Mathematics · Livre 2 · Grades 10–12

Mathématiques du lycée

Mathématiques du lycée · Grades 10–12

11Fonctions et variations

Ce chapitre organise ce qu’il faut savoir sur les fonctions avant le calcul différentiel : la petite famille des fonctions de référence dont les graphiques doivent être connus par cœur, le sens précis de croissante et décroissante, et le comportement des variations lorsque l’on combine des fonctions.

11.1 Fonctions et courbes

Définition 11.1 (Fonction, ensemble de définition, courbe)

Une fonction ff associe à chaque nombre xx d’un ensemble DRD \subseteq \R (son ensemble de définition) exactement un nombre f(x)f(x). Sa courbe (ou graphique) est l’ensemble des points (x,f(x))\bigl(x, f(x)\bigr) pour xDx \in D.

Exemple 11.2

La formule f(x)=x+2x1f(x) = \frac{\sqrt{x+2}}{x-1} exige x+20x + 2 \geq 0 (pour la racine carrée) et x1x \neq 1 (dénominateur non nul) : l’ensemble de définition est [2,1)(1,+)\intco{-2}{1} \cup \intoo{1}{+\infty}.

11.2 Les fonctions de référence

Les cinq fonctions suivantes et leurs courbes doivent devenir des réflexes.

Définition 11.3 (Fonctions de référence)

xx2 (carreˊ),xx3 (cube),xx,x1x,xx.x \mapsto x^2 \text{ (carré)}, \quad x \mapsto x^3 \text{ (cube)}, \quad x \mapsto \sqrt{x}, \quad x \mapsto \frac{1}{x}, \quad x \mapsto \abs{x}.

Leurs ensembles de définition sont R\R, R\R, [0,+)\intco{0}{+\infty}, R{0}\R \setminus \{0\} et R\R respectivement. La courbe de x1xx \mapsto \frac1x est une hyperbole.

Les cinq courbes de référence : la parabole x2 et le cube x3 (à gauche) ; √ x, x et l’hyperbole 1x (à droite). Les cinq courbes de référence : la parabole x2 et le cube x3 (à gauche) ; √ x, x et l’hyperbole 1x (à droite).
Les cinq courbes de référence : la parabole x2x^2 et le cube x3x^3 (à gauche) ; x\sqrt x, x\abs x et l’hyperbole 1x\frac1x (à droite).

11.3 Variations sur un intervalle

Définition 11.4 (Croissante, décroissante)

Soit ff définie sur un intervalle II. La fonction ff est croissante sur II si elle préserve l’ordre :

pour tous u,vI:u<v    f(u)f(v),\text{pour tous } u, v \in I: \quad u < v \implies f(u) \leq f(v),

et décroissante si elle inverse l’ordre (u<v    f(u)f(v)u < v \implies f(u) \geq f(v)). Avec des inégalités strictes à droite, ff est strictement croissante (resp. décroissante). Une fonction qui est croissante ou décroissante sur II est monotone sur II.

Méthode 11.5 (Démontrer une variation à partir de la définition)

Prendre deux nombres arbitraires u<vu < v dans l’intervalle, et déterminer le signe de la différence f(v)f(u)f(v) - f(u), en général en la factorisant. Si le signe est constant sur l’intervalle, conclure.

Proposition 11.6 (Variations des fonctions de référence)

  1. x2x^2 est strictement décroissante sur (,0]\intoc{-\infty}{0} et strictement croissante sur [0,+)\intco{0}{+\infty}.
  2. x3x^3 est strictement croissante sur R\R.
  3. x\sqrt x est strictement croissante sur [0,+)\intco{0}{+\infty}.
  4. 1x\frac1x est strictement décroissante sur (,0)\intoo{-\infty}{0} et sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} (mais pas sur leur réunion).
  5. x\abs x est strictement décroissante sur (,0]\intoc{-\infty}{0} et strictement croissante sur [0,+)\intco{0}{+\infty}.

Démonstration. Soit u<vu < v. On factorise f(v)f(u)f(v) - f(u) dans chaque cas.

1. v2u2=(vu)(v+u)v^2 - u^2 = (v-u)(v+u). Sur [0,+)\intco{0}{+\infty} : vu>0v - u > 0 et v+u>0v + u > 0 (car v>u0v > u \geq 0), donc v2>u2v^2 > u^2. Sur (,0]\intoc{-\infty}{0} : v+u<0v + u < 0, donc v2<u2v^2 < u^2.

2. v3u3=(vu)(v2+uv+u2)v^3 - u^3 = (v - u)(v^2 + uv + u^2), et le second facteur égale (v+u2)2+3u24>0\left(v + \frac u2\right)^2 + \frac{3u^2}{4} > 0 sauf si u=v=0u = v = 0. Donc v3>u3v^3 > u^3 dès que v>uv > u.

