Chemistry · Livre 4 · Bachelor Year 3

Chimie universitaire — 3e année

Chimie universitaire — 3e année · Bachelor Year 3

2Atomes polyélectroniques et symboles de termes

En 1868, une raie jaune du spectre du Soleil révéla un élément inconnu sur Terre, l’hélium. Quand on l’isola enfin au laboratoire, en 1895, son spectre ressemblait à celui de deux éléments : deux familles de raies, attribuées un temps à l’« orthohélium » et au « parahélium », et qui n’échangeaient jamais de lumière entre elles. Il n’existe qu’un seul hélium. Les deux familles sont les états triplets et singulets du même atome, tenus séparés par le spin de l’électron et par une règle plus fondamentale que toute force : la fonction d’onde de deux électrons doit changer de signe quand on les échange. Ce chapitre suit cette règle du principe de Pauli jusqu’aux symboles de termes par lesquels les spectroscopistes désignent chaque état de chaque atome et de chaque ion — y compris les ions des métaux de transition dont les couleurs sont expliquées au Chapitre 18.

Rappel

Le volume de première année a désigné les électrons par quatre nombres quantiques nn, ll, mlm_l, msm_s, a construit les configurations fondamentales avec le principe de Pauli, la règle de Klechkowski et la règle de Hund, et a compté les électrons célibataires. Le volume de deuxième année a donné les énergies des orbitales et les règles de Slater pour l’écrantage. Le Chapitre 1 a fourni les opérateurs, les valeurs propres, le moment cinétique du rotateur (L^2\hat L^2, de valeurs propres l(l+1)ℏ2l(l+1)\hbar^2) et l’atome d’hydrogène.

2.1 Spin et spin-orbitales

L’électron porte un moment cinétique intrinsèque, son spin, de nombre quantique s=12s = \frac12 : S^2\hat S^2 a l’unique valeur propre s(s+1)ℏ2=34ℏ2s(s+1)\hbar^2 = \frac34\hbar^2, et S^z\hat S_z les deux valeurs propres msℏ=±12ℏm_s\hbar = \pm\frac12\hbar. Les deux fonctions de spin s’écrivent α\alpha (ms=+12m_s = +\frac12) et β\beta (ms=−12m_s = -\frac12) ; elles sont orthonormées, ⟨α∣α⟩=⟨β∣β⟩=1\langle\alpha|\alpha\rangle = \langle\beta|\beta\rangle = 1 et ⟨α∣β⟩=0\langle\alpha|\beta\rangle = 0. Le spin n’a pas d’équivalent classique ; ce n’est pas la rotation d’une petite sphère, et il n’intervient pas du tout dans un hamiltonien non relativiste.

Définition 2.1 (Spin-orbitale)

Une spin-orbitale est le produit d’une orbitale spatiale ϕ(r)\phi(\mathbf r) et d’une fonction de spin : ϕα\phi\alpha ou ϕβ\phi\beta. Une spin-orbitale contient la description complète d’un électron.

Une orbitale atomique repérée par (n,l,ml)(n, l, m_l) dans le volume de première année donne donc deux spin-orbitales, et c’est pourquoi une sous-couche contient 2(2l+1)2(2l+1) électrons. La vraie question est de savoir pourquoi une spin-orbitale en contient au plus un.

2.2 Électrons indiscernables et déterminant de Slater

Définition 2.2 (Particules indiscernables, fonction d’onde antisymétrique)

Des particules sont indiscernables si aucune mesure ne permet de les distinguer : tout électron est identique à tout autre. Une fonction d’onde de plusieurs électrons est une fonction d’onde antisymétrique si elle change de signe quand on échange les coordonnées (d’espace et de spin) de deux électrons quelconques : Ψ(…,i,…,j,… )=−Ψ(…,j,…,i,… )\Psi(\dots,i,\dots,j,\dots) = -\Psi(\dots,j,\dots,i,\dots).

L’indiscernabilité seule impose que ∣Ψ∣2|\Psi|^2 soit inchangé par un échange, si bien que Ψ\Psi peut au plus changer de signe. La nature a choisi : la fonction d’onde de tout système d’électrons — de tous fermions — est antisymétrique. C’est un postulat de la mécanique quantique, confirmé par tous les spectres atomiques.

Définition 2.3 (Déterminant de Slater)

Pour NN électrons dans NN spin-orbitales différentes χ1,…,χN\chi_1, \dots, \chi_N, le déterminant de Slater est

Ψ=1N!∣χ1(1)χ2(1)⋯χN(1)χ1(2)χ2(2)⋯χN(2)⋮⋮χ1(N)χ2(N)⋯χN(N)∣,\Psi = \frac{1}{\sqrt{N!}}\begin{vmatrix} \chi_1(1) & \chi_2(1) & \cdots & \chi_N(1)\\ \chi_1(2) & \chi_2(2) & \cdots & \chi_N(2)\\ \vdots & & & \vdots\\ \chi_1(N) & \chi_2(N) & \cdots & \chi_N(N) \end{vmatrix},

où la ligne ii contient l’électron ii dans chaque spin-orbitale. On l’écrit en abrégé ∣χ1χ2…χN∣|\chi_1\chi_2\dots\chi_N|.

Théorème 2.4 (Le principe de Pauli)

Un déterminant de Slater est antisymétrique, et il s’annule si deux électrons occupent la même spin-orbitale. Par conséquent, deux électrons d’un atome ne peuvent pas avoir les mêmes quatre nombres quantiques.

Démonstration. Échanger les électrons ii et jj échange deux lignes du déterminant, ce qui change son signe : l’antisymétrie vaut pour toute paire. Si deux spin-orbitales sont égales, deux colonnes sont égales et le déterminant est nul : un tel état n’existe pas. Deux électrons du même atome ayant les mêmes nn, ll, mlm_l et msm_s occuperaient la même spin-orbitale. ∎

Exemple 2.5 (L’état fondamental de l’hélium)

Avec les deux électrons dans 1s1s,

Ψ=12∣1sα(1)1sβ(1)1sα(2)1sβ(2)∣=1s(1) 1s(2)⋅12[α(1)β(2)−β(1)α(2)].\Psi = \frac{1}{\sqrt2}\begin{vmatrix}1s\alpha(1) & 1s\beta(1)\\ 1s\alpha(2) & 1s\beta(2)\end{vmatrix} = 1s(1)\,1s(2)\cdot\frac{1}{\sqrt2}\big[\alpha(1)\beta(2) - \beta(1)\alpha(2)\big].

