet Hall dans une plaquette conductrice — les porteurs sont poussés de côté par le champ, chargent les bords, et le champ de Hall transversal équilibre la force magnétique.
La même loi j=∑niqiμiE vaut pour tout conducteur ; ce qui change, ce sont n et μ. Métaux : n∼1029, γ∼107 S/m. Semi-conducteurs : n∼1016 à 1023, fixé par le dopage et croissant fortement avec la température, avec deux sortes de porteurs (électrons et trous) — d’où thermistances et diodes. Électrolytes : des ions des deux signes, μ∼10−8 à 10−7 m2/(V s) ; eau de mer γ≈5S/m, eau du robinet 10−2, eau pure 10−5. Isolants (verre, polymères) : γ≲10−12 S/m. L’effet Hall du volume de première année, sous forme locale EH=−j∧B/nq, mesure n et le signe de q : dans l’aluminium ou le zinc les porteurs se révèlent positifs — des trous — et aucun modèle classique ne l’explique.
10.4 Énergie : la loi de Joule locale
Proposition 10.10(Loi de Joule locale)
Le champ électrique fournit aux porteurs, par unité de volume et de temps, la puissance j⋅E ; dans un conducteur ohmique elle vaut
p=j⋅E=γE2=γj2(W/m3),
entièrement convertie en chaleur par les chocs (l’énergie cinétique de dérive est négligeable et constante). Intégrée sur un fil, ∫j2/γdτ=(L/γS)I2=RI2.
Démonstration. La force qE sur chaque porteur travaille au taux qE⋅v ; sommée sur les ndτ porteurs : nqv⋅Edτ=j⋅Edτ (la force magnétique ne travaille pas). En régime permanent de Drude cette puissance égale celle que dissipe le terme de frottement, c’est-à-dire celle qui est transférée au réseau. ∎
Exemple 10.11(Un fil qui chauffe)
Le fil de 1.5mm2 à 10A : p=j2/γ=(6.7×106)2/6×107=7.4×105W/m3, soit 1.1W par mètre — facilement évacués par l’air alentour. Laissé à lui-même (sans refroidissement), le cuivre (c=385J/(kgK), ρ=8900kg/m3) s’échaufferait de p/ρc=0.2K/s. À 100A dans le même fil le taux est cent fois plus grand, 20K/s : il fond en une minute — c’est le principe du fusible, dont le fil fin est calculé pour fondre le premier.
Proposition 10.12(Relaxation de la charge dans un conducteur)
Dans un conducteur ohmique une densité volumique de charge décroît selon ρ(t)=ρ0e−t/τr avec
τr=γε0:
1.5×10−19s pour le cuivre, 2×10−12s pour l’eau de mer, 10s pour le verre. Jusqu’à des fréquences de l’ordre de 1/τr un conducteur ne porte aucune charge volumique : tout excès de charge gagne sa surface. Le mot « conducteur » dépend donc de l’échelle de temps : l’eau de mer est un conducteur pour les ondes radio et un isolant pour la lumière visible.
Démonstration. Conservation de la charge avec j=γE et le théorème de Gauss sous forme locale, divE=ρ/ε0 (Chapitre 11) : ∂tρ=−γdivE=−(γ/ε0)ρ. ∎
Méthode 10.13(De la loi locale à la loi intégrale)
Pour trouver la résistance d’un conducteur de forme quelconque : (1) utiliser la symétrie pour écrire j (en régime stationnaire son flux se conserve, donc dans un tube j× section =I) ; (2) E=j/γ ; (3) intégrer E le long d’une ligne allant d’une électrode à l’autre : U=∫E⋅dl, et R=U/I ; (4) vérifier avec la puissance Joule ∫j2/γdτ=RI2. Les mêmes étapes donnent la fuite d’un câble, la résistance du sol autour d’un paratonnerre, ou celle d’un contact conique.