3. Pour 0u<v0 \leq u < v : vu=(vu)(v+u)v+u=vuv+u>0\sqrt v - \sqrt u = \frac{(\sqrt v - \sqrt u)(\sqrt v + \sqrt u)} {\sqrt v + \sqrt u} = \frac{v - u}{\sqrt v + \sqrt u} > 0.

4. Pour 0<u<v0 < u < v : 1v1u=uvuv<0\frac1v - \frac1u = \frac{u - v}{uv} < 0 car uv<0u - v < 0 et uv>0uv > 0 ; même calcul pour u<v<0u < v < 0. Sur la réunion l’assertion échoue : 1<1-1 < 1 mais 11=1<1=11\frac{1}{-1} = -1 < 1 = \frac11.

5. Sur [0,+)\intco{0}{+\infty}, x=x\abs x = x est strictement croissante ; sur (,0]\intoc{-\infty}{0}, x=x\abs x = -x est strictement décroissante.

Remarque 11.7

Le point 4 est un piège classique : « décroissante sur (,0)\intoo{-\infty}{0} et sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} » n’est pas la même chose que « décroissante sur R{0}\R \setminus \{0\} ». Les variations n’ont de sens que sur des intervalles.

Exemple 11.8 (Comparer sans calculer)

Comme x\sqrt x est strictement croissante, 7<8\sqrt{7} < \sqrt{8} ; comme x2x^2 est strictement décroissante sur (,0]\intoc{-\infty}{0}, (3)2>(2)2(-3)^2 > (-2)^2. La monotonie transforme les comparaisons d’images en comparaisons d’arguments.

11.4 Nouvelles fonctions à partir d’anciennes

Proposition 11.9 (Transformations)

Soit uu une fonction définie sur un intervalle II et kRk \in \R.

  1. u+ku + k a les mêmes variations que uu sur II ; sa courbe est celle de uu décalée verticalement de kk.
  2. Pour λ>0\lambda > 0, λu\lambda u a les mêmes variations que uu ; pour λ<0\lambda < 0, les variations sont inversées.
  3. Si u0u \geq 0 sur II, alors u\sqrt u a les mêmes variations que uu.
  4. Si u0u \neq 0 et uu a un signe constant sur II, alors 1u\frac1u a les variations opposées à celles de uu.

Démonstration. Soient u<vu < v dans II (en abusant de notation, on compare des valeurs de xx u<vu < v ; écrire s=u(x1)s = u(x_1), t=u(x2)t = u(x_2) pour les images de x1<x2x_1 < x_2).

1. (u+k)(x2)(u+k)(x1)=ts(u+k)(x_2) - (u+k)(x_1) = t - s : la différence des images est inchangée, donc son signe l’est aussi.

2. λtλs=λ(ts)\lambda t - \lambda s = \lambda(t - s) : le signe est conservé si λ>0\lambda > 0, inversé si λ<0\lambda < 0.

3. Si uu est croissante et x1<x2x_1 < x_2, alors 0st0 \leq s \leq t, et \sqrt{} étant croissante (Proposition 11.6) donne st\sqrt s \leq \sqrt t. Même argument dans le cas décroissant.

4. Si uu est croissante, 0<st0 < s \leq t (ou st<0s \leq t < 0), alors 1s1t\frac1s \geq \frac1t car x1xx \mapsto \frac1x est décroissante de chaque côté de 00 : l’ordre est inversé.

Exemple 11.10

Étudier f(x)=x2+1f(x) = \sqrt{x^2 + 1} sur R\R. La fonction intérieure u(x)=x2+1u(x) = x^2 + 1 est positive, décroissante sur (,0]\intoc{-\infty}{0} et croissante sur [0,+)\intco{0}{+\infty} (un carré décalé). Par le point 3, ff a les mêmes variations : décroissante puis croissante, avec minimum f(0)=1f(0) = 1.

Transformations en action : décaler x2 de 1 vers le haut (rouge) conserve ses variations ; prendre la racine carrée (orange) les conserve encore, comme dans l’.
Transformations en action : décaler x2x^2 de 11 vers le haut (rouge) conserve ses variations ; prendre la racine carrée (orange) les conserve encore, comme dans l’Exemple 11.10.

11.5 Fonctions paires et impaires

Définition 11.11 (Parité)

Soit ff définie sur un ensemble de définition DD symétrique par rapport à 00 (c’est-à-dire xD-x \in D dès que xDx \in D). La fonction ff est paire si f(x)=f(x)f(-x) = f(x) pour tout xDx \in D, et impaire si f(x)=f(x)f(-x) = -f(x) pour tout xDx \in D.

