Le produit scalaire attache un nombre à une paire de vecteurs, et ce nombre voit la géométrie : il s’annule exactement pour des directions perpendiculaires, et il mesure angles et longueurs. C’est le moteur derrière la loi des cosinus, les équations de cercles, et les calculs de perpendicularité. Le même outil, dans l’espace, est le sujet du Chapitre 31.
16.1 Définition et premiers calculs
Définition 16.1(Produit scalaire)
Le produit scalaire de deux vecteursu et v est le nombre
u⋅v=21(∥u+v∥2−∥u∥2−∥v∥2),
où ∥u∥ désigne la longueur (norme) de u.
Théorème 16.2(Les quatre faces du produit scalaire)
Soient u(x,y) et v(x′,y′) des vecteurs non nuls, et θ l’angle entre eux. Alors
(projection)u⋅v=u⋅v′, où v′ est la projection orthogonale de v sur la direction de u ; si u=OA et v=OB, alors u⋅v=OA×OH, un produit de longueurs algébriques, où H est le pied de la perpendiculaire issue de B à la droite (OA) ;
2. Choisir le repère pour que u pointe le long de l’axe des x positifs :
u(∥u∥,0)etv(∥v∥cosθ,∥v∥sinθ)
(Chapitre 14). La formule 1 donne alors u⋅v=∥u∥∥v∥cosθ+0. La formule 3 lit le même calcul : la projection de v sur l’axe des x a pour longueur algébrique ∥v∥cosθ=OH. ∎
La vue en projection : u⋅v=OA×OH, où H est le pied de la perpendiculaire depuis l’extrémité de v. Le segment orange OH a pour longueur algébrique ∥v∥cosθ.
Exemple 16.3
u(3,1) et v(2,−4) : u⋅v=6−4=2. Les normes sont ∥u∥=10 et ∥v∥=20, donc cosθ=10202=1022=102 : l’angle est un peu inférieur à 82∘.
Démonstration. Tout suit de la formule en coordonnées : par exemple u⋅(v+w)=x(x′+x′′)+y(y′+y′′)=(xx′+yy′)+(xx′′+yy′′). La dernière identité développe ∥u+v∥2=(u+v)⋅(u+v) en utilisant les trois premières règles — le produit scalaire se comporte exactement comme un produit ordinaire, donc les identités algébriques usuelles s’appliquent aux vecteurs. ∎
16.2 Orthogonalité
Définition 16.5(Vecteurs orthogonaux)
Deux vecteurs sont orthogonaux, noté u⊥v, si u⋅v=0.
Remarque 16.6
Pour des vecteurs non nuls, la formule 2 du Théorème 16.2 montre u⋅v=0⟺cosθ=0⟺ les directions sont perpendiculaires. Le vecteur nul est orthogonal à tout.
Exemple 16.7
u(3,2) et v(−4,6) : u⋅v=−12+12=0 : orthogonaux. En général, u(a,b) est toujours orthogonal à v(−b,a) — une rotation d’un quart de tour.
16.3 La loi des cosinus
Théorème 16.8(Loi des cosinus)
Dans un triangle ABC de côtés a=BC, b=CA, c=AB et d’angle A au sommet A :
Lorsque A est un angle droit, cosA=0 et la loi des cosinus se réduit au théorème de Pythagore a2=b2+c2 : c’est Pythagore avec un terme correctif pour les angles non droits.
La loi des cosinus : connaître deux côtés b, c et l’angle entre eux détermine le troisième côté a.
Exemple 16.10
Deux côtés d’un triangle mesurent b=5 et c=8, enfermant un angle A=3π. Alors
a2=25+64−2×5×8×21=89−40=49,
donc a=7.
16.4 Applications : cercles et droites perpendiculaires
Proposition 16.11(Cercle de diamètre donné)
Un point M est sur le cercle de diamètre [AB] si et seulement si
MA⋅MB=0.
Démonstration. Si M=A,B, la condition dit que l’angle en M dans le triangle AMB est droit, et les points qui voient un segment sous un angle droit sont exactement ceux du cercle de ce diamètre. Voici une preuve directe : soit O le milieu de [AB] et r=2AB. Alors MA=MO+OA et MB=MO+OB=MO−OA, donc
MA⋅MB=MO2−OA2=MO2−r2,
qui s’annule exactement lorsque MO=r, c’est-à-dire lorsque M est sur le cercle de centre O et de rayon r. ∎
Proposition 16.12(Vecteur normal d’une droite)
Le vecteurn(a,b) est orthogonal à tout vecteur directeur de la droite d:ax+by+c=0 ; on dit que n est un vecteur normal de d. Deux droites sont perpendiculaires exactement lorsque leurs vecteurs normaux (ou directeurs) sont orthogonaux.
Droite par A de normale n(a,b) : écrire AM⋅n=0, qui se développe en ax+by+c=0 avec c déterminé par A.
Perpendicularité de d:ax+by+c=0 et d′:a′x+b′y+c′=0 : vérifier aa′+bb′=0.
Exemple 16.14
La droite par P(2,−1) perpendiculaire à d:3x−y+4=0 : un vecteur directeur de d est (1,3), qui sert de vecteurnormal de la perpendiculaire. Équation : x+3y+c=0 avec 2−3+c=0, donc c=1 : la droite est x+3y+1=0.
Exemple 16.15(Équation d’un cercle)
Le cercle de centre Ω(1,2) et de rayon 3 est l’ensemble des points M(x,y) tels que ΩM2=9 :
(x−1)2+(y−2)2=9.