10.5 Exercices
Exercice 10.1★
Un fil de cuivre de 2.5mm2 transporte 16A. Densité de courant, vitesse de dérive (n=8.5×1028m−3), temps mis par un électron pour parcourir les 20m jusqu’à une prise ; champ électrique dans le fil (γ=6.0×107S/m), chute de tension sur 20m et puissance perdue.
Densités de courant : un coup de foudre (30kA, rayon 1cm) ; un faisceau d’électrons (2mA, 0.5mm2) ; un axone nerveux (1nA, rayon 2µm) ; le courant annulaire de la magnétosphère terrestre (1MA à travers environ 1×1014m2). Lesquelles dépassent le fil de l’exercice précédent ?
Solution
Solution de Exercice 10.2.
Foudre 3×104/π10−4=1×108A/m2 ; faisceau 4×103A/m2 ; axone 10−9/1.3×10−11=80A/m2 ; courant annulaire 1×10−8A/m2. Seule la foudre dépasse les 6×106 du fil.
Exercice 10.3★
Résistivités à 20∘C : cuivre 1.7×10−8Ωm, aluminium 2.8×10−8Ωm, fer 1.0×10−7Ωm, nichrome 1.1×10−6Ωm. Résistance de 100m de 2.5mm2 pour chacun ; section d’aluminium équivalente à 2.5mm2 de cuivre, et rapport des masses (masses volumiques 8900 et 2700kg/m3) ; longueur de fil de nichrome de 0.5mm pour un radiateur de 1kW sous 230V.
Solution
Solution de Exercice 10.3.
R=ρeL/S : 0.68, 1.1, 4.0, 44Ω. Aluminium : 2.5×2.8/1.7=4.1mm2, rapport des masses (4.1×2700)/(2.5×8900)=0.50 — moitié moins lourd. Radiateur : R=2302/1000=53Ω, S=0.196mm2, L=RS/ρe=9.4m.
Exercice 10.4★
Drude : τ, mobilité et libre parcours moyen (vitesse d’agitation 1.6×106m/s) pour le cuivre (γ=6.0×107S/m, n=8.5×1028m−3) et l’argent (γ=6.3×107S/m, n=5.9×1028m−3) ; conductivité d’un échantillon de silicium avec n=1×1022m−3 et μ=0.14m2/(Vs) ; vitesse de dérive dans cet échantillon sous 1kV/m.
Un condensateur d’armatures S est chargé par un fil sous I(t). (a) Appliquer la loi de conservation intégrale à une surface fermée entourant une armature : relier I et la charge Q de l’armature. (b) Pourquoi divj=0 à l’armature ? (c) Une électrode sphérique de rayon a dans un milieu conducteur émet un courant radial I : j(r) ; vérifier divj=0 pour r>a (utiliser divj=r21∂r(r2jr) pour un champ radial). (d) Où, alors, la conservation de la charge « se rompt » ?
Solution
Solution de Exercice 10.5.
(a) Du courant entre, rien ne sort : dQ/dt=I. (b) La charge s’accumule : ∂tρ=0. (c) j=(I/4πr2)er : divj=r21∂r(I/4π)=0. (d) Seulement à l’électrode, là où le courant est injecté depuis le fil — une source de flux.
Exercice 10.6★★
Fuite d’un câble coaxial. L’isolant entre les conducteurs (rayons a=1mm, b=3.5mm) a γ=1×10−13S/m ; on applique une tension U entre eux, et un courant de fuite radial I circule par longueur L. (a) j(r) et E(r). (b) Montrer que la résistance d’une longueur L vaut R=ln(b/a)/2πγL ; valeur par kilomètre. (c) Courant de fuite et puissance par kilomètre sous 1kV. (d) Comparer à la capacité linéique 2πε0εr/ln(b/a) : montrer que RC=ε0εr/γ et interpréter avec le temps de relaxation.
Solution
Solution de Exercice 10.6.