Proposition 11.12 (Sens géométrique)

La courbe d’une fonction paire est symétrique par rapport à l’axe des yy ; la courbe d’une fonction impaire est symétrique par rapport à l’origine.

Démonstration. Si ff est paire et (x,y)(x, y) est sur la courbe (donc y=f(x)y = f(x)), alors f(x)=f(x)=yf(-x) = f(x) = y : le point miroir (x,y)(-x, y) est aussi sur la courbe. Si ff est impaire, f(x)=yf(-x) = -y : le point (x,y)(-x, -y), symétrique de (x,y)(x,y) par rapport à l’origine, est sur la courbe.

Exemple 11.13

x2x^2 et x\abs x sont paires ; x3x^3 et 1x\frac1x sont impaires ; f(x)=x2+xf(x) = x^2 + x n’est ni l’une ni l’autre : f(1)=0f(-1) = 0 tandis que f(1)=2f(1) = 2, donc f(1)±f(1)f(-1) \neq \pm f(1). La parité divise le travail par deux : une fonction paire ou impaire n’a besoin d’être étudiée que sur [0,+)\intco{0}{+\infty}.

11.6 Exercices

Exercice 11.1

Donner l’ensemble de définition de chaque fonction :

f(x)=3x,g(x)=1x24,h(x)=xx5.f(x) = \sqrt{3 - x}, \qquad g(x) = \frac{1}{x^2 - 4}, \qquad h(x) = \frac{\sqrt{x}}{x - 5} .
Solution

Solution de Exercice 11.1.

ff : il faut 3x03 - x \geq 0, ensemble de définition (,3]\intoc{-\infty}{3}.

gg : il faut x240x^2 - 4 \neq 0, c’est-à-dire x±2x \neq \pm 2 : ensemble de définition R{2,2}\R \setminus \{-2, 2\}.

hh : il faut x0x \geq 0 et x5x \neq 5 : ensemble de définition [0,5)(5,+)\intco{0}{5} \cup \intoo{5}{+\infty}.

Exercice 11.2

En utilisant les variations des fonctions de référence, comparer sans calculatrice :

11 et 13;(2.1)2 et (2.05)2;10.9 et 11.1;(1.01)3 et (0.99)3.\sqrt{11} \text{ et } \sqrt{13}; \qquad (-2.1)^2 \text{ et } (-2.05)^2; \qquad \frac{1}{0.9} \text{ et } \frac{1}{1.1}; \qquad (-1.01)^3 \text{ et } (-0.99)^3 .
Solution

Solution de Exercice 11.2.

11<13\sqrt{11} < \sqrt{13} car \sqrt{} est croissante et 11<1311 < 13.

(2.1)2>(2.05)2(-2.1)^2 > (-2.05)^2 car x2x^2 est décroissante sur (,0]\intoc{-\infty}{0} et 2.1<2.05-2.1 < -2.05.

10.9>11.1\frac{1}{0.9} > \frac{1}{1.1} car 1x\frac1x est décroissante sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} et 0.9<1.10.9 < 1.1.

(1.01)3<(0.99)3(-1.01)^3 < (-0.99)^3 car x3x^3 est croissante et 1.01<0.99-1.01 < -0.99.

Exercice 11.3

Déterminer si chaque fonction est paire, impaire, ou ni l’une ni l’autre :

f(x)=3x4x2,g(x)=x3+x,h(x)=x2+x3,k(x)=xx2+1.f(x) = 3x^4 - x^2, \qquad g(x) = x^3 + x, \qquad h(x) = x^2 + x^3, \qquad k(x) = \frac{x}{x^2+1} .
Solution

Solution de Exercice 11.3.

f(x)=3(x)4(x)2=3x4x2=f(x)f(-x) = 3(-x)^4 - (-x)^2 = 3x^4 - x^2 = f(x) : paire.

g(x)=x3x=g(x)g(-x) = -x^3 - x = -g(x) : impaire.

h(1)=2h(1) = 2 et h(1)=11=0h(-1) = 1 - 1 = 0, donc h(1)h(-1) n’est ni h(1)h(1) ni h(1)-h(1) : ni paire ni impaire.

k(x)=xx2+1=k(x)k(-x) = \frac{-x}{x^2+1} = -k(x) : impaire.

Exercice 11.4

Une fonction ff a le comportement en variations suivant : croissante sur [3,1]\intcc{-3}{1} de f(3)=2f(-3) = -2 à f(1)=4f(1) = 4, puis décroissante sur [1,5]\intcc{1}{5} jusqu’à f(5)=0f(5) = 0. Combien de solutions l’équation f(x)=1f(x) = 1 a-t-elle sur [3,5]\intcc{-3}{5} ? Et f(x)=5f(x) = 5 ?

