Chemistry · Livre 4 · Bachelor Year 3

Chimie universitaire — 3e année

Chimie universitaire — 3e année · Bachelor Year 3

10Thermodynamique statistique : fonctions de partition

La tombe de Ludwig Boltzmann, à Vienne, porte une seule ligne, S=klog⁡WS = k\log W : l’entropie d’un système dénombre les façons dont ses molécules peuvent se partager son énergie. La thermodynamique, telle que l’ont construite les volumes de première et de deuxième année, n’a jamais besoin de molécules : elle relie entre elles des chaleurs, des entropies et des constantes d’équilibre mesurées. La thermodynamique statistique les calcule à partir des molécules elles-mêmes. Son objet central est une simple somme sur les niveaux d’énergie d’une molécule, la fonction de partition ; les niveaux viennent de la spectroscopie, et l’entropie standard du diazote calculée à partir de son spectre s’accorde avec la valeur tabulée à un centième de joule par kelvin et par mole près. Ce chapitre construit la fonction de partition, la décompose en ses parties de translation, de rotation, de vibration et électronique, et en tire l’énergie interne, l’entropie et l’enthalpie libre ; le Chapitre 11 l’applique aux capacités thermiques et aux constantes d’équilibre.

Rappel

Le volume de deuxième année a défini l’entropie molaire standard, l’enthalpie libre et le potentiel chimique, et a tabulé des entropies obtenues à partir de capacités thermiques mesurées jusqu’à basse température. Le Chapitre 1 a donné les niveaux d’énergie d’une particule dans une boîte, de l’oscillateur harmonique et du rotateur rigide, EJ=hcBJ(J+1)E_J = hcBJ(J+1) de dégénérescence 2J+12J + 1 ; le Chapitre 6 a mesuré BB et ν~\tilde\nu pour des molécules diatomiques et constaté que, dans une molécule homonucléaire comme NX2\ce{N2}, les spins nucléaires rendent inégaux les niveaux de rotation alternés.

10.1 Micro-états et distribution de Boltzmann

Considérons NN molécules identiques et indépendantes qui peuvent occuper des niveaux d’énergie ε0=0<ε1<ε2<…\varepsilon_0 = 0 < \varepsilon_1 < \varepsilon_2 < \dots, l’énergie totale valant EE. Dire combien de molécules occupent chaque niveau, {n0,n1,… }\{n_0, n_1, \dots\}, décrit une distribution ; dire quelle molécule occupe quel niveau en dit bien davantage.

Définition 10.1 (Micro-état, poids statistique)

Un micro-état d’un système de molécules est une description complète de l’état de chaque molécule. Le poids statistique WW d’une distribution {ni}\{n_i\} de NN molécules sur des niveaux non dégénérés est le nombre de micro-états qui la réalisent :

W=N!n0! n1! n2!⋯.W = \frac{N!}{n_0!\,n_1!\,n_2!\cdots}.

Exemple 10.2 (Trois quanta pour trois oscillateurs)

Trois oscillateurs se partagent trois quanta d’énergie. La distribution « un oscillateur détient les trois » peut se réaliser de 3!/(1! 2!)=33!/(1!\,2!) = 3 façons, « l’un en détient deux, un autre un » de 3!=63! = 6 façons et « chacun en détient un » d’une seule façon : dix micro-états en tout, et la distribution la plus régulière qui répartit encore l’énergie sur plusieurs niveaux est la plus probable. Avec 102310^{23} molécules, les poids deviennent si nettement piqués qu’une seule distribution, et celles qui n’en diffèrent que de façon négligeable, portent pratiquement tous les micro-états.

Remarque 10.3

Le postulat de la thermodynamique statistique est que tous les micro-états d’un système isolé d’énergie donnée sont équiprobables. On trouve alors le système, avec une écrasante probabilité, dans la distribution de plus grand poids : la trouver est l’objet de cette section.

Pour de grands nombres, l’approximation de Stirling ln⁡x!≈xln⁡x−x\ln x! \approx x\ln x - x donne

ln⁡W=Nln⁡N−∑iniln⁡ni.\ln W = N\ln N - \sum_i n_i\ln n_i .

Définition 10.4 (Distribution de Boltzmann, population)

La population ni/Nn_i/N d’un niveau est la fraction des molécules qui l’occupent. La distribution de Boltzmann est la distribution de plus grand poids de molécules indépendantes en équilibre thermique à la température TT, donnée par le théorème ci-dessous.

Théorème 10.5 (La distribution de Boltzmann)

Pour des molécules indépendantes en équilibre à la température TT, la population d’un niveau d’énergie εi\varepsilon_i et de dégénérescence gig_i vaut

niN=gie−εi/kTq,q=∑igie−εi/kT,\frac{n_i}{N} = \frac{g_i\eu^{-\varepsilon_i/kT}}{q}, \qquad q = \sum_i g_i\eu^{-\varepsilon_i/kT},

où kk est la constante de Boltzmann. Les populations de deux niveaux sont dans le rapport njni=gjgie−(εj−εi)/kT\frac{n_j}{n_i} = \frac{g_j}{g_i}\eu^{-(\varepsilon_j - \varepsilon_i)/kT}.

Démonstration partielle. Prenons d’abord des niveaux non dégénérés. Maximisons ln⁡W\ln W sous les deux contraintes ∑ini=N\sum_in_i = N et ∑iniεi=E\sum_in_i\varepsilon_i = E avec les multiplicateurs de Lagrange α\alpha et β\beta : pour tout ii,

∂∂ni(ln⁡W+α∑jnj−β∑jnjεj)=−ln⁡ni−1+α−βεi=0,\frac{\partial}{\partial n_i}\Bigl(\ln W + \alpha\sum_jn_j - \beta\sum_jn_j\varepsilon_j\Bigr) = -\ln n_i - 1 + \alpha - \beta\varepsilon_i = 0,

donc ni=eα−1e−βεin_i = \eu^{\alpha - 1}\eu^{-\beta\varepsilon_i}, et la première contrainte fixe eα−1=N/∑je−βεj\eu^{\alpha - 1} = N/\sum_j\eu^{-\beta\varepsilon_j}. Un niveau de dégénérescence gig_i est formé de gig_i états distincts de même énergie, chacun peuplé comme ci-dessus : sa population est multipliée par gig_i. On identifie le multiplicateur β\beta sur un cas connu : pour le mouvement de translation d’un gaz parfait (Proposition 10.11 ci-dessous), la distribution donne une énergie 32N/β\frac32N/\beta, et l’énergie du gaz parfait vaut 32NkT\frac32NkT ; donc β=1/kT\beta = 1/kT. Que β\beta soit la même grandeur pour tous les types de mouvement, et qu’il s’agisse de la température thermodynamique, est admis ici : deux systèmes en contact thermique ont le même β\beta, ce qui est la propriété définissant la température. ∎

Définition 10.6 (Fonction de partition moléculaire)

La fonction de partition moléculaire d’une molécule à la température TT est la somme

q=∑niveauxgie−εi/kT=∑eˊtatse−εs/kT,q = \sum_{\text{niveaux}}g_i\eu^{-\varepsilon_i/kT} = \sum_{\text{états}}\eu^{-\varepsilon_s/kT},

les énergies étant comptées à partir du niveau le plus bas, de sorte que q≥1q \ge 1.

La fonction de partition dénombre les états thermiquement accessibles : à très basse température, seul le niveau le plus bas contribue et q→g0q \to g_0 ; à très haute température, chaque état contribue pour environ 1 et qq croît sans limite. On en tire une règle pratique : les niveaux situés bien plus de kTkT au-dessus du plus bas sont vides, ceux qui en sont à moins de kTkT sont peuplés. À 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, kTkT correspond à 207.2 cm−1207.2\,\mathrm{cm}^{-1}, soit RT=2.479 kJ/molRT = 2.479\,\mathrm{kJ}/\mathrm{mol}.

