Chemistry · Livre 4 · Bachelor Year 3

Chimie universitaire — 3e année

Chimie universitaire — 3e année · Bachelor Year 3

6Spectroscopies de rotation et de vibration

Sur un haut plateau aride, des dizaines d’antennes radio pointent vers un nuage sombre entre les étoiles. Parmi les fréquences qu’elles recueillent figure une raie à 115.271 GHz115.271\,\mathrm{GHz} : des molécules de monoxyde de carbone, à quelques kelvins, qui passent de leur premier niveau de rotation au plus bas. De ce seul nombre, un chimiste tire la longueur de la liaison C–O à une fraction de picomètre près ; de l’intensité des raies suivantes, la température du nuage. Les rotations et les vibrations des molécules sont l’objet de ce chapitre : leurs niveaux, issus du rotateur et de l’oscillateur du Chapitre 1 ; les règles de sélection, issues du Chapitre 5 ; et ce que mesurent les spectres — longueurs de liaison, constantes de force, énergies de dissociation.

Rappel

Le Chapitre 1 a donné le rotateur rigide, EJ=J(J+1)ℏ2/2IE_J = J(J+1)\hbar^2/2I de dégénérescence 2J+12J + 1, et l’oscillateur harmonique, Ev=(v+12)hνE_v = (v + \frac12)h\nu, pour une molécule diatomique de masse réduite μ\mu. Le Chapitre 5 a énoncé les règles de sélection infrarouge et Raman. Le volume de première année a mesuré des spectres infrarouges en nombres d’onde et défini la polarisabilité d’une molécule.

Antennes d’un interféromètre radio sur un haut plateau : elles enregistrent, parmi bien d’autres, les raies de rotation du monoxyde de carbone des nuages interstellaires. Photographie ESO/B. Tafreshi (twanight.org), CC BY 4.0.
Antennes d’un interféromètre radio sur un haut plateau : elles enregistrent, parmi bien d’autres, les raies de rotation du monoxyde de carbone des nuages interstellaires. Photographie ESO/B. Tafreshi (twanight.org), CC BY 4.0.

6.1 Spectres de rotation

Définition 6.1 (Constante de rotation, isotopologue)

La constante de rotation d’une molécule linéaire est B=h/(8π2cI)B = h/(8\pi^2cI), en cm−1\mathrm{cm}^{-1} (ou B=h/8π2IB = h/8\pi^2I en hertz), de sorte que ses niveaux de rotation sont F(J)=BJ(J+1)F(J) = BJ(J+1) en nombres d’onde. Des molécules qui ne diffèrent que par les isotopes de leurs atomes sont des isotopologues (X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O}, X13X2213CX16X2216O\ce{^{13}C^{16}O}) ; dans l’approximation de Born–Oppenheimer, elles ont les mêmes longueurs de liaison et les mêmes constantes de force.

Définition 6.2 (Règles de sélection générale et spécifique)

Une règle de sélection générale énonce la propriété qu’une molécule doit posséder pour présenter un type de spectre ; une règle de sélection spécifique énonce les variations de nombre quantique permises.

Proposition 6.3 (Spectres de rotation pure)

Une molécule n’a de spectre de rotation pure (micro-ondes) que si elle possède un moment dipolaire permanent ; pour une molécule linéaire, la règle spécifique est ΔJ=±1\Delta J = \pm1. Les raies d’absorption se situent à

ν~=F(J+1)−F(J)=2B(J+1),J=0,1,2,…,\tilde\nu = F(J+1) - F(J) = 2B(J + 1), \qquad J = 0, 1, 2, \dots,

également espacées de 2B2B.

Démonstration. L’interaction avec la lumière passe par le moment dipolaire : une molécule sans dipôle permanent n’a pas de dipôle oscillant quand elle tourne. La règle ΔJ=±1\Delta J = \pm1 provient de l’annulation de ∫YJ′M′∗cos⁡θ YJM\int Y_{J'M'}^*\cos\theta\,Y_{JM} sauf si J′=J±1J' = J \pm 1 (la composante du dipôle selon zz se transforme comme Y1,0Y_{1,0}), admise. Alors B(J+1)(J+2)−BJ(J+1)=2B(J+1)B(J+1)(J+2) - BJ(J+1) = 2B(J+1). ∎

Méthode 6.4 (Longueur de liaison à partir d’une raie de rotation)

  1. De la raie J+1←JJ + 1 \leftarrow J de fréquence ν\nu, déduire B=ν/2(J+1)B = \nu/2(J+1) (en hertz).
  2. Calculer le moment d’inertie I=h/8π2BI = h/8\pi^2B.
  3. Avec la masse réduite tirée des masses isotopiques, r=I/μr = \sqrt{I/\mu}.

Exemple 6.5 (Le monoxyde de carbone)

La raie J=1←0J = 1 \leftarrow 0 de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} est à 115 271.20 MHz115\,271.20\,\mathrm{MHz} : B=57 635.6 MHz=1.922 52 cm−1B = 57\,635.6\,\mathrm{MHz} = 1.922\,52\,\mathrm{cm}^{-1}, I=1.4560×10−46 kg m2I = 1.4560 \times 10^{-46}\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{2}. Avec μ=12×15.99491/27.99491=6.856 21 u\mu = 12 \times 15.99491/27.99491 = 6.856\,21\,\mathrm{u}, r0=113.09 pmr_0 = 113.09\,\mathrm{pm}. Ce r0r_0 est une moyenne de la liaison sur sa vibration de point zéro, un peu plus longue que la longueur d’équilibre rer_e (Section 6.2).

Définition 6.6 (Constante de distorsion centrifuge)

Une liaison en rotation s’allonge ; les niveaux deviennent F(J)=BJ(J+1)−DJ2(J+1)2F(J) = BJ(J+1) - DJ^2(J+1)^2, où DD est la constante de distorsion centrifuge, et les raies 2B(J+1)−4D(J+1)32B(J+1) - 4D(J+1)^3 se resserrent lentement aux grands JJ.

