Mathematics · Livre 2 · Grades 10–12

Mathématiques du lycée

Mathématiques du lycée · Grades 10–12

13Suites : un premier cours

Une suite est une liste de nombres produits par une règle : les soldes successifs d’un compte d’épargne, les tailles d’une population année après année. Ce chapitre étudie les deux familles qui dominent les applications — les suites arithmétiques, qui croissent par pas égaux, et les suites géométriques, qui croissent par rapports égaux. La théorie rigoureuse des limites est développée dans le Chapitre 20.

13.1 Définir une suite

Définition 13.1 (Suite)

Une suite (un)(u_n) associe à chaque entier n0n \geq 0 (ou n1n \geq 1) un nombre réel unu_n, son terme d’indice nn. Une suite peut être donnée

  • explicitement, par une formule de unu_n en fonction de nn : par exemple un=n2+1u_n = n^2 + 1 ;
  • par récurrence, par son premier terme et une règle pour passer de chaque terme au suivant : par exemple u0=3u_0 = 3 et un+1=2un1u_{n+1} = 2u_n - 1.

Exemple 13.2

Pour un=n2+1u_n = n^2 + 1 : u0=1u_0 = 1, u1=2u_1 = 2, u2=5u_2 = 5, et u10=101u_{10} = 101 directement. Pour u0=3u_0 = 3, un+1=2un1u_{n+1} = 2u_n - 1 : u1=5u_1 = 5, u2=9u_2 = 9, u3=17u_3 = 17 — chaque terme a besoin du précédent ; atteindre u10u_{10} prend dix étapes (ou une formule générale, voir l’Exercice 13.11).

13.2 Suites arithmétiques

Définition 13.3 (Suite arithmétique)

Une suite est arithmétique de raison dd si chaque terme s’obtient du précédent en ajoutant dd :

un+1=un+dpour tout n.u_{n+1} = u_n + d \quad \text{pour tout } n.

De façon équivalente : la différence un+1unu_{n+1} - u_n est constante, égale à dd.

Théorème 13.4 (Terme général)

Si (un)(u_n) est arithmétique de premier terme u0u_0 et de raison dd, alors

un=u0+ndpour tout n0,et plus geˊneˊralement un=up+(np)d.u_n = u_0 + n\,d \quad \text{pour tout } n \geq 0, \qquad\text{et plus généralement } u_n = u_p + (n - p)\,d .

Démonstration. Pour aller de u0u_0 à unu_n, la règle « ajouter dd » est appliquée nn fois : une étape donne u1=u0+du_1 = u_0 + d, deux étapes donnent u2=u0+2du_2 = u_0 + 2d, et après nn étapes chaque application a contribué un dd, donc un=u0+ndu_n = u_0 + nd. (Ce « et ainsi de suite » est rendu rigoureux par récurrence dans le Chapitre 20.) La formule générale suit en comptant les npn - p étapes de upu_p à unu_n.

Théorème 13.5 (Somme des entiers consécutifs)

Pour tout entier n1n \geq 1 :

1+2++n=n(n+1)2.1 + 2 + \dots + n = \frac{n(n+1)}{2}.

Plus généralement, une somme de termes consécutifs d’une suite arithmétique égale

(nombre de termes)×premier terme+dernier terme2.(\text{nombre de termes}) \times \frac{\text{premier terme} + \text{dernier terme}}{2}.

Démonstration. Écrire la somme SS deux fois, la seconde à l’envers, et additionner colonne par colonne :

S=1+2++nS=n+(n1)++12S=(n+1)+(n+1)++(n+1)\begin{array}{ccccccccc} S & = & 1 & + & 2 & + & \dots & + & n\\ S & = & n & + & (n-1) & + & \dots & + & 1\\ \hline 2S & = & (n+1) & + & (n+1) & + & \dots & + & (n+1) \end{array}

Il y a nn colonnes, chacune sommant à n+1n + 1, donc 2S=n(n+1)2S = n(n+1). Pour une suite arithmétique générale le même appariement fonctionne : premier ++ dernier == second ++ avant-dernier == \dots, car avancer d’un pas à gauche (+d+d) est compensé par reculer d’un pas à droite (d-d).

Exemple 13.6

1+2++100=100×1012=50501 + 2 + \dots + 100 = \frac{100 \times 101}{2} = 5050. La somme des impairs 1+3++991 + 3 + \dots + 99 (5050 termes) est 50×1+992=250050 \times \frac{1 + 99}{2} = 2500.

13.3 Suites géométriques

Définition 13.7 (Suite géométrique)

Une suite est géométrique de raison q0q \neq 0 si chaque terme s’obtient du précédent en multipliant par qq :

un+1=qunpour tout n.u_{n+1} = q\,u_n \quad \text{pour tout } n.

