Physique universitaire — 2e année · Bachelor Year 2
4Écoulements visqueux
Penchez un pot de miel et il coule en un ruban lent et épais ; penchez un pot d’eau et elle a disparu. Traînez une cuillère dans chacun : le miel résiste, et résiste encore à toute vitesse ; l’eau y prend à peine garde tant que vous allez lentement, puis se met à tourbillonner. La différence est la viscosité — le frottement interne d’un fluide — et la lutte entre viscosité et inertie, résumée en un seul nombre, celui de Reynolds, décide si un écoulement rampe en couches ordonnées ou bascule dans la turbulence. Ce chapitre ajoute la force visqueuse à l’équation d’Euler, résout les deux écoulements laminaires dont se sert tout ingénieur, et explique pourquoi, à grand nombre de Reynolds, la viscosité se cache dans une mince couche à la paroi et coûte pourtant à chaque voiture, chaque navire et chaque avion l’essentiel de son carburant.
Le miel coule en un ruban mince et régulier qui s’enroule en arrivant : une viscosité dix mille fois celle de l’eau rend l’inertie sans objet — un écoulement rampant.
4.1 Viscosité et équation de Navier–Stokes
Définition 4.1(Viscosité newtonienne)
Dans un écoulement de cisaillement plan v=vx(y)ex, le fluide situé au-dessus d’une surface y= const exerce sur le fluide situé au-dessous (à travers un élément de surface dS) la force tangentielle
dF=ηdydvxdSex,
qui entraîne la couche la plus lente vers l’avant et est freinée en retour. La contrainte de cisaillement vaut τ=ηdvx/dy ; le coefficient η (unité Pas) est la viscosité dynamique du fluide, et ν=η/ρ (m2/s) sa viscosité cinématique. Un fluide dont le η ne dépend pas du taux de cisaillement est dit newtonien : l’eau, l’air, les huiles, l’alcool ; le sang, la peinture, le ketchup et les polymères fondus ne le sont pas. Ordres de grandeur à 20∘C : air η=1.8×10−5Pas (ν=1.5×10−5m2/s), eau 1.0×10−3Pas (ν=1.0×10−6m2/s), huile d’olive 0.08Pas, glycérol 1.5Pas, miel ∼10Pas. Les liquides deviennent plus fluides quand on les chauffe, les gaz plus visqueux.
Proposition 4.2(Densité de force visqueuse ; condition d’adhérence)
Dans l’écoulement de cisaillement plan, la force visqueuse résultante sur une tranche de fluide comprise entre y et y+dy vaut, par unité de volume, ηd2vx/dy2 : la viscosité agit comme une densité volumique de force ηΔv (le laplacien pris composante par composante), résultat valable pour tout écoulement incompressible. À une paroi solide le fluide adhère : sa vitesse est celle de la paroi (la condition d’adhérence), ce qui explique que la poussière reste sur une pale de ventilateur et qu’une paroi subisse une traînée visqueuse.
Démonstration. La tranche est tirée par ηvx′(y+dy)dS par le dessus et par −ηvx′(y)dS par le dessous : au total ηvx′′dydS. La forme générale est admise (elle résulte de l’écriture de la contrainte comme fonction linéaire symétrique des gradients de vitesse). La condition d’adhérence est expérimentale. ∎
À gauche : l’écoulement de Couette plan entre une plaque fixe et une plaque qui se déplace à U — un profil linéaire, la même contrainte de cisaillement sur chaque couche. À droite : les forces visqueuses sur une tranche de fluide ; elles se compensent sauf si le profil de vitesse est courbe.
Exemple 4.4(Contrainte de cisaillement sur une table)
Un film d’huile de 0.1mm (η=0.1Pas) entre une plaque et une table, la plaque glissant à 1m/s : τ=ηU/h=1kPa, soit une force de 100N sur un dixième de mètre carré — c’est le principe du palier lubrifié, où la traînée visqueuse remplace un frottement sec cent fois plus grand. Du miel sur une cuillère, 10Pas, sur 1mm d’épaisseur, qui s’écoule à 1mm/s : τ=10Pa, exactement le poids d’un millimètre de miel par unité d’aire — d’où cette vitesse d’écoulement.
