Chimie universitaire — 3e année · Bachelor Year 3
1La mécanique quantique du chimiste : systèmes modèles
Trois petites fioles sont posées sur la paillasse, chacune contenant une solution d’un colorant cyanine dans l’éthanol : la première est magenta, la deuxième bleue, la troisième d’un bleu verdâtre profond qui absorbe dans le rouge lointain. Les trois molécules sont bâties sur le même modèle — deux cycles azotés identiques reliés par une chaîne d’atomes de carbone — et ne diffèrent que par la longueur de cette chaîne, de deux atomes de carbone en deux. Allonger la chaîne déplace la couleur vers le rouge. En 1949, un chimiste a expliqué cette série par l’un des problèmes les plus simples de la mécanique quantique : un électron libre de se déplacer sur un segment de longueur fixe, une « particule dans une boîte ». Ce chapitre met en place l’outillage qui sous-tend cette explication — opérateurs, valeurs propres, équation de Schrödinger — et résout les systèmes modèles dont la chimie se sert tous les jours : la boîte, l’oscillateur harmonique d’une liaison qui vibre, le rotateur rigide d’une molécule qui tourne, l’atome d’hydrogène, et la barrière qu’une particule légère peut franchir sans avoir l’énergie de la gravir.
Rappel
Le volume de première année a montré que l’énergie d’un atome est quantifiée (niveaux d’énergie, état fondamental et états excités, raies de l’hydrogène) et qu’un photon transporte . Le volume de deuxième année a décrit un électron par une fonction d’onde dont le carré est une densité de probabilité, a séparé les orbitales de l’hydrogène en parties radiale et angulaire et a compté leurs nœuds ; il a pris les fonctions d’onde de l’hydrogène comme données. Elles sont établies ici, à la section 5. De la physique : la quantité de mouvement et la longueur d’onde de de Broglie .
1.1 Opérateurs, valeurs propres et équation de Schrödinger
La mécanique classique attribue à une particule une position et une quantité de mouvement à chaque instant. La mécanique quantique lui attribue un état, la fonction d’onde , et remplace chaque grandeur mesurable par une opération effectuée sur .
Définition 1.1 (Opérateur, fonction propre, valeur propre)
Un opérateur est une règle qui transforme une fonction en une autre fonction : . Il est linéaire si . Une fonction non nulle telle que pour un nombre est une fonction propre de , et est la valeur propre associée.
Exemple 1.2 (Deux opérateurs : position et quantité de mouvement)
À une dimension, l’opérateur position multiplie par , , et l’opérateur quantité de mouvement dérive, , avec . La fonction est une fonction propre de de valeur propre : une onde de longueur d’onde a une quantité de mouvement , c’est la relation de de Broglie. La fonction n’est pas fonction propre de (sa dérivée est un cosinus), mais elle l’est de , avec la valeur propre .
Définition 1.3 (Opérateur hermitien, valeur moyenne)
On note pour deux fonctions qui s’annulent aux bords de la région. Un opérateur est dit hermitien si pour toutes ces fonctions et . Pour un état normé (), la valeur moyenne de est : la moyenne d’un grand nombre de mesures faites sur des systèmes préparés à l’identique.
Les règles de travail de la chimie quantique — ses postulats — se disent maintenant d’une traite : toute grandeur mesurable est représentée par un opérateur hermitien ; une mesure donne l’une de ses valeurs propres ; et si est fonction propre de , toute mesure effectuée sur cet état donne la même valeur, sa valeur propre.
Théorème 1.4 (Opérateurs hermitiens)
Les valeurs propres d’un opérateur hermitien sont réelles. Deux fonctions propres associées à des valeurs propres différentes sont orthogonales : .
Démonstration. Soit . Alors et . L’opérateur est hermitien, donc les deux sont égaux, et : . Soient maintenant et avec , toutes deux réelles. Alors et ; leur égalité donne , d’où . ∎
Une valeur mesurée est un nombre réel, et c’est pourquoi les observables doivent être hermitiennes ; l’orthogonalité est ce qui fait des orbitales d’un atome, ou des niveaux d’une boîte, un ensemble propre d’états indépendants.
