Physique universitaire — 2e année · Bachelor Year 2
8Dispersion et paquets d’ondes
Jetez une pierre dans un étang et observez l’anneau de rides : de nouvelles crêtes naissent à son bord intérieur, courent vers l’extérieur à travers l’anneau et meurent à son bord extérieur — l’anneau tout entier avance moins vite que les crêtes qu’il contient. Asseyez-vous sur une plage après une tempête lointaine et la houle longue et lente arrive un jour avant le clapot court : la mer trie les vagues par longueur d’onde. Le premier câble télégraphique transatlantique, en 1858, transformait des points et des traits nets en une bouillie qu’il fallait des minutes pour lire. Dans ces trois cas la vitesse d’une onde dépend de sa fréquence : le milieu est dispersif. Ce chapitre introduit la relation de dispersion, le nombre d’onde complexe qui porte à la fois la propagation et l’absorption, la vitesse de groupe à laquelle un paquet — et son énergie, et l’information qu’il porte — se déplace réellement, et la ligne le long de laquelle la télégraphie, la télévision et l’internet ont voyagé : le câble coaxial.
8.1 La relation de dispersion
Définition 8.1(Relation de dispersion ; vitesse de phase)
Un milieu linéaire, homogène et invariant dans le temps admet les ondes planes monochromatiques s=Aei(ωt−kx) (notation complexe ; le signal physique en est la partie réelle) pourvu que ω et k vérifient la relation de dispersion du milieu, D(ω,k)=0, résolue en k(ω) ou en ω(k). Pour k réel l’onde se propage sans se déformer à la vitesse de phase
vφ=kω.
Le milieu est non dispersif lorsque vφ ne dépend pas de ω (alors ω=ck et tout signal se propage sans déformation — c’est l’équation de d’Alembert) et dispersif sinon.
Démonstration. En reportant ei(ωt−kx) dans une équation linéaire à coefficients constants, chaque ∂t devient iω et chaque ∂x devient −ik, ce qui laisse une relation algébrique. La corde, l’onde sonore et la barre ont donné ω2=c2k2. ∎
Exemple 8.2(Dispersif et non dispersif)
(i) Une corde sur un lit élastique (force de rappel −Ky par unité de longueur, ou une chaîne de pendules), μ∂t2y=T∂x2y−Ky : ω2=ωc2+c2k2 avec ωc=K/μ — la relation de Klein–Gordon, la même que celle d’un plasma et d’un guide d’ondes (Chapitres 14 et 16) : vφ=c/1−ωc2/ω2>c, et aucun k réel en dessous de la pulsation de coupureωc. (ii) Ondes de gravité en eau profonde : ω2=gk (admis), vφ=g/k=gλ/2π : les grandes longueurs d’onde vont plus vite — 12.5m/s pour 100m, 40m/s pour 1km. (iii) La chaîne d’atomes, ω=2ω0∣sin(ka/2)∣ (Chapitre 6). (iv) La lumière dans le verre, k=n(ω)ω/c, d’où le spectre étalé par un prisme.
À gauche : trois relations de dispersion — une droite pour un milieu non dispersif, l’hyperbole de Klein–Gordon avec sa coupure, la parabole des ondes en eau profonde. À droite : pour la relation de Klein–Gordon la vitesse de phase dépasse c et la vitesse de groupe reste en dessous, avec vφvg=c2.
Définition 8.3(Nombre d’onde complexe : propagation et atténuation)
Lorsque la relation de dispersion donne, pour ω réel, un k=k′−ik′′ complexe, l’onde s’écrit
s=Ae−k′′xei(ωt−k′x):
elle se propage à vφ=ω/k′ et son amplitude décroît en e−x/δ avec la longueur d’atténuationδ=1/k′′ (elle doit décroître dans son sens de propagation : k′ et k′′ de même signe). Si k est imaginaire pur, k=−iκ, l’onde est évanescente : Ae−κxeiωt, une oscillation stationnaire dont l’amplitude s’éteint sur la distance 1/κ sans rien propager — le cas du milieu de Klein–Gordon en dessous de sa coupure, κ=ωc2−ω2/c, et d’un métal aux fréquences optiques.
Exemple 8.4(Une corde amortie)
Une corde dans un fluide visqueux, μ∂t2y+α∂ty=T∂x2y : k2=(ω2−iαω/μ)/c2. Pour un amortissement faible (α≪μω), k≈cω(1−i2μωα) : l’onde garde sa célérité et perd de l’amplitude sur δ=2μc/α=2Z/α, indépendante de la fréquence — une perte dissipative et non dispersive, de 8.7dB par longueur δ.