Solution

Solution de Exercice 11.4.

Lire le tableau de variations. Sur [3,1]\intcc{-3}{1}, ff monte de 2-2 à 44 et croise la valeur 11 exactement une fois ; sur [1,5]\intcc{1}{5} elle descend de 44 à 00 et croise 11 une fois encore : l’équation f(x)=1f(x) = 1 a 22 solutions. Le maximum de ff est f(1)=4<5f(1) = 4 < 5, donc f(x)=5f(x) = 5 n’a aucune solution.

Exercice 11.5 ★★

En utilisant la Méthode 11.5 (signe de f(v)f(u)f(v) - f(u)), prouver que f(x)=x24xf(x) = x^2 - 4x est strictement croissante sur [2,+)\intco{2}{+\infty}.

Solution

Solution de Exercice 11.5.

Soit 2u<v2 \leq u < v. Alors

f(v)f(u)=v24vu2+4u=(vu)(v+u)4(vu)=(vu)(u+v4).f(v) - f(u) = v^2 - 4v - u^2 + 4u = (v-u)(v+u) - 4(v-u) = (v - u)(u + v - 4).

Les deux facteurs sont positifs : vu>0v - u > 0, et u+v>2+2=4u + v > 2 + 2 = 4 car u2u \geq 2 et v>2v > 2. Donc f(v)>f(u)f(v) > f(u) : ff est strictement croissante sur [2,+)\intco{2}{+\infty}.

Exercice 11.6 ★★

Sans calculer aucune dérivée, donner les variations de

f(x)=5x  sur (,5],g(x)=1x2+1  sur [0,+),h(x)=32x  sur [0,+).\begin{gather*} f(x) = \sqrt{5 - x} \ \text{ sur } \intoc{-\infty}{5}, \qquad g(x) = \frac{1}{x^2 + 1} \ \text{ sur } \intco{0}{+\infty}, \\ h(x) = 3 - 2\sqrt{x} \ \text{ sur } \intco{0}{+\infty}. \end{gather*}
Solution

Solution de Exercice 11.6.

f=uf = \sqrt{u} avec u(x)=5xu(x) = 5 - x décroissante et positive ou nulle sur (,5]\intoc{-\infty}{5} : ff est décroissante là (Proposition 11.9).

g=1ug = \frac1u avec u(x)=x2+1u(x) = x^2 + 1 croissante et positive sur [0,+)\intco{0}{+\infty} : gg est décroissante là.

h=32xh = 3 - 2\sqrt x : x\sqrt x est croissante, multiplier par 2<0-2 < 0 inverse, ajouter 33 ne change rien : hh est décroissante sur [0,+)\intco{0}{+\infty}.

Exercice 11.7 ★★

Soit f(x)=(x2)23f(x) = (x-2)^2 - 3 sur R\R.

  1. Donner les variations de ff et son minimum.
  2. En déduire les variations de g(x)=1(x2)2+1g(x) = \frac{1}{(x-2)^2+1} et son maximum. (Noter g=1f+4g = \frac{1}{f + 4}.)
Solution

Solution de Exercice 11.7.

1. ff est sous forme canonique : décroissante sur (,2]\intoc{-\infty}{2}, croissante sur [2,+)\intco{2}{+\infty}, minimum f(2)=3f(2) = -3.

2. g=1ug = \frac{1}{u} avec u(x)=(x2)2+1=f(x)+4u(x) = (x-2)^2 + 1 = f(x) + 4. Le décalage de 44 conserve les variations de ff, et u1>0u \geq 1 > 0. Prendre l’inverse les inverse : gg est croissante sur (,2]\intoc{-\infty}{2} et décroissante sur [2,+)\intco{2}{+\infty}, avec maximum g(2)=11=1g(2) = \frac{1}{1} = 1.

Exercice 11.8 ★★

La courbe d’une fonction ff passe par les points (0,1)(0, 1), (2,3)(2, 3) et (4,1)(4, 1), et ff est croissante sur [0,2]\intcc{0}{2} et décroissante sur [2,4]\intcc{2}{4}. Croquer une courbe possible, puis croquer les courbes de f+2f + 2, de f-f, et de 2f2f.

Solution

Solution de Exercice 11.8.

Toute courbe en forme de colline passant par les trois points convient. Puis : f+2f + 2 passe par (0,3)(0,3), (2,5)(2,5), (4,3)(4,3), mêmes variations (décalage vertical) ; f-f passe par (0,1)(0,-1), (2,3)(2,-3), (4,1)(4,-1) avec des variations inversées (le pic devient une vallée) ; 2f2f passe par (0,2)(0,2), (2,6)(2,6), (4,2)(4,2), mêmes variations mais amplifiées verticalement.