(a) j=I/2πrL, E=j/γ, radial. (b) U=∫abEdr=Iln(b/a)/2πγL : R=ln3.5/(2π×10−13×103)=2×109Ω par kilomètre. (c) 0.5µA, 0.5mW. (d) RC=ε0εr/γ=200s pour εr=2.3 : le câble, chargé puis isolé, se décharge à travers son propre isolant avec le temps de relaxation de cet isolant.
Exercice 10.7★★
Conductivité complexe du cuivre (τ=2.5×10−14s). (a) ωτ à 50Hz, 10GHz (micro-ondes), 30THz (infrarouge), 5×1014Hz (lumière verte). (b) Module et phase de γ/γ0 dans chaque cas. (c) Jusqu’à quelle fréquence la loi d’Ohm est-elle bonne à 1% ? (d) Dans le visible, écrire γ et montrer que j est en quadrature avec E : puissance Joule moyenne ?
Solution
Solution de Exercice 10.7.
(a) ωτ : 8×10−12, 1.6×10−3, 4.7, 79. (b) ∣γ∣/γ0=1/1+ω2τ2 : 1, 1, 0.21, 0.013 ; phase −arctanωτ : 0, −0.09∘, −78∘, −89∘. (c) ωτ≤0.14 : f≤0.9THz. (d) γ≈ne2/imω : j est en retard sur E de 90∘, ⟨j⋅E⟩=0 : aucun échauffement Joule — les électrons oscillent librement, comme dans un plasma.
Exercice 10.8★★
Un fil fusible de cuivre de 0.20mm (cuivre : γ=6.0×107S/m, ρ=8900kg/m3, c=385J/(kgK), fond à 1085∘C, chaleur latente 205kJ/kg). (a) Densité de courant et puissance Joule par unité de volume à 10A. (b) Temps de fusion depuis 20∘C si aucune chaleur ne s’échappe (négliger la hausse de la résistivité avec la température). (c) Idem à 30A. (d) En réalité le fil cède de la chaleur à l’air : en quoi cela fixe-t-il le courant nominal d’un fusible, et pourquoi les fusibles sont-ils scellés dans une cartouche remplie de sable ?
Solution
Solution de Exercice 10.8.
(a) S=3.1×10−8m2, j=3.2×108A/m2, p=j2/γ=1.7×109W/m3. (b) Énergie de fusion par unité de volume ρ(cΔT+Lf)=8900(4.1×105+2.05×105)=5.5×109J/m3 : 3.2s. (c) Neuf fois plus vite : 0.36s. (d) Le courant nominal est celui dont l’air évacue tout juste l’échauffement Joule en restant sous le point de fusion ; le sable étouffe l’arc qui continuerait sinon de conduire à travers l’intervalle après la fusion du fil.
Exercice 10.9★★
Relaxation. (a) Établir ∂tρ=−(γ/ε0)ρ à partir de la conservation de la charge, de la loi d’Ohm et de divE=ρ/ε0. (b) τr pour le cuivre, l’eau de mer (γ=5S/m), l’eau du robinet (5×10−2S/m), le verre (1×10−12S/m), le PTFE (1×10−16S/m). (c) Jusqu’à quelle fréquence chacun est-il un « bon conducteur » (charge relaxée en moins d’une période) ? (d) Une baguette de verre chargée garde sa charge plusieurs minutes : est-ce cohérent ?
Solution
Solution de Exercice 10.9.
(a) ∂tρ=−divj=−γdivE=−γρ/ε0. (b) ε0/γ : 1.5×10−19s, 1.8×10−12s, 1.8×10−10s, 9s, 9×104 s. (c) f≲1/2πτr : 1018 Hz (le modèle de Drude tombe en défaut bien avant), 90GHz, 0.9GHz, 0.02Hz, 2×10−6Hz. (d) Une baguette de verre perdrait sa charge en une minute par son volume ; le verre sec réel est plutôt à 10−14 S/m (des heures), et c’est l’humidité de surface qui le décharge d’ordinaire — cohérent en ordre de grandeur.
