Mathematics · Livre 2 · Grades 10–12

Mathématiques du lycée

Mathématiques du lycée · Grades 10–12

28Nombres complexes

L’équation x2=1x^2 = -1 n’a pas de solution réelle. En élargissant R\R d’un seul nouveau nombre i\iu dont le carré vaut 1-1, on obtient le corps C\C des nombres complexes, dans lequel toute équation polynomiale a des solutions — et dont l’arithmétique encode la géométrie du plan : translations, rotations et homothéties deviennent additions et multiplications.

28.1 Forme algébrique

Définition 28.1 (Nombres complexes)

L’ensemble des nombres complexes est

C={a+ib:a,bR},\C = \{a + \iu b : a, b \in \R\},

i\iu est un symbole soumis à la seule règle i2=1\iu^2 = -1 ; l’addition et la multiplication se font comme pour les polynômes réels en i\iu, en réduisant i2\iu^2 à 1-1. Les réels aa et bb sont la partie réelle Re(z)\Rea(z) et la partie imaginaire Im(z)\Ima(z) de z=a+ibz = a + \iu b ; cette expression est la forme algébrique de zz, et elle est unique : a+ib=a+iba + \iu b = a' + \iu b' si et seulement si a=aa = a' et b=bb = b'.

Exemple 28.2

(2+3i)(1i)=22i+3i3i2=5+i(2 + 3\iu)(1 - \iu) = 2 - 2\iu + 3\iu - 3\iu^2 = 5 + \iu.

Définition 28.3 (Conjugué)

Le conjugué de z=a+ibz = a + \iu b est z=aib\conj{z} = a - \iu b.

Proposition 28.4 (Propriétés de la conjugaison)

Pour tous z,wCz, w \in \C :

z+w=z+w,zw=zw,z=z,z+z=2Re(z),zz=2iIm(z),\conj{z + w} = \conj z + \conj w, \quad \conj{zw} = \conj z\,\conj w, \quad \conj{\conj z} = z, \quad z + \conj z = 2\Rea(z), \quad z - \conj z = 2\iu\,\Ima(z),

et zz=a2+b20z\conj z = a^2 + b^2 \geq 0 pour z=a+ibz = a + \iu b. De plus zRz \in \R si et seulement si z=zz = \conj z.

Démonstration. Toutes se vérifient par calcul direct à partir des formes algébriques ; par exemple zz=(a+ib)(aib)=a2(ib)2=a2+b2z\conj z = (a + \iu b)(a - \iu b) = a^2 - (\iu b)^2 = a^2 + b^2.

Méthode 28.5 (Diviser des nombres complexes)

Pour écrire un quotient sous forme algébrique, multiplier numérateur et dénominateur par le conjugué du dénominateur :

12+i=2i(2+i)(2i)=2i5=2515i.\frac{1}{2 + \iu} = \frac{2 - \iu}{(2+\iu)(2-\iu)} = \frac{2 - \iu}{5} = \frac25 - \frac15\iu .

Tout nombre complexe non nul a donc un inverse : C\C est un corps.

28.2 Le plan complexe, module et argument

Définition 28.6 (Affixe, module)

Dans le plan muni d’un repère orthonormé, le point M(a,b)M(a, b) est l’image de z=a+ibz = a + \iu b, et zz est l’affixe de MM. Le module de zz est la distance de MM à l’origine :

z=a2+b2=zz.\abs{z} = \sqrt{a^2 + b^2} = \sqrt{z\conj z}.
Le point M(a,b) d’affixe z : le module z est la longueur OM, et le conjugué z est le symétrique de z par rapport à l’axe réel.
Le point M(a,b)M(a,b) d’affixe zz : le module z\abs z est la longueur OMOM, et le conjugué z\conj z est le symétrique de zz par rapport à l’axe réel.

Proposition 28.7 (Propriétés du module)

Pour z,wCz, w \in \C :

zw=zw,zw=zw (w0),z=z,z+wz+w (ineˊgaliteˊ triangulaire).\abs{zw} = \abs z\,\abs w, \qquad \abs{\tfrac zw} = \tfrac{\abs z}{\abs w}\ (w \neq 0), \qquad \abs{\conj z} = \abs z, \qquad \abs{z + w} \leq \abs{z} + \abs{w} \ \text{(inégalité triangulaire)}.

De plus zBzA\abs{z_B - z_A} est la distance entre les points d’affixes zAz_A et zBz_B.

Démonstration. zw2=zwzw=zzww=z2w2\abs{zw}^2 = zw\,\conj{zw} = z\conj z\, w \conj w = \abs z^2 \abs w^2 donne la première ; la deuxième et la troisième sont analogues. Pour l’inégalité triangulaire :

z+w2=(z+w)(z+w)=z2+w2+2Re(zw)z2+w2+2zw=(z+w)2,\abs{z+w}^2 = (z+w)(\conj z + \conj w) = \abs z^2 + \abs w^2 + 2\Rea(z \conj w) \leq \abs z^2 + \abs w^2 + 2\abs{z\conj w} = \bigl(\abs z + \abs w\bigr)^2,

en utilisant Re(u)u\Rea(u) \leq \abs u. L’énoncé sur la distance est la formule de Pythagore appliquée aux coordonnées de zBzAz_B - z_A.

Définition 28.8 (Argument, formes trigonométrique et exponentielle)

Soit z0z \neq 0. Un argument de zz, noté arg(z)\Arg(z), est toute mesure θ\theta de l’angle de l’axe réel positif vers le rayon OMOM ; il est défini à 2kπ2k\pi près. En notant r=zr = \abs z,

z=r(cosθ+isinθ)(forme trigonomeˊtrique).z = r(\cos\theta + \iu\sin\theta) \qquad\text{(forme trigonométrique)}.