Définition 1.5 (Commutateur)
Le commutateur de deux opérateurs est . Les opérateurs commutent si leur commutateur est nul.
Exemple 1.6 (Le commutateur canonique)
Pour toute fonction , et . La différence vaut , donc : la position et la quantité de mouvement ne commutent pas. Cette seule relation fonde le principe d’incertitude et, plus loin, tout le spectre de l’oscillateur harmonique.
Proposition 1.7 (Opérateurs qui commutent)
Si et commutent et si est fonction propre de associée à une valeur propre non dégénérée , alors est aussi fonction propre de .
Démonstration. : la fonction est fonction propre de avec la même valeur propre , ou bien nulle. La valeur propre étant non dégénérée, est un multiple de , disons . ∎
L’opérateur associé à l’énergie est le hamiltonien. Pour une particule de masse dans un potentiel , l’énergie classique devient un opérateur.
Définition 1.8 (Opérateur hamiltonien)
L’opérateur hamiltonien d’une particule de masse qui se déplace dans un potentiel est
et, pour plusieurs particules, la somme de leurs termes cinétiques et de toutes leurs énergies potentielles.
Théorème 1.9 (L’équation de Schrödinger)
Les états d’énergie bien définie d’un système — ses états stationnaires — sont les fonctions propres de son hamiltonien, et ses énergies permises sont les valeurs propres :
l’équation de Schrödinger indépendante du temps. Une fonction acceptable est univoque, continue et de carré sommable (elle peut être normée).
Statut. C’est un postulat, justifié par ses conséquences : les niveaux de tous les systèmes résolus ci-dessous s’accordent avec la spectroscopie. L’équation dépendant du temps, dont celle-ci est le cas stationnaire, relève de la physique. ∎
Ce sont les conditions aux limites qui quantifient : une équation différentielle a des solutions pour toute valeur de , mais seul un ensemble discret d’entre elles reste fini et continu. La chimie consiste alors à choisir un potentiel, à résoudre et à lire les valeurs propres.
Méthode 1.10 (Résoudre un modèle à une dimension)
- Écrire le potentiel et le hamiltonien ; découper l’espace en régions où est simple.
- Résoudre dans chaque région : sinus et cosinus là où , exponentielles réelles là où .
- Imposer les conditions : là où est infini ; et continues à une marche finie ; à l’infini.
- Les conditions ne sont satisfaites que pour certaines valeurs de : ce sont les niveaux.
- Normer chaque fonction propre ; compter ses nœuds pour contrôle (le -ième niveau d’un problème à une dimension a nœuds).
1.2 La particule dans une boîte
Définition 1.11 (Particule dans une boîte, modèle de l’électron libre)
Une particule dans une boîte se déplace librement () entre et et ne peut pas en sortir ( à l’extérieur). Le modèle de l’électron libre d’une molécule conjuguée traite ses électrons comme des particules indépendantes dans une boîte dont la longueur est celle de la chaîne conjuguée.
Théorème 1.12 (Niveaux de la boîte)
Les niveaux et les fonctions propres normées d’une particule de masse dans une boîte de longueur sont
Démonstration. À l’intérieur, avec , donc . À l’extérieur , et la continuité donne , d’où , et , d’où avec : , entier positif ( donne ; les négatifs redonnent les mêmes fonctions). Alors . Enfin donne . ∎
Trois traits valent pour tout système lié : l’énergie la plus basse n’est pas nulle (la particule ne peut jamais être au repos), les niveaux s’écartent quand croît, et ils se resserrent quand la boîte grandit () : une grande boîte est presque classique.
Proposition 1.13 (La boîte cubique)
Dans une boîte cubique d’arête , et . Des triplets distincts de même somme des carrés donnent la même énergie.
Démonstration. Avec à l’intérieur, est la somme de trois opérateurs à une dimension, un par coordonnée. Le produit de trois fonctions propres à une dimension est fonction propre de la somme, avec pour valeur propre la somme des trois valeurs propres ; il s’annule sur chaque face, comme il le faut. ∎
Définition 1.14 (Niveaux dégénérés)
Des fonctions propres linéairement indépendantes de même valeur propre sont des niveaux dégénérés ; leur nombre est la dégénérescence de cette énergie.