Réciproquement, x2+y2−2x−4y−4=0 se réécrit, en complétant les carrés (Chapitre 10), comme (x−1)2+(y−2)2=9 : le même cercle.
ABC est un triangle équilatéral de côté 6. Calculer AB⋅AC et AB⋅BC.
Solution
Solution de Exercice 16.2.
AB⋅AC=6×6×cos60∘=18.
Les vecteursAB et BC font un angle de 180∘−60∘=120∘ (les placer bout à bout en B), donc AB⋅BC=36cos120∘=−18.
Exercice 16.3★
Pour quelle valeur de t les vecteursu(3,t) et v(t−8,1) sont-ils orthogonaux ? Et pour quelle(s) valeur(s) de t le vecteuru(t,2) est-il orthogonal à lui-même moins v(4,2), c’est-à-dire u⊥(u−v) ?
Solution
Solution de Exercice 16.3.
u⋅v=3(t−8)+t=4t−24=0 donne t=6.
u−v=(t−4,0), donc u⋅(u−v)=t(t−4)+0=t2−4t, qui s’annule pour t=0 ou t=4.
Exercice 16.4★
Calculer l’angle θ entre u(1,2) et v(3,1) (donner cosθ exactement, puis θ au degré le plus proche).
Solution
Solution de Exercice 16.4.
u⋅v=3+2=5, ∥u∥=5, ∥v∥=10, donc
cosθ=5105=525=22,
d’où θ=45∘ exactement.
Exercice 16.5★★
Un triangle a pour côtés b=4, c=6 et pour angle A=32π entre eux. Calculer le troisième côté a. Puis, dans un triangle de côtés a=7, b=5, c=4, calculer cosA et décider si A est aigu ou obtus.
Solution
Solution de Exercice 16.5.
a2=16+36−2×4×6×cos32π=52−48×(−21)=76, donc a=76=219≈8.7.
Pour le second triangle, la loi des cosinus résolue pour l’angle donne
cosA=2bcb2+c2−a2=2×5×425+16−49=−408=−51,
négatif : A est obtus.
Exercice 16.6★★
Soient A(1,1), B(5,−1) et C(3,5). Calculer AB⋅AC ; l’angle A est-il droit ? Calculer les trois longueurs de côtés et vérifier avec la loi des cosinus.
Solution
Solution de Exercice 16.6.
AB(4,−2) et AC(2,4) : AB⋅AC=8−8=0, donc l’angle en A est droit. Côtés : AB=16+4=20, AC=4+16=20, et BC(−2,6) donne BC=40. Cohérence : BC2=40=20+20=AB2+AC2, la loi des cosinus avec cosA=0 (Pythagore).
Exercice 16.7★★
Donner une équation du cercle de centre Ω(−2,3) et de rayon 5. Puis déterminer le centre et le rayon du cercle
Soient A(−3,0) et B(0,2). En utilisant la Proposition 16.11, trouver une équation du cercle de diamètre [AB], et vérifier que l’origine O(0,0) y est.
Solution
Solution de Exercice 16.8.
M(x,y) est sur le cercle lorsque MA⋅MB=0 avec MA(−3−x,−y) et MB(−x,2−y) :
(−3−x)(−x)+(−y)(2−y)=x2+3x+y2−2y=0.
Pour l’origine : 0+0+0−0=0, donc O est sur le cercle — géométriquement, OA(−3,0) et OB(0,2) sont orthogonaux, donc O voit [AB] sous un angle droit. (En complétant les carrés : centre (−23,1), rayon 213.)
Exercice 16.9★★
Trouver une équation de la droite passant par P(1,3) perpendiculaire à d:2x+y−7=0, et les coordonnées du pied H de la perpendiculaire (l’intersection des deux droites). En déduire la distance de P à d.
Solution
Solution de Exercice 16.9.
La perpendiculaire par P a le vecteur directeur de d, à savoir (−1,2), comme vecteur normal : équation−x+2y+c=0 ; par P(1,3) : −1+6+c=0, c=−5, donc x−2y+5=0.
Intersection avec d : de 2x+y=7, y=7−2x ; en substituant, x−2(7−2x)+5=5x−9=0, donc x=59, y=517 : H(59,517). Alors PH(54,52) et
PH=2516+254=520=525≈0.89.
Exercice 16.10★★
En utilisant ∥u+v∥2=∥u∥2+2u⋅v+∥v∥2 et son analogue pour u−v, prouver l’identité du parallélogramme :
∥u+v∥2+∥u−v∥2=2∥u∥2+2∥v∥2,
et l’interpréter dans un parallélogramme (diagonales contre côtés).
Solution
Solution de Exercice 16.10.
En additionnant
∥u+v∥2=∥u∥2+2u⋅v+∥v∥2et∥u−v∥2=∥u∥2−2u⋅v+∥v∥2,
les termes croisés s’annulent et ∥u+v∥2+∥u−v∥2=2∥u∥2+2∥v∥2. Dans un parallélogramme de côtés u et v, les diagonales sont u+v et u−v : la somme des carrés des deux diagonales égale la somme des carrés des quatre côtés.
Exercice 16.11★★★
Soient A et B deux points avec AB=4, et I le milieu de [AB].
Montrer que pour tout point M : MA⋅MB=MI2−4. (Insérer I : MA=MI+IA.)
En déduire l’ensemble des points M tels que MA⋅MB=12.