En introduisant la notation

eiθ=cosθ+isinθ,\eu^{\iu\theta} = \cos\theta + \iu\sin\theta,

cela devient la forme exponentielle z=reiθz = r\,\eu^{\iu\theta}.

Forme exponentielle : z est déterminé par sa distance r à l’origine et l’angle  depuis l’axe réel positif.
Forme exponentielle : zz est déterminé par sa distance rr à l’origine et l’angle θ\theta depuis l’axe réel positif.

Théorème 28.9

Pour tous θ,θR\theta, \theta' \in \R :

eiθeiθ=ei(θ+θ),eiθ=eiθ,eiθ=1.\eu^{\iu\theta}\,\eu^{\iu\theta'} = \eu^{\iu(\theta + \theta')}, \qquad \conj{\eu^{\iu\theta}} = \eu^{-\iu\theta}, \qquad \abs{\eu^{\iu\theta}} = 1 .

Par suite, pour z=reiθz = r\eu^{\iu\theta} et z=reiθz' = r'\eu^{\iu\theta'} non nuls :

zz=rrei(θ+θ),zz=rrei(θθ):zz' = rr'\,\eu^{\iu(\theta+\theta')}, \qquad \frac{z}{z'} = \frac{r}{r'}\,\eu^{\iu(\theta - \theta')} :

les modules se multiplient, les arguments s’ajoutent.

Démonstration. La première identité est le couple de formules d’addition (Proposition 24.3) :

(cosθ+isinθ)(cosθ+isinθ)=(cosθcosθsinθsinθ)+i(sinθcosθ+cosθsinθ).(\cos\theta + \iu\sin\theta)(\cos\theta' + \iu\sin\theta') = (\cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta') + \iu(\sin\theta\cos\theta' + \cos\theta\sin\theta').

Le reste suit par calcul direct.

Corollaire 28.10 (Formule de Moivre)

Pour θR\theta \in \R et nZn \in \Z : (cosθ+isinθ)n=cosnθ+isinnθ\bigl(\cos\theta + \iu\sin\theta\bigr)^n = \cos n\theta + \iu \sin n\theta.

Démonstration. Récurrence sur n0n \geq 0 en utilisant Théorème 28.9 ; étendre à n<0n < 0 en prenant les inverses.

Méthode 28.11 (Passer d’une forme à l’autre)

De l’algébrique à l’exponentielle : calculer r=zr = \abs z, puis trouver θ\theta avec cosθ=ar\cos\theta = \frac ar, sinθ=br\sin\theta = \frac br (situer le bon quadrant avant d’invoquer un arccosinus). De l’exponentielle à l’algébrique : développer rcosθ+irsinθr\cos\theta + \iu\, r\sin\theta. Utiliser la forme algébrique pour les sommes, la forme exponentielle pour les produits, puissances et quotients.

Exemple 28.12

z=1+iz = 1 + \iu : z=2\abs z = \sqrt2 et cosθ=sinθ=12\cos\theta = \sin\theta = \frac{1}{\sqrt2}, donc θ=π4\theta = \frac\pi4 et z=2eiπ/4z = \sqrt2\,\eu^{\iu\pi/4}. D’où z20=210e5iπ=1024z^{20} = 2^{10}\,\eu^{5\iu\pi} = -1024.

28.3 Équations du second degré et racines de l’unité

Théorème 28.13 (Équations du second degré à coefficients réels)

Soient a,b,cRa, b, c \in \R, a0a \neq 0, et Δ=b24ac\Delta = b^2 - 4ac. L’équation az2+bz+c=0az^2 + bz + c = 0 a des solutions dans C\C :

Δ>0: z=b±Δ2a (deux reˊelles);Δ=0: z=b2a (double);Δ<0: z=b±iΔ2a (deux conjugueˊes).\begin{aligned} &\Delta > 0:\ z = \frac{-b \pm \sqrt{\Delta}}{2a} \ (\text{deux réelles}); \qquad \Delta = 0:\ z = \frac{-b}{2a} \ (\text{double}); \\ &\Delta < 0:\ z = \frac{-b \pm \iu\sqrt{-\Delta}}{2a} \ (\text{deux conjuguées}). \end{aligned}

Démonstration. Compléter le carré : az2+bz+c=a((z+b2a)2Δ4a2)az^2 + bz + c = a\left(\left(z + \frac{b}{2a}\right)^2 - \frac{\Delta}{4a^2}\right). Si Δ<0\Delta < 0, alors Δ4a2=(iΔ2a)2\frac{\Delta}{4a^2} = \left(\iu\frac{\sqrt{-\Delta}}{2a}\right)^2, et la différence de carrés se factorise comme d’habitude.

Définition 28.14 (Racines de l’unité)

Pour n1n \geq 1, les racines nn-ièmes de l’unité sont les solutions de zn=1z^n = 1.

Théorème 28.15

L’équation zn=1z^n = 1 a exactement nn solutions :

ωk=e2ikπ/n,k=0,1,,n1.\omega_k = \eu^{2\iu k\pi/n}, \qquad k = 0, 1, \dots, n-1 .

Leurs images sont les sommets d’un nn-gone régulier inscrit dans le cercle unité, et pour n2n \geq 2 leur somme vaut 00.