Exercice 11.9 ★★

Montrer que la fonction f(x)=2x+1x+1f(x) = \frac{2x+1}{x+1} peut s’écrire f(x)=21x+1f(x) = 2 - \frac{1}{x+1}, et en déduire ses variations sur (1,+)\intoo{-1}{+\infty}.

Solution

Solution de Exercice 11.9.

21x+1=2(x+1)1x+1=2x+1x+1=f(x)2 - \frac{1}{x+1} = \frac{2(x+1) - 1}{x+1} = \frac{2x+1}{x+1} = f(x). Sur (1,+)\intoo{-1}{+\infty}, u(x)=x+1u(x) = x + 1 est croissante et positive, donc 1u\frac1u est décroissante, 1u-\frac1u est croissante, et ajouter 22 ne change rien : ff est strictement croissante sur (1,+)\intoo{-1}{+\infty}.

Exercice 11.10 ★★

Vrai ou faux (justifier ou donner un contre-exemple) :

  1. La somme de deux fonctions croissantes sur II est croissante sur II.
  2. Le produit de deux fonctions croissantes sur II est croissant sur II.
  3. Si ff est croissante sur II, alors f2f^2 (=f×f= f \times f) est croissante sur II.
Solution

Solution de Exercice 11.10.

1. Vrai. Si u<vu < v, alors (f+g)(v)(f+g)(u)=(f(v)f(u))+(g(v)g(u))(f+g)(v) - (f+g)(u) = \bigl(f(v)-f(u)\bigr) + \bigl(g(v)-g(u)\bigr) est une somme de deux nombres positifs ou nuls.

2. Faux. f(x)=g(x)=xf(x) = g(x) = x sont croissantes sur R\R, mais leur produit x2x^2 n’est pas croissant sur R\R (il décroît sur (,0]\intoc{-\infty}{0}). (L’assertion devient vraie si les deux fonctions sont aussi positives ou nulles.)

3. Faux. Même contre-exemple : f(x)=xf(x) = x est croissante sur R\R mais f2(x)=x2f^2(x) = x^2 ne l’est pas.

Exercice 11.11 ★★★

Soit f(x)=x+1xf(x) = x + \frac{1}{x} pour x>0x > 0.

  1. Montrer que pour 0<u<v0 < u < v, f(v)f(u)=(vu)uv1uvf(v) - f(u) = (v - u)\,\frac{uv - 1}{uv}.
  2. En déduire que ff est strictement décroissante sur (0,1]\intoc{0}{1} et strictement croissante sur [1,+)\intco{1}{+\infty}.
  3. Conclure que x+1x2x + \frac1x \geq 2 pour tout x>0x > 0, avec égalité seulement en x=1x = 1.
Solution

Solution de Exercice 11.11.

1. Pour 0<u<v0 < u < v :

f(v)f(u)=(vu)+1v1u=(vu)+uvuv=(vu)(11uv)=(vu)uv1uv.f(v) - f(u) = (v - u) + \frac1v - \frac1u = (v - u) + \frac{u - v}{uv} = (v - u)\left(1 - \frac{1}{uv}\right) = (v - u)\,\frac{uv - 1}{uv}.

2. Toujours vu>0v - u > 0 et uv>0uv > 0. Si 0<u<v10 < u < v \leq 1, alors uv<1uv < 1, donc uv1<0uv - 1 < 0 et f(v)<f(u)f(v) < f(u) : ff est strictement décroissante sur (0,1]\intoc{0}{1}. Si 1u<v1 \leq u < v, alors uv>1uv > 1 et f(v)>f(u)f(v) > f(u) : ff est strictement croissante sur [1,+)\intco{1}{+\infty}.

3. ff décroît avant 11 et croît après, donc f(x)f(1)=2f(x) \geq f(1) = 2 pour tout x>0x > 0, avec égalité exactement en x=1x = 1. (Cette inégalité réapparaît sous de nombreuses formes ; comparer l’Exemple 10.3 et les inégalités de tangente du Chapitre 22.)

11.7 Problème : la fabrique des symétries

Problème 11.1

Devoir du week-end — toute fonction est une partie paire plus une partie impaire : règles de parité, jeu des transformations, et des minimums gagnés sans dérivée

Certaines fonctions sont symétriques par rapport à un miroir, d’autres par rapport à un demi-tour, la plupart ne le sont ni d’une façon ni de l’autre — et pourtant un petit miracle algébrique affirme que toute fonction est, d’une seule manière, la somme d’un morceau symétrique en miroir et d’un morceau symétrique par demi-tour. Ce problème démontre le miracle, joue au jeu des transformations sur les courbes de référence (Proposition 11.9), et se referme sur la technique de factorisation de la différence de l’Exercice 11.11, qui remporte des problèmes de minimisation un chapitre entier avant l’arrivée de la dérivée.