4.2 Le nombre de Reynolds
Définition 4.5(Nombre de Reynolds)
Pour un écoulement de vitesse caractéristique U et de longueur caractéristique L, le nombre de Reynolds
Re=ηρUL=νUL
est le rapport des ordres de grandeur du terme d’inertie ρ(v⋅grad)v∼ρU2/L et du terme visqueux ηΔv∼ηU/L2 dans l’équation de Navier–Stokes. À Re≪1 l’inertie est négligeable et l’écoulement est rampant (visqueux, réversible, régulier) ; à Re≫1 la viscosité est négligeable sauf au voisinage des parois et l’écoulement est celui d’un fluide parfait — jusqu’à ce que, au-delà d’un seuil de l’ordre de 103 (environ 2000 à 3000 dans une conduite, sur le diamètre), il devienne turbulent : non stationnaire, chaotique, plein de tourbillons à toutes les échelles. Entre les deux, un écoulement est laminaire : stationnaire et en couches.
Exemple 4.6(Nombres de Reynolds d’écoulements courants)
Une bactérie (1µm, 30µm/s, dans l’eau) : Re=3×10−5 — elle vit dans un monde sans inertie, où arrêter son flagelle l’arrête en un diamètre atomique. Le sang dans un capillaire : 10−3 ; un grain de poussière qui tombe : 10−2 ; un poisson rouge : 103 ; un nageur : 106 ; une voiture à 30m/s (4m) : 8×106 ; un avion de ligne : 108 ; le Gulf Stream : 1011. Deux écoulements de même géométrie et de même nombre de Reynolds sont semblables : c’est ce qui permet d’essayer une maquette de 1m de navire en bassin des carènes, ou un avion en soufflerie.
Proposition 4.7(Écoulement de Poiseuille dans une conduite)
Dans une conduite cylindrique horizontale de rayon R et de longueur L, mise en mouvement par la différence de pression ΔP=P1−P2 entre ses extrémités, l’écoulement laminaire stationnaire est
v(r)=4ηLΔP(R2−r2),DV=8ηLπR4ΔP:
un profil parabolique, maximal sur l’axe, de vitesse moyenne ⟨v⟩=vmax/2. Le débit est proportionnel à la chute de pression (loi de Poiseuille) avec la résistance hydrauliqueRh=ΔP/DV=8ηL/πR4 — et à la puissance quatrième du rayon. La contrainte de cisaillement à la paroi vaut τw=ΔPR/2L=4η⟨v⟩/R. Valable tant que Re=2R⟨v⟩/ν≲2000.
Démonstration. Stationnaire, v=v(r)ez (le terme convectif est donc nul : v⋅grad agit selon z, direction selon laquelle rien ne varie). Navier–Stokes selon z : 0=−∂zP+ηΔv, et radialement ∂rP=0 : P ne dépend que de z, Δv que de r, donc les deux membres valent une constante, ∂zP=−ΔP/L. En coordonnées cylindriques Δv=r1drd(rdrdv) (énoncé ; c’est le bilan des forces visqueuses sur une coquille cylindrique, 2πrLηv′ en r et en r+dr). En intégrant deux fois avec v fini sur l’axe et v(R)=0 on obtient la parabole ; DV=∫0Rv2πrdr. La contrainte pariétale vaut −ηv′(R) ; de façon équivalente, la force de pression πR2ΔP équilibre le frottement pariétal 2πRLτw. ∎
À gauche : l’écoulement de Poiseuille — le profil parabolique dans une conduite, entretenu par la chute de pression P1−P2. À droite : le bilan des forces sur une coquille cylindrique de fluide : la différence de pression sur ses bases est équilibrée par les contraintes visqueuses sur ses surfaces intérieure et extérieure.
Exemple 4.8(La puissance quatrième)
Une aiguille de seringue de diamètre intérieur 0.4mm et de longueur 3cm, de l’eau, une pression du pouce de 20kPa : DV=π(2×10−4)4×2×104/(8×10−3×0.03)=0.42mL/s ; une aiguille deux fois plus large en donne seize fois plus. Une artère rétrécie par une plaque à 70% de son rayon offre (1/0.7)4=4.2 fois sa résistance : le corps compense en élevant la pression en amont, ce qui explique en partie que l’athérosclérose et l’hypertension aillent de pair.
Proposition 4.9(Force de Stokes)
Une sphère de rayon R se déplaçant à la vitesse v dans un fluide à Re=2ρvR/η≪1 subit la traînée
F=6πηRv,
opposée à sa vitesse. Une sphère de masse volumique ρs tombant dans un fluide de masse volumique ρ atteint la vitesse limitev∞=9η2R2(ρs−ρ)g — c’est la loi de la sédimentation, des centrifugeuses et des gouttes d’huile de Millikan.