Démonstration. Chaque ωk\omega_k vérifie ωkn=e2ikπ=1\omega_k^n = \eu^{2\iu k\pi} = 1, et ils sont deux à deux distincts car leurs arguments sont dans [0,2π)\intco{0}{2\pi}. Réciproquement, si zn=1z^n = 1 alors zn=1\abs z^n = 1, donc z=1\abs z = 1 (réel positif) et z=eiθz = \eu^{\iu\theta} avec nθ0(mod2π)n\theta \equiv 0 \pmod{2\pi}, c’est-à-dire θ=2kπn\theta = \frac{2k\pi}{n} ; en réduisant kk modulo nn on retombe parmi les ωk\omega_k. Les sommets sont espacés de l’angle 2πn\frac{2\pi}{n} : un nn-gone régulier. Enfin, avec ω=ω1\omega = \omega_1, ω1\omega \neq 1 et la somme géométrique donne

k=0n1ωk=k=0n1ωk=ωn1ω1=0.\sum_{k=0}^{n-1}\omega_k = \sum_{k=0}^{n-1}\omega^k = \frac{\omega^n - 1}{\omega - 1} = 0 . \qedhere

Les racines cinquièmes de l’unité, = 2 π/5 : les sommets d’un pentagone régulier inscrit dans le cercle unité ().
Les racines cinquièmes de l’unité, ω=e2iπ/5\omega = \eu^{2\iu\pi/5} : les sommets d’un pentagone régulier inscrit dans le cercle unité (Exercice 28.10).

Exemple 28.16

Les racines cubiques de l’unité sont 11, j=e2iπ/3=12+i32j = \eu^{2\iu\pi/3} = -\frac12 + \iu\frac{\sqrt3}{2} et j=j2\conj j = j^2, vérifiant 1+j+j2=01 + j + j^2 = 0.

28.4 Nombres complexes et géométrie plane

Proposition 28.17 (Dictionnaire géométrique)

Soient A,B,C,DA, B, C, D des points d’affixes a,b,c,da, b, c, d (aba \neq b, cdc \neq d).

  1. La translation de vecteur d’affixe tt est zz+tz \mapsto z + t.
  2. La rotation de centre ω\omega (affixe) et d’angle θ\theta est zω+eiθ(zω)z \mapsto \omega + \eu^{\iu\theta}(z - \omega).
  3. L’homothétie de centre ω\omega et de rapport kRk \in \R^* est zω+k(zω)z \mapsto \omega + k(z - \omega).
  4. dcba\dfrac{d - c}{b - a} a pour module CDAB\dfrac{CD}{AB} et pour argument l’angle entre les vecteurs AB\vect{AB} et CD\vect{CD}. En particulier, ABCDAB \perp CD si et seulement si dcba\frac{d-c}{b-a} est purement imaginaire, et A,B,CA, B, C sont alignés (CAC \ne A, CBC\ne B) si et seulement si cabaR\frac{c-a}{b-a} \in \R.

Démonstration. (1) et (3) reformulent les formules en coordonnées. Pour (2), l’application weiθww \mapsto \eu^{\iu\theta} w multiplie les modules par 11 et ajoute θ\theta aux arguments : c’est la rotation d’angle θ\theta autour de l’origine ; en conjuguant par la translation envoyant ω\omega en 00 on obtient le centre général. Pour (4), modules et arguments des quotients se soustraient (Théorème 28.9).

28.5 Exercices

Exercice 28.1

Écrire sous forme algébrique : (32i)(1+4i)(3 - 2\iu)(1 + 4\iu), 2+i1i\dfrac{2 + \iu}{1 - \iu}, i2027\iu^{2027}.

Solution

Solution de Exercice 28.1.

(32i)(1+4i)=3+12i2i8i2=11+10i(3-2\iu)(1+4\iu) = 3 + 12\iu - 2\iu - 8\iu^2 = 11 + 10\iu.

2+i1i=(2+i)(1+i)(1i)(1+i)=1+3i2=12+32i\dfrac{2+\iu}{1-\iu} = \dfrac{(2+\iu)(1+\iu)}{(1-\iu)(1+\iu)} = \dfrac{1 + 3\iu}{2} = \dfrac12 + \dfrac32\iu.

i2027\iu^{2027} : comme i4=1\iu^4 = 1 et 2027=4×506+32027 = 4 \times 506 + 3, i2027=i3=i\iu^{2027} = \iu^3 = -\iu.

Exercice 28.2

Résoudre dans C\C : (a) z24z+13=0z^2 - 4z + 13 = 0 ; (b) z2+z+1=0z^2 + z + 1 = 0. Vérifier dans chaque cas que les deux solutions sont conjuguées et calculer leur produit.

Solution

Solution de Exercice 28.2.

(a) Δ=1652=36\Delta = 16 - 52 = -36 : z=4±6i2=2±3iz = \dfrac{4 \pm 6\iu}{2} = 2 \pm 3\iu. Paire conjuguée ; produit =4+9=13=ca= 4 + 9 = 13 = \frac ca. (b) Δ=14=3\Delta = 1 - 4 = -3 : z=1±i32z = \dfrac{-1 \pm \iu\sqrt3}{2} (les racines cubiques de l’unité jj et j\conj j) ; produit =1+34=1= \frac{1 + 3}{4} = 1.

Exercice 28.3

Mettre sous forme exponentielle : z1=1+iz_1 = -1 + \iu, z2=3iz_2 = \sqrt3 - \iu, et calculer z1z2\dfrac{z_1}{z_2} sous forme exponentielle puis algébrique. En déduire la valeur exacte de cos11π12\cos\dfrac{11\pi}{12}.

