Biology · Livre 1 · Grades 1–9

Biologie du primaire et du collège

Biologie du primaire et du collège · Grades 1–9

60La communication nerveuse

Chapitre 33 traçait la boucle — signaler, décider, ordonner — et en mesurait le cinquième de seconde. Cette année, nous ouvrons les câbles. Qu’est-ce qui circule vraiment le long d’un nerf ? De quoi les nerfs sont-ils faits ? Et que se passe-t-il aux espaces où un fil s’arrête et où le suivant commence — ces espaces où, on va le voir, la mémoire et bien des poisons font leur travail ?

60.1 Le câblage et ses cellules

Définition 60.1 (Neurones et messages nerveux)

Les cellules de travail du système nerveux sont les neurones (Remarque 45.6 les énumérait) : chacun a un corps cellulaire et une longue fibre fine — certaines fibres vont de la colonne vertébrale à l’orteil, les plus longues cellules du corps. Un nerf est un câble qui regroupe des milliers de telles fibres. Le long de chaque fibre circulent des messages nerveux : de brefs signaux électriques, filant jusqu’à 100m/s100\,\mathrm{m}/\mathrm{s} (le chiffre de Définition 33.1, muni maintenant de son porteur).

Proposition 60.2 (Un codage par la fréquence)

Les signaux eux-mêmes sont tous identiques — ce qui varie, c’est leur cadence. Un contact léger envoie un crépitement lent le long de la fibre sensitive ; un contact fort, un roulement rapide. La langue du système nerveux a un seul mot répété à des vitesses différentes : l’intensité est codée en fréquence, sur chaque ligne, à l’aller comme au retour.

Démonstration. Admis à ce niveau.

Exemple 60.3 (Trois lignes, une seule langue)

Les acteurs de la boucle (Proposition 33.2), recâblés : les neurones sensitifs portent les rapports — de la peau à la moelle épinière, de l’œil au cerveau ; les neurones moteurs portent les ordres — de la moelle au muscle, en se terminant là où la fibre rencontre le muscle et où son roulement fixe la force de la contraction (Définition 17.6) ; et entre les deux, dans le cerveau et la moelle, d’innombrables neurones d’association font le travail de décision. Réflexe ou symphonie, le trafic est fait des mêmes signaux à des cadences différentes sur des lignes différentes.

60.2 Les espaces : les synapses

Définition 60.4 (La synapse)

Les neurones ne se touchent pas. Là où le bout d’une fibre rencontre la cellule suivante s’ouvre un espace microscopique — la synapse. Le signal électrique ne peut pas le franchir ; à la place, la fibre qui arrive libère un messager chimique dans l’espace ; celui-ci le traverse, s’amarre de l’autre côté et — s’il en arrive assez — relance le signal dans le neurone suivant. Électrique le long du fil, chimique à chaque jonction : tout le système alterne les deux.

Proposition 60.5 (Pourquoi des espaces, et non des soudures)

Ces espaces ont l’air d’un défaut et sont le génie du système :

  • ils rendent les jonctions réglables — une synapse souvent franchie se renforce, une synapse inutilisée s’efface : c’est l’apprentissage (les « meilleurs chemins » de Remarque 33.8, retrouvés — ce sont des synapses renforcées) ;
  • ils rendent les signaux à sens unique — les messagers ne sont libérés que d’un seul côté, si bien que le trafic ne peut pas remonter ;
  • ils permettent à un neurone de peser des milliers d’entrées — des voix qui excitent et des voix qui freinent, additionnées dans chaque cellule avant qu’elle ne déclenche : la décision de la boucle, exécutée aux jonctions.

Démonstration. Admis à ce niveau.

Exemple 60.6 (Les synapses de la jongleuse)

La jongleuse de Remarque 33.8, enfin expliquée : un mois d’entraînement a conduit les mêmes signaux à travers les mêmes jonctions jusqu’à ce que ces synapses se renforcent — l’aiguillage laborieusement pesé tourne maintenant prépesé. L’habileté est de la chimie consolidée aux espaces ; « l’entraînement rend définitif » est une affirmation sur les synapses.

Trois balles qui volent toutes seules : un mois de synapses renforcées, photographié.
Trois balles qui volent toutes seules : un mois de synapses renforcées, photographié.

Remarque 60.7 (Les espaces sont les points vulnérables)

Tout ce qui agit de l’extérieur sur le système nerveux agit aux synapses — le seul endroit où le signal devient de la chimie, amarrable et trompable. Les anesthésiques les font taire ; les venins les bloquent (certains paralysent en bloquant le messager de la jonction avec le muscle, d’autres en l’inondant) ; et l’alcool de Proposition 36.5, comme toute drogue qui change l’humeur ou la perception, agit en imitant, en bloquant ou en épuisant les messagers de ces espaces. Chapitre 62 bâtit exactement sur ce point.

