Chemistry · Livre 3 · Bachelor Year 2

Chimie universitaire — 2e année

Chimie universitaire — 2e année · Bachelor Year 2

7Diagrammes binaires liquide–vapeur et distillation

Un alambic de cuivre transforme un vin à quelques pour cent d’alcool en une eau-de-vie plusieurs fois plus forte ; une colonne de raffinerie sépare le pétrole brut en ses coupes, du gaz au fioul lourd. Toutes deux reposent sur un même fait : la vapeur au-dessus d’un mélange en ébullition est plus riche que le liquide en constituant le plus volatil. Qu’on répète l’évaporation et la condensation assez de fois, et la séparation devient aussi nette qu’on le souhaite — à une exception près : aucune distillation, si longue que soit la colonne, ne porte l’éthanol au-delà d’environ 95 pour cent en masse. Ce chapitre trace les diagrammes qui décrivent l’ébullition d’un mélange de deux liquides, et s’en sert pour concevoir une colonne et voir où elle doit s’arrêter.

Rappel

Chapitre 3 : le potentiel chimique, la loi de Raoult et le mélange idéal, les coefficients d’activité et les écarts à la loi de Raoult, la relation de Gibbs–Duhem. Chapitre 4 : la variance. Le volume de première année, sur les techniques de laboratoire : distillation simple, liquides miscibles et non miscibles. Le volume scolaire : distillation et hydrodistillation.

Alambics de cuivre dans une distillerie. Chaque charge de moût fermenté est portée à ébullition et sa vapeur condensée : le premier distillat est plusieurs fois plus riche en éthanol que le moût, et une seconde distillation le concentre davantage.
Alambics de cuivre dans une distillerie. Chaque charge de moût fermenté est portée à ébullition et sa vapeur condensée : le premier distillat est plusieurs fois plus riche en éthanol que le moût, et une seconde distillation le concentre davantage.

7.1 Mélanges idéaux

Dans ce chapitre, les deux liquides sont numérotés 1 (le plus volatil, de plus basse température d’ébullition) et 2 ; xx est la fraction molaire de 1 dans le liquide, yy sa fraction molaire dans la vapeur, traitée comme un gaz parfait.

Définition 7.1 (Diagramme binaire)

Un diagramme binaire indique, pour un mélange de deux constituants, quelles phases sont présentes et avec quelles compositions, en fonction de la composition globale et d’une autre variable. Un diagramme isobare se trace dans le plan (composition, température) à pression fixée ; un diagramme isotherme dans le plan (composition, pression) à température fixée.

Définition 7.2 (Courbes d’ébullition et de rosée)

Sur un diagramme liquide–vapeur, la courbe d’ébullition donne la composition du liquide en équilibre avec la vapeur, la courbe de rosée celle de la vapeur en équilibre avec le liquide. Pour un mélange de composition donnée à pression fixée, le point de bulle est la température à laquelle apparaît la première bulle de vapeur au chauffage, le point de rosée la température à laquelle apparaît la première goutte de liquide quand on refroidit la vapeur.

Proposition 7.3 (Courbes idéales)

Pour un mélange idéal à la température TT, p1∗p_1^* et p2∗p_2^* désignant les pressions de vapeur des liquides purs, la courbe d’ébullition du diagramme isotherme est la droite p=p2∗+x(p1∗−p2∗)p = p_2^* + x(p_1^* - p_2^*), et la courbe de rosée est l’hyperbole

p=1y/p1∗+(1−y)/p2∗.p = \frac{1}{y/p_1^* + (1 - y)/p_2^*} .

Démonstration. La loi de Raoult donne les pressions partielles p1=xp1∗p_1 = xp_1^* et p2=(1−x)p2∗p_2 = (1 - x)p_2^* ; leur somme est la pression totale, affine en xx. Dans la vapeur, y=p1/py = p_1/p, donc x=yp/p1∗x = yp/p_1^* et 1−x=(1−y)p/p2∗1 - x = (1 - y)p/p_2^* ; par addition, 1=p [y/p1∗+(1−y)/p2∗]1 = p\,[y/p_1^* + (1 - y)/p_2^*]. ∎

Proposition 7.4 (La vapeur est plus riche en constituant le plus volatil)

Pour un mélange idéal avec p1∗>p2∗p_1^* > p_2^* et 0<x<10 < x < 1, y>xy > x.

Démonstration. y=xp1∗/py = xp_1^*/p avec p=xp1∗+(1−x)p2∗<p1∗p = xp_1^* + (1 - x)p_2^* < p_1^*, puisque pp est une moyenne pondérée de p1∗p_1^* et p2∗p_2^*, strictement comprise entre elles. Donc y>xy > x. ∎

Le diagramme isobare est celui qui décrit une distillation, conduite à la pression atmosphérique. Il n’a pas de formule simple : pour chaque température comprise entre les deux températures d’ébullition, on calcule p1∗(T)p_1^*(T) et p2∗(T)p_2^*(T) (ici avec l’équation d’Antoine, log⁡10(p∗/bar)=A−B/(T+C)\log_{10}(p^*/\mathrm{bar}) = A - B/(T + C), ajustée sur des pressions de vapeur mesurées), puis les compositions du liquide et de la vapeur qui donnent une pression totale de 1.013 bar1.013\,\mathrm{bar} :

x=p−p2∗(T)p1∗(T)−p2∗(T),y=x p1∗(T)p.x = \frac{p - p_2^*(T)}{p_1^*(T) - p_2^*(T)}, \qquad y = \frac{x\,p_1^*(T)}{p} .

La courbe d’ébullition n’est plus une droite ; la courbe de rosée reste au-dessus d’elle, la vapeur étant toujours plus riche en constituant léger.

Exemple 7.5 (Benzène et toluène à 90∘C90{}^{\circ}\mathrm{C})

Le benzène et le toluène forment un mélange presque idéal. À 90∘C90{}^{\circ}\mathrm{C}, les équations d’Antoine donnent p1∗=1.361 barp_1^* = 1.361\,\mathrm{bar} (benzène) et p2∗=0.542 barp_2^* = 0.542\,\mathrm{bar} (toluène). Sous 1.013 bar1.013\,\mathrm{bar} : x=(1.013−0.542)/(1.361−0.542)=0.575x = (1.013 - 0.542)/(1.361 - 0.542) = 0.575 et y=0.575×1.361/1.013=0.773y = 0.575 \times 1.361/1.013 = 0.773. Un liquide à 57.5 % de benzène (en moles) bout à 90∘C90{}^{\circ}\mathrm{C} et donne une vapeur à 77 %.