Solution

Solution de Exercice 28.3.

z1=2\abs{z_1} = \sqrt2, argument 3π4\frac{3\pi}{4} (deuxième quadrant) : z1=2e3iπ/4z_1 = \sqrt2\,\eu^{3\iu\pi/4}. z2=2\abs{z_2} = 2, argument π6-\frac\pi6 : z2=2eiπ/6z_2 = 2\,\eu^{-\iu\pi/6}. D’où

z1z2=22ei(3π4+π6)=22e11iπ/12.\frac{z_1}{z_2} = \frac{\sqrt2}{2}\,\eu^{\iu\left(\frac{3\pi}{4} + \frac{\pi}{6}\right)} = \frac{\sqrt2}{2}\,\eu^{11\iu\pi/12}.

Algébriquement,

z1z2=1+i3i=(1+i)(3+i)4=31+i(31)4.\frac{z_1}{z_2} = \frac{-1+\iu}{\sqrt3 - \iu} = \frac{(-1+\iu)(\sqrt3+\iu)}{4} = \frac{-\sqrt3 - 1 + \iu(\sqrt3 - 1)}{4}.

En identifiant les parties réelles : 22cos11π12=314\frac{\sqrt2}{2}\cos\frac{11\pi}{12} = \frac{-\sqrt3-1}{4}, donc

cos11π12=6+24.\cos\frac{11\pi}{12} = -\frac{\sqrt6 + \sqrt2}{4}.

Exercice 28.4 ★★

Décrire géométriquement l’ensemble des points MM d’affixe zz tels que : (a) z2=z+i\abs{z - 2} = \abs{z + \iu} ; (b) z1i=3\abs{z - 1 - \iu} = 3 ; (c) z1z+1\dfrac{z - 1}{z + 1} est purement imaginaire.

Solution

Solution de Exercice 28.4.

(a) z2=z(i)\abs{z - 2} = \abs{z - (-\iu)} signifie que MM est équidistant de A(2,0)A(2, 0) et B(0,1)B(0, -1) : la médiatrice de [AB][AB].

(b) Distance 33 du point (1,1)(1,1) : le cercle de centre 1+i1 + \iu et de rayon 33.

(c) Par la Proposition 28.17(4), z1z+1\frac{z-1}{z+1} purement imaginaire signifie que les vecteurs de A(1,0)A(1,0) vers MM et de B(1,0)B(-1,0) vers MM sont orthogonaux : MM voit le segment [AB][AB] sous un angle droit. L’ensemble est le cercle de diamètre [AB][AB] (le cercle unité) privé des points AA et BB eux-mêmes.

Exercice 28.5 ★★

À l’aide de la formule de Moivre et de la formule du binôme, exprimer cos3θ\cos 3\theta comme polynôme en cosθ\cos\theta, et sin3θ\sin 3\theta en fonction de sinθ\sin\theta.

Solution

Solution de Exercice 28.5.

Moivre : cos3θ+isin3θ=(cosθ+isinθ)3\cos3\theta + \iu\sin3\theta = (\cos\theta + \iu\sin\theta)^3. En développant par la formule du binôme avec c=cosθc = \cos\theta, s=sinθs = \sin\theta :

(c+is)3=c3+3ic2s3cs2is3=(c33cs2)+i(3c2ss3).(c + \iu s)^3 = c^3 + 3\iu c^2 s - 3 c s^2 - \iu s^3 = (c^3 - 3cs^2) + \iu(3c^2 s - s^3).

En identifiant les parties et en utilisant s2=1c2s^2 = 1 - c^2, c2=1s2c^2 = 1 - s^2 :

cos3θ=4cos3θ3cosθ,sin3θ=3sinθ4sin3θ.\cos3\theta = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta, \qquad \sin3\theta = 3\sin\theta - 4\sin^3\theta .

Exercice 28.6 ★★

(Linéarisation.) En utilisant cosθ=eiθ+eiθ2\cos\theta = \frac{\eu^{\iu\theta} + \eu^{-\iu\theta}}{2}, linéariser cos3θ\cos^3\theta (l’écrire comme combinaison de coskθ\cos k\theta), et en déduire 0π/2cos3θ ⁣dθ\displaystyle\int_0^{\pi/2}\cos^3\theta\,\dd\theta.

Solution

Solution de Exercice 28.6.

cos3θ=(eiθ+eiθ2) ⁣3=e3iθ+3eiθ+3eiθ+e3iθ8=cos3θ+3cosθ4.\cos^3\theta = \left(\frac{\eu^{\iu\theta} + \eu^{-\iu\theta}}{2}\right)^{\!3} = \frac{\eu^{3\iu\theta} + 3\eu^{\iu\theta} + 3\eu^{-\iu\theta} + \eu^{-3\iu\theta}}{8} = \frac{\cos3\theta + 3\cos\theta}{4}.

D’où

0π/2cos3θ ⁣dθ=14[sin3θ3+3sinθ]0π/2=14(13+3)=23.\int_0^{\pi/2}\cos^3\theta\,\dd\theta = \frac14\left[\frac{\sin3\theta}{3} + 3\sin\theta\right]_0^{\pi/2} = \frac14\left(-\frac13 + 3\right) = \frac{2}{3}.

(Cohérent avec W3=23W_3 = \frac23 dans l’Exercice 25.9, car 0π/2cos3=0π/2sin3\int_0^{\pi/2}\cos^3 = \int_0^{\pi/2}\sin^3 par la symétrie θπ2θ\theta \mapsto \frac\pi2 - \theta.)