8.2 Paquets d’ondes et vitesse de groupe
Proposition 8.5(Battements ; vitesse de groupe)
Deux ondes de même amplitude et de fréquences voisines ω±δω, de nombres d’onde k±δk, se superposent en
s=2Acos(δωt−δkx)cos(ωt−kx):
une porteuse en (ω,k) se déplaçant à vφ=ω/k, modulée par une lente enveloppe se déplaçant à δω/δk. Un paquet d’ondes — une superposition d’ondes monochromatiques dont les nombres d’onde occupent une bande étroite autour de k0 — se déplace, dans son ensemble, à la vitesse de groupe
vg=dkdωk0,
qui est la vitesse de son énergie et de l’information qu’il porte. Dans un milieu non dispersif vg=vφ=c ; sinon le paquet se déforme en chemin (il s’étale), d’autant plus vite que d2ω/dk2 est grand et que sa largeur spatiale, complément de son spectre, est petite.
Démonstration. La formule de transformation en produit donne les battements. Pour un paquet, écrivons s=∫a(k)ei(ω(k)t−kx)dk (une superposition de Fourier — l’intégrale de Fourier est étudiée dans le volume de mathématiques de troisième année ; seule est utilisée ici son interprétation comme somme continue de sinusoïdes), avec a(k) piqué en k0. Développons ω(k)≈ω0+vg(k−k0) : alors s≈ei(ω0t−k0x)∫a(k)ei(k−k0)(vgt−x)dk, une porteuse multipliée par une enveloppe qui n’est fonction que de x−vgt — l’enveloppe se déplace à vg. Le terme suivant, 21ω′′(k0)(k−k0)2t, déphase les composantes au cours du temps et étale l’enveloppe. L’énergie d’un paquet se trouve là où est son enveloppe ; tout signal aussi. ∎
Battements : deux fréquences voisines produisent une porteuse rapide (qui se déplace à la vitesse de phase) sous une enveloppe lente (qui se déplace à la vitesse de groupe) ; dans un milieu dispersif les deux vitesses diffèrent et les crêtes glissent à travers l’enveloppe.
Exemple 8.6(Eau profonde : les crêtes devancent le groupe)
ω=gk : vg=21g/k=21vφ. Un train de houle avance à la moitié de la vitesse de ses crêtes : en observant un train de vagues, on voit des crêtes apparaître à l’arrière du groupe, le traverser et disparaître à l’avant — exactement l’anneau de l’étang. Une tempête à 3000km envoie sa houle de 15s (λ=gT2/2π=350m, vg=gT/4π=11.7m/s) en trois jours, ses vagues de 8s (vg=6.2m/s) en cinq jours et demi : à partir des heures d’arrivée des différentes périodes, les océanographes localisent la tempête.
Le sillage d’un bateau à moteur sur un lac calme : le motif en plumes reste à l’intérieur d’un dièdre d’angle fixe parce que l’énergie de chaque vague se déplace à la moitié de la vitesse de ses crêtes — la dispersion rendue visible.
Exemple 8.7(Klein–Gordon : plus vite que la lumière, et non)
Pour ω2=ωc2+c2k2 : vφ=ω/k et vg=c2k/ω, donc vφvg=c2 : la vitesse de phase dépasse c (dans l’ionosphère, les crêtes d’une onde à 10MHz vont plus vite que la lumière) mais la vitesse de groupe, qui porte le signal, reste en dessous. Une vitesse de phase ne transporte ni énergie ni information — les crêtes sont comme la tache d’un faisceau de phare balayant un nuage lointain.
Remarque 8.8(Étalement)
Un paquet de largeur spatiale Δx contient des nombres d’onde sur Δk∼1/Δx (la réciprocité de Fourier, admise) ; les vitesses de groupe de ses composantes diffèrent de Δvg≈∣ω′′∣Δk, si bien qu’au bout d’un temps t il s’est étalé de ∣ω′′∣Δkt : il double de largeur au bout de teˊt∼Δx2/∣ω′′∣. Un paquet de dix vagues de 100m en eau profonde (Δx≈1km, ω′′=−41g/k3=−50m2/s) double en six heures environ ; une impulsion lumineuse de 1ns dans une fibre optique s’étale de quelques dizaines de picosecondes par kilomètre — la limite du débit des liaisons longues. Le paquet d’ondes quantique du Chapitre 30 s’étale pour la même raison.
