Les vecteurs encodent des déplacements ; les droites sont leurs trajectoires. Le nouvel outil clé de ce chapitre est le déterminant, un seul nombre qui décide si deux vecteurs sont colinéaires — et, de là, produit des équations de droites et tranche les questions d’alignement et de parallélisme par pure computation. Les mêmes idées s’étendent à l’espace dans le Chapitre 31.
15.1 Vecteurs : un rappel
Définition 15.1(Vecteur, coordonnées)
Un vecteuru représente un déplacement : toutes les flèches de même direction, même sens et même longueur représentent le même vecteur. Dans un repère, u(x,y) enregistre le déplacement (x horizontalement, y verticalement) ; pour des points A(xA,yA) et B(xB,yB),
AB(xB−xA,yB−yA).
Les vecteurs s’additionnent coordonnée par coordonnée, et λu a pour coordonnées(λx,λy).
Démonstration.M est caractérisé par AM=21AB : coordonnée par coordonnée, xM−xA=21(xB−xA), donc xM=2xA+xB, et de même pour yM. ∎
15.2 Colinéarité et déterminant
Définition 15.3(Vecteurs colinéaires)
Deux vecteurs sont colinéaires si l’un est un multiple scalaire de l’autre : v=λu pour un certain λ∈R (ou u=0). Géométriquement : ils ont la même direction, ou l’un d’eux est nul.
Démonstration. (⇒) Si v=λu, alors x′=λx et y′=λy, donc det(u,v)=x(λy)−(λx)y=0 ; si u=0, le déterminant est trivialement 0.
(⇐) Supposons xy′−x′y=0 et u=0, disons x=0 (le cas y=0 est symétrique). Poser λ=xx′. Alors x′=λx par construction, et la relation xy′=x′y=λxy donne, après division par x=0, y′=λy. D’où v=λu. ∎
Exemple 15.6
u(3,−2) et v(−6,4) : det=3×4−(−6)×(−2)=12−12=0, colinéaires (en effet v=−2u). u(3,−2) et w(2,1) : det=3+4=7=0, non colinéaires.
Méthode 15.7(Alignement de trois points)
A, B, C sont alignés si et seulement si AB et AC sont colinéaires : calculer les deux vecteurs et vérifier det(AB,AC)=0.
15.3 Équations cartésiennes de droites
Définition 15.8(Vecteur directeur)
Un vecteur directeur d’une droite d est tout vecteur non nul u tel que AB est colinéaire à u pour tous points A,B de d.
Démonstration. Soit d passant par A(xA,yA) de direction u(−b,a). Un point M(x,y) est sur d exactement lorsque AM est colinéaire à u, c’est-à-dire (Théorème 15.5)
une équation de la forme annoncée avec c=−(axA+byA). Réciproquement, les solutions de ax+by+c=0 avec, disons, b=0 sont les points (x,−bax+c) : en soustrayant deux d’entre eux, toute corde est colinéaire à (−b,a), et une solution existe toujours — c’est la droite passant par elle de direction (−b,a). ∎
Méthode 15.10(Droite par deux points)
Pour trouver une équation de la droite (AB) : calculer le vecteur directeurAB(xB−xA,yB−yA) ; l’identifier à (−b,a), c’est-à-dire prendre a=yB−yA et b=−(xB−xA) ; déterminer c en injectant les coordonnées de A.
Exemple 15.11
Droite par A(1,2) et B(4,3) : AB(3,1), donc a=1, b=−3, et l’équation est x−3y+c=0. En injectant A : 1−6+c=0, donc c=5. Équation : x−3y+5=0. Vérification avec B : 4−9+5=0.
Remarque 15.12
Lorsque b=0, l’équation peut se résoudre en y : y=mx+p avec coefficient directeurm=−ba. La forme cartésienne ax+by+c=0 est plus générale : elle couvre aussi les droites verticales (b=0), qui n’ont pas de coefficient directeur.