Exercice 28.7 ★★

Soient AA et BB d’affixes a=1+ia = 1 + \iu et b=3+2ib = 3 + 2\iu. Déterminer les deux points CC rendant le triangle ABCABC équilatéral, comme images de BB par les rotations de centre AA et d’angles ±π3\pm\frac{\pi}{3}.

Solution

Solution de Exercice 28.7.

c=a+e±iπ/3(ba)c = a + \eu^{\pm\iu\pi/3}(b - a) avec ba=2+ib - a = 2 + \iu et e±iπ/3=12±i32\eu^{\pm\iu\pi/3} = \frac12 \pm \iu\frac{\sqrt3}{2} :

eiπ/3(2+i)=(12+i32)(2+i)=(132)+i(12+3),\eu^{\iu\pi/3}(2+\iu) = \left(\tfrac12 + \iu\tfrac{\sqrt3}{2}\right)(2+\iu) = \left(1 - \tfrac{\sqrt3}{2}\right) + \iu\left(\tfrac12 + \sqrt3\right),

donc c1=(232)+i(32+3)c_1 = \left(2 - \frac{\sqrt3}{2}\right) + \iu\left(\frac32 + \sqrt3\right), et de même avec l’angle π3-\frac\pi3 : c2=(2+32)+i(323)c_2 = \left(2 + \frac{\sqrt3}{2}\right) + \iu\left(\frac32 - \sqrt3\right).

Exercice 28.8 ★★★

Résoudre z4=4z^4 = -4 dans C\C et placer les solutions. Factoriser z4+4z^4 + 4 en deux polynômes du second degré à coefficients réels.

Solution

Solution de Exercice 28.8.

4=4eiπ-4 = 4\,\eu^{\iu\pi}, donc les solutions de z4=4z^4 = -4 sont

zk=2ei(π4+kπ2),k=0,1,2,3,z_k = \sqrt2\,\eu^{\iu\left(\frac\pi4 + \frac{k\pi}{2}\right)}, \quad k = 0, 1, 2, 3,

c.-à-d. 1+i1 + \iu, 1+i-1 + \iu, 1i-1 - \iu, 1i1 - \iu : les sommets d’un carré de circonférence de rayon 2\sqrt 2. En groupant les racines conjuguées,

z4+4=(z(1+i))(z(1i))(z+(1i))(z+(1+i))=(z22z+2)(z2+2z+2).z^4 + 4 = \bigl(z - (1{+}\iu)\bigr)\bigl(z - (1{-}\iu)\bigr) \bigl(z + (1{-}\iu)\bigr)\bigl(z + (1{+}\iu)\bigr) = (z^2 - 2z + 2)(z^2 + 2z + 2).

Exercice 28.9 ★★★

Pour θ(0,2π)\theta \in \intoo{0}{2\pi} et nNn \in \N, calculer

S=1+cosθ+cos2θ++cosnθS = 1 + \cos\theta + \cos 2\theta + \dots + \cos n\theta

en sommant la progression géométrique k=0neikθ\sum_{k=0}^n \eu^{\iu k\theta} et en prenant les parties réelles. (Réponse : S=sin(n+1)θ2sinθ2cosnθ2S = \dfrac{\sin\frac{(n+1)\theta}{2}}{\sin\frac{\theta}{2}} \cos\frac{n\theta}{2}.)

Solution

Solution de Exercice 28.9.

Avec q=eiθ1q = \eu^{\iu\theta} \neq 1 :

k=0neikθ=ei(n+1)θ1eiθ1=ei(n+1)θ/2eiθ/2ei(n+1)θ/2ei(n+1)θ/2eiθ/2eiθ/2=einθ/2sin(n+1)θ2sinθ2,\sum_{k=0}^{n} \eu^{\iu k\theta} = \frac{\eu^{\iu(n+1)\theta} - 1}{\eu^{\iu\theta} - 1} = \frac{\eu^{\iu(n+1)\theta/2}}{\eu^{\iu\theta/2}} \cdot\frac{\eu^{\iu(n+1)\theta/2} - \eu^{-\iu(n+1)\theta/2}}{\eu^{\iu\theta/2} - \eu^{-\iu\theta/2}} = \eu^{\iu n\theta/2}\, \frac{\sin\frac{(n+1)\theta}{2}}{\sin\frac{\theta}{2}},

en utilisant eiαeiα=2isinα\eu^{\iu\alpha} - \eu^{-\iu\alpha} = 2\iu\sin\alpha (le factorisation en demi-angle). En prenant les parties réelles :

S=sin(n+1)θ2sinθ2cosnθ2.S = \frac{\sin\frac{(n+1)\theta}{2}}{\sin\frac{\theta}{2}}\, \cos\frac{n\theta}{2}.

Exercice 28.10 ★★★

Soit ω=e2iπ/5\omega = \eu^{2\iu\pi/5}.

  1. Justifier que 1+ω+ω2+ω3+ω4=01 + \omega + \omega^2 + \omega^3 + \omega^4 = 0.
  2. Soient u=ω+ω4u = \omega + \omega^4 et v=ω2+ω3v = \omega^2 + \omega^3. Montrer que u+v=1u + v = -1 et uv=1uv = -1, et en déduire que u=1+52u = \frac{-1+\sqrt5}{2}.
  3. Conclure que cos2π5=514\cos\dfrac{2\pi}{5} = \dfrac{\sqrt5 - 1}{4}.
Solution

Solution de Exercice 28.10.