8.3 Le câble coaxial
Proposition 8.9(Équations des télégraphistes ; ligne sans pertes)
Un câble coaxial (ou toute ligne bifilaire) possède, par unité de longueur, une inductance Λ et une capacité Γ. La tension v(x,t) entre les conducteurs et le courant i(x,t) dans le conducteur intérieur obéissent aux équations des télégraphistes
Zc étant l’impédance caractéristique de la ligne. Pour un câble coaxial de rayons a<b rempli d’un diélectrique de permittivité relative εr, Λ=2πμ0lnab, Γ=ln(b/a)2πε0εr, de sorte que c=c0/εr (environ 2×108m/s, les deux tiers de la vitesse de la lumière) et Zc=εr60Ωlnab : 50Ω ou 75Ω pour les câbles usuels.
Démonstration. Modélisons la tranche [x,x+dx] par une inductance série Λdx et une capacité parallèle Γdx : la chute de tension le long de la tranche vaut Λdx∂ti, et le courant perdu dans la capacité vaut Γdx∂tv. On dérive croisé. Pour v=f(x−ct), la première équation donne i=f(x−ct)/Λc=v/Λ/Γ. Les valeurs de Λ et de Γ sont celles du condensateur cylindrique et de l’inductance coaxiale calculées dans le volume de première année. ∎
À gauche : le circuit équivalent d’une tranche dx de ligne sans pertes — inductance en série, capacité en parallèle — d’où découlent les équations des télégraphistes. À droite : un câble coaxial en coupe ; ses Λ et Γ ne dépendent que du rapport des rayons et du diélectrique.
Proposition 8.10(Ligne avec pertes ; condition de non-distorsion)
Avec une résistance série R et une conductance parallèle G par unité de longueur, les équations deviennent ∂xv=−Λ∂ti−Ri, ∂xi=−Γ∂tv−Gv, et la relation de dispersionk2=(Λω−iR)(Γω−iG) : la ligne est dispersive et atténuante. Deux cas limites : (i) R/Λ=G/Γ (condition de Heaviside, atteinte en ajoutant de l’inductance) : k=ωΛΓ−iRG, toutes les fréquences se propagent à la même vitesse avec la même atténuation — la ligne atténue mais ne déforme pas. (ii) Λ≈0, G≈0 (les premiers câbles sous-marins) : ∂x2v=RΓ∂tv, une équation de diffusion — une impulsion ne se propage pas mais s’étale, atteignant la distance L au bout d’un temps ∼RΓL2 (loi des carrés de Kelvin), cent fois plus long pour un câble dix fois plus long.
Démonstration. Reportons ei(ωt−kx) : −ikv=−(iωΛ+R)i, −iki=−(iωΓ+G)v ; on multiplie. Sous la condition de Heaviside le produit est un carré parfait. La limite diffusive laisse tomber les termes iωΛ et G. ∎
Exemple 8.11(Trois câbles)
Le câble transatlantique de 1858 : un unique fil de cuivre sous gutta-percha, R≈3Ω/km, Γ≈0.3µF/km, L=3000km : RΓ=9×10−10s/m2 et RΓL2≈8s par point : un mot à la minute, et les tentatives des opérateurs pour forcer le signal avec 2kV détruisirent l’isolant en quelques semaines. Une ligne téléphonique chargée de bobines tous les 2km pour satisfaire la condition de Heaviside (1900) : une parole claire sur des centaines de kilomètres. Un câble coaxial moderne de 50Ω : c=2×108m/s, Λ=0.25µH/m, Γ=100pF/m, et une atténuation due à l’effet de peau dans les conducteurs (Chapitre 14), croissant comme f : quelques décibels par centaine de mètres à 100MHz.
Méthode 8.12(Lire une relation de dispersion)
(1) Écrire l’équation d’onde du milieu en notation complexe et résoudre en k(ω). (2) k réel : calculer vφ=ω/k et vg=dω/dk (ou 1/(dk/dω)) ; comparer : dispersif ou non, dispersion normale (vg<vφ) ou anomale. (3) k complexe : séparer propagation (k′) et atténuation (k′′, longueur 1/k′′) ; imaginaire pur signifie évanescent, sans transport. (4) Une pulsation de coupure sépare une bande propagative d’une bande évanescente. (5) Pour un signal, raisonner sur l’enveloppe à vg, jamais sur les crêtes.