Benzène–toluène, calculé à partir de la loi de Raoult et des équations d’Antoine. À gauche, sous la pression atmosphérique : courbe d’ébullition (en bleu) et courbe de rosée (en rouge) ; le liquide de composition 0.5 commence à bouillir à 92.1 C et est entièrement vaporisé à 98.8 C ; à 95 C (conodale en tirets), il se partage en un liquide de 0.405 et une vapeur de 0.626. À droite, à 80 C : la courbe d’ébullition est une droite, la courbe de rosée une hyperbole, le liquide étant cette fois en haut. Benzène–toluène, calculé à partir de la loi de Raoult et des équations d’Antoine. À gauche, sous la pression atmosphérique : courbe d’ébullition (en bleu) et courbe de rosée (en rouge) ; le liquide de composition 0.5 commence à bouillir à 92.1 C et est entièrement vaporisé à 98.8 C ; à 95 C (conodale en tirets), il se partage en un liquide de 0.405 et une vapeur de 0.626. À droite, à 80 C : la courbe d’ébullition est une droite, la courbe de rosée une hyperbole, le liquide étant cette fois en haut.
Benzène–toluène, calculé à partir de la loi de Raoult et des équations d’Antoine. À gauche, sous la pression atmosphérique : courbe d’ébullition (en bleu) et courbe de rosée (en rouge) ; le liquide de composition 0.5 commence à bouillir à 92.1∘C92.1{}^{\circ}\mathrm{C} et est entièrement vaporisé à 98.8∘C98.8{}^{\circ}\mathrm{C} ; à 95∘C95{}^{\circ}\mathrm{C} (conodale en tirets), il se partage en un liquide de 0.405 et une vapeur de 0.626. À droite, à 80∘C80{}^{\circ}\mathrm{C} : la courbe d’ébullition est une droite, la courbe de rosée une hyperbole, le liquide étant cette fois en haut.

7.2 Lire un diagramme

Proposition 7.6 (Variance d’un binaire diphasé)

Un mélange de deux constituants en deux phases a pour variance 2. À pression fixée, la température fixe à elle seule les compositions des deux phases : on les lit aux extrémités du segment horizontal qui passe par le point représentatif, appelé conodale.

Démonstration. Variables intensives : TT, pp, xx, yy. Relations : égalité des potentiels chimiques de 1 et de 2 entre les phases. v=4−2=2v = 4 - 2 = 2 (la règle des phases v=n−r+2−φv = n - r + 2 - \varphi donne le même résultat avec n=2n = 2, r=0r = 0, φ=2\varphi = 2). Fixer pp laisse un degré de liberté : x(T)x(T) et y(T)y(T) sont les deux courbes. ∎

Théorème 7.7 (Règle des moments)

Un mélange de composition globale zz, partagé en un liquide de composition xx et une vapeur de composition yy, contient des quantités nLn_L de liquide et nVn_V de vapeur telles que

nL (z−x)=nV (y−z),nVnL+nV=z−xy−x.n_L\,(z - x) = n_V\,(y - z), \qquad \frac{n_V}{n_L + n_V} = \frac{z - x}{y - x} .

C’est la règle des moments : chaque phase est d’autant plus abondante que sa composition est proche de la composition globale, comme les masses sur un levier qui pivote en zz.

Démonstration. Conservation du constituant 1 : (nL+nV)z=nLx+nVy(n_L + n_V)z = n_Lx + n_Vy, donc nL(z−x)=nV(y−z)n_L(z - x) = n_V(y - z) ; diviser par nL+nVn_L + n_V et réarranger. ∎

La règle des moments s’applique avec des fractions molaires et des quantités, comme ici, ou avec des fractions massiques et des masses : la conservation utilisée est la même.

Méthode 7.8 (Lire un diagramme binaire)

  1. Placer le point (composition globale, température) et nommer son domaine : liquide, vapeur, ou liquide + vapeur.
  2. Dans un domaine diphasé, tracer la conodale qui passe par le point ; ses extrémités donnent les compositions du liquide (sur la courbe d’ébullition) et de la vapeur (sur la courbe de rosée).
  3. Obtenir les proportions des phases par la règle des moments.
  4. Pour suivre un chauffage, déplacer le point vers le haut : la première bulle apparaît sur la courbe d’ébullition, la dernière goutte disparaît sur la courbe de rosée ; entre les deux, le liquide s’appauvrit en constituant léger.

Exemple 7.9 (Une vaporisation partielle à 95∘C95{}^{\circ}\mathrm{C})

On porte 100 mol100\,\mathrm{mol} d’un mélange équimolaire benzène–toluène à 95∘C95{}^{\circ}\mathrm{C} sous la pression atmosphérique. La conodale donne x=0.405x = 0.405, y=0.626y = 0.626 ; la fraction vaporisée vaut (0.500−0.405)/(0.626−0.405)=0.43(0.500 - 0.405)/(0.626 - 0.405) = 0.43 : 43 mol43\,\mathrm{mol} de vapeur contenant 43×0.626=27 mol43 \times 0.626 = 27\,\mathrm{mol} de benzène, 57 mol57\,\mathrm{mol} de liquide en contenant 23 mol23\,\mathrm{mol}. Un étage d’équilibre enrichit, mais seulement un peu.

7.3 Mélanges réels et azéotropes

Lorsque les coefficients d’activité diffèrent de 1 (Chapitre 3), les pressions partielles s’écartent des droites de Raoult. Avec un écart positif (γ>1\gamma > 1 : les molécules différentes s’attirent moins que les molécules identiques), la pression totale se situe au-dessus de la droite idéale ; avec un écart négatif, au-dessous. Si l’écart est assez fort, la pression totale passe par un extremum.