Exemple 1.15 (Dégénérescence et symétrie)
Le niveau du cube provient de , et : . Qu’on étire légèrement la boîte selon , et la troisième fonction s’écarte des deux autres : la dégénérescence venait de la symétrie du cube. Ce même lien entre symétrie et dégénérescence organise les Chapitres 4 et 5.
Colorants conjugués
Dans un colorant cyanine symétrique, une chaîne de atomes relie les deux azotes (, 7, 9 pour les trois colorants de la scène d’ouverture), et ses électrons sont délocalisés le long de cette chaîne. Une chaîne de atomes porte électrons : un par carbone, plus le doublet non liant d’un azote, partagé sur tout le cation.
Proposition 1.16 (Longueur d’onde d’absorption dans le modèle de l’électron libre)
Si électrons (en nombre pair) remplissent les niveaux d’une boîte de longueur , deux par niveau, l’absorption de plus grande longueur d’onde, du plus haut niveau occupé au suivant, se situe à
Démonstration. , and . ∎
Exemple 1.17 (La boîte nue échoue, une boîte allongée réussit)
Prenons chaque liaison de la chaîne égale à la liaison C–C du benzène, , de sorte que la chaîne nue mesure . Pour les trois colorants (, 8, 10), la formule donne 147, 257 et 374 nm, bien en dessous des maxima mesurés, 524, 603 et 711 nm dans l’éthanol. Les électrons ne s’arrêtent pas aux azotes : ils s’étendent dans les cycles. Allongeons la boîte d’une longueur à chaque extrémité et ajustons sur le colorant du milieu : , environ une liaison et demie. Le même prédit alors 474 et 732 nm pour les deux autres, à 10 % et 3 % près. Une seule longueur ajustable explique toute une famille de couleurs (figure ci-dessous ; les valeurs sont calculées par le script de la figure).
Au laboratoire — Mesurer une série de colorants
Les trois colorants sont pesés (quelques milligrammes), dissous dans l’éthanol et dilués jusqu’à ce que l’absorbance au maximum soit comprise entre 0.3 et 1. Le spectre de chacun est enregistré entre 400 et 800 nm dans une cuve de 1 cm contre un blanc d’éthanol pur, et est lu au sommet de la bande principale. Les colorants cyanines sont des solides tachants et irritants : gants, et pesée sous hotte.
1.3 L’oscillateur harmonique
Près du fond de tout puits de potentiel régulier, : les petites vibrations d’une liaison, d’un atome dans un cristal, d’une molécule dans une cage sont toutes approximativement harmoniques.
Définition 1.18 (Oscillateur harmonique, constante de force, masse réduite, énergie de point zéro)
Un oscillateur harmonique est une particule de masse dans le potentiel ; est la constante de force, et sa pulsation classique. Une molécule diatomique de masses atomiques , vibre comme une seule particule de masse réduite dans le potentiel de sa liaison. L’énergie du niveau le plus bas d’un oscillateur est son énergie de point zéro.
Définition 1.19 (Opérateurs d’échelle)
Avec , les opérateurs d’échelle sont
Théorème 1.20 (Niveaux de l’oscillateur harmonique)
Les niveaux d’un oscillateur harmonique sont
également espacés de , avec l’énergie de point zéro .
Démonstration. À partir de , on calcule et . Posons . Alors et : si , alors et ; abaisse la valeur propre d’une unité, l’élève. Or : la descente doit s’arrêter, ce qui n’arrive que sur une fonction telle que , de valeur propre . Les valeurs propres de sont donc , et celles de sont . ∎
Proposition 1.21 (Les premières fonctions d’onde)
Avec la coordonnée réduite ,
soit les polynômes d’Hermite multipliés par une gaussienne. est paire pour pair, impaire pour impair.