8.4 Exercices
Exercice 8.1★
Ondes en eau profonde, ω2=gk. (a) Vitesse de phase, vitesse de groupe et période d’une houle de 100m. (b) Une houle de période 14s : longueur d’onde, vφ, vg ; temps mis par son énergie pour parcourir 5000km. (c) Pourquoi le clapot de période 2s n’y parvient-il jamais ?
Solution
Solution de Exercice 8.1.
(a) k=0.063rad/m, ω=gk=0.79rad/s, T=8.0s ; vφ=12.5m/s, vg=6.3m/s. (b) ω=0.45rad/s, k=ω2/g=0.021rad/m, λ=310m ; vφ=gT/2π=22m/s, vg=11m/s ; 5×106/11=4.6×105s=5.3 jours. (c) λ=6m, vg=1.6m/s : il lui faudrait cinq semaines, et les vagues courtes sont amorties par la viscosité et brisées par le vent bien avant.
Exercice 8.2★
Un milieu obéit à ω2=ωc2+c2k2 avec ωc=2π×1×107rad/s et c=3×108m/s. Pour f=20MHz : k, vφ, vg, et leur produit. Pour f=5MHz : κ et la profondeur de pénétration.
Solution
Solution de Exercice 8.2.
ω=1.26×108rad/s, ωc=6.3×107rad/s : k=ω2−ωc2/c=0.36rad/m, vφ=3.5×108m/s, vg=c2k/ω=2.6×108m/s, produit c2. À 5MHz, ω<ωc : κ=ωc2−ω2/c=0.18m−1, profondeur 5.5m.
Exercice 8.3★
Deux diapasons à 440Hz et 444Hz : fréquence de battement, et période des variations d’intensité sonore. Deux vagues de longueurs d’onde 100m et 110m : fréquences, longueur d’onde et vitesse de l’enveloppe ; comparer à vg à 105m.
Solution
Solution de Exercice 8.3.
Battement à 4Hz, période des variations d’intensité 0.25s. Eau : f=0.125 et 0.119Hz ; enveloppe cos(δωt−δkx) avec δk=2.9×10−3rad/m (battements distants de 1.1km) et vitesse δω/δk=6.4m/s — la vitesse de groupe à 105m, 21gλ/2π=6.4m/s.
Exercice 8.4★
Un câble coaxial : conducteur intérieur de 0.9mm de diamètre, extérieur 3.0mm, polyéthylène (εr=2.3). Λ, Γ, célérité, impédance caractéristique, retard par mètre ; longueur de câble équivalente à un retard de 10ns. Même câble avec de l’air à la place du polyéthylène.
La corde raide. Une corde de piano réelle obéit à μ∂t2y=T∂x2y−EI∂x4y (EI étant la raideur de flexion). (a) Relation de dispersion, vitesses de phase et de groupe. (b) Pour la corde de la4 du Chapitre 6 (T=685N, μ=6.1g/m, EI=9.8×10−3Nm2), augmentation relative de vφ pour la huitième harmonique (k=8π/L, L=0.38m) ; vérifier avec l’inharmonicité qui y a été trouvée. (c) La dispersion est-elle normale ou anomale ? À quoi ressemble un pincement net après quelques allers-retours ?
Solution
Solution de Exercice 8.5.
(a) ω2=c2k2+(EI/μ)k4 ; vφ=c2+(EI/μ)k2 ; vg=(c2k+2(EI/μ)k3)/ω. (b) c2=1.12×105m2/s2, k=66rad/m, (EI/μ)k2=7.0×103m2/s2 : vφ/c=1.063=1.031, +3.1% — les 53 cents du Chapitre 6. (c) vg>vφ : anomale ; les harmoniques élevées prennent de l’avance et l’attaque d’un pincement devient un bref glissando descendant.
Exercice 8.6★★
Corde amortie.μ∂t2y+α∂ty=T∂x2y. (a) Établir la relation de dispersion. (b) Pour α≪μω, montrer que k′≈ω/c et k′′≈α/2Z ; atténuation en décibels par mètre. (c) Applications numériques : μ=5g/m, T=50N, α=0.02kgm−1s−1, f=100Hz : vérifier l’approximation et donner δ. (d) La corde amortie est-elle dispersive ? Dans quel régime de α le deviendrait-elle ?
Solution
Solution de Exercice 8.6.