La partie spatiale est symétrique, la partie de spin antisymétrique : les deux spins sont appariés, de spin total nul.

2.3 L’hélium : répulsion coulombienne et échange

Excitons un électron de l’hélium vers 2s2s. On peut construire quatre déterminants à partir de 1sα1s\alpha, 1sβ1s\beta, 2sα2s\alpha, 2sβ2s\beta, avec un électron dans chaque orbitale. Réarrangés, ils deviennent des produits d’une fonction spatiale et d’une fonction de spin :

Ψ±=12[1s(1)2s(2)±2s(1)1s(2)]×(fonction de spin).\Psi_\pm = \frac{1}{\sqrt2}\big[1s(1)2s(2) \pm 2s(1)1s(2)\big]\times(\text{fonction de spin}).

La fonction spatiale antisymétrique Ψ−\Psi_- doit être associée à une fonction de spin symétrique, et il y en a trois : α(1)α(2)\alpha(1)\alpha(2), β(1)β(2)\beta(1)\beta(2) et 12[α(1)β(2)+β(1)α(2)]\frac{1}{\sqrt2}[\alpha(1)\beta(2) + \beta(1)\alpha(2)], les trois composantes MS=1,0,−1M_S = 1, 0, -1 d’un spin total S=1S = 1. La fonction symétrique Ψ+\Psi_+ doit être associée à l’unique fonction de spin antisymétrique, S=0S = 0.

Définition 2.6 (États singulet et triplet)

Un état de spin total S=0S = 0 est un état singulet ; un état de spin total S=1S = 1, dont les trois composantes MS=1,0,−1M_S = 1, 0, -1 ont la même énergie en l’absence de champ magnétique, est un état triplet.

Définition 2.7 (Intégrale d’échange)

Pour deux orbitales aa et bb et la répulsion électronique e2/4πε0r12e^2/4\pi\varepsilon_0 r_{12}, l’intégrale d’échange est

Kab=∬a(1)b(2) e24πε0r12 b(1)a(2)  ⁣dτ1 ⁣dτ2,K_{ab} = \iint a(1)b(2)\,\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0r_{12}}\,b(1)a(2)\,\dd\tau_1\dd\tau_2,

la même intégrale que la répulsion électronique classique JabJ_{ab} (avec a(1)b(2)a(1)b(2) des deux côtés), à ceci près que les électrons sont permutés d’un côté. KabK_{ab} est positive et n’a pas d’équivalent classique.

Proposition 2.8 (Énergies du singulet et du triplet)

Au premier ordre en la répulsion électronique, les états 1s2s1s2s de l’hélium ont pour énergies E±=E1s+E2s+J±KE_\pm = E_{1s} + E_{2s} + J \pm K, le singulet (++) se trouvant au-dessus du triplet (−-) de 2K2K.

Démonstration. L’énergie non perturbée des deux Ψ±\Psi_\pm est E1s+E2sE_{1s} + E_{2s} (orbitales hydrogénoïdes de charge nucléaire 2). La correction du premier ordre est la valeur moyenne de la répulsion V^12\hat V_{12} dans l’état normé : 12⟨1s(1)2s(2)±2s(1)1s(2)∣V^12∣1s(1)2s(2)±2s(1)1s(2)⟩\frac12\langle 1s(1)2s(2) \pm 2s(1)1s(2)|\hat V_{12}|1s(1)2s(2) \pm 2s(1)1s(2)\rangle. Les deux termes directs donnent 12(J+J)\frac12(J + J) ; les deux termes croisés donnent ±12(K+K)\pm\frac12(K + K), puisque V^12\hat V_{12} est symétrique par rapport aux électrons. Donc ΔE=J±K\Delta E = J \pm K, et les fonctions de spin, normées et non affectées par V^12\hat V_{12}, ne font que multiplier par 1. ∎

Le triplet est plus bas bien que le hamiltonien ne contienne pas le spin : sa fonction spatiale s’annule quand r1=r2\mathbf r_1 = \mathbf r_2, de sorte que les deux électrons s’évitent et se repoussent moins. Ce « trou de Fermi » est le contenu physique de la première règle de Hund.

Exemple 2.9 (L’intégrale d’échange de l’hélium, mesurée)

Les niveaux 1s2s1s2s de l’hélium se situent à 159 856 cm−1159\,856\,\mathrm{cm}^{-1} (3{}^3S) et 166 277 cm−1166\,277\,\mathrm{cm}^{-1} (1{}^1S) au-dessus de l’état fondamental : le singulet est plus haut de 6421 cm−16421\,\mathrm{cm}^{-1}, soit 0.796 eV0.796\,\mathrm{eV}, et K(1s,2s)=0.398 eVK(1s,2s) = 0.398\,\mathrm{eV}. La figure ci-dessous montre les deux familles.

2.4 Couplage de Russell–Saunders et symboles de termes

Dans un atome léger, les moments cinétiques orbitaux des électrons s’additionnent en un total L\mathbf L, leurs spins en un total S\mathbf S, et c’est seulement ensuite que L\mathbf L et S\mathbf S se couplent faiblement l’un à l’autre.

Définition 2.10 (Couplage de Russell–Saunders)

Dans le couplage de Russell–Saunders, les états d’une configuration sont repérés par le nombre quantique de moment cinétique orbital total LL (L^2=L(L+1)ℏ2\hat{\mathbf L}^2 = L(L+1)\hbar^2, avec ML=∑mlM_L = \sum m_l), le nombre quantique de spin total SS (MS=∑msM_S = \sum m_s), et le nombre quantique de moment cinétique total JJ, qui prend les valeurs ∣L−S∣,…,L+S|L - S|, \dots, L + S.