Définition 7.10 (Azéotrope)

Un azéotrope est un mélange liquide qui bout sans changer de composition : la vapeur qu’il donne a sa propre composition. Un azéotrope positif (écart positif) présente un maximum de pression sur le diagramme isotherme et un minimum de température d’ébullition sur le diagramme isobare ; un azéotrope négatif présente l’inverse.

Théorème 7.11 (Gibbs–Konovalov)

Sur un diagramme binaire liquide–vapeur, en un extremum de la pression totale (à température fixée) ou de la température d’ébullition (à pression fixée), le liquide et la vapeur ont la même composition. Réciproquement, là où les deux compositions sont égales, les courbes ont une tangente horizontale commune.

Démonstration à température fixée. La relation de Gibbs–Duhem pour le liquide à TT fixée (le faible effet de pp sur le liquide étant négligé) s’écrit x dμ1+(1−x) dμ2=0x\,d\mu_1 + (1 - x)\,d\mu_2 = 0. À l’équilibre, μi=μi∘+RTln⁡(pi/p∘)\mu_i = \mu_i^\circ + RT\ln(p_i/p^\circ) avec p1=ypp_1 = yp, p2=(1−y)pp_2 = (1 - y)p, donc

x dln⁡(yp)+(1−x) dln⁡((1−y)p)=0⟹dln⁡p=−(xy−1−x1−y)dy=y−xy(1−y) dy.x\,d\ln(yp) + (1 - x)\,d\ln((1 - y)p) = 0 \quad\Longrightarrow\quad d\ln p = -\Big(\frac{x}{y} - \frac{1 - x}{1 - y}\Big)dy = \frac{y - x}{y(1 - y)}\,dy .

Comme yy croît avec xx (sinon le liquide serait instable), dp/dx=0dp/dx = 0 exactement là où y=xy = x. Le cas isobare découle d’un calcul analogue qui conserve la dépendance en température des μi∘\mu_i^\circ ; il n’est pas mené ici. ∎

La formule en dit davantage : là où y>xy > x, la pression croît avec xx — ajouter le constituant qui s’enrichit dans la vapeur rend le liquide plus volatil, ce qui est la première loi de Konovalov.

Exemple 7.12 (Éthanol et eau)

L’éthanol et l’eau s’écartent positivement de la loi de Raoult et forment un azéotrope à 95 % d’éthanol en masse sous la pression atmosphérique. Avec M=46.07M = 46.07 et 18.02 g/mol18.02\,\mathrm{g}/\mathrm{mol}, sa fraction molaire en éthanol vaut

xaz=95/46.0795/46.07+5/18.02=0.881.x_{\text{az}} = \frac{95/46.07}{95/46.07 + 5/18.02} = 0.881 .

Il bout un peu au-dessous de l’éthanol pur (78.3∘C78.3{}^{\circ}\mathrm{C}). Le diagramme ci-dessous est calculé à partir d’un modèle d’activité à un paramètre, ln⁡γ1=A(1−x)2\ln\gamma_1 = A(1 - x)^2, ln⁡γ2=Ax2\ln\gamma_2 = Ax^2, dont le paramètre (A=1.09A = 1.09) est ajusté pour que l’azéotrope tombe à cette composition : le modèle reproduit l’allure, et place l’azéotrope à 77.9∘C77.9{}^{\circ}\mathrm{C}.

À gauche : éthanol–eau sous la pression atmosphérique, d’après un modèle à un paramètre ajusté sur la composition de l’azéotrope (0.881) ; l’azéotrope bout au-dessous des deux liquides purs. À droite : un couple modèle à fort écart négatif (A = -2.0, pressions de vapeur du benzène et du toluène) ; l’azéotrope bout au-dessus des deux. À gauche : éthanol–eau sous la pression atmosphérique, d’après un modèle à un paramètre ajusté sur la composition de l’azéotrope (0.881) ; l’azéotrope bout au-dessous des deux liquides purs. À droite : un couple modèle à fort écart négatif (A = -2.0, pressions de vapeur du benzène et du toluène) ; l’azéotrope bout au-dessus des deux.
À gauche : éthanol–eau sous la pression atmosphérique, d’après un modèle à un paramètre ajusté sur la composition de l’azéotrope (0.881) ; l’azéotrope bout au-dessous des deux liquides purs. À droite : un couple modèle à fort écart négatif (A=−2.0A = -2.0, pressions de vapeur du benzène et du toluène) ; l’azéotrope bout au-dessus des deux.

7.4 La distillation fractionnée

Définition 7.13 (Distillation fractionnée)

La distillation fractionnée sépare les constituants d’un mélange liquide dans une colonne où une vapeur ascendante et un liquide descendant sont mis en contact de façon répétée. Un plateau théorique est un étage de la colonne dont la vapeur et le liquide sortants sont en équilibre l’un avec l’autre. Le taux de reflux est le rapport de la quantité de condensat renvoyée en tête de colonne à la quantité soutirée comme distillat.

Sur chaque plateau, la vapeur venue d’en dessous barbote dans le liquide venu d’en haut ; elle en ressort enrichie en constituant léger, le liquide appauvri. En tête, la vapeur est condensée, une partie renvoyée en reflux, le reste soutiré comme distillat ; au pied, un bouilleur vaporise une partie du liquide. À reflux total, rien n’est soutiré : la colonne fonctionne alors au mieux, et la vapeur qui quitte un plateau a la composition du liquide qui descend sur lui.

