La géométrie en dimension trois devient calculatoire une fois les vecteurs et les coordonnées disponibles : les droites admettent des représentations paramétriques, les plans des équations cartésiennes, et le produit scalaire mesure les angles et les distances. Ce chapitre construit cette boîte à outils et l’utilise pour résoudre les problèmes classiques d’intersection et de distance.
31.1 Vecteurs de l’espace
Les vecteurs de l’espace obéissent aux mêmes règles que dans le plan : ils s’additionnent, se multiplient par un scalaire, et AB=CD exactement lorsque ABDC est un parallélogramme. Dans un repère(O;,,k), tout vecteur a des coordonnées(x,y,z).
Définition 31.1(Colinéarité, coplanarité)
Deux vecteurs sont colinéaires si l’un est un multiple de l’autre. Trois vecteursu,v,w sont coplanaires si l’un d’eux peut s’écrire comme combinaison des deux autres, disons w=au+bv.
Proposition 31.2
Si u,v,w ne sont pas coplanaires, tout vecteur de l’espace se décompose de façon unique en xu+yv+zw.
Idée de la preuve. Par l’extrémité du vecteur à décomposer, mener la droite parallèle à w ; elle rencontre le plan de u,v en un unique point, qui scinde le vecteur en une composante dans ce plan (uniquement xu+yv, géométrie plane) et une composante selon w. Unicité : une différence de deux décompositions exprimerait l’un des vecteurs en fonction des deux autres, contredisant la non-coplanarité. ∎
31.2 Droites et plans
Définition 31.3(Représentation paramétrique d’une droite)
La droite passant par A(xA,yA,zA) de vecteur directeuru(a,b,c)=0 est l’ensemble des points
M(xA+ta,yA+tb,zA+tc),t∈R.
Définition 31.4(Plan)
Le plan passant par A dirigé par deux vecteurs non colinéairesu,v est l’ensemble des points M avec AM=su+tv, (s,t)∈R2.
À gauche : la droite passant par A de direction u, graduée par le paramètre t. À droite : le plan passant par A dirigé par u et v ; tout point M du plan est atteint comme AM=su+tv.
Proposition 31.5(Positions relatives)
Deux plans distincts sont soit parallèles, soit s’intersectent selon une droite. Une droite et un plan sont soit parallèles (éventuellement contenus), soit s’intersectent en un unique point. Deux droites de l’espace peuvent être sécantes, strictement parallèles, confondues, ou non coplanaires (gauches).
Esquisse. Ce sont des énoncés d’incidence ; chaque analyse de cas se réduit, en coordonnées, à résoudre un système linéaire et à compter ses solutions — voir Méthode 31.10. ∎
31.3 Produit scalaire
Définition 31.6(Produit scalaire)
Le produit scalaire de u et v est
u⋅v=21(∥u+v∥2−∥u∥2−∥v∥2),
où ∥u∥ est la longueur de u. Si les deux vecteurs sont non nuls, u⋅v=∥u∥∥v∥cosθ où θ est l’angle entre eux ; et dans un repèreorthonormé,
Le produit scalaire est symétrique (u⋅v=v⋅u), bilinéaire ((au+bv)⋅w=au⋅w+bv⋅w), et u⋅u=∥u∥2≥0.
Démonstration. Dans un repère orthonormé, les trois propriétés sont immédiates sur la formule xx′+yy′+zz′, qui elle-même suit de la formule définissante et du calcul pythagoricien des longueurs : ∥u∥2=x2+y2+z2. ∎
Un vecteur normaln du plan P est orthogonal à toute direction de P. Le point H, pied de la perpendiculaire issue de M0, réalise la distance de M0 au plan.
où d=−(axA+byA+czA). Réciproquement, toute telle équation avec (a,b,c)=(0,0,0) définit un plan de vecteur normal(a,b,c).
Démonstration.M∈P⟺AM⊥n⟺a(x−xA)+b(y−yA)+c(z−zA)=0, qui se développe en l’équation. Réciproquement, prendre un point solution A quelconque de l’équation ; le même calcul à l’envers montre que l’ensemble des solutions est {M:AM⋅n=0}, le plan passant par A de normale n. ∎
Méthode 31.10(Intersections en pratique)
Droite ∩ plan : substituer les coordonnées paramétriques de la droite dans l’équation du plan ; résoudre en t (une solution : un point ; 0= non nul : parallèle ; 0=0 : droite contenue).
Plan ∩ plan : résoudre le système des deux équations, en paramétrant par une coordonnée libre ; la solution est une droite (ou les plans sont parallèles lorsque les vecteurs normaux sont colinéaires).
Contrôles d’orthogonalité : droite ⊥ plan ssi sa direction est colinéaire à la normale ; deux plans sont perpendiculaires ssi leurs normales sont orthogonales.