Proposition 6.7 (La raie la plus intense)

Si les intensités des raies suivent la population du niveau inférieur, (2J+1)e−hcBJ(J+1)/kT(2J+1) \eu^{-hcBJ(J+1)/kT}, le niveau le plus peuplé se situe vers

Jmax⁡≈kT2hcB−12.J_{\max} \approx \sqrt{\frac{kT}{2hcB}} - \frac12.

Démonstration. Traitons JJ comme une variable continue et dérivons :  ⁣d ⁣dJ[(2J+1)e−aJ(J+1)]=[2−a(2J+1)2]e−aJ(J+1)\frac{\dd}{\dd J}[(2J+1)\eu^{-aJ(J+1)}] = [2 - a(2J+1)^2]\eu^{-aJ(J+1)} avec a=hcB/kTa = hcB/kT ; la dérivée s’annule pour (2J+1)2=2/a(2J + 1)^2 = 2/a. ∎

Le spectre d’absorption de rotation du monoxyde de carbone, raies espacées de 2B = 3.845\, cm-1, intensités prises égales à la population du niveau inférieur, à 30\, K (bleu) et à 300\, K (rouge, légèrement décalé pour la lisibilité), chaque température étant rapportée à sa raie la plus intense. À 30\, K, la raie la plus intense est J = 3 2 ; à 300\, K, J = 8 7.
Le spectre d’absorption de rotation du monoxyde de carbone, raies espacées de 2B=3.845 cm−12B = 3.845\,\mathrm{cm}^{-1}, intensités prises égales à la population du niveau inférieur, à 30 K30\,\mathrm{K} (bleu) et à 300 K300\,\mathrm{K} (rouge, légèrement décalé pour la lisibilité), chaque température étant rapportée à sa raie la plus intense. À 30 K30\,\mathrm{K}, la raie la plus intense est J=3←2J = 3 \leftarrow 2 ; à 300 K300\,\mathrm{K}, J=8←7J = 8 \leftarrow 7.

6.2 Vibrations des liaisons réelles

Une liaison réelle n’obéit pas à la loi de Hooke loin de l’équilibre : elle s’assouplit quand on l’étire, puis se rompt.

Définition 6.8 (Potentiel de Morse)

Le potentiel de Morse est V(r)=De[1−e−β(r−re)]2V(r) = D_e[1 - \eu^{-\beta(r - r_e)}]^2 : harmonique près de rer_e (constante de force 2β2De2\beta^2D_e), il tend vers la limite de dissociation DeD_e aux grands rr.

Proposition 6.9 (Niveaux de l’oscillateur de Morse)

En nombres d’onde, les niveaux de vibration d’un oscillateur de Morse sont

G(v)=ω~e(v+12)−ω~exe(v+12)2,ω~exe=ω~e24De,G(v) = \tilde\omega_e(v + \tfrac12) - \tilde\omega_ex_e(v + \tfrac12)^2, \qquad \tilde\omega_ex_e = \frac{\tilde\omega_e^2}{4D_e},

une échelle dont les barreaux se resserrent et s’arrêtent à vmax⁡=⌊ω~e/2ω~exe−12⌋v_{\max} = \lfloor\tilde\omega_e/ 2\tilde\omega_ex_e - \frac12\rfloor.

Démonstration. Admis à ce niveau. ∎

La résolution de l’équation de Morse relève de cours plus avancés ; les niveaux sont vérifiés numériquement dans les données de figure de ce chapitre.

Définition 6.10 (Constante d’anharmonicité, transition fondamentale, bande harmonique, bande chaude)

ω~exe\tilde\omega_ex_e est la constante d’anharmonicité. La transition fondamentale est v=1←0v = 1 \leftarrow 0 ; une bande harmonique correspond à v=n←0v = n \leftarrow 0 avec n≥2n \ge 2, faible parce que la règle Δv=±1\Delta v = \pm1 de l’oscillateur harmonique n’est que légèrement violée ; une bande chaude part d’un niveau excité, v=2←1v = 2 \leftarrow 1, et croît avec la température.

Définition 6.11 (Énergie de dissociation spectroscopique)

L’énergie de dissociation spectroscopique d’une molécule est la profondeur de son potentiel, DeD_e, mesurée depuis le minimum, ou D0=De−G(0)D_0 = D_e - G(0), mesurée depuis le niveau le plus bas — par molécule et à 0 K0\,\mathrm{K}, contrairement à l’enthalpie de dissociation de liaison du volume de deuxième année, qui est une enthalpie molaire à 298 K298\,\mathrm{K}.

Corollaire 6.12 (DeD_e et D0D_0 d’un oscillateur de Morse)

De=ω~e2/4ω~exeD_e = \tilde\omega_e^2/4\tilde\omega_ex_e et D0=De−(12ω~e−14ω~exe)D_0 = D_e - (\frac12\tilde\omega_e - \frac14\tilde\omega_ex_e).

Démonstration. La première est la relation de la proposition ; la seconde est G(0)G(0). ∎

Proposition 6.13 (Extrapolation de Birge–Sponer)

Les écarts ΔG(v+12)=G(v+1)−G(v)=ω~e−2ω~exe(v+1)\Delta G(v + \frac12) = G(v+1) - G(v) = \tilde\omega_e - 2\tilde\omega_ex_e(v + 1) décroissent linéairement avec vv ; leur somme jusqu’à ce qu’ils s’annulent donne D0D_0, l’aire sous la courbe de ΔG\Delta G en fonction de vv.