Pour un couple idéal, la volatilité relative α=p1∗/p2∗\alpha = p_1^*/p_2^* varie peu le long de la colonne : de 2.60 à la température d’ébullition du benzène à 2.35 à celle du toluène. Sur chaque plateau théorique,

y1−y=xp1∗(1−x)p2∗=α x1−x.\frac{y}{1 - y} = \frac{xp_1^*}{(1 - x)p_2^*} = \alpha\,\frac{x}{1 - x} .
À gauche : une colonne à plateaux. Le liquide traverse chaque plateau et descend par le trop-plein vers le plateau inférieur ; la vapeur monte à travers les plateaux et barbote dans le liquide. La vapeur condensée est en partie renvoyée en reflux ; le bouilleur, au pied, fournit la vapeur. À droite : une colonne de distillation d’une raffinerie (Cologne, 2014), qui compte des dizaines de plateaux. (Photographie : CEphoto, Uwe Aranas, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.)
À gauche : une colonne à plateaux. Le liquide traverse chaque plateau et descend par le trop-plein vers le plateau inférieur ; la vapeur monte à travers les plateaux et barbote dans le liquide. La vapeur condensée est en partie renvoyée en reflux ; le bouilleur, au pied, fournit la vapeur. À droite : une colonne de distillation d’une raffinerie (Cologne, 2014), qui compte des dizaines de plateaux. (Photographie : CEphoto, Uwe Aranas, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.)
À gauche : une colonne à plateaux. Le liquide traverse chaque plateau et descend par le trop-plein vers le plateau inférieur ; la vapeur monte à travers les plateaux et barbote dans le liquide. La vapeur condensée est en partie renvoyée en reflux ; le bouilleur, au pied, fournit la vapeur. À droite : une colonne de distillation d’une raffinerie (Cologne, 2014), qui compte des dizaines de plateaux. (Photographie : CEphoto, Uwe Aranas, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.)

Proposition 7.14 (Fenske)

À reflux total, avec une volatilité relative α\alpha constante, le nombre de plateaux théoriques nécessaires pour passer d’un liquide de pied xBx_B à un distillat xDx_D vaut au moins

Nmin⁡=1ln⁡α ln⁡ ⁣[xD1−xD⋅1−xBxB].N_{\min} = \frac{1}{\ln\alpha}\,\ln\!\left[\frac{x_D}{1 - x_D}\cdot\frac{1 - x_B}{x_B}\right] .

Démonstration. Numérotons les plateaux à partir du bas, le bouilleur étant le plateau 1. À reflux total, le liquide qui descend sur le plateau k+1k + 1 a la composition de la vapeur qui quitte le plateau kk : xk+1=ykx_{k+1} = y_k. Avec r=x/(1−x)r = x/(1 - x), chaque plateau donne r(yk)=α r(xk)r(y_k) = \alpha\,r(x_k), donc r(xk+1)=α r(xk)r(x_{k+1}) = \alpha\,r(x_k), et après NN plateaux la vapeur condensée vérifie r(xD)=αNr(xB)r(x_D) = \alpha^N r(x_B). En prenant les logarithmes, on obtient NN. Avec un reflux fini, le liquide qui descend est plus pauvre que la vapeur qui monte, chaque plateau enrichit moins, et il faut davantage de plateaux. ∎

Sur le diagramme (x,y)(x, y), la même construction est un escalier entre la courbe d’équilibre et la diagonale y=xy = x : chaque marche représente un plateau théorique.

Plateaux à reflux total pour benzène–toluène, à partir d’un distillat de 0.95 : chaque marche horizontale va d’une vapeur au liquide en équilibre avec elle (un plateau), chaque marche verticale de ce liquide à la vapeur du plateau inférieur. Sept marches amènent le liquide au-dessous de x_B = 0.05 ; la formule de Fenske donne 6.5.
Plateaux à reflux total pour benzène–toluène, à partir d’un distillat de 0.95 : chaque marche horizontale va d’une vapeur au liquide en équilibre avec elle (un plateau), chaque marche verticale de ce liquide à la vapeur du plateau inférieur. Sept marches amènent le liquide au-dessous de xB=0.05x_B = 0.05 ; la formule de Fenske donne 6.5.

Proposition 7.15 (Une colonne ne franchit pas un azéotrope)

Pour un mélange présentant un azéotrope, une colonne alimentée d’un côté de la composition azéotropique fournit au mieux l’azéotrope à une extrémité et le constituant pur de ce côté à l’autre.

Démonstration. À l’azéotrope, la courbe d’équilibre rencontre la diagonale : y=xy = x. Au voisinage, chaque marche de l’escalier devient infiniment petite : aucun nombre fini de plateaux ne l’atteint, et aucun ne la franchit. ∎

Méthode 7.16 (Prévoir une distillation fractionnée)

  1. Repérer sur le diagramme isobare le point de plus basse température d’ébullition accessible à partir de l’alimentation : un constituant pur ou un azéotrope positif. Il sort en tête.
  2. Le point de plus haute température d’ébullition du même côté (constituant pur ou azéotrope négatif) reste dans le bouilleur.
  3. En présence d’un azéotrope, regarder de quel côté se trouve l’alimentation : seul le constituant pur de ce côté peut être obtenu.
  4. Pour le nombre de plateaux, utiliser la formule de Fenske ou l’escalier, puis ajouter des plateaux pour le reflux fini réellement utilisé.

Pour l’éthanol et l’eau introduits à moins de 0.881, la tête fournit au mieux l’azéotrope et le pied de l’eau : aucune colonne ne donne d’éthanol absolu. Éliminer le dernier pour cent exige une autre méthode — un tamis moléculaire qui adsorbe l’eau, ou un troisième constituant ajouté pour briser l’azéotrope.

Distillation fractionnée au laboratoire. Une colonne de Vigreux placée entre le ballon et la tête joue le rôle de quelques plateaux théoriques : la vapeur se condense sur ses indentations et se revaporise en montant. La température en tête reste à la température d’ébullition du constituant le plus volatil tant qu’il distille, puis s’élève.
Distillation fractionnée au laboratoire. Une colonne de Vigreux placée entre le ballon et la tête joue le rôle de quelques plateaux théoriques : la vapeur se condense sur ses indentations et se revaporise en montant. La température en tête reste à la température d’ébullition du constituant le plus volatil tant qu’il distille, puis s’élève.

Au laboratoire — Séparer deux liquides par distillation fractionnée

On remplit le ballon à moitié au plus, avec de la pierre ponce, et on chauffe doucement pour que l’anneau de vapeur qui se condense monte lentement dans la colonne : une colonne noyée par un chauffage trop rapide perd ses plateaux. On relève la température en tête tous les quelques millilitres ; on change de récipient quand elle commence à monter (une fraction est recueillie sur chaque palier de température), et on arrête le chauffage avant que le ballon soit à sec.