De façon équivalente, lorsqu’aucun terme ne s’annule : le rapport un+1un\frac{u_{n+1}}{u_n} est constant, égal à qq.

Théorème 13.8 (Terme général)

Si (un)(u_n) est géométrique de premier terme u0u_0 et de raison qq, alors

un=u0qnpour tout n0,et plus geˊneˊralement un=upqnp.u_n = u_0\, q^n \quad \text{pour tout } n \geq 0, \qquad\text{et plus généralement } u_n = u_p\, q^{\,n-p} .

Démonstration. Même comptage d’étapes que dans le Théorème 13.4 : de u0u_0 à unu_n, la règle « multiplier par qq » est appliquée nn fois, contribuant un facteur qnq^n.

Théorème 13.9 (Somme géométrique)

Pour tout réel q1q \neq 1 et tout entier n0n \geq 0 :

1+q+q2++qn=1qn+11q.1 + q + q^2 + \dots + q^n = \frac{1 - q^{\,n+1}}{1 - q}.

Démonstration. Soit S=1+q++qnS = 1 + q + \dots + q^n. Multiplier par qq : qS=q+q2++qn+1qS = q + q^2 + \dots + q^{n+1}. Soustraire :

SqS=(1+q++qn)(q+q2++qn+1)=1qn+1,S - qS = \bigl(1 + q + \dots + q^n\bigr) - \bigl(q + q^2 + \dots + q^{n+1}\bigr) = 1 - q^{\,n+1},

car chaque terme intermédiaire apparaît une fois dans chaque somme et s’annule. Donc (1q)S=1qn+1(1 - q)S = 1 - q^{\,n+1}, et diviser par 1q01 - q \neq 0 donne la formule.

Exemple 13.10

1+2+4++210=121112=2111=20471 + 2 + 4 + \dots + 2^{10} = \frac{1 - 2^{11}}{1 - 2} = 2^{11} - 1 = 2047 : doubler des grains de riz sur les cases d’un échiquier submerge n’importe quel grenier bien avant la 6464-ième case, où le total est 26411.8×10192^{64} - 1 \approx 1.8 \times 10^{19}.

Pas égaux contre rapports égaux : une suite arithmétique (u_n+1 = u_n + 0.9, bleu) suit une droite, une suite géométrique (u_n+1 = 1.2\,u_n, rouge) suit une courbe exponentielle qui finit par la dépasser.
Pas égaux contre rapports égaux : une suite arithmétique (un+1=un+0.9u_{n+1} = u_n + 0.9, bleu) suit une droite, une suite géométrique (un+1=1.2unu_{n+1} = 1.2\,u_n, rouge) suit une courbe exponentielle qui finit par la dépasser.

Méthode 13.11 (Reconnaître le type d’une suite)

Calculer un+1unu_{n+1} - u_n et simplifier. Si le résultat est une constante dd, la suite est arithmétique. Sinon calculer un+1un\frac{u_{n+1}}{u_n} (termes non nuls) et simplifier : une constante qq signifie géométrique. Si ni l’un ni l’autre n’est constant, la suite n’est d’aucun des deux types — ne jamais conclure des seuls premiers termes.

Exemple 13.12

Pour un=3×5nu_n = 3 \times 5^n : un+1un=3×5n+13×5n=5\frac{u_{n+1}}{u_n} = \frac{3 \times 5^{n+1}}{3 \times 5^n} = 5 pour tout nn : géométrique de raison 55. Pour un=n2u_n = n^2 : u1u0=1u_1 - u_0 = 1 mais u2u1=3u_2 - u_1 = 3, et u1u0\frac{u_1}{u_0} n’est même pas défini — ni arithmétique ni géométrique.

13.4 Monotonie

Définition 13.13 (Suite monotone)

Une suite (un)(u_n) est croissante si un+1unu_{n+1} \geq u_n pour tout nn, et décroissante si un+1unu_{n+1} \leq u_n pour tout nn.

Méthode 13.14 (Étudier la monotonie)

Étudier le signe de un+1unu_{n+1} - u_n. Pour des suites à termes positifs, on peut à la place comparer un+1un\frac{u_{n+1}}{u_n} à 11.

Exemple 13.15

Une suite arithmétique est croissante lorsque d0d \geq 0 (un+1un=du_{n+1} - u_n = d), décroissante lorsque d0d \leq 0. Une suite géométrique avec u0>0u_0 > 0 et q>1q > 1 est croissante : un+1un=u0qn(q1)>0u_{n+1} - u_n = u_0 q^n (q - 1) > 0 ; avec u0>0u_0 > 0 et 0<q<10 < q < 1 elle est décroissante.