Démonstration. Retrancher les deux expressions de GG. D0D_0 est l’énergie qui sépare v=0v = 0 de la limite, la somme de tous les écarts. ∎

Exemple 6.14 (Le chlorure d’hydrogène)

Pour HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl}, ω~e=2990.95 cm−1\tilde\omega_e = 2990.95\,\mathrm{cm}^{-1} et ω~exe=52.82 cm−1\tilde\omega_ex_e = 52.82\,\mathrm{cm}^{-1} : la transition fondamentale est à ω~e−2ω~exe=2885.3 cm−1\tilde\omega_e - 2\tilde\omega_ex_e = 2885.3\,\mathrm{cm}^{-1} et la première bande harmonique à 2ω~e−6ω~exe=5665.0 cm−12\tilde\omega_e - 6\tilde\omega_ex_e = 5665.0\,\mathrm{cm}^{-1}, un peu moins que le double de la fondamentale. Le modèle de Morse prévoit De=42 342 cm−1D_e = 42\,342\,\mathrm{cm}^{-1} et D0=40 860 cm−1D_0 = 40\,860\,\mathrm{cm}^{-1} ; le vrai D0D_0, tiré des enthalpies de formation de H, Cl et HCl à 0 K0\,\mathrm{K}, vaut 35 760 cm−135\,760\,\mathrm{cm}^{-1} (4.43 eV4.43\,\mathrm{eV}). Le potentiel réel s’aplatit plus vite qu’une courbe de Morse ajustée sur le fond : les extrapolations de Birge–Sponer à partir des niveaux les plus bas surestiment les énergies de dissociation.

À gauche : le potentiel de Morse de HCl construit à partir de ses constantes spectroscopiques (trait plein), la parabole harmonique de même courbure (en tirets), et un niveau de vibration sur trois, tracé entre ses points de rebroussement ; les niveaux se resserrent vers D_e. À droite : le diagramme de Birge–Sponer des écarts ; l’aire grisée vaut D_0.
À gauche : le potentiel de Morse de HCl\ce{HCl} construit à partir de ses constantes spectroscopiques (trait plein), la parabole harmonique de même courbure (en tirets), et un niveau de vibration sur trois, tracé entre ses points de rebroussement ; les niveaux se resserrent vers DeD_e. À droite : le diagramme de Birge–Sponer des écarts ; l’aire grisée vaut D0D_0.

6.3 Bandes de rotation-vibration

Une transition de vibration d’un gaz s’accompagne de changements de rotation, ΔJ=±1\Delta J = \pm1 pour une molécule diatomique dans un état 1Σ{}^1\Sigma.

Définition 6.15 (Branches P, Q et R, origine de la bande)

Dans une bande de rotation-vibration, les raies telles que ΔJ=−1\Delta J = -1 forment la branche P, celles telles que ΔJ=+1\Delta J = +1 la branche R, et celles telles que ΔJ=0\Delta J = 0, quand elles sont permises, la branche Q. L’origine de la bande ν~0\tilde\nu_0 est la différence d’énergie de vibration sans rotation.

Théorème 6.16 (Différences de combinaison)

Avec les constantes de rotation B0B_0 et B1B_1 des niveaux de vibration inférieur et supérieur, R(J)=ν~0+B1(J+1)(J+2)−B0J(J+1)R(J) = \tilde\nu_0 + B_1(J+1)(J+2) - B_0J(J+1) et P(J)=ν~0+B1(J−1)J−B0J(J+1)P(J) = \tilde\nu_0 + B_1(J-1)J - B_0J(J+1), et

R(J−1)−P(J+1)=4B0(J+12),R(J)−P(J)=4B1(J+12).R(J - 1) - P(J + 1) = 4B_0(J + \tfrac12), \qquad R(J) - P(J) = 4B_1(J + \tfrac12).

Démonstration. Les deux premières découlent de E=G(v)+BvJ(J+1)E = G(v) + B_vJ(J+1) pour les deux niveaux. R(J−1)R(J - 1) et P(J+1)P(J + 1) aboutissent au même niveau supérieur JJ, depuis les niveaux inférieurs J−1J - 1 et J+1J + 1 : leur différence vaut B0[(J+1)(J+2)−(J−1)J]=B0(4J+2)B_0[(J+1)(J+2) - (J-1)J] = B_0(4J + 2). De même, R(J)R(J) et P(J)P(J) partent du même niveau inférieur et aboutissent à J+1J + 1 et J−1J - 1. ∎

Méthode 6.17 (Analyser une bande de rotation-vibration)

  1. Repérer la lacune : pour une molécule diatomique 1Σ{}^1\Sigma, il n’y a pas de branche Q, et ν~0\tilde\nu_0 se trouve dans la lacune, entre R(0)R(0) et P(1)P(1).
  2. Numéroter les raies à partir de la lacune, vers l’extérieur : R(0),R(1),…R(0), R(1), \dots et P(1),P(2),…P(1), P(2), \dots.
  3. Utiliser les différences de combinaison pour obtenir B0B_0 et B1B_1 séparément, puis αe=B0−B1\alpha_e = B_0 - B_1 et Be=B0+12αeB_e = B_0 + \frac12\alpha_e.
La bande fondamentale de HCl gazeux à 300\, K, calculée à partir de ses constantes spectroscopiques : branches P et R de part et d’autre de la lacune située à l’origine de la bande. Chaque raie est un doublet, H35Cl et le H37Cl, plus faible et un peu plus bas (abondances naturelles 76 % et 24 %). Les raies R se resserrent, les raies P s’écartent, parce que B_1 < B_0.
La bande fondamentale de HCl\ce{HCl} gazeux à 300 K300\,\mathrm{K}, calculée à partir de ses constantes spectroscopiques : branches P et R de part et d’autre de la lacune située à l’origine de la bande. Chaque raie est un doublet, HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl} et le HX37X2237Cl\ce{H^{37}Cl}, plus faible et un peu plus bas (abondances naturelles 76 % et 24 %). Les raies R se resserrent, les raies P s’écartent, parce que B1<B0B_1 < B_0.