Démonstration. La traînée est admise (c’est la solution exacte des équations de l’écoulement rampant autour d’une sphère, aux deux tiers du frottement visqueux, au tiers de la pression). Vitesse limite : le poids diminué de la poussée d’Archimède, 34πR3(ρs−ρ)g, égale la traînée ; toujours vérifier Re≪1 ensuite. ∎
Exemple 4.10(Brouillard, pluie et poussière)
Une gouttelette de brouillard de 10µm de diamètre tombe dans l’air à 2×(5×10−6)2×104/(9×1.8×10−5)=3mm/s (Re=2×10−3) : le moindre courant ascendant la maintient en l’air, ce qui explique que les nuages flottent. Une goutte de pluie de 1mm donnerait 30m/s et Re≈2000 : Stokes ne s’applique plus, et la traînée quadratique de la section suivante donne les 4m/s observés. Un grain de poussière de 10µm (ρs=2500kg/m3) sédimente à 8mm/s, un mètre en deux minutes — une poussière plus fine reste en suspension des heures.
4.4 Grand nombre de Reynolds : couches limites et traînée
Proposition 4.11(La couche limite)
À grand nombre de Reynolds, l’écoulement autour d’un corps est celui d’un fluide parfait partout, sauf dans une mince couche limite le long de la paroi, où la vitesse passe de sa valeur extérieure U à zéro (adhérence). Le long d’une plaque plane son épaisseur croît comme
δ(x)∼Uνx=Rexx,Rex=νUx,
où x est la distance au bord d’attaque ; la couche elle-même devient turbulente au-delà de Rex∼5×105. Le frottement visqueux sur la paroi, et le décollement de la couche derrière un corps émoussé (qui laisse un sillage turbulent de basse pression), sont les deux sources de traînée.
Démonstration. Ordre de grandeur : une particule de fluide met le temps x/U à parcourir la plaque, pendant lequel l’influence de la paroi diffuse dans le fluide — le terme visqueux ν∂2v/∂y2 est une diffusion de quantité de mouvement de diffusivité ν, qui atteint la distance νt en un temps t (Chapitre 24). D’où δ∼νx/U. La théorie complète (celle de Prandtl) est admise. ∎
Proposition 4.12(Traînée à grand nombre de Reynolds)
La traînée sur un corps de maître-couple S se déplaçant à la vitesse v dans un fluide s’écrit
F=21ρv2SCx,
où le coefficient de traînéeCx dépend de la forme et de Re. Pour une sphère, Cx=24/Re à Re≪1 (Stokes, avec Re construit sur le diamètre), puis environ 0.4–0.5, presque constant, de Re≈103 à 2×105, où il chute brutalement à 0.1 environ (la crise de traînée : la couche limite devient turbulente, adhère plus longtemps à la surface et le sillage se resserre — les alvéoles d’une balle de golf la déclenchent plus tôt). Les corps profilés ont Cx≈0.05 ; une voiture 0.3 ; un cycliste 0.9 ; une plaque plane face à l’écoulement 1.2. La puissance nécessaire pour aller à v vaut Fv∝v3.
Un cycliste (SCx=0.35m2) à 10m/s : F=0.5×1.2×100×0.35=21N, P=210W — un effort soutenable ; à 15m/s (54km/h) il faudrait 710W, d’où l’intérêt de prendre la roue au sprint. Une voiture (SCx=0.7m2) à 130km/h : 550N, 20kW contre le seul air — la consommation sur autoroute est pour l’essentiel de la traînée.
Remarque 4.14(Tension superficielle)
Une seconde force réside aux frontières d’un liquide : sa surface libre se comporte comme une membrane tendue de tension γ (N/m ; eau 0.072N/m), parce qu’il manque aux molécules de surface la moitié de leurs voisines. La pression à l’intérieur d’une goutte de rayon R dépasse la pression extérieure de la pression de Laplace2γ/R (1.4kPa dans une goutte de 0.1mm, 14bar dans une goutte de 10nm) ; la tension superficielle l’emporte sur la pesanteur en dessous de la longueur capillaireγ/ρg=2.7mm pour l’eau — la taille des gouttes de rosée, du ménisque dans un verre, de l’ascension dans un tube capillaire (h=2γ/ρgr, loi de Jurin). C’est pourquoi de petits insectes marchent sur l’eau, pourquoi les poils d’un pinceau se collent quand il est mouillé, et pourquoi un jet liquide se brise en gouttes.
Méthode 4.15(Quel régime ?)