7.5 Liquides partiellement miscibles et non miscibles

Définition 7.17 (Lacune de miscibilité)

Une lacune de miscibilité est le domaine de compositions globales sur lequel deux liquides, à une température donnée, se séparent en deux phases liquides, chacune saturée de l’autre constituant. Un hétéroazéotrope est le point d’ébullition d’un tel liquide à deux phases : les deux phases liquides et la vapeur coexistent à une température fixée et avec une composition de vapeur fixée.

À l’hétéroazéotrope, deux constituants se répartissent en trois phases : à pression fixée, la variance vaut 2+2−3−1=02 + 2 - 3 - 1 = 0. La température reste constante, comme à la température d’ébullition d’un liquide pur, tant que les deux phases liquides subsistent.

Diagramme isobare schématique de deux liquides partiellement miscibles. Au-dessous de la température de l’hétéroazéotrope, le liquide se sépare en deux phases L_1 et L_2 sur un large domaine de compositions (la lacune de miscibilité) ; sur le palier horizontal, les deux phases bouillent ensemble en donnant une vapeur de composition fixée (point).
Diagramme isobare schématique de deux liquides partiellement miscibles. Au-dessous de la température de l’hétéroazéotrope, le liquide se sépare en deux phases L1_1 et L2_2 sur un large domaine de compositions (la lacune de miscibilité) ; sur le palier horizontal, les deux phases bouillent ensemble en donnant une vapeur de composition fixée (point).

Définition 7.18 (Entraînement à la vapeur)

L’entraînement à la vapeur est la distillation d’un liquide non miscible à l’eau, obtenue en y insufflant de la vapeur d’eau : le mélange bout au-dessous de la température d’ébullition des deux liquides, et le distillat se sépare en deux phases.

L’entraînement à la vapeur ne diffère de l’hydrodistillation du volume scolaire que par la manière d’apporter l’eau : de la vapeur insufflée à travers la matière, plutôt que de la matière portée à ébullition dans l’eau. La thermodynamique est la même.

Proposition 7.19 (Ébullition de deux liquides non miscibles)

Deux liquides non miscibles en contact bouillent à la température où la somme de leurs pressions de vapeur est égale à la pression extérieure, p1∗(T)+p2∗(T)=pp_1^*(T) + p_2^*(T) = p, inférieure aux deux températures d’ébullition. Le distillat contient les deux liquides dans le rapport massique

m1m2=p1∗ M1p2∗ M2.\frac{m_1}{m_2} = \frac{p_1^*\,M_1}{p_2^*\,M_2} .

Démonstration. Chaque liquide pur exerce sa propre pression de vapeur, quelle que soit la quantité de l’autre : la pression totale au-dessus des deux phases est p1∗+p2∗p_1^* + p_2^*, qui atteint pp à une température où chaque pi∗p_i^* est inférieure à pp. Dans la vapeur, les quantités sont proportionnelles aux pressions partielles, n1/n2=p1∗/p2∗n_1/n_2 = p_1^*/p_2^* ; il reste à multiplier par M1/M2M_1/M_2. ∎

Toluène et eau, non miscibles : pressions de vapeur de chaque liquide et leur somme. Les deux phases bouillent ensemble à 84.3 C, au-dessous de l’eau (100 C) et du toluène (110.6 C) ; le distillat entraîne 4.1 g de toluène par gramme d’eau.
Toluène et eau, non miscibles : pressions de vapeur de chaque liquide et leur somme. Les deux phases bouillent ensemble à 84.3∘C84.3{}^{\circ}\mathrm{C}, au-dessous de l’eau (100∘C100{}^{\circ}\mathrm{C}) et du toluène (110.6∘C110.6{}^{\circ}\mathrm{C}) ; le distillat entraîne 4.1 g de toluène par gramme d’eau.

Les molécules lourdes et fragiles des essences végétales distillent ainsi à un peu moins de 100∘C100{}^{\circ}\mathrm{C}, bien au-dessous de leur propre température d’ébullition, avec peu de décomposition ; le prix à payer est un distillat composé surtout d’eau.

7.6 Exercices

Exercice 7.1 ★

Sur le diagramme isobare benzène–toluène, lire les températures d’ébullition des liquides purs, le point de bulle d’un liquide de composition 0.2 et la composition de sa première vapeur.

Solution

Solution de Exercice 7.1.

Benzène 80.1∘C80.1{}^{\circ}\mathrm{C}, toluène 110.6∘C110.6{}^{\circ}\mathrm{C}. Le liquide de composition 0.2 commence à bouillir vers 102∘C102{}^{\circ}\mathrm{C} ; sa première vapeur a pour composition 0.38.

Exercice 7.2 ★

À 80∘C80{}^{\circ}\mathrm{C}, les pressions de vapeur du benzène et du toluène valent 1.010 bar1.010\,\mathrm{bar} et 0.388 bar0.388\,\mathrm{bar}. Calculer, pour un liquide équimolaire, la pression à laquelle il commence à bouillir et la composition de la vapeur.

Solution

Solution de Exercice 7.2.

p=0.5×1.010+0.5×0.388=0.699 barp = 0.5 \times 1.010 + 0.5 \times 0.388 = 0.699\,\mathrm{bar} ; y=0.505/0.699=0.722y = 0.505/0.699 = 0.722.

Exercice 7.3 ★

10 mol10\,\mathrm{mol} d’un mélange de composition globale 0.30 se trouvent à une température où le liquide a pour composition 0.20 et la vapeur 0.45. Calculer les quantités de chaque phase.

Solution

Solution de Exercice 7.3.

nV/n=(0.30−0.20)/(0.45−0.20)=0.40n_V/n = (0.30 - 0.20)/(0.45 - 0.20) = 0.40 : 4.0 mol4.0\,\mathrm{mol} de vapeur et 6.0 mol6.0\,\mathrm{mol} de liquide. Vérification : 6.0×0.20+4.0×0.45=3.0=10×0.306.0 \times 0.20 + 4.0 \times 0.45 = 3.0 = 10 \times 0.30.

Exercice 7.4 ★

Calculer la variance d’un mélange benzène–toluène (a) entièrement liquide ; (b) en ébullition ; (c) à un azéotrope, pour un couple qui en présente un, à pression fixée.

Solution

Solution de Exercice 7.4.

