Mathématiques du lycée · Grades 10–12
2Algèbre : équations et inéquations
L’algèbre est l’art de calculer avec des lettres. Ce chapitre revoit et affine les deux gestes de base — développer et factoriser — et les utilise pour résoudre systématiquement des équations et des inéquations, avec le tableau de signes comme outil central.
2.1 Développer et factoriser
Définition 2.1 (Développement, factorisation)
Développer une expression, c’est transformer des produits en sommes ; factoriser, c’est l’opération inverse, transformer une somme en un produit. La règle de base est la distributivité :
Exemple 2.2
Développer étape par étape :
Théorème 2.3 (Identités remarquables)
Pour tous nombres réels et :
Démonstration. Chacune est un développement direct. Pour la première :
La deuxième s’obtient en remplaçant par : . Pour la troisième : . ∎
Exemple 2.4
Utilisées dans le sens direct (développer) et inverse (factoriser) :
Le calcul mental en profite aussi : .
Méthode 2.5 (Factoriser une expression)
Essayer, dans cet ordre :
- Facteur commun : repérer un facteur présent dans chaque terme et le sortir, par exemple . Le facteur commun peut être une parenthèse entière : .
- Identité remarquable : reconnaître , ou , par exemple .
- Combiner les deux, et vérifier le résultat en le redéveloppant.
Exemple 2.6
Factoriser . C’est une différence de deux carrés avec et :
Attention à la seconde parenthèse : soustraire , c’est soustraire et ajouter .
2.2 Équations
Définition 2.7 (Équation, solution)
Une équation est une égalité contenant un nombre inconnu ; une solution est une valeur de qui rend l’égalité vraie. Résoudre l’équation, c’est trouver toutes ses solutions.
Deux équations sont équivalentes lorsqu’elles ont exactement les mêmes solutions. Ajouter le même nombre aux deux membres, ou multiplier les deux membres par le même nombre non nul, produit une équation équivalente.
Exemple 2.8 (Équation du premier degré)
Résoudre , une opération à la fois :
L’unique solution est . Vérification : et .
Théorème 2.9 (Règle du produit nul)
Un produit de nombres réels est nul si et seulement si l’un au moins de ses facteurs est nul :
Démonstration. Si ou , le produit est clairement . Réciproquement, supposons et . Diviser les deux membres par donne . ∎
Méthode 2.10 (Résoudre par factorisation)
Pour résoudre une équation dont le second membre est et dont le premier membre peut se factoriser :
- tout ramener à gauche pour que l’équation s’écrive ;
- factoriser en un produit de facteurs du premier degré ;
- appliquer la règle du produit nul et résoudre chaque petite équation ;
- rassembler toutes les solutions trouvées.
Exemple 2.11
Résoudre : soit , d’où , soit , d’où . Solutions : et .
Résoudre . Ne pas diviser par (il pourrait être nul !) ; tout ramener d’un côté et factoriser :
Exemple 2.12 (Équation quotient)
Résoudre . Un quotient est nul exactement lorsque son numérateur est nul et son dénominateur ne l’est pas. Ici donne , et : l’unique solution est . La valeur est interdite (division par zéro) et doit toujours être exclue en premier.
2.3 Inéquations et tableaux de signes
Proposition 2.13 (Règles pour les inégalités)
Soit .
- Pour tout : (ajouter préserve l’ordre).
- Si : (multiplier par un nombre positif préserve l’ordre).
- Si : (multiplier par un nombre négatif inverse l’ordre).
Démonstration. 1. . 2. est le produit de deux nombres positifs ou nuls, donc . 3. À présent comme produit d’un nombre positif ou nul et d’un nombre négatif, donc . ∎
Exemple 2.14
Résoudre :
L’ensemble des solutions est .
Définition 2.15 (Tableau de signes)
Un tableau de signes enregistre, une ligne par facteur, le signe ( ou ) de chaque facteur d’une expression lorsque parcourt , avec un à chaque valeur où le facteur s’annule ; une dernière ligne donne le signe du produit, en appliquant la règle des signes colonne par colonne.
Exemple 2.16
Signe de . Le facteur s’annule en et est positif après ; le facteur s’annule en et est positif avant :
Donc exactement sur , et sur .
Méthode 2.17 (Résoudre une inéquation avec un tableau de signes)
Pour résoudre une inéquation du type ou :
- tout ramener au premier membre, pour que le second membre soit (ne jamais multiplier les deux membres par une expression dont le signe est inconnu) ;
- factoriser le premier membre, ou le mettre sur un dénominateur commun s’il s’agit d’un quotient ;
- construire le tableau de signes avec une ligne par facteur (pour un quotient, marquer les valeurs interdites d’une double barre dans la dernière ligne) ;
- lire les intervalles où le signe demandé est réalisé, en vérifiant si chaque borne est incluse.
