Biologie du primaire et du collège · Grades 1–9
48Le dioxygène dans l’eau
Le torrent de montagne et la mare d’été sont tous deux de l’« eau » — et pourtant la truite qui file dans l’un suffoquerait dans l’autre, et la carpe qui prospère dans la mare ne trouverait rien à manger dans le torrent. La différence entre ces deux eaux tient largement à un nombre invisible : la quantité de dioxygène qui y est dissoute. Ce chapitre apprend à lire, à mesurer et à prédire ce nombre — et avec lui, la carte de la vie aquatique.
48.1 Le dioxygène dissous, un stock rare
Définition 48.1 (Dioxygène dissous)
L’eau contient du dioxygène comme le thé sucré contient du sucre — invisiblement, dissous. La quantité est minuscule : un litre d’eau bien aérée en porte environ , quelque trente fois moins qu’un litre d’air. Chaque branchie et chaque respirant sous-marin de Chapitre 47 puise dans ce seul et maigre stock (Proposition 46.8).
Proposition 48.2 (Ce qui remplit le stock)
Deux fournisseurs réapprovisionnent le dioxygène d’une eau :
- l’air du dessus : le dioxygène s’y dissout à la surface — d’autant plus vite que l’eau est brassée, éclaboussée et écumée (rapides, cascades, vagues, pluie) ;
- les producteurs du dessous : de jour, les plantes aquatiques et les cellules vertes uniques rejettent du dioxygène dans l’eau à mesure qu’elles fabriquent (Remarque 40.5).
Démonstration. Admis à ce niveau. ∎
Proposition 48.3 (Ce qui le vide, et ce qu’il peut contenir)
Le stock est vidé par tout respirant — les animaux, les plantes la nuit, et surtout les décomposeurs quand il y a beaucoup de matière morte à manger (le huitième bocal de Problème 46.1). Et le plafond bouge : une eau froide peut contenir nettement plus de dioxygène dissous qu’une eau chaude — un torrent à en porte une fois et demie plus qu’une mare à . La chaleur serre les respirants des deux côtés : moins de dioxygène contenu, alors que tous les bruits de moteur (Exemple 46.7) tournent plus vite.
Démonstration. Admis à ce niveau. ∎
Exemple 48.4 (Le torrent contre la mare)
Les deux eaux se lisent maintenant comme des registres. Le torrent de montagne : froid (plafond élevé), blanchi d’écume sur chaque rocher (remplissage rapide) — du dioxygène près du plafond toute l’année. La mare d’été : chaude (plafond bas), immobile (remplissage lent), riche en vase et en matière morte (des décomposeurs affamés) — du dioxygène qui rase le plancher, au plus bas aux petites heures avant l’aube, quand les plantes ont respiré toute la nuit sans fabrication diurne pour les compenser.
Exemple 48.5 (Lire la courbe de la mare)
La vague quotidienne de la mare, c’est Remarque 40.5 tracée en données : le lever du soleil met en route la fabrication des producteurs et la courbe monte ; la fin d’après-midi la porte à son sommet ; la nuit laisse tous les respirants puiser dans le stock sans autre fournisseur que la surface immobile — la courbe glisse jusqu’à son minimum de l’aube. Les mortalités de poissons dans les mares envahies surviennent à l’aube, et tu en connais maintenant la raison.
48.2 La carte des habitants
Proposition 48.6 (Le dioxygène dessine la carte)
Comme les espèces diffèrent par leurs besoins en dioxygène, le nombre de dioxygène dissous cartographie les habitants (Proposition 37.6, sous l’eau) :
- les espèces exigeantes — truite, larves d’éphémère avec leurs touffes branchiales qui s’agitent (Problème 47.1) — ne vivent que dans une eau froide, brassée et riche en dioxygène ;
- les espèces tolérantes — carpe, beaucoup de limnées, larves à queue de rat munies d’un tuba vers la surface — s’accommodent d’une eau chaude, immobile et plus pauvre ;
- si bien que le recensement se lit à l’envers : trouve des larves d’éphémère sous les pierres et l’eau est bonne ; ne trouve que des porteurs de tuba et des gobeurs d’air, et elle est mauvaise.
Les gardes-rivières recensent la petite faune exactement pour cette raison : les habitants sont l’enregistrement des pires jours récents de l’eau, que la lecture d’une seule sonde peut manquer.