Avant tout calcul d’écoulement visqueux, calculer Re. Re≪1 : Stokes et écoulement rampant, traînée ∝v, chutes de pression ∝ au débit. Re jusqu’à ∼2000 dans une conduite : laminaire, Poiseuille. Au-delà : turbulent — Poiseuille sous-estime gravement la perte ; utiliser la loi empirique ΔP=λ(L/D)21ρ⟨v⟩2 avec λ≈0.3/Re1/4 pour les conduites lisses, et F=21ρv2SCx pour les corps. Dans tous les cas, vérifier ensuite que le Re calculé à partir du résultat s’accorde avec le régime supposé.
4.5 Exercices
Exercice 4.1★
Une plaque de 0.50m2 glisse à 2.0m/s sur un film d’huile de 0.20mm (η=0.25Pas). Contrainte de cisaillement, force sur la plaque, puissance dissipée ; comparer au frottement sec (f=0.3) si la plaque pèse 10kg.
Solution
Solution de Exercice 4.1.
τ=ηU/h=0.25×2/2×10−4=2.5kPa ; F=1.25kN ; P=Fv=2.5kW. Frottement sec : 0.3×98=29N — ici le film mince, fortement cisaillé, résiste bien davantage ; la traînée visqueuse croît comme U/h, de sorte que la lubrification est avantageuse aux vitesses plus faibles et avec des films plus épais (et elle ne grippe jamais).
Exercice 4.2★
Nombres de Reynolds de : (a) une bactérie de 2µm à 30µm/s dans l’eau ; (b) un nageur (1.8m, 1.5m/s) ; (c) une voiture (4m, 30m/s) dans l’air ; (d) le sang dans l’aorte (2.5cm, 0.33m/s, ν=3.3×10−6m2/s) ; (e) de l’huile (η=0.1Pas, ρ=900kg/m3) à 0.5m/s dans une conduite de 1cm. Régime de chacun.
Solution
Solution de Exercice 4.2.
(a) 2×10−6×3×10−5/10−6=6×10−5, rampant. (b) 1.8×1.5/10−6=2.7×106, turbulent. (c) 4×30/1.5×10−5=8×106, turbulent. (d) 0.025×0.33/3.3×10−6=2500, laminaire à la limite. (e) 900×0.5×0.01/0.1=45, laminaire.
Exercice 4.3★
De l’eau est poussée à travers une aiguille de 0.40mm (diamètre intérieur) et 3.0cm sous 20kPa. Débit ; temps pour injecter 5mL ; vitesse maximale et nombre de Reynolds ; contrainte pariétale. Et avec une aiguille de 0.80mm ?
Solution
Solution de Exercice 4.3.
DV=πR4ΔP/8ηL=π(2×10−4)4×2×104/(8×10−3×0.03)=0.42mL/s ; 12s pour 5mL. vmax=ΔPR2/4ηL=6.7m/s, ⟨v⟩=3.3m/s, Re=2R⟨v⟩/ν=1300 : laminaire. τw=ΔPR/2L=67Pa. À 0.8mm : seize fois le débit, 6.7mL/s — mais Re≈104 : l’écoulement devient turbulent et le gain est moindre.
Exercice 4.4★
Vitesses limites dans l’air (η=1.8×10−5Pas) (a) d’un grain de pollen de 20µm (ρs=1100kg/m3), (b) d’une particule de fumée de 2µm (ρs=2000kg/m3), (c) d’une goutte de bruine de 0.2mm. Vérifier Re dans chaque cas ; temps pour tomber de 1m.
Solution
Solution de Exercice 4.4.
v∞=2R2Δρg/9η. (a) 1.3cm/s, Re=0.02, 75s par mètre. (b) 0.24mm/s, Re=3×10−5, 70min par mètre. (c) 1.2m/s mais Re=16 : Stokes surestime (vitesse réelle voisine de 0.7m/s), environ une seconde par mètre.
Exercice 4.5★★
Une conduite d’eau de diamètre 30cm transporte 0.10m3/s sur 1.0km. (a) Vitesse moyenne et nombre de Reynolds. (b) Chute de pression si la loi de Poiseuille s’appliquait. (c) Chute réelle avec λ=0.3/Re1/4 ; rapport à (b) ; puissance de pompage. (d) Le même débit dans deux conduites parallèles de 21cm (même section totale) : chute et puissance.
Solution
Solution de Exercice 4.5.
(a) ⟨v⟩=0.1/0.0707=1.4m/s, Re=4.2×105. (b) 8ηLDV/πR4=500Pa. (c) λ=0.3/25.5=0.0118, ΔP=0.0118×3333×1000=39kPa : 80 fois plus ; P=ΔPDV=3.9kW. (d) Même vitesse, Re=3×105, λ=0.0128, ΔP=0.0128×4717×1000=60kPa, 6kW : plus de paroi par unité de débit, donc plus de perte.