Exercice 10.10★★★
Prise de terre. Une électrode hémisphérique de rayon a=0.50m est enterrée à fleur de sol dans une terre de conductivité γ=0.010S/m ; un courant I y entre et se répand radialement dans le demi-espace. (a) j(r), E(r), potentiel V(r) avec V(∞)=0. (b) Résistance de la prise de terre, R=1/2πγa ; valeur. (c) Un coup de foudre de 20kA frappe la tige : potentiel de la tige ; potentiel en r=10m et 10.7m ; la « tension de pas » entre les pieds d’une personne qui s’y tient (pieds distants de 0.7m, radialement). (d) Pourquoi le bétail, dont les quatre pattes sont très écartées, est-il tué par un impact voisin plus souvent que les humains ?
Solution
Solution de Exercice 10.10.
(a) j=(I/2πr2)er, E=I/2πγr2, V=I/2πγr. (b) R=V(a)/I=1/2πγa=32Ω. (c) Vtige=640kV ; V(10)=32kV, V(10.7)=30kV : 2.1kV entre les pieds. (d) Pattes avant et arrière distantes de 1.5m selon le rayon : 4 à 5kV, et le trajet du courant traverse le cœur.
Exercice 10.11★★★
Capteur à effet Hall. Une plaquette d’épaisseur t et de largeur w transporte I selon x dans un champ B selon z. (a) À partir de EH=−j∧B/nq, montrer que la tension de Hall à travers la largeur vaut VH=IB/nqt. (b) Plaquette de cuivre, t=0.10mm, 1A, 1T : VH. (c) Un semi-conducteur dopé avec n=1×1022m−3, même géométrie : VH ; pourquoi les capteurs utilisent des semi-conducteurs. (d) Un capteur avec n=1×1022m−3, t=20µm, alimenté sous 1mA, indique 10µV : champ mesuré. Que dit le signe de VH ?
Solution
Solution de Exercice 10.11.
(a) EH=jB/nq avec j=I/wt : VH=EHw=IB/nqt. (b) 1/(8.5×1028×1.6×10−19×10−4)=0.7µV. (c) 6.3mV : VH∝1/n, et les semi-conducteurs ont 106 fois moins de porteurs. (d) B=VHnqt/I=10−5×1022×1.6×10−19×2×10−5/10−3=0.32T ; le signe de VH donne le signe des porteurs (pour un B connu), ou la direction de B (pour un capteur connu).
Exercice 10.12★★★
Électrolyte. Dans l’eau, les ions Na+ et Cl− ont pour mobilités μ+=5.2×10−8m2/(Vs) et μ−=7.9×10−8m2/(Vs). (a) Montrer que γ=ne(μ++μ−) pour n paires d’ions par unité de volume. (b) Eau de mer, 0.5mol/L de NaCl : γ ; comparer à la valeur mesurée de 5S/m. (c) Vitesses de dérive sous 10V/m ; quel ion transporte la plus grande part du courant ? (d) Une colonne d’eau de mer, 1cm2 sur 10cm, transporte 1A : tension, puissance, et temps pour l’échauffer de 10K (c=4.0kJ/(kgK)) ; pourquoi refroidit-on les gels d’électrophorèse ?
Solution
Solution de Exercice 10.12.
(a) j=neμ+E+(−ne)(−μ−E) : les deux espèces dérivent en sens opposés et transportent le courant dans le même sens. (b) n=0.5×103×6.02×1023=3×1026m−3 : γ=3×1026×1.6×10−19×1.31×10−7=6.3S/m (les ions se gênent à cette concentration : 5S/m mesurés). (c) 0.52µm/s et 0.79µm/s : Cl− transporte 60%. (d) R=L/γS=200Ω, U=200V, P=200W dans 10g d’eau : 10K en 2s — d’où les plaques de refroidissement des cuves d’électrophorèse.