13.5 Comportement à long terme, informellement

Que devient unu_n lorsque nn devient très grand ? Pour une suite arithmétique avec d>0d > 0, les termes u0+ndu_0 + nd dépassent tout nombre fixé éventuellement. Pour une suite géométrique avec 0<q<10 < q < 1, les termes u0qnu_0 q^n se contractent vers 00 : multiplier à répétition par 0.90.9, disons, érode toute valeur de départ. Et pour q>1q > 1 les termes explosent, comme dans l’Exemple 13.10.

Remarque 13.16

Ces affirmations peuvent être rendues parfaitement précises — « les termes finissent par rester à toute distance donnée de 00 » — et prouvées. C’est la théorie des limites, le thème d’ouverture du Chapitre 20.

13.6 Exercices

Exercice 13.1

Pour chaque suite, calculer u1u_1, u2u_2, u3u_3 :

un=nn+1;u0=5, un+1=3un2;un=(1)nn.u_n = \frac{n}{n+1}; \qquad u_0 = 5,\ u_{n+1} = 3u_n - 2; \qquad u_n = (-1)^n\,n .
Solution

Solution de Exercice 13.1.

un=nn+1u_n = \frac{n}{n+1} : u1=12u_1 = \frac12, u2=23u_2 = \frac23, u3=34u_3 = \frac34.

u0=5u_0 = 5, un+1=3un2u_{n+1} = 3u_n - 2 : u1=13u_1 = 13, u2=37u_2 = 37, u3=109u_3 = 109.

un=(1)nnu_n = (-1)^n n : u1=1u_1 = -1, u2=2u_2 = 2, u3=3u_3 = -3.

Exercice 13.2

(un)(u_n) est arithmétique avec u0=7u_0 = 7 et d=3d = -3. Calculer u10u_{10} et u25u_{25}. (vn)(v_n) est arithmétique avec v3=11v_3 = 11 et v8=26v_8 = 26. Trouver la raison et v0v_0.

Solution

Solution de Exercice 13.2.

u10=7+10×(3)=23u_{10} = 7 + 10 \times (-3) = -23 et u25=775=68u_{25} = 7 - 75 = -68.

Pour (vn)(v_n) : v8=v3+5dv_8 = v_3 + 5d donne 26=11+5d26 = 11 + 5d, donc d=3d = 3 ; puis v0=v33d=119=2v_0 = v_3 - 3d = 11 - 9 = 2.

Exercice 13.3

(un)(u_n) est géométrique avec u0=5u_0 = 5 et q=2q = 2. Calculer u8u_8. (vn)(v_n) est géométrique à termes positifs, v2=12v_2 = 12 et v4=48v_4 = 48. Trouver la raison et v0v_0.

Solution

Solution de Exercice 13.3.

u8=5×28=1280u_8 = 5 \times 2^8 = 1280.

Pour (vn)(v_n) : v4=v2q2v_4 = v_2\, q^2 donne 48=12q248 = 12 q^2, donc q2=4q^2 = 4 et q=2q = 2 (les termes sont positifs). Puis v0=v2q2=124=3v_0 = \frac{v_2}{q^2} = \frac{12}{4} = 3.

Exercice 13.4

Calculer

1+2+3++500,4+7+10++61,1+12+14++1210.1 + 2 + 3 + \dots + 500, \qquad 4 + 7 + 10 + \dots + 61, \qquad 1 + \frac12 + \frac14 + \dots + \frac{1}{2^{10}} .
Solution

Solution de Exercice 13.4.

1++500=500×5012=1252501 + \dots + 500 = \frac{500 \times 501}{2} = 125\,250.

4+7++614 + 7 + \dots + 61 est arithmétique de raison 33 avec 6143+1=20\frac{61 - 4}{3} + 1 = 20 termes : somme 20×4+612=65020 \times \frac{4 + 61}{2} = 650.

1+12++12101 + \frac12 + \dots + \frac{1}{2^{10}} est géométrique de raison 12\frac12 avec 1111 termes : 1(1/2)1111/2=2(112048)=20471024\frac{1 - (1/2)^{11}}{1 - 1/2} = 2\left(1 - \frac{1}{2048}\right) = \frac{2047}{1024}.

