Chimie universitaire — 1re année · Bachelor Year 1
12Complexation
Versons un peu de solution d’ammoniac dans du sulfate de cuivre(II) bleu pâle : un précipité bleu pâle se forme aussitôt. Versons-en davantage, et le précipité se dissout en une solution d’un bleu profond, presque celui de l’encre. Rien, dans les chapitres sur les acides et les bases ou sur la précipitation, n’explique cette seconde étape. Les molécules d’ammoniac se sont liées à l’ion cuivre par leurs doublets non liants et ont formé une espèce nouvelle, un complexe, plus stable que l’hydroxyde et d’une autre couleur. Les complexes transportent l’oxygène dans le sang, retiennent le métal de la chlorophylle et de la vitamine B12, adoucissent les eaux dures et dissolvent des métaux que rien d’autre n’attaque. Ce chapitre les traite comme un échange de particules de plus dans l’eau, avec ses propres constantes et ses propres diagrammes.
À gauche : une suspension d’hydroxyde de cuivre(II) bleu pâle (photographie Alvy16, CC BY 4.0). À droite : avec plus d’ammoniac, le solide se dissout en donnant l’ion tétraamminecuivre(II), bleu profond ; un peu d’hydroxyde non dissous reste au fond du tube (photographie Chemicalinterest, domaine public). Toutes deux sur Wikimedia Commons.
12.1 Complexes et ligands
Définition 12.1(Complexe, atome central, ligand)
Un complexe est une espèce formée d’un atome central ou d’un ion central, en général un cation métallique jouant le rôle d’acide de Lewis, lié par des liaisons datives à des molécules ou à des ions jouant le rôle de bases de Lewis, les ligands. Sa formule s’écrit entre crochets, avec sa charge totale : [Cu(NHX3)X4]2+, [Fe(CN)X6]4−, [Ag(NHX3)X2]+, [FeSCN]2+.
La charge du complexe est la somme des charges de l’ion central et des ligands : Fe2+ et six CNX− donnent [Fe(CN)X6]4−. Un ligand doit posséder au moins un doublet non liant : NHX3, HX2O, OHX−, ClX−, CNX−, SCNX− (lié par S ou par N). Tout ion métallique dans l’eau est en fait déjà un complexe dont les ligands sont des molécules d’eau, [Cu(HX2O)X6]2+ ou [Fe(HX2O)X6]3+ ; former un autre complexe revient à échanger ces molécules d’eau contre d’autres ligands, et l’on omet les ligands aqua dans les formules, comme on écrit HX3OX+ pour le proton hydraté.
Trois complexes et leurs géométries. Chaque trait est une liaison dative allant du doublet non liant du ligand (le N de l’ammoniac, le C du cyanure) vers l’ion métallique ; les tirets dessinent le carré de quatre ligands. La géométrie des complexes est expliquée dans le volume de deuxième année.
Définition 12.2(Ligand polydenté, chélate)
Un ligand qui se lie au même ion central par plusieurs de ses atomes à la fois est un ligand polydenté ; le complexe qu’il forme, dans lequel le ligand ferme des cycles autour de l’ion métallique, est un chélate. L’éthylènediamine HX2N−CHX2−CHX2−NHX2 se lie par deux atomes N, l’ion oxalate CX2OX4X2− par deux atomes O, et l’ion éthylènediaminetétraacétate (edta, noté YX4−) par deux atomes N et quatre atomes O.
À gauche : l’ion edta YX4−, avec ses deux atomes N et ses quatre groupes carboxylate. À droite : le chélate calcium–edta [CaY]2−, schématique : les six atomes donneurs (liaisons bleues) occupent les sommets d’un octaèdre autour de l’ion, les deux atomes N côte à côte, et les chaînes carbonées du ligand (en orange) ferment cinq cycles de cinq atomes chacun, les cycles chélates.
L’ion edta retient un ion calcium assez fortement pour être le réactif du titrage de la dureté de l’eau (Chapitre 15).