Exemple 6.18 (Les constantes de HCl\ce{HCl} tirées de sa bande)

Avec R(0)=2905.58 cm−1R(0) = 2905.58\,\mathrm{cm}^{-1} et P(2)=2842.94 cm−1P(2) = 2842.94\,\mathrm{cm}^{-1}, on trouve 6B0=62.64 cm−16B_0 = 62.64\,\mathrm{cm}^{-1}, donc B0=10.440 cm−1B_0 = 10.440\,\mathrm{cm}^{-1}. Avec R(1)=2925.23R(1) = 2925.23 et P(1)=2864.43 cm−1P(1) = 2864.43\,\mathrm{cm}^{-1}, B1=10.133 cm−1B_1 = 10.133\,\mathrm{cm}^{-1}. Donc αe=0.307 cm−1\alpha_e = 0.307\,\mathrm{cm}^{-1} et Be=10.593 cm−1B_e = 10.593\,\mathrm{cm}^{-1}, les valeurs à partir desquelles la bande a été construite : la méthode les retrouve exactement.

6.4 La spectroscopie Raman

Définition 6.19 (Diffusions Raman et Rayleigh)

Quand une lumière de fréquence ν0\nu_0 traverse un échantillon, la plus grande partie de la lumière diffusée garde la fréquence ν0\nu_0 : c’est la diffusion Rayleigh. Une petite fraction est décalée des fréquences de rotation ou de vibration des molécules : c’est la diffusion Raman. Les raies de plus basse fréquence sont les raies Stokes (la molécule a gagné de l’énergie), celles de plus haute fréquence les raies anti-Stokes (elle en a perdu).

Proposition 6.20 (Origine classique de l’effet Raman)

Si la polarisabilité d’une molécule qui vibre à νvib\nu_{\mathrm{vib}} varie selon α=α0+α1cos⁡(2πνvibt)\alpha = \alpha_0 + \alpha_1\cos(2\pi\nu_{\mathrm{vib}}t), le dipôle induit par un champ E0cos⁡(2πν0t)E_0\cos(2\pi\nu_0t) oscille à ν0\nu_0 et à ν0±νvib\nu_0 \pm \nu_{\mathrm{vib}}. Une vibration n’est active en Raman que si elle fait varier la polarisabilité.

Démonstration. μ=αE=α0E0cos⁡(2πν0t)+12α1E0[cos⁡2π(ν0+νvib)t+cos⁡2π(ν0−νvib)t]\mu = \alpha E = \alpha_0E_0\cos(2\pi\nu_0t) + \frac12\alpha_1E_0[\cos2\pi(\nu_0 + \nu_{\mathrm{vib}})t + \cos2\pi(\nu_0 - \nu_{\mathrm{vib}})t], d’après cos⁡acos⁡b=12[cos⁡(a+b)+cos⁡(a−b)]\cos a\cos b = \frac12[\cos(a+b) + \cos(a-b)]. Chaque dipôle oscillant rayonne à sa propre fréquence ; sans α1\alpha_1, seul subsiste le terme Rayleigh. ∎

Proposition 6.21 (Raies Raman de rotation)

Une molécule linéaire de polarisabilité anisotrope présente des raies Raman de rotation telles que ΔJ=±2\Delta J = \pm2, décalées de la raie excitatrice de

∣Δν~∣=F(J+2)−F(J)=4B(J+32)=6B,10B,14B,…|\Delta\tilde\nu| = F(J+2) - F(J) = 4B(J + \tfrac32) = 6B, 10B, 14B, \dots

— la première raie à 6B6B, puis un espacement de 4B4B.

Démonstration. L’ellipsoïde de polarisabilité d’une molécule linéaire en rotation reprend la même orientation deux fois par tour, donc il module la diffusion au double de la fréquence de rotation : ΔJ=±2\Delta J = \pm2 (la règle quantique, admise). Alors B(J+2)(J+3)−BJ(J+1)=B(4J+6)B(J+2)(J+3) - BJ(J+1) = B(4J + 6). ∎

Exemple 6.22 (Le diazote vu par Raman)

NX2\ce{N2} n’a pas de dipôle et pas de spectre infrarouge ni micro-ondes, mais sa polarisabilité est anisotrope : ses raies Raman de rotation commencent à 6B0=11.94 cm−16B_0 = 11.94\,\mathrm{cm}^{-1} de la raie excitatrice et sont espacées de 7.96 cm−17.96\,\mathrm{cm}^{-1}. Leurs intensités alternent dans le rapport 2:1 entre JJ pairs et impairs : les deux noyaux X14X2214N\ce{^{14}N} sont identiques, et la statistique de spin nucléaire (Chapitre 11) donne aux niveaux de JJ pair un poids double de celui des niveaux impairs.

À gauche : le spectre Raman de rotation du diazote calculé à 300\, K : raies Stokes aux déplacements positifs (à droite), raies anti-Stokes aux déplacements négatifs (à gauche, un peu plus faibles), avec l’alternance 2:1 des intensités ; le trait gris en zéro marque la raie Rayleigh, bien plus intense. À droite : schéma énergétique des diffusions Rayleigh et Stokes par un niveau virtuel (qui n’est pas un état réel de la molécule).
À gauche : le spectre Raman de rotation du diazote calculé à 300 K300\,\mathrm{K} : raies Stokes aux déplacements positifs (à droite), raies anti-Stokes aux déplacements négatifs (à gauche, un peu plus faibles), avec l’alternance 2:1 des intensités ; le trait gris en zéro marque la raie Rayleigh, bien plus intense. À droite : schéma énergétique des diffusions Rayleigh et Stokes par un niveau virtuel (qui n’est pas un état réel de la molécule).

6.5 Molécules polyatomiques

Définition 6.23 (Types de rotateurs)

Une molécule dont les trois moments principaux d’inertie sont égaux est une toupie sphérique (CHX4\ce{CH4}, SFX6\ce{SF6}) ; avec deux moments égaux, une toupie symétrique (NHX3\ce{NH3}, CHClX3\ce{CHCl3}, CX6HX6\ce{C6H6}) ; avec trois moments différents, une toupie asymétrique (HX2O\ce{H2O}, la plupart des molécules) ; les molécules linéaires ont un moment nul.