Exercice 4.6★★
Des cellules de 10µm de diamètre et de masse volumique 1050kg/m3 dans l’eau. (a) Vitesse de sédimentation sous la pesanteur ; temps pour parcourir 5cm. (b) Dans une centrifugeuse à 1000g. (c) Vitesse de rotation minimale pour 1000g à 10cm de rayon. (d) Pourquoi peut-on séparer d’abord les plus grosses particules ?
Solution
Solution de Exercice 4.6.
(a) v=2×25×10−12×50×9.81/(9×10−3)=2.7µm/s ; 5cm en 1.8×104 s, cinq heures. (b) 2.7mm/s, 18s. (c) Ω=1000g/r=313rad/s=3000rpm. (d) v∝R2 : les grosses particules culottent les premières ; des passages successifs à vitesse croissante séparent les tailles.
Exercice 4.7★★
Un cycliste (SCx=0.35m2, résistance au roulement4N) roule à 12m/s. (a) Traînée et puissance totale. (b) À 15m/s. (c) Contre un vent debout de 5m/s à 12m/s de vitesse sol. (d) Prendre la roue réduit Cx de 30% : puissance économisée. (e) En descente à 5% sans pédaler (masse 80kg) : vitesse limite.
Solution
Solution de Exercice 4.7.
(a) F=0.6×144×0.35=30N, +4N : P=34×12=410W. (b) 47+4=51N, 770W. (c) Vitesse relative 17m/s : 61+4=65N, multiplié par la vitesse sol : 780W. (d) Traînée 21N : 300W, soit 110W économisés. (e) mgsinα=39N=4+0.21v2 : v=13m/s, 47km/h.
Exercice 4.8★★
Traînée quadratique. (a) Vitesse limite d’une balle de golf (46g, 43mm, Cx=0.25) et d’un parachutiste (80kg, SCx=0.7m2, puis 25m2 parachute ouvert). (b) Équation du mouvement pour une chute partant du repos avec traînée quadratique ; montrer que v=v∞tanh(gt/v∞). (c) Temps et distance pour que le parachutiste atteigne 90% de v∞.
Solution
Solution de Exercice 4.8.
(a) Golf : 21ρCxS=2.2×10−4kg/m, v∞=0.45/2.2×10−4=45m/s ; parachutiste 785/0.42=43m/s ; parachute 785/15=7.2m/s. (b) mv˙=mg−kv2, soit v˙=g(1−v2/v∞2), dont la solution partant du repos est v∞tanh(gt/v∞). (c) tanhx=0.9 pour x=1.47 : t=1.47×43/9.81=6.5s ; z=(v∞2/g)lncoshx=190×0.83=160m.
Exercice 4.9★★
Viscosimètre de Couette. Un cylindre de rayon 5.0cm et de hauteur 10cm tourne à 10rad/s à l’intérieur d’un cylindre fixe, l’entrefer de 1.0mm étant rempli du liquide à étudier ; le couple nécessaire vaut 2.0×10−2Nm. (a) En traitant l’entrefer comme un écoulement de Couette plan, taux et contrainte de cisaillement. (b) Viscosité. (c) Nombre de Reynolds de l’écoulement dans l’entrefer ; l’écoulement est-il laminaire ? (d) Pourquoi fait-on l’entrefer mince ?
Solution
Solution de Exercice 4.9.
(a) Taux de cisaillement ΩR/e=0.5/10−3=500s−1 ; Γ=τ⋅2πRh⋅R : τ=0.02/(2π×2.5×10−3×0.1)=12.7Pa. (b) η=12.7/500=2.5×10−2Pas. (c) Re=ρUe/η≈1000×0.5×10−3/0.025=20 : laminaire. (d) Un entrefer mince rend le taux de cisaillement uniforme (approximation plane) et maintient l’écoulement laminaire.
Exercice 4.10★★★
Un réseau vasculaire. Le sang (η=3.5mPas) s’écoule à 5.0L/min. (a) Résistance hydraulique de l’aorte (rayon 1.25cm, longueur 40cm) et chute de pression le long de celle-ci. (b) Les 1010 capillaires (rayon 4µm, longueur 1mm) sont en parallèle : résistance de l’un, de tous, et chute de pression aux bornes du lit capillaire. (c) Les artérioles (108, rayon 10µm, longueur 2mm) : mêmes questions ; où se situe la résistance de la circulation ? (d) La chute totale vaut 13kPa : puissance du ventricule gauche, et quelle fraction des 100W de l’organisme. (e) Un médicament dilate les artérioles de 10% : effet sur la résistance totale.