10.6 Problème : le fil de cuivre, de l’atome au réseau
Problème 10.1
Problème du week-end — un mètre de fil domestique examiné à quatre échelles : l’électron, les lois locales, le circuit et la ligne de transport
Cuivre : masse molaire 63.5g/mol, masse volumique 8900kg/m3, un électron de conduction par atome, conductivité γ=6.0×107S/m à 20∘C, résistivité croissante ρe(T)=ρe(20)[1+α(T−20)] avec α=4.0×10−3K−1 ; c=385J/(kgK). Fil : section S=2.5mm2, longueur 1m, courant 16A.
Partie I — Les électrons.
Densité particulaire n des électrons de conduction.
Le τ de Drude et la mobilité ; libre parcours moyen pour une vitesse d’agitation de 1.6×106m/s ; combien de distances interatomiques (0.26nm) cela représente-t-il, et que cela dit-il de ce avec quoi les électrons entrent en collision ?
Les vibrations thermiques croissent avec T, de sorte que τ∝1/T en gros : vérifier avec α au voisinage de la température ambiante (dρe/ρe=dT/T donnerait α=1/293).
Champ électrique dans le fil ; tension totale sur le mètre ; énergie cinétique de dérive par électron comparée à kBT — le gaz d’électrons est-il troublé par le courant ?
Nombre d’électrons traversant une section du fil par seconde.
Charge des électrons de conduction contenus dans le mètre de fil ; force que le champ exerce sur leur ensemble ; comparer au poids du fil. Où aboutit cette force (penser aux chocs) ?
Partie II — Les lois locales.
Puissance Joule par unité de volume et par mètre.
Le fil, dans l’air, cède de la chaleur au taux h(T−Ta) par unité de surface avec h=10W/(m2K) (convection) : élévation de température d’équilibre ; vérifier si la correction de résistivité compte.
Le même fil noyé dans un isolant qui ne laisse passer que h=2W/(m2K) : nouvelle élévation de température, correction de résistivité comprise (résoudre le bilan).
Sans aucun refroidissement, vitesse d’élévation de température à 16A et à 160A (un court-circuit) ; temps pour atteindre le point de fusion (1085∘C) dans le second cas ; qu’est-ce qui protège l’installation ?
À 50Hz, ωτ=? La loi d’Ohm en est-elle affectée ? (L’effet de peau du Chapitre 14 est une autre affaire.)
Écrire le temps de relaxation ε0/γ du cuivre ; qu’implique-t-il pour la densité de charge à l’intérieur du fil, et où se trouvent les charges qui produisent le champ E dans le fil ?
Partie III — Conservation de la charge dans le circuit. Le fil alimente un condensateur C=100µF par un interrupteur ; le courant vaut I(t)=I0e−t/τc avec I0=16A, τc=1ms.
Charge qui parvient à l’armature ; tension finale.
Appliquer dQ/dt=−Isort à une surface fermée entourant l’armature : quel côté porte un courant de conduction, lequel n’en porte pas ? Quelle grandeur doit donc varier dans l’espace entre armatures ?
En t=0.5ms, taux de variation de la charge de l’armature ; si les armatures font 1cm2 et sont distantes de 0.1mm dans l’air, taux de variation du champ entre elles.
Montrer que ε0dE/dt× l’aire des armatures égale le courant dans le fil — la grandeur que le Chapitre 11 ajoute au théorème d’Ampère.
Le fil est coupé et les deux extrémités sont distantes de 1mm dans l’air : quel courant circule (air γ≈1×10−14S/m) ? Pour quel champ l’air claque-t-il (3MV/m) : quelle tension aux bornes de l’intervalle produit une étincelle ?
Partie IV — La ligne. Une ligne de 230V en cuivre de 10mm2, longue de 500m (aller et retour : 1km de fil), alimente une ferme qui consomme 40A.
Résistance, chute de tension et puissance perdue dans la ligne ; fraction de la puissance délivrée.