Une toupie sphérique n’a ni dipôle ni spectre de rotation ; une toupie symétrique a pour niveaux BJ(J+1)+(A−B)K2BJ(J+1) + (A - B)K^2, où KK compte le moment cinétique autour de son axe, et des raies qui tombent encore à 2B(J+1)2B(J+1) puisque ΔK=0\Delta K = 0 ; une toupie asymétrique a un spectre irrégulier, ajusté par ordinateur. Les vibrations des molécules polyatomiques sont leurs modes normaux, nommés et sélectionnés au Chapitre 5 : le spectre infrarouge montre les modes qui se transforment comme xx, yy, zz, chacun avec sa propre structure de rotation.

Au laboratoire — Une cellule à gaz dans un spectromètre infrarouge

Le HCl\ce{HCl} gazeux est admis dans une cellule de 10 cm10\,\mathrm{cm} munie de fenêtres transparentes à l’infrarouge, à l’intérieur d’un spectromètre à transformée de Fourier. À une résolution de 1 cm−11\,\mathrm{cm}^{-1}, les branches P et R apparaissent comme des raies simples ; à 0.25 cm−10.25\,\mathrm{cm}^{-1}, chacune se dédouble en son doublet HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl}/HX37X2237Cl\ce{H^{37}Cl}, distant de 2 cm−12\,\mathrm{cm}^{-1}. Le chlorure d’hydrogène est toxique et corrosif : la cellule est remplie sur une rampe à vide, sous hotte.

Sécurité

Chlorure d’hydrogène gazeux : gaz sous pression, corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, toxique par inhalation. Manipulé uniquement en appareillage clos ou sous hotte.

Histoire des sciences — Raman, 1928

En 1928, C. V. Raman et K. S. Krishnan observèrent, dans la lumière du Soleil filtrée par un filtre violet et diffusée par des liquides, une faible lumière d’une autre couleur qu’un filtre vert croisé permettait d’isoler. Raman reçut le prix Nobel de physique 1930 ; les sources laser firent de son effet une technique d’analyse courante cinquante ans plus tard.

6.6 Exercices

Exercice 6.1 ★

À partir de B0=1.9225 cm−1B_0 = 1.9225\,\mathrm{cm}^{-1} pour X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O}, calculer le moment d’inertie et la longueur de liaison r0r_0.

Solution

Solution de Exercice 6.1.

I=h/(8π2cB)=6.62607×10−34/(8π2×2.99792×1010×1.9225)=1.4561×10−46 kg m2I = h/(8\pi^2cB) = 6.62607 \times 10^{-34}/(8\pi^2 \times 2.99792 \times 10^{10} \times 1.9225) = 1.4561 \times 10^{-46}\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{2}. μ=6.856 21 u=1.138 50×10−26 kg\mu = 6.856\,21\,\mathrm{u} = 1.138\,50 \times 10^{-26}\,\mathrm{kg}, donc r0=I/μ=113.09 pmr_0 = \sqrt{I/\mu} = 113.09\,\mathrm{pm}.

Exercice 6.2 ★

Avec B0=10.440 cm−1B_0 = 10.440\,\mathrm{cm}^{-1}, donner les positions des quatre premières raies du spectre de rotation de HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl} et le JJ de la raie la plus intense à 300 K300\,\mathrm{K}.

Solution

Solution de Exercice 6.2.

2B0(J+1)2B_0(J+1) : 20.88, 41.76, 62.64, 83.52 cm−183.52\,\mathrm{cm}^{-1}. Jmax⁡=kT/2hcB−12=208.5/20.88−0.5=2.7J_{\max} = \sqrt{kT/2hcB} - \frac12 = \sqrt{208.5/20.88} - 0.5 = 2.7 : le niveau J=3J = 3 est le plus peuplé, et la raie la plus intense est 4←34 \leftarrow 3, à 83.5 cm−183.5\,\mathrm{cm}^{-1}.

Exercice 6.3 ★

Parmi HX2\ce{H2}, HCl\ce{HCl}, NX2\ce{N2}, COX2\ce{CO2}, CHX4\ce{CH4}, SFX6\ce{SF6} et HX2O\ce{H2O}, lesquelles présentent un spectre d’absorption de rotation pure ? Un spectre Raman de rotation ?

Solution

Solution de Exercice 6.3.

L’absorption micro-ondes exige un dipôle permanent : HCl\ce{HCl} et HX2O\ce{H2O} seulement. Le Raman de rotation exige une polarisabilité anisotrope : HX2\ce{H2}, HCl\ce{HCl}, NX2\ce{N2}, COX2\ce{CO2}, HX2O\ce{H2O} ; pas les toupies sphériques CHX4\ce{CH4} et SFX6\ce{SF6}.

Exercice 6.4 ★

Quelle fraction des molécules de HCl\ce{HCl} se trouve dans v=1v = 1 à 300 et à 1000 K1000\,\mathrm{K} (transition fondamentale à 2885.3 cm−12885.3\,\mathrm{cm}^{-1}) ? Quand la bande chaude devient-elle visible ?

Solution

Solution de Exercice 6.4.

N1/N0=e−hcν~/kTN_1/N_0 = \eu^{-hc\tilde\nu/kT} : à 300 K300\,\mathrm{K}, e−13.84=9.8×10−7\eu^{-13.84} = 9.8 \times 10^{-7} ; à 1000 K1000\,\mathrm{K}, e−4.15=0.016\eu^{-4.15} = 0.016. La bande chaude ne devient sensible (un pour cent de la fondamentale) que vers 1000 K1000\,\mathrm{K}.

Exercice 6.5 ★★

La transition fondamentale et la première bande harmonique de HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl} se situent à 2885.3 et 5665.0 cm−15665.0\,\mathrm{cm}^{-1}. En déduire ω~e\tilde\omega_e et ω~exe\tilde\omega_ex_e.

Solution

Solution de Exercice 6.5.