Solution
Solution de Exercice 4.10.
DV=8.3×10−5m3/s. (a) Rh=8ηL/πR4=8×3.5×10−3×0.4/(π×2.4×10−8)=1.5×105Pas/m3, ΔP=12Pa. (b) Un capillaire 3.5×1016Pas/m3 ; 1010 en parallèle : 3.5×106Pas/m3 ; ΔP=290Pa (2mmHg). (c) Une artériole 8×3.5×10−3×2×10−3/(π×10−20)=1.8×1015Pas/m3 ; l’ensemble : 1.8×107Pas/m3 ; ΔP=1.5kPa : les artérioles dominent les deux autres (c’est dans les petits vaisseaux, non dans les gros, que la pression chute). (d) P=13000×8.3×10−5=1.1W, environ 1%. (e) (1/1.1)4=0.68 : un tiers de la résistance artériolaire supprimé — c’est ainsi que les vasodilatateurs abaissent la pression artérielle.
Exercice 4.11★★★
Couche limite et traînée de frottement. Une plaque plane de longueur L et de largeur b se déplace dans son plan à U. En régime laminaire la contrainte pariétale vaut τw=0.332ρU2/Rex (Blasius). (a) Montrer que la force de frottement sur une face vaut F=0.664ρU2bL/ReL. (b) Épaisseur de couche limite au bord de fuite d’une plaque de 1m dans l’eau à 0.3m/s, et force sur une plaque de 1m2 (les deux faces). (c) À 10m/s : ReL, et pourquoi la formule ne s’applique plus. (d) Coque d’un navire (100m, 10m/s) : estimation de l’épaisseur de couche limite à la poupe en admettant la loi turbulente δ≈0.37x/Rex1/5.
Solution
Solution de Exercice 4.11.
(a) F=b∫0Lτwdx=0.332ρU2bν/U∫0Ldx/x=0.664ρU2bνL/U=0.664ρU2bL/ReL. (b) ReL=3×105 (laminaire) ; δ≈5νL/U=9mm ; F=0.664×1000×0.09×1/548=0.11N par face, 0.22N. (c) ReL=107 : la couche est turbulente au-delà des premiers centimètres, la formule laminaire échoue (la traînée réelle est plusieurs fois plus grande). (d) Rex=109 : δ≈0.37×100/63=0.6m.
Exercice 4.12★★★
Un film qui ruisselle. Un film liquide d’épaisseur h s’écoule le long d’une paroi verticale sous la pesanteur, en régime stationnaire, l’air n’exerçant aucune contrainte sur sa surface libre. (a) Écrire Navier–Stokes pour v=v(y)ez (y étant la distance à la paroi, z orienté vers le bas) et les conditions aux limites. (b) Montrer que v(y)=2ηρg(2hy−y2) et calculer le débit par unité de largeur q=ρgh3/3η. (c) Une couche de peinture fraîche (η=0.5Pas, ρ=1200kg/m3) de 0.2mm d’épaisseur : vitesse de surface et débit ; de combien la surface descend-elle en 10min ? Pourquoi la peinture coule-t-elle si on l’applique trop épaisse ? (d) Du miel (η=10Pas) sur 2mm d’épaisseur sur une cuillère verticale : vitesse de surface.
Solution
Solution de Exercice 4.12.
(a) 0=ρg+ηv′′(y), v(0)=0 (adhérence), v′(h)=0 (aucune contrainte à la surface libre). (b) On intègre deux fois : v=(ρg/2η)(2hy−y2) ; q=∫0hvdy=ρgh3/3η. (c) vs=ρgh2/2η=1200×9.81×4×10−8/1=0.47mm/s ; q=6.3×10−8m2/s ; 28cm en dix minutes — une peinture newtonienne de cette épaisseur coulerait entièrement ; les peintures réelles sont rhéofluidifiantes et thixotropes, et coulent malgré tout si elles sont trop épaisses puisque vs∝h2. (d) 1400×9.81×4×10−6/20=2.7mm/s.
Une allée tourbillonnaire de von Kármán dans les nuages en aval d’une île, vue de l’espace : le sillage d’un cylindre à un nombre de Reynolds de quelques centaines, dessiné à l’échelle de la centaine de kilomètres (NASA).