Partie I — Aisance avec la parité.

  1. Paire, impaire, ou ni l’une ni l’autre (Définition 11.11) ? Justifier dans chaque cas : x43x2x^4 - 3x^2 ; x3xx^3 - x ; x2+xx^2 + x ; x\abs x ; 1x\frac1x.
  2. Énoncer la signification géométrique de chaque verdict (Proposition 11.12) : quelle symétrie possède la courbe d’une fonction paire ? Celle d’une fonction impaire ?
  3. Les parités se multiplient comme des signes : démontrer que le produit de deux fonctions impaires est pair, et compléter toute la table de multiplication (paire ×\times paire, paire ×\times impaire, impaire ×\times impaire).
  4. Conséquences rapides : si ff est impaire et définie en 00, que vaut f(0)f(0) ? Si ff est paire avec f(3)=7f(3) = 7, que vaut f(3)f(-3) ? Et montrer que la seule fonction à la fois paire et impaire est la fonction nulle.
  5. Quelle portion de la courbe d’une fonction paire détermine la courbe entière ? Donner une fonction qui n’est ni paire ni impaire, et expliquer ce qui échoue.

Partie II — Le théorème de décomposition. Pour une fonction ff définie sur un ensemble symétrique par rapport à 00, on pose

E(x)=f(x)+f(x)2,O(x)=f(x)f(x)2.E(x) = \frac{f(x) + f(-x)}{2}, \qquad O(x) = \frac{f(x) - f(-x)}{2} .
  1. Calculer EE et OO pour f(x)=x3+x2+1f(x) = x^3 + x^2 + 1, et vérifier : EE paire, OO impaire, E+O=fE + O = f.
  2. Démontrer l’énoncé général : pour toute ff, la fonction EE est paire, OO est impaire, et f=E+Of = E + Otoute fonction se scinde en une partie paire et une partie impaire.
  3. Démontrer l’unicité de la décomposition : si f=E1+O1=E2+O2f = E_1 + O_1 = E_2 + O_2 avec EiE_i paire et OiO_i impaire, appliquer la question 4 à E1E2E_1 - E_2.
  4. Décomposer f(x)=11xf(x) = \dfrac{1}{1 - x} (pour x±1x \neq \pm 1) : mettre EE et OO au même dénominateur 1x21 - x^2 et simplifier.
  5. Un coup d’œil en avant, une phrase pour chacun : les parties paire et impaire de la fonction exponentielle seront les fonctions jumelles de l’an prochain (cosinus et sinus hyperboliques) ; et le même instinct — scinder un objet en morceaux symétriques et traiter chacun avec sa propre symétrie — fait tourner l’analyse du son et des signaux des volumes universitaires. Pourquoi une telle décomposition est-elle utile, en général ?

Partie III — Le jeu des transformations.

  1. En partant de la courbe de xx2x \mapsto x^2, décrire précisément les courbes de (x3)2(x - 3)^2, x2+2x^2 + 2, (x3)2+2(x - 3)^2 + 2, x2-x^2, 2x22x^2 (Proposition 11.9).
  2. Réduire f(x)=x2+x+2f(x) = \abs{x - 2} + \abs{x + 2} à une formule par morceaux sur les trois intervalles découpés par 2-2 et 22, et décrire sa courbe (elle a un fond plat resté célèbre).
  3. Quelles transformations respectent la parité ? Trancher, avec démonstration ou contre-exemple : translation horizontale f(x3)f(x - 3) ; translation verticale f(x)+2f(x) + 2 ; dilatation verticale 2f(x)2 f(x) (le tout appliqué à une fonction ff paire).
  4. Résoudre x2+x+2=6\abs{x - 2} + \abs{x + 2} = 6 à l’aide de la formule par morceaux de la question 12.
  5. Rétro-ingénierie : une parabole a pour sommet (2,3)(2, -3) et passe par (0,1)(0, 1). Reconstituer son équation sous forme canonique.

Partie IV — Des minimums sans dérivée.