Définition 2.11 (Terme spectroscopique, multiplicité de spin, symbole de terme)

Un terme spectroscopique est l’ensemble des (2L+1)(2S+1)(2L+1)(2S+1) états d’une configuration de LL et SS donnés. Sa multiplicité de spin est 2S+12S + 1. Le symbole de terme est 2S+1L{}^{2S+1}L, avec les lettres S, P, D, F, G, H pour L=0,1,2,3,4,5L = 0, 1, 2, 3, 4, 5 ; un état de JJ donné s’écrit 2S+1LJ{}^{2S+1}L_J — par exemple 3P2{}^{3}\mathrm{P}_{2}.

Proposition 2.12 (Couches complètes)

Une sous-couche pleine a L=0L = 0 et S=0S = 0 ; elle ne contribue en rien au symbole de terme.

Démonstration. Dans une sous-couche pleine, chaque mlm_l apparaît deux fois et chaque ms=±12m_s = \pm\frac12 apparaît 2l+12l+1 fois, donc ML=0M_L = 0 et MS=0M_S = 0 ; et il n’y a qu’une façon de la remplir (un seul déterminant). Un état unique avec ML=MS=0M_L = M_S = 0 ne peut appartenir qu’à L=0L = 0, S=0S = 0. ∎

Proposition 2.13 (Dénombrer les états d’une configuration)

NN électrons dans une sous-couche de 2(2l+1)2(2l+1) spin-orbitales donnent (2(2l+1)N)\binom{2(2l+1)}{N} déterminants, et les dégénérescences (2L+1)(2S+1)(2L+1)(2S+1) de ses termes ont pour somme ce nombre.

Démonstration. Un déterminant est fixé par l’ensemble des spin-orbitales occupées (leur ordre ne change que son signe) : on en choisit NN parmi les 2(2l+1)2(2l+1). Les termes sont les mêmes états regroupés, donc les dénombrements doivent coïncider. ∎

Méthode 2.14 (Termes d’une configuration)

  1. Dresser la liste des déterminants permis par le principe de Pauli et les ranger dans un tableau selon MLM_L et MSM_S.
  2. Repérer le plus grand MLM_L ; avec le plus grand MSM_S qui l’accompagne, il ouvre un terme de L=MLL = M_L, S=MSS = M_S.
  3. Barrer un déterminant pour chaque couple (ML,MS)(M_L, M_S) tel que ∣ML∣≤L|M_L| \le L, ∣MS∣≤S|M_S| \le S.
  4. Recommencer avec ce qui reste, jusqu’à vider le tableau ; vérifier le dénombrement.

Exemple 2.15 (Les termes de p2p^2)

Deux électrons dans pp (ml=1,0,−1m_l = 1, 0, -1) donnent (62)=15\binom62 = 15 déterminants. Leur tableau selon MLM_L et MSM_S est :

MS=1M_S = 1MS=0M_S = 0MS=−1M_S = -1
ML=2M_L = 2–(1+,1−)(1^+,1^-)–
ML=1M_L = 1(1+,0+)(1^+,0^+)(1+,0−)(1^+,0^-), (1−,0+)(1^-,0^+)(1−,0−)(1^-,0^-)
ML=0M_L = 0(1+,−1+)(1^+,-1^+)(1+,−1−)(1^+,-1^-), (1−,−1+)(1^-,-1^+), (0+,0−)(0^+,0^-)(1−,−1−)(1^-,-1^-)
ML=−1M_L = -1(0+,−1+)(0^+,-1^+)(0+,−1−)(0^+,-1^-), (0−,−1+)(0^-,-1^+)(0−,−1−)(0^-,-1^-)
ML=−2M_L = -2–(−1+,−1−)(-1^+,-1^-)–

(avec ml±m_l^\pm pour ms=±12m_s = \pm\frac12). ML=2M_L = 2 n’apparaît qu’avec MS=0M_S = 0 : un terme 1{}^1D (5 états). Le plus grand ML=1M_L = 1 restant s’accompagne de MS=1M_S = 1 : un terme 3{}^3P (9 états). Il reste un état avec ML=MS=0M_L = M_S = 0 : un terme 1{}^1S. On a bien 5+9+1=155 + 9 + 1 = 15.

Exemple 2.16 (Le carbone, mesuré)

La configuration fondamentale 2p22p^2 du carbone donne les niveaux 3P0{}^{3}\mathrm{P}_{0}, 3P1{}^{3}\mathrm{P}_{1}, 3P2{}^{3}\mathrm{P}_{2} à 0, 16.4 et 43.4 cm−143.4\,\mathrm{cm}^{-1}, puis 1D2{}^{1}\mathrm{D}_{2} à 10 193 cm−110\,193\,\mathrm{cm}^{-1} et 1S0{}^{1}\mathrm{S}_{0} à 21 648 cm−121\,648\,\mathrm{cm}^{-1} : le terme 3{}^3P est le plus bas, comme le prévoient les règles de Hund.

La configuration fondamentale du carbone : une configuration, trois termes (à leurs énergies mesurées ; le terme 3P à la moyenne pondérée de ses niveaux, la configuration à la moyenne des quinze états) et cinq niveaux. L’éclatement spin–orbite de 3P (agrandi, en cm-1) est quelques centaines de fois plus petit que les écarts entre termes.
La configuration fondamentale du carbone : une configuration, trois termes (à leurs énergies mesurées ; le terme 3{}^3P à la moyenne pondérée de ses niveaux, la configuration à la moyenne des quinze états) et cinq niveaux. L’éclatement spin–orbite de 3{}^3P (agrandi, en cm−1\mathrm{cm}^{-1}) est quelques centaines de fois plus petit que les écarts entre termes.

2.5 Règles de Hund et couplage spin–orbite

Proposition 2.17 (Règles de Hund pour les termes)

Pour la configuration fondamentale d’un atome ou d’un ion, le terme le plus bas est celui qui a (1) le plus grand SS, puis (2), pour ce SS, le plus grand LL. Son niveau le plus bas a (3) J=∣L−S∣J = |L - S| si la sous-couche est moins qu’à moitié pleine, J=L+SJ = L + S si elle est plus qu’à moitié pleine.