La même puissance sous 20kV avec un transformateur à chaque bout : courant, chute et perte ; conclure pourquoi le transport se fait à haute tension.
L’aluminium (γ=3.6×107S/m, 2700kg/m3) est utilisé sur les pylônes : section donnant la même résistance que 10mm2 de cuivre ; masse par kilomètre pour les deux ; pourquoi l’aluminium l’emporte là-haut et le cuivre dans le mur.
Un capteur à effet Hall enserrant la ligne lit son champ : pour une pince ampèremétrique avec n=1×1022m−3, t=0.1mm, alimentée sous 5mA dans un champ de 0.1T concentré par un noyau de fer, tension de Hall.
Après une journée chaude de forte charge le fil est à 80∘C : sa résistance alors, et le supplément de perte.
La foudre frappe la ligne : 20kA pendant 100µs. Énergie dissipée dans le 1km de fil ; élévation de température si rien ne s’échappe ; densité de courant — comparer à la partie I.
Récapituler : les cinq grandeurs (n, τ, γ, j, E) qui décrivent le fil à chaque échelle, et la loi qui relie chaque paire.
Solution
Solution de Problème 10.1.
1.n=ρNA/M=8.4×1028m−3.
2.j=6.4×106A/m2, v=j/ne=0.47mm/s ; 35min par mètre.
3.τ=mγ/ne2=2.5×10−14s, μ=4.4×10−3m2/(Vs), ℓ=40nm, soit 150 distances : les électrons se heurtent aux défauts et aux vibrations thermiques, non aux atomes.
4.ρe∝T donne α=1/293=3.4×10−3K−1, proche du 4×10−3 mesuré.
5.E=0.11V/m, U=0.11V ; 21mv2=1×10−37J contre kBT=4×10−21J : le gaz d’électrons ne remarque pas le courant.
6.I/e=1×1020 électrons par seconde.
7.Q=neSL=3.4×104C ; QE=3.6kN, contre un poids de 0.2N. Le champ tire le réseau positif avec la force opposée ; les électrons cèdent leur quantité de mouvement au réseau par les chocs : le fil dans son ensemble ne ressent rien.
8.p=j2/γ=6.8×105W/m3, soit 1.7W/m.
9. Surface πd=5.6×10−3m2 par mètre : ΔT=1.7/(10×5.6×10−3)=30K ; la résistivité croît de 12%, la puissance passe à 1.9W : ΔT≈35K.
10.ΔT=1.7(1+0.004ΔT)/(2×5.6×10−3) : ΔT(1−0.6)=150, ΔT≈400K — proche de l’emballement thermique : les câbles enterrés doivent être déclassés.
11.p/ρc=0.2K/s ; à 160A, 20K/s : fusion en une minute environ (moins, car ρe croît) ; le disjoncteur s’ouvre en quelques millisecondes.
12.ωτ=8×10−12 : la loi d’Ohm est intacte.
13.ε0/γ=1.5×10−19s : aucune charge à l’intérieur ; le champ dans le fil est créé par des charges portées par sa surface, dont la densité varie le long du fil.
14.Q=I0τc=16mC, V=Q/C=160V.
15. Le côté du fil porte I, le côté de l’intervalle aucun courant de conduction : la charge croît, et avec elle le champ électrique dans l’intervalle.
18.j=γE=10−14×2.3×105=2×10−9A/m2, soit 10−14 A à travers la section : rien ; claquage à 3kV sur le millimètre.
19.R=1000/(6×107×10−5)=1.7Ω ; ΔU=67V ; P=2.7kW, soit 29% des 9.2kW délivrés.
20.I=0.46A, ΔU=0.8V, 0.35W : le transport à haute tension divise la perte par (U2/U1)2.
21.10×6/3.6=17mm2 ; 89kg/km de cuivre contre 45kg/km d’aluminium : plus léger et moins cher sur les pylônes ; dans le mur la section plus faible du cuivre passe dans les gaines et les bornes.