Exercice 13.5

Déterminer si chaque suite est arithmétique, géométrique, ou ni l’une ni l’autre :

un=4n1;vn=2n3n+1;wn=n2+n.u_n = 4n - 1; \qquad v_n = \frac{2^n}{3^{n+1}}; \qquad w_n = n^2 + n .
Solution

Solution de Exercice 13.5.

un+1un=4(n+1)14n+1=4u_{n+1} - u_n = 4(n+1) - 1 - 4n + 1 = 4 : arithmétique de raison 44.

vn+1vn=2n+13n+23n+12n=23\frac{v_{n+1}}{v_n} = \frac{2^{n+1}}{3^{n+2}} \cdot \frac{3^{n+1}}{2^n} = \frac23 : géométrique de raison 23\frac23.

w0=0w_0 = 0, w1=2w_1 = 2, w2=6w_2 = 6 : les différences 22 et 44 diffèrent, donc non arithmétique ; w1w0\frac{w_1}{w_0} n’est même pas défini, et les rapports w2w1=3w3w2=2\frac{w_2}{w_1} = 3 \neq \frac{w_3}{w_2} = 2 : ni l’un ni l’autre.

Exercice 13.6 ★★

Un théâtre a 2020 rangées : 1616 sièges dans la première, et chaque rangée a 22 sièges de plus que la précédente. Combien de sièges dans la dernière rangée ? Dans tout le théâtre ?

Solution

Solution de Exercice 13.6.

Les tailles des rangées sont arithmétiques : premier terme 1616, raison 22. La dernière (2020-ième) rangée a 16+19×2=5416 + 19 \times 2 = 54 sièges. Le total est 20×16+542=70020 \times \frac{16 + 54}{2} = 700 sièges.

Exercice 13.7 ★★

Une population de bactéries double toutes les heures ; à midi il y en a 500500. Combien y en a-t-il à 20 h ? Au bout de combien d’heures complètes la population dépasse-t-elle d’abord un million ? (Résoudre en essayant des puissances successives de 22.)

Solution

Solution de Exercice 13.7.

Après nn heures la population est 500×2n500 \times 2^n. À 20 h, n=8n = 8 : 500×256=128000500 \times 256 = 128\,000 bactéries. Il faut 500×2n>106500 \times 2^n > 10^6, c’est-à-dire 2n>20002^n > 2000 : comme 210=10242^{10} = 1024 et 211=20482^{11} = 2048, la population dépasse d’abord un million après 1111 heures complètes, à 23 h.

Exercice 13.8 ★★

Chaque mois, un épargnant dépose 100100 euros sur un compte qui rapporte 0.2%0.2\,\% d’intérêts par mois sur le solde existant (les intérêts sont crédités juste avant le dépôt). Soit cnc_n le solde juste après le nn-ième dépôt, donc c1=100c_1 = 100 et cn+1=1.002cn+100c_{n+1} = 1.002\,c_n + 100. Calculer c2c_2 et c3c_3, et expliquer pourquoi (cn)(c_n) n’est ni arithmétique ni géométrique.

Solution

Solution de Exercice 13.8.

c2=1.002×100+100=200.20c_2 = 1.002 \times 100 + 100 = 200.20 et c3=1.002×200.20+100300.60c_3 = 1.002 \times 200.20 + 100 \approx 300.60. Les différences c2c1=100.20c_2 - c_1 = 100.20 et c3c2100.40c_3 - c_2 \approx 100.40 ne sont pas égales, donc (cn)(c_n) n’est pas arithmétique ; les rapports c2c1=2.002\frac{c_2}{c_1} = 2.002 et c3c21.50\frac{c_3}{c_2} \approx 1.50 ne sont pas égaux non plus, donc ce n’est pas géométrique. (Les récurrences mixtes « multiplier puis ajouter » comme celle-ci se résolvent par l’astuce de suite auxiliaire de l’Exercice 13.11.)

Exercice 13.9 ★★

Étudier la monotonie des suites

un=n28n (n0),vn=3nn! (n1),u_n = n^2 - 8n \ (n \geq 0), \qquad v_n = \frac{3^n}{n!}\ (n \geq 1),

n!=1×2××nn! = 1 \times 2 \times \dots \times n. (Pour (vn)(v_n), comparer vn+1vn\frac{v_{n+1}}{v_n} à 11.)

Solution

Solution de Exercice 13.9.

un+1un=(n+1)28(n+1)n2+8n=2n7u_{n+1} - u_n = (n+1)^2 - 8(n+1) - n^2 + 8n = 2n - 7 : négatif pour n3n \leq 3, positif pour n4n \geq 4. Donc (un)(u_n) décroît jusqu’à u4=1632=16u_4 = 16 - 32 = -16, puis croît : elle n’est pas monotone.