(a) v=2+2−1=3v = 2 + 2 - 1 = 3 : TT, pp et xx sont libres. (b) v=2+2−2=2v = 2 + 2 - 2 = 2 ; à pression fixée, 1. (c) L’azéotrope ajoute la relation x=yx = y : v=1v = 1 ; à pression fixée, 0 — l’azéotrope bout à température fixe, comme un liquide pur, bien que sa composition change avec la pression.

Exercice 7.5 ★★

Déterminer par essais successifs le point de rosée d’une vapeur benzène–toluène de composition 0.30 sous 1.013 bar1.013\,\mathrm{bar}, à l’aide de pbenzeˋne∗p^*_{\text{benzène}} et ptolueˋne∗p^*_{\text{toluène}} (bar\mathrm{bar}) : 1.80 et 0.742 à 100∘C100{}^{\circ}\mathrm{C}, 2.057 et 0.861 à 105∘C105{}^{\circ}\mathrm{C}. Donner la composition de la première goutte.

Solution

Solution de Exercice 7.5.

Au point de rosée, yp/p1∗+(1−y)p/p2∗=1yp/p_1^* + (1 - y)p/p_2^* = 1. À 100∘C100{}^{\circ}\mathrm{C} : 0.3×1.013/1.80+0.7×1.013/0.742=1.124>10.3 \times 1.013/1.80 + 0.7 \times 1.013/0.742 = 1.124 > 1 (trop froid) ; à 105∘C105{}^{\circ}\mathrm{C} : 0.148+0.824=0.971<10.148 + 0.824 = 0.971 < 1. Par interpolation, T≈100+5×0.124/0.153=104∘CT \approx 100 + 5 \times 0.124/0.153 = 104{}^{\circ}\mathrm{C}. La première goutte a pour composition x=yp/p1∗≈0.3×1.013/2.0=0.15x = yp/p_1^* \approx 0.3 \times 1.013/2.0 = 0.15.

Exercice 7.6 ★★

Un mélange équimolaire benzène–toluène est distillé simplement (sans colonne). Quelle est la composition des premières gouttes de distillat ? Comment la température et la composition du distillat évoluent-elles au cours de la distillation ? Pourquoi la séparation est-elle médiocre ?

Solution

Solution de Exercice 7.6.

Les premières gouttes ont la composition de la vapeur au-dessus du liquide en ébullition, y=0.71y = 0.71, à 92.1∘C92.1{}^{\circ}\mathrm{C}. Comme le benzène part préférentiellement, le liquide s’en appauvrit, sa température d’ébullition s’élève et le distillat s’appauvrit lui aussi ; les dernières gouttes sont presque du toluène pur. La distillation simple est un seul étage d’équilibre, répété sur un liquide qui ne cesse de changer : chaque fraction est un mélange.

Exercice 7.7 ★★

Un vin de fraction molaire 0.05 en éthanol est soumis à une distillation fractionnée avec une colonne très efficace. Qu’est-ce qui sort en tête, et qu’est-ce qui reste dans le bouilleur ? Même question pour un mélange de fraction molaire 0.95.

Solution

Solution de Exercice 7.7.

Alimentation à 0.05, du côté de l’eau par rapport à l’azéotrope : la tête fournit l’azéotrope (0.88 en moles, 95 % en masse), le bouilleur garde l’eau. Alimentation à 0.95, du côté de l’éthanol : la tête fournit encore l’azéotrope, de plus basse température d’ébullition, et le bouilleur garde l’éthanol pur.

Exercice 7.8 ★★

Un constituant d’une essence végétale (masse molaire 136 g/mol136\,\mathrm{g}/\mathrm{mol}) a une pression de vapeur de 0.10 bar0.10\,\mathrm{bar} vers 97∘C97{}^{\circ}\mathrm{C}, où celle de l’eau vaut 0.91 bar0.91\,\mathrm{bar} (données de l’exercice). À quelle température se déroule l’entraînement à la vapeur sous 1.013 bar1.013\,\mathrm{bar}, et combien de grammes d’essence recueille-t-on par gramme d’eau ?

Solution

Solution de Exercice 7.8.

Le mélange bout lorsque 0.10+peau∗=1.0130.10 + p^*_{\text{eau}} = 1.013, c’est-à-dire peau∗=0.91 barp^*_{\text{eau}} = 0.91\,\mathrm{bar}, vers 97∘C97{}^{\circ}\mathrm{C}. Rapport massique 0.10×136/(0.91×18.02)=0.830.10 \times 136/(0.91 \times 18.02) = 0.83 : 0.83 g0.83\,\mathrm{g} d’essence par gramme d’eau.

Exercice 7.9 ★★

Sur le diagramme schématique des liquides partiellement miscibles, décrire ce qui se passe lorsqu’on chauffe un mélange à deux phases de composition globale 0.4 depuis la température ambiante jusqu’à vaporisation complète : phases, températures, et composition de la première vapeur.

Solution

Solution de Exercice 7.9.

À température ambiante, deux phases L2_2 et L1_1 (la composition 0.4 est dans la lacune). Au chauffage, les deux phases bouillent ensemble à la température de l’hétéroazéotrope, qui reste constante ; la première vapeur a la composition hétéroazéotropique (le point). Comme 0.4 est du côté de L2_2 par rapport au point, la phase L1_1 disparaît la première ; la température s’élève alors, la phase L2_2 restante s’appauvrit en 1 le long de sa courbe d’ébullition et la vapeur suit la courbe de rosée, jusqu’à ce que le point atteigne la courbe de rosée : la dernière goutte s’évapore.

Exercice 7.10 ★★★

Avec α=2.47\alpha = 2.47, calculer le nombre minimal de plateaux théoriques pour un distillat à 0.99 et un résidu à 0.01. Comparer aux 6.5 nécessaires pour 0.95 et 0.05, et commenter le coût de la pureté.

Solution

Solution de Exercice 7.10.