1. ω\omega est une racine 55-ième de l’unité différente de 11, donc la somme des cinq racines s’annule (Théorème 28.15), ce qui s’écrit 1+ω+ω2+ω3+ω4=01 + \omega + \omega^2 + \omega^3 + \omega^4 = 0.

2. u+v=ω+ω2+ω3+ω4=1u + v = \omega + \omega^2 + \omega^3 + \omega^4 = -1 par le point 1. Pour le produit, en utilisant ω5=1\omega^5 = 1 :

uv=(ω+ω4)(ω2+ω3)=ω3+ω4+ω6+ω7=ω3+ω4+ω+ω2=1.uv = (\omega + \omega^4)(\omega^2 + \omega^3) = \omega^3 + \omega^4 + \omega^6 + \omega^7 = \omega^3 + \omega^4 + \omega + \omega^2 = -1 .

Donc u,vu, v sont les racines de X2+X1=0X^2 + X - 1 = 0 : {1+52,152}\left\{\frac{-1+\sqrt5}{2}, \frac{-1-\sqrt5}{2}\right\}. Or u=ω+ω=2cos2π5>0u = \omega + \conj\omega = 2\cos\frac{2\pi}{5} > 0 (car 2π5<π2\frac{2\pi}{5} < \frac{\pi}{2}), donc u=1+52u = \frac{-1 + \sqrt5}{2}.

3. cos2π5=u2=514\cos\frac{2\pi}{5} = \frac u2 = \frac{\sqrt5 - 1}{4}.

28.6 Problème : le pentagone dans le miroir de l’unité

Problème 28.1

Devoir du week-end — les racines cinquièmes de l’unité calculent cos72\cos 72^\circ exactement, le nombre d’or signe le résultat, et la multiplication se révèle être une rotation

Euclide savait construire le pentagone régulier, mais la raison pour laquelle il cède à la règle et au compas — alors que l’humble angle de 2020^\circ y résiste — est restée cachée deux mille ans. Elle se cache dans ce chapitre : les cinq racines cinquièmes de l’unité (Théorème 28.15) ont une somme nulle, et cette seule ligne d’algèbre extrait cos72\cos 72^\circ d’une équation du second degré — des racines carrées seulement, donc constructible, et signé, bien entendu, par le nombre d’or. Autour de ce joyau : de l’aisance, le raccourci de Moivre vers la trigonométrie, et la multiplication démasquée en géométrie.

Partie I — Aisance.

  1. Calculer (2+i)(3i)(2 + \iu)(3 - \iu), 1+i1i\dfrac{1 + \iu}{1 - \iu} (Méthode 28.5) et 3+4i\abs{3 + 4\iu}.
  2. Mettre sous forme exponentielle : 1+i1 + \iu ; 2-2 ; 1i31 - \iu\sqrt3.
  3. Calculer (1+i)8(1 + \iu)^8 à l’aide de la forme exponentielle.
  4. Résoudre z2=iz^2 = \iu, puis z22z+5=0z^2 - 2z + 5 = 0 (Théorème 28.13).
  5. Dictionnaire géométrique (Proposition 28.17) : décrire l’application zizz \mapsto \iu z, ainsi que l’ensemble z(1+i)=2\abs{z - (1 + \iu)} = 2.

Partie II — Cinq racines, un pentagone. Posons ω=e2iπ/5\omega = \eu^{2\iu\pi/5} et considérons 1,ω,ω2,ω3,ω41, \omega, \omega^2, \omega^3, \omega^4.

  1. Vérifier que ce sont exactement les solutions de z5=1z^5 = 1, et décrire la figure qu’elles dessinent dans le plan.
  2. Démontrer que leur somme est nulle. (Suite géométrique — ou bien multiplier la somme par 1ω1 - \omega.)
  3. Prendre les parties réelles et en déduire

    1+2cos2π5+2cos4π5=0.1 + 2\cos\frac{2\pi}{5} + 2\cos\frac{4\pi}{5} = 0 .
  4. Poser c=cos2π5c = \cos\frac{2\pi}{5} et utiliser la formule de duplication pour cos4π5\cos\frac{4\pi}{5} afin de convertir la question 8 en une équation du second degré en cc ; la résoudre et conclure

    cos72=514.\cos 72^\circ = \frac{\sqrt5 - 1}{4} .
  5. Vérifier numériquement, puis laisser le nombre d’or signer son œuvre : montrer que c=12φc = \frac{1}{2\varphi}, où φ=1+52\varphi = \frac{1 + \sqrt5}{2} (Problème 2.1) — et énoncer le célèbre écho géométrique : dans un pentagone régulier, la diagonale vaut φ\varphi fois le côté.

Partie III — Les raccourcis de Moivre.

  1. Le verdict de constructibilité : cos72\cos 72^\circ ne réclame que des racines carrées (question 9), donc le pentagone est constructible à la règle et au compas ; cos20\cos 20^\circ vérifie une équation du troisième degré irréductible (Problème 24.1), donc l’angle de 6060^\circ ne peut être trisecté. Énoncer le critère qui se dessine (les racines carrées se construisent, les racines cubiques non), dont la théorie complète — Gauss, à dix-neuf ans, et le polygone à 17 côtés — réside dans les volumes universitaires.
  2. Résoudre z4=4z^4 = -4 par la forme exponentielle et retrouver la factorisation de l’Exercice 28.8, z4+4=(z22z+2)(z2+2z+2)z^4 + 4 = (z^2 - 2z + 2)(z^2 + 2z + 2), en appariant les racines conjuguées.
  3. Développer (cosθ+isinθ)3(\cos\theta + \iu\sin\theta)^3 par la formule du binôme et par la formule de Moivre, et retrouver cos3θ=4cos3θ3cosθ\cos 3\theta = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta en trois lignes — comparer avec la voie des formules d’addition du Problème 24.1.
  4. Recouper avec l’Exercice 28.9 : pour θ=2π5\theta = \frac{2\pi}{5} et n=4n = 4, que vaut la somme 1+cosθ++cos4θ1 + \cos\theta + \dots + \cos 4\theta, et pourquoi est-ce cohérent avec la question 8 ?
  5. Calculer les trois racines cubiques de 8i8\iu sous forme algébrique.