(vn)(v_n) a des termes positifs et

vn+1vn=3n+1(n+1)!n!3n=3n+1,\frac{v_{n+1}}{v_n} = \frac{3^{n+1}}{(n+1)!} \cdot \frac{n!}{3^n} = \frac{3}{n+1},

qui est >1> 1 pour n1n \leq 1, =1= 1 pour n=2n = 2, et <1< 1 pour n3n \geq 3 : la suite croît jusqu’à v2=v3=92v_2 = v_3 = \frac92, puis décroît.

Exercice 13.10 ★★

La somme des nn premiers termes d’une suite arithmétique avec u0=3u_0 = 3 et d=4d = 4 égale 903903. Trouver nn. (Mettre en place une équation du second degré en nn et utiliser le Chapitre 10.)

Solution

Solution de Exercice 13.10.

Les nn premiers termes sont u0,,un1u_0, \dots, u_{n-1}, avec u0=3u_0 = 3 et un1=3+4(n1)=4n1u_{n-1} = 3 + 4(n-1) = 4n - 1. Leur somme est

n×3+(4n1)2=n(2n+1)=903,n \times \frac{3 + (4n-1)}{2} = n(2n + 1) = 903,

donc 2n2+n903=02n^2 + n - 903 = 0. Ici Δ=1+4×2×903=7225=852\Delta = 1 + 4 \times 2 \times 903 = 7225 = 85^2, et n=1+854=21n = \frac{-1 + 85}{4} = 21 (la racine négative est rejetée). Vérification : 21×43=90321 \times 43 = 903.

Exercice 13.11 ★★★

Soit u0=3u_0 = 3 et un+1=2un1u_{n+1} = 2u_n - 1.

  1. Calculer u1,u2,u3u_1, u_2, u_3 et conjecturer une formule pour unu_n.
  2. Soit vn=un1v_n = u_n - 1. Montrer que (vn)(v_n) est géométrique, donner sa raison et son premier terme.
  3. En déduire une formule explicite pour unu_n et vérifier la conjecture.
Solution

Solution de Exercice 13.11.

1. u1=5u_1 = 5, u2=9u_2 = 9, u3=17u_3 = 17 : chaque terme est un de plus que 4,8,164, 8, 16, ce qui suggère un=2n+1+1u_n = 2^{n+1} + 1.

2. Avec vn=un1v_n = u_n - 1 :

vn+1=un+11=2un11=2(un1)=2vn,v_{n+1} = u_{n+1} - 1 = 2u_n - 1 - 1 = 2(u_n - 1) = 2v_n,

donc (vn)(v_n) est géométrique de raison 22 et de premier terme v0=u01=2v_0 = u_0 - 1 = 2.

3. D’où vn=2×2n=2n+1v_n = 2 \times 2^n = 2^{n+1} et un=vn+1=2n+1+1u_n = v_n + 1 = 2^{n+1} + 1, confirmant la conjecture. (Le nombre 11 soustrait dans vnv_n est le point fixe de x2x1x \mapsto 2x - 1 ; la même idée réapparaît pour un+1=aun+bu_{n+1} = au_n + b dans le Chapitre 20.)

13.7 Problème : la tour de Brahma et les lapins de Fibonacci

Problème 13.1

Devoir du week-end — deux récurrences légendaires : la tour qui met fin au monde, la suite qui croît comme l’or, et l’astuce de la suite auxiliaire qui dompte les emprunts

Deux suites règnent sur le folklore mathématique. L’une compte les déplacements de la tour de Brahma — soixante-quatre disques d’or dont le transfert, dit la légende, mettra fin au monde. L’autre compte les lapins de Fibonacci et cache le nombre d’or. Ni l’une ni l’autre n’est arithmétique, ni l’une ni l’autre n’est géométrique — et toutes deux cèdent aux armes de ce chapitre : les récurrences, les sommes géométriques (Théorème 13.9) et l’astuce de la suite auxiliaire de l’Exercice 13.11, qui calcule aussi votre crédit immobilier.

Partie I — La tour de Brahma. Le casse-tête : nn disques de tailles décroissantes sont empilés sur la tige A ; il s’agit de transporter toute la pile sur la tige C, un disque à la fois, sans jamais poser un disque plus grand sur un plus petit (la tige B peut servir d’appoint). On note hnh_n le nombre minimal de déplacements.