60.3 Fils rapides, courrier lent : deux systèmes comparés

Proposition 60.8 (Les nerfs face aux hormones)

Le corps montre désormais deux systèmes de communication, bâtis pour des travaux opposés :

  • le système nerveux : des signaux en millièmes de seconde, le long de lignes dédiées, vers des adresses précises — un muscle, une glande — et qui cessent dès que le signal cesse : le système des prises au vol, de la parole et des réflexes ;
  • le système hormonal (Définition 56.4) : des messagers en minutes ou en mois, diffusés par le sang à chaque organe bâti pour les entendre, qui commandent des programmes lents et étendus à tout le corps — la croissance, les cycles, la reconstruction de la puberté.

Le télégraphe et la poste : le corps fait tourner les deux, et Chapitre 61 donne à la poste son propre chapitre.

Démonstration. Admis à ce niveau.

Méthode 60.9 (Diagnostiquer une communication, système par système)

Devant n’importe quelle coordination du corps, attribue son système :

  1. chronomètre-la : des millièmes de seconde — nerveux ; des minutes ou des années — hormonal (ou les deux, en relais) ;
  2. cartographie sa portée : une seule adresse précise — nerveux ; tout le corps — hormonal ;
  3. trouve le trajet : un chemin de fils nommable — nerveux ; une diffusion par le sang — hormonal ;
  4. vérifie la persistance : cesse avec le signal — nerveux ; se poursuit tant que le messager circule — hormonal.

Exemple 60.10 (La méthode sur trois cas)

Le clignement devant un souffle d’air : des millièmes de seconde, un seul anneau musculaire, un trajet câblé, fini aussitôt — nerveux. La poussée de croissance : des années, tout le corps, le sang, une action qui dure des saisons — hormonal. Le cœur emballé du sprint (Proposition 49.4) : les deux en relais — des signaux nerveux montent la cadence en un battement, et un messager sanguin (la fameuse bouffée que l’on ressent comme une vague chaude de frayeur) maintient l’alerte de tout le corps pendant des minutes. Le télégraphe d’abord, la poste ensuite.

60.4 Exercices

Exercice 60.1

Qu’est-ce qu’un neurone ? Qu’est-ce qu’un nerf, en termes de neurones ?

Solution

Solution de Exercice 60.1.

Un neurone est la cellule de travail du système nerveux : un corps cellulaire muni d’une longue fibre fine — certaines allant de la colonne vertébrale à l’orteil. Un nerf est un câble qui regroupe des milliers de telles fibres.

Exercice 60.2

Qu’est-ce qui circule le long d’une fibre, à quelle vitesse — et comment l’intensité est-elle codée ?

Solution

Solution de Exercice 60.2.

De brefs signaux électriques, jusqu’à 100m/s100\,\mathrm{m}/\mathrm{s}. Les signaux sont tous identiques ; l’intensité est codée par leur cadence — du crépitement léger au roulement rapide.

Exercice 60.3

Nomme les trois sortes de neurones de la boucle et la ligne de chacune.

Solution

Solution de Exercice 60.3.

Neurones sensitifs : les lignes de rapport, de l’organe des sens à la moelle et au cerveau. Neurones moteurs : les lignes d’ordre, de la moelle au muscle. Neurones d’association : la décision, dans le cerveau et la moelle.

Exercice 60.4

Qu’est-ce qu’une synapse, et qu’est-ce qui la traverse ?

Solution

Solution de Exercice 60.4.

L’espace microscopique où le bout de la fibre d’un neurone rencontre la cellule suivante. Un messager chimique le traverse, s’y amarre et — s’il en arrive assez — relance le signal dans le neurone suivant.

Exercice 60.5

Donne les trois services que rendent ces espaces, d’après Proposition 60.5.

Solution

Solution de Exercice 60.5.

Le réglage (les synapses se renforcent à l’usage et s’effacent sans lui — l’apprentissage) ; le trafic à sens unique (la libération ne se fait que d’un seul côté) ; et la pesée (chaque neurone additionne des milliers d’entrées excitatrices et freinatrices avant de déclencher).

Exercice 60.6

Oppose les nerfs et les hormones sur la vitesse, la portée, le trajet et la persistance.

Solution

Solution de Exercice 60.6.