12.2 Constantes de formation et de dissociation
Définition 12.3(Constantes de formation et de dissociation)
Pour un ion central M et un ligand L (charges omises), la constante de formation globale de MLn est la constante βn de M+nL⇌MLn,
βn=[M][L]n[MLn].
La constante de formation successiveKi est celle de l’ajout d’un ligand, MLi−1+L⇌MLi. La constante de dissociation en est l’inverse, Kd=1/Ki, et pKd=logKi, de sorte qu’un couple complexe/ligand se décrit exactement comme un couple acide/base, le ligand prenant la place du proton.
Proposition 12.4(Constantes globales et successives)
βn=K1K2⋯Kn, c’est-à-dire logβn=∑i=1nlogKi et logKi=logβi−logβi−1 (avec β0=1).
Démonstration. La formation de MLn à partir de M est la somme des n ajouts successifs ; la constante d’une somme de réactions est le produit de leurs constantes (Chapitre 7). Directement : K1K2⋯Kn=[M][L][ML][ML][L][ML2]⋯[MLn−1][L][MLn], et les concentrations intermédiaires se simplifient. ∎
Constantes de formation à 25∘C. Les constantes des complexes ammine, hydroxo, thiocyanato et fluoro sont calculées à partir des enthalpies libres standard de formation tabulées ; les constantes de l’edta sont des valeurs critiques sélectionnées à force ionique nulle, de même que les pKa de l’edta utilisés plus loin, 2.23, 3.15, 6.80 et 11.24.
Les constantes successives des complexes ammine du cuivre décroissent, K1>K2>K3>K4 : chaque molécule d’ammoniac ajoutée laisse moins de sites libres et rend le complexe un peu moins avide de la suivante. C’est l’ordre habituel. L’argent fait exception : K2>K1, avec des conséquences tirées dans le problème du week-end.
12.3 Prédominance en pL
Définition 12.5(Échelle de pL)
Pour un ligand L, pL=−log[L], où [L] est la concentration du ligand libre. Une échelle de pL est un axe de pL sur lequel on trace les domaines de prédominance de l’ion central et de ses complexes, comme on trace sur un axe de pH les domaines des acides et des bases.
Proposition 12.6(Frontières en pL)
Pour le couple MLi/MLi−1,
pL=logKi+log[MLi][MLi−1],
de sorte que MLi−1 prédomine pour pL>logKi et MLi pour pL<logKi. Lorsque les logKi décroissent avec i, le diagramme est une suite de domaines : MLn aux petits pL (beaucoup de ligand), puis MLn−1, et ainsi de suite jusqu’à M aux grands pL.
Démonstration. On prend le logarithme de Ki=[MLi]/([MLi−1][L]) : logKi=log[MLi−1][MLi]+pL. Les deux formes sont égales pour pL=logKi, et leur rapport varie d’un facteur dix par unité de pL. Le domaine de MLi s’étend entre logKi+1 et logKi, et n’existe que si logKi+1<logKi. ∎
Méthode 12.7(Tracer un diagramme en pL)
À partir des logβn, calculer les logKi successifs.
S’ils décroissent, placer chacun à sa frontière sur l’axe des pL : le complexe le plus riche en ligands à gauche (petits pL), l’ion libre à droite.
Si l’on a logKi+1>logKi, le complexeMLi n’a pas de domaine : il se dismute en MLi−1 et MLi+1. L’éliminer et tracer une frontière unique entre MLi−1 et MLi+1, en 21(logKi+logKi+1).
En haut : fractions du cuivre(II) présent sous forme de CuX2+ et de [Cu(NHX3)Xn]2+ (n=1 à 4) en fonction de pNH3. Au milieu : le diagramme de prédominance des complexes ammine du cuivre, aux frontières logKi. En bas : l’argent, pour lequel logK2=3.90>logK1=3.32 (pointillés) : [AgNHX3]+ n’a pas de domaine et une frontière unique se trouve en 21logβ2=3.61.