ω~e−2ω~exe=2885.3\tilde\omega_e - 2\tilde\omega_ex_e = 2885.3 et 2ω~e−6ω~exe=5665.02\tilde\omega_e - 6\tilde\omega_ex_e = 5665.0 : en retranchant le double de la première de la seconde, −2ω~exe=−105.6-2\tilde\omega_ex_e = -105.6, donc ω~exe=52.8 cm−1\tilde\omega_ex_e = 52.8\,\mathrm{cm}^{-1} et ω~e=2990.9 cm−1\tilde\omega_e = 2990.9\,\mathrm{cm}^{-1}.

Exercice 6.6 ★★

Avec les constantes de l’exercice précédent, calculer DeD_e et D0D_0 du modèle de Morse, et les comparer au vrai D0=35 760 cm−1D_0 = 35\,760\,\mathrm{cm}^{-1}. Convertir les deux valeurs de D0D_0 en kJ/mol\mathrm{kJ}/\mathrm{mol}.

Solution

Solution de Exercice 6.6.

De=2990.952/(4×52.82)=42 341 cm−1D_e = 2990.95^2/(4 \times 52.82) = 42\,341\,\mathrm{cm}^{-1} ; G(0)=1495.47−13.20=1482.3 cm−1G(0) = 1495.47 - 13.20 = 1482.3\,\mathrm{cm}^{-1} ; D0=40 859 cm−1=488.8 kJ/molD_0 = 40\,859\,\mathrm{cm}^{-1} = 488.8\,\mathrm{kJ}/\mathrm{mol}, contre la vraie valeur 35 760 cm−135\,760\,\mathrm{cm}^{-1} =427.8 kJ/mol= 427.8\,\mathrm{kJ}/\mathrm{mol} : le modèle de Morse surestime de 14 %.

Exercice 6.7 ★★

Quatre raies de la bande fondamentale de HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl} sont R(0)=2905.58R(0) = 2905.58, R(1)=2925.23R(1) = 2925.23, P(1)=2864.43P(1) = 2864.43 et P(2)=2842.94 cm−1P(2) = 2842.94\,\mathrm{cm}^{-1}. Trouver B0B_0, B1B_1, αe\alpha_e et l’origine de la bande.

Solution

Solution de Exercice 6.7.

R(0)−P(2)=6B0=62.64R(0) - P(2) = 6B_0 = 62.64 : B0=10.440 cm−1B_0 = 10.440\,\mathrm{cm}^{-1}. R(1)−P(1)=6B1=60.80R(1) - P(1) = 6B_1 = 60.80 : B1=10.133 cm−1B_1 = 10.133\,\mathrm{cm}^{-1}. αe=0.307 cm−1\alpha_e = 0.307\,\mathrm{cm}^{-1}. R(0)=ν~0+2B1R(0) = \tilde\nu_0 + 2B_1 donne ν~0=2885.31 cm−1\tilde\nu_0 = 2885.31\,\mathrm{cm}^{-1} (et P(1)=ν~0−2B0P(1) = \tilde\nu_0 - 2B_0 concorde).

Exercice 6.8 ★★

Prévoir B0B_0 et l’origine de la bande de DX35X2235Cl\ce{D^{35}Cl} à partir de ceux de HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl}, à l’aide des masses réduites (ω~e∝μ−1/2\tilde\omega_e \propto \mu^{-1/2}, ω~exe∝μ−1\tilde\omega_ex_e \propto \mu^{-1}, B∝μ−1B \propto \mu^{-1}).

Solution

Solution de Exercice 6.8.

μH=0.979 59 u\mu_H = 0.979\,59\,\mathrm{u}, μD=1.904 41 u\mu_D = 1.904\,41\,\mathrm{u}, μH/μD=0.51438\mu_H/\mu_D = 0.51438. B0(DCl)=10.440×0.51438=5.370 cm−1B_0(\ce{DCl}) = 10.440 \times 0.51438 = 5.370\,\mathrm{cm}^{-1}. ω~e=2990.95×0.51438=2145.1\tilde\omega_e = 2990.95 \times \sqrt{0.51438} = 2145.1, ω~exe=52.82×0.51438=27.17\tilde\omega_ex_e = 52.82 \times 0.51438 = 27.17: ν~0=2145.1−54.3=2090.8 cm−1\tilde\nu_0 = 2145.1 - 54.3 = 2090.8\,\mathrm{cm}^{-1}.

Exercice 6.9 ★★

Pour NX2\ce{N2}, B0=1.9896 cm−1B_0 = 1.9896\,\mathrm{cm}^{-1}. Donner les déplacements des trois premières raies Raman Stokes de rotation, et expliquer l’alternance de leurs intensités.

Solution

Solution de Exercice 6.9.

Déplacements 4B0(J+32)4B_0(J + \frac32) : 11.94, 19.90, 27.85 cm−127.85\,\mathrm{cm}^{-1} (depuis J=0J = 0, 1, 2). Les deux noyaux X14X2214N\ce{^{14}N} sont des bosons identiques de spin 1 : les niveaux de JJ pair ont six états de spin nucléaire, ceux de JJ impair trois, si bien que les raies issues de JJ pair sont deux fois plus intenses que leurs voisines.

Exercice 6.10 ★★★

Les trois premières raies de rotation de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} sont à 115271.2018, 230538.0000 et 345 795.9899 MHz345\,795.9899\,\mathrm{MHz}. Montrer qu’un rotateur rigide ne rend pas compte de ces valeurs, et déterminer BB et la constante de distorsion centrifuge DD.

Solution

Solution de Exercice 6.10.

Un rotateur rigide placerait les raies à ν1\nu_1, 2ν12\nu_1, 3ν13\nu_1 : 230542.40230542.40 et 345 813.61 MHz345\,813.61\,\mathrm{MHz}, au-dessus des valeurs mesurées de 4.4 et 17.6 MHz17.6\,\mathrm{MHz}. Avec νJ+1←J=2B(J+1)−4D(J+1)3\nu_{J+1\leftarrow J} = 2B(J+1) - 4D(J+1)^3 : ν1=2B−4D\nu_1 = 2B - 4D, ν3=6B−108D\nu_3 = 6B - 108D, donc 3ν1−ν3=96D3\nu_1 - \nu_3 = 96D : D=0.1835 MHzD = 0.1835\,\mathrm{MHz} et B=(ν1+4D)/2=57 635.97 MHzB = (\nu_1 + 4D)/2 = 57\,635.97\,\mathrm{MHz}. Vérification : ν2=4B−32D=230 538.0 MHz\nu_2 = 4B - 32D = 230\,538.0\,\mathrm{MHz}.