Démonstration. s’écrit , dont la solution est la gaussienne. Chaque fonction suivante est appliqué à la précédente, , qui multiplie le polynôme par et lui retranche sa dérivée : (aux facteurs près). Changer en change le signe de et de , si bien que inverse la parité à chaque étape. ∎
Exemple 1.22 (Énergies de point zéro de et de )
Les nombres d’onde harmoniques valent pour et pour , dans le rapport , proche de : même liaison et même constante de force, masse réduite doublée. Les énergies de point zéro harmoniques en sont la moitié, 2200.6 et , soit et . Une molécule ne peut jamais perdre cette énergie ; la différence entre isotopes est la source des effets isotopiques des Chapitres 11 et 12.
1.4 Le rotateur rigide
Une molécule diatomique tourne aussi autour de son centre de masse. Traitée comme deux masses à distance fixe , c’est un rotateur rigide de moment d’inertie , celui de la masse réduite placée à la distance de l’axe.
Définition 1.23 (Rotateur rigide, harmoniques sphériques)
Un rotateur rigide est un corps de forme fixe qui tourne librement ; pour une molécule linéaire, , où est l’opérateur du carré du moment cinétique. Ses fonctions propres, qui ne dépendent que des angles et , sont les harmoniques sphériques , repérées par et ; pour une molécule, s’écrit .
Le rotateur sur un cercle (rotation dans un plan, autour d’un axe fixe) se résout d’abord ; il contient l’essentiel.
Théorème 1.24 (Le cercle)
Une particule de moment d’inertie qui tourne dans un plan a pour niveaux avec ; tout niveau autre que est deux fois dégénéré.
Démonstration. La seule coordonnée est l’angle , et . Les solutions de sont avec . Une fonction univoque doit prendre la même valeur en et en : , donc est entier. Les fonctions associées à et à ont la même énergie et sont indépendantes. ∎
Théorème 1.25 (Niveaux du rotateur rigide)
et , donc les niveaux d’un rotateur rigide linéaire sont
chacun de dégénérescence .
Démonstration. Admis à ce niveau. ∎
La démonstration générale, par les opérateurs d’échelle du moment cinétique, relève de cours plus avancés ; en voici une vérification. En coordonnées sphériques,
Pour , le crochet vaut , donc . Pour , le même calcul redonne , et donne .
Proposition 1.26 (Harmoniques sphériques réelles)
Pour , les combinaisons , et sont réelles et proportionnelles à , et ; pour , la même construction donne des fonctions proportionnelles à , , , et , divisées par .
Démonstration. avec la convention de signe usuelle, donc leur différence divisée par est et la somme pondérée par est ; . Toute combinaison de fonctions propres dégénérées est encore fonction propre de (avec le même ), mais plus de . Le cas est le même calcul, avec et . ∎
Ce sont les parties angulaires des orbitales et dessinées dans le volume de deuxième année : leurs noms , , sont les formes cartésiennes que l’on vient d’obtenir.
Exemple 1.27 (Niveaux de rotation de )
Les spectroscopistes écrivent , avec la constante de rotation exprimée en nombre d’onde. Pour , : les premiers niveaux se situent à 0, 21.19, 63.56 et , tous bien au-dessous de l’énergie thermique à température ambiante, . De nombreux niveaux de rotation sont peuplés ; un seul niveau de vibration l’est ().
1.5 L’atome d’hydrogène et l’effet tunnel
L’atome d’hydrogène, résolu
Un électron de charge autour d’un noyau de charge a pour énergie potentielle . Avec la masse réduite de l’électron et du proton,
La partie angulaire de est l’opérateur du rotateur : les solutions se séparent en , et obéit à l’équation radiale
La rotation ajoute un terme centrifuge qui maintient les électrons de à distance du noyau.
Théorème 1.28 (Niveaux de l’atome d’hydrogène)
Les niveaux liés d’un atome hydrogénoïde de charge nucléaire sont
avec ; les fonctions radiales et sont et , avec .
Démonstration partielle. Prenons et essayons avec . Alors et . L’équation radiale devient pour tout : les termes en se compensent si , et alors , le niveau . Avec et , la même substitution laisse des termes en (qui se compensent avec le terme centrifuge), en (qui se compensent si ) et une constante, , le quart de la précédente : le niveau . Le cas général, un polynôme multiplié par dont la série doit s’arrêter pour rester normable, relève de cours plus avancés. ∎
Exemple 1.29 (L’énergie d’ionisation de l’hydrogène)
et , donc : c’est l’énergie d’ionisation mesurée de l’hydrogène, au dernier chiffre près donné dans le volume de première année. La masse réduite modifie le quatrième chiffre significatif.