Exemple 12.8(Le cuivre dans l’ammoniac à 0.010mol/L)
Pour une concentration libre [NHX3]=0.010mol/L, pNH3=2.0 se trouve dans le domaine de [Cu(NHX3)X3]2+, mais près de la frontière 2.03 avec [Cu(NHX3)X4]2+ : les deux complexes sont presque à égalité. Les fractions sont proportionnelles à βn[NHX3]n=10logβn−2n, soit 1:102.10:103.51:104.33:104.36, d’où 48% de [Cu(NHX3)X4]2+, 45% de [Cu(NHX3)X3]2+, 7% de [Cu(NHX3)X2]2+ et presque pas de CuX2+ libre.
12.4 Compétitions
Un ligand peut être disputé par deux ions métalliques, un ion métallique par deux ligands, et tous deux participent aussi à des équilibres de précipitation et des équilibres acido-basiques. Chaque compétition est une réaction de plus, dont la constante combine des constantes déjà connues ; la méthode de la réaction prépondérante du Chapitre 10 s’applique alors telle quelle.
Exemple 12.9(Deux ligands pour le fer(III))
Une goutte de thiocyanate dans une solution de fer(III) donne le complexe rouge sang [FeSCN]2+ ; les ions fluorure le décolorent :
Le complexe le plus stable (le plus grand β) prend l’ion métallique, exactement comme l’acide le plus fort cède son proton à la base la plus forte.
Proposition 12.10(Complexation contre précipitation)
Un solide MX se dissout dans un ligand L selon MX(s)+nL⇌MLn+X, de constante K=βnKs. Si le complexe est la seule forme de M en solution et si la concentration du ligand libre est [L], la solubilité vaut s=K[L]n/2.
Démonstration. La réaction est la somme de la dissolution (constante Ks) et de la formation de MLn (βn). À saturation, [MLn]=[X]=s et K=s2/[L]n. ∎
Méthode 12.11(Dissoudre un précipité par complexation)
Écrire la réaction de dissolution qui forme le complexe et calculer K=βnKs.
Si K est grande, la dissolution est quantitative tant que le ligand est en quantité suffisante ; si elle est faible, calculer la concentration de ligand libre nécessaire pour dissoudre la quantité de solide voulue : [L]n=s2/K.
Ajouter le ligand lié dans le complexe, ns, pour obtenir la quantité totale de ligand à introduire.
Vérifier que l’ion métallique libre est négligeable : [M]=Ks/s≪s.
Avec l’ammoniac, le chlorure d’argent (K=107.22−9.75=10−2.53) se dissout dans une solution modérément concentrée, alors que l’iodure d’argent (K=10−8.85) ne s’y dissout pas : le problème du week-end s’en sert pour distinguer les halogénures.
Proposition 12.12(Complexation contre acidité)
Si le ligand est une base L d’un acide HL (et éventuellement de formes plus protonées), seule la fraction [L]/cL=1/α du ligand non lié au métal est disponible, avec
α=1+Kan[HX3OX+]+KanKa(n−1)[HX3OX+]2+⋯
(Kan étant la dernière constante d’acidité). À pH fixé, la complexation se comporte alors comme si sa constante était la constante conditionnelleβ′=β/α, d’autant plus petite que le pH est bas.
Démonstration. Le ligand non lié au métal se répartit entre L, HL, HX2L, etc., avec [HL]=[L][HX3OX+]/Kan et des relations analogues pour les formes suivantes (Chapitre 10). La somme donne cL=α[L], et β=[ML]/([M][L])=α[ML]/([M]cL), donc [ML]/([M]cL)=β/α. ∎
Pour l’edta à pH 10, α=1+1011.24−10+1011.24+6.80−20=18.4, si bien que le complexe du calcium garde logβ′=12.69−1.26=11.43 ; à pH 7, il tombe à 8.24 (Exercice 12.9). C’est pourquoi un titrage du calcium par l’edta se fait dans un tampon ammoniacal à pH 10. L’ammoniac aussi est une base : en milieu acide, il devient NHX4X+, qui n’a pas de doublet non liant, et les complexes ammine se détruisent. Ajouter de l’acide nitrique à [Ag(NHX3)X2]+ en présence de chlorure fait réapparaître le précipité blanc de chlorure d’argent.
