Démonstration. On complète le carré. Comme a=0, factorisera dans les deux premiers termes :
ax2+bx+c=a(x2+abx)+c.
Or x2+abx est le début du carré (x+2ab)2=x2+abx+4a2b2, donc x2+abx=(x+2ab)2−4a2b2. En substituant :
f(x)=a(x+2ab)2−4ab2+c=a(x−α)2+β,
avec α=−2ab et β=c−4ab2. Évaluer en x=α annule le terme au carré, donc β=f(α). Unicité : développera(x−α)2+β et identifier les coefficients de x force α=−2ab, puis β est déterminé. ∎
Exemple 10.3
Soit f(x)=2x2−8x+3. Alors α=−2×2−8=2 et β=f(2)=8−16+3=−5, donc
f(x)=2(x−2)2−5.
Vérification en développant : 2(x2−4x+4)−5=2x2−8x+8−5=2x2−8x+3.
Si a<0, les variations sont inversées : f a un maximumβ en x=α.
Démonstration. Supposons a>0 et soit α≤u<v. Alors
f(v)−f(u)=a((v−α)2−(u−α)2)=a(v−u)((v−α)+(u−α)).
Chaque facteur est positif : a>0, v−u>0, et (v−α)+(u−α)>0 car v>α et u≥α. Donc f(v)>f(u) : f est croissante sur [α,+∞). Pour u<v≤α le dernier facteur est négatif, donc f(v)<f(u) : f est décroissante là. Enfin f(x)−f(α)=a(x−α)2≥0 pour tout x, donc β=f(α) est le minimum. Le cas a<0 s’obtient en appliquant ce qui précède à −f. ∎
Exemple 10.5
Un fermier a 100 mètres de clôture pour enfermer un champ rectangulaire contre un mur droit (pas de clôture le long du mur). Si x est la largeur, l’aire enclose est A(x)=x(100−2x)=−2x2+100x. Ici α=−2×(−2)100=25 et A(25)=25×50=1250 : l’aire est maximale pour une largeur de 25 m, donnant 1250 m2.
10.2 Racines et factorisation
Définition 10.6(Racine, discriminant)
Une racine du trinôme ax2+bx+c est une solution de l’équationax2+bx+c=0. Le discriminant du trinôme est le nombre
Un produit est nul exactement lorsqu’un de ses facteurs est nul, d’où les deux racines, distinctes car Δ=0.
2. Si Δ=0, le crochet est (x+2ab)2, qui s’annule seulement en x0=−2ab.
3. Si Δ<0, alors −4a2Δ>0, donc le crochet est un carré plus un nombre positif : il ne s’annule jamais, et l’équation n’a pas de solution réelle. Une factorisation a(x−x1)(x−x2) produirait des racines, donc aucune n’existe. ∎
Exemple 10.8
Résoudre 2x2−8x+3=0. Ici Δ=(−8)2−4×2×3=64−24=40>0, donc deux racines :
x1,2=48±40=48±210=2±210.
Pour x2+x+1=0 : Δ=1−4=−3<0, pas de solution réelle.
Proposition 10.9(Somme et produit des racines)
Si Δ≥0 et x1,x2 sont les racines (égales lorsque Δ=0), alors
x1+x2=−ab,x1x2=ac.
Réciproquement, deux nombres de somme s et de produit p sont les solutions de x2−sx+p=0.
Démonstration. Développer la factorisation du Théorème 10.7 :
a(x−x1)(x−x2)=ax2−a(x1+x2)x+ax1x2.
Identifier les coefficients avec ax2+bx+c donne −a(x1+x2)=b et ax1x2=c. Pour la réciproque, si u+v=s et uv=p, alors (x−u)(x−v)=x2−sx+p, donc u et v en sont les racines. ∎
Exemple 10.10
Trouver deux nombres de somme 10 et de produit 21. Ils résolvent x2−10x+21=0 ; Δ=100−84=16, racines210±4=7 et 3. Repérage rapide de racines : comme les coefficients de x2−5x+4 satisfont 1−5+4=0, le nombre 1 est racine, et l’autre est ac=4 (leur produit doit être ac).
10.3 Signe d’un trinôme
Théorème 10.11(Signe d’un trinôme)
Soit f(x)=ax2+bx+c avec a=0.
Si Δ>0, avec racinesx1<x2 : f(x) a le signe de a à l’extérieur de [x1,x2], et le signe de −a sur (x1,x2).
