La dérivée mesure le taux de variation instantané d’une fonction ; c’est le coefficient directeur de la tangente à son graphique. Ce chapitre revoit et étend les règles de dérivation, relie le signe de f′ aux variations de f, et introduit la convexité, gouvernée par la dérivée seconde.
22.1 La dérivée
Définition 22.1(Dérivée en un point)
Soit f définie sur un intervalleI et a∈I. La fonctionf est dérivable en a si le taux d’accroissement
hf(a+h)−f(a)
a une limite finie lorsque h→0. Cette limite s’appelle la dérivée de f en a et se note f′(a). Si f est dérivable en tout point de I, la fonctionf′:x↦f′(x) est la dérivée de f.
Définition 22.2(Tangente)
Si f est dérivable en a, la tangente à la courbe de f au point (a,f(a)) est la droite d’équation
y=f(a)+f′(a)(x−a).
Lorsque h diminue, la sécante par A=(a,f(a)) et (a+h,f(a+h)) (orange) tourne vers la tangente en A (rouge) : son coefficient directeurhf(a+h)−f(a) tend vers f′(a).
Démonstration. Pour h=0 petit, f(a+h)−f(a)=h⋅hf(a+h)−f(a). Lorsque h→0, le second membre tend vers 0×f′(a)=0, donc f(a+h)→f(a). Pour la réciproque, x↦∣x∣ est continue en 0, mais son taux d’accroissement en 0 égale h∣h∣=±1 selon le signe de h, et n’a pas de limite. ∎
22.1.1 Règles de dérivation
Proposition 22.4(Opérations)
Soient u,vdérivables sur I et λ∈R. Alors u+v, λu, uv sont dérivables sur I, de même que vu où v=0, et
Lorsque h→0, v(a+h)→v(a) par continuité (Proposition 22.3), donc le second membre tend vers u′(a)v(a)+u(a)v′(a). Les autres règles se démontrent de même. ∎
Lorsque h→0, u(a+h)→u(a), donc le premier facteur tend vers g′(u(a)) et le second vers u′(a). (Une démonstration complète doit traiter le cas où u(a+h)=u(a) pour h arbitrairement petit ; ce point technique est traité à l’université.) ∎
Exemple 22.6
Les dérivées usuelles, valables sur les domaines naturels :
f est croissante sur I si et seulement si f′≥0 sur I.
f est décroissante sur I si et seulement si f′≤0 sur I.
Si f′>0 sur I sauf en un nombre fini de points où elle s’annule, alors f est strictement croissante sur I.
Démonstration partielle. Si f est croissante, tout taux d’accroissement hf(a+h)−f(a) est ≥0, et en passant à la limite on obtient f′(a)≥0. Les implications réciproques reposent sur le théorème des accroissements finis, prouvé à l’université ; elles sont admises à ce niveau. ∎
Définition 22.8(Extremum local)
f a un maximum local en a si f(x)≤f(a) pour tout x voisin de a ; les minima locaux se définissent de façon symétrique.
Proposition 22.9(Condition du premier ordre)
Si f est dérivable sur un intervalleouvertI et a un extremum local en a∈I, alors f′(a)=0. La réciproque est fausse (f(x)=x3 en a=0).
Démonstration. Disons que a est un maximum local. Pour h>0 petit, hf(a+h)−f(a)≤0, donc en faisant h→0+ on obtient f′(a)≤0 ; pour h<0 le quotient est ≥0, d’où f′(a)≥0. Donc f′(a)=0. ∎
Une fonctionf définie sur un intervalleI est convexe sur I si toute corde de son graphique est au-dessus du graphique : pour tous a,b∈I et t∈[0,1],
f((1−t)a+tb)≤(1−t)f(a)+tf(b).
Elle est concave si l’inégalité inverse vaut (−f convexe).
Une fonctionconvexe : toute corde (rouge) est au-dessus du graphique, et le graphique est au-dessus de chacune de ses tangentes (orange). Le segment en pointillés montre l’écart entre f((1−t)a+tb) et (1−t)f(a)+tf(b).
Théorème 22.12(Convexité et dérivées)
Soit fdérivable sur un intervalleI. Les assertions suivantes sont équivalentes :
Si f est deux fois dérivable, elles sont aussi équivalentes à f′′≥0 sur I.
Démonstration de (2) ⇒ (3). Fixer a∈I et poser g(x)=f(x)−f(a)−f′(a)(x−a), l’écart entre la courbe et la tangente en a. Alors g est dérivable et g′(x)=f′(x)−f′(a). Si f′ est croissante, g′≤0 sur I∩(−∞,a] et g′≥0 sur I∩[a,+∞) : g décroît avant a et croît après, donc g atteint son minimumg(a)=0, d’où g≥0. Les autres implications sont admises à ce niveau ; l’équivalence avec f′′≥0 suit du Théorème 22.7 appliqué à f′. ∎
Définition 22.13(Point d’inflexion)
Un point où la courbe de f traverse sa tangente est un point d’inflexion. Pour f deux fois dérivable, les points d’inflexion sont les points où f′′ change de signe.