Nerfs : des millièmes de seconde, une adresse précise, des chemins de fils dédiés, un effet qui cesse avec le signal. Hormones : des minutes ou des années, tout le corps, une diffusion par le sang, un effet qui dure tant que le messager circule.

Exercice 60.7 ★★

Réécris la prise au vol de Exemple 33.3 dans le vocabulaire de ce chapitre : nomme les sortes de neurones et dis où les synapses font la pesée.

Solution

Solution de Exercice 60.7.

Les neurones sensitifs des yeux tambourinent au cerveau les positions du ballon ; les neurones d’association pèsent ces flux à leurs synapses — la trajectoire calculée, ce sont des entrées additionnées jonction après jonction ; les neurones moteurs tambourinent les ordres vers l’extérieur, leur cadence fixant la force de chaque muscle pour le pas, l’inclinaison et la fermeture de la main.

Exercice 60.8 ★★

« L’entraînement rend définitif. » Explique la formule au niveau des espaces, avec la jongleuse.

Solution

Solution de Exercice 60.8.

Chaque passe répétée conduit des signaux à travers les mêmes jonctions, et les jonctions franchies se renforcent : au bout d’un mois, l’aiguillage du jonglage est prépesé — ce qui demandait une pesée laborieuse tourne maintenant tout seul. Ce qui est définitif, ce sont des synapses plus fortes.

Exercice 60.9 ★★

Pourquoi tout ce qui agit de l’extérieur sur le système nerveux agit-il aux synapses ? Qu’ont-elles de particulier ?

Solution

Solution de Exercice 60.9.

Parce que la synapse est l’endroit où le signal devient de la chimie — un messager libéré, des sites d’amarrage, un espace ouvert à toutes les molécules qui arrivent. L’électricité d’un fil est difficile à contrefaire ; un messager chimique peut être imité, bloqué ou épuisé — c’est donc là qu’agissent les anesthésiques, les venins et les drogues.

Exercice 60.10 ★★

Applique Méthode 60.9 à : (a) retirer sa main d’une poêle brûlante ; (b) la mue de la voix à la puberté ; (c) la vague chaude de frayeur qui survit à la peur.

Solution

Solution de Exercice 60.10.

(a) Des millièmes de seconde, les muscles d’un seul bras, un trajet câblé, fini aussitôt : nerveux. (b) Des années, tout le corps, le sang, une action qui dure des saisons : hormonal. (c) Le relais : un démarrage nerveux en une fraction de seconde, puis le messager sanguin qui maintient l’alerte pendant des minutes après la peur — les deux, dans cet ordre.

Exercice 60.11 ★★

Un venin bloque le messager à la jonction avec le muscle. Prédis l’état de la victime, et nomme l’étape de la boucle qui est coupée.

Solution

Solution de Exercice 60.11.

L’ordre arrive à la jonction et ne peut pas la franchir : les muscles ne reçoivent rien. La victime est paralysée progressivement — consciente, sentante, décidante — avec la boucle coupée à son dernier maillon, de l’ordre au muscle.

Exercice 60.12 ★★★

« Électrique le long du fil, chimique à la jonction — et tout ce qui est intéressant se passe aux jonctions. » Défends la dernière proposition de trois façons : l’apprentissage, la décision et la vulnérabilité.

Solution

Solution de Exercice 60.12.

Apprentissage : les savoir-faire sont des synapses renforcées par l’usage — le mois de la jongleuse vit aux jonctions. Décision : chaque neurone déclenche ou non en additionnant les voix de ses jonctions — le « décider » de la boucle est une arithmétique de jonctions. Vulnérabilité : anesthésiques, venins et drogues agissent là où le signal devient chimie — à l’espace. Les fils ne font que porter ; les jonctions apprennent, choisissent et peuvent être trompées.

60.5 Problème : le banc des réflexes

Problème 60.1

Problème du week-end — le réflexe rotulien, instrumenté

La démonstration classique : le volontaire assis, le petit marteau sous la rotule, le coup de pied involontaire — instrumenté cette fois de chronomètres et de ce chapitre.

Partie I — Le circuit.

  1. Le marteau étire un tendon ; le pied donne son coup un cinquantième de seconde plus tard environ. Expose le circuit : quelles sortes de neurones, par où — et pourquoi le cerveau n’est pas sur cette boucle.
  2. Un cinquantième de seconde est plus rapide que le cinquième de la prise au vol. Explique l’écart par la longueur du circuit et le nombre de jonctions.
  3. Le volontaire ne peut pas retenir le coup de pied, même prévenu. Que dit cela sur l’endroit où le réflexe est décidé — et sur le trafic à sens unique des synapses ?
  4. Aussitôt après le coup de pied, le volontaire sent la tape. Explique ce second voyage, plus lent, qui explique le décalage.