  1. Reprendre l’Exercice 11.11 pour g(x)=x+4xg(x) = x + \dfrac4x sur (0,+)\intoo{0}{+\infty} : montrer que g(v)g(u)=(vu)uv4uvg(v) - g(u) = (v - u)\,\dfrac{uv - 4}{uv}, localiser le minimum et donner sa valeur.
  2. Application : parmi tous les rectangles d’aire 1616, lequel a le plus petit périmètre ? (Écrire P=2(x+16x)P = 2\left(x + \frac{16}{x}\right) et employer la machine de la question 16.) Une vieille connaissance conclut.
  3. Déterminer les variations de h(x)=x2+1h(x) = \sqrt{x^2 + 1} sur R\R tout entier, en combinant un argument de composition sur [0,+)\intco{0}{+\infty} et un argument de parité pour le reste.
  4. Le point le plus proche : déterminer le point de la courbe y=xy = \sqrt x le plus proche de (3,0)(3, 0). (Minimiser le carré de la distance — un trinôme du second degré en xx — et expliquer pourquoi minimiser le carré est légitime.)
  5. Pour finir, la visite de la fabrique : les courbes de référence sont la matière première ; les transformations, les machines ; la parité et la décomposition, le contrôle qualité ; la factorisation de la différence, le banc de mesure. Une phrase sur chacun — et nommer l’outil de puissance que livre le chapitre suivant.
Solution

Solution de Problème 11.1.

1. x43x2x^4 - 3x^2 : paire ((x)43(x)2=x43x2(-x)^4 - 3(-x)^2 = x^4 - 3x^2). x3xx^3 - x : impaire. x2+xx^2 + x : ni l’une ni l’autre (f(1)=0f(1)=2f(-1) = 0 \neq f(1) = 2 et f(1)\neq -f(1)). x\abs x : paire. 1x\frac1x : impaire.

2. Paire : la courbe est symétrique par rapport à l’axe des ordonnées (un miroir). Impaire : symétrique par rapport à l’origine (un demi-tour).

3. Si ff et gg sont impaires : (fg)(x)=f(x)g(x)=(f(x))(g(x))=(fg)(x)(fg)(-x) = f(-x)g(-x) = (-f(x))(-g(x)) = (fg)(x) : le produit est pair. Table : paire ×\times paire == paire ; paire ×\times impaire == impaire ; impaire ×\times impaire == paire — la règle des signes, transposée aux parités.

4. Impaire en 00 : f(0)=f(0)f(0) = -f(0), donc f(0)=0f(0) = 0. Paire : f(3)=f(3)=7f(-3) = f(3) = 7. À la fois paire et impaire : f(x)=f(x)=f(x)f(x) = f(-x) = -f(x) pour tout xx, donc 2f(x)=02f(x) = 0 : ff est la fonction nulle.

5. La moitié droite (x0x \geq 0) détermine entièrement une fonction paire : la moitié gauche en est le miroir. Ni paire ni impaire : x2+xx^2 + x (question 1) — ses deux symétries échouent en x=1x = 1.

6. E(x)=(x3+x2+1)+(x3+x2+1)2=x2+1E(x) = \frac{(x^3 + x^2 + 1) + (-x^3 + x^2 + 1)}{2} = x^2 + 1 (paire), O(x)=(x3+x2+1)(x3+x2+1)2=x3O(x) = \frac{(x^3 + x^2 + 1) - (-x^3 + x^2 + 1)}{2} = x^3 (impaire) ; leur somme vaut ff.

7. E(x)=f(x)+f(x)2=E(x)E(-x) = \frac{f(-x) + f(x)}{2} = E(x) : EE est paire. O(x)=f(x)f(x)2=O(x)O(-x) = \frac{f(-x) - f(x)}{2} = -O(x) : OO est impaire. Et E(x)+O(x)=f(x)E(x) + O(x) = f(x) par addition directe : toute fonction se scinde.

8. De E1+O1=E2+O2E_1 + O_1 = E_2 + O_2 on tire E1E2=O2O1E_1 - E_2 = O_2 - O_1. Le membre de gauche est pair, celui de droite impair — cette fonction est donc les deux à la fois, donc nulle (question 4) : E1=E2E_1 = E_2 et O1=O2O_1 = O_2. Une seule décomposition.

9. E(x)=12(11x+11+x)=12(1+x)+(1x)1x2=11x2E(x) = \frac12\left(\frac{1}{1 - x} + \frac{1}{1 + x}\right) = \frac12 \cdot \frac{(1 + x) + (1 - x)}{1 - x^2} = \frac{1}{1 - x^2}, et O(x)=12(1+x)(1x)1x2=x1x2O(x) = \frac12 \cdot \frac{(1 + x) - (1 - x)}{1 - x^2} = \frac{x}{1 - x^2}. Vérification : EE est paire, OO est impaire, et leur somme vaut 1+x1x2=1+x(1x)(1+x)=11x=f(x)\frac{1 + x}{1 - x^2} = \frac{1 + x}{(1 - x)(1 + x)} = \frac{1}{1 - x} = f(x).