Démonstration. Admis à ce niveau. ∎
Exemple 48.7 (L’histoire des déchets organiques)
Les eaux usées non traitées d’un village — riches en matière organique — atteignent un ruisseau limpide. En aval du tuyau, les décomposeurs festoient et se multiplient (Définition 42.3), et leur respiration massive vide le dioxygène : la truite et les larves d’éphémère disparaissent, les tolérants à tuba prennent la place, et plus bas encore — les déchets consommés, l’eau réaérée sur les seuils — les espèces exigeantes reviennent. La pollution était de la matière organique ; le tueur a été le manque de dioxygène ; la carte a tout enregistré.
Méthode 48.8 (Juger une eau)
Pour juger un ruisseau ou une mare :
- mesure ou estime les fournisseurs : température, brassage, végétation verte ;
- pèse les fuites : vase et matière morte, surpeuplement, toute arrivée de déchets organiques ;
- recense la petite faune sous les pierres et parmi les herbiers — des espèces exigeantes présentes, ou seulement des tolérantes ?
- si tu échantillonnes à une seule heure, souviens-toi de la courbe de la mare : une belle lecture d’après-midi peut cacher une aube mortelle.
48.3 Exercices
Exercice 48.1 ★
Quelle quantité de dioxygène un litre d’eau bien aérée contient-il à peu près, et comment cela se compare-t-il à l’air ?
Solution
Solution de Exercice 48.1.
Environ par litre — à peu près trente fois moins qu’un litre d’air n’en porte.
Exercice 48.2 ★
Nomme les deux fournisseurs de dioxygène d’une eau, et la condition dans laquelle chacun fournit le plus vite.
Solution
Solution de Exercice 48.2.
L’air du dessus, qui se dissout à la surface — le plus vite là où l’eau est brassée, éclaboussée et écumée ; et les producteurs du dessous, qui rejettent du dioxygène de jour — le plus vite en pleine lumière et avec une végétation verte abondante.
Exercice 48.3 ★
Nomme trois fuites du stock. Laquelle devient énorme quand la matière morte abonde ?
Solution
Solution de Exercice 48.3.
La respiration des animaux, la respiration propre des plantes la nuit, et celle des décomposeurs — qui devient énorme quand la matière morte abonde.
Exercice 48.4 ★
Énonce le double étau que la chaleur impose aux respirants aquatiques.
Solution
Solution de Exercice 48.4.
Une eau chaude contient moins de dioxygène dissous (le plafond baisse) alors que le moteur de chaque respirant tourne plus vite (la demande monte) : moins d’offre, plus de besoin, en même temps.
Exercice 48.5 ★
Pourquoi la courbe de dioxygène de la mare atteint-elle son sommet en fin d’après-midi et son creux à l’aube ?
Solution
Solution de Exercice 48.5.
De jour, la fabrication des producteurs ajoute du dioxygène plus vite que la respiration n’en vide — la courbe monte jusqu’à un sommet de fin d’après-midi. Toute la nuit, chaque respirant puise dans le stock sans aucune fabrication — la courbe glisse jusqu’à son plus bas juste avant le lever du soleil.
Exercice 48.6 ★
Quelles deux trouvailles de recensement marquent une eau riche en dioxygène, et lesquelles marquent une eau pauvre ?
Solution
Solution de Exercice 48.6.
Riche : la truite (ou les alevins de truite) et les larves d’éphémère sous les pierres. Pauvre : seulement des espèces tolérantes — carpes, limnées, et larves à tuba qui vont chercher l’air à la surface.
Exercice 48.7 ★★
Explique à un propriétaire de mare la mortalité de poissons à l’aube de Exemple 48.5 — et propose un remède tiré de chacun des fournisseurs de Proposition 48.2.
Solution
Solution de Exercice 48.7.
La respiration de la nuit — poissons, plantes et décomposeurs de la vase ensemble — vide la mare jusqu’à son minimum juste avant le lever du soleil, si bien que les mares surchargées asphyxient leurs poissons à l’aube. Remèdes : du fournisseur 1, brasser la surface — faire tourner une fontaine ou une cascade pendant la nuit ; du fournisseur 2, éclaircir la végétation envahissante et la vase pour que la respiration nocturne diminue (et que la production diurne atteigne l’eau, et pas seulement le tapis de surface).
Exercice 48.8 ★★
Raconte Exemple 48.7 comme une chaîne : les déchets arrivent, puis quoi, puis quoi — et pourquoi le ruisseau guérit-il vers l’aval ?
Solution
Solution de Exercice 48.8.