Statut. Ces règles sont établies expérimentalement, pour les seules configurations fondamentales ; ce ne sont pas des théorèmes. La règle 1 est la stabilisation d’échange de la section précédente ; la règle 2 dit que des électrons qui tournent dans le même sens se rencontrent moins souvent ; la règle 3 découle du signe du couplage spin–orbite, ci-dessous. ∎

Méthode 2.18 (Le terme fondamental à partir des cases quantiques)

  1. Remplir les cases de la sous-couche ouverte à partir de ml=+lm_l = +l en descendant, un électron par case avec des spins parallèles, puis apparier en repartant de +l+l.
  2. S=12×S = \frac12 \times(nombre d’électrons célibataires) ; L=∣∑ml∣L = |\sum m_l|.
  3. J=∣L−S∣J = |L - S| pour une sous-couche moins qu’à moitié pleine, L+SL + S pour une sous-couche plus qu’à moitié pleine ; pour une sous-couche exactement à moitié pleine, L=0L = 0 et J=SJ = S.

Exemple 2.19 (Termes fondamentaux)

TiX2+\ce{Ti^2+}, d2d^2 : cases ml=2,1m_l = 2, 1 remplies, S=1S = 1, L=3L = 3, J=2J = 2 : 3F2{}^{3}\mathrm{F}_{2}. CrX3+\ce{Cr^3+}, d3d^3 : S=32S = \frac32, L=2+1+0=3L = 2 + 1 + 0 = 3, 4F3/2{}^{4}\mathrm{F}_{3/2}. FeX2+\ce{Fe^2+}, d6d^6 : cinq spins parallèles, plus un spin opposé dans ml=2m_l = 2 : S=2S = 2, L=2L = 2, plus qu’à moitié pleine, 5D4{}^{5}\mathrm{D}_{4}. NiX2+\ce{Ni^2+}, d8d^8 : S=1S = 1, L=3L = 3, 3F4{}^{3}\mathrm{F}_{4}. Chacun s’accorde avec le niveau fondamental que mesure la spectroscopie atomique.

Définition 2.20 (Couplage spin–orbite, structure fine)

Le couplage spin–orbite est l’interaction entre les moments magnétiques associés au spin d’un électron et à son mouvement orbital, écrite A L^⋅S^/ℏ2A\,\hat{\mathbf L}\cdot\hat{\mathbf S}/\hbar^2 pour un terme. Il éclate un terme en ses niveaux de JJ différents : c’est la structure fine du terme.

Proposition 2.21 (Règle des intervalles de Landé)

Au sein d’un terme, E(J)=E0+A2[J(J+1)−L(L+1)−S(S+1)]E(J) = E_0 + \frac{A}{2}[J(J+1) - L(L+1) - S(S+1)], de sorte que E(J)−E(J−1)=AJE(J) - E(J - 1) = AJ. A>0A > 0 (structure normale) pour une sous-couche moins qu’à moitié pleine, A<0A < 0 (structure inversée) pour une sous-couche plus qu’à moitié pleine.

Démonstration. J^=L^+S^\hat{\mathbf J} = \hat{\mathbf L} + \hat{\mathbf S} donne J^2=L^2+S^2+2L^⋅S^\hat{\mathbf J}^2 = \hat{\mathbf L}^2 + \hat{\mathbf S}^2 + 2\hat{\mathbf L}\cdot\hat{\mathbf S}, donc L^⋅S^=12(J^2−L^2−S^2)\hat{\mathbf L}\cdot\hat{\mathbf S} = \frac12(\hat{\mathbf J}^2 - \hat{\mathbf L}^2 - \hat{\mathbf S}^2), dont la valeur propre dans un état de JJ, LL, SS donnés est ℏ22[J(J+1)−L(L+1)−S(S+1)]\frac{\hbar^2}{2}[J(J+1) - L(L+1) - S(S+1)]. La différence entre JJ et J−1J - 1 vaut A2[J(J+1)−(J−1)J]=AJ\frac A2[J(J+1) - (J-1)J] = AJ. Le signe de AA est admis : une sous-couche plus qu’à moitié pleine se comporte comme le nombre correspondant de trous positifs. ∎

Exemple 2.22 (Mise à l’épreuve de la règle des intervalles)

Pour 3{}^3P, la règle prévoit des intervalles dans le rapport J=2:1J = 2 : 1, soit 2. Carbone : (43.4−16.4)/16.4=1.65(43.4 - 16.4)/16.4 = 1.65. Oxygène (2p42p^4, structure inversée, 3P2{}^{3}\mathrm{P}_{2} le plus bas, puis J=1J = 1 à 158.3 cm−1158.3\,\mathrm{cm}^{-1} et J=0J = 0 à 227.0 cm−1227.0\,\mathrm{cm}^{-1}) : 158.3/68.7=2.30158.3/68.7 = 2.30. La règle tient à 20 % près : le couplage de Russell–Saunders décrit bien les atomes légers, sans être exact.

Les raies D du sodium. Le niveau 3p est éclaté par le couplage spin–orbite en 2P_1/2 et 2P_3/2 ; l’émission vers le niveau fondamental 3s donne deux raies jaunes, D_1 à 589.76\, nm et D_2 à 589.16\, nm (longueurs d’onde dans le vide).
Les raies D du sodium. Le niveau 3p3p est éclaté par le couplage spin–orbite en 2{}^2P1/2_{1/2} et 2{}^2P3/2_{3/2} ; l’émission vers le niveau fondamental 3s3s donne deux raies jaunes, D1_1 à 589.76 nm589.76\,\mathrm{nm} et D2_2 à 589.16 nm589.16\,\mathrm{nm} (longueurs d’onde dans le vide).

Exemple 2.23 (Le doublet du sodium)

Les niveaux 3p3p du sodium se situent à 16956.17 et 16 973.37 cm−116\,973.37\,\mathrm{cm}^{-1} : les raies D sont à 107/16956.17=589.76 nm10^7/16956.17 = 589.76\,\mathrm{nm} et 589.16 nm589.16\,\mathrm{nm} dans le vide, séparées de 17.20 cm−117.20\,\mathrm{cm}^{-1}. Pour 2{}^2P, E(32)−E(12)=32AE(\frac32) - E(\frac12) = \frac32A, donc A=11.47 cm−1A = 11.47\,\mathrm{cm}^{-1}.