Nmin⁡=ln⁡(99×99)/ln⁡2.47=9.19/0.904=10.2N_{\min} = \ln(99 \times 99)/\ln 2.47 = 9.19/0.904 = 10.2, contre 6.5 : passer de 95 % à 99 % de pureté aux deux extrémités coûte plus de la moitié de plateaux en plus. Chaque facteur supplémentaire sur x/(1−x)x/(1 - x) coûte le même nombre de plateaux, et la pureté se mesure à l’impureté restante, qui ne diminue que géométriquement.

Exercice 7.11 ★★★

À partir du diagramme isobare benzène–toluène et des équations d’Antoine, expliquer comment on obtient le diagramme isotherme à 80∘C80{}^{\circ}\mathrm{C}, et pourquoi le domaine du liquide s’y trouve en haut.

Solution

Solution de Exercice 7.11.

Le diagramme isobare seul ne le donne pas : il faut p1∗p_1^* et p2∗p_2^* à 80∘C80{}^{\circ}\mathrm{C}, tirés des équations d’Antoine (1.010 et 0.388 bar0.388\,\mathrm{bar}). Alors p=p2∗+x(p1∗−p2∗)p = p_2^* + x(p_1^* - p_2^*) et p=1/(y/p1∗+(1−y)/p2∗)p = 1/(y/p_1^* + (1 - y)/p_2^*). Le liquide est stable à haute pression (comprimer une vapeur la condense), et à basse température sur le diagramme isobare : les deux diagrammes sont inversés l’un par rapport à l’autre.

Exercice 7.12 ★★★

À partir de la relation dln⁡p=(y−x) dy/[y(1−y)]d\ln p = (y - x)\,dy/[y(1 - y)], montrer qu’à température fixée la pression totale croît avec xx partout où la vapeur est plus riche que le liquide en constituant 1, et en déduire qu’un mélange idéal ne présente pas d’azéotrope.

Solution

Solution de Exercice 7.12.

Comme yy croît avec xx et y(1−y)>0y(1 - y) > 0, dp/dxdp/dx a le signe de y−xy - x : la pression croît avec xx là où la vapeur est plus riche en 1. Pour un mélange idéal, y>xy > x pour tout 0<x<10 < x < 1 (Proposition 7.4) : pp est strictement monotone, sans extremum, et il n’y a pas d’azéotrope.

7.7 Problème : une colonne pour le benzène et le toluène

Problème 7.1

Problème du week-end — le diagramme isobare du benzène et du toluène à partir des équations d’Antoine, une vaporisation partielle et la règle des moments, le nombre minimal de plateaux d’une colonne à reflux total, et la limite qu’impose un azéotrope

Données : équations d’Antoine, log⁡10(p∗/bar)=A−B/(T+C)\log_{10}(p^*/\mathrm{bar}) = A - B/(T + C) avec TT en kelvins : benzène A=4.01814A = 4.01814, B=1203.835 KB = 1203.835\,\mathrm{K}, C=−53.226 KC = -53.226\,\mathrm{K} ; toluène A=4.07827A = 4.07827, B=1343.943 KB = 1343.943\,\mathrm{K}, C=−53.773 KC = -53.773\,\mathrm{K}. Pression 1.013 bar1.013\,\mathrm{bar} ; le benzène et le toluène forment un mélange idéal. L’azéotrope éthanol–eau contient 95 % d’éthanol en masse.

Partie I — Le diagramme.

  1. Calculer les températures d’ébullition du benzène et du toluène sous 1.013 bar1.013\,\mathrm{bar}.
  2. Calculer p1∗p_1^* et p2∗p_2^* à 90∘C90{}^{\circ}\mathrm{C}.
  3. En déduire les compositions du liquide et de la vapeur en équilibre à 90∘C90{}^{\circ}\mathrm{C}.
  4. Même question à 100∘C100{}^{\circ}\mathrm{C} (p1∗=1.800 barp_1^* = 1.800\,\mathrm{bar}, p2∗=0.742 barp_2^* = 0.742\,\mathrm{bar}).
  5. Esquisser le diagramme isobare à partir de ces quatre points et des liquides purs.
  6. Déterminer le point de bulle d’un liquide équimolaire, à 0.5∘C0.5{}^{\circ}\mathrm{C} près, par essais successifs entre 90∘C90{}^{\circ}\mathrm{C} et 95∘C95{}^{\circ}\mathrm{C}.
  7. Calculer la variance du mélange en ébullition et dire ce qu’elle signifie pour le diagramme.

Partie II — Une vaporisation partielle.

  1. Une alimentation équimolaire est chauffée à 95∘C95{}^{\circ}\mathrm{C} (p1∗=1.569 barp_1^* = 1.569\,\mathrm{bar}, p2∗=0.636 barp_2^* = 0.636\,\mathrm{bar}). Calculer xx et yy.
  2. Pour 100 mol100\,\mathrm{mol} d’alimentation, calculer les quantités de liquide et de vapeur.
  3. Calculer la quantité de benzène dans chaque phase et vérifier le bilan.
  4. Quelle fraction du benzène est récupérée dans la vapeur ?
  5. Que se passe-t-il si la vaporisation partielle est conduite à 100∘C100{}^{\circ}\mathrm{C} ?
  6. À quelle température l’alimentation est-elle entièrement vaporisée ?

Partie III — La colonne.

  1. Définir la volatilité relative α\alpha et la calculer à la température d’ébullition du benzène.
  2. La calculer à la température d’ébullition du toluène.
  3. Prendre la moyenne géométrique comme valeur pour toute la colonne.
  4. Montrer que, sur un plateau théorique, y/(1−y)=α x/(1−x)y/(1 - y) = \alpha\,x/(1 - x).
  5. Expliquer pourquoi, à reflux total, le liquide qui entre sur un plateau a la composition de la vapeur qui quitte le plateau inférieur.
  6. Établir la formule de Fenske.
  7. Calculer le nombre minimal de plateaux théoriques pour un distillat à 0.95 et un résidu à 0.05.
  8. Pourquoi donne-t-on à une colonne réelle davantage de plateaux ?
  9. Sur l’escalier du chapitre, compter les marches et comparer.

Partie IV — Un azéotrope.

  1. Calculer la fraction molaire de l’éthanol dans l’azéotrope éthanol–eau.
  2. Une alimentation à 0.10 en éthanol entre dans une colonne de cinquante plateaux. Qu’est-ce qui sort en tête et au pied ?
  3. Donner le nombre minimal de plateaux théoriques nécessaires pour séparer le benzène et le toluène en produits à 95 %.
Solution

Solution de Problème 7.1.