L’effet tunnel
Définition 1.30 (Effet tunnel, probabilité de transmission)
L’effet tunnel est le passage d’une particule à travers une région où son énergie est inférieure à l’énergie potentielle, passage interdit en mécanique classique. La probabilité de transmission d’une barrière est la fraction des particules incidentes que l’on retrouve au-delà.
Proposition 1.31 (Barrières minces et épaisses)
À l’intérieur d’une barrière de hauteur , est une combinaison de avec . Pour une barrière rectangulaire de largeur ,
et, pour une barrière épaisse (), .
Démonstration partielle. Dans la barrière, l’équation de Schrödinger s’écrit , dont les solutions sont les deux exponentielles. Raccorder et aux deux parois avec les ondes extérieures donne quatre équations linéaires ; leur solution, une page de calcul, est la formule de , qui est admise. Pour grand, domine et donne la forme de la barrière épaisse. ∎
Le facteur décisif est , et : l’effet tunnel est l’affaire des particules les plus légères, d’abord les électrons, puis les protons, et bien moins les deutérons.
Remarque 1.32 (Où se manifeste l’effet tunnel)
La molécule d’ammoniac se retourne comme un parapluie, son azote traversant le plan des trois hydrogènes par effet tunnel à travers une barrière basse ; les transferts de proton et d’atome d’hydrogène dans les enzymes présentent des effets isotopiques cinétiques bien plus grands que ne le prévoit le Chapitre 12 sans effet tunnel ; et le microscope à effet tunnel donne l’image d’atomes isolés sur une surface grâce au courant d’électrons qui traversent par effet tunnel un intervalle vide de quelques dixièmes de nanomètre, un courant qui est divisé par dix pour chaque 0.1 nm supplémentaire.
Histoire des sciences — Schrödinger, 1926

Dans quatre articles écrits au premier semestre 1926, Erwin Schrödinger remplaça les règles quantiques de l’atome de Bohr par une équation d’onde, la résolut pour l’atome d’hydrogène, l’oscillateur et le rotateur, et retrouva les niveaux que la spectroscopie avait mesurés. Les entiers que Bohr avait imposés à la main apparaissaient désormais d’eux-mêmes, aussi naturellement que le nombre de nœuds d’une corde vibrante. Il partagea le prix Nobel de physique 1933 avec Paul Dirac.
1.6 Exercices
Exercice 1.1 ★
Un électron est confiné dans une boîte de longueur (a) , (b) . Calculer en joules et en électronvolts, ainsi que la longueur d’onde de la transition .
Solution
Solution de Exercice 1.1.
. (a) : ; et , dans le proche infrarouge. (b) : est quatre fois plus grande, , et , dans l’ultraviolet.
Exercice 1.2 ★
Donner les cinq niveaux les plus bas d’une particule dans une boîte cubique, en unités de , avec leurs dégénérescences.
Solution
Solution de Exercice 1.2.
(1,1,1) : ; (2,1,1 et permutations) : ; (2,2,1) : ; (3,1,1) : ; (2,2,2) : .
Exercice 1.3 ★
Calculer les commutateurs et en les faisant agir sur une fonction .
Solution
Solution de Exercice 1.3.
, donc . , donc .
Exercice 1.4 ★
Avec pour , donner les énergies (en ) et les dégénérescences des niveaux à 3, ainsi que le moment d’inertie de la molécule.
Solution
Solution de Exercice 1.4.
: 0, 21.19, 63.56 et , avec , 3, 5, 7. (avec en ).
Exercice 1.5 ★★
Pour l’état d’une particule dans une boîte, calculer et . Évaluer pour et le comparer à la valeur classique d’une particule qui aurait la même probabilité de se trouver n’importe où.
Solution
Solution de Exercice 1.5.
est symétrique par rapport à , donc . Avec et deux intégrations par parties, . Pour , , moins que la valeur classique : l’état fondamental se concentre au milieu. Quand croît, on retrouve la valeur classique.