(a) −μω2+iαω=−Tk2 : k2=(ω2/c2)(1−iα/μω). (b) k≈(ω/c)(1−iα/2μω) : k′=ω/c, k′′=α/2μc=α/2Z ; 8.7k′′ dB/m. (c) c=100m/s, Z=0.5kg/s, μω=3.1≫0.02 : k′′=0.02m−1, δ=50m, 0.17dB/m. (d) Pas dans cette limite (k′=ω/c) ; lorsque α≳μω la racine carrée ne se linéarise plus et k′ dépend non linéairement de ω : dispersive (c’est la limite diffusive du câble).
Exercice 8.7★★
Rides. Les vagues courtes sont gouvernées par la tension superficielle : ω2=γk3/ρ (γ=0.072N/m) ; la relation complète est ω2=gk+γk3/ρ. (a) vφ et vg pour des ondes capillaires pures ; laquelle est la plus grande ? (b) Montrer que la vitesse de phase de la relation complète est minimale en λm=2πγ/ρg et calculer λm et vmin. (c) Un bateau plus lent que vmin ne fait pas de sillage : pourquoi ? (d) Les gouttes de pluie sur un étang font des anneaux dont les crêtes sont en retard sur l’anneau : dans quel régime ?
Solution
Solution de Exercice 8.7.
(a) vφ=γk/ρ, vg=23vφ : le groupe devance les crêtes. (b) vφ2=g/k+γk/ρ est minimal en km=ρg/γ : λm=2πγ/ρg=1.7cm, vmin=(4gγ/ρ)1/4=23cm/s. (c) Un sillage est un motif stationnaire par rapport au bateau, fait d’ondes dont la vitesse de phase égale sa vitesse ; aucune n’est plus lente que 23cm/s. (d) Régime capillaire, vg>vφ : les crêtes naissent à l’avant de l’anneau et meurent à l’arrière.
Exercice 8.8★★
Étalement. Un paquet de largeur initiale Δx0 double de largeur au bout de teˊt≈Δx02/∣ω′′(k0)∣. (a) Un train de vagues en eau profonde, λ=50m, Δx0=500m. (b) Une impulsion lumineuse dans une fibre de verre : ω′′≈−0.16m2/s ; une impulsion de 10ps (Δx0=2mm) : temps d’étalement et distance parcourue pendant ce temps ; idem pour une impulsion de 1ns. Pourquoi les longues liaisons optiques utilisent-elles des impulsions plus longues ou une fibre à compensation de dispersion ?
Solution
Solution de Exercice 8.8.
(a) k=0.126rad/m, ω′′=−41g/k3=−18m2/s : teˊt=2.5×105/18=1.4×104s, quatre heures. (b) 10ps : teˊt=4×10−6/0.16=25µs, soit 5km à 2×108m/s ; 1ns : 0.04/0.16=0.25s, 50000km. Les impulsions courtes (hauts débits) s’étalent en quelques kilomètres : les liaisons longues utilisent une fibre compensatrice ou des débits modérés.
Exercice 8.9★★
Le câble sous-marin.R=3Ω/km, Γ=0.3µF/km, Λ et G négligeables. (a) Montrer que v obéit à une équation de diffusion et donner sa diffusivité. (b) Relation de dispersionk(ω) ; vitesse de phase et longueur d’atténuation à 1Hz et à 10Hz. (c) Temps mis par un signal pour « arriver » sur 3000km (∼RΓL2) ; mots par minute. (d) Le remède de Heaviside : l’inductance par kilomètre nécessaire pour R/Λ=G/Γ si G=1×10−7S/km ; pourquoi était-elle difficile à ajouter ?
Solution
Solution de Exercice 8.9.
(a) ∂x2v=RΓ∂tv, D=1/RΓ=1.1×1012m2/s. (b) k2=−iRΓω : k′=k′′=RΓω/2 ; à 1Hz : k=1.7×10−6m−1, vφ=3.7×106m/s, δ=600km ; à 10Hz : vφ=1.2×107m/s, δ=190km. (c) RΓL2=9×10−13×9×1012=8s par point : environ un mot à la minute. (d) Λ=RΓ/G=9H/km — une inductance absurde pour un câble sous-marin ; les bobines de charge fonctionnaient sur les lignes téléphoniques terrestres, dont les G et RΓ étaient différents.