Partie II — Variantes de paillasse.

  1. Tape plus fort : le coup de pied se renforce. Quelle règle de codage de Proposition 60.2 vient de se montrer ?
  2. Le médecin de la classe explique que ce réflexe est testé à chaque visite. Que certifie un réflexe rotulien présent et symétrique, au sujet de la moelle, des nerfs et des jonctions ?
  3. Un volontaire qui serre la mâchoire donne un coup plus fort — une amplification connue. Que révèle cela sur les voix des neurones d’association, qui atteignent même les boucles « sans cerveau » ?
  4. Un anesthésique local dans la jambe supprime le coup de pied et la sensation. Nomme le point d’attaque, d’après Remarque 60.7.

Partie III — Le compte rendu.

  1. Dessine le réflexe comme la boucle en trois étapes de Proposition 33.2, en marquant où celui-ci prend un raccourci.
  2. Compare le réflexe et la prise au vol dans un tableau à deux colonnes : trajet, jonctions, durée, possibilité de le retenir, rôle de l’entraînement.
  3. La dernière partie du compte rendu demande : « pourquoi les boucles de protection rapides court-circuitent-elles le cerveau ? » Réponds avec la logique de la poêle brûlante (Exercice 33.5).
  4. Une phrase pour conclure : ce que le banc a montré à la fois de la langue du système nerveux, de son câblage et de ses jonctions.
Solution

Solution de Problème 60.1.

1. L’étirement du tendon déclenche des neurones sensitifs ; ils rejoignent la moelle épinière, y font synapse directement sur des neurones moteurs, et le roulement moteur fait donner le coup au muscle de la cuisse. Deux sortes de neurones, une jonction, au niveau de la moelle — le cerveau est court-circuité parce que la protection ne peut pas attendre une délibération.

2. La boucle de la prise au vol court de l’œil au cerveau puis au bras — des mètres de fibre et de nombreuses jonctions de pesée ; le réflexe rotulien court du tendon à la moelle puis au muscle — des centimètres et pour ainsi dire une seule synapse. Fil plus court, moins de jonctions, un dixième du temps.

3. La décision est prise dans la moelle, avant qu’un veto du cerveau puisse arriver — et le trafic à sens unique des synapses fait que l’objection tardive du cerveau ne peut pas remonter la ligne sensitive. L’avertissement ne change rien : la boucle se referme en dessous de la volonté.

4. La sensation est un second voyage : le rapport de la même tape monte aussi la moelle jusqu’au cerveau — un trajet plus long, avec plus de jonctions — et arrive alors que le coup de pied appartient déjà au passé.

5. Le codage par la fréquence : un étirement plus fort envoie un roulement plus rapide, et la ligne motrice répond de même — une contraction plus forte à partir d’une cadence plus élevée, la langue à un seul mot aux deux bouts.

6. Que tout le circuit est en bon état : ligne sensitive, jonction dans la moelle, ligne motrice et muscle — et la symétrie certifie que les deux côtés se valent. Une seule tape vérifie quatre composants.

7. Que les voix de neurones d’association venus d’ailleurs dans le système atteignent même la jonction de cette boucle et en relèvent la disponibilité : le réflexe « sans cerveau » reste câblé dans l’ensemble, et sa synapse entend plus que le seul tendon.

8. Les synapses — et plus généralement la signalisation des fibres : l’anesthésique fait taire la chimie des jonctions et, avec elle, le trafic des messages, coup de pied et sensation compris.

9. Signaler (l’étirement du tendon) — décider (une seule jonction dans la moelle) — ordonner (la ligne motrice) : la boucle dont l’étape du milieu est réduite à une seule synapse, la pesée du cerveau étant court-circuitée.

10. Réflexe : tendon-moelle-muscle, une jonction, un cinquantième de seconde, impossible à retenir, sans entraînement. Prise au vol : œil-cerveau-bras, d’innombrables jonctions, un cinquième de seconde, entièrement volontaire, bâtie par l’entraînement.

11. Parce que la pesée du cerveau coûte du temps, et qu’une brûlure s’aggrave au millième de seconde : les boucles qui protègent les tissus sont soudées courtes, au niveau de la moelle, et informent le cerveau après coup — on le sent tard, déjà sauvé.

12. « Un seul coup de marteau a montré la langue à un seul mot codée en fréquence, le câblage à deux lignes passant par la moelle, et une jonction qui décide plus vite que son propriétaire. »

Termes définis dans ce chapitre

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