Méthode 10.7 (Populations des niveaux à partir des constantes spectroscopiques)

  1. Dresser la liste des niveaux avec leurs énergies (tirées des constantes, par exemple hcBJ(J+1)hcBJ(J+1)) et leurs dégénérescences (2J+12J + 1).
  2. Exprimer chaque énergie en unités de kTkT ; à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, diviser un nombre d’onde par 207.2 cm−1207.2\,\mathrm{cm}^{-1}.
  3. Former les termes gie−εi/kTg_i\eu^{-\varepsilon_i/kT}, les additionner pour obtenir qq, puis diviser. Arrêter la somme quand les termes deviennent négligeables.
  4. Vérifier : la somme des populations vaut 1 ; le rapport de deux d’entre elles vaut gjgie−(εj−εi)/kT\frac{g_j}{g_i}\eu^{-(\varepsilon_j-\varepsilon_i)/kT}.

Exemple 10.8 (Les niveaux de rotation du chlorure d’hydrogène)

Pour HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl}, B0=Be−αe/2=10.44 cm−1B_0 = B_e - \alpha_e/2 = 10.44\,\mathrm{cm}^{-1}. À 300 K300\,\mathrm{K}, le niveau JJ se situe à 10.44 J(J+1)10.44\,J(J+1) cm−1\mathrm{cm}^{-1}, soit 0.0501 J(J+1)0.0501\,J(J+1) en unités de kTkT. Les termes (2J+1)e−0.0501J(J+1)(2J+1)\eu^{-0.0501J(J+1)} valent 1, 2.71, 3.70, 3.84, 3.31, 2.45, … ; leur somme est q=20.3q = 20.3 et les populations de J=0J = 0 à 4 valent 0.049, 0.134, 0.182, 0.189 et 0.163 : le niveau le plus peuplé est J=3J = 3, et non J=0J = 0, parce que la dégénérescence 2J+12J + 1 croît tandis que le facteur de Boltzmann décroît. C’est l’enveloppe de la bande de rotation–vibration du Chapitre 6.

Un escalier de Boltzmann : les niveaux de rotation J = 0 à 3 (énergies 0, 2, 6, 12 fois hcB, dégénérescences 2J + 1) et leurs populations, représentées par des longueurs de barres, à kT = 2hcB et à kT = 10hcB (les quatre niveaux seuls). Le chauffage vide le niveau le plus bas au profit des niveaux supérieurs ; aux deux températures, la somme des barres est la même, le nombre de molécules.
Un escalier de Boltzmann : les niveaux de rotation J=0J = 0 à 3 (énergies 00, 22, 66, 1212 fois hcBhcB, dégénérescences 2J+12J + 1) et leurs populations, représentées par des longueurs de barres, à kT=2hcBkT = 2hcB et à kT=10hcBkT = 10hcB (les quatre niveaux seuls). Le chauffage vide le niveau le plus bas au profit des niveaux supérieurs ; aux deux températures, la somme des barres est la même, le nombre de molécules.

10.2 La fonction de partition moléculaire

Proposition 10.9 (Factorisation)

Si l’énergie d’une molécule est une somme de contributions indépendantes, ε=εT+εR+εV+εE\varepsilon = \varepsilon^{\mathrm T} + \varepsilon^{\mathrm R} + \varepsilon^{\mathrm V} + \varepsilon^{\mathrm E}, chaque état pouvant être n’importe quelle combinaison d’un état de translation, d’un état de rotation, d’un état de vibration et d’un état électronique, alors

q=qTqRqVqE.q = q^{\mathrm T}q^{\mathrm R}q^{\mathrm V}q^{\mathrm E}.

Démonstration. La somme, sur toutes les combinaisons, de l’exponentielle d’une somme est le produit des sommes séparées : ∑a,be−(εa+εb)/kT=(∑ae−εa/kT)(∑be−εb/kT)\sum_{a,b}\eu^{-(\varepsilon_a+\varepsilon_b)/kT} = \bigl(\sum_a\eu^{-\varepsilon_a/kT}\bigr) \bigl(\sum_b\eu^{-\varepsilon_b/kT}\bigr), et de même pour quatre facteurs. ∎

Cette séparation est une approximation : rotation et vibration interagissent (la constante αe\alpha_e), et l’état électronique fixe les constantes de rotation et de vibration. Pour une molécule dans son état électronique fondamental, aux températures ordinaires, les erreurs sont de quelques centièmes de joule par kelvin sur une entropie. On calcule alors séparément les populations pour chaque type de mouvement : la fraction des molécules dans un niveau de vibration vv ne dépend pas de leur rotation.

10.3 Les quatre contributions

Translation

Définition 10.10 (Longueur d’onde thermique)

La longueur d’onde thermique d’une molécule de masse mm à la température TT est Λ=h2πmkT\Lambda = \dfrac{h}{\sqrt{2\pi mkT}}.

Proposition 10.11 (Fonction de partition de translation)

Pour une molécule de masse mm libre de se déplacer dans un volume VV,

qT=VΛ3.q^{\mathrm T} = \frac{V}{\Lambda^3}.

Démonstration. À une dimension, une boîte de longueur LL a pour niveaux εn=h2n2/8mL2\varepsilon_n = h^2n^2/8mL^2 (n=1,2,…n = 1, 2, \dots ; le décalage du point zéro ne change rien de mesurable). Ils sont si rapprochés que la somme est une intégrale :

qx=∑n≥1e−h2n2/8mL2kT≈∫0∞e−h2n2/8mL2kT ⁣dn=12π 8mL2kTh2=L2πmkTh=LΛ.q_x = \sum_{n\ge1}\eu^{-h^2n^2/8mL^2kT} \approx \int_0^\infty\eu^{-h^2n^2/8mL^2kT}\dd n = \frac12\sqrt{\frac{\pi\,8mL^2kT}{h^2}} = \frac{L\sqrt{2\pi mkT}}{h} = \frac{L}{\Lambda}.

Les trois directions sont indépendantes : qT=qxqyqz=L3/Λ3q^{\mathrm T} = q_xq_yq_z = L^3/\Lambda^3. L’énergie moyenne par dimension vaut −∂ln⁡qx/∂β-\partial\ln q_x/\partial\beta avec qx∝β−1/2q_x \propto \beta^{-1/2}, soit 1/2β1/2\beta ; trois dimensions donnent 32kT\frac32kT par molécule, comme on l’a utilisé dans la démonstration du Théorème 10.5. ∎

Exemple 10.12 (De l’argon dans un ballon)

Pour l’argon (M=39.95 g/molM = 39.95\,\mathrm{g}/\mathrm{mol}) à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, Λ=16.0 pm\Lambda = 16.0\,\mathrm{pm}, le dixième d’un diamètre atomique. Dans 1 dm31\,\mathrm{dm}^{3}, qT=10−3/(1.600×10−11)3=2.44×1029q^{\mathrm T} = 10^{-3}/(1.600\times10^{-11})^3 = 2.44 \times 10^{29} états de translation sont thermiquement accessibles, bien plus que les 2.4×10222.4\times10^{22} atomes que contient le ballon sous 1 bar1\,\mathrm{bar} : chaque état est presque toujours vide, condition sous laquelle on peut dénombrer les molécules comme ci-dessous.

Rotation

Définition 10.13 (Températures caractéristiques)

La température caractéristique de rotation d’une molécule linéaire de constante de rotation BB est θR=hcB/k\theta_{\mathrm R} = hcB/k ; la température caractéristique de vibration d’une vibration de nombre d’onde ν~\tilde\nu est θV=hcν~/k\theta_{\mathrm V} = hc\tilde\nu/k.