Les déchets arrivent — les décomposeurs festoient et se multiplient — leur respiration massive vide le dioxygène — les espèces exigeantes disparaissent et les tolérantes prennent la place. Vers l’aval, les déchets finissent par être consommés, les seuils réaèrent l’eau, et les espèces exigeantes reviennent : la fuite refermée, les fournisseurs ayant rattrapé leur retard.
Exercice 48.9 ★★
Pourquoi les gardes-rivières se fient-ils davantage au recensement de la petite faune qu’à la lecture d’une seule sonde ? Sers-toi de l’idée des « pires jours récents ».
Solution
Solution de Exercice 48.9.
Une sonde enregistre un instant ; les habitants enregistrent une histoire. Une espèce exigeante ne vit à une station que si l’eau y est restée bonne pendant tout son séjour — y compris les aubes et les mauvaises semaines qu’aucune visite isolée ne saisit. Le recensement est le minimum d’une saison, écrit en animaux.
Exercice 48.10 ★★
Une mare de jardin vire au vert de soupe aux pois, puis subit une semaine chaude et sans vent. Retrace le danger avec les deux propositions — et dis quand le propriétaire devrait faire tourner la fontaine le plus fort.
Solution
Solution de Exercice 48.10.
Le vert de soupe aux pois est une énorme population de cellules vertes uniques : de jour, elles produisent, mais chaque nuit chaude toute la soupe respire — et la semaine chaude et sans vent abaisse le plafond et arrête le remplissage par la surface. Le minimum de l’aube file vers zéro : un temps à mortalité piscicole. Fais tourner la fontaine le plus fort pendant la nuit et les petites heures — la journée saura se débrouiller seule.
Exercice 48.11 ★★
Les élevages de truites se bâtissent sur des rivières froides avec des seuils et des bassins où l’eau éclabousse, jamais sur des lacs chauds et immobiles. Justifie chacune des propositions de cette phrase.
Solution
Solution de Exercice 48.11.
La truite est une espèce exigeante : les rivières froides tiennent le plafond élevé dont elle a besoin ; les seuils et les bassins où l’eau éclabousse maintiennent le remplissage face à la fuite que créent des poissons serrés. Un lac chaud et immobile échoue à la fois sur le plafond et sur le remplissage — c’est un pays de carpes, pas de truites.
Exercice 48.12 ★★★
« Dans l’eau, le dioxygène est la monnaie ; la température fixe la masse monétaire ; les décomposeurs sont les plus gros dépensiers. » Traduis chaque proposition en affirmations simples de ce chapitre, en citant une proposition ou un exemple pour chacune.
Solution
Solution de Exercice 48.12.
La monnaie : tout respirant sous-marin puise dans le seul stock dissous — qui prospère où se paie en dioxygène (Proposition 48.6). La masse monétaire : la température fixe ce que l’eau peut contenir — le froid relève le plafond, la chaleur l’abaisse (Proposition 48.3). Les plus gros dépensiers : dès qu’il y a de la matière morte, la respiration massive des décomposeurs vide plus que tout le monde — la leçon du tuyau de la laiterie (Exemple 48.7).
48.4 Problème : l’annuaire du garde-rivière
Problème 48.1
Problème du week-end — une rivière, quatre stations, une année de relevés
Une garde-rivière tient un annuaire pour quatre stations : K1, un rapide froid en aval d’un seuil ; K2, un bief lent et chaud à travers les pâtures ; K3, juste en aval du tuyau de rejet d’une laiterie ; K4, deux kilomètres plus bas, après un long radier caillouteux. Chaque station reçoit des mesures de sonde et un recensement de la petite faune.
Partie I — Lire les stations.
- K1 indique à ; K2 indique à . Attribue l’écart aux bons fournisseurs et aux bons plafonds.
- Recensement de K1 : alevins de truite, larves d’éphémère. Celui de K2 : carpes, limnées, larves à queue de rat. Interprète les deux avec Proposition 48.6.
- K3 indique alors que l’eau n’y est pas plus chaude qu’à K2. Nomme la fuite, et les ouvriers qui en sont responsables.
- K4 indique et son recensement montre de nouveau des larves d’éphémère. Explique cette guérison avec les deux fournisseurs et le sort des déchets.
Partie II — Les rythmes de l’année.
- Les relevés d’aube de K2 en août descendent à tandis que ceux d’après-midi atteignent . Dessine ou décris sa courbe quotidienne, et nomme les deux processus qui se relaient.