Exercice 6.11 ★★★

Montrer que la somme de Birge–Sponer des écarts ΔG(v+12)\Delta G(v + \frac12) d’un oscillateur de Morse, de v=0v = 0 au dernier niveau lié, est proche de De−G(0)D_e - G(0), et évaluer cette somme pour HCl\ce{HCl}.

Solution

Solution de Exercice 6.11.

ΔG(v+12)=ω~e−2ω~exe(v+1)\Delta G(v + \frac12) = \tilde\omega_e - 2\tilde\omega_ex_e(v+1) s’annule vers v=ω~e/2ω~exe−1v = \tilde\omega_e/2\tilde\omega_ex_e - 1 ; la somme d’une progression arithmétique de nn termes allant de ω~e−2ω~exe\tilde\omega_e - 2\tilde\omega_ex_e à presque 0 vaut environ nω~e/2≈ω~e2/4ω~exe−ω~e/2≈De−G(0)n\tilde\omega_e/2 \approx \tilde\omega_e^2/4\tilde\omega_ex_e - \tilde\omega_e/2 \approx D_e - G(0). Pour HCl\ce{HCl}, les 28 écarts (v=0v = 0 à 27) ont pour somme 40 857 cm−140\,857\,\mathrm{cm}^{-1}, contre De−G(0)=40 859 cm−1D_e - G(0) = 40\,859\,\mathrm{cm}^{-1}.

Exercice 6.12 ★★★

Le noyau X16X2216O\ce{^{16}O} a un spin nul, si bien que les niveaux de X16X2216OX12X2212CX16X2216O\ce{^{16}O^{12}C^{16}O} de JJ impair n’existent pas. Quel est l’espacement de ses raies Raman de rotation, et le déplacement de la première, en fonction de BB ? Pourquoi COX2\ce{CO2} n’a-t-il pas de spectre micro-ondes ?

Solution

Solution de Exercice 6.12.

Avec les seuls JJ pairs, les transitions J→J+2J \to J + 2 partent de J=0,2,4,…J = 0, 2, 4, \dots : déplacements 6B,14B,22B,…6B, 14B, 22B, \dots, espacement 8B8B. COX2\ce{CO2} possède un centre de symétrie et pas de dipôle permanent : pas de spectre micro-ondes.

6.7 Problème : à l’écoute d’un nuage froid

Problème 6.1

Problème du week-end — la longueur de liaison du monoxyde de carbone tirée de sa première raie de rotation, la température d’un nuage interstellaire, l’isotopologue carbone 13, et la bande infrarouge

Données : raies de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} J=1←0J = 1 \leftarrow 0 à 115.2712 GHz115.2712\,\mathrm{GHz} et 2←12 \leftarrow 1 à 230.5380 GHz230.5380\,\mathrm{GHz} ; raie 1←01 \leftarrow 0 de X13X2213CX16X2216O\ce{^{13}C^{16}O} à 110.2014 GHz110.2014\,\mathrm{GHz} ; masses X12X2212C\ce{^{12}C} 12 (exactement), X13X2213C\ce{^{13}C} 13.00335, X16X2216O\ce{^{16}O} 15.994 91 u15.994\,91\,\mathrm{u} ; abondance naturelle de X13X2213C\ce{^{13}C} 1.1 % ; pour X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O}, ω~e=2169.81 cm−1\tilde\omega_e = 2169.81\,\mathrm{cm}^{-1}, ω~exe=13.288 cm−1\tilde\omega_ex_e = 13.288\,\mathrm{cm}^{-1}, et la longueur d’équilibre re=112.83 pmr_e = 112.83\,\mathrm{pm}. h=6.626 07×10−34 J sh = 6.626\,07 \times 10^{-34}\,\mathrm{J}\,\mathrm{s}, u=1.660 54×10−27 kgu = 1.660\,54 \times 10^{-27}\,\mathrm{kg}, c=2.997 92×1010 cm/sc = 2.997\,92 \times 10^{10}\,\mathrm{cm}/\mathrm{s}, hc/k=1.438 78 cm Khc/k = 1.438\,78\,\mathrm{cm}\,\mathrm{K}.

Partie I — La liaison.

  1. Calculer B0B_0 en hertz et en cm−1\mathrm{cm}^{-1}.
  2. Calculer la masse réduite de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} en kilogrammes.
  3. Calculer le moment d’inertie.
  4. En déduire r0r_0.
  5. Comparer à rer_e. Pourquoi r0r_0 est-il plus long ?
  6. Prévoir la raie 2←12 \leftarrow 1 pour un rotateur rigide. Commenter la valeur mesurée.

Partie II — La température du nuage.

  1. Donner les énergies, en cm−1\mathrm{cm}^{-1} et en kelvins (E/kE/k), des niveaux J=0J = 0, 1, 2.
  2. Écrire le rapport des populations N2/N1N_2/N_1 à la température TT.
  3. Les observations donnent N2/N1=0.85N_2/N_1 = 0.85 (données du problème). Trouver TT.
  4. Quel niveau est le plus peuplé à cette température ?
  5. Pourquoi un tel nuage ne peut-il pas être observé dans la bande infrarouge de vibration ?
  6. Pourquoi la raie 1←01 \leftarrow 0 est-elle le traceur le plus utilisé du gaz froid ?

Partie III — L’isotopologue.