Exemple 2.18
Résoudre . Le numérateur s’annule en , le dénominateur en (valeur interdite). Le quotient est négatif lorsque les deux ont des signes opposés, ce qui arrive pour entre et . En incluant la borne où le numérateur s’annule mais en excluant la valeur interdite : l’ensemble des solutions est .
2.4 Exercices
Exercice 2.1 ★
Développer et simplifier :
Solution
Solution de Exercice 2.1.
.
.
.
.
Exercice 2.2 ★
Factoriser :
Solution
Solution de Exercice 2.2.
(différence de carrés).
.
(facteur commun).
.
Exercice 2.3 ★
Résoudre :
(L’une d’elles n’a pas de solution — expliquer pourquoi.)
Solution
Solution de Exercice 2.3.
: , donc .
: , donc .
se développe en , c’est-à-dire : faux pour tout . Aucune solution — les deux membres définissent des droites parallèles qui ne se rencontrent jamais.
Exercice 2.4 ★
Résoudre en utilisant la règle du produit nul :
Solution
Solution de Exercice 2.4.
: ou .
: ou .
: l’unique solution .
Exercice 2.5 ★
Résoudre les inéquations et écrire les ensembles de solutions comme intervalles :
Solution
Solution de Exercice 2.5.
: , donc : ensemble des solutions .
: , diviser par inverse l’inégalité : : ensemble des solutions .
: , donc , donc : ensemble des solutions .
Exercice 2.6 ★★
Factoriser , puis résoudre .
Solution
Solution de Exercice 2.6.
Le facteur commun est :
Alors lorsque ou (règle du produit nul).
Exercice 2.7 ★★
Résoudre , puis . (Pour la seconde, tout ramener à gauche et factoriser la différence de carrés.)
Solution
Solution de Exercice 2.7.
: , donc ou (ne jamais diviser par : la solution serait perdue).
: tout ramener à gauche et factoriser la différence de carrés :
Règle du produit nul : ou .
Exercice 2.8 ★★
À l’aide d’un tableau de signes, résoudre
Solution
Solution de Exercice 2.8.
: le facteur s’annule en (positif après), s’annule en (positif avant). Le produit est positif exactement lorsque les deux facteurs sont positifs, c’est-à-dire sur .
: numérateur nul en , dénominateur nul en (interdit). Tableau de signes : le quotient est positif lorsque les deux parties ont le même signe, c’est-à-dire pour ou ; il s’annule en . Ensemble des solutions : .
Exercice 2.9 ★★
Un service de streaming coûte par mois, plus des frais d’inscription uniques de ; un concurrent coûte par mois sans frais. Au bout de combien de mois le premier service devient-il le moins cher au total ? Mettre en équation et résoudre une inéquation.
Solution
Solution de Exercice 2.9.
Après mois le premier service coûte et le second . Le premier est moins cher lorsque
À partir du -ième mois, le premier service est le choix le moins cher au total.
Exercice 2.10 ★★
Résoudre . (Multiplier les deux membres par après avoir exclu la valeur interdite, ou tout ramener à gauche sur un dénominateur commun.)
Solution
Solution de Exercice 2.10.
Valeur interdite : . Pour , multiplier les deux membres par :
Comme , la solution est . Vérification : .
Exercice 2.11 ★★★
Soit un entier. Montrer que est toujours impair, et que la différence des carrés de deux nombres impairs consécutifs est toujours un multiple de .
Solution
Solution de Exercice 2.11.
, qui est impair pour tout entier .
Deux nombres impairs consécutifs s’écrivent et . Alors
un multiple de .
2.5 Problème : de Babylone au nombre d’or
Problème 2.1
Devoir du week-end — problèmes somme-produit, la mise sous forme canonique telle qu’al-Khwarizmi la dessinait, et l’équation
Il y a quatre mille ans, les scribes babyloniens résolvaient ceci sur l’argile : trouver deux nombres connaissant leur somme et leur produit. Leur astuce — chercher les nombres symétriquement autour de la demi-somme — vient encore aujourd’hui à bout de toute équation du second degré, sous son nom moderne : la mise sous forme canonique. Ce problème apprend l’astuce, regarde al-Khwarizmi compléter littéralement un carré, puis met la méthode au travail sur la plus célèbre de toutes les proportions.
Partie I — Le problème babylonien.
- Échauffement (Théorème 2.3) : factoriser , puis , puis — en combinant une identité et une différence de carrés — .
- Résoudre et (Théorème 2.9).
- Le problème du scribe : deux nombres ont pour somme et pour produit . À la manière de Babylone, les écrire et (symétriques autour de la demi-somme) et déterminer , puis les deux nombres.
- Même méthode : somme , produit .
La recette générale : pour une somme et un produit , montrer que les deux nombres valent
et énoncer la condition sur et pour que le problème ait une solution.
Partie II — La mise sous forme canonique.
- Développer et conclure : les solutions de sont exactement les couples de nombres de somme et de produit . (Les scribes résolvaient des équations du second degré sans le savoir.)