Exercice 8.10★★★
L’énergie voyage à la vitesse de groupe. Corde sur un lit élastique : μ∂t2y=T∂x2y−Ky, onde y=Acos(ωt−kx) avec ω2=ωc2+c2k2. (a) Densité d’énergie e=21μ(∂ty)2+21T(∂xy)2+21Ky2 et flux P=−T∂xy∂ty : vérifier ∂te+∂xP=0. (b) Moyennes temporelles ⟨e⟩ et ⟨P⟩ pour l’onde. (c) Montrer que ⟨P⟩/⟨e⟩=c2k/ω=vg, et non vφ. (d) Qu’advient-il du flux d’énergie en dessous de la coupure ?
Solution
Solution de Exercice 8.10.
(a) ∂te=y˙(μy¨+Ky)+Ty′y˙′=y˙Ty′′+Ty′y˙′=∂x(Ty′y˙)=−∂xP. (b) ⟨e⟩=41A2(μω2+Tk2+K)=21μω2A2 (en utilisant μω2=Tk2+K) ; ⟨P⟩=21TkωA2. (c) Rapport Tk/μω=c2k/ω=vg. (d) y=Ae−κxcosωt : P∝sin2ωt, de moyenne nulle — aucune énergie ne traverse le milieu.
Exercice 8.11★★★
Houle et tsunami. Les vagues de longueur d’onde λ sur une profondeur h obéissent à ω2=gktanhkh (admis). (a) Retrouver les limites d’eau profonde et d’eau peu profonde (kh≪1) ; célérité des ondes en eau peu profonde ; sont-elles dispersives ? (b) Un tsunami de λ=200km sur 4km d’océan : quelle limite, célérité, période ; temps pour traverser 8000km. (c) Son amplitude au large vaut 0.5m : énergie par unité de longueur de crête (admettre E=21ρgA2 par unité d’aire) pour un front de 1000km ; que se passe-t-il quand la profondeur tombe à 10m, si le flux d’énergie Evg se conserve (loi de Green, A∝h−1/4) ? (d) Une houle de 100m arrivant sur une plage : à quelle profondeur commence-t-elle à sentir le fond, et pourquoi ses crêtes deviennent-elles parallèles au rivage ?
Solution
Solution de Exercice 8.11.
(a) tanhkh→1 : ω2=gk ; kh≪1 : ω=ghk, célérité gh, non dispersive. (b) kh=0.13 : eau peu profonde ; c=9.81×4000=198m/s, T=17min ; 8000km en 11h. (c) 21ρgA2=1.2kJ/m2 sur 200×1000 km2 : 2.5×1014J. Green : A∝h−1/4, (4000/10)1/4=4.5 : 2.2m, avant redressement et déferlement. (d) Vers h≈λ/2=50m ; la portion de crête située en eau moins profonde ralentit, de sorte que la crête pivote parallèlement aux lignes de niveau du fond — c’est la réfraction.
Exercice 8.12★★★
Une impulsion sur une ligne. Un câble de 50Ω et de longueur ℓ=100m (c=2×108m/s) est alimenté en x=0 par un générateur de résistance interne 50Ω et fermé en x=ℓ sur une charge RL. (a) Montrer qu’une onde arrivant à l’extrémité est réfléchie avec le coefficient en tension r=(RL−Zc)/(RL+Zc) (écrire v et i comme somme d’une onde incidente et d’une onde réfléchie et imposer la loi d’Ohm dans la charge). (b) Valeurs pour RL=50, 0, ∞, 150Ω. (c) On envoie une impulsion de 1ns et 1V : ce que montre l’oscilloscope placé au générateur, et à quel instant, pour chaque charge ; pourquoi les 50Ω du générateur comptent. (d) Un défaut dans un câble enterré renvoie un écho après 1.8µs : où se trouve-t-il ? (Réflectométrie temporelle.)
Solution
Solution de Exercice 8.12.
(a) En x=ℓ : v=vi+vr, i=(vi−vr)/Zc, v=RLi : r=(RL−Zc)/(RL+Zc). (b) 0, −1, +1, 0.5. (c) L’entrée de la ligne se comporte comme Zc, si bien que l’oscilloscope voit 0.5V en t=0, puis l’écho 0.5r V à 2ℓ/c=1µs : rien, −0.5V, +0.5V, +0.25V ; le générateur adapté absorbe l’écho, de sorte qu’il n’y en a pas de second. (d) 21×2×108×1.8×10−6=180m.
8.5 Problème : le câble et la mer
Problème 8.1
Problème du week-end — la dispersion à l’œuvre : le câble télégraphique qui brouillait les points, la houle qui annonce une tempête, le tsunami qui traverse un océan, et le paquet qui s’étale
Partie I — Le câble télégraphique. Le câble transatlantique de 1866 : R=2.0Ω/km, Γ=0.25µF/km, Λ=0.5mH/km, G négligeable, longueur L=3500km.