Les fixateurs photographiques font de même avec un autre ligand de l’ion argent, l’ion thiosulfate SX2OX3X2− : ils dissolvent l’halogénure d’argent que la lumière n’a pas touché, de sorte que l’image ne noircit plus. Ses constantes ne figurent pas parmi les données de ce volume ; l’ammoniac montre la même chimie avec le chlorure d’argent.
12.5 Exercices
Exercice 12.1★
Pour chaque complexe, donner l’ion central, sa charge, les ligands et l’atome par lequel chaque ligand se lie : [Cu(NHX3)X4]2+, [Fe(CN)X6]4−, [Fe(CN)X6]3−, [Ag(NHX3)X2]+, [FeSCN]2+, [Zn(OH)X4]2−, [CaY]2−.
Solution
Solution de Exercice 12.1.
[Cu(NHX3)X4]2+ : CuX2+, quatre NHX3 liés par N. [Fe(CN)X6]4− : FeX2+, six CNX− liés par C ; [Fe(CN)X6]3− : de même avec FeX3+. [Ag(NHX3)X2]+ : AgX+, deux NHX3 liés par N. [FeSCN]2+ : FeX3+, un SCNX−, lié par N malgré la façon dont la formule est écrite. [Zn(OH)X4]2− : ZnX2+, quatre OHX− liés par O. [CaY]2− : CaX2+, un ion edta lié par deux N et quatre O.
Exercice 12.2★
À partir des logβn des complexes ammine du cuivre, calculer les quatre logKi et les quatre pKd. Écrire la réaction de dissociation à laquelle se rapporte le dernier pKd.
Solution
Solution de Exercice 12.2.
logKi=logβi−logβi−1 : 4.10, 3.41, 2.82, 2.03, et pKd,i=logKi prend les mêmes valeurs. Le dernier se rapporte à [Cu(NHX3)X4]2+⇌[Cu(NHX3)X3]2++NHX3.
Exercice 12.3★
Tracer le diagramme en pL des complexes ammine du cuivre. Quelle espèce du cuivre prédomine pour [NHX3]=1.0, 3.2×10−3, 3.2×10−4 et 1.0×10−5mol/L ?
Une solution contient du fer(III) à 1.0×10−3mol/L et du thiocyanate à 0.10mol/L. En négligeant le thiocyanate lié, quelle fraction du fer est présente sous forme de [FeSCN]2+ ?
Solution
Solution de Exercice 12.4.
[FeSCNX2+]/[FeX3+]=β1[SCNX−]=102.96×0.10=91 : la fraction complexée vaut 91/92=98.9%.
Exercice 12.5★★
Démontrer que, dans une solution d’un ion métallique M et de ses complexesMLn, la fraction de MLn vaut βn[L]n/∑kβk[L]k. Montrer que, si seuls MLi−1, MLi et MLi+1 sont présents en quantités notables, la fraction de MLi est maximale là où [MLi−1]=[MLi+1], en pL=21(logKi+logKi+1), et calculer ce pNH3 pour [Cu(NHX3)X2]2+.
Solution
Solution de Exercice 12.5.
Chaque [MLk]=βk[M][L]k ; en divisant par la somme sur k (le métal total), on élimine [M]. Avec trois espèces, fi=1/(1+[MLi−1]/[MLi]+[MLi+1]/[MLi])=1/(1+1/(Kix)+Ki+1x) avec x=[L]. Le dénominateur est minimal quand sa dérivée −1/(Kix2)+Ki+1 s’annule, x2=1/(KiKi+1), là où les deux voisins sont égaux, et pL=21(logKi+logKi+1). Pour [Cu(NHX3)X2]2+ : 21(3.41+2.82)=3.12.