Si Δ=0 : f(x) a le signe de a pour tout x=x0, et s’annule en x0.
Si Δ<0 : f(x) a le signe de a pour tout x.
En bref : un trinôme a le signe de a, sauf entre ses racines.
Démonstration.1. Écrire f(x)=a(x−x1)(x−x2) et suivre les signes des facteurs. Si x<x1 : x−x1 et x−x2 sont tous deux négatifs, leur produit est positif, donc f(x) a le signe de a. Si x1<x<x2 : les facteurs ont des signes opposés, le produit est négatif, et f(x) a le signe de −a. Si x>x2 : les deux facteurs sont positifs et f(x) a à nouveau le signe de a.
2.f(x)=a(x−x0)2 et (x−x0)2>0 pour x=x0.
3. D’après la démonstration du Théorème 10.7, f(x)=a[(x+2ab)2+(−4a2Δ)], et le crochet est toujours positif. ∎
Méthode 10.12(Résoudre des inéquations du second degré)
lire le ou les intervalles de solutions, en veillant à ce que les racines elles-mêmes soient incluses (inégalité large) ou non (stricte).
Exemple 10.13
Résoudre −x2+3x+4≥0. Ici Δ=9+16=25, et les racines sont −2−3±5, c’est-à-dire x1=−1 et x2=4. Comme a=−1<0, le trinôme est négatif à l’extérieur des racines et positif entre elles. Avec l’inégalité large, l’ensemble des solutions est [−1,4].
10.4 La parabole
Définition 10.14(Parabole)
Le graphique d’une fonction du second degréf(x)=a(x−α)2+β est une parabole de sommetS(α,β). Elle s’ouvre vers le haut si a>0, vers le bas si a<0, et est symétrique par rapport à la droite verticale x=α.
Remarque 10.15
La symétrie est facile à vérifier : pour tout h, f(α+h)=ah2+β=f(α−h), donc deux points à égale distance horizontale de la droite x=α ont la même hauteur.
Les trois positions d’une parabole tournée vers le haut (a>0) par rapport à l’axe des x : deux racines, une racine double, aucune racine. Le sommet S a pour abscisseα=−2ab.
Signe d’un trinôme tourné vers le bas (a<0) avec deux racines : le signe de −a entre les racines (hachuré), le signe de a à l’extérieur.
Méthode 10.16(Lire une parabole)
Pour croquer f(x)=ax2+bx+c : trouver l’orientation (signe de a), le sommet (−2ab,f(−2ab)), l’intersection(0,c) avec l’axe des y, et les racines, s’il y en a. L’axe de symétrie x=−2ab place alors chaque point calculé en double.
Exemple 10.17
Pour f(x)=x2−4x+3 : tournée vers le haut, sommet (2,−1), coupe l’axe des y en (0,3), racines1 et 3 (repérées : 1−4+3=0). Par symétrie, le point (4,3) est aussi sur la courbe, miroir de (0,3).
x2−3x−10 : Δ=9+40=49, racines23±7=−2 et 5 ; coefficient dominant positif, donc le trinôme est négatif strictement entre les racines : l’ensemble des solutions est (−2,5).
2x2+x+3 : Δ=1−24=−23<0 et a=2>0 : toujours positif, l’ensemble des solutions est R.
−x2+6x−9=−(x−3)2 : il est ≥0 seulement là où (x−3)2≤0, c’est-à-dire en x=3. L’ensemble des solutions est {3}.
Exercice 10.4★
Sans calculer Δ, trouver une racine évidente, puis l’autre :
x2−7x+6=0,2x2+5x−7=0,x2+4x−5=0.
(Indication : tester x=1 et x=−1, puis utiliser le produit des racines.)
Solution
Solution de Exercice 10.4.
x2−7x+6 : 1−7+6=0, donc 1 est racine ; le produit des racines est 6, donc l’autre racine est 6.
2x2+5x−7 : 2+5−7=0, donc 1 est racine ; le produit est ac=−27, donc l’autre racine est −27.
x2+4x−5 : 1+4−5=0, donc 1 est racine ; le produit est −5, donc l’autre racine est −5.
Exercice 10.5★★
Trouver deux nombres dont la somme est 14 et le produit 45. Puis trouver les dimensions d’un rectangle de périmètre 34 et d’aire 60.
Solution
Solution de Exercice 10.5.
Les deux nombres résolvent x2−14x+45=0 (Proposition 10.9) ; Δ=196−180=16, racines214±4=9 et 5.