  1. Jouer (avec des pièces de monnaie) et relever h1h_1, h2h_2, h3h_3.
  2. Expliquer la stratégie qui justifie la récurrence hn+1=2hn+1h_{n+1} = 2h_n + 1 : que doit-il se passer avant, puis après le déplacement du plus grand disque ?
  3. Résoudre la récurrence par l’astuce de l’Exercice 13.11 : poser vn=hn+1v_n = h_n + 1, montrer que (vn)(v_n) est géométrique, et conclure hn=2n1h_n = 2^n - 1.
  4. La tour de la légende compte 6464 disques, et les moines déplacent un disque par seconde. En utilisant 210=10241032^{10} = 1024 \approx 10^3, estimer la durée du transfert en années (une année vaut environ 3×1073 \times 10^7 secondes ; comparer avec l’Exemple 13.10, le même géant dans une autre histoire). Faut-il s’inquiéter ?
  5. Pourquoi aucune stratégie ne peut-elle faire mieux que 2n12^n - 1 déplacements ? Montrer que toute solution vérifie hn+12hn+1h_{n+1} \geq 2 h_n + 1 : que doit-il être vrai des nn disques supérieurs juste avant, puis juste après le déplacement du disque du bas ?

Partie II — Fibonacci. On pose F1=F2=1F_1 = F_2 = 1 et Fn+2=Fn+1+FnF_{n+2} = F_{n+1} + F_n (chaque terme est la somme des deux précédents — la règle du décompte des rythmes du volume précédent, ici sous son nom européen).

  1. Écrire F1F_1 jusqu’à F12F_{12}.
  2. Montrer que (Fn)(F_n) n’est ni arithmétique ni géométrique, mais qu’elle est strictement croissante à partir de n=2n = 2 (Méthode 13.14 et la récurrence).
  3. Démontrer l’identité des sommes

    F1+F2++Fn=Fn+21F_1 + F_2 + \dots + F_n = F_{n+2} - 1

    par télescopage : écrire chaque FkF_k sous la forme Fk+2Fk+1F_{k+2} - F_{k+1} et regarder la somme s’effondrer. La vérifier pour n=6n = 6.

  4. Démontrer l’identité des carrés F12+F22++Fn2=FnFn+1F_1^2 + F_2^2 + \dots + F_n^2 = F_n F_{n+1}, en télescopant à l’aide de FkFk+1Fk1Fk=Fk2F_k F_{k+1} - F_{k-1} F_k = F_k^2. Vérifier pour n=4n = 4. (Image : des carrés de côtés 1,1,2,3,5,1, 1, 2, 3, 5, \dots pavent un rectangle — le squelette de la célèbre spirale de Fibonacci.)
  5. L’identité de Cassini affirme que Fn+1Fn1Fn2=(1)nF_{n+1} F_{n-1} - F_n^2 = (-1)^n. La vérifier pour n=4,5,6n = 4, 5, 6 — et y reconnaître le moteur du tour du carré évanoui joué dans le problème des aires du volume précédent.
  6. Déduire de la récurrence que Fn+22FnF_{n+2} \geq 2 F_n : Fibonacci double au moins tous les deux pas — elle croît au moins aussi vite qu’une suite géométrique de raison 2\sqrt2.
  7. Calculer les rapports rn=Fn+1Fnr_n = \frac{F_{n+1}}{F_n} pour n=3n = 3 à 1010 (trois décimales). En admettant qu’ils se stabilisent sur une limite LL, passer la relation rn+1=1+1rnr_{n+1} = 1 + \frac{1}{r_n} à la limite et résoudre : quel nombre du Problème 2.1 les lapins vénèrent-ils ?

Partie III — L’astuce de la suite auxiliaire, à la banque.

  1. Généraliser l’Exercice 13.11 : pour un+1=aun+bu_{n+1} = a\,u_n + b avec a1a \neq 1, poser =b1a\ell = \frac{b}{1 - a} (le point fixe). Montrer que vn=unv_n = u_n - \ell est géométrique de raison aa, et conclure un=an(u0)+u_n = a^n (u_0 - \ell) + \ell.
  2. Un emprunt : 1000010\,000 euros à 1%1\,\% d’intérêt mensuel, remboursé 300300 euros par mois, si bien que la dette obéit à dn+1=1.01dn300d_{n+1} = 1.01\,d_n - 300. Appliquer la question 13 (le point fixe d’abord !) pour obtenir une formule explicite de dnd_n.
  3. À la calculatrice, déterminer le premier mois où la dette est éteinte, et le montant total remboursé. Combien l’emprunt lui-même a-t-il coûté ?
  4. Une ville de 5000050\,000 habitants croît de 2%2\,\% par an et accueille en outre 10001\,000 nouveaux venus : pn+1=1.02pn+1000p_{n+1} = 1.02\,p_n + 1000. Donner la formule explicite et la population au bout de 1010 ans.

Partie IV — Les deux familles royales.