Définition 10.14 (Nombre de symétrie)

Le nombre de symétrie σ\sigma d’une molécule est le nombre d’orientations distinctes de la molécule rigide que l’on atteint par des rotations propres et qui ne se distinguent pas de l’orientation de départ (l’ordre du sous-groupe des rotations de son groupe ponctuel) : 1 pour HCl\ce{HCl} et CO\ce{CO}, 2 pour NX2\ce{N2}, COX2\ce{CO2} et HX2O\ce{H2O}, 3 pour NHX3\ce{NH3}, 12 pour CHX4\ce{CH4} et CX6HX6\ce{C6H6}.

Proposition 10.15 (Fonction de partition de rotation)

Pour une molécule linéaire, qR=∑J(2J+1)e−θRJ(J+1)/Tq^{\mathrm R} = \sum_J(2J+1)\eu^{-\theta_{\mathrm R}J(J+1)/T}. Quand T≫θRT \gg \theta_{\mathrm R},

qR≈TσθR=kTσhcB,q^{\mathrm R} \approx \frac{T}{\sigma\theta_{\mathrm R}} = \frac{kT}{\sigma hcB},

avec une erreur relative d’environ θR/3T\theta_{\mathrm R}/3T pour σ=1\sigma = 1 (la somme exacte est voisine de T/θR+13T/\theta_{\mathrm R} + \frac13).

Démonstration partielle. Pour T≫θRT \gg \theta_{\mathrm R}, de nombreux niveaux contribuent et la somme devient une intégrale. Avec x=J(J+1)x = J(J+1),  ⁣dx=(2J+1) ⁣dJ\dd x = (2J+1)\dd J :

∫0∞(2J+1)e−θRJ(J+1)/T ⁣dJ=∫0∞e−θRx/T ⁣dx=TθR.\int_0^\infty(2J+1)\eu^{-\theta_{\mathrm R}J(J+1)/T}\dd J = \int_0^\infty\eu^{-\theta_{\mathrm R}x/T}\dd x = \frac{T}{\theta_{\mathrm R}}.

La correction 13\frac13 provient du terme suivant de la formule d’Euler–Maclaurin (Exercice 10.11). Le facteur 1/σ1/\sigma est admis ici et justifié au Chapitre 11 : dans une molécule homonucléaire, la symétrie de la fonction d’onde par échange des deux noyaux identiques n’autorise, pour chaque état de spin nucléaire, qu’une seule parité de JJ (Chapitre 6), si bien qu’en moyenne la moitié des niveaux de rotation manque. Dénombrer ainsi les états de rotation avec σ\sigma laisse les états de spin nucléaire hors de qq ; les tables thermodynamiques suivent la même convention, et le facteur de spin nucléaire se simplifie dans toute réaction chimique. ∎

Pour NX2\ce{N2}, B0=1.990 cm−1B_0 = 1.990\,\mathrm{cm}^{-1} et θR=2.86 K\theta_{\mathrm R} = 2.86\,\mathrm{K} : à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, qR=298.15/(2×2.863)=52.1q^{\mathrm R} = 298.15/(2\times2.863) = 52.1. Pour HCl\ce{HCl}, θR=15.0 K\theta_{\mathrm R} = 15.0\,\mathrm{K} et qR=19.8q^{\mathrm R} = 19.8 (somme exacte : 20.2). Seul HX2\ce{H2} (θR=85 K\theta_{\mathrm R} = 85\,\mathrm{K}) et ses isotopologues exigent la somme exacte à température ambiante. Une molécule non linéaire de constantes de rotation AA, BB, CC a qR=1σ(kThc)3/2πABCq^{\mathrm R} = \frac{1}{\sigma}\bigl(\frac{kT}{hc}\bigr)^{3/2}\sqrt{\frac{\pi}{ABC}}, résultat admis.

Vibration

Proposition 10.16 (Fonction de partition de vibration)

Pour une vibration harmonique de nombre d’onde ν~\tilde\nu, les énergies étant comptées à partir du niveau de point zéro,

qV=∑v≥0e−vθV/T=11−e−θV/T.q^{\mathrm V} = \sum_{v\ge0}\eu^{-v\theta_{\mathrm V}/T} = \frac{1}{1 - \eu^{-\theta_{\mathrm V}/T}} .

Elle tend vers 1 quand T≪θVT \ll \theta_{\mathrm V} et vers T/θVT/\theta_{\mathrm V} quand T≫θVT \gg \theta_{\mathrm V}. Une molécule possédant plusieurs modes normaux a pour fonction de partition le produit d’un tel facteur par mode.

Démonstration. Les niveaux se situent à v hcν~v\,hc\tilde\nu au-dessus du niveau de point zéro : la somme est une série géométrique de raison e−θV/T<1\eu^{-\theta_{\mathrm V}/T} < 1. Quand T≫θVT \gg \theta_{\mathrm V}, 1−e−θV/T≈θV/T1 - \eu^{-\theta_{\mathrm V}/T} \approx \theta_{\mathrm V}/T. Les modes normaux sont indépendants (Proposition 10.9). ∎

Pour le quantum de vibration d’une molécule diatomique, ce livre prend la transition fondamentale observée, G(1)−G(0)=ωe−2ωexeG(1) - G(0) = \omega_e - 2\omega_ex_e (Chapitre 6) ; à température ambiante, seuls les premiers niveaux comptent, et c’est leur écart qui importe. Les molécules raides et légères sont gelées : NX2\ce{N2} a θV=3352 K\theta_{\mathrm V} = 3352\,\mathrm{K}, qV=1.000013q^{\mathrm V} = 1.000013 à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, et seules 13 molécules sur un million sont dans v=1v = 1. Les molécules lourdes et souples ne le sont pas : IX2\ce{I2} a θV=307 K\theta_{\mathrm V} = 307\,\mathrm{K}, qV=1.556q^{\mathrm V} = 1.556, et plus d’un tiers de ses molécules vibrent.

Populations de Boltzmann calculées à partir des constantes spectroscopiques : niveaux de rotation de H35Cl (_ R = 15.0\, K) et de CO (_ R = 2.77\, K ; points reliés pour la lisibilité) à 100\, K (bleu), 300\, K (gris) et 1000\, K (rouge), et niveaux de vibration de I2 (_ V = 307\, K) à 300 et 1000\, K. Les populations de rotation sont maximales pour J > 0 ; celles de vibration décroissent toujours avec v, puisque les niveaux ne sont pas dégénérés.
Populations de Boltzmann calculées à partir des constantes spectroscopiques : niveaux de rotation de HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl} (θR=15.0 K\theta_{\mathrm R} = 15.0\,\mathrm{K}) et de CO\ce{CO} (θR=2.77 K\theta_{\mathrm R} = 2.77\,\mathrm{K} ; points reliés pour la lisibilité) à 100 K100\,\mathrm{K} (bleu), 300 K300\,\mathrm{K} (gris) et 1000 K1000\,\mathrm{K} (rouge), et niveaux de vibration de IX2\ce{I2} (θV=307 K\theta_{\mathrm V} = 307\,\mathrm{K}) à 300 et 1000 K1000\,\mathrm{K}. Les populations de rotation sont maximales pour J>0J > 0 ; celles de vibration décroissent toujours avec vv, puisque les niveaux ne sont pas dégénérés.