Règle du quotient : g′(x)=(x2+1)2(x2+1)−x⋅2x=(x2+1)21−x2.
Règle de la chaîne avec u=2x+1 : h′(x)=5⋅2⋅(2x+1)4=10(2x+1)4.
Règle de la chaîne avec u=x2+1 : k′(x)=2x2+12x=x2+1x.
Exercice 22.2★
Donner l’équation de la tangente à la courbe de f(x)=x2−3x+1 au point d’abscissea=2, et déterminer les positions de la courbe par rapport à cette tangente.
Solution
Solution de Exercice 22.2.
f′(x)=2x−3, donc f(2)=−1 et f′(2)=1 : la tangente est y=−1+(x−2)=x−3. L’écart est
f(x)−(x−3)=x2−4x+4=(x−2)2≥0,
donc la courbe est au-dessus de la tangente partout, ne la touchant qu’en x=2 (comme attendu : f est convexe).
Exercice 22.3★
En utilisant la définition de la dérivée, calculer
x→0limx(1+x)100−1eth→0limh4+h−2.
Solution
Solution de Exercice 22.3.
Ce sont tous deux des taux d’accroissement. Avec f(x)=(1+x)100 en 0 : f′(x)=100(1+x)99, donc la limite est f′(0)=100. Avec g(x)=x en 4 : g′(x)=2x1, donc la limite est g′(4)=41.
D’où f′>0 sur (−∞,−1) et (3,+∞), f′<0 sur (−1,1) et (1,3). La fonction croît jusqu’à un maximum localf(−1)=−2, décroît vers −∞, saute vers +∞ après l’asymptote, décroît jusqu’à un minimum local f(3)=6, puis croît.
Exercice 22.5★★
Une boîte sans couvercle est fabriquée à partir d’une feuille de carton carrée de côté 30 cm en découpant des carrés égaux de côté x aux coins et en relevant les côtés. Déterminer x maximisant le volume de la boîte.
Solution
Solution de Exercice 22.5.
Pour x∈(0,15), la boîte a une base carrée de côté 30−2x et une hauteur x, donc
V(x)=x(30−2x)2.
V′(x)=(30−2x)2+x⋅2(30−2x)(−2)=(30−2x)(30−2x−4x)=(30−2x)(30−6x). Sur (0,15), 30−2x>0, donc V′ a le signe de 30−6x : positif avant x=5, négatif après. Le volume est maximal pour x=5 cm, donnant V(5)=5×202=2000cm3.
1.f′(x)=4x3−12x2 et f′′(x)=12x2−24x=12x(x−2). Ainsi f′′>0 sur (−∞,0) et sur (2,+∞) (convexe), f′′<0 sur (0,2) (concave). f′′ change de signe en 0 et en 2 : ce sont tous deux des points d’inflexion.
2. En a=2 : f(2)=16−32+10=−6, f′(2)=32−48=−16, tangentey=−6−16(x−2)=−16x+26. L’écart est
g(x)=f(x)+16x−26=x4−4x3+16x−16.
Comme g(2)=g′(2)=g′′(2)=0, (x−2)3 divise g ; la division donne g(x)=(x−2)3(x+2). Au voisinage de x=2, x+2>0, donc g a le signe de (x−2)3 : négatif avant 2, positif après. La courbe traverse la tangente : 2 est bien un point d’inflexion.
Exercice 22.7★★
En utilisant une inégalité de tangente, montrer que pour tout x>0,
x≤2x+1,
et identifier quand l’égalité a lieu. (Indication : la racine carrée est concave.)
d’où x≤2x+1 pour tout x>0. L’égalité signifie que la courbe touche la tangente, ce qui n’arrive qu’au point de contact x=1. (Équivalent : (x−1)2≥0.)
Exercice 22.8★★★
Soit fconvexe et dérivable sur R, et supposons que f′ s’annule en un certain point a. Montrer que f(a) est le minimumglobal de f sur R.
Montrer que parmi tous les rectangles de périmètre fixe p, le carré a l’aire la plus grande. Puis montrer que parmi tous les rectangles d’aire fixe A, le carré a le plus petit périmètre, et expliquer comment les deux énoncés sont liés.
Solution
Solution de Exercice 22.9.
Périmètre fixe. Un rectangle de côtés x et 2p−x (0<x<2p) a pour aire S(x)=x(2p−x). Alors S′(x)=2p−2x s’annule en x=4p, positif avant et négatif après : le maximum est en x=4p, où les deux côtés valent 4p — un carré.
Aire fixe. Les côtés x et xA donnent le périmètre P(x)=2(x+xA), avec P′(x)=2(1−x2A), négatif pour x<A et positif après : minimum en x=A, un carré encore.
Lien. Les deux énoncés sont duaux. Supposons qu’un rectangle non carré minimise le périmètre à aire fixe A ; le carré de même périmètre aurait une aire >A par le premier énoncé, et le rétrécir homothétiquement à l’aire A diminuerait strictement son périmètre — contredisant la minimalité. Chaque énoncé implique donc l’autre.