Exercice 12.6★★
On ajoute à la solution rouge de l’Exercice 12.4 du fluorure de sodium jusqu’à [FX−]=0.010mol/L (libre). Calculer la constante de l’échange de ligands et le rapport [FeFX2+]/[FeSCNX2+]. Qu’observe-t-on ?
Solution
Solution de Exercice 12.6.
[FeSCN]2++FX−⇌[FeF]2++SCNX−, K=106.85−2.96=103.89. Rapport =K[FX−]/[SCNX−]=103.89×0.010/0.10=780 : le complexe rouge est presque entièrement remplacé et la couleur s’efface.
Exercice 12.7★★
On ajoute à une solution de [MgY]2− des ions calcium en quantité égale. Écrire la réaction d’échange, calculer sa constante et la fraction de magnésium libérée.
Solution
Solution de Exercice 12.7.
[MgY]2−+CaX2+⇌[CaY]2−+MgX2+, K=1012.69−10.90=101.79=62. Avec des quantités égales, x2/(1−x)2=62, x/(1−x)=7.9, x=0.89 : 89% du magnésium est libéré.
Exercice 12.8★★
L’oxyde d’argent AgX2O est un solide brun : AgX2O(s)+HX2O2AgX++2OHX− a pour pK=15.43. Écrire sa dissolution dans l’ammoniac en [Ag(NHX3)X2]+, calculer la constante, et expliquer pourquoi le précipité brun formé par un peu d’ammoniac dans le nitrate d’argent se dissout dans un excès d’ammoniac.
Solution
Solution de Exercice 12.8.
AgX2O(s)+HX2O+4NHX32[Ag(NHX3)X2]X++2OHX−, K=β22×10−15.43=1014.44−15.43=10−0.99. La constante n’est pas petite : dès que l’ammoniac libre atteint quelques dixièmes de mole par litre, l’oxyde brun formé par les premières gouttes (l’ammoniac agissant alors comme une base) se dissout en donnant le complexe ammine de l’argent.
Exercice 12.9★★
Calculer α et la constante conditionnelle logβ′ de [CaY]2− à pH 10 et à pH 7 (Proposition 12.12). Pourquoi un titrage du calcium par l’edta est-il impossible en solution neutre s’il faut une constante conditionnelle d’au moins 1010 ?
Solution
Solution de Exercice 12.9.
pH 10 : α=1+101.24+10−1.96=18.4, logβ′=12.69−1.26=11.43. pH 7 : α=1+104.24+104.04+100.19+⋯=104.45, logβ′=8.24. À pH 7, la constante conditionnelle est inférieure à 1010 : la réaction du calcium avec l’edta n’est pas assez complète pour un titrage, parce que l’edta est en majeure partie protoné.
Exercice 12.10★★★
L’oxyde de cuivre(II) CuO est le solide en lequel l’hydroxyde de cuivre(II) se transforme au repos ; CuO(s)+HX2OCuX2++2OHX− a pour pK=20.64.
Écrire la dissolution de CuO dans l’ammoniac en [Cu(NHX3)X4]2+ et calculer sa constante.
Dans l’ammoniac seul à 1.0mol/L, le pH est fixé par l’ammoniac (pKa(NHX4X+)=9.25). Calculer le pH et la concentration de cuivre dissous.
Même question dans un tampon d’ammoniac et de chlorure d’ammonium, tous deux à 1.0mol/L. Conclure.
Solution
Solution de Exercice 12.10.
1. CuO(s)+HX2O+4NHX3[Cu(NHX3)X4]X2++2OHX−, K=β4×10−20.64=1012.36−20.64=10−8.28. 2. pH=7+21(9.25+log1.0)=11.63, [OHX−]=10−2.37, et [Cu(NHX3)X4X2+]=10−8.28/10−4.75=3.0×10−4mol/L : très peu de solide se dissout. 3. pH=9.25, [OHX−]=10−4.75, et la formule donne 10−8.28+9.50=101.22, bien plus que ce que l’ammoniac peut complexer : l’oxyde se dissout jusqu’à épuisement de l’ammoniac, et non jusqu’à l’équilibre. Les ions ammonium consomment les ions hydroxyde libérés par la dissolution ; c’est pourquoi les sels d’ammonium aident l’ammoniac à dissoudre les composés du cuivre.