  1. Calculer la masse réduite de X13X2213CX16X2216O\ce{^{13}C^{16}O}.
  2. Prévoir sa raie 1←01 \leftarrow 0 à partir de celle de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O}.
  3. Comparer à la valeur mesurée, 110.2014 GHz110.2014\,\mathrm{GHz}. Qu’a-t-on négligé ?
  4. Si les deux raies étaient faibles et non saturées, quel rapport de leurs intensités les abondances naturelles donneraient-elles ?
  5. Le rapport observé est bien plus petit. Qu’en déduire sur la raie de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} ?
  6. Pourquoi observe-t-on en pratique les deux isotopologues ensemble ?

Partie IV — La bande de vibration.

  1. Calculer l’origine de la bande fondamentale, en cm−1\mathrm{cm}^{-1} et en micromètres.
  2. Calculer la première bande harmonique.
  3. Calculer l’énergie de point zéro.
  4. Qu’est-ce qui sépare les premières raies R et P ?
  5. Laquelle des deux molécules, X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} ou X13X2213CX16X2216O\ce{^{13}C^{16}O}, a l’origine de bande la plus basse ?
  6. Énoncer le résultat : la longueur de liaison r0r_0 du monoxyde de carbone obtenue à partir d’une seule raie radio.
Solution

Solution de Problème 6.1.

1. B0=ν/2=57.6356 GHzB_0 = \nu/2 = 57.6356\,\mathrm{GHz} ; B0/c=1.922 52 cm−1B_0/c = 1.922\,52\,\mathrm{cm}^{-1}. 2. μ=12×15.99491/27.99491=6.856 21 u=1.138 50×10−26 kg\mu = 12 \times 15.99491/27.99491 = 6.856\,21\,\mathrm{u} = 1.138\,50 \times 10^{-26}\,\mathrm{kg}. 3. I=h/8π2B0=1.4560×10−46 kg m2I = h/8\pi^2B_0 = 1.4560 \times 10^{-46}\,\mathrm{kg}\,\mathrm{m}^{2}. 4. r0=I/μ=113.09 pmr_0 = \sqrt{I/\mu} = 113.09\,\mathrm{pm}. 5. r0r_0 dépasse re=112.83 pmr_e = 112.83\,\mathrm{pm} de 0.26 pm0.26\,\mathrm{pm} : B0B_0 moyenne 1/r21/r^2 sur la vibration de point zéro dans un puits anharmonique, qui passe plus de temps aux grandes distances. 6. 2ν1←0=230.5424 GHz2\nu_{1\leftarrow0} = 230.5424\,\mathrm{GHz} ; la raie mesurée est plus basse de 4.4 MHz4.4\,\mathrm{MHz} : distorsion centrifuge. 7. 00, 3.845 et 11.535 cm−111.535\,\mathrm{cm}^{-1}, soit E/k=0E/k = 0, 5.53 et 16.60 K16.60\,\mathrm{K}. 8. N2/N1=53exp⁡[−(16.60−5.53) K/T]N_2/N_1 = \frac53\exp[-(16.60 - 5.53)\,\mathrm K/T]. 9. ln⁡(53/0.85)=0.673=11.06/T\ln(\frac53/0.85) = 0.673 = 11.06/T : T=16 KT = 16\,\mathrm{K}. 10. Jmax⁡=16.4/(2×1.43878×1.9225)−0.5=1.2J_{\max} = \sqrt{16.4/(2 \times 1.43878 \times 1.9225)} - 0.5 = 1.2 : J=1J = 1. 11. Un quantum de vibration correspond à hcν~/k≈3080 Khc\tilde\nu/k \approx 3080\,\mathrm{K} : à 16 K16\,\mathrm{K}, aucune molécule n’est excitée en vibration, si bien que le nuage n’émet aucune lumière de vibration. 12. Elle ne demande que 5.5 K5.5\,\mathrm{K} d’excitation, est excitée même dans le gaz le plus froid, et CO est abondant et possède un moment dipolaire. 13. μ=13.00335×15.99491/28.99826=7.172 41 u\mu = 13.00335 \times 15.99491/28.99826 = 7.172\,41\,\mathrm{u}. 14. B∝1/μB \propto 1/\mu : 115.2712×6.85621/7.17241=110.1893 GHz115.2712 \times 6.85621/7.17241 = 110.1893\,\mathrm{GHz}. 15. La prévision est inférieure de 12 MHz12\,\mathrm{MHz} (0.011 %) à la raie mesurée : B0=Be−12αeB_0 = B_e - \frac12\alpha_e, et le terme de vibration–rotation αe\alpha_e varie selon une autre puissance de μ\mu ; la structure d’équilibre est la même, la moyenne de point zéro ne l’est pas. 16. 98.9/1.1=9098.9/1.1 = 90. 17. La raie de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} est saturée (optiquement épaisse) : elle ne croît plus avec la quantité de gaz. 18. La raie du rare X13X2213CX16X2216O\ce{^{13}C^{16}O} reste proportionnelle à la quantité de gaz, la raie de X12X2212CX16X2216O\ce{^{12}C^{16}O} donne la température : ensemble, elles mesurent les deux. 19. ν~0=2169.81−2×13.288=2143.24 cm−1\tilde\nu_0 = 2169.81 - 2 \times 13.288 = 2143.24\,\mathrm{cm}^{-1}, 4.666 µm4.666\,\text{µ}\mathrm{m}. 20. 2ω~e−6ω~exe=4259.89 cm−12\tilde\omega_e - 6\tilde\omega_ex_e = 4259.89\,\mathrm{cm}^{-1}. 21. G(0)=12ω~e−14ω~exe=1081.58 cm−1G(0) = \frac12\tilde\omega_e - \frac14\tilde\omega_ex_e = 1081.58\,\mathrm{cm}^{-1}. 22. R(0)−P(1)=2(B0+B1)≈4B≈7.7 cm−1R(0) - P(1) = 2(B_0 + B_1) \approx 4B \approx 7.7\,\mathrm{cm}^{-1}. 23. X13X2213CX16X2216O\ce{^{13}C^{16}O} : masse réduite plus grande, fréquence plus basse. 24. r0(CO)=113.1 pmr_0(\ce{CO}) = 113.1\,\mathrm{pm}, tiré d’une seule fréquence radio.

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