Exercice 1.6 ★★
Calculer les énergies de point zéro harmoniques de et de en à partir de et , ainsi que leur différence. Quel rapport des nombres d’onde attend-on d’après les masses réduites, et de combien le rapport mesuré s’en approche-t-il ?
Solution
Solution de Exercice 1.6.
. EPZ() , EPZ() ; différence . Même constante de force, donc et le rapport attendu est (masses atomiques 2.01410 et 1.00783) ; le rapport mesuré vaut 1.4127, à 0.07 % près (le petit écart vient des électrons, qui ne suivent pas parfaitement les noyaux).
Exercice 1.7 ★★
La fonction est une estimation grossière de l’état fondamental de la boîte. La normer, puis calculer son recouvrement avec le véritable état fondamental.
Solution
Solution de Exercice 1.7.
, donc . Alors
La parabole est à 99.86 % l’état fondamental (le carré du recouvrement).
Exercice 1.8 ★★
Montrer que est hermitien pour des fonctions qui s’annulent aux extrémités d’un intervalle, et que ne l’est pas.
Solution
Solution de Exercice 1.8.
, le crochet s’annulant aux extrémités. Pour , en utilisant que et sont chacun hermitiens : , et : il n’est pas hermitien (sa forme symétrisée l’est).
Exercice 1.9 ★★
Modéliser l’hexa-1,3,5-triène par six électrons dans une boîte de longueur , (cinq liaisons et une demi-liaison à chaque extrémité). Prévoir la longueur d’onde de sa première absorption. La molécule est-elle colorée ?
Solution
Solution de Exercice 1.9.
, : . L’absorption est dans l’ultraviolet : l’hexatriène est incolore.
Exercice 1.10 ★★★
Pour la barrière modèle de la figure (, ) à , calculer pour un proton et pour un deutéron et, à l’aide de la formule de la barrière épaisse, le rapport . Le comparer au rapport exact, 58.
Solution
Solution de Exercice 1.10.
avec : , . Les préfacteurs se simplifient dans le rapport : , la valeur exacte : la barrière est épaisse pour les deux ( et 6.9).
Exercice 1.11 ★★★
Traiter les six électrons du benzène comme des particules sur un cercle de rayon (la distance C–C est égale au rayon d’un hexagone régulier). Remplir les niveaux, puis calculer la longueur d’onde de la transition du plus haut niveau occupé vers le plus bas niveau vacant.
Solution
Solution de Exercice 1.11.
Niveaux : reçoit deux électrons, quatre. Le plus haut occupé est , le plus bas vacant : , , dans l’ultraviolet, là où se trouve l’absorption intense du benzène.
Exercice 1.12 ★★★
Pour l’état de l’hydrogène, . Calculer les valeurs moyennes et , et vérifier que . (On utilisera .)
Solution
Solution de Exercice 1.12.
, pour . , donc . Comme (d’après ), , et l’énergie cinétique moyenne vaut .
1.7 Problème : quelle est la longueur d’un colorant ?
Problème 1.1
Problème du week-end — le modèle de l’électron libre appliqué à trois colorants cyanines : pourquoi une chaîne nue échoue, quelles transitions sont permises, les échelles d’énergie d’une molécule, et la longueur de boîte qui convient
Trois colorants cyanines symétriques absorbent à 524, 603 et 711 nm dans l’éthanol ; leurs chaînes conjuguées, entre les deux azotes et en les incluant, comptent , 7 et 9 atomes. On prendra chaque liaison égale à , , , , , .
Partie I — Une chaîne nue.
- Expliquer pourquoi une chaîne de atomes porte électrons , et donner pour chaque colorant.
- Quels niveaux de la boîte sont le plus haut occupé et le plus bas vacant pour le premier colorant ?
- Montrer que la première absorption se situe à .
- Donner la longueur nue de chaque chaîne.
- Calculer pour chaque colorant avec .
- Comparer aux valeurs mesurées. Dans quel sens le modèle se trompe-t-il, et qu’en déduire sur ?
Partie II — Quelles transitions sont permises. L’intensité d’une transition est proportionnelle à .