Partie IV — La multiplication est une géométrie.

  1. Décrire complètement l’application z(1+i)zz \mapsto (1 + \iu)z : de quel angle fait-elle tourner, de quel facteur dilate-t-elle, et que devient le carré unité ?
  2. Démontrer z1z2=z1z2\abs{z_1 z_2} = \abs{z_1}\,\abs{z_2} à l’aide des conjugués (Proposition 28.7), puis calculer (1+i)n(1+\iu)^n pour n=1,2,3,4n = 1, 2, 3, 4 et décrire la spirale que tracent les puissances.
  3. Le nombre j=e2iπ/3\mathrm{j} = \eu^{2\iu\pi/3} : montrer que 1+j+j2=01 + \mathrm{j} + \mathrm{j}^2 = 0, et vérifier sur le triangle (1,j,j2)\left(1, \mathrm{j}, \mathrm{j}^2\right) le critère classique : a+jb+j2c=0a + \mathrm{j} b + \mathrm{j}^2 c = 0 caractérise (pour une orientation) un triangle équilatéral abcabc.
  4. Le théorème fondamental de l’algèbre (admis : d’Alembert–Gauss) : tout polynôme se factorise complètement sur C\C. En déduire le corollaire pour le monde réel — tout polynôme réel se factorise en facteurs réels du premier et du second degré — et citer la question 12 comme exemple.
  5. Pour finir — le portrait de C\C, une phrase pour chacune : les nombres deviennent des points ; la multiplication devient rotation et dilatation ; les racines de l’unité deviennent des polygones réguliers ; Moivre transforme les puissances en identités trigonométriques ; et la clôture algébrique garantit qu’aucune équation n’aura jamais besoin d’un monde plus vaste. Coda : quels deux nombres célèbres se sont rencontrés à la question 10 ?
Solution

Solution de Problème 28.1.

1. (2+i)(3i)=62i+3i+1=7+i(2 + \iu)(3 - \iu) = 6 - 2\iu + 3\iu + 1 = 7 + \iu. 1+i1i=(1+i)22=2i2=i\frac{1 + \iu}{1 - \iu} = \frac{(1 + \iu)^2}{2} = \frac{2\iu}{2} = \iu. 3+4i=5\abs{3 + 4\iu} = 5.

2. 1+i=2eiπ/41 + \iu = \sqrt2\,\eu^{\iu\pi/4} ; 2=2eiπ-2 = 2\eu^{\iu\pi} ; 1i3=2eiπ/31 - \iu\sqrt3 = 2\eu^{-\iu\pi/3}.

3. (1+i)8=(2)8e8iπ/4=16e2iπ=16(1 + \iu)^8 = \left(\sqrt2\right)^8 \eu^{8\iu\pi/4} = 16\,\eu^{2\iu\pi} = 16.

4. z2=eiπ/2z^2 = \eu^{\iu\pi/2} : z=±eiπ/4=±22(1+i)z = \pm\eu^{\iu\pi/4} = \pm\frac{\sqrt2}{2}(1 + \iu). Et Δ=420=16\Delta = 4 - 20 = -16 : z=1±2iz = 1 \pm 2\iu.

5. zizz \mapsto \iu z : la rotation d’un quart de tour autour de l’origine. z(1+i)=2\abs{z - (1 + \iu)} = 2 : le cercle de centre 1+i1 + \iu et de rayon 22.

6. (ωk)5=e2iπk=1\left(\omega^k\right)^5 = \eu^{2\iu\pi k} = 1, et les cinq points e2ikπ/5\eu^{2\iu k\pi/5} sont distincts : ce sont les cinq solutions de z5=1z^5 = 1. Elles se placent sur le cercle unité à des angles égaux de 7272^\circ : un pentagone régulier ayant un sommet en 11.

7. S=1+ω++ω4S = 1 + \omega + \dots + \omega^4 vérifie (1ω)S=1ω5=0(1 - \omega)S = 1 - \omega^5 = 0, et ω1\omega \neq 1, donc S=0S = 0. (Le point d’équilibre du pentagone est son centre.)

8. ω4=ω\omega^4 = \overline\omega et ω3=ω2\omega^3 = \overline{\omega^2} : en appariant les conjugués, la partie réelle de la somme s’écrit 1+2cos2π5+2cos4π5=01 + 2\cos\frac{2\pi}{5} + 2\cos\frac{4\pi}{5} = 0.

9. cos4π5=2c21\cos\frac{4\pi}{5} = 2c^2 - 1, donc 1+2c+4c22=01 + 2c + 4c^2 - 2 = 0, c’est-à-dire 4c2+2c1=04c^2 + 2c - 1 = 0 : c=1+54c = \frac{-1 + \sqrt5}{4} (la racine positive, puisque 7272^\circ est aigu) : cos72=514\cos 72^\circ = \frac{\sqrt5 - 1}{4}.