La droite passant par A(xA,yA) de direction u(α,β) est l’ensemble des points
M(xA+tα,yA+tβ),t∈R.
Le nombre t est le paramètre : chaque valeur de t produit un point de la droite, comme si l’on se déplaçait le long d’elle à vitesse constante u.
Exemple 15.14
La droite de l’Exemple 15.11 est aussi {(1+3t,2+t):t∈R} : t=0 donne A, t=1 donne B. En éliminant t (t=y−2, donc x=1+3(y−2)) on retrouve x−3y+5=0.
15.5 Positions relatives de deux droites
Proposition 15.15(Parallèles ou sécantes)
Deux droites de vecteurs directeursu et v sont parallèles si et seulement si det(u,v)=0. Sous forme d’équations : d:ax+by+c=0 et d′:a′x+b′y+c′=0 sont parallèles si et seulement si ab′−a′b=0. Des droites non parallèles se coupent en exactement un point.
Démonstration. Le parallélisme signifie des directions colinéaires, ce qui est le Théorème 15.5 ; avec u(−b,a) et v(−b′,a′), le déterminant est (−b)a′−(−b′)a=ab′−a′b. Si les droites ne sont pas parallèles, résoudre les deux équations simultanément (par substitution ou combinaison) conduit à une unique solution : le système se comporte comme un système 2×2 à déterminant non nul. ∎
Méthode 15.16(Intersection de deux droites)
Résoudre le système des deux équations : isoler une inconnue dans une équation et substituer dans l’autre, ou combiner les équations pour éliminer une inconnue. Toujours vérifier le point obtenu dans les deuxéquations.
Exemple 15.17
Intersecter d:x−3y+5=0 et d′:2x+y−4=0. De d′ : y=4−2x. En substituant dans d :
x−3(4−2x)+5=0⟺x−12+6x+5=0⟺7x=7⟺x=1,
puis y=2. Les droites se coupent en (1,2). Vérification dans d : 1−6+5=0.
15.6 Exercices
Exercice 15.1★
Étant donnés A(2,−1), B(5,3) et C(−1,1), calculer les coordonnées de AB, AC, AB+AC et 2AB−3AC, et le milieu de [BC].
Solution
Solution de Exercice 15.1.
AB(3,4), AC(−3,2), AB+AC(0,6), 2AB−3AC(6+9,8−6)=(15,2). Le milieu de [BC] est (25+(−1),23+1)=(2,2).
det=0×(−8)−0×3=0 : colinéaires (tous deux verticaux).
Exercice 15.3★
Trouver une équation cartésienne de la droite passant par A(2,1) de vecteur directeuru(3,−1), puis de la droite passant par B(0,4) et C(2,0).
Solution
Solution de Exercice 15.3.
Par A(2,1), direction (3,−1) : identifier (−b,a)=(3,−1) donne a=−1, b=−3, donc −x−3y+c=0 ; en injectant A : −2−3+c=0, c=5. En multipliant par −1 : x+3y−5=0.
Par B(0,4) et C(2,0) : BC(2,−4), donc a=−4, b=−2 : −4x−2y+c=0 ; en injectant B : −8+c=0, c=8. En simplifiant par −2 : 2x+y−4=0. Vérification avec C : 4+0−4=0.
Exercice 15.4★
Pour la droite d:3x−2y+6=0, donner un vecteur directeur, les intersections avec les deux axes de coordonnées, et décider si les points P(2,6) et Q(1,4) appartiennent à d.
Solution
Solution de Exercice 15.4.
Un vecteur directeur est (−b,a)=(2,3). Intersections : x=0 donne y=3, point (0,3) ; y=0 donne x=−2, point (−2,0). Pour P(2,6) : 3×2−2×6+6=0, donc P∈d. Pour Q(1,4) : 3−8+6=1=0, donc Q∈/d.
Exercice 15.5★★
Les points A(1,2), B(4,8), C(−2,−4) sont-ils alignés ? Même question pour D(0,1), E(2,4), F(5,9).