États électroniques

Proposition 10.17 (Fonction de partition électronique)

Avec les niveaux électroniques εj\varepsilon_j (de dégénérescence gjg_j) comptés à partir du niveau fondamental,

qE=g0+g1e−ε1/kT+⋯q^{\mathrm E} = g_0 + g_1\eu^{-\varepsilon_1/kT} + \cdots

Pour la plupart des molécules, le premier niveau électronique excité se situe des dizaines de milliers de nombres d’onde plus haut et qE=g0q^{\mathrm E} = g_0 : 1 pour une molécule à couches complètes, 3 pour OX2\ce{O2} (terme fondamental 3Σg−{}^3\Sigma_g^-), 2J+12J + 1 pour un atome dans un niveau JJ.

C’est la définition appliquée aux niveaux électroniques ; les cas où des niveaux bas comptent sont les atomes et les radicaux qui ont une structure fine.

Exemple 10.18 (Le monoxyde d’azote et l’atome de chlore)

NO\ce{NO} a un terme fondamental 2Π{}^2\Pi éclaté par le couplage spin–orbite en 2Π1/2{}^2\Pi_{1/2} (le plus bas) et 2Π3/2{}^2\Pi_{3/2}, 119.73 cm−1119.73\,\mathrm{cm}^{-1} plus haut, chacun doublement dégénéré. À 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, qE=2+2e−119.73/207.22=2+2×0.561=3.12q^{\mathrm E} = 2 + 2\eu^{-119.73/207.22} = 2 + 2\times0.561 = 3.12 : 36 % des molécules se trouvent dans la composante supérieure. L’atome de chlore a son niveau 2P1/2{}^2P_{1/2} 882.35 cm−1882.35\,\mathrm{cm}^{-1} au-dessus du niveau fondamental 2P3/2{}^2P_{3/2} : qE=4+2e−4.258=4.03q^{\mathrm E} = 4 + 2\eu^{-4.258} = 4.03.

À gauche : la fonction de partition de rotation de HCl (_ R = 15.0\, K), somme exacte comparée à la forme de haute température ; la forme corrigée de 1/3 ne se distingue plus de la somme au-dessus d’environ 30\, K. À droite : la fonction de partition de vibration de trois molécules diatomiques (températures caractéristiques entre parenthèses), égale à 1 tant que T _ V, puis proche de T/ _ V.
À gauche : la fonction de partition de rotation de HCl\ce{HCl} (θR=15.0 K\theta_{\mathrm R} = 15.0\,\mathrm{K}), somme exacte comparée à la forme de haute température ; la forme corrigée de 13\frac13 ne se distingue plus de la somme au-dessus d’environ 30 K30\,\mathrm{K}. À droite : la fonction de partition de vibration de trois molécules diatomiques (températures caractéristiques entre parenthèses), égale à 1 tant que T≪θVT \ll \theta_{\mathrm V}, puis proche de T/θVT/\theta_{\mathrm V}.

10.4 Des fonctions de partition à la thermodynamique

Théorème 10.19 (Énergie interne)

Pour NN molécules indépendantes, l’énergie interne comptée à partir de sa valeur à T=0T = 0 vaut

U−U(0)=NkT2(∂ln⁡q∂T)V=−N(∂ln⁡q∂β)V.U - U(0) = NkT^2\Bigl(\frac{\partial\ln q}{\partial T}\Bigr)_V = -N\Bigl(\frac{\partial\ln q}{\partial\beta}\Bigr)_V .

Les contributions des quatre types de mouvement s’additionnent.

Démonstration. U−U(0)=∑iniεi=Nq∑igiεie−βεi=−Nq∂q∂βU - U(0) = \sum_in_i\varepsilon_i = \frac Nq\sum_ig_i\varepsilon_i\eu^{-\beta\varepsilon_i} = -\frac Nq\frac{\partial q}{\partial\beta} ; et  ⁣dβ=− ⁣dT/kT2\dd\beta = -\dd T/kT^2. On maintient le volume constant parce que les niveaux de translation en dépendent. D’après Proposition 10.9, ln⁡q\ln q est une somme de quatre termes. ∎

Pour la translation, qT∝T3/2q^{\mathrm T} \propto T^{3/2} donne 32NkT\frac32NkT ; pour la rotation d’une molécule linéaire à haute température, qR∝Tq^{\mathrm R} \propto T donne NkTNkT ; une vibration donne NkθV/(eθV/T−1)Nk\theta_{\mathrm V}/(\eu^{\theta_{\mathrm V}/T} - 1), qui ne vaut NkTNkT que lorsque T≫θVT \gg \theta_{\mathrm V}. L’équipartition classique de l’énergie, 12kT\frac12kT par terme quadratique, est la limite de haute température de ces résultats ; le Chapitre 11 suit les capacités thermiques à mesure que chaque mouvement se gèle.

Définition 10.20 (Fonction de partition canonique)

La fonction de partition canonique d’un système à la température TT et au volume VV est la somme Q=∑se−Es/kTQ = \sum_s\eu^{-E_s/kT} sur tous les états ss du système entier, d’énergies EsE_s.

Proposition 10.21 (Fonction de partition canonique d’un gaz parfait)

Pour NN molécules indépendantes, Q=qNQ = q^N si elles sont discernables (localisées dans un cristal), et Q=qN/N!Q = q^N/N! pour un gaz parfait de molécules identiques.

Démonstration partielle. Un état du système est un choix d’état pour chaque molécule, et les énergies s’additionnent : la somme des produits est le produit des sommes, qNq^N. Dans un gaz, les molécules sont indiscernables : les permuter donne le même état du système. Quand les états moléculaires sont bien plus nombreux que les molécules (Exemple 10.12), presque chaque terme de qNq^N a ses NN molécules dans des états différents et est compté N!N! fois. Les cas où deux molécules partagent un état, que ce dénombrement compte mal, sont négligeables, sauf à très basse température ou à très forte densité, où les statistiques quantiques prennent le relais (admis). ∎

Définition 10.22 (Entropie statistique)

L’entropie statistique d’un système isolé est S=kln⁡WS = k\ln W, où WW est le nombre de ses micro-états ; pour un système à la température TT, WW est le poids de la distribution dominante.

Théorème 10.23 (L’entropie et les autres fonctions)

Pour un système à la température TT, de fonction de partition canonique QQ,

S=U−U(0)T+kln⁡Q,A−A(0)=−kTln⁡Q,p=kT(∂ln⁡Q∂V)T.S = \frac{U - U(0)}{T} + k\ln Q, \qquad A - A(0) = -kT\ln Q, \qquad p = kT\Bigl(\frac{\partial\ln Q}{\partial V}\Bigr)_T .

Pour un gaz parfait, on en tire pV=NkTpV = NkT et G−G(0)=−NkTln⁡(q/N)G - G(0) = -NkT\ln(q/N).