10. Numériquement c0.30902c \approx 0.30902 : cela correspond à la calculatrice. Et 12φ=11+5=514\frac{1}{2\varphi} = \frac{1}{1 + \sqrt5} = \frac{\sqrt5 - 1}{4} (après rationalisation) : donc c=12φc = \frac{1}{2\varphi}. Le pentagone est doré de part en part : sa diagonale coupe son côté dans le rapport φ\varphi — l’autosimilitude sans fin du pentagramme.

11. Les racines carrées se construisent au compas (la machine du demi-cercle et de la moyenne géométrique du volume précédent), si bien qu’un nombre bâti à partir des rationnels par des racines carrées seulement — comme cos72\cos 72^\circ — est constructible ; les racines cubiques ne le sont pas, et cos20\cos 20^\circ en réclame une : le pentagone cède, la trisection résiste. Le critère de Gauss règle le sort de tout polygone régulier — son polygone à 17 côtés, à dix-neuf ans, lui a fait choisir les mathématiques.

12. 4=4eiπ-4 = 4\eu^{\iu\pi} : les racines quatrièmes ont pour module 2\sqrt2 et pour arguments π4+kπ2\frac{\pi}{4} + k\frac{\pi}{2} : ce sont les quatre nombres ±1±i\pm 1 \pm \iu. En appariant les conjugués : (z1i)(z1+i)=z22z+2(z - 1 - \iu)(z - 1 + \iu) = z^2 - 2z + 2 et (z+1i)(z+1+i)=z2+2z+2(z + 1 - \iu)(z + 1 + \iu) = z^2 + 2z + 2 : c’est la factorisation de l’Exercice 28.8.

13. (cosθ+isinθ)3=cos3θ+3icos2θsinθ3cosθsin2θisin3θ(\cos\theta + \iu\sin\theta)^3 = \cos^3\theta + 3\iu\cos^2\theta\sin\theta - 3\cos\theta\sin^2\theta - \iu\sin^3\theta ; par la formule de Moivre, cela vaut cos3θ+isin3θ\cos 3\theta + \iu \sin 3\theta. Parties réelles : cos3θ=cos3θ3cosθ(1cos2θ)=4cos3θ3cosθ\cos 3\theta = \cos^3\theta - 3\cos\theta(1 - \cos^2\theta) = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta — et les parties imaginaires livrent sin3θ\sin 3\theta par-dessus le marché.

14. C’est la partie réelle de 1+ω++ω4=01 + \omega + \dots + \omega^4 = 0 : la somme vaut 00 — exactement la question 8, vue à travers le noyau de l’Exercice 28.9.

15. 8i=8eiπ/28\iu = 8\eu^{\iu\pi/2} : racines 2eiπ/6=3+i2\eu^{\iu\pi/6} = \sqrt3 + \iu ; 2e5iπ/6=3+i2\eu^{5\iu\pi/6} = -\sqrt3 + \iu ; 2e3iπ/2=2i2\eu^{3\iu\pi/2} = -2\iu.

16. 1+i=2eiπ/41 + \iu = \sqrt2\,\eu^{\iu\pi/4} : l’application fait tourner le plan de 4545^\circ et le dilate d’un facteur 2\sqrt2. Le carré unité devient un carré incliné de côté 2\sqrt2 — d’aire doublée et pivoté d’un huitième de tour.

17. z1z22=z1z2z1z2=z1z1z2z2=z12z22\abs{z_1 z_2}^2 = z_1 z_2 \overline{z_1 z_2} = z_1\overline{z_1}\, z_2\overline{z_2} = \abs{z_1}^2\abs{z_2}^2 ; il ne reste qu’à prendre les racines carrées. Puissances de 1+i1 + \iu : 1+i1 + \iu, 2i2\iu, 2+2i-2 + 2\iu, 4-4 : chacune tournée de 4545^\circ de plus et allongée d’un facteur 2\sqrt2 — une spirale sortante de modules 2,2,22,4,\sqrt2, 2, 2\sqrt2, 4, \dots

18. j\mathrm{j} est une racine cubique de l’unité distincte de 11, donc (l’argument de la question 7 avec n=3n = 3) 1+j+j2=01 + \mathrm{j} + \mathrm{j}^2 = 0. Critère sur le triangle de référence : a+jb+j2c=1+jj+j2j2=1+j2+j4=1+j2+j=0a + \mathrm{j}b + \mathrm{j}^2 c = 1 + \mathrm{j}\cdot\mathrm{j} + \mathrm{j}^2 \cdot \mathrm{j}^2 = 1 + \mathrm{j}^2 + \mathrm{j}^4 = 1 + \mathrm{j}^2 + \mathrm{j} = 0 : il est vérifié, comme l’exige le triangle équilatéral (1,j,j2)\left(1, \mathrm{j}, \mathrm{j}^2\right).

19. Sur C\C, un polynôme réel se scinde en facteurs du premier degré ; ses racines non réelles vont par paires conjuguées (conjuguer l’équation), et chaque paire se multiplie en un trinôme réel z22Re(z0)z+z02z^2 - 2\operatorname{Re}(z_0)\,z + \abs{z_0}^2 : d’où la factorisation réelle en morceaux de degré 11 et de degré 22 — la question 12 l’a réalisée sur z4+4z^4 + 4.

20. Des points ; rotation et dilatation ; des polygones réguliers ; des identités trigonométriques par développement ; et un monde clos où toute équation de degré nn possède ses nn racines. Coda : à la question 10, le pentagone de π\pi a serré la main du nombre d’or — les deux hôtes les plus célèbres d’Euclide, enfin présentés l’un à l’autre par une somme de cinq flèches égale à zéro.

Termes définis dans ce chapitre

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