Solution
Solution de Exercice 15.5.
AB(3,6) et AC(−3,−6) : det=3×(−6)−(−3)×6=0, donc A, B, C sont alignés.
DE(2,3) et DF(5,8) : det=2×8−5×3=1=0 : D, E, F ne sont pas alignés.
d:2x+y−7=0 et d′:x−y+1=0;e:x−2y+3=0 et e′:−2x+4y+1=0.
Solution
Solution de Exercice 15.6.
Premier couple : en additionnant les deux équations, (2x+y−7)+(x−y+1)=3x−6=0, donc x=2, puis y=x+1=3 : elles se coupent en (2,3) (vérification : 4+3−7=0).
Second couple : ab′−a′b=1×4−(−2)×(−2)=0, donc les droites sont parallèles ; multiplier e par −2 donne −2x+4y−6=0, qui diffère de e′ (−6=1) : strictement parallèles, pas d’intersection.
Exercice 15.7★★
Donner une représentation paramétrique de la droite d:2x−y+3=0, et une équation cartésienne de la droite {(1+2t,−3+t):t∈R}.
Solution
Solution de Exercice 15.7.
Pour d:2x−y+3=0 : direction (−b,a)=(1,2) et le point (0,3) est sur d, donc d={(t,3+2t):t∈R}.
Pour la droite paramétrique par (1,−3) de direction (2,1) : a=1, b=−2, donc x−2y+c=0 ; en injectant (1,−3) : 1+6+c=0, c=−7. Équation : x−2y−7=0 (vérification t=1, point (3,−2) : 3+4−7=0).
Exercice 15.8★★
Trouver l’équation de la droite passant par P(1,−2) parallèle à d:4x−3y+2=0, et la valeur de m pour laquelle la droite mx+2y−5=0 est parallèle à d.
Solution
Solution de Exercice 15.8.
Une droite parallèle a le même (a,b) : 4x−3y+c=0 ; par P(1,−2) : 4+6+c=0, donc c=−10 et la droite est 4x−3y−10=0.
Le parallélisme de mx+2y−5=0 avec d exige ab′−a′b=4×2−m×(−3)=8+3m=0, donc m=−38.
Exercice 15.9★★
Soient A(−1,0), B(3,2) et C(1,−4). Trouver une équation cartésienne de la médiane du triangle ABC issue de C (la droite joignant C au milieu de [AB]).
Solution
Solution de Exercice 15.9.
Le milieu de [AB] est M(2−1+3,20+2)=(1,1). La médiane est la droite (CM) avec C(1,−4) : les deux points ont pour abscisse1, donc la médiane est la droite verticale
x−1=0.
Exercice 15.10★★
Pour quelle(s) valeur(s) du paramètre m les vecteursu(m,2) et v(3,m−1) sont-ils colinéaires ?
Solution
Solution de Exercice 15.10.
det(u,v)=m(m−1)−3×2=m2−m−6. Il s’annule lorsque m2−m−6=0 : Δ=1+24=25, racinesm=21±5, c’est-à-dire m=3 ou m=−2.
Exercice 15.11★★★
Soit ABCD un parallélogramme, I le milieu de [AB], et J le point défini par DJ=32DI. En travaillant dans le repère où A(0,0), B(1,0), D(0,1) (donc C(1,1)) :
Montrer que A, J et C sont alignés. (Un joli fait : la droite (DI) coupe la diagonale (AC) au tiers de sa longueur depuis A.)
Solution
Solution de Exercice 15.11.
1.I=(21,0). Alors DI=(21−0,0−1)=(21,−1) et DJ=32DI=(31,−32), donc
J=D+DJ=(31,31).
2.AJ(31,31) et AC(1,1) : det=31×1−1×31=0, donc A, J, C sont alignés — en fait AJ=31AC : la droite (DI) coupe la diagonale (AC) à exactement un tiers de sa longueur depuis A.