- Montrer que est symétrique par rapport au centre de la boîte pour impair et antisymétrique pour pair.
- En déduire que l’intégrale s’annule quand est pair.
- La transition HOMO LUMO de chaque colorant est-elle permise ?
- Pour le deuxième colorant, la transition de la HOMO vers le niveau situé au-dessus de la LUMO est-elle permise ? Celle du niveau situé sous la HOMO vers la LUMO ?
- Dans le modèle, à quelle longueur d’onde (en fraction de la première) se situerait la transition permise suivante depuis la HOMO ?
- Pourquoi une telle règle, tirée de la seule symétrie, résiste-t-elle à la grossièreté du modèle ?
Partie III — Les échelles d’énergie d’une molécule.
- Convertir l’absorption du deuxième colorant en une énergie en eV.
- La vibration de a : convertir son quantum en eV.
- La rotation de a : convertir l’écart entre et en meV.
- Calculer en meV à .
- Quels types d’excitation sont peuplés à température ambiante ?
- Dans quels domaines du spectre observe-t-on les transitions électroniques, de vibration et de rotation ?
Partie IV — La boîte qui convient.
- À partir des 603 nm mesurés, calculer la longueur que doit avoir la boîte du deuxième colorant.
- En écrivant , en déduire .
- Avec ce , prévoir pour le premier colorant ; donner l’écart relatif.
- Même question pour le troisième colorant.
- Interpréter : où vont les électrons au-delà des azotes ?
- Exprimer en longueurs de liaison, et énoncer le résultat du problème : l’allongement effectif de la boîte à chaque extrémité.
Solution
Solution de Problème 1.1.
1. Chacun des atomes apporte une orbitale p ; les carbones et un azote apportent chacun un électron, et l’autre azote son doublet non liant, puisque la charge du cation est répartie sur la chaîne : , soit 6, 8 et 10. 2. Six électrons remplissent , 2, 3 : HOMO , LUMO . 3. et . 4. , , : 559, 838 et . 5. 147, 257 et . 6. Toutes bien trop courtes (d’un facteur 3.6, 2.3 et 1.9) : la boîte du modèle est trop petite, puisque ; les électrons se déplacent sur une distance plus longue que la chaîne comprise entre les azotes. 7. Avec l’origine au centre, pour impair et pour pair () : fonctions paires et impaires de . 8. Si est pair, et ont la même parité ; leur produit multiplié par est impair et son intégrale sur un intervalle symétrique est nulle. 9. La HOMO et la LUMO ont , impair : transition toujours permise. 10. Deuxième colorant : HOMO 4, LUMO 5. : somme paire, interdite. : somme paire, interdite. 11. La suivante permise depuis est , avec un plus grand d’un facteur : à , pour le deuxième colorant, loin dans l’ultraviolet. 12. Elle ne dépend que de la symétrie du potentiel par rapport au centre de la chaîne, que partagent les colorants symétriques réels. 13. . 14. . 15. . 16. . 17. Les niveaux de rotation seulement () ; les excitations de vibration () et électroniques () ne sont pratiquement pas peuplées. 18. Électroniques : visible et ultraviolet ; de vibration : infrarouge ; de rotation : micro-ondes (et infrarouge lointain). 19. avec : . 20. . 21. , , 9.5 % au-dessous de 524 nm. 22. , , 2.9 % au-dessus de 711 nm. 23. Dans les cycles aromatiques qui portent les azotes : le système ne s’arrête pas aux atomes d’azote, et la boîte effective englobe une partie de chaque cycle. 24. : la boîte se prolonge d’environ , une liaison et demie, au-delà de chaque azote, et avec cette seule longueur le modèle reproduit les trois couleurs à 10 % près.
Termes définis dans ce chapitre
- Commutateur
- Niveaux dégénérés
- Opérateur hamiltonien
- Oscillateur harmonique, constante de force, masse réduite, énergie de point zéro
- Opérateur hermitien, valeur moyenne
- Opérateurs d’échelle
- Opérateur, fonction propre, valeur propre
- Particule dans une boîte, modèle de l’électron libre
- Rotateur rigide, harmoniques sphériques
- Effet tunnel, probabilité de transmission