Exercice 12.11★★★
L’argent et l’ammoniac.
Montrer que [AgNHX3]+ se dismute, 2[AgNHX3]X+AgX++[Ag(NHX3)X2]X+, et calculer la constante.
Calculer la plus grande fraction de l’argent jamais présente sous forme de [AgNHX3]+, et le pNH3 où elle est atteinte.
Solution
Solution de Exercice 12.11.
1. La réaction est la deuxième formation moins la première : K=K2/K1=103.90−3.32=100.58=3.8>1, si bien que [AgNHX3]+ se dismute lorsqu’il est l’espèce majoritaire. 2. D’après l’Exercice 12.5, la plus grande fraction est atteinte en pNH3=21(3.32+3.90)=3.61, où β1x=10−0.29=0.51 et β2x2=1.0 : f=0.51/(1+0.51+1.0)=0.20. Jamais plus de 20% de l’argent ne se trouve sous forme de [AgNHX3]+.
Exercice 12.12★★★
Une solution d’edta, YX4− à 0.10mol/L à pH élevé, sert à dissoudre le tartre de carbonate de calcium.
Écrire la réaction et calculer sa constante.
Quelle masse de carbonate de calcium un litre peut-il dissoudre ?
Pourquoi la solution doit-elle être basique ? (Le carbonate et les ions edta sont tous deux des bases.)
Solution
Solution de Exercice 12.12.
1. CaCOX3(s)+YX4−[CaY]X2−+COX3X2−, K=βKs=1012.69−8.30=104.39. 2. x2/(0.10−x)=104.39 donne x=0.10mol/L à 4×10−7 près : tout l’edta est utilisé, soit 10.0g de carbonate de calcium par litre. 3. En milieu acide, l’edta est protoné (pKa4=11.24) et sa constante conditionnelle chute ; le carbonate est lui aussi protoné, ce qui aide, mais c’est le complexe qui retient le calcium. Maintenir un pH élevé garde l’edta sous la forme YX4−.
12.6 Problème : l’ammoniac et les trois halogénures d’argent
Problème 12.1
Problème du week-end — les complexes ammine de l’argent et leurs constantes inversées, la dissolution du chlorure, du bromure et de l’iodure d’argent dans l’ammoniac, le test de confirmation, et la quantité minimale d’ammoniac qui dissout un gramme de chlorure d’argent
Une analyste dispose de trois précipités, du blanc au jaune, et doit dire lequel est le chlorure, le bromure et l’iodure d’argent ; elle doit ensuite dissoudre 1.0g de chlorure d’argent dans 1.00L avec le moins d’ammoniac possible. Données à 25∘C : logβ1=3.32 et logβ2=7.22 pour les complexes ammine de l’argent ; pKs de AgCl 9.75, AgBr 12.27, AgI 16.07 ; pKa(NHX4X+)=9.25 ; masses molaires AgCl143.4g/mol, AgBr187.8g/mol, AgI234.8g/mol.
Écrire la dissolution de AgCl dans l’ammoniac et calculer sa constante.
Exprimer la solubilités en fonction de la concentration d’ammoniac libre et la calculer pour [NHX3]=1.0mol/L.
De combien la solubilité a-t-elle augmenté par rapport à l’eau pure ?
Quelle masse de chlorure d’argent un litre dissout-il alors ?
Vérifier que AgX+ libre est négligeable.
On considère maintenant que 1.0mol/L est la quantité totale d’ammoniac introduite. En tenant compte de l’ammoniac lié, recalculer s.
L’ammoniac est une base ; expliquer pourquoi sa protonation peut être négligée dans cette solution.
Partie III — Bromure et iodure.
Calculer la constante de dissolution de AgBr dans l’ammoniac.
Calculer la solubilité de AgBr dans l’ammoniac libre à 1.0mol/L, en mol/L et en g/L.