4.6 Problème : le sang, le pétrole brut et la pluie
Problème 4.1
Problème du week-end — les mêmes lois visqueuses dans une artère, dans un oléoduc de mille kilomètres, et dans une goutte qui tombe
Partie I — Le sang. Sang : ρ=1060kg/m3, η=3.5×10−3Pas (traité comme newtonien) ; débit cardiaque DV=5.0L/min.
Si l’écoulement dans l’aorte était celui de Poiseuille, que vaudraient la vitesse maximale et la contrainte pariétale ? (L’endothélium perçoit des contraintes de l’ordre de 1Pa.)
Un capillaire, de rayon 4.0µm, transporte le sang à 0.30mm/s : nombre de Reynolds ; chute de pression sur sa longueur de 1.0mm, en pascals et en millimètres de mercure (1mmHg = 133Pa).
Temps mis par un globule rouge pour traverser le capillaire ; pourquoi est-ce le bon ordre de grandeur pour les échanges gazeux ?
Artérioles (rayon 10µm, longueur 2.0mm, 108 en parallèle) : résistance de l’ensemble et chute de pression à ses bornes au débit cardiaque maximal.
La chute totale des artères aux veines vaut 13kPa : puissance mécanique fournie par le ventricule gauche. Comparer à un organisme de 100W.
Une sténose réduit de 40% le rayon d’une artère coronaire sur une faible longueur : facteur d’augmentation de sa résistance ; pourquoi le muscle cardiaque en aval peut encore être alimenté au repos mais pas à l’effort.
Lors d’un effort intense le débit cardiaque atteint 25L/min : nombre de Reynolds dans l’aorte, et régime.
Le sang n’est pas newtonien : sa viscosité apparente diminue à fort taux de cisaillement et augmente à faible taux. Lequel des vaisseaux ci-dessus est le plus affecté, et dans quel sens ?
Partie II — L’oléoduc. Un oléoduc de pétrole brut : diamètre D=1.2m, longueur L=1300km, débit DV=3.0m3/s ; pétrole ρ=850kg/m3, η=2.0×10−2Pas maintenu chaud. Frottement turbulent : ΔP=λ(L/D)21ρ⟨v⟩2, λ=0.316/Re1/4.
Chute de pression par kilomètre et sur toute la ligne.
La conduite supporte 80bar : nombre minimal de stations de pompage le long de la ligne.
Puissance de pompage totale ; énergie par mètre cube de pétrole livré, comparée au contenu énergétique du pétrole (36GJ/m3).
Quelle chute la loi de Poiseuille prédirait-elle ? Commenter le coût de la turbulence (et pourquoi on injecte dans certains oléoducs des additifs polymères qui retardent la turbulence).
En hiver, non chauffé, le pétrole atteindrait η=2.0Pas : nouveau nombre de Reynolds et régime ; chute de pression sur la ligne avec la loi appropriée. Conclusion pour la conception (la ligne réelle est calorifugée et le pétrole maintenu chaud).
Temps de transit du pétrole d’un bout à l’autre.
Contrainte pariétale dans le cas chaud et turbulent, déduite de la chute de pression ; force de frottement totale sur la paroi.
Le même débit dans une conduite de 1.0m : par quel facteur la chute de pression turbulente est-elle modifiée ?
Un grain de sable de 0.10mm (ρs=2650kg/m3) est emporté par le pétrole chaud : vitesse de sédimentation de Stokes, nombre de Reynolds du grain, temps pour traverser la conduite. Comparer aux fluctuations turbulentes de vitesse, quelques pour cent de ⟨v⟩ : le sable sédimente-t-il dans l’oléoduc en service ? À l’arrêt ?
Partie III — Les gouttes. Air : ρ=1.2kg/m3, η=1.8×10−5Pas ; eau ρw=1000kg/m3, γ=0.072N/m.
Gouttelette de nuage, diamètre 10µm : vitesse limite de Stokes, nombre de Reynolds, temps pour tomber de 1km ; pourquoi le nuage subsiste.
Bruine, 0.20mm : vitesse de Stokes et nombre de Reynolds ; Stokes est-il encore fiable ?
Goutte de pluie, 2.0mm : montrer que Stokes échoue, et trouver la vitesse limite avec Cx=0.5. Temps pour tomber de 1km.
Dans un courant ascendant de 1cm/s, la gouttelette de nuage monte-t-elle ou descend-elle ? Quel courant ascendant retiendrait la goutte de bruine ?