  1. Calculer 1+2+3++10001 + 2 + 3 + \dots + 1000 (Théorème 13.5 — la somme du petit Gauss du volume précédent, désormais officielle), puis 1+2+4++2191 + 2 + 4 + \dots + 2^{19} (Théorème 13.9).
  2. Calculer la somme de la suite arithmétique 7,12,17,,5027, 12, 17, \dots, 502 (combien de termes ?).
  3. Plan d’épargne : 100100 euros déposés chaque mois, rapportant 0.5%0.5\,\% par mois ; après le nn-ième dépôt, le solde vaut 100(1.005n1++1.005+1)100\left(1.005^{n-1} + \dots + 1.005 + 1\right). Calculer le solde après 55 ans (n=60n = 60).
  4. Pour finir — la trousse du dompteur de suites : description explicite contre description par récurrence ; les deux familles royales et leurs formules de somme ; la suite auxiliaire qui transforme les récurrences affines en récurrences géométriques ; et Fibonacci, premier citoyen hors des deux familles, domptée aujourd’hui par des identités et attendant les matrices de l’an prochain et les limites pour être capturée tout à fait. Une phrase pour chacun.
Solution

Solution de Problème 13.1.

1. h1=1h_1 = 1, h2=3h_2 = 3, h3=7h_3 = 7.

2. Pour déplacer le plus grand disque, les nn disques posés dessus doivent d’abord migrer sur la tige libre (hnh_n déplacements) ; le grand disque traverse (11 déplacement) ; les nn disques doivent ensuite remonter par-dessus lui (hnh_n déplacements) : hn+1=2hn+1h_{n+1} = 2h_n + 1.

3. vn+1=hn+1+1=2hn+2=2vnv_{n+1} = h_{n+1} + 1 = 2h_n + 2 = 2v_n : la suite est géométrique de raison 22 avec v1=2v_1 = 2, donc vn=2nv_n = 2^n et hn=2n1h_n = 2^n - 1.

4. 26411.8×10192^{64} - 1 \approx 1.8 \times 10^{19} secondes ; en divisant par 3×1073 \times 10^7 secondes par an, on trouve environ 6×10116 \times 10^{11} ans — six cents milliards d’années, quarante fois l’âge de l’univers. Les moines peuvent prendre des pauses café.

5. Dans toute solution licite, considérons le premier déplacement du disque du bas : à cet instant, les nn autres disques doivent tous se trouver sur l’unique tige restante (il a fallu au moins hnh_n déplacements pour les y amener), et après le dernier déplacement du disque du bas ils doivent tous revenir par-dessus lui (au moins hnh_n de plus) : toute solution exige donc au moins 2hn+12h_n + 1 déplacements. La récurrence est un plancher autant qu’un plafond : 2n12^n - 1 est optimal.

6. 1,1,2,3,5,8,13,21,34,55,89,1441, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, 144.

7. Pas arithmétique (21=12 - 1 = 1 mais 32=13 - 2 = 1 et 53=25 - 3 = 2 : les différences changent) ; pas géométrique (21=2\frac21 = 2 mais 32=1.5\frac32 = 1.5). Croissante : pour n2n \geq 2, Fn+1Fn=Fn1>0F_{n+1} - F_n = F_{n-1} > 0.

8. Fk=Fk+2Fk+1F_k = F_{k+2} - F_{k+1}, donc

k=1nFk=(F3F2)+(F4F3)++(Fn+2Fn+1)=Fn+2F2=Fn+21.\sum_{k=1}^{n} F_k = (F_3 - F_2) + (F_4 - F_3) + \dots + (F_{n+2} - F_{n+1}) = F_{n+2} - F_2 = F_{n+2} - 1 .

Pour n=6n = 6 : 1+1+2+3+5+8=20=F81=2111 + 1 + 2 + 3 + 5 + 8 = 20 = F_8 - 1 = 21 - 1.

9. FkFk+1Fk1Fk=Fk(Fk+1Fk1)=FkFk=Fk2F_k F_{k+1} - F_{k-1} F_k = F_k (F_{k+1} - F_{k-1}) = F_k \cdot F_k = F_k^2 ; la somme télescope en FnFn+1F1F0F_n F_{n+1} - F_1 F_0 (avec F0=0F_0 = 0) : la somme des carrés vaut FnFn+1F_n F_{n+1}. Pour n=4n = 4 : 1+1+4+9=15=F4F5=3×51 + 1 + 4 + 9 = 15 = F_4 F_5 = 3 \times 5.