Pour le rectangle : la moitié du périmètre donne longueur + largeur =17, et l’aire donne leur produit 60. Ils résolvent x2−17x+60=0 ; Δ=289−240=49, racines217±7=12 et 5. Le rectangle est 12×5.
Exercice 10.6★★
Soit f(x)=x2+(m−2)x+1, où m est un paramètre réel. Pour quelles valeurs de m l’équationf(x)=0 a-t-elle exactement une solution ? Aucune solution ?
Solution
Solution de Exercice 10.6.
Δ=(m−2)2−4. Exactement une solution lorsque Δ=0 : (m−2)2=4, donc m−2=±2, c’est-à-dire m=0 ou m=4. Aucune solution lorsque Δ<0 : (m−2)2<4, c’est-à-dire −2<m−2<2, soit 0<m<4.
Exercice 10.7★★
Une balle est lancée vers le haut ; sa hauteur après t secondes est h(t)=−5t2+20t+1 (en mètres). Quelle est la hauteur maximale atteinte, et à quel instant ? Pendant quel intervalle de temps la balle est-elle à au moins 16 m de hauteur ?
Solution
Solution de Exercice 10.7.
Le sommet est en t=−2×(−5)20=2, et h(2)=−20+40+1=21 : hauteur maximale 21 m, atteinte après 2 secondes.
h(t)≥16 signifie −5t2+20t−15≥0, c’est-à-dire (en divisant par −5, ce qui inverse l’inégalité) t2−4t+3≤0. Les racines de t2−4t+3 sont 1 et 3 (1−4+3=0, produit 3), donc t2−4t+3≤0 exactement sur [1,3] : la balle est à au moins 16 m de hauteur entre les instants t=1 s et t=3 s.
Exercice 10.8★★
Résoudre l’équationx4−13x2+36=0 en posant X=x2 (une équationbicarrée).
Solution
Solution de Exercice 10.8.
Avec X=x2 : X2−13X+36=0, Δ=169−144=25, donc X=213±5=9 ou 4. Retour à x : x2=9 donne x=±3, et x2=4 donne x=±2. L’ensemble des solutions est {−3,−2,2,3}.
Exercice 10.9★★
Pour quelles valeurs de x le point M(x,x2) de la paraboley=x2 est-il strictement sous la droite y=x+2 ? Interpréter sur un croquis.
Solution
Solution de Exercice 10.9.
La condition est x2<x+2, c’est-à-dire x2−x−2<0. Comme x2−x−2=(x+1)(x−2) (racines−1 et 2), l’inégalité est réalisée strictement entre les racines : x∈(−1,2). Sur un croquis, la paraboley=x2 passe sous la droite y=x+2 exactement entre leurs deux points d’intersection(−1,1) et (2,4).
Exercice 10.10★★
La somme d’un nombre positif et de son inverse est 613. Trouver le nombre. (Se ramener à une équation du second degré.)
Solution
Solution de Exercice 10.10.
Soit x>0 tel que x+x1=613. Multiplier par 6x>0 : 6x2+6=13x, c’est-à-dire 6x2−13x+6=0. Alors Δ=169−144=25 et x=1213±5, d’où x=23 ou x=32. Les deux sont positifs et inverses l’un de l’autre, comme attendu : le nombre est 23 (ou 32).
Exercice 10.11★★★
Soit P la paraboley=x2 et soit dm la droite y=mx−1, où m est un paramètre réel.
Pour quelles valeurs de mP et dm se coupent-elles en deux points ? Un point ? Aucun point ?
Lorsqu’elles se touchent en exactement un point, calculer le point de contact. (Dans le Chapitre 12 on reconnaîtra dm comme la tangente à P en ce point.)
Solution
Solution de Exercice 10.11.
1. Les intersections correspondent aux solutions de x2=mx−1, c’est-à-dire x2−mx+1=0, dont le discriminant est Δ=m2−4. Deux points lorsque ∣m∣>2 ; exactement un lorsque m=±2 ; aucun lorsque −2<m<2.
2. Pour m=2 : x2−2x+1=(x−1)2=0, donc l’unique point de contact est (1,1). Pour m=−2 : (x+1)2=0, point de contact (−1,1). Dans les deux cas la droite rencontre la parabole en un seul point sans la traverser — c’est la tangente en ce point, et en effet sa pente m=±2 égale la valeur en x=±1 de la dérivée 2x de x2 (Chapitre 12).