10. Parce que chaque morceau obéit à une symétrie, la moitié du travail (et la moitié des données) suffit pour chacun : on résout d’un côté, on recopie en miroir de l’autre — et beaucoup d’opérations (intégration, séries, analyse du signal) traitent les morceaux symétriques bien plus simplement que les fonctions brutes.

11. (x3)2(x-3)^2 : translatée de 33 vers la droite. x2+2x^2 + 2 : translatée de 22 vers le haut. (x3)2+2(x-3)^2 + 2 : les deux. x2-x^2 : retournée vers le bas. 2x22x^2 : dilatée verticalement d’un facteur 22 (cuvette plus étroite).

12. Pour x2x \geq 2 : (x2)+(x+2)=2x(x - 2) + (x + 2) = 2x. Pour 2x2-2 \leq x \leq 2 : (2x)+(x+2)=4(2 - x) + (x + 2) = 4. Pour x2x \leq -2 : 2x-2x. La courbe descend avec un coefficient directeur 2-2, court à plat à la hauteur 44 entre 2-2 et 22, puis remonte avec un coefficient directeur 22 : une vallée à fond plat.

13. Translation verticale : f(x)+2f(x) + 2 reste paire (f(x)+2=f(x)+2f(-x) + 2 = f(x) + 2). Dilatation verticale : 2f(x)2f(x) reste paire. Translation horizontale : (x3)2(x - 3)^2 n’est pas paire (f(1)=164=f(1)f(-1) = 16 \neq 4 = f(1)) : glisser latéralement détruit le miroir.

14. Sur le fond plat la valeur est 464 \neq 6. Pour x2x \geq 2 : 2x=62x = 6, donc x=3x = 3. Pour x2x \leq -2 : 2x=6-2x = 6, donc x=3x = -3. Solutions : ±3\pm 3.

15. f(x)=a(x2)23f(x) = a(x - 2)^2 - 3 avec f(0)=4a3=1f(0) = 4a - 3 = 1 : a=1a = 1, donc f(x)=(x2)23f(x) = (x - 2)^2 - 3.

16. g(v)g(u)=(vu)+4uvuv=(vu)uv4uvg(v) - g(u) = (v - u) + 4\,\frac{u - v}{uv} = (v - u)\,\frac{uv - 4}{uv} : négatif pour u<vu < v avec uv<4uv < 4, positif avec uv>4uv > 4 : gg est décroissante sur (0,2]\intoc{0}{2} et croissante sur [2,+)\intco{2}{+\infty} ; minimum en x=2x = 2, de valeur g(2)=4g(2) = 4.

17. Côtés xx et 16x\frac{16}{x} : P(x)=2(x+16x)P(x) = 2\left(x + \frac{16}{x}\right), minimal (machine de la question 16 avec 4164 \to 16, point de retournement 16=4\sqrt{16} = 4) en x=4x = 4 : le carré 4×44 \times 4, de périmètre 1616 — la réponse de Didon, désormais démontrée pour toute longueur réelle de côté.

18. Sur [0,+)\intco{0}{+\infty} : xx2+1x \mapsto x^2 + 1 est croissante et x\sqrt{\phantom{x}} l’est aussi, donc la composée est croissante. Et h(x)=x2+1=h(x)h(-x) = \sqrt{x^2 + 1} = h(x) : hh est paire, donc par symétrie en miroir elle décroît sur (,0]\intoc{-\infty}{0}. Minimum h(0)=1h(0) = 1.

19. Carré de la distance de (x,x)(x, \sqrt x) à (3,0)(3, 0) : d2(x)=(x3)2+x=x25x+9d^2(x) = (x - 3)^2 + x = x^2 - 5x + 9, minimal en x=52x = \frac52 : point le plus proche (52,52)\left(\frac52, \sqrt{\frac52}\right), à la distance 114=112\sqrt{\frac{11}{4}} = \frac{\sqrt{11}}{2}. Minimiser d2d^2 est légitime parce que l’élévation au carré est strictement croissante sur les nombres positifs : dd et d2d^2 atteignent leur creux au même endroit.

20. Matière première : les courbes de référence, sues par cœur. Machines : translations, retournements et dilatations, qui assemblent de nouvelles courbes à partir des anciennes. Contrôle qualité : la parité et la décomposition pair-impair, qui divisent par deux toute étude. Banc de mesure : la factorisation de f(v)f(u)f(v) - f(u), qui lit directement variations et minimums. L’outil de puissance du chapitre suivant : la dérivée, qui les lit d’un coup d’œil.

Termes définis dans ce chapitre

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