10. F5F3F42=5×29=1F_5 F_3 - F_4^2 = 5 \times 2 - 9 = 1 ; F6F4F52=8×325=1F_6 F_4 - F_5^2 = 8 \times 3 - 25 = -1 ; F7F5F62=13×564=1F_7 F_5 - F_6^2 = 13 \times 5 - 64 = 1 : alternance de ±1\pm 1. Cet écart d’une unité entre Fn+1Fn1F_{n+1} F_{n-1} et Fn2F_n^2 est exactement l’unité d’aire gagnée ou perdue par le magicien : découper un carré Fn×FnF_n \times F_n en pièces réassemblées en un rectangle Fn+1×Fn1F_{n+1} \times F_{n-1} doit créer ou avaler une unité — la mince fente.

11. Fn+2=Fn+1+FnFn+Fn=2FnF_{n+2} = F_{n+1} + F_n \geq F_n + F_n = 2F_n (la suite est croissante) : au moins un doublement tous les deux indices — une croissance au moins géométrique de raison 2\sqrt2 par indice.

12. 1.51.5 ; 1.6671.667 ; 1.61.6 ; 1.6251.625 ; 1.6151.615 ; 1.6191.619 ; 1.6181.618 ; 1.6181.618. Si rnLr_n \to L : en divisant Fn+2=Fn+1+FnF_{n+2} = F_{n+1} + F_n par Fn+1F_{n+1} on obtient rn+1=1+1rnr_{n+1} = 1 + \frac{1}{r_n}, donc L=1+1LL = 1 + \frac1L, c’est-à-dire L2=L+1L^2 = L + 1 : L=φ=1+52L = \varphi = \frac{1 + \sqrt5}{2}, le nombre d’or du Problème 2.1. Les lapins se multiplient en or.

13. vn+1=un+1=aun+bv_{n+1} = u_{n+1} - \ell = a u_n + b - \ell ; comme =a+b\ell = a\ell + b, cela vaut a(un)=avna(u_n - \ell) = a v_n : suite géométrique de raison aa. D’où vn=anv0v_n = a^n v_0 et un=an(u0)+u_n = a^n (u_0 - \ell) + \ell.

14. Point fixe : =1.01300\ell = 1.01\ell - 300 donne =30000\ell = 30\,000. Donc dn=1.01n(1000030000)+30000=3000020000×1.01nd_n = 1.01^n (10\,000 - 30\,000) + 30\,000 = 30\,000 - 20\,000 \times 1.01^n.

15. dn0d_n \leq 0 exige 1.01n1.51.01^n \geq 1.5 : 1.01401.4891.01^{40} \approx 1.489, 1.01411.5041.01^{41} \approx 1.504 : c’est la 4141-ième mensualité qui éteint la dette (et elle est un peu inférieure à 300300). Total remboursé : un peu moins de 41×300=1230041 \times 300 = 12\,300 euros — les 1000010\,000 empruntés ont coûté environ 23002\,300 euros d’intérêts.

16. Point fixe =100011.02=50000\ell = \frac{1000}{1 - 1.02} = -50\,000, donc pn=1.02n×10000050000p_n = 1.02^n \times 100\,000 - 50\,000. Au bout de 1010 ans : 1.02101.2191.02^{10} \approx 1.219, d’où p1071900p_{10} \approx 71\,900 habitants.

17. 1000×10012=500500\frac{1000 \times 1001}{2} = 500\,500 ; et 2201=10485752^{20} - 1 = 1\,048\,575.

18. De 77 à 502502 par pas de 55 : 50275+1=100\frac{502 - 7}{5} + 1 = 100 termes ; somme =100×7+5022=25450= 100 \times \frac{7 + 502}{2} = 25\,450.

19. Solde =100×1.0056011.0051100×0.34890.0056977= 100 \times \frac{1.005^{60} - 1} {1.005 - 1} \approx 100 \times \frac{0.3489}{0.005} \approx 6\,977 euros — dont 60006\,000 déposés et environ 977977 gagnés : les sommes géométriques sont la langue maternelle de la banque.

20. Les formules explicites répondent instantanément à « que vaut u1000u_{1000} ? » ; les récurrences décrivent la façon dont les systèmes évoluent réellement — tout l’art consiste à convertir les secondes en premières. Les suites arithmétiques ajoutent, les géométriques multiplient, et chaque famille possède sa formule de somme (l’appariement de Gauss ; l’astuce du doublement). L’astuce du point fixe et de la suite auxiliaire convertit toute récurrence affine en récurrence géométrique — emprunts, populations et tour y ont tous cédé. Fibonacci n’obéit à aucune des deux familles, et pourtant des identités télescopiques ont capturé ses sommes et ses carrés ; son portrait complet (une formule exacte, la limite dorée) attend des outils plus puissants.

Termes définis dans ce chapitre

Voir les 395 termes du glossaire