À quelle fréquence Λω égale-t-il R ? En conclure que pour les fréquences télégraphiques (quelques hertz) la ligne est en régime diffusif.
Dans ce régime, k=−iRΓω : donner k′ et k′′ (rappel : −i=(1−i)/2) ; vitesse de phase et longueur d’atténuation à 1Hz ; à 4Hz.
Atténuation en décibels sur tout le câble à 1Hz et à 4Hz. Quelle fréquence survit ? Qu’advient-il alors d’un point net ?
Estimation de Kelvin du temps de transit, RΓL2 ; débit pratique du câble en mots par minute si un mot compte environ 10 points et traits et que les points ne doivent pas se recouvrir.
Heaviside proposait d’augmenter Λ : quelle valeur rend Λω=R à 4Hz, et que vaudraient alors la vitesse et l’atténuation (prendre G=0, de sorte que la condition R/Λ=G/Γ ne peut être satisfaite exactement — utiliser la relation générale à cette fréquence) ?
Une fibre optique moderne transporte 1×1010bit/s : comparer à la question 5, en puissances de dix.
Une tempête à 4000km d’une côte engendre des vagues de périodes allant de 6s à 18s : heure d’arrivée de chaque extrême ; durée de l’épisode de houle.
Montrer que sur une côte située à la distance D la période reçue obéit à 1/T=gt/4πD, t étant compté depuis la tempête : 1/T croît linéairement dans le temps. Une bouée enregistre T=16s un jour à midi et T=12s exactement 24h plus tard : distance de la tempête.
L’énergie par unité d’aire d’une houle d’amplitude A vaut 21ρgA2 ; puissance traversant une ligne de 1m de crête, pour A=1.5m, T=12s. (Utiliser la vitesse de groupe — pourquoi ?)
Une ferme houlomotrice de 1km de front, de rendement 30% : puissance électrique ; comparer à une éolienne (3MW).
Un bateau à 5m/s en eau profonde laisse derrière lui un sillage stationnaire : quelle longueur d’onde a une vitesse de phase égale à la vitesse du bateau et le suit donc ? Pourquoi le motif traîne-t-il en V, plus étroit que ne le laisserait croire l’étalement propre des crêtes (penser à vg=vφ/2) ?
En observant un train de houle depuis une falaise, décrire ce que fait une crête particulière pendant que le groupe passe devant une bouée fixe ; combien de crêtes contient un groupe de durée 2min à T=12s, et combien de « vies » de crête cela représente-t-il ?
Partie III — Le tsunami.ω2=gktanhkh ; profondeur du Pacifique h=4.0km.
Un séisme soulève une portion de fond marin de 100km de 2m ; l’onde a λ≈200km : vérifier que c’est une onde d’eau peu profonde et donner sa célérité, sa période et le temps pour atteindre une côte à 6000km.
Est-elle dispersive ? Comparer à la houle de la partie II : arrive-t-elle avant ou après la houle ? Laquelle arrive comme une impulsion unique ?
Sa hauteur au large vaut 0.6m : énergie par mètre carré ; énergie totale d’un front long de 500km étalé sur une longueur d’onde ; comparer à une explosion de 1Mt (4.2×1015J).
Loi de Green : hauteur lorsque la profondeur tombe à 20m près de la côte (flux d’énergie 21ρgA2vg conservé, vg=gh) ; célérité et longueur d’onde en ce point ; pourquoi l’onde se redresse alors et déferle comme un mur.
Un navire au large ne remarque pas le passage du tsunami : pourquoi ?
Des marégraphes distants de 6000km enregistrent l’onde : ce que donne le temps de trajet, et pourquoi la célérité mesurée est légèrement inférieure à gh sur un océan de profondeur variable.
Partie IV — Le paquet qui s’étale.
Pour l’eau profonde, calculer ω′′(k)=d2ω/dk2 et sa valeur pour λ=100m.
Un paquet de 10 vagues de ce type (Δx0≈1km) est lâché : temps d’étalement Δx02/∣ω′′∣ ; distance parcourue par le paquet pendant ce temps.
Expliquer avec des mots pourquoi un paquet de spectre plus étroit (train plus long) s’étale plus lentement, et pourquoi le tsunami de la partie III ne s’étale presque pas.