Démonstration partielle. Pour des molécules discernables dans la distribution de Boltzmann, avec ni=Ngie−βεi/qn_i = Ng_i\eu^{-\beta\varepsilon_i}/q et la formule de Stirling, le poids W=N!∏igini/ni!W = N!\prod_ig_i^{n_i}/n_i! donne

ln⁡W=Nln⁡N−∑iniln⁡nigi=Nln⁡N−∑ini(ln⁡Nq−βεi)=Nln⁡q+β (U−U(0)),\ln W = N\ln N - \sum_in_i\ln\frac{n_i}{g_i} = N\ln N - \sum_in_i\Bigl(\ln\frac Nq - \beta\varepsilon_i\Bigr) = N\ln q + \beta\,(U - U(0)),

donc kln⁡W=kln⁡qN+(U−U(0))/Tk\ln W = k\ln q^N + (U - U(0))/T ; pour un gaz, qNq^N devient qN/N!q^N/N!. L’identification de kln⁡Wk\ln W à l’entropie thermodynamique est admise : elle est additive, maximale à l’équilibre pour un système isolé, et redonne les relations du gaz parfait. Alors A=U−TSA = U - TS donne la deuxième formule, p=−(∂A/∂V)Tp = -(\partial A/\partial V)_T la troisième : avec Q=qN/N!Q = q^N/N! et q∝Vq \propto V, p=NkT/Vp = NkT/V. Enfin G=A+pV=−kTln⁡(qN/N!)+NkT=−NkTln⁡(q/N)G = A + pV = -kT\ln(q^N/N!) + NkT = -NkT\ln(q/N), en utilisant ln⁡N!=Nln⁡N−N\ln N! = N\ln N - N. ∎

Théorème 10.24 (Équation de Sackur–Tetrode)

L’entropie molaire d’un gaz parfait monoatomique de masse molaire MM à la température TT et sous la pression pp vaut

Sm=R[ln⁡(kTpΛ3)+52],Λ=h2πmkT, m=MNA.S_{\mathrm m} = R\Bigl[\ln\Bigl(\frac{kT}{p\Lambda^3}\Bigr) + \frac52\Bigr], \qquad \Lambda = \frac{h}{\sqrt{2\pi mkT}},\ m = \frac{M}{N_A}.

Démonstration. Avec Q=qN/N!Q = q^N/N!, q=V/Λ3q = V/\Lambda^3 et U−U(0)=32NkTU - U(0) = \frac32NkT, le Théorème 10.23 donne S=32Nk+Nkln⁡q−k(Nln⁡N−N)=Nk[ln⁡VNΛ3+52]S = \frac32Nk + Nk\ln q - k(N\ln N - N) = Nk\bigl[\ln\frac{V}{N\Lambda^3} + \frac52\bigr]. Pour une mole, Nk=RNk = R et V/N=kT/pV/N = kT/p. ∎

Pour l’argon à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} et 1 bar1\,\mathrm{bar}, kT/p=4.116×10−26 m3kT/p = 4.116 \times 10^{-26}\,\mathrm{m}^{3} et Λ=1.600×10−11 m\Lambda = 1.600 \times 10^{-11}\,\mathrm{m} : Sm=R(ln⁡1.005×107+2.5)=154.85 J K−1 mol−1S_{\mathrm m} = R(\ln1.005 \times 10^{7} + 2.5) = 154.85\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}. L’entropie standard tabulée, obtenue à partir de capacités thermiques mesurées jusqu’à quelques kelvins, vaut 154.846±0.003154.846 \pm 0.003 : la formule ne contient aucun paramètre ajustable, et elle contient la constante de Planck. Un atome plus lourd a une entropie plus grande (davantage d’états de translation à la même énergie), de même qu’un gaz sous plus faible pression (davantage de volume par atome).

Proposition 10.25 (Entropies molaires de rotation et de vibration)

Pour une molécule linéaire avec T≫θRT \gg \theta_{\mathrm R}, et pour une vibration avec x=θV/Tx = \theta_{\mathrm V}/T,

SmR=R[ln⁡TσθR+1],SmV=R[xex−1−ln⁡(1−e−x)],S^{\mathrm R}_{\mathrm m} = R\Bigl[\ln\frac{T}{\sigma\theta_{\mathrm R}} + 1\Bigr], \qquad S^{\mathrm V}_{\mathrm m} = R\Bigl[\frac{x}{\eu^x - 1} - \ln\bigl(1 - \eu^{-x}\bigr)\Bigr],

et un niveau électronique fondamental de dégénérescence g0g_0, seul peuplé, ajoute Rln⁡g0R\ln g_0.

Démonstration. Pour les mouvements internes, le facteur 1/N!1/N! n’appartient qu’à la translation, si bien que chaque mode interne contribue pour S=U−U(0)T+Nkln⁡qS = \frac{U - U(0)}{T} + Nk\ln q. Rotation : q=T/σθRq = T/\sigma\theta_{\mathrm R} et U−U(0)=NkTU - U(0) = NkT. Vibration : ln⁡q=−ln⁡(1−e−x)\ln q = -\ln(1 - \eu^{-x}) et (U−U(0))/T=Nkx/(ex−1)(U - U(0))/T = Nkx/(\eu^x - 1). Électronique : q=g0q = g_0, U−U(0)=0U - U(0) = 0. ∎

Méthode 10.26 (L’entropie standard d’un gaz à partir de ses constantes)

  1. Translation : Sackur–Tetrode avec la masse molaire, T=298.15 KT = 298.15\,\mathrm{K} et p∘=1 barp^\circ = 1\,\mathrm{bar}.
  2. Rotation : B0=Be−αe/2B_0 = B_e - \alpha_e/2, θR=hcB0/k\theta_{\mathrm R} = hcB_0/k, le nombre de symétrie, et R[ln⁡(T/σθR)+1]R[\ln(T/\sigma\theta_{\mathrm R}) + 1] (ou la somme exacte si T<30 θRT < 30\,\theta_{\mathrm R}).
  3. Vibration : un terme par mode normal, avec les nombres d’onde fondamentaux.
  4. Électronique : Rln⁡g0R\ln g_0, ou R[ln⁡qE+⟨ε⟩/kT]R[\ln q^{\mathrm E} + \langle\varepsilon\rangle/kT] s’il existe des niveaux bas.
  5. Additionner ; comparer à la table, où le spin nucléaire est laissé de côté de la même façon.
gazSTS^{\mathrm T}SRS^{\mathrm R}SVS^{\mathrm V}SES^{\mathrm E}sommetable
Ar\ce{Ar}154.850.000.000.00154.85154.85
NX2\ce{N2}150.4241.180.000.00191.60191.61
CO\ce{CO}150.4247.230.000.00197.65197.66
HCl\ce{HCl}153.7133.160.000.00186.87186.90
ClX2\ce{Cl2}162.0058.652.240.00222.89223.08
IX2\ce{I2}177.9174.248.430.00260.58260.69
Cl\ce{Cl}153.360.000.0011.83165.19165.19
Entropies molaires standard statistiques à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} et 1 bar1\,\mathrm{bar}, en J K−1 mol−1\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}, tirées des constantes spectroscopiques et comparées aux valeurs tabulées.

Les sommes s’accordent avec les tables à mieux que 0.2 J K−1 mol−1\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}, et à quelques centièmes près pour les molécules légères. Les petits écarts de ClX2\ce{Cl2} et de IX2\ce{I2} proviennent d’approximations faites dans ce chapitre : les constantes de l’isotopologue principal, l’oscillateur harmonique pour une molécule dont de nombreux niveaux de vibration sont peuplés. L’entropie tabulée de CO\ce{CO} est elle-même la valeur statistique : mesurée par calorimétrie, elle ressort plus basse de plusieurs J K−1 mol−1\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}, écart expliqué au Chapitre 11.

Au laboratoire — Mesurer une entropie de troisième principe

La voie calorimétrique chauffe un échantillon de quelques kelvins jusqu’à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} dans un calorimètre adiabatique, en mesurant sa capacité thermique par petits pas. L’entropie est la somme de ∫Cp ⁣dT/T\int C_p\dd T/T sur chaque phase, plus ΔH/T\Delta H/T à chaque transition (solide–solide, fusion, vaporisation), plus une petite correction pour la non-idéalité du gaz réel ; au-dessous de la plus basse température mesurée, on extrapole la CpC_p d’un solide non métallique en aT3aT^3. Le troisième principe fixe à zéro l’entropie du cristal parfait à 0 K. L’accord avec la valeur statistique, aux incertitudes de mesure près, à la fois met à l’épreuve le troisième principe et révèle les cristaux qui ne sont pas parfaits à 0 K.

Histoire des sciences — Boltzmann, 1877

La tombe de Boltzmann.