Pression de Laplace dans les trois gouttes ; comparer à la pression dynamique21ρv∞2 pour chacune, et expliquer pourquoi les grosses gouttes de pluie s’aplatissent et se brisent au-delà de 5mm environ.
Donner en un tableau, pour les huit écoulements de ce problème, le nombre de Reynolds et la loi qui le gouverne.
4.1/0.3=3.3s : assez long pour que l’oxygène diffuse sur les quelques micromètres qui le séparent des tissus (Chapitre 24).
5. Une artériole 8ηL/πR4=1.8×1015Pas/m3 ; 108 en parallèle : 1.8×107Pas/m3 ; ΔP=1.8×107×8.3×10−5=1.5kPa=11mmHg.
6.P=ΔPDV=13000×8.3×10−5=1.1W, soit environ 1% de la puissance de l’organisme.
7.(1/0.6)4=7.7. Au repos les vaisseaux en aval se dilatent et compensent ; à l’effort la demande quadruple ou quintuple et l’artère rétrécie ne peut la satisfaire : c’est l’angine de poitrine.
8. Cinq fois la vitesse : Re≈6500, turbulent — ce sont les souffles qu’entend un stéthoscope à l’effort.
9. Dans l’écoulement lent et peu cisaillé des petites veines et des capillaires les globules rouges s’agrègent et la viscosité apparente augmente (l’inverse dans l’aorte rapide) ; toutes les estimations de chute de pression pour les petits vaisseaux sont des bornes inférieures.
11.λ=0.316/19.2=0.0165 ; ΔP/L=(0.0165/1.2)×21×850×7.0=41Pa/m=41kPa/km ; 534bar sur la ligne.
12.534/80=6.7 : au moins sept stations.
13.P=ΔPDV=5.34×107×3=160MW ; 53MJ/m3, soit 0.15% de l’énergie du pétrole.
14.ΔP=32ηL⟨v⟩/D2=32×0.02×1.3×106×2.65/1.44=15bar : trente-cinq fois moins. La turbulence coûte cher ; quelques parties par million de longs polymères la retardent et réduisent la chute de plusieurs dizaines de pour cent.
15.Re=1350 : laminaire ; Poiseuille : ΔP=32×2×1.3×106×2.65/1.44=1500bar — impossible ; le pétrole doit être maintenu chaud, d’où le calorifugeage et le chauffage.
16.1.3×106/2.65=4.9×105s=5.7jours.
17.τw=(ΔP/L)D/4=41×0.3=12Pa ; F=τwπDL=6×107N.
18.ΔP∝λ⟨v⟩2/D∝D−4.75 : 1.24.75=2.4.
19.v=2R2Δρg/9η=2×2.5×10−9×1800×9.81/0.18=0.49mm/s ; Re=2×10−3 ; 41min pour traverser 1.2m. Les fluctuations turbulentes de quelques centimètres par seconde le maintiennent en suspension tant que le pétrole circule ; à l’arrêt il sédimente en moins d’une heure.
20.v=2×2.5×10−11×1000×9.81/1.62×10−4=3.0mm/s ; Re=2×10−3 ; 1km en 3.3×105 s, quatre jours : le moindre courant ascendant supérieur à quelques millimètres par seconde la maintient.
21.1.2m/s, Re=16 : Stokes surestime d’environ un facteur deux (réel : 0.7m/s).
22. Stokes donnerait 120m/s et Re∼104 : absurde. Traînée quadratique, 34πR3ρwg=21ρv2πR2Cx : v=8Rρwg/3ρCx=6.6m/s (Re=900, cohérent) ; 150s depuis 1km.
23.1cm/s>3mm/s : la gouttelette monte ; la goutte de bruine demande environ 1m/s, ce que fournissent les nuages convectifs.
24.2γ/R : 29kPa, 1.4kPa, 144Pa ; pressions dynamiques21ρv2 : 5×10−6, 0.3 et 26Pa. Le rapport atteint 0.2 à 2mm ; à 5mm (v≈9m/s, 21ρv2=49Pa contre 58Pa) la pression aérodynamique aplatit la goutte et la brise : aucune goutte de pluie ne dépasse 5mm environ.
25. Aorte 103 (laminaire, près de la transition) ; capillaire 10−3 (Poiseuille) ; artériole 10−2 (Poiseuille) ; oléoduc chaud 105 (turbulent, λ(Re)) ; oléoduc froid 103 (Poiseuille) ; sable dans le pétrole 10−3 (Stokes) ; gouttelette de nuage 10−3 (Stokes) ; goutte de pluie 103 (traînée quadratique, Cx≈0.5).