- Les relevés de janvier à K2 sont plus stables et plus élevés que ceux d’août, alors que le bief des pâtures est aussi immobile que jamais. Donne les deux raisons hivernales.
- Une quinzaine chaude et sans vent est annoncée. Classe les quatre stations par risque de mortalité piscicole, avec une raison pour chacune.
- La garde-rivière programme ses visites d’août avec la sonde juste avant le lever du soleil. Défends ce choix.
Partie III — Verdicts et remèdes.
- La laiterie installe un traitement qui retire la plus grande partie de la matière organique de son rejet. Prédis la sonde et le recensement de K3 un an plus tard, dans l’ordre de la guérison.
- Un propriétaire riverain propose d’abattre les arbres de la rive à K2 « pour laisser plus de lumière fabriquer plus de dioxygène ». Pèse la proposition : que fait aussi l’ombre, d’après Proposition 48.3, et que répondrais-tu ?
- Le recensement trouve des larves d’éphémère à une station dont l’unique mesure d’après-midi paraît médiocre. À quel témoin te fies-tu pour juger la saison entière, et pourquoi ?
- Referme l’annuaire avec la règle en une phrase de la garde-rivière pour toute la rivière, en employant froide, brassée et non chargée (en déchets organiques).
Solution
Solution de Problème 48.1.
1. K1 est froide — plafond élevé — et brassée par le seuil — remplissage de surface à plein régime : des mesures proches du plafond. K2 est chaude — plafond abaissé — et non brassée : une mesure modeste est tout ce que ses fournisseurs peuvent tenir.
2. Les espèces exigeantes de K1 attestent un dioxygène riche et régulier ; la distribution tolérante de K2 — carpes, limnées, porteurs de tuba — marque une eau qui devient pauvre, au moins à ses mauvaises heures.
3. La respiration des décomposeurs : le rejet riche en matière organique de la laiterie nourrit une population massive d’entre eux, et leur festin vide le stock bien en dessous de ce que la température seule expliquerait.
4. Deux kilomètres de consommation ont épuisé les déchets — le festin est fini et les dépensiers se sont éclaircis — tandis que le radier caillouteux a brassé du dioxygène à nouveau : les deux fournisseurs rétablis, la fuite refermée, et le recensement atteste la guérison.
5. Une vague quotidienne : creux d’aube à , crête d’après-midi à . Les deux acteurs : la fabrication diurne (qui ajoute de jour) et la respiration permanente (qui vide seule toute la nuit).
6. Le froid de l’hiver relève le plafond, si bien que l’eau en contient davantage ; et le froid ralentit tous les respirants — poissons, plantes, décomposeurs de la vase — si bien que les fuites diminuent. Plus stable aussi, parce que la vague quotidienne des producteurs est plus faible.
7. K3 d’abord (déjà vidée, et la chaleur accélère ses décomposeurs) ; K2 ensuite (plafond bas, eau immobile, creux d’aube) ; K4 en troisième (en voie de guérison mais en aval des ennuis) ; K1 en dernier (froide et brassée — le seuil continue de remplir par tous les temps).
8. Juste avant le lever du soleil se trouve le minimum quotidien : les mesures d’alors enregistrent le pire que la vie de la rivière doit traverser. Un programme d’après-midi classerait l’année d’après ses meilleurs moments.
9. La sonde se rétablit en quelques semaines — la fuite se referme dès que la nourriture des décomposeurs s’arrête. Le recensement se rétablit plus lentement et dans l’ordre : d’abord la distribution tolérante s’éclaircit, puis des colons portés par le courant et par le vol (la logique de Chapitre 39, version animale) réensemencent les espèces exigeantes — les larves d’éphémère d’abord, venues de l’amont, la truite en dernier.
10. L’ombre garde aussi le bief frais — et le froid, c’est le plafond. Abattre ajouterait de la production diurne mais abaisserait le plafond et accélérerait toutes les fuites dans une eau réchauffée ; sur un bief lent, la perte l’emporte vraisemblablement sur le gain. Réponse : garder les arbres, et brasser l’eau à la place.
11. Le recensement : les larves d’éphémère ne peuvent pas inventer une bonne saison — elles en ont vécu chaque aube. La mesure médiocre de l’après-midi est un instant, peut-être un mauvais jour ; les larves sont le témoignage assermenté de la saison.
12. « Gardez la rivière froide, brassée et non chargée, et le dioxygène — et tout ce qui le respire — se débrouillera tout seul. »