Proposition 31.11(Distance d’un point à un plan)
Dans un repère orthonormé, la distance de M0(x0,y0,z0) au plan P:ax+by+cz+d=0 est
dist(M0,P)=a2+b2+c2∣ax0+by0+cz0+d∣.
Démonstration. Soit H la projection orthogonale de M0 sur P : le pied de la perpendiculaire, donc HM0 est colinéaire à la normale unitaire ∥n∥n, et la distance est HM0⋅∥n∥n. Pour tout H∈P, HM0⋅n=ax0+by0+cz0−(axH+byH+czH)=ax0+by0+cz0+d (en utilisant l’équation en H), d’où la formule après division par ∥n∥=a2+b2+c2. ∎
Exemple 31.12
Distance de l’origine au plan x+2y+2z−6=0 : 1+4+4∣−6∣=36=2.
Soient P:x−y+2z=1 et Q:2x+y+z=4. Montrer que P et Q s’intersectent selon une droite et en donner une représentation paramétrique.
Solution
Solution de Exercice 31.5.
Les vecteurs normaux(1,−1,2) et (2,1,1) ne sont pas colinéaires, donc les plans s’intersectent selon une droite. En additionnant les deux équations : 3x+3z=5, donc x=35−z ; puis la première équation donne y=x+2z−1=32+z. Avec z=t :
Les directions u1(1,2,−1) et u2(1,1,2) ne sont pas colinéaires, donc les droites ne sont pas parallèles. Une intersection exigerait
1+t=2+s,2t=1+s,3−t=1+2s.
Les deux premières donnent t=1+s et 2(1+s)=1+s, donc s=−1, t=0 ; mais alors la troisième lit 3=−1, absurde. Pas de point commun et non parallèles : les droites sont non coplanaires.
Exercice 31.7★★
Soit P:2x−y+2z−3=0.
Calculer la distance de M0(3,1,1) à P.
Déterminer les coordonnées de la projection orthogonaleH de M0 sur P, et vérifier la distance M0H.
Solution
Solution de Exercice 31.7.
1.dist=4+1+4∣2⋅3−1+2⋅1−3∣=34.
2.H=M0+tn avec n(2,−1,2), en choisissant t pour que H∈P :
2(3+2t)−(1−t)+2(1+2t)−3=4+9t=0⟺t=−94.
D’où H(919,913,91), et
M0H=∥tn∥=94×3=34,
en accord avec la formule de distance.
Exercice 31.8★★★
Le cube ABCDEFGH a pour arête 1 ; placer les coordonnées de sorte que A(0,0,0), B(1,0,0), D(0,1,0), E(0,0,1) (avec C=B+D, F=B+E, G=B+D+E, H=D+E comme vecteurs issus de A).
Montrer que la diagonale (AG) est orthogonale au plan (BDE).
Calculer la distance de A au plan (BDE), et le point où (AG) le perce.
Solution
Solution de Exercice 31.8.
Coordonnées : G(1,1,1), et le plan (BDE) passe par B(1,0,0), D(0,1,0), E(0,0,1).
1. Le plan (BDE) a pour équationx+y+z=1 (satisfaite par les trois points, et ils ne sont pas alignés), donc n(1,1,1) lui est normal. Comme AG=(1,1,1)=n, la diagonale (AG) est orthogonale au plan (BDE).
2. Distance de A(0,0,0) : 3∣0+0+0−1∣=31=33. La droite (AG) est (t,t,t) ; elle rencontre le plan lorsque 3t=1 : au point (31,31,31), le centre de gravité du triangle BDE.
Exercice 31.9★★★
(Volume d’un tétraèdre.) Soient A(1,1,1), B(2,1,0), C(0,2,1) et D(2,2,2).
Vérifier que AB, AC, AD ne sont pas coplanaires (les points forment un vrai tétraèdre).
Trouver un vecteurnorthogonal à la fois à BC et BD, et en déduire une équation cartésienne du plan (BCD).
Calculer la distance de A au plan (BCD) et l’aire du triangle BCD, en utilisant la formule Aire=21∥u∥2∥v∥2−(u⋅v)2 pour le triangle engendré par u,v.
En déduire le volume du tétraèdre (V=31×aire de base×hauteur).
Solution
Solution de Exercice 31.9.
1.AB(1,0,−1), AC(−1,1,0), AD(1,1,1). Si AD=aAB+bAC, les coordonnées donnent a−b=1, b=1, −a=1 : les deux premières forcent a=2, contredisant a=−1. Non coplanaires.
2.BC(−2,1,1), BD(0,1,2). Résoudre n⋅BC=n⋅BD=0 : de b+2c=0, b=−2c ; puis −2a−2c+c=0 donne c=−2a. Avec a=1 : n(1,4,−2). Plan passant par B(2,1,0) :
x+4y−2z−6=0.
3. Distance de A(1,1,1) : 21∣1+4−2−6∣=213. Aire de BCD : BC2=6, BD2=5, BC⋅BD=3, donc