La même estimation pour un électron de longueur d’onde 0.1nm localisé sur 1nm, avec ω=ℏk2/2m (ℏ=1.05×10−34Js, m=9.1×10−31kg) : temps d’étalement et distance parcourue — le premier contact avec le paquet d’ondes quantique du Chapitre 30.
Récapituler en un tableau : pour le câble, la houle, le tsunami et l’électron, la relation de dispersion, vφ, vg et le fait que le milieu étale ou se contente d’atténuer.
Solution
Solution de Problème 8.1.
1.∂xv=−Λ∂ti−Ri, ∂xi=−Γ∂tv ; avec ei(ωt−kx) : ikv=(iωΛ+R)i, iki=iωΓv, d’où k2=ωΓ(ωΛ−iR).
2.ω=R/Λ=4000rad/s, soit 640Hz : à quelques hertz Λω≪R, régime diffusif.
3.k′=k′′=RΓω/2 avec RΓ=5×10−13s/m2 : à 1Hz : 1.25×10−6m−1, vφ=5×106m/s, δ=800km ; à 4Hz : 2.5×10−6m−1, 1×107m/s, 400km.
4.8.7L/δ : 38dB à 1Hz, 76dB à 4Hz : seules les composantes les plus lentes survivent ; un point net arrive en une longue bosse aplatie.
5.RΓL2=5×10−13×1.2×1013=6s : un point toutes les six secondes, un mot à la minute (le câble réel, avec de sensibles galvanomètres à miroir, en faisait quelques-uns).
6.Λ=R/ω=80mH/km. Alors k2=ΓRω(1−i), k=ΓRω21/4e−iπ/8 : k′=3.9×10−6m−1, k′′=1.6×10−6m−1 : vφ=6.4×106m/s, δ=620km, 49dB sur le câble au lieu de 76dB.
7. Un point toutes les 6s fait environ 0.2bit/s : la fibre est 1010 à 1011 fois plus rapide.
8.vφ=gT/2π, vg=gT/4π.
9.18s : vg=14.1m/s, 4×106/14.1=3.3jours ; 6s : 4.7m/s, 9.9jours : l’épisode de houle dure plus de six jours.
10.t=D/vg=4πD/gT, donc 1/T=gt/4πD. Δ(1/T)=1/12−1/16=0.0208Hz en 86400s : g/4πD=2.4×10−7s−2, D=3200km.
11.21ρgA2=11kJ/m2 ; l’énergie se déplace à vg=gT/4π=9.4m/s : 103kW par mètre de crête.
12.103×103×0.3=31MW : dix éoliennes.
13.λ=2πU2/g=16m. L’énergie de chaque composante se déplace à la moitié de sa vitesse de phase, de sorte que le motif est confiné à un dièdre derrière le bateau (de demi-angle 19.5∘, quelle que soit sa vitesse).
14. Une crête naît à l’arrière du groupe, le dépasse (les crêtes vont à 2vg par rapport à l’eau, à vg par rapport au groupe) et meurt à l’avant. Le groupe mesure 120×9.4=1.1km de long, soit cinq longueurs d’onde (λ=gT2/2π=225m) ; dix crêtes passent devant la bouée, chacune ayant vécu environ deux minutes.
15.kh=0.13 : eau peu profonde. c=198m/s, T=λ/c=17min, 8.4h.
16. Non dispersive : toutes les composantes à 198m/s, arrivant ensemble en une seule impulsion (la houle, à ∼10m/s, triée par période, mettrait une semaine).
17.21ρgA2=1.8kJ/m2 sur 500×200 km2 : 1.8×1014J, soit 4% d’une mégatonne.
18.A=0.6(4000/20)1/4=2.3m ; c=gh=14m/s, λ=cT=14km. La crête, en eau plus profonde que le creux qui la précède, va plus vite et le rattrape : le front se redresse en mascaret.
19. Une élévation de 0.6m en un quart d’heure, sur une pente de 10−5 : rien de perceptible.
20. La célérité moyenne, gh pour la profondeur moyenne ; comme h est concave, les passages peu profonds freinent l’onde plus que les passages profonds ne l’accélèrent, et la moyenne le long du trajet est inférieure à ghˉ.
22.teˊt=106/50=2×104s, soit 5.6h ; le paquet a parcouru vgt=6.25×2×104=125km.
23. Un train long contient une bande étroite de k, dont les vitesses de groupe coïncident presque : les composantes restent groupées plus longtemps. Le milieu du tsunami est non dispersif : vitesses égales, aucun étalement.