- Vérifier que , puis résoudre en factorisant le membre de droite comme une différence de carrés. Comparer avec la question 3.
- Résoudre par mise sous forme canonique.
- Mettre sous forme canonique, et expliquer pourquoi l’équation n’a aucune solution réelle. Énoncer le critère général : une fois écrite , quand une expression du second degré s’annule-t-elle ?
- Le nom est à prendre au pied de la lettre. À Bagdad, au neuvième siècle, al-Khwarizmi dessinait comme un carré de côté auquel on colle sur deux côtés deux rectangles , puis il complétait le carré par le coin manquant. Faire la figure et expliquer comment elle transforme l’équation en — puis résoudre.
Partie III — Signes, tableaux et deux vieilles promesses.
- Construire le tableau de signes de (Définition 2.15) et résoudre .
- Résoudre (tout ramener dans un même membre et réutiliser la question 7).
- Résoudre à l’aide d’un tableau de signes, sans oublier la valeur interdite.
Une vieille promesse tenue : pour l’agriculteur du problème de la clôture de la reine Didon, dans le volume précédent, avec m de clôture, l’aire d’un enclos vérifie
Vérifier l’identité et y lire une démonstration de ce que l’on ne pouvait alors que conjecturer : l’aire maximale, et l’unique qui la réalise.
- Une autre : démontrer que pour tout , avec égalité seulement en . (Multiplier par , regrouper, reconnaître un carré — l’inégalité arithmético-géométrique du devoir du week-end sur les relations d’Euclide, du volume précédent, en habit neuf.)
Partie IV — La section dorée. Découper un segment de longueur en une grande partie et une petite partie de sorte que le tout soit à la grande partie ce que la grande partie est à la petite : .
- Montrer que la condition s’écrit .
- Résoudre par mise sous forme canonique, et conserver la racine qui est une longueur : .
- Le nombre d’or est . Rendre le dénominateur rationnel (multiplier haut et bas par : une identité à l’œuvre) et montrer que .
Vérifier exactement les deux identités magiques de :
- Pour finir : expliquer pourquoi est irrationnel (le devoir du week-end sur l’irrationalité, du volume précédent, fournit le fait clé sur ), puis calculer à trois décimales les rapports , , , de nombres de Hemachandra–Fibonacci consécutifs (devoir du week-end sur le décompte des rythmes, du volume précédent). Que semblent-ils poursuivre ? (La démonstration qu’ils l’atteignent relève des chapitres sur les suites.)
Solution
Solution de Problème 2.1.
1. ; ; .
2. ou ; ou .
3. donne , soit : les nombres sont et (somme , produit : vérification faite).
4. : , nombres et .
5. impose . Une solution existe exactement lorsque cette quantité est , c’est-à-dire lorsque — le produit de deux nombres de somme donnée ne peut jamais dépasser le carré de la demi-somme (le problème de la clôture de la reine Didon, dans le volume précédent, le savait déjà).
6. : l’équation dit précisément « est l’un de deux nombres de somme et de produit ».
7. . Différence de carrés : : solutions et — les nombres du scribe de la question 3.
8. donne , : ou .
9. pour tout : aucune solution réelle. Sous la forme , il y a des solutions exactement lorsque (alors a les deux racines ) ; lorsque , l’expression reste strictement positive.
10. Le carré de côté (aire ) et les deux rectangles (soit en tout) forment un L d’aire ; le coin manquant (aire ) complète un grand carré de côté . En ajoutant aux deux membres : , donc (les longueurs sont positives) et . L’algèbre et le dessin sont un seul et même geste.
11. est négatif entre les racines. Solution de : .
12. , c’est-à-dire : entre les racines, bornes comprises : .
13. Numérateur nul en , valeur interdite en ; le quotient est positif hors des racines : .
14. : identité vérifiée. Comme toujours, on a , avec égalité exactement pour : l’enclos carré , d’aire maximale m — le tableau de valeurs d’autrefois, devenu démonstration en deux lignes.
15. Pour , multiplions l’inégalité par : , c’est-à-dire — ce qui est vrai, avec égalité seulement en . Rediviser par conserve tout (Proposition 2.13).
16. Le produit en croix dans (toutes les longueurs sont positives) donne , c’est-à-dire .
17. donne . La racine positive : .
18. .
19. , et : les deux sont égaux. Et (c’est ainsi que a été défini). Le nombre d’or est le nombre dont le carré ajoute un et dont l’inverse retranche un.
20. est irrationnel (devoir du week-end sur l’irrationalité, du volume précédent : n’est pas un carré parfait), et ajouter puis diviser par conserve l’irrationalité (opérations rationnelles, Problème 1.1). Rapports : , , , : alternativement au-dessus et au-dessous, ils se resserrent autour de — les nombres qui comptaient les rythmes (devoir du week-end correspondant du volume précédent) poursuivent secrètement la section dorée ; les chapitres sur les suites les prendront sur le fait.