1. T=B/(A−log⁡101.013)−CT = B/(A - \log_{10}1.013) - C : benzène 1203.835/4.01253+53.226=353.2 K1203.835/4.01253 + 53.226 = 353.2\,\mathrm{K}, 80.1∘C80.1{}^{\circ}\mathrm{C} ; toluène 1343.943/4.07266+53.773=383.8 K1343.943/4.07266 + 53.773 = 383.8\,\mathrm{K}, 110.6∘C110.6{}^{\circ}\mathrm{C}. 2. À 363.15 K363.15\,\mathrm{K} : p1∗=1.361 barp_1^* = 1.361\,\mathrm{bar}, p2∗=0.542 barp_2^* = 0.542\,\mathrm{bar}. 3. x=(1.013−0.542)/(1.361−0.542)=0.575x = (1.013 - 0.542)/(1.361 - 0.542) = 0.575 ; y=0.575×1.361/1.013=0.773y = 0.575 \times 1.361/1.013 = 0.773. 4. x=(1.013−0.742)/(1.800−0.742)=0.256x = (1.013 - 0.742)/(1.800 - 0.742) = 0.256 ; y=0.256×1.800/1.013=0.455y = 0.256 \times 1.800/1.013 = 0.455. 5. Points de bulle (0, 110.6), (0.256, 100), (0.575, 90), (1, 80.1) ; points de rosée (0, 110.6), (0.455, 100), (0.773, 90), (1, 80.1) — le fuseau de la figure. 6. 12(p1∗+p2∗)=1.013\frac12(p_1^* + p_2^*) = 1.013 : à 90∘C90{}^{\circ}\mathrm{C} 0.952, à 95∘C95{}^{\circ}\mathrm{C} 1.102 ; par interpolation, 90+5×0.061/0.150≈92∘C90 + 5 \times 0.061/0.150 \approx 92{}^{\circ}\mathrm{C} (92.1∘C92.1{}^{\circ}\mathrm{C} exactement). 7. v=2v = 2, soit 1 à pression fixée : chaque température fixe xx et yy, c’est pourquoi le diagramme est formé de deux courbes. 8. x=(1.013−0.636)/(1.569−0.636)=0.404x = (1.013 - 0.636)/(1.569 - 0.636) = 0.404 ; y=0.404×1.569/1.013=0.626y = 0.404 \times 1.569/1.013 = 0.626. 9. nV=100×(0.500−0.404)/(0.626−0.404)=43 moln_V = 100 \times (0.500 - 0.404)/(0.626 - 0.404) = 43\,\mathrm{mol}, nL=57 moln_L = 57\,\mathrm{mol}. 10. Vapeur 43×0.626=26.9 mol43 \times 0.626 = 26.9\,\mathrm{mol} ; liquide 57×0.404=23.0 mol57 \times 0.404 = 23.0\,\mathrm{mol} ; total 49.9 mol49.9\,\mathrm{mol} ≈50\approx 50. 11. 26.9/50=54 %26.9/50 = 54~\% du benzène, dans une vapeur à 63 % seulement. 12. À 100∘C100{}^{\circ}\mathrm{C}, la vapeur en équilibre a pour composition y=0.455<0.5y = 0.455 < 0.5 : le point de l’alimentation est au-dessus de la courbe de rosée, l’alimentation est entièrement vaporisée et rien n’est séparé. 13. À son point de rosée, 98.8∘C98.8{}^{\circ}\mathrm{C} (par la méthode de l’Exercice 7.5). 14. α=p1∗/p2∗\alpha = p_1^*/p_2^* ; à 80.1∘C80.1{}^{\circ}\mathrm{C}, 1.013/0.390=2.601.013/0.390 = 2.60. 15. À 110.6∘C110.6{}^{\circ}\mathrm{C}, 2.377/1.013=2.352.377/1.013 = 2.35. 16. 2.60×2.35=2.47\sqrt{2.60 \times 2.35} = 2.47. 17. y=xp1∗/py = xp_1^*/p et 1−y=(1−x)p2∗/p1 - y = (1 - x)p_2^*/p ; diviser. 18. Rien n’est soutiré : entre deux plateaux, la vapeur qui monte et le liquide qui descend transportent la même quantité de matière et de chaque constituant, Vyk=Lxk+1V y_k = L x_{k+1} avec V=LV = L, donc xk+1=ykx_{k+1} = y_k. 19. Avec r=x/(1−x)r = x/(1 - x) : r(yk)=α r(xk)r(y_k) = \alpha\,r(x_k) et xk+1=ykx_{k+1} = y_k, donc r(xk+1)=α r(xk)r(x_{k+1}) = \alpha\,r(x_k) et r(xD)=αNr(xB)r(x_D) = \alpha^N r(x_B) ; N=ln⁡[r(xD)/r(xB)]/ln⁡αN = \ln[r(x_D)/ r(x_B)]/\ln\alpha. 20. Nmin⁡=ln⁡(19×19)/ln⁡2.47=5.889/0.904=6.5N_{\min} = \ln(19 \times 19)/\ln 2.47 = 5.889/0.904 = 6.5. 21. Une colonne doit fournir du produit : elle fonctionne donc à taux de reflux fini, ce qui exige davantage de plateaux ; et un plateau réel n’atteint pas l’équilibre (son efficacité est inférieure à un). 22. Sept marches, la dernière s’achevant à 0.034, au-dessous de 0.05 : 6.5 plateaux en décompte continu, sept plateaux entiers (le bouilleur comptant pour un). 23. x=(95/46.07)/(95/46.07+5/18.02)=0.881x = (95/46.07)/(95/46.07 + 5/18.02) = 0.881. 24. En tête, au mieux l’azéotrope (0.88 en moles) ; au pied, l’eau. Cinquante plateaux ne franchissent pas l’azéotrope. 25. À reflux total, Nmin⁡≈6.5\boldsymbol{N_{\min} \approx 6.5} plateaux théoriques.

Termes définis dans ce chapitre

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