Ludwig Boltzmann montra en 1877 que l’entropie d’un gaz est proportionnelle au logarithme du nombre de façons dont ses molécules peuvent se partager l’énergie, et établit la distribution qui porte son nom en dénombrant ces façons. Cette interprétation fut âprement contestée par des physiciens qui doutaient de l’existence des atomes. La formule sous la forme S=klog⁡WS = k\log W, avec la constante kk, fut écrite par Max Planck, qui utilisa le même dénombrement en 1900 pour le rayonnement d’un corps chaud ; elle est gravée sur la tombe de Boltzmann, au cimetière central de Vienne.

10.5 Exercices

Exercice 10.1 ★

Quatre oscillateurs se partagent quatre quanta. Énumérer les distributions, donner le poids de chacune, et vérifier que leur somme est égale au nombre de façons de placer quatre quanta indiscernables dans quatre oscillateurs, (73)\binom{7}{3}. Quelles distributions sont les plus probables ?

Solution

Solution de Exercice 10.1.

Notons chaque distribution par les nombres de quanta des quatre oscillateurs, rangés par ordre décroissant. « 4, 0, 0, 0 » : 4!/(3! 1!)=44!/(3!\,1!) = 4 ; « 3, 1, 0, 0 » : 4!/(2! 1! 1!)=124!/(2!\,1!\,1!) = 12 ; « 2, 2, 0, 0 » : 4!/(2! 2!)=64!/(2!\,2!) = 6 ; « 2, 1, 1, 0 » : 4!/(1! 2! 1!)=124!/(1!\,2!\,1!) = 12 ; « 1, 1, 1, 1 » : 1. Total 35 =(73)= \binom73. Les plus probables sont « 3, 1, 0, 0 » et « 2, 1, 1, 0 » (12 chacune) ; la seconde, avec des populations 1, 2, 1 pour 0, 1, 2 quanta, décroît déjà avec l’énergie comme le fait la distribution de Boltzmann pour de grands nombres.

Exercice 10.2 ★

Deux niveaux non dégénérés sont séparés de 2.5 kJ/mol2.5\,\mathrm{kJ}/\mathrm{mol}. Calculer le rapport de leurs populations à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} et à 1000 K1000\,\mathrm{K}. Quelle est la limite à très haute température ?

Solution

Solution de Exercice 10.2.

e−2500/(8.314×298.15)=e−1.009=0.365\eu^{-2500/(8.314 \times 298.15)} = \eu^{-1.009} = 0.365 ; à 1000 K1000\,\mathrm{K}, e−0.301=0.740\eu^{-0.301} = 0.740. À très haute température, le rapport tend vers 1 (populations égales, jamais d’inversion).

Exercice 10.3 ★

Calculer la longueur d’onde thermique d’un atome d’argon à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} et sa fonction de partition de translation dans un volume de 1 dm31\,\mathrm{dm}^{3}.

Solution

Solution de Exercice 10.3.

m=39.95×10−3/6.022×1023=6.634×10−26 kgm = 39.95\times10^{-3}/6.022\times10^{23} = 6.634 \times 10^{-26}\,\mathrm{kg} ; Λ=h/2πmkT=1.600×10−11 m=16.0 pm\Lambda = h/\sqrt{2\pi mkT} = 1.600 \times 10^{-11}\,\mathrm{m} = 16.0\,\mathrm{pm}; qT=10−3/(1.600×10−11)3=2.44×1029q^{\mathrm T} = 10^{-3}/(1.600\times10^{-11})^3 = 2.44 \times 10^{29}.

Exercice 10.4 ★

Avec B0=1.990 cm−1B_0 = 1.990\,\mathrm{cm}^{-1} (NX2\ce{N2}) et 10.440 cm−110.440\,\mathrm{cm}^{-1} (HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl}), calculer θR\theta_{\mathrm R} et la fonction de partition de rotation de haute température de chaque molécule à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}.

Solution

Solution de Exercice 10.4.

hc/k=1.4388 cm Khc/k = 1.4388\,\mathrm{cm}\,\mathrm{K}. NX2\ce{N2} : θR=2.863 K\theta_{\mathrm R} = 2.863\,\mathrm{K}, qR=298.15/(2×2.863)=52.1q^{\mathrm R} = 298.15/(2 \times 2.863) = 52.1. HCl\ce{HCl} : θR=15.02 K\theta_{\mathrm R} = 15.02\,\mathrm{K}, qR=298.15/15.02=19.85q^{\mathrm R} = 298.15/15.02 = 19.85 (somme exacte 20.19).

Exercice 10.5 ★★

Les nombres d’onde fondamentaux de IX2\ce{I2} et de NX2\ce{N2} valent 213.27 cm−1213.27\,\mathrm{cm}^{-1} et 2329.92 cm−12329.92\,\mathrm{cm}^{-1}. Calculer θV\theta_{\mathrm V}, qVq^{\mathrm V} à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, et la fraction des molécules qui ne sont pas dans v=0v = 0.

Solution

Solution de Exercice 10.5.

IX2\ce{I2} : θV=1.4388×213.27=306.9 K\theta_{\mathrm V} = 1.4388 \times 213.27 = 306.9\,\mathrm{K}, qV=1/(1−e−1.029)=1.556q^{\mathrm V} = 1/(1 - \eu^{-1.029}) = 1.556 ; fraction excitée 1−1/qV=0.3571 - 1/q^{\mathrm V} = 0.357. NX2\ce{N2} : θV=3352 K\theta_{\mathrm V} = 3352\,\mathrm{K}, qV=1.000013q^{\mathrm V} = 1.000013, fraction excitée 1.3×10−51.3 \times 10^{-5}.

Exercice 10.6 ★★

Calculer la fonction de partition électronique à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} de NO\ce{NO} (deux niveaux doublement dégénérés distants de 119.73 cm−1119.73\,\mathrm{cm}^{-1}) et de l’atome de chlore (niveau fondamental 2P3/2{}^2P_{3/2}, niveau 2P1/2{}^2P_{1/2} à 882.35 cm−1882.35\,\mathrm{cm}^{-1}). Quelle fraction des molécules de NO\ce{NO} se trouve dans le niveau supérieur ? Vers quoi tend qE(NO)q^{\mathrm E}(\ce{NO}) à haute température ?

Solution

Solution de Exercice 10.6.

NO\ce{NO} : qE=2+2e−119.73/207.22=2+2×0.561=3.12q^{\mathrm E} = 2 + 2\eu^{-119.73/207.22} = 2 + 2 \times 0.561 = 3.12 ; fraction dans le niveau supérieur 1.12/3.12=0.361.12/3.12 = 0.36. À haute température, qE→4q^{\mathrm E} \to 4 (deux niveaux également peuplés). Cl\ce{Cl} : qE=4+2e−882.35/207.22=4+2×0.0142=4.03q^{\mathrm E} = 4 + 2\eu^{-882.35/207.22} = 4 + 2 \times 0.0142 = 4.03.

Exercice 10.7 ★★

À partir de qT=V/Λ3q^{\mathrm T} = V/\Lambda^3, établir l’énergie interne et la capacité thermique à volume constant d’une mole de gaz parfait monoatomique, et évaluer U−U(0)U - U(0) à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}.

Solution

Solution de Exercice 10.7.

ln⁡q=ln⁡V+32ln⁡T+cste\ln q = \ln V + \frac32\ln T + \text{cste}, donc U−U(0)=NkT2×32T=32NkTU - U(0) = NkT^2 \times \frac{3}{2T} = \frac32NkT ; pour une mole, 32RT=3.72 kJ/mol\frac32RT = 3.72\,\mathrm{kJ}/\mathrm{mol} à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, et CV=32R=12.47 J K−1 mol−1C_V = \frac32R = 12.47\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}.