Même chose pour AgI, en mg/L.
En déduire un moyen d’identifier les trois précipités.
Quelle concentration d’ammoniac libre dissoudrait 1.0g de AgBr dans 1.00L ?
Même chose pour 1.0g de AgI. Commenter.
Partie IV — Un gramme de chlorure d’argent.
On ajoute de l’acide nitrique à la solution ammoniacale de chlorure d’argent. Écrire la réaction globale et calculer sa constante. Qu’observe l’analyste ?
Quelle concentration d’ammoniac libre faut-il pour dissoudre 1.0g de AgCl dans 1.00L ?
Quelle quantité d’ammoniac est liée dans le complexe ?
Vérifier que AgX+ libre est négligeable dans cette solution.
Quelle est la concentration totale minimale d’ammoniac qui dissout 1.0g de chlorure d’argent dans 1.00L ?
Solution
Solution de Problème 12.1.
1.AgX++NHX3[AgNHX3]X+, β1=[AgNHX3X+]/([AgX+][NHX3]); AgX++2NHX3[Ag(NHX3)X2]X+, β2=[Ag(NHX3)X2X+]/([AgX+][NHX3]2). 2.logK1=3.32, logK2=7.22−3.32=3.90. 3.[AgNHX3]+ prédominerait entre pNH3 3.90 et 3.32, un intervalle à l’envers : il n’a pas de domaine. 4.2[AgNHX3]X+AgX++[Ag(NHX3)X2]X+, K=K2/K1=100.58=3.8. 5.[Ag(NHX3)X2]+ en dessous et AgX+ au-dessus de 21logβ2=3.61. 6.β2[NHX3]2=107.22−2.00=105.22=1.7×105. 7.pKd=logβ2=7.22. 8.AgCl(s)+2NHX3[Ag(NHX3)X2]X++ClX−, K=β2Ks=107.22−9.75=10−2.53. 9.s=K[NHX3]=10−1.265×1.0=0.054mol/L. 10. Dans l’eau, s=10−4.875=1.3×10−5mol/L : environ 4000 fois plus. 11.0.0543×143.4=7.8g. 12.[AgX+]=Ks/[ClX−]=10−9.75/0.054=3.3×10−9mol/L≪s. 13.s=K(1.0−2s), s=0.0543/(1+2×0.0543)=0.049mol/L. 14. L’ammoniac à 1.0mol/L a un pH de 11.6, supérieur à 9.25+1 : seulement 0.4% est sous forme NHX4X+. 15.K=107.22−12.27=10−5.05. 16.s=10−2.525=3.0×10−3mol/L, 0.56g/L. 17.K=10−8.85, s=10−4.425=3.8×10−5mol/L, 8.8mg/L. 18. Traiter chaque précipité par de l’ammoniac dilué : seul le chlorure se dissout. L’ammoniac concentré dissout le bromure, plus lentement et en partie ; l’iodure ne se dissout pas. 19.s=1.0/187.8=5.3×10−3mol/L ; [NHX3]=s/K=5.3×10−3/10−2.525=1.8mol/L. 20.s=4.3×10−3mol/L et [NHX3]=4.3×10−3/10−4.425=113mol/L, deux fois la concentration de l’eau dans l’eau pure (55mol/L) : impossible. L’ammoniac ne peut pas dissoudre l’iodure d’argent. 21.[Ag(NHX3)X2]X++ClX−+2HX3OX+AgCl(s)+2NHX4X++2HX2O, K=102.53×(109.25)2=1021.03 : le précipité blanc réapparaît, ce qui confirme le chlorure d’argent. 22.s=1.0/143.4=6.97×10−3mol/L ; [NHX3]=s/K=6.97×10−3/10−1.265=0.128mol/L. 23.2s=0.0139mol/L. 24.[AgX+]=10−9.75/6.97×10−3=2.6×10−8mol/L, négligeable devant s. 25.0.128+0.014=0.142mol/L d’ammoniac : 0.142mol dans le litre dissout exactement 1.0g de chlorure d’argent.