Proposition 2.24 (Règles de sélection des atomes)

Dans le couplage de Russell–Saunders, une transition dipolaire électrique exige ΔS=0\Delta S = 0, ΔL=0,±1\Delta L = 0, \pm1, ΔJ=0,±1\Delta J = 0, \pm1 (mais pas J=0→J=0J = 0 \to J = 0), et un changement de parité : pour le saut d’un seul électron, Δl=±1\Delta l = \pm1.

Statut. ΔS=0\Delta S = 0 est démontré au Chapitre 7 : l’opérateur dipolaire n’agit pas sur le spin. Les autres règles découlent du caractère vectoriel de l’opérateur dipolaire et sont admises ici. ∎

Les deux « héliums ». Niveaux singulets et triplets des configurations 1s2s et 1s2p à leurs énergies mesurées au-dessus de l’état fondamental (le terme 3P à la moyenne de ses niveaux). Les traits ne relient que des états de la même famille ; chaque triplet se trouve sous son singulet, à 2K au-dessous.
Les deux « héliums ». Niveaux singulets et triplets des configurations 1s2s1s2s et 1s2p1s2p à leurs énergies mesurées au-dessus de l’état fondamental (le terme 3{}^3P à la moyenne de ses niveaux). Les traits ne relient que des états de la même famille ; chaque triplet se trouve sous son singulet, à 2K2K au-dessous.

Histoire des sciences — Deux héliums et le principe d’exclusion

L’hélium fut nommé d’après le Soleil en 1868 et découvert sur Terre par William Ramsay en 1895. Ses deux séries de raies déroutèrent les spectroscopistes pendant trente ans. En 1925, Wolfgang Pauli proposa que deux électrons ne puissent pas partager les mêmes nombres quantiques, l’année même où George Uhlenbeck et Samuel Goudsmit proposaient le spin de l’électron ; en 1926, Werner Heisenberg montra que la seule symétrie de la fonction d’onde scinde l’hélium en ses familles singulet et triplet.

Au laboratoire — Résoudre le doublet du sodium

Une lampe à sodium est placée devant la fente d’un spectromètre à réseau. Avec un réseau de 600 traits par millimètre, les angles du premier ordre des deux raies diffèrent d’environ 0.020.02° : un bon spectromètre les sépare, un prisme d’étudiant non. La lampe est très chaude ; on ne la manipule qu’une fois refroidie.

2.6 Exercices

Exercice 2.1 ★

Écrire le déterminant de Slater de l’état fondamental du lithium, 1s22s1s^22s, l’électron 2s2s ayant le spin α\alpha. Pourquoi n’existe-t-il pas de déterminant pour 1s31s^3 ?

Solution

Solution de Exercice 2.1.

Ψ=16∣1sα(1)1sβ(1)2sα(1)1sα(2)1sβ(2)2sα(2)1sα(3)1sβ(3)2sα(3)∣.\Psi = \frac{1}{\sqrt6}\begin{vmatrix}1s\alpha(1) & 1s\beta(1) & 2s\alpha(1)\\ 1s\alpha(2) & 1s\beta(2) & 2s\alpha(2)\\ 1s\alpha(3) & 1s\beta(3) & 2s\alpha(3) \end{vmatrix}.

1s1s n’offre que deux spin-orbitales, 1sα1s\alpha et 1sβ1s\beta ; un troisième électron en répéterait une, ce qui rendrait deux colonnes égales : le déterminant est nul.

Exercice 2.2 ★

Dénombrer les déterminants des configurations p2p^2, p3p^3 et d2d^2. Les termes de p3p^3 sont 4{}^4S, 2{}^2D, 2{}^2P et ceux de d2d^2 sont 3{}^3F, 3{}^3P, 1{}^1G, 1{}^1D, 1{}^1S : vérifier les deux dénombrements.

Solution

Solution de Exercice 2.2.

(62)=15\binom62 = 15, (63)=20\binom63 = 20, (102)=45\binom{10}{2} = 45. p3p^3 : 4{}^4S (4) + 2{}^2D (10) + 2{}^2P (6) = 20. d2d^2 : 3{}^3F (21) + 3{}^3P (9) + 1{}^1G (9) + 1{}^1D (5) + 1{}^1S (1) = 45.

Exercice 2.3 ★

Donner le terme et le niveau fondamentaux de N, O, F, TiX2+\ce{Ti^2+} et FeX3+\ce{Fe^3+} (d5d^5).

Solution

Solution de Exercice 2.3.

N (2p32p^3, à moitié pleine) : 4S3/2{}^{4}\mathrm{S}_{3/2}. O (2p42p^4, plus qu’à moitié pleine) : 3P2{}^{3}\mathrm{P}_{2}. F (2p52p^5) : 2P3/2{}^{2}\mathrm{P}_{3/2}. TiX2+\ce{Ti^2+} (3d23d^2) : 3F2{}^{3}\mathrm{F}_{2}. FeX3+\ce{Fe^3+} (3d53d^5, à moitié pleine, tous les spins parallèles, L=0L = 0) : 6S5/2{}^{6}\mathrm{S}_{5/2}.

Exercice 2.4 ★

Énumérer les niveaux des termes 2{}^2D et 3{}^3P avec leurs dégénérescences 2J+12J+1, et vérifier que la somme des dégénérescences vaut (2L+1)(2S+1)(2L+1)(2S+1).

Solution

Solution de Exercice 2.4.

2{}^2D : J=52J = \frac52 (6 états) et 32\frac32 (4) ; 6+4=10=5×26 + 4 = 10 = 5 \times 2. 3{}^3P : J=2J = 2 (5), 1 (3), 0 (1) ; 5+3+1=9=3×35 + 3 + 1 = 9 = 3 \times 3.

Exercice 2.5 ★★

Les niveaux 3{}^3P du carbone se situent à 0, 16.4 et 43.4 cm−143.4\,\mathrm{cm}^{-1}. Calculer le rapport des intervalles et la constante de couplage spin–orbite AA tirée de chaque intervalle. Que traduit l’écart entre les deux valeurs de AA ?

Solution

Solution de Exercice 2.5.

Intervalles 16.416.4 (J=1−0J = 1 - 0) et 27.027.0 (2−12 - 1) : rapport 1.65 au lieu de 2. A=16.4/1=16.4 cm−1A = 16.4/1 = 16.4\,\mathrm{cm}^{-1} d’après le premier, 27.0/2=13.5 cm−127.0/2 = 13.5\,\mathrm{cm}^{-1} d’après le second. Une constante AA unique ne convient pas : les niveaux sont légèrement mélangés avec ceux d’autres termes (1{}^1D, 1{}^1S), et le couplage de Russell–Saunders est une approximation.

Exercice 2.6 ★★

Les niveaux 3p3p du sodium se situent à 16956.17 et 16 973.37 cm−116\,973.37\,\mathrm{cm}^{-1}. Calculer les longueurs d’onde dans le vide des raies D, leur écart en cm−1\mathrm{cm}^{-1} et en meV, et AA pour le terme 3p3p.

Solution

Solution de Exercice 2.6.

λ=107/ν~\lambda = 10^7/\tilde\nu : 589.76 nm589.76\,\mathrm{nm} (D1_1) et 589.16 nm589.16\,\mathrm{nm} (D2_2). Écart 17.20 cm−1=2.13 meV17.20\,\mathrm{cm}^{-1} = 2.13\,\mathrm{meV}. E(32)−E(12)=32AE(\frac32) - E(\frac12) = \frac32A, donc A=11.47 cm−1A = 11.47\,\mathrm{cm}^{-1}.

Exercice 2.7 ★★

Parmi ces transitions du sodium, lesquelles sont permises en émission : 3p→3s3p \to 3s, 3d→3s3d \to 3s, 3d→3p3d \to 3p, 4s→3s4s \to 3s, 4s→3p4s \to 3p ? Justifier chaque réponse.

Solution

Solution de Exercice 2.7.

3p→3s3p \to 3s : permise (Δl=−1\Delta l = -1). 3d→3s3d \to 3s : interdite (Δl=−2\Delta l = -2). 3d→3p3d \to 3p : permise. 4s→3s4s \to 3s : interdite (Δl=0\Delta l = 0, pas de changement de parité). 4s→3p4s \to 3p : permise.

Exercice 2.8 ★★

Les niveaux 1s2p1s2p de l’hélium sont 3P2{}^{3}\mathrm{P}_{2}, 3P1{}^{3}\mathrm{P}_{1}, 3P0{}^{3}\mathrm{P}_{0} à 169086.76, 169086.84, 169 087.83 cm−1169\,087.83\,\mathrm{cm}^{-1} et 1P1{}^{1}\mathrm{P}_{1} à 171 134.89 cm−1171\,134.89\,\mathrm{cm}^{-1}. Calculer l’énergie moyenne du terme 3{}^3P, puis K(1s,2p)K(1s,2p) en eV. Comparer à K(1s,2s)=0.398 eVK(1s,2s) = 0.398\,\mathrm{eV} et expliquer la différence.

Solution

Solution de Exercice 2.8.

Moyenne de 3{}^3P : (5×169086.76+3×169086.84+169087.83)/9=169 086.91 cm−1(5 \times 169086.76 + 3 \times 169086.84 + 169087.83)/9 = 169\,086.91\,\mathrm{cm}^{-1}. Écart à 1{}^1P : 2047.98 cm−12047.98\,\mathrm{cm}^{-1} =0.254 eV= 0.254\,\mathrm{eV}, donc K(1s,2p)=0.127 eVK(1s,2p) = 0.127\,\mathrm{eV}, trois fois moins que K(1s,2s)K(1s,2s). L’intégrale d’échange mesure le recouvrement des densités des deux orbitales ; l’orbitale 2s2s pénètre dans la région de 1s1s (elle a de la densité près du noyau), l’orbitale 2p2p s’annule au noyau et recouvre moins.

Exercice 2.9 ★★

Trouver les termes de d2d^2 par la méthode de ce chapitre, en partant du plus grand MLM_L (on peut se dispenser d’écrire tout le tableau, mais il faut justifier chaque terme).

Solution

Solution de Exercice 2.9.

Le plus grand ML=4M_L = 4 exige les deux électrons dans ml=2m_l = 2, de spins opposés : un singulet, 1{}^1G (9 états). Le suivant, ML=3M_L = 3, provient de ml=2,1m_l = 2, 1, avec MS=1M_S = 1 possible : 3{}^3F (21). Il reste ML=2M_L = 2 avec MS=0M_S = 0 seulement : 1{}^1D (5). Il reste ML=1M_L = 1 avec MS=1M_S = 1 : 3{}^3P (9). Il reste un état avec ML=MS=0M_L = M_S = 0 : 1{}^1S. Total 45.

Exercice 2.10 ★★★

Montrer que la fonction spatiale triplet 12[1s(1)2s(2)−2s(1)1s(2)]\frac{1}{\sqrt2}[1s(1)2s(2) - 2s(1)1s(2)] s’annule quand r1=r2\mathbf r_1 = \mathbf r_2 et que la fonction singulet ne s’annule pas. Relier ce résultat au signe de E+−E−E_+ - E_-.

Solution

Solution de Exercice 2.10.

En r1=r2=r\mathbf r_1 = \mathbf r_2 = \mathbf r, la fonction triplet vaut 12[1s(r)2s(r)−2s(r)1s(r)]=0\frac{1}{\sqrt2}[1s(\mathbf r)2s(\mathbf r) - 2s(\mathbf r)1s(\mathbf r)] = 0 ; la fonction singulet vaut 2 1s(r)2s(r)≠0\sqrt2\,1s(\mathbf r)2s(\mathbf r) \ne 0. Dans le triplet, les électrons ne se trouvent jamais au même point et sont en moyenne plus éloignés, donc leur répulsion est plus faible : E+−E−=2K>0E_+ - E_- = 2K > 0.

Exercice 2.11 ★★★

Pour NiX2+\ce{Ni^2+} (d8d^8), les niveaux 3{}^3F se situent à 0 (J=4J = 4), 1360.7 (J=3J = 3) et 2269.6 cm−12269.6\,\mathrm{cm}^{-1} (J=2J = 2). Expliquer cet ordre, calculer le rapport des intervalles et le comparer à la prévision de Landé. Donner AA à partir du plus grand intervalle.

Solution

Solution de Exercice 2.11.

d8d^8 est plus qu’à moitié pleine : la structure est inversée, J=L+S=4J = L + S = 4 est le plus bas. Intervalles : E(3)−E(4)=1360.7E(3) - E(4) = 1360.7 et E(2)−E(3)=908.9E(2) - E(3) = 908.9 ; rapport 1.50, contre 4/3=1.334/3 = 1.33 selon Landé. ∣A∣=1360.7/4=340 cm−1|A| = 1360.7/4 = 340\,\mathrm{cm}^{-1} (A<0A < 0). Le couplage spin–orbite est bien plus fort dans cet ion plus lourd que dans le carbone (16 cm−116\,\mathrm{cm}^{-1}).

Exercice 2.12 ★★★

Montrer que la valeur moyenne de L^⋅S^\hat{\mathbf L}\cdot\hat{\mathbf S}, sommée sur l’ensemble des (2L+1)(2S+1)(2L+1)(2S+1) états d’un terme, est nulle, de sorte que le couplage spin–orbite laisse inchangée la moyenne pondérée des niveaux. Le vérifier sur le terme 3{}^3P du carbone.

Solution

Solution de Exercice 2.12.

∑J(2J+1)[J(J+1)−L(L+1)−S(S+1)]=0\sum_J(2J+1)[J(J+1) - L(L+1) - S(S+1)] = 0 (on peut dénombrer les (2L+1)(2S+1)(2L+1)(2S+1) états dans l’une ou l’autre base, et ∑MLMS=0\sum M_LM_S = 0 sur les états découplés). Pour 3{}^3P : 1(0−4)+3(2−4)+5(6−4)=−4−6+10=01(0 - 4) + 3(2 - 4) + 5(6 - 4) = -4 - 6 + 10 = 0. La moyenne pondérée du carbone vaut (0+3×16.42+5×43.41)/9=29.6 cm−1(0 + 3 \times 16.42 + 5 \times 43.41)/9 = 29.6\,\mathrm{cm}^{-1} : l’énergie qu’aurait le terme sans couplage spin–orbite.

2.7 Problème : deux héliums

Problème 2.1

Problème du week-end — les familles singulet et triplet de l’hélium : déterminants, termes des ions des métaux de transition, règles de sélection qui séparent les deux familles, et intégrale d’échange mesurée

Données (NIST, en cm−1\mathrm{cm}^{-1} au-dessus de l’état fondamental de chaque espèce). Hélium : 1s2s1s2s 3S1{}^{3}\mathrm{S}_{1} 159855.97, 1S0{}^{1}\mathrm{S}_{0} 166277.44 ; 1s2p1s2p 3P2,1,0{}^{3}\mathrm{P}_{2,1,0} 169086.76, 169086.84, 169087.83, 1P1{}^{1}\mathrm{P}_{1} 171134.89. TiX2+\ce{Ti^2+} : 3F2,3,4{}^{3}\mathrm{F}_{2,3,4} 0, 184.9, 420.4 ; 3P0,1,2{}^{3}\mathrm{P}_{0,1,2} 10538.4, 10603.6, 10721.2. 1 eV=8065.54 cm−11\,\mathrm{eV} = 8065.54\,\mathrm{cm}^{-1}.

Partie I — Spin-orbitales et déterminants.

  1. Énumérer les quatre spin-orbitales disponibles pour la configuration 1s2s1s2s.
  2. Écrire les quatre déterminants ayant un électron dans 1s1s et un dans 2s2s.
  3. Montrer que ∣1sα 2sα∣|1s\alpha\,2s\alpha| est le produit d’une fonction spatiale antisymétrique et de la fonction de spin α(1)α(2)\alpha(1)\alpha(2).
  4. Combiner ∣1sα 2sβ∣|1s\alpha\,2s\beta| et ∣1sβ 2sα∣|1s\beta\,2s\alpha| pour obtenir la composante MS=0M_S = 0 de la même fonction spatiale, ainsi qu’un quatrième état.
  5. Quelle fonction spatiale, symétrique ou antisymétrique, va avec S=0S = 0 ? Avec S=1S = 1 ?
  6. Pourquoi parle-t-on de singulet et de triplet ?

Partie II — Les termes de TiX2+\ce{Ti^2+}.

  1. Donner la configuration de TiX2+\ce{Ti^2+} et le nombre de ses déterminants.
  2. Trouver son terme et son niveau fondamentaux à l’aide des règles de Hund ; les confronter aux données.
  3. Ses autres termes sont 3{}^3P, 1{}^1G, 1{}^1D et 1{}^1S : vérifier le dénombrement des états.
  4. La structure fine de 3{}^3F est-elle normale ou inversée ? Mettre à l’épreuve la règle des intervalles de Landé.
  5. Calculer les énergies moyennes pondérées des termes 3{}^3F et 3{}^3P.
  6. Leur écart vaut 15B15B, où BB est un paramètre de Racah de l’ion (Chapitre 18). Calculer BB.

Partie III — Pourquoi deux familles.

  1. Quelle règle de sélection interdit une transition entre un singulet et un triplet ?
  2. Le triplet le plus bas, 1s2s1s2s 3S1{}^{3}\mathrm{S}_{1}, ne peut pas émettre vers l’état fondamental 1s21s^2 1S0{}^{1}\mathrm{S}_{0}. En donner deux raisons. Comment appelle-t-on un tel état ?
  3. Calculer la longueur d’onde de la raie 1s2p 31s2p\ {}^3P →1s2s 3\to 1s2s\ {}^3S (utiliser la moyenne des niveaux 3{}^3P).
  4. Calculer la longueur d’onde de 1s2p 11s2p\ {}^1P →1s2s 1\to 1s2s\ {}^1S.
  5. Calculer la longueur d’onde de 1s2p 11s2p\ {}^1P →1s2 1\to 1s^2\ {}^1S. Dans quel domaine du spectre se trouve-t-elle ?
  6. Expliquer pourquoi les spectroscopistes du xixe siècle, voyant ces raies, crurent à deux gaz différents.

Partie IV — L’intégrale d’échange, mesurée.

  1. Écrire les énergies au premier ordre du singulet et du triplet 1s2s1s2s en fonction de E1sE_{1s}, E2sE_{2s}, JJ et KK.
  2. Lequel est le plus bas, et pourquoi, en termes de positions des électrons ?
  3. Calculer l’écart singulet–triplet de 1s2s1s2s en cm−1\mathrm{cm}^{-1} et en eV.
  4. Calculer K(1s,2p)K(1s,2p) en eV à partir des niveaux 1s2p1s2p.
  5. Pourquoi K(1s,2s)K(1s,2s) est-elle plus grande que K(1s,2p)K(1s,2p) ?
  6. La première règle de Hund est-elle confirmée par les états excités de l’hélium ?
  7. Énoncer le résultat : l’intégrale d’échange K(1s,2s)K(1s,2s) de l’hélium, en eV.
Solution

Solution de Problème 2.1.

1. 1sα1s\alpha, 1sβ1s\beta, 2sα2s\alpha, 2sβ2s\beta. 2. ∣1sα 2sα∣|1s\alpha\,2s\alpha|, ∣1sα 2sβ∣|1s\alpha\,2s\beta|, ∣1sβ 2sα∣|1s\beta\,2s\alpha|, ∣1sβ 2sβ∣|1s\beta\,2s\beta|. 3. ∣1sα 2sα∣=12[1s(1)2s(2)−2s(1)1s(2)] α(1)α(2)|1s\alpha\,2s\alpha| = \frac{1}{\sqrt2}[1s(1)2s(2) - 2s(1)1s(2)]\, \alpha(1)\alpha(2), en développant le déterminant 2×22\times2. 4. Leur somme vaut 12[1s(1)2s(2)−2s(1)1s(2)]⋅12[α(1)β(2)+β(1)α(2)]\frac{1}{\sqrt2}[1s(1)2s(2) - 2s(1)1s(2)]\cdot \frac{1}{\sqrt2}[\alpha(1)\beta(2) + \beta(1)\alpha(2)] (multipliée par 2\sqrt2, puis normée) ; leur différence donne 12[1s(1)2s(2)+2s(1)1s(2)]⋅12[α(1)β(2)−β(1)α(2)]\frac{1}{\sqrt2}[1s(1)2s(2) + 2s(1)1s(2)]\cdot\frac{1}{\sqrt2}[\alpha(1)\beta(2) - \beta(1)\alpha(2)]. 5. Fonction d’espace symétrique avec la fonction de spin antisymétrique (S=0S = 0) ; fonction d’espace antisymétrique avec les trois fonctions de spin symétriques (S=1S = 1). 6. 2S+1=12S + 1 = 1 et 3 : un et trois états de même énergie. 7. [Ar] 3d2[\ce{Ar}]\,3d^2 ; (102)=45\binom{10}{2} = 45 déterminants. 8. Valeur maximale S=1S = 1, valeur maximale L=2+1=3L = 2 + 1 = 3, sous-couche moins qu’à moitié pleine : 3F2{}^{3}\mathrm{F}_{2}, le niveau à 0 dans les données. 9. 21+9+9+5+1=4521 + 9 + 9 + 5 + 1 = 45. 10. Normale (J=2J = 2 le plus bas). Intervalles 184.9 et 235.5 : rapport 1.27 contre 4/3=1.334/3 = 1.33 ; la règle tient à 5 % près. 11. 3{}^3F : (5×0+7×184.9+9×420.4)/21=241.8 cm−1(5 \times 0 + 7 \times 184.9 + 9 \times 420.4)/21 = 241.8\,\mathrm{cm}^{-1} ; 3{}^3P : (10538.4+3×10603.6+5×10721.2)/9=10 661.7 cm−1(10538.4 + 3 \times 10603.6 + 5 \times 10721.2)/9 = 10\,661.7\,\mathrm{cm}^{-1}. 12. 15B=10 419.9 cm−115B = 10\,419.9\,\mathrm{cm}^{-1}, B=695 cm−1B = 695\,\mathrm{cm}^{-1}. 13. ΔS=0\Delta S = 0. 14. ΔS=1\Delta S = 1 est interdit, et 1s2s→1s21s2s \to 1s^2 a Δl=0\Delta l = 0 (pas de changement de parité ; 3{}^3S1→1_1 \to {}^1S0_0 a aussi ΔL=0\Delta L = 0 entre deux états S). L’état est métastable : il vit bien plus longtemps que les états excités ordinaires. 15. 169086.91−159855.97=9230.94 cm−1169086.91 - 159855.97 = 9230.94\,\mathrm{cm}^{-1} : 1083.3 nm1083.3\,\mathrm{nm}, dans le proche infrarouge. 16. 171134.89−166277.44=4857.45 cm−1171134.89 - 166277.44 = 4857.45\,\mathrm{cm}^{-1} : 2058.7 nm2058.7\,\mathrm{nm}. 17. 171 134.89 cm−1171\,134.89\,\mathrm{cm}^{-1} : 58.43 nm58.43\,\mathrm{nm}, dans l’ultraviolet du vide (absorbé par l’air). 18. Chaque famille a ses propres raies et son propre état le plus bas, et les deux ne communiquent jamais par la lumière : elles se comportent comme deux gaz aux deux spectres distincts. 19. E±=E1s+E2s+J±KE_\pm = E_{1s} + E_{2s} + J \pm K (singulet ++, triplet −-). 20. Le triplet : sa fonction spatiale s’annule quand les électrons se rencontrent, si bien qu’ils se repoussent moins. 21. 6421.47 cm−16421.47\,\mathrm{cm}^{-1}, 6421.47/8065.54=0.796 eV6421.47/8065.54 = 0.796\,\mathrm{eV}. 22. Écart 2047.98 cm−1=0.254 eV2047.98\,\mathrm{cm}^{-1} = 0.254\,\mathrm{eV}, donc K(1s,2p)=0.127 eVK(1s,2p) = 0.127\,\mathrm{eV}. 23. 2s2s pénètre dans la région de 1s1s et la recouvre davantage que 2p2p. 24. Oui : dans les deux configurations, le triplet (SS plus grand) est le plus bas. 25. K=12×0.796 eVK = \frac12 \times 0.796\,\mathrm{eV} : l’intégrale d’échange K(1s,2s)K(1s,2s) de l’hélium vaut 0.398 eV0.398\,\mathrm{eV}, mesurée comme la moitié de l’écart singulet–triplet.

Termes définis dans ce chapitre

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