Exercice 10.8 ★★

Utiliser l’équation de Sackur–Tetrode pour calculer l’entropie molaire standard de l’argon à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} ; comparer à la valeur tabulée 154.846 J K−1 mol−1154.846\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}. De combien varie-t-elle si l’on divise la pression par 10 ?

Solution

Solution de Exercice 10.8.

kT/p∘=4.116×10−26 m3kT/p^\circ = 4.116 \times 10^{-26}\,\mathrm{m}^{3}, Λ3=4.093×10−33 m3\Lambda^3 = 4.093 \times 10^{-33}\,\mathrm{m}^{3}, rapport 1.006×1071.006 \times 10^{7} : Sm=8.3145×(16.124+2.5)=154.85 J K−1 mol−1S_{\mathrm m} = 8.3145 \times (16.124 + 2.5) = 154.85\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}, la valeur tabulée au dernier chiffre près. Diviser pp par 10 ajoute Rln⁡10=19.14 J K−1 mol−1R\ln10 = 19.14\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}.

Exercice 10.9 ★★

Calculer la contribution de rotation à l’entropie molaire standard de HX35X2235Cl\ce{H^{35}Cl} à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} (θR=15.02 K\theta_{\mathrm R} = 15.02\,\mathrm{K}).

Solution

Solution de Exercice 10.9.

SmR=R[ln⁡(298.15/15.02)+1]=8.3145×(2.988+1)=33.16 J K−1 mol−1S^{\mathrm R}_{\mathrm m} = R[\ln(298.15/15.02) + 1] = 8.3145 \times (2.988 + 1) = 33.16\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}.

Exercice 10.10 ★★★

En traitant JJ comme une variable continue, montrer que le niveau de rotation le plus peuplé d’une molécule linéaire se situe vers Jmax⁡=T/2θR−12J_{\max} = \sqrt{T/2\theta_{\mathrm R}} - \frac12. L’évaluer pour HCl\ce{HCl} (θR=15.02 K\theta_{\mathrm R} = 15.02\,\mathrm{K}) et CO\ce{CO} (θR=2.766 K\theta_{\mathrm R} = 2.766\,\mathrm{K}) à 300 K300\,\mathrm{K}. Pourquoi les deux branches d’une bande infrarouge sont-elles les plus intenses à quelques raies du centre ?

Solution

Solution de Exercice 10.10.

 ⁣d ⁣dJ[(2J+1)e−θJ(J+1)/T]=[2−(2J+1)2θ/T]e−θJ(J+1)/T=0\frac{\dd}{\dd J}\bigl[(2J+1)\eu^{-\theta J(J+1)/T}\bigr] = \bigl[2 - (2J+1)^2\theta/T\bigr]\eu^{-\theta J(J+1)/T} = 0 donne 2J+1=2T/θ2J + 1 = \sqrt{2T/\theta}, soit Jmax⁡=T/2θ−12J_{\max} = \sqrt{T/2\theta} - \frac12. HCl\ce{HCl} : 2.66, donc J=3J = 3 ; CO\ce{CO} : 6.86, donc J=7J = 7. L’intensité d’une raie de la branche P ou R suit la population de son niveau inférieur, maximale en Jmax⁡J_{\max}, à quelques raies de la lacune du centre de la bande.

Exercice 10.11 ★★★

La formule d’Euler–Maclaurin donne ∑J≥0f(J)≈∫0∞f(J) ⁣dJ+12f(0)−112f′(0)\sum_{J\ge0}f(J) \approx \int_0^\infty f(J)\dd J + \frac12f(0) - \frac1{12}f'(0). L’appliquer à f(J)=(2J+1)e−θJ(J+1)/Tf(J) = (2J+1)\eu^{-\theta J(J+1)/T} et montrer que qR≈T/θ+13q^{\mathrm R} \approx T/\theta + \frac13. Pour quelles températures T/θT/\theta est-il exact à 1 % près ? Est-il acceptable pour HX2\ce{H2} (B0=59.32 cm−1B_0 = 59.32\,\mathrm{cm}^{-1}) à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} ?

Solution

Solution de Exercice 10.11.

∫0∞f ⁣dJ=T/θ\int_0^\infty f\dd J = T/\theta, f(0)=1f(0) = 1, f′(0)=2−θ/Tf'(0) = 2 - \theta/T. Donc qR≈T/θ+12−16+θ12T≈T/θ+13q^{\mathrm R} \approx T/\theta + \frac12 - \frac16 + \frac{\theta}{12T} \approx T/\theta + \frac13. L’erreur relative de T/θT/\theta vaut environ θ/3T\theta/3T : moins de 1 % quand T>33 θT > 33\,\theta. Pour HX2\ce{H2}, θ=1.4388×59.32=85.3 K\theta = 1.4388 \times 59.32 = 85.3\,\mathrm{K} : à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, l’erreur est de 10 %, inacceptable (et la restriction sur JJ due au spin nucléaire doit aussi être traitée exactement, Chapitre 11).

Exercice 10.12 ★★★

Montrer que l’entropie molaire de vibration tend vers zéro quand T≪θVT \ll \theta_{\mathrm V} et vers R[1+ln⁡(T/θV)]R[1 + \ln(T/\theta_{\mathrm V})] quand T≫θVT \gg \theta_{\mathrm V}. Évaluer à la fois l’expression exacte et cette limite pour IX2\ce{I2} (θV=306.9 K\theta_{\mathrm V} = 306.9\,\mathrm{K}) à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}, et commenter.

Solution

Solution de Exercice 10.12.

Pour x=θV/T→∞x = \theta_{\mathrm V}/T \to \infty, x/(ex−1)→0x/(\eu^x - 1) \to 0 et ln⁡(1−e−x)→0\ln(1 - \eu^{-x}) \to 0 : S→0S \to 0. Pour x→0x \to 0, x/(ex−1)≈1−x/2x/(\eu^x - 1) \approx 1 - x/2 et −ln⁡(1−e−x)≈−ln⁡x+x/2-\ln(1 - \eu^{-x}) \approx -\ln x + x/2 : S→R(1−ln⁡x)=R[1+ln⁡(T/θV)]S \to R(1 - \ln x) = R[1 + \ln(T/\theta_{\mathrm V})]. IX2\ce{I2}, x=1.029x = 1.029 : valeur exacte R(0.5721+0.4420)=8.43 J K−1 mol−1R(0.5721 + 0.4420) = 8.43\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1} ; limite R(1−0.0289)=8.07 J K−1 mol−1R(1 - 0.0289) = 8.07\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}. Même pour T≈θVT \approx \theta_{\mathrm V}, la limite classique n’est trop basse que de 4 %.

10.6 Problème : dénombrer l’entropie du diazote

Problème 10.1

Problème du week-end — dénombrer l’entropie du diazote : les contributions de translation, de rotation, de vibration et électronique à son entropie standard, calculées à partir de son spectre et comparées à la table

Le diazote est le principal gaz de l’air. Son entropie molaire standard à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} est calculée ici à partir de sa masse molaire, 28.014 g/mol28.014\,\mathrm{g}/\mathrm{mol}, et de ses constantes spectroscopiques : Be=1.998 241 cm−1B_e = 1.998\,241\,\mathrm{cm}^{-1}, αe=0.017 318 cm−1\alpha_e = 0.017\,318\,\mathrm{cm}^{-1}, ωe=2358.57 cm−1\omega_e = 2358.57\,\mathrm{cm}^{-1}, ωexe=14.324 cm−1\omega_ex_e = 14.324\,\mathrm{cm}^{-1} ; son terme électronique fondamental est 1Σg+{}^1\Sigma_g^+. Pression standard p∘=1 barp^\circ = 1\,\mathrm{bar} ; k=1.380 649×10−23 J/Kk = 1.380\,649 \times 10^{-23}\,\mathrm{J}/\mathrm{K}, h=6.626 070 15×10−34 J sh = 6.626\,070\,15 \times 10^{-34}\,\mathrm{J}\,\mathrm{s}.

Partie I — La translation.

  1. Calculer la masse d’une molécule.
  2. Calculer sa longueur d’onde thermique à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}.
  3. Calculer le volume disponible par molécule, kT/p∘kT/p^\circ.
  4. En déduire qT/Nq^{\mathrm T}/N, et commenter son ordre de grandeur.
  5. Calculer l’entropie molaire de translation.
  6. De combien varierait-elle sous une pression deux fois plus faible ?

Partie II — La rotation.

  1. Calculer B0B_0.
  2. Calculer θR\theta_{\mathrm R}.
  3. Donner le nombre de symétrie et dire ce dont il rend compte.
  4. Calculer qRq^{\mathrm R} à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}.
  5. La forme de haute température est-elle justifiée ?
  6. Calculer l’entropie molaire de rotation.
  7. En ignorant les poids de spin nucléaire, quel niveau de rotation est le plus peuplé ?

Partie III — Vibration et états électroniques.

  1. Calculer le quantum de vibration G(1)−G(0)G(1) - G(0).
  2. Calculer θV\theta_{\mathrm V}.
  3. Calculer qVq^{\mathrm V} à 298.15 K298.15\,\mathrm{K}.
  4. Quelle fraction des molécules se trouve dans v=1v = 1 ?
  5. Calculer l’entropie molaire de vibration.
  6. Quelle est la contribution électronique ? Pourquoi peut-on ignorer les états électroniques excités ?

Partie IV — Somme et comparaison.

  1. Additionner les contributions.
  2. Comparer à la valeur tabulée, 191.609 J K−1 mol−1191.609\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}.
  3. Sur quelles mesures repose la valeur calorimétrique d’une table ?
  4. Pourquoi les tables peuvent-elles laisser de côté le spin nucléaire ?
  5. Énoncer le résultat : l’entropie molaire standard du diazote à 298.15 K298.15\,\mathrm{K} calculée à partir de ses constantes spectroscopiques.
Solution

Solution de Problème 10.1.

1. m=28.014×10−3/6.02214×1023=4.652×10−26 kgm = 28.014\times10^{-3}/6.02214\times10^{23} = 4.652 \times 10^{-26}\,\mathrm{kg}. 2. Λ=h/2πmkT=1.910×10−11 m\Lambda = h/\sqrt{2\pi mkT} = 1.910 \times 10^{-11}\,\mathrm{m} (19.1 pm19.1\,\mathrm{pm}). 3. kT/p∘=1.380649×10−23×298.15/105=4.116×10−26 m3kT/p^\circ = 1.380649\times10^{-23} \times 298.15/10^5 = 4.116 \times 10^{-26}\,\mathrm{m}^{3}. 4. qT/N=4.116×10−26/(1.910×10−11)3=5.905×106q^{\mathrm T}/N = 4.116\times10^{-26}/(1.910\times10^{-11})^3 = 5.905 \times 10^{6} : environ six millions d’états de translation par molécule, si bien que deux molécules n’en partagent presque jamais un et que Q=qN/N!Q = q^N/N! est valable. 5. SmT=R(ln⁡5.905×106+52)=8.3145×18.091=150.42 J K−1 mol−1S^{\mathrm T}_{\mathrm m} = R(\ln5.905 \times 10^{6} + \frac52) = 8.3145 \times 18.091 = 150.42\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}. 6. +Rln⁡2=5.76 J K−1 mol−1+R\ln2 = 5.76\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}, soit 156.18156.18. 7. B0=1.998241−0.008659=1.989 582 cm−1B_0 = 1.998241 - 0.008659 = 1.989\,582\,\mathrm{cm}^{-1}. 8. θR=1.438777×1.989582=2.8626 K\theta_{\mathrm R} = 1.438777 \times 1.989582 = 2.8626\,\mathrm{K}. 9. σ=2\sigma = 2 : les deux noyaux sont identiques ; retourner la molécule bout pour bout donne une orientation indiscernable, et la symétrie d’échange des noyaux n’autorise, pour chaque état de spin nucléaire, que la moitié des niveaux de rotation. 10. qR=298.15/(2×2.8626)=52.08q^{\mathrm R} = 298.15/(2 \times 2.8626) = 52.08. 11. Oui : T/θR=104T/\theta_{\mathrm R} = 104, soit une erreur d’environ 0.3 % sur qRq^{\mathrm R} et bien moindre sur l’entropie. 12. SmR=R(ln⁡52.08+1)=8.3145×4.9527=41.18 J K−1 mol−1S^{\mathrm R}_{\mathrm m} = R(\ln52.08 + 1) = 8.3145 \times 4.9527 = 41.18\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}. 13. Jmax⁡=298.15/5.725−0.5=6.72J_{\max} = \sqrt{298.15/5.725} - 0.5 = 6.72 : J=7J = 7 (population 0.0839, juste au-dessus de 0.0831 pour J=6J = 6). 14. 2358.57−2×14.324=2329.92 cm−12358.57 - 2 \times 14.324 = 2329.92\,\mathrm{cm}^{-1}. 15. θV=1.438777×2329.92=3352 K\theta_{\mathrm V} = 1.438777 \times 2329.92 = 3352\,\mathrm{K}. 16. x=3352.2/298.15=11.24x = 3352.2/298.15 = 11.24 ; qV=1/(1−e−11.24)=1.000013q^{\mathrm V} = 1/(1 - \eu^{-11.24}) = 1.000013. 17. e−11.24/qV=1.3×10−5\eu^{-11.24}/q^{\mathrm V} = 1.3 \times 10^{-5}. 18. SmV=R[11.24e−11.24+e−11.24]=0.0013 J K−1 mol−1S^{\mathrm V}_{\mathrm m} = R[11.24\eu^{-11.24} + \eu^{-11.24}] = 0.0013\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}, négligeable. 19. g0=1g_0 = 1 (1Σ{}^1\Sigma) : Rln⁡1=0R\ln1 = 0. Les états électroniques excités se situent plusieurs électronvolts plus haut, à plus de cent fois kTkT : leurs facteurs de Boltzmann sont totalement négligeables. 20. 150.42+41.18+0.00+0=191.60 J K−1 mol−1150.42 + 41.18 + 0.00 + 0 = 191.60\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}. 21. L’écart vaut 0.01 J K−1 mol−10.01\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1}, au niveau des approximations faites (rotateur rigide, séparation des mouvements). 22. Les capacités thermiques du solide mesurées depuis quelques kelvins (extrapolées en T3T^3 au-dessous), les enthalpies de la transition solide–solide, de fusion et de vaporisation divisées par leurs températures, la capacité thermique du gaz, et une correction de non-idéalité. 23. Les noyaux sont conservés dans toute réaction, si bien que leur entropie de spin est la même des deux côtés et se simplifie ; la calorimétrie ne la voit pas non plus, puisque les spins nucléaires restent désordonnés dans le cristal jusqu’aux plus basses températures mesurées. 24. S∘(NX2,298.15 K)=191.6 J K−1 mol−1S^\circ(\ce{N2}, 298.15\,\mathrm{K}) = 191.6\,\mathrm{J}\,\mathrm{K}^{-1}\,\mathrm{mol}^{-1} à partir des constantes spectroscopiques, dont 150.4 dus à la translation et 41.2 à la rotation.

Termes définis dans ce